00:00Un deuxième militaire français de la Finule est mort après avoir été blessé dans cette embuscade au Liban, Sud-Liban.
00:07C'était samedi, embuscade attribuée au Hezbollah.
00:11Le caporal-chef Anisset Girardin du 132e régiment d'infanterie cynotechnique de Suip dans la Marne a succombé à ses
00:19blessures.
00:20Nous allons tout de suite au Liban, à Beyrouth, retrouver l'un de nos envoyés spéciaux, Nicolas Kouadou.
00:25Bonsoir Nicolas. Il faut rappeler peut-être les circonstances de cette embuscade le week-end dernier.
00:32Oui absolument. Le caporal-chef était en train de mener une mission avec plusieurs autres militaires français qui appartiennent aux
00:39contingents français de la Finule.
00:40On sait qu'il y en a un petit peu plus de 700 dans le sud Liban qui opèrent une
00:44mission qui consistait à ouvrir une route pour dégager une position où il y avait d'autres soldats de la
00:51Finule.
00:51Ça consiste notamment en des opérations de déminage. Ils étaient donc sur cette route-là lorsque un groupe a tiré
00:58à l'arme automatique à destination de ses soldats français à très courte distance.
01:02Et les soldats ont été atteints par des tirs directs.
01:06Sur le coup, il y a donc l'un des militaires, Florian Montorio, qui est mort.
01:11Il y avait deux blessés graves qui avaient été transportés ici à Beyrouth pour être soignés.
01:17Et les deux blessés avaient donc été hier les plus graves, du moins transférés à Paris pour être soignés en
01:25France.
01:25On a donc appris aujourd'hui la mort d'un deuxième soldat français, Annissé Girardin.
01:31Donc avec évidemment beaucoup d'émotions. Emmanuel Macron qui a annoncé sa mort et la ministre des Armées également qui
01:39lui a rendu un hommage du côté du Liban.
01:41Joseph Aoun, le président, a également annoncé avoir présenté ses condoléances à Emmanuel Macron, le président de la République.
01:49Pour vous donner un petit peu de contexte, là où il travaille, c'est un soldat de la Finule dans
01:53le sud du Liban.
01:54C'est une zone qui est extrêmement dangereuse.
01:56Alors lorsqu'il y a eu l'attaque, il n'y avait pas encore le cessez-le-feu. Il y
01:59avait énormément de combats, combats au sol, frappes entre le Hezbollah et l'armée israélienne.
02:07C'est donc un contexte très difficile pour opérer pour ces soldats de maintien de la paix parce qu'il
02:13n'y a plus vraiment de paix à maintenir dans le sud du Liban.
02:15Pour autant, ils ont énormément de missions toujours à réaliser. On les croise très régulièrement dans le sud du Liban
02:19avec ce blindé blanc siglé des Nations Unies.
02:23Des missions, par exemple, de déminage, comme on vient de l'expliquer, ou également d'escorte, de convois humanitaires.
02:31Bref, des missions absolument indispensables dans cette zone très sinistrée du sud du Liban.
02:36Nicolas Kouadou avec Fanny Morel en direct du Liban.
02:41D'ailleurs, il faut maintenant dire que ce soldat est au grade, comme grade adjudant, le grade adjudant, puisqu'il
02:47a été élevé au grade adjudant.
02:49C'est ce que dit le communiqué de la ministre des Armées, Catherine Vautra.
02:52Jean-Louis Bourlange, bonsoir. Vous avez été président de la commission des affaires étrangères à l'Assemblée nationale.
02:57C'est le troisième soldat français. Deux au Liban, un en Irak, tués depuis le début de cette guerre.
03:03Pourtant, ce n'est pas notre guerre, ce n'est pas nos guerres, parce qu'il y a deux guerres.
03:06La guerre au Liban, la guerre en Iran.
03:09Néanmoins, est-ce que la France doit réagir, notamment vis-à-vis du Hezbollah, puisque le président Macron lui-même
03:16a attribué cette embuscade et donc la mort de nos deux soldats au Hezbollah ?
03:22Permettez-moi d'abord de rendre hommage à ces deux soldats, qui sont deux jeunes gens, qui ont choisi le
03:30métier des armes, qui ont choisi tous les risques, qui ont été exposés dans des conditions très difficiles.
