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  • il y a 9 heures
Retrouvez « Le mix de Mosimann » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-mosimann

Catégorie

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Musique
Transcription
00:00J'aime pas le rap.
00:02Enfin, j'aimais le rap.
00:04Quand il n'était pas obligé d'être aimé.
00:06Le rap à l'origine, ce n'était pas un espace accueillant,
00:09c'était une faille, une ligne de fracture,
00:11un endroit où ça débordait sans demander la permission.
00:14Aujourd'hui, tout est en place.
00:15Les mots tombent justes, les émotions arrivent à l'heure,
00:18les intentions sont lisibles, on comprend tout.
00:21C'est peut-être ça le problème.
00:22Le rap ne choque plus, il demande l'autorisation.
00:25On n'écoute plus du rap, on consomme du contenu.
00:27Aujourd'hui, il accompagne, il explique, il rassure.
00:32Même tes parents comprennent.
00:33Et ça, c'est jamais bon signe.
00:35On a remplacé l'attention par la clarté,
00:37la nécessité par la maîtrise.
00:39Le rap ne dérange même plus tes voisins,
00:42comme si tout était devenu accessible.
00:45Accessible, mais à quel prix ?
00:46Parce que les rendre accessibles,
00:48ce n'est pas seulement ouvrir une porte,
00:50c'est aussi décider.
00:51Décider de ce qu'on laisse dehors.
00:53Et parfois, ce qu'on laisse dehors, c'est ce qui débordait.
00:55Je pense à ces artistes,
00:56ceux qui sortent des albums comme on sort des collections.
00:59Ceux chez qui le merch parle plus fort que la musique.
01:02Ceux chez qui, à l'écoute, tu n'entends pas une urgence, mais un brief.
01:05Ceux qui font des projets tellement sages
01:06qu'ils pourraient être sponsorisés par l'éducation nationale.
01:09Ceux qui font l'unanimité avant même d'avoir sorti un morceau.
01:12Ceux qui cochent toutes les cases.
01:14Et instinctivement,
01:16quelque chose en moi se méfie.
01:18Parce qu'un artiste qui met tout le monde d'accord,
01:19c'est souvent un artiste qui ne se met plus en danger.
01:22Et pourtant, peut-être que cette méfiance en dit plus de moi que deux.
01:26Peut-être que j'ai longtemps cru que pour être vrai, il fallait être difficile.
01:29Que pour être profond, il fallait être incompris.
01:32Je crois qu'on a confondu obscurité et profondeur.
01:35Et si c'était l'inverse ?
01:37Si la clarté était une exigence ?
01:39Si être compris n'était pas une faiblesse, mais une responsabilité ?
01:42Dire simplement des choses justes, c'est rare.
01:44Parler à beaucoup de monde sans se diluer, c'est fragile.
01:47Et peut-être que ces artistes, ceux qu'on accuse de simplifier, ont déplacé quelque chose.
01:52Pas en adoutissant le rap, mais en refusant qu'il reste un territoire fermé.
01:56En faisant de cet endroit non plus une frontière, mais un passage.
02:00Alors non, le rap n'est peut-être pas devenu gentil.
02:03Il est peut-être devenu partageable.
02:06On a passé des années à croire que la violence faisait la vérité.
02:09Que la difficulté faisait la valeur.
02:11Que l'incompréhension faisait la profondeur.
02:13Et si c'était faux ?
02:15Si la vraie exigence était d'être compris, sans trahir.
02:18Si la vraie force, c'était de ne pas écraser et de rester juste.
02:22Alors peut-être que ce rap-là n'est pas plus faible.
02:24Peut-être qu'il est simplement plus courageux.
02:27Alors ce matin, j'ai envie d'écouter Big Floyoli qui rencontre la Swedish House Mafia.
02:31Parce qu'ils n'ont pas seulement ouvert une porte,
02:33ils ont fait en sorte que ceux qui n'osaient pas rentrer se sentent légitimes de rester.
02:37Ils ont enlevé la distance, sans enlever la hauteur.
02:39Et ça, ça demande peut-être plus de courage que de faire peur.
02:44Bonjour, c'est Noziman et je produis le track de vos rêves sur France Inter.
02:47C'est dans le grand vide abyssal qu'on voit le plus les étoiles briller.
02:51Mon parrain sur un lit d'hôpital, et moi le grand pragmatique, je me mets à prier.
02:55Je sais bien que le ciel c'est du gaz, et au fond de moi j'espère que c'est
02:58plus.
02:59Le cycle de la vie nous fait mal, j'ai pleuré sa mort en position fétale.
03:03Le soir ma femme me tire les cartes, elle les étale partout dans l'appart.
03:06Elle me dit qu'y croire, c'est le principal.
03:08C'est pas une porte qui claque, mais un esprit qui parle.
03:10Voilà, karma, je t'attends.
03:12Tu sais, des fois c'est dur de croire en toi, j'apprends à garder mon sang-froid.
03:16C'est ce que tu jettes à l'univers, il te le renvoie.
03:18Si j'avais lu l'histoire à l'envers, j'aurais su que derrière mes problèmes se cachait un happy
03:22end.
03:23Espoir à double vitesse, j'avais une barre qui prenait l'eau, mais j'étais le capitaine.
03:26Je voulais faire justice moi-même, je crevais les pneus du voisin qui tapait sa femme.
03:30Dépendant de mes états d'âme, je fixais les fleurs sur la route accrochée au platane.
03:34Quand Flo avait peur d'avoir bu une maladie, j'avais peur qu'il s'en créait une pour de
03:37vraies.
03:38J'avais des togues et des fixettes de petits frères, auto-religions, j'improvise des prières.
03:42Karma, tu m'as oublié, à croire que tout ça je l'ai mérité.
03:45La poule au ventre, j'étais terrifié, je veux pas mourir sans connaître cette vérité.
03:49Je cratais des prières, mes potes muslims, je laissais s'asseoir les bonnes sœurs dans le métro.
03:53On sait jamais, peut-être que ça va marcher, personne ne sait si c'est vrai, mais on sait jamais.
03:57J'attends le karma, la ligne minusculeur, la faute du contraire.
04:01J'attends le karma, la dernière mélodie d'un piano qui se crache.
04:05Come on !
04:05Combien de fois ?
04:09On m'a dit qu'il viendrait.
04:13Laisse faire le karma, le karma.
04:17Laisse faire le karma.
04:21Combien de fois ?
04:24On m'a dit qu'il viendrait.
04:28Laisse faire le karma.
04:31Laisse, on m'a dit qu'il viendrait.
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