00:00Oui, Quentin est mort et déjà certains voudraient empêcher qu'on lui rende hommage.
00:03Aujourd'hui à Lyon, ils seront des milliers, des anonymes, des visages fermés, des palans.
00:08Ils marcheront pour Quentin, ce jeune homme de 23 ans dont la vie s'est brisée dans la violence au
00:13coin d'une rue,
00:14au cœur d'une ville ordinaire, lynchée à mort par l'extrême gauche.
00:17Une marche blanche, en théorie, est un moment simple, un moment fragile et un moment sacré.
00:22C'est ce que les vivants offrent aux morts, du silence, de la dignité et du respect.
00:26Et pourtant, ce silence devra être protégé.
00:29Cet hommage se fera sous surveillance, itinéraire encadré, force de l'ordre déployée, présence policière massive,
00:36comme si le recueillement lui-même était devenu un risque,
00:39comme si la mort ne suffisait plus à suspendre les conflits,
00:42comme si désormais même les morts avaient besoin d'être défendues.
00:45Voilà le premier vertige dans un pays apaisé.
00:48Un hommage rassemble dans une société fracturée.
00:50Il divise ce qui devrait unir et contester, ce qui devrait apaiser et suspecter.
00:55Même le silence n'est plus un refuge, il devient un champ de bataille.
00:59Quentin est mort et déjà son hommage gêne.
01:02Voilà notre époque, une extrême gauche incapable de s'arrêter même devant la mort.
01:06Plus grave encore, cette séquence révèle la brutalisation d'un pays qui ne sait plus s'arrêter même face à
01:12un cercueil.
01:12Et ce qui frappe, Jules, c'est l'attitude de cette extrême gauche depuis une semaine.
01:16Oui, parce que depuis une semaine, il ne s'agit plus seulement de Quentin,
01:19il s'agit de ce qu'il représentait, de ce qu'il incarnait, de ce qu'il pensait.
01:23Et c'est là que tout bascule.
01:24Car pour l'extrême gauche, Quentin est plus d'abord un mort, il est un adversaire.
01:30Il est un symbole et un martyr dans la logique de l'extrême gauche.
01:33Un martyr ne meurt jamais vraiment.
01:34Alors on relativise, on minimise, on explique que la violence serait le produit d'une autre violence,
01:39que la responsabilité serait diffuse.
01:42On insinue que la victime ne serait pas totalement innocente,
01:44que l'hommage lui-même serait suspect.
01:46C'est la mécanique froide de la déshumanisation politique.
01:49Face à un ennemi, tout devient justifiable, même l'acharnement, même l'indécence.
01:54Pire encore, certains responsables de la France insoumise,
01:56ou même chez les écologistes comme le maire de Lyon, Grégory Doucet,
02:00ont appelé à interdire cette marche blanche, à empêcher ce moment de recueillement,
02:04à prolonger l'affrontement au-delà de la mort en elle-même,
02:08même si la disparition physique ne suffisait pas.
02:10C'est cela le cœur du vertige.
02:12La violence ne s'arrête plus avec la mort.
02:14Elle se prolonge dans la contestation du deuil,
02:16dans l'incapacité à reconnaître chez l'autre une humanité pourtant évidente,
02:20car respecter un mort, ce n'est certainement pas à prouver ses idées.
02:23C'est reconnaître une limite, une frontière invisible,
02:26qui sépare encore la confrontation politique de la barbarie.
02:29Cette frontière, eh bien, elle a été franchie.
02:31Cette séquence, elle révèle aussi une société profondément fracturée.
02:34Oui, encore une fois, ce qui se joue dépasse, Quentin.
02:37Ce qui se joue, c'est l'état moral de notre pays, de notre société,
02:40car cette marche blanche, elle révèle une vérité plus profonde,
02:43une vérité plus inquiétante.
02:45La France est devenue une société où tout est conflit,
02:48où tout est affrontement, où même la mort n'impose plus la trêve,
02:50mais prolonge la guerre.
02:51D'un côté, il y a cette extrême gauche qui menace,
02:54qui intimide, qui refuse le recueillement,
02:56parce qu'elle refuse la suspension du combat de l'autre.
02:58Une ultra-droite qui inquiète, dont la présence potentielle
03:01nourrit toutes les craintes et toutes les instrumentalisations.
03:03jusqu'à Jordan Bardella lui-même,
03:05qui a indiqué que le Rassemblement national ne se rendrait pas à cette marche.
03:09Ce serait, dit-il en substance, un trop beau piège tendu à ses adversaires
03:13que de s'y exposer, un trop grand risque que de se laisser enfermer
03:16dans un scénario dont personne ne maîtrise l'issue.
03:19Cette prudence, elle peut se comprendre,
03:21elle peut même apparaître responsable, mais elle laisse un vide.
03:24Et ce vide est toujours occupé par ceux qui intimident le plus.
03:26C'est ainsi que l'extrême gauche impose son climat d'intimidation.
03:30C'est ainsi que le piège se referme.
03:31Mais c'est ainsi, enfin, que le système médiatique verrouille le récit,
03:35prêt à brandir le moindre prétexte pour disqualifier,
03:38pour marginaliser et pour délégitimer une marche blanche.
03:41Au fond, la question est d'une simplicité désarmante, presque primitive.
03:45Un pays est-il encore capable d'honorer ses morts,
03:49sans seulement redouter qu'on rende hommage à celle des vivants à Lyon ?
03:54Il ne s'agira pas seulement de Quentin,
03:56il s'agira de nous, de ce que nous sommes devenus
03:59et de la ligne que nous refusons de franchir,
04:02car une nation qui ne protège plus le silence de ses morts
04:05est une nation qui a déjà commencé à fragiliser ses vivants.
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