- il y a 1 jour
Jérôme Fehrenbach dresse un constat sans détour : la crise actuelle de la République française serait plus grave encore qu’à la veille de 1789. Inspecteur général des finances, ancien membre de cabinets ministériels et historien, il publie "La République épuisée - Le retour nécessaire des vertus chrétiennes" (L’Artilleur), un ouvrage qui interroge en profondeur les fondements, les dérives et l’avenir de notre régime politique.
👉 La France arrive-t-elle à la fin de son cycle républicain ?
👉 L’État protège-t-il encore les Français face aux forces économiques et aux décisions européennes ?
👉 Vivons-nous une lente disparition des libertés… sans même nous en rendre compte ?
👉 La République est-elle devenue un système sans alternative ?
De la Révolution française à aujourd’hui, en passant par les transformations constitutionnelles, la montée des tensions sociales et l’affaiblissement du lien collectif, cet échange pose une question centrale : dans quelle société voulons-nous vivre ? Enfin, Jérôme Fehrenbach esquisse une piste inattendue : celle d’un retour aux vertus chrétiennes comme réponse possible à la crise morale et politique actuelle.
👉 La France arrive-t-elle à la fin de son cycle républicain ?
👉 L’État protège-t-il encore les Français face aux forces économiques et aux décisions européennes ?
👉 Vivons-nous une lente disparition des libertés… sans même nous en rendre compte ?
👉 La République est-elle devenue un système sans alternative ?
De la Révolution française à aujourd’hui, en passant par les transformations constitutionnelles, la montée des tensions sociales et l’affaiblissement du lien collectif, cet échange pose une question centrale : dans quelle société voulons-nous vivre ? Enfin, Jérôme Fehrenbach esquisse une piste inattendue : celle d’un retour aux vertus chrétiennes comme réponse possible à la crise morale et politique actuelle.
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00:05Bonjour à tous, bienvenue dans notre Zoom, aujourd'hui en compagnie de Jérôme Ferenbach.
00:11Bonjour monsieur.
00:11Bonjour monsieur.
00:12Jérôme Ferenbach, vous êtes inspecteur général des finances, ancien membre de cabinet ministériel,
00:18également historien, l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, le dernier le voici,
00:22la République épuisée, le retour nécessaire des vertus chrétiennes publiées chez l'artilleur
00:29et comme d'habitude à retrouver sur la boutique de TV Liberté.
00:33Alors Jérôme Ferenbach, vous dites que la situation actuelle en France est infiniment plus grave
00:39qu'elle ne l'était en 1788, où en sommes-nous exactement ?
00:44Et surtout, est-ce que les Français ont conscience de la gravité de la situation ?
00:48Je pense que les Français en ont au moins l'intuition
00:50et que les Français aborderont les élections prochaines avec une certaine gravité.
00:55Je voudrais donner deux exemples peut-être des similitudes avec 1789, similitudes aggravées.
01:02Le premier, c'est la situation de cohésion ou non de la population.
01:07Nous avons dans la France, juste avant la Révolution, certes une France qui est socialement divisée,
01:13une France avec des privilégiés, une France avec des absurdités dans l'organisation juridique
01:17qui rendent ce système incapable d'aborder la modernité de façon satisfaisante.
01:21Et néanmoins, on a une dominante culture chrétienne qui est absolument évidente,
01:26malgré quelques points ici ou là de l'esprit philosophique.
01:30Le christianisme, le catholicisme est archi-dominant dans les esprits, dans les bibliothèques
01:34et évidemment dans l'organisation des dimanches et de tous les jours fériés.
01:37Ça, c'est un point tout à fait évident.
01:39Et on a, malgré toutes ces différences, on a, les Français se croisent, se voient,
01:44y compris les riches et les pauvres habitent souvent derrière des quartiers semblables.
01:48Il n'y a pas de dichotomie dans l'organisation urbaine, aussi prononcée qu'aujourd'hui,
01:53en tout cas certainement pas dans les villes moyennes.
01:55Donc ça, c'est un aspect qui me paraît vraiment important,
01:57cette capacité à vivre ensemble, à se voir, à se regarder
02:01et ce fonds culturel chrétien que tout le monde a en partage
02:05dans la France antérieure à la Révolution.
02:07Ce qui est évidemment en contrepoint plutôt le cas aujourd'hui
02:10où je pense qu'on aurait peine à trouver en combinant 5 ou 6 critères
02:15des clusters de Français, des groupes de Français
02:17représentant plus de 10 ou 15% de la population.
02:20Je crois que c'est extrêmement difficile, voire totalement impossible.
02:23Autre point que je voulais très rapidement évoquer,
02:25c'est la situation financière et budgétaire.