03:36J'avais rendu visite à la Finule, quand j'étais allé au Liban, et c'était une situation qui est
03:45impossible, que la situation où on défend, on occupe une position en tant que soldat,
03:51sans avoir l'autorisation, la possibilité d'agir militairement. C'est quelque chose de terrible.
03:57Ces deux jeunes gens ont perdu la vie au service non seulement de la France, mais au service d'une
04:05certaine idée de l'ordre international, du droit international, de la souveraineté des États.
04:13Et je crois que c'est une noble cause. Et nous devons vraiment tous être extrêmement, tout à fait solidaires
04:20de cette affaire.
04:21– En même temps, on expose nos soldats, puisque vous le dites vous-même, ils ne peuvent pas riposter, ils
04:27n'ont pas le mandat pour désarmer le Hezbollah.
04:31Est-ce qu'on aurait dû retirer ces forces de la Finule lorsque la guerre au Liban a éclaté ?
04:35– Je ne sais pas comment la situation se présente concrètement dans cet endroit à ce moment. Je crois effectivement
04:42que c'est…
04:43Je me rappelle, j'ai été il y a quelques semaines aux obsèques du général Morillon, qui avait été confronté
04:51exactement à la même situation en Yougoslavie,
04:54et qui avait subi ça très difficilement, et qui après a été en charge de l'offensive, qui a permis
05:02effectivement de régler le problème
05:05et de déboucher sur les accords de Dayton qui ont réglé la question. C'est vrai qu'à un moment,
05:10une armée est faite pour se battre
05:12et pas pour recevoir des coups. Maintenant, au Liban, que faut-il faire ? D'abord, il faut rappeler une
05:20chose,
05:20c'est que nous, Français, nous participons avec d'autres, avec les Européens, à la défense d'une certaine idée
05:28de l'ordre international.
05:30C'est pas parce que les États-Unis et Israël font de façon différente d'ailleurs un peu n'importe
05:36quoi dans la zone
05:37que nous devons oublier l'idée dont nous sommes porteurs. Et cette idée, c'est l'idée d'une organisation
05:47humaine,
05:48d'une organisation de la communauté internationale qui respecte chacun. Alors, effectivement, est-ce que nous pouvons acter,
05:56est-ce que la finule peut aujourd'hui jouer un rôle ? Je crois que c'est tout l'enjeu.
06:03Il faut modifier sa mission.
06:05Si on essaie d'aboutir à un cessez-le-feu, qu'est-ce que c'est qu'un cessez-le
06:10-feu au Liban ?
06:13C'est l'idée qui est difficilement acceptée par Israël et qui est difficilement applicable par le Liban,
06:19qu'on se met en situation de dire qu'il n'y a pas de situation compatible avec la sécurité
06:27d'Israël
06:28et avec la souveraineté du Liban qui ne passe pas pour un désarmement progressif et difficile,
06:36mais qu'on peut réaliser à moyen terme du Hezbollah.
06:39– On n'y arrive pas, pardon, parce qu'on le disait à chaque fois.
06:42Le dernier cessez-le-feu, c'était écrit noir sur blanc, il fallait désarmer le Hezbollah.
06:46– Vous avez…
06:46– Non, non, ce n'était pas écrit noir sur blanc, excusez-moi.
06:49C'était donner à l'armée libanaise tout le soutien et les moyens nécessaires
06:53pour contribuer au désarmement du Hezbollah.
06:55– Rien n'a été fait.
06:55– C'est tout à fait ça. Nous avons quand même fait des choses, enfin les uns et les autres.
07:00Le président du Liban est un président qui est respecté, il vient d'ailleurs de l'armée libanaise.
07:08– C'est un ancien militaire.
07:09– Un ancien militaire, il est chef d'état-major de l'armée libanaise et c'est celui-là qu
07:13'il faut aider.
07:14Alors est-ce que nous devons nous désintéresser du Liban ?
07:17Nous y avons un passé, des souvenirs, nous y avons des amis, nous y avons des responsabilités
07:25et c'est un enjeu fondamental et nous devons contribuer à cela.
07:30Alors Israël, pour l'instant, joue un jeu assez extrémiste, le Hezbollah joue un jeu hyper extrémiste.
07:38Les gens qui incarnent la voie moyenne, qui incarnent la voie de la sagesse,
07:44comme le gouvernement, le président libanais ou nous, ont un rôle à jouer
07:48et évidemment c'est un rôle dans lequel on prend des coups parfois tragiques
07:54comme ceux qui se sont produits avec ces deux militaires.
