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  • il y a 3 heures
Ce soir on parle d’un artiste qui dépasse largement le statut de star. Un musicien total, un compositeur hors norme, un performer, une silhouette immédiatement reconnaissable, sans doute l’une des figures les plus libres, let les plus fascinantes de l’histoire de la pop : Prince.

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Musique
Transcription
00:11Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue dans La Régulière, l'émission de Toutes les Cultures.
00:14Nous poursuivons notre semaine dédiée aux pop stars les plus iconiques et ce soir on
00:18va parler d'un artiste qui dépasse largement le statut de star ou de pop star. Un musicien
00:22total, un compositeur hors normes, un performeur, une silhouette immédiatement reconnaissable et
00:27sans doute l'une des figures les plus libres, les plus troublantes et les plus fascinantes
00:30de l'histoire de la musique moderne, Prince. Prince est d'abord un génie, un artiste
00:34capable d'écrire, de composer, d'arranger, de produire, de chanter, de jouer de presque
00:38tous les instruments et de bâtir un monde à lui tout seul. Mais Prince, c'est pas seulement
00:42une somme de talent, c'est aussi une vision, une manière de brouiller les frontières entre
00:45le funk, le rock, la pop, le R&B, le psychédélisme, une manière aussi de brouiller les frontières
00:49entre masculin et féminin, entre provocation et spiritualité, entre tubes planétaires
00:54et gestes artistiques radicals. On retient évidemment les « Purple Rain », « Wind of
00:58Christ », « Sign of the Times », des chansons devenues immenses. Mais derrière les tubes,
01:01il y a une œuvre monumentale, foisonnante, parfois déroutante. Une œuvre portée par
01:05un artiste qui a passé sa vie à défendre la liberté, y compris contre l'industrie
01:09musicale elle-même. Alors ce soir, on va essayer de comprendre pourquoi Prince continue de fasciner
01:13autant. Et pour en parler avec moi, il y a Mathilde Dammé, actrice, autrice et médeuse
01:17en scène qu'on ne présente plus. Merci d'être là. Merci à vous de m'avoir
01:20invité. C'est un grand plaisir et un honneur. Et Raphaël Melky du podcast « Violet », un
01:24des experts les plus éminents en France quand il s'agit de Paris de Prince. Merci
01:28Raphaël. Merci. L'émission Special Prince, c'est tout de suite à la régulière.
01:32France Inter. À la régulière.
02:01Alors, c'est un extrait de « I Wanna Be Your Lover », donc un des morceaux les plus
02:04iconiques de Prince. On va commencer peut-être avec une question un peu simple, mais effectivement,
02:09quand on parle de Prince, contrairement à d'autres pop stars, je trouve, on parle souvent
02:12aussi de sa virtuosité. Il y a des énormes pop stars dont on va louer l'incarnation,
02:18l'interprétation. Prince, il y a évidemment tout ça, mais il y a aussi le côté virtuose,
02:22le côté génial. En quoi il était aussi génial, Mathilda ?
02:27Moi, j'ai envie d'évoquer son éclectisme. Je pense que parmi toutes ces figures qui ont compté
02:33dans la musique, dans le monde, à travers l'histoire, le temps et les styles, ce qu'il
02:39avait vraiment de différent par rapport à tous les autres, c'est sa capacité à naviguer
02:45dans des couleurs totalement différentes en se les appropriant. C'est-à-dire qu'on
02:50le reconnaît à chaque fois, on reconnaît son empreinte vocale et surtout une adaptation,
02:56une adaptabilité vocale à tous les registres. Et c'est là où moi, je m'y suis retrouvée
03:03personnellement, c'est que j'ai des goûts très larges. J'ai été élevée par la
03:06musique classique. J'ai toujours été vraiment absorbée par la musique dès mon plus jeune
03:11âge. Et il est vraiment sa musique qui est la BO de ma vie parce qu'il passe par toutes
03:18les couleurs qui comptent pour moi et par les surprises, par l'humour, par la légèreté,
03:26par la puissance de la funk. Enfin, je pourrais continuer comme ça, arrêtez-moi parce que
03:32c'est vraiment la BO de ma vie.