02:28La situation budgétaire aujourd'hui est incomparablement plus grave
02:31qu'elle n'était en 1788.
02:33Évidemment, à l'époque, en l'absence de système bancaire,
02:35la monarchie ne parvenait pas à réunir les fonds suffisants
02:38pour pouvoir subvenir à ses besoins de manière sérieuse,
02:40d'où les états généraux et la débâcle qui s'en est suivie.
02:43Il n'en demeure pas moins que quand on regarde la manière dont on comptait,
02:48quand on effectuait les calculs de déficit à l'époque de l'Ui-16,
02:52on avait un déficit d'à peu près 25% de revenus.
02:55Aujourd'hui, si on empruntait les mêmes modes de calcul,
02:58on aurait un déficit plutôt de l'ordre de 50%.
03:00Parce qu'à l'époque, on incluait dans les calculs des dépenses
03:02le remboursement de la dette à long terme, ce qu'on ne fait pas aujourd'hui.
03:04Et puis ta dépense publique qui, aujourd'hui, est beaucoup plus lourde
03:08qu'elle ne l'était sous l'ancien régime finissant.
03:11Oui, en fait, si vous voulez, grosso modo,
03:13c'est toujours un peu vain d'essayer de convertir des livres tournois en euros de nos jours,
03:17mais grosso modo, on estime que le budget de l'État à l'époque
03:20est de moins de 20 milliards d'euros d'aujourd'hui.
03:22Alors le PIB, évidemment, n'a absolument rien à voir non plus,
03:25mais en tout cas, la part des dépenses dans le PIB
03:27est certainement très, très inférieure à ce qu'elle est aujourd'hui.
03:29Alors, la France a connu déjà cinq républiques.
03:32L'actuelle constitution de 1958 compte 24 révisions constitutionnelles.
03:38Et vous parlez d'épuisement de la République.
03:40Est-ce que c'est un épuisement de notre cinquième République
03:42ou est-ce que vous êtes un fervent admirateur d'une éventuelle sixième République ?
03:50Alors, en sixième République, certainement pas de la manière dont certains peuvent l'envisager.
03:55Ce qui me paraît évident, c'est que si on n'aborde pas,
03:59soit juste avant, soit juste après les élections de 2027,
04:02la question de ces fondamentaux de la constitution,
04:05comme pacte social ou contrat social, je préfère cette expression,
04:09nous allons vers de grosses difficultés.
04:11Je pense qu'aujourd'hui, la constitution complétée ou replâtrée,
04:15ce qui me permettait, à de nombreuses reprises depuis une vingtaine d'années essentiellement,
04:20à vrai dire, est un peu un cache à peine occultant
04:24pour des difficultés qui sont très graves dans le vivre ensemble
04:27et la façon dont la relation s'organise entre l'individu et l'espace public.
04:31Alors, quand vous dites que l'État républicain est tout sauf exemplaire,
04:35de quoi parlez-vous au juste ?
04:37Alors, j'évoquais, je vous évoquais il y a quelques instants,
04:40je crois que c'est un des éléments que je livre dans le livre,
04:45des modes de calcul, en fait, du déficit public
04:49qui n'est pas le même selon qu'il s'agisse de l'État
04:52ou selon qu'il s'agisse des communes,
04:53ce n'est pas le même type de calcul,
04:55donc les communes elles sont astreintes à un calcul,
04:57on va dire rigoureux, du type monarchie d'ancien régime,
05:00donc on prend bien en compte les besoins de financement globaux,
05:02c'est certaines premières caractéristiques
05:04et l'État, comme vous le savez, a laissé filer ses effectifs
05:08de manière extrêmement impressionnante,
05:09essentiellement sous la Vème République,
05:11puisque finalement, jusqu'à l'époque de Valéry Giscard d'Estaing,
05:15les effectifs de l'État, les effectifs civils en tout cas,
05:17progressent finalement à un rythme régulier,
05:19au rythme du développement de la France,
05:20mais de manière finalement assez modérée,
05:22l'explosion, elle est postérieure,
05:24et avec un relais pris depuis 1998 à peu près
05:27par les dépenses des collectivités territoriales
05:28et dépenses de personnel en particulier,
05:30qui ont cru d'environ 40% depuis.
05:32Donc de ce point de vue-là, pas exemplaire du tout.
05:37– Sur la République, vous dites qu'elle semble encore avancée,
05:41mais elle avance où, vers quoi ?
05:44– Je dis bien qu'elle semble, c'est-à-dire que à mon avis,
05:46elle n'avance plus beaucoup,
05:47elle avance dans une recherche éperdue,
05:50une quête éperdue d'émancipation, d'affranchissement de l'individu.
05:55Elle en finit par se demander d'affranchissement de quoi ?