07:57– Le président Macron a dit que justice soit faite.
08:01Est-ce qu'on pourra punir ceux qui ont fait ça, si c'est le Hezbollah ?
08:07C'est ça la question ? Est-ce que ces crimes ont resté impunis ?
08:10– Alors justice soit faite, déjà il y a une demande d'enquête qui a été formulée auprès des Libanais.
08:14D'ailleurs le Premier ministre libanais était d'ailleurs à Paris hier,
08:17c'est probablement un des sujets abordés.
08:20Donc c'est ça en fait la justice, c'est pas simplement se faire justice soi-même,
08:23c'est aussi faire en sorte qu'un procédé judiciaire soit mis en place.
08:26Après il y a une vraie question effectivement sur la capacité de l'État libanais
08:29à mener ces enquêtes et à les mener jusqu'à leur terme.
08:33On a vu déjà que sur l'explosion du port de Beyrouth c'était compliqué.
08:35Mais c'est aussi ça le rôle de la France et c'est ça en fait que symbolisait justement la
08:38venue hier de M. Salam,
08:40c'est que l'État libanais attend de l'aide de la France pour justement essayer de redevenir un État
08:46véritablement souverain
08:47et d'être capable de faire face justement à différents défis,
08:49et notamment sur le défi du désarmement du Hezbollah.
08:52– Il y a beaucoup de Libanais qui demandent à la France d'être un peu plus offensive,
08:55notamment dans la lutte contre le Hezbollah.
08:57J'ai reçu un responsable Libanais ici il y a quelques jours qui disait
09:00bon la France doit pas simplement être sur une position un peu défensive,
09:05elle doit vis-à-vis du Liban avoir une position plus ferme.
09:09– En fait, entrer en guerre contre Israël c'est une bonne solution actuellement.
09:15– Oui, en fait la France elle est confrontée à deux problèmes.
09:18Au Liban c'est le Hezbollah qui reste armé et qui est une force disons extrêmement dangereuse
09:24qui attaque Israël et qui a une position à l'intérieur de la société libanaise
09:29qui lui donne beaucoup de pouvoir au sein de l'armée, au sein du gouvernement, au sein du Parlement
09:34et dans la société libanaise.
09:36Donc ce n'est pas facile de désarmer une telle milice.
09:40Mais la nouveauté cette année en 2026 c'est que le président du Liban, le nouveau président
09:44et le Premier ministre ont ordonné et ont voté une décision qui demande le désarmement
09:51de toutes les milices y compris le Hezbollah.
09:53– Ça n'était pas le cas auparavant donc il y a déjà une intention.
09:57Ensuite l'autre problème c'est Israël, c'est-à-dire que les Israéliens sont convaincus
10:01que la finule ne sert pas à grand-chose, ils préféraient qu'elle s'en aille et d'ailleurs
10:07le mandat de la finule arrive à expiration à la fin de l'année 2026.
10:12Mais n'oublions pas que c'est une résolution des Nations Unies, c'est-à-dire que ce n'est
10:15pas uniquement la France, c'est un certain nombre de pays, c'est au total maximum 10 000
10:21hommes, dans la réalité 7 500 dont 700 Français.
10:24Mais il y a aussi des Indonésiens, des Italiens et une bonne dizaine de pays.
10:29Donc en fait aujourd'hui ce drame est évidemment une tragédie pour ces soldats, pour leurs
10:34régiments et pour leurs familles, mais ça traduit l'état de faiblesse et de fragilité
10:40du Liban.
10:40Et donc ce qu'il faut aujourd'hui c'est, en dehors du soutien que la France peut, et
10:44je comprends votre question sur est-ce qu'on peut rendre justice, je dis que ce n'est
10:49pas impossible, mais il faudrait un geste politique très fort du Hezbollah, on verra.
10:52Mais ce qu'il faut surtout c'est préparer l'avenir.
10:55Comme la finule s'en va à la fin de l'année, qu'est-ce qui se passe après ?
10:58Est-ce qu'il y a une nouvelle force internationale ? Est-ce que la France va y participer ?
11:03Est-ce que les Nations Unies vont avoir une nouvelle résolution ? C'est ça les questions
11:07qui sont sur le bureau du président de la République.
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