00:20Jean-Luc connaît maintenant l'auteur des fuites qui ont permis à la concurrence étrangère de copier un des modèles
00:26exclusifs, c'est Laurence.
00:28Sa propre secrétaire.
00:31Ce n'est pas la pas du gain qui a poussé Laurence, mais des motivations purement sentimentales qui semblent d
00:38'échapper à son patron.
00:39Pendant que celui-ci est plongé dans la consternation et la perplexité, la plus grande euphorie règne au château Vespel.
00:47D'ailleurs, comme ça, on n'en fait plus.
00:55Alors, les squatters.
00:58Ben oui.
01:06Dans ces cas-là, qu'est-ce qu'on fait en général ?
01:10Légalement, on a le droit de vider.
01:12Pratiquement.
01:12Et pratiquement ?
01:14Il y a aussitôt des comités de soutien qui se forment en faveur des expulsés, c'est magique.
01:20Il faut vous dire que sur le plan politique, l'expulsé, ça rend bien.
01:25Alors, évidemment, pétition, défilé, manif, enfin, je ne peux pas vous faire indécent.
01:32Donc, vous me conseillez de laisser faire ?
01:35Or, je me garderais bien de vous donner le moindre conseil, M. Fayardé.
01:39C'est pas mon problème, ni mon rôle.
01:41À vous de juger.
01:44Ben, je vais réfléchir.
01:47Tout ce que je peux vous dire, c'est que vos squatters ne sont pas des sans-logis à proprement
01:53parler.
01:54Car vous les connaissez ?
01:58Ben, je suis flic, non ?
02:04En fait, en deux petits vieux, bons pour l'hospice, et d'un couple de bitnics sans domicile fixe,
02:14ces gens-là, le j'ai cité sans sauveur.
02:18Il y a même des ouvrières, vous, dans le lot.
02:22Et pourquoi sont-ils partis ?
02:27Vous demanderez à Mlle Sauvanet.
02:29Elle doit savoir.
02:31Moi, c'est pas mon problème.
02:33Mon problème, M. Fayardé, c'est d'éviter les querelles, les affrontements et les méfaits de toutes sortes.
02:39Je fais pas de l'assistance sociale.
02:42Je maintiens l'ordre public.
02:45Et croyez-moi, c'est pas simple tous les jours.
02:48Parce que les salauds sont pas forcément d'un côté et les bons de l'autre.
02:52Non ?
02:53Même le bon Dieu n'y reconnaîtrait pas les siens.
02:58Alors un simple flic, vous pensez ?
03:10Tiens, les voilets, j'y arrive.
03:16Ça va, oui !
03:26Qu'est-ce que vous avez fait ?
03:29Eh ben, tu le vois, non ?
03:31Une forge ?
03:32Eh, ta forge !
03:35Mais pourquoi ?
03:36Eh ben, tu sais, c'est à cause des méchouis de samedi.
03:40On s'est aperçu qu'on n'avait pas de broche.
03:41Eh, pour faire un méchouis sans broche ?
03:45Alors, on s'est dit que peut-être tu pourrais nous en faire une.
03:47Seulement, pour ça, il faut une forge.
03:50Alors, voilà.
03:51Ah ben, elle te plaît, oui ou non ?
04:03C'est trop con.
04:05Je trouve pas les mots pour vous dire merci.
04:09Voilà, un trac-maître.
04:14Et un autre petit trac-maître.
04:17Avec mon annonce, vous l'avez dans l'os.
04:22Ah tiens, ça m'a belle, en 21, j'étais aux Philippines.
04:27Quand j'ai débarqué à Manille, je me suis dit, je dis...
04:30À quoi ?
04:31Ben, à Manille !
04:33C'est vrai que j'ai pas pris mal de...
04:36Mon fleur de Saint-Malo avec des gars qui venaient de...
04:39Je sais pas d'où.
04:40Eh ben, vous croyez que vous voyez, hein.
04:43À Manille, ils n'avaient jamais entendu parler de la Manille.
04:47Ils jouaient tous au poker, ces connards.
04:49Bon, la vérité, c'est...
04:50J'ai été très déçu par mes voyages.
04:53Vous savez, les voyages, c'est...
04:55C'est l'ennui, c'est le mal de mer, c'est la crasse.
04:58Et puis alors, on l'avait tant, c'est...
05:00Dégolant, c'est...
05:03Toute mon enfance, j'ai entendu ce bruit-là.
05:05Il m'a réveillé tous les matins et bercé tous les soirs.
05:11Mon père travaillait dur.
05:13J'ai continué après lui.
05:14Je suis devenu un bon forgeron.
05:21Faut la remettre au feu.
05:24Pourquoi t'as abandonné ?
05:26Ça ne payait pas assez.
05:28La moitié des hommes du village sont partis travailler à la ville.
05:31J'ai fait la même chose.
05:33Le bon artisan est devenu un ouvrier, parmi tant d'autres.
05:36Mais tu vois, je n'ai pas perdu la main.
05:45Je peux essayer.
05:47Ça te plairait ce boulot ?
05:49Possible.
05:50Je ne peux pas savoir à l'avance.
05:55N'aie pas peur, vas-y, tape sec.
06:00C'est dur, ouais.
06:01Et tiens, parbleu, donne ça.
06:03Regarde.
06:06La forme se crée petit à petit.
06:08Elle naît dans le bruit et les étincelles.
06:12C'est une oeuvre, tu comprends ?
06:13Et c'est ça qui est magnifique.
06:15Créée.
06:17Ça me rappelle quelque chose.
06:19L'été dernier, avec Nisia, on se baladait en Lozère.
06:24Tu connais la Lozère ?
06:25Non.
06:28C'est beau.
06:30C'est sauvage, un peu comme ton pays.
06:33Alors, on se promenait dans ce coin-là.
06:35Et on a traversé un petit village.
06:37Et alors ?
06:40Il y avait une forge.
06:42Une très vieille forge.
06:46Complètement abandonnée.
06:51Ça m'a fait quelque chose.
07:13Qui t'a pris à danser ?
07:14Le bon Dieu.
07:33Qu'est-ce d'un, tu ne seras jamais prête pour le méchoui ?
07:35Mais on n'a pas besoin de n'un pour le méchoui.
07:37Et au fait, qu'est-ce que c'est un méchoui ?
07:44Mais, mais ce n'est pas un bilan provisoire que je vous ai demandé, Fontarelle.
07:47Mais le moyen de débloquer le comptant qu'on nous demande pour l'achat des nouvelles presses et de l
07:50'outillage.
07:51Ce bilan provisoire vous donne justement la réponse.
07:54Il n'y a aucun moyen.
07:56Je vous interdis de dire ça.
07:58Bon, puisque vous pensez que le risque vaut la peine d'être couru,
08:03reste l'ultime moyen.
08:06Les nouveaux bâtiments.
08:07Il est exclu de les construire en l'état actuel des choses, n'est-ce pas ?
08:11Oui.
08:13Vendons le terrain.
08:15Non.
08:16Ce serait de la folie.
08:17C'est notre seule garantie vis-à-vis de la banque.
08:19Alors ne touchons pas au château Vesper.
08:22J'étais tellement sûr que vous me répondriez ça,
08:25que j'ai envoyé les Japonais promener.
08:27Quels Japonais ?
08:28Ceux du groupe Moriyama.
08:30Les machines à écrire ?
08:32Ils vous ont contacté ?
08:33Oui.
08:34Enfin non, je veux dire que j'ai répondu à une annonce qu'ils avaient fait passer dans la presse.
08:41Quand ?
08:42La semaine dernière.
08:44Bien, vous auriez pu m'en parler.
08:46Ben, je vous en parle.
08:48Une fois qu'il est trop tard.
08:50Tout d'abord, je n'ai jamais dit qu'il était trop tard.
08:52Les Japonais sont encore à Paris, mais ils n'ont encore rien décidé.
08:55Et puis, que je vous en parle ou non, qu'est-ce que ça change ?
08:58Puisque vous ne voulez pas vendre.
09:02Ah, ça va mieux ?
09:03Oui, merci, monsieur.
09:05Eh bien, nous en reparlerons plus tard, Fontarelle.
09:07Bien.
09:22Mercier pour votre clémence.
09:25Et ensuite, vous remettre ma lettre de démission.
09:28Quelle démission ?
09:29C'est la moindre des choses.
09:31Je devrais peut-être vous l'envoyer en recommandé.
09:33Je ne veux pas que vous partiez, Laurence.
09:36Vous êtes très gentille.
09:38Mais moi, je ne peux pas rester.
09:41Qu'est-ce qui vous chiffonne ?
09:43Les remords à London.
09:44Les femmes n'en éprouvent jamais.
09:46C'est bien connu.
09:47Elles n'ont que des regrets.
09:50Allez.
09:51Allez, enlevez votre veste.
09:54Mettez-vous derrière votre machine.
09:56J'ai un tas de notes à taper.
09:57Non.
09:58Je veux partir.
09:59Il faut que je parte.
10:01Non, pas à cause des remords.
10:02Vous avez raison.
10:03Je n'ai pas de remords.
10:05Seulement, quelques regrets, c'est vrai.
10:07Celui, par exemple, de ne pas être tombée amoureuse de Wernerich.
10:10J'y aurais vu moins clair.
10:13Tandis que là, je me suis vue, jour après jour, accomplir ma petite vengeance.
10:18Avec cette méticulosité que j'apporte à chacun de mes sacs.
10:24Mais qu'est-ce que vous me racontez, le pauvre Laurence ?
10:28Je ne raconte rien.
10:29J'essaie de vous faire comprendre.
10:32Quoi ?
10:33Vous voulez l'entendre de ma bouche, en termes clairs et sans équivoque.
10:38Bien oui, je vous aime.
10:43Vous êtes encore plus fûté que je ne le pensais.
10:45D'accord, vous ne me croyez pas.
10:48Comme pendant que vous avez fait semblant de ne vous apercevoir de rien, c'était tellement pratique.
10:53J'étais à la fois votre ombre, votre servante, votre auditrice attentive, votre complice, votre amie, votre soeur.
11:02Ça ne vous coûtait rien.
11:05Mon salaire couvrait non seulement mon travail, mais toutes mes attentions, toutes mes peines, toutes mes larmes.
11:14C'est à la prime de rendement.
11:18Le soir, je rentrais chez moi et chez moi, je pensais encore à vous.
11:22Des hommes m'invitaient, je couchais parfois avec eux.
11:26Je me donnais l'illusion de vivre.
11:29C'était dérisoire.
11:33Puis j'ai rencontré Werner Dietrich.
11:36Oh, j'ai su plus tard que cette rencontre n'avait pas été le fruit du hasard.
11:40Qu'elle avait été soigneusement calculée.
11:43Que j'avais été piégée.
11:46Vous voulez savoir pourquoi j'ai cédé à Dietrich ?
11:50C'est parce qu'il m'a prise en considération.
11:54Parce qu'il m'a regardée comme un être humain, non pas comme un robot.
11:57Oui.
11:59Mais pour mieux vous piger, j'en ai en fin de compte.
12:03Moi, je ne vous ai pas piger, je n'ai quoi que vous en disiez.
12:08Je vous ai respecté.
12:20Vous avez raison, Laurence.
12:23Il vaut mieux que vous partiez.
12:26Ils n'avaient que leurs mains et beaucoup d'innocence.
12:33Ils n'avaient que leurs mains et sans outils.
12:37Ils ont bâti un château d'espérance.
12:44Et sans outils, ensemble, ils ont bâti.
12:49Ce merveilleux château, ce merveilleux, ce royaume de saison.
12:59Ce merveilleux château, ce royaume de saison.
13:04Il vaut mieux que leurs mains etиль ¡créagesz!
13:05Ce royaume est très bon.
13:06– Sous-titrage FR 2021
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