05:56Parce qu'il me semble que l'individu est libéré
05:59à peu près de toutes les attaches qu'on pouvait imaginer,
06:01les attaches antérieures, les attaches du passé,
06:02les attaches de la culture, les attaches de la religion aussi,
06:06ce que personnellement je déplore.
06:09– C'est la recherche de l'homme nouveau, la République,
06:12avec son mythe de la révolution permanente.
06:14– Dans une logique, en tout cas, je ne sais pas si c'est la révolution permanente,
06:16mais c'est une espèce de recherche,
06:17d'affranchissement d'émancipation permanente
06:19qui conduit à une forme d'évidement, à mon avis, permanent.
06:21C'est ça que je trouve le plus frappant,
06:23c'est cet évidement perpétuel de toute matière morale
06:28et matière culturelle liée à notre passé commun,
06:31que je trouve extrêmement préoccupant.
06:32Avec un renoncement ou un renoncement qui est très préoccupant,
06:36puisque qui dit vide, dit, peut dire malheureusement,
06:38de la part de Français que parfois nous ont rejoints plus récemment,
06:41notamment, et peut-être pas que,
06:42une forme d'édain, de mépris pour un organe qui paraît vidé,
06:46qui paraît s'être vidé de lui-même, quasiment éviscéré de lui-même.
06:50– Alors sur l'histoire de la République, vous y revenez.
06:53La manière avec laquelle elle s'est imposée, avec des lois, dites-vous,
06:59invraisemblablement liberticides, comme aucun monarque civilisé
07:02n'aurait osé imaginer.
07:04À quoi vous pensez ?
07:05– Alors là, je pense très directement aux lois qui ont été adoptées,
07:08essentiellement, pendant la période de Montagnard,
07:11la période de la terreur, pendant cet espace de temps assez resserré,
07:13on va dire, entre février-mars 1793 et juillet 1794,
07:18avec des lois tout complètement invraisemblables,
07:20où de grands jurisconsultes membres du comité de législation,
07:24en particulier des conventions nationales,
07:25ont accepté et promu des gens qui ont fait carrière après,
07:28des gens merveilleux comme Cambacérès ou Merlin Dedouet,
07:30qui ont laissé passer, laissé filer des lois invraisemblables
07:33sur le tribunal révolutionnaire,
07:34la loi sur les suspects est une loi qui est inimaginable,
07:38de violence, la suppression de la profession d'avocat,
07:41c'est quelque chose qui est quand même,
07:42du ministère d'avocat plus exactement, pardon,
07:44et de défenseur, est quelque chose d'absolument inouï.
07:47L'interdiction de la cassation, ce sont des choses qui sont incroyables.
07:51– Alors vous dites que depuis environ 20 ans,
07:54nous vivons dans une vaste et molle abdication des libertés,
07:58et en même temps vous précisez que nous ne vivons pas
08:01dans un régime d'oppression.
08:03Est-ce que c'est ça la République, cet entre-deux ?
08:06– C'est peut-être devenu un peu cela malheureusement.
08:09Quand je parle d'abdication des libertés,
08:11je ne parle pas de suppression des libertés,
08:13je parle bien d'abdication, c'est-à-dire que je pense que
08:14par un phénomène où la poule et l'œuf sont assez difficiles à discerner,
08:19s'il y a une société de divertissement,
08:21s'il y a une forme aussi d'épuisement moral, d'indifférence,
08:25peut-être d'excès de prospérité à certains moments et pour certains,
08:28je pense qu'on s'est installé dans une forme de relative indifférence
08:30par rapport justement à l'exercice des libertés qui nous étaient confiées,
08:34car la liberté est un bien précieux.
08:35Je ne pense pas qu'elle nous était violemment retirée, arrachée,
08:37mais je pense qu'on s'est préparé,
08:39on l'a bien vu pendant l'épisode du Covid,
08:41c'est très largement documenté,
08:42ce qui était un peu consternant, un peu sidérant,
08:45c'est moins des suspensions de liberté
08:47qui étaient peut-être pour des raisons opérationnelles
08:49imposées par les événements,
08:50mais la façon dont ces libertés ont été laissées de côté,
08:53abdiquées par les Français.
08:54– Alors vous revenez aussi, Jérôme Fehrenbach,
08:58sur la visite du président Macron à la grande loge de France,
09:04la loge maçonnique, c'était le 5 mai 2025,
09:08où il explique que la France est la fille naturelle de la République,
09:12qu'est-ce qu'il entend par là ?
09:13– Alors ce qu'il entend par là, je n'en sais rien,
09:16alors si le propos est peut-être mal compris,
09:18mais en tout cas je ne l'interprète peut-être pas correctement,
09:20mais ce qu'il me semble, c'est que la France,
09:24plutôt que la République,
09:25qui est une espèce de cