00:00Évidemment, il aura suffi d'une polémique autour des boulangeries et des fleurisses pour mettre au jour un malaise profond.
00:05En France, un salarié volontaire peut se voir interdire de travailler alors même que la boutique dans laquelle il exerce
00:11est ouverte.
00:11Une situation absurde, révélatrice d'un système à bout de souffle, car le sujet dépasse largement les vitrines des commerces
00:18de proximité.
00:19Il expose une contradiction intenable. On prétend valoriser le travail tout en limitant son exercice.
00:25Les syndicats peuvent vendre du muguet dans la rue. Les services publics continuent à tourner.
00:29Mais les artisans, eux, sont contraints de baisser le rideau à la clé des situations kafkaïennes.
00:34Une insécurité juridique et une exaspération croissante des artisans.
00:38Ce 1er mai aura au moins eu le mérite de mettre fin à cette incohérence, en tout cas pour le
00:42moment de manière momentanée.
00:43Mais surtout, il aura remis au cœur du débat un sujet fondamental, la place du travail dans notre pays.
00:49Car derrière ces polémiques, il y a une réalité très simple des Français qui veulent travailler davantage, mais à qui
00:54l'on empêche de le faire.
00:55Et d'ailleurs, il est urgent de leur donner la possibilité de travailler plus au vu du décrochage économique français.
01:00Évidemment, à le fond du problème, je dirais, même ici, les chiffres sont assez connus.
01:03Un salarié à temps complet en France, en moyenne, travaille moins de 1700 heures par an, soit trois semaines de
01:08moins qu'en Allemagne.
01:09Le taux d'emploi plafonne à 68% quand il dépasse les 77% outre-Rhin.
01:14Ce déséquilibre n'est pas une question annexe, c'est un problème économique majeur.
01:18Moins de travail, c'est moins de richesses produites, moins de croissance, moins de recettes publiques.
01:22Chaque année, ce sont donc des dizaines de milliards d'euros qui manquent à l'économie française.
01:26Le pari du travailler moins a déjà été tenté.
01:28On pense forcément aux 35 heures portées par Martine Aubry.
01:31Il devait améliorer la vie sans pénaliser l'économie.
01:34Vingt ans plus tard, le constat est plutôt sévère.
01:36La France reste l'un des pays où la durée de travail, en moyenne, est la plus faible.
01:40Et les Français se paupérisent de plus en plus, sans oublier que ça pèse lourdement
01:44sur notre capacité à financer un système social devenu incontrôlable.
01:47Et ce constat revient aujourd'hui au cœur du débat politique et il devrait nourrir la campagne présidentielle de 2027.
01:52Oui, on a déjà vu ces derniers jours fleurir quelques slogans, Gabriel Attal notamment,
01:56qui plaident pour le droit au travail et non pas du travail,
01:59comme Renaud Rotaillot veut faire de ce sujet une priorité nationale.
02:02D'autres évoquent la réforme du RSA ou l'assurance chômage.
02:05Une chose est sûre, les lignes bougent et les clivages apparaissent clairement.
02:09Mais il ne faut pas se contenter de formules et surtout insister sur la quantité globale de travail,
02:13car sans ça, il n'y aura pas de solution durable, ni réforme fiscale, ni hausse d'impôt,
02:17ni tour de passe-passe budgétaire ne compensera un déficit de travail.
02:21Donc la présidentielle de 2027 sera un moment de vérité.
02:25Continuer à promettre toujours plus en travaillant toujours moins
02:29ou assumer enfin que la prospérité repose sur l'effort collectif.
02:32Pour en revenir donc au 1er mai, ce n'est pas simplement une question de symbole,
02:36mais il est dit surtout tout d'un pays qui hésite encore à faire du travail une priorité.
02:41Un pays qui travaille moins que les autres finit toujours par décrocher
02:45et malheureusement la France n'échappe pas à cette règle.
Commentaires