03:35Et c'est vrai que j'ai le sentiment aussi que ça, le côté virtueuse et éclectique
03:38dont parle Mathilda, il l'a dès le premier album qui s'appelle « For You », qui
03:42est un peu une forme de démonstration déjà de tous ses talents, avec notamment ce morceau
03:47qu'on peut dire qui s'appelle « Soft and Wet ».
04:09C'est exceptionnel. En quoi justement c'est un album qui n'a pas marché, qui n'est pas
04:14généralement vu comme un des grands albums de Prince, mais en quoi il est…
04:17On commence par la polémique. Non, je ne veux pas de polémique, je suis là pour vous écouter.
04:21Ce que je veux dire, c'est que globalement dans la mythologie Prince, on va plutôt citer
04:24« Train of the Times », 1999, évidemment, « Purple Rain ». Pas forcément celui-ci,
04:29même si il est évidemment excellent, mais en quoi justement il est intéressant aussi,
04:35cet album Raphaël. Je pense que c'est déjà une forme de carte de visite assez géniale.
04:40Il est intéressant parce qu'il résume la première question à laquelle Mathilda a remarquablement
04:46répondu comme à chaque fois sur la virtuosité. C'est un premier album, il est très jeune.
04:50On parle rarement de l'âge de Prince à ses débuts. Il a toujours eu l'air d'un monsieur
04:54et on oublie en fait qu'il commence très très jeune. Et c'est un premier album où il y
04:59a écrit
04:59produit, composé, arrangé, intégralement joué par Prince. Et cette phrase qui va devenir sa signature,
05:05elle est présente dès le premier disque. Il faut avoir une audace pour refuser Maurice White à la production,
05:11quand même le gratteur d'Orthelon Fire, pour dire à l'intégralité des ingénieurs « Sortez, je vais m'occuper
05:17de tout tout seul ».
05:18Il faut quand même un peu d'audace et le résultat est pas mal pour un premier disque.
05:22Mais c'est ça, c'est-à-dire qu'il y a une maturité d'emblée. Dès le premier disque,
05:27on oublie que c'est un premier disque,
05:29c'est-à-dire que c'est tellement abouti sur le plan de la composition, sur l'efficacité, sur les
05:34dynamiques, sur l'efficacité de ce titre.
05:42C'est très tubesque, tout en étant très personnel. Et c'est là où il est vraiment un virtuose, à
05:48mon sens.
05:49C'est cette capacité à être à la fois très accessible et très pointue.
05:53Il y a aussi chez lui... T'es d'accord ? Parce que je t'ai vu un peu...
05:58L'accessibilité de Prince, c'est un vrai sujet. C'est-à-dire que quand on demande aux gens s
06:01'ils connaissent la musique de Prince,
06:02on sent que la porte d'entrée n'est pas simple. Il a raison, il y a des hits interplanétaires,
06:07on en a parlé.
06:09Mais ce qui faisait aussi qu'on aimait bien Prince au moment de l'explosion dans les années 80,
06:13c'est que justement il était moins accessible que certains autres.
06:16Il y avait aussi un peu d'effort. Et lui s'amusait à nous déstabiliser,
06:20puisqu'il sortait des albums chaque fois différents.
06:22Donc on n'était jamais dans quelque chose où on était en terrain connu.
06:27On nous sortait tout le temps de notre zone de confort et lui aussi.
06:29C'est ça qui faisait l'originalité. Donc c'est en ça où j'ai un peu d'autres lignes.
06:34En fait, tu as raison de parler d'une chose qui pour moi le définit de façon absolue et dès
06:41le début.
06:41C'est cette façon qu'il a sans cesse de se mettre hors de sa zone de confort.
06:46Il n'y a pas de zone de confort chez lui.
06:48Et c'est vraiment le prix de la liberté aussi.
06:51C'est-à-dire que cette liberté dont vous parliez au début de la traduction,
06:54c'est vraiment cette recherche permanente de toujours explorer la musique, la réinventer.
07:02Et il disait de lui-même, quand on lui posait la question
07:04« Qu'est-ce que vous écoutez ? Quelles sont vos influences ? Qu'est-ce que vous aimez aujourd
07:09'hui ? »
07:09Il dit « Quand je veux faire de la nouvelle musique, quand je veux entendre de la nouvelle musique, je
07:12la fais. »
07:14Sa principale inspiration, c'était lui.
07:17Il était nourri de passion.
07:20Et quand on parle de virtuosité, il y a parfois quelque chose, un aspect un peu démonstratif.
07:24Et pour lui, ce n'était pas le cas.
07:26Il était vraiment au service de la musique et des musiques au pluriel.
07:32Donc, sa virtuosité venait de son goût, de son amour pour beaucoup de types de musique.
07:37Et il développait sa technique par amour pour la musique.
07:41Alors, je crois que c'est dans le podcast Jolie que j'entendais ça, le podcast de Raphaël.
07:46Le premier album s'appelle « For You », donc pour vous, pour le public.
07:49En tout cas, je ne sais pas à qui il s'adresse exactement.
07:51Le deuxième s'appelle « Prince », comme si justement il revenait quelque chose de beaucoup plus personnel.
07:55En tout cas, c'est quoi la différence entre le premier et le deuxième album ?
07:59Qu'est-ce qui change peut-être dans sa démarche et dans sa manière de concevoir ce disque ?
08:04Le premier, on sent que c'est une nécessité.
08:08C'est l'aboutissement de tout ce qu'il a fait chez lui, sur ses petites cassettes.
08:12Il y a des choses qu'on peut retrouver aujourd'hui.
08:15Et donc voilà, il y a cet aboutissement qui est là.
08:17« Prince », c'est un peu la suite.
08:20C'est-à-dire qu'il va aller un peu plus loin dans ce qu'il a mis en œuvre
08:24dans « For You ».
08:25Il a plus de moyens, il a un peu plus de temps.
08:28Le temps et « Prince », c'est quelque chose d'assez relatif.
08:30Est-ce que je peux développer ça ?
08:32C'est-à-dire qu'au lieu de faire le disque en une semaine, il va le faire en deux
08:35semaines.
08:35Mais « Prince », quand on lit un peu l'historique, il y a des gens qui écrivent sur les
08:42sessions de studio de « Prince ».
08:43C'est un ou deux chefs-d'œuvre par jour, entièrement.
08:45On ne parle pas de démo.
08:46On parle de titres entièrement joués, mixés, avec toutes les pistes de voix.
08:51Donc c'est très rapide.
08:52Donc « Prince » a quelque chose d'un peu plus dense, avec toujours ses touches.
08:58C'est-à-dire qu'on a du pur funk dans la plus grande tradition.
09:01Il se permet de faire des instrus en fin de morceau, comme de « I wanna be your lover »
09:05qu'on a entendu, ou « Sexy Dancer ».
09:07Il va y avoir le titre rock qui s'appelle « Bambi » dans celui-là.
09:11Il y a les balades parfaites comme on aime.
09:13Et puis, tout ça sont les prémices au troisième album qui viendra et où le Minneapolis Sand va vraiment se
09:20créer à ce moment-là.
09:21On va en parler évidemment de ce troisième album, mais je vous propose qu'on écoute un morceau qui n
09:24'est pas sur le troisième album,
09:25mais qui est un immense tube.
09:27C'est « Kiss » de « Prince ».
09:29Voilà, j'avais envie qu'on l'écoute.
09:31Et puis juste après, on continue à parler de « Prince » et peut-être justement de ce que va
09:34changer « Dirty Mind » dans la carrière du « Kid » de « Minneapolis ».
09:53Jérémy Stadium
09:58Jérémy Stadium
10:13Jérémy Asia
10:13D Rita
40:15de maisons de disques, il a 15 ans d'avance sur ces sujets-là. Il a retiré sa musique des
40:19plateformes en disant qu'il ne gagnerait pas un Copac 5-6 ans avant son décès, il y a plus
40:24de
40:2415 ans. Sa musique a été remise très rapidement après son décès. Mais comme tu dis, il y avait
40:30des albums colossaux, mais à l'époque pas portés par des singles. De toute façon, on était déjà
40:34rentrés dans l'ère des plateformes, donc les gens regardaient moins les clips. MTV, c'était que de
40:38la Reel TV. Donc en fait, il fallait se tenir informés et c'est ce qu'on a modestement essayé
40:43de faire.
40:43Et puis surtout, je pense qu'il n'adhérait pas au système et à la façon dont la musique
40:48se transformait. Il était très critique par rapport à la musique, au mode, à ce que les
40:53gens, voilà, à ce qui passait en radio. Il était très exigeant, lui. Donc de fait, tout
41:00ce qui pouvait sortir, qu'il était moins, ne lui plaisait pas. Donc peu importe, j'ai
41:04envie de dire, lui, ce qui comptait, ce n'était pas d'être premier dans les charts. Je crois
41:12que c'était vraiment de produire de la bonne musique, real music, with real, for real musicians.
41:18C'est ça, c'est bon, saugant.
41:20Il y a quelque chose qui est intéressant, ce que tu disais tout à l'heure, Matilda,
41:22que toi, qui l'a vu aussi évoluer, qu'il était assez seul, en tout cas pour composer. Moi, j
41:26'ai
41:26aussi, enfin, c'est quelqu'un qui a eu différents groupes dans sa vie, différentes eras. Et donc,
41:31j'ai toujours un peu fantasme, peut-être, l'idée d'avoir repris avec une armée de gens qui
41:35pouvaient... Donc sa méthode de travail a été vraiment très solitaire.
41:39Il a été autonome dès le premier album. Donc, c'est déjà quand même un acte extrêmement fort de confiance
41:45en soi et de tout faire. Et cette virtuosité qu'il a développée, c'est justement pour avoir à la
41:51fois l'autonomie, la liberté et le pouvoir de création absolue, de pouvoir aller dans tous les registres. Il a
41:58même, je pense, transformé sa voix de façon à ce qu'elle puisse s'ajuster à toutes les couleurs comme
42:04il le voulait. Il n'était même pas limité par son propre instrument vocal.
42:09ni par la pratique des instruments. Donc, rien. Il a mis en place, si vous voulez, un territoire
42:15musical ouvert, sans limite.
42:17Bon, je pense qu'on écoute un morceau... Non, Raphaël, je t'en prie, je t'en prie.
42:19Non, mais juste, pour conclure, avant qu'on lance le morceau,
42:22Maitre a complètement raison, Prince jouait avec beaucoup de jeunes musiciens
42:25ou de musiciens très peu connus. Il y a eu quelques
42:27figures illustres, mais très peu connues, parce qu'il fallait des gens avec pas trop d'égo
42:32parce qu'ils étaient au service de sa musique.
42:35Et il l'acceptait.
42:36Ceux qui ne voulaient pas être au service de sa musique
42:37ont été un peu évincés.
42:39Sauf que je fais un bémol là-dessus, parce que quand même,
42:41il allait chercher, découvrir des talents.
42:43Et il a trouvé des talents
42:45qui ont éclos grâce à lui
42:47et qu'il a su mettre en avant, et notamment des talents
42:50féminins, comme Gilaï,
42:52Wendy Elisa, etc.
42:53Mais jeune musicien ne veut pas dire
42:56peu talent que eux. En même temps, vu qu'il y avait
42:5715 heures par jour de répète, il se venait bon.
43:01On va avancer un peu, on va écouter un morceau
43:03que c'est le morceau
43:05issu de la l'homme éponyme, Musicology.
43:07Ça sort en 2004.
43:09C'est juste extraordinaire.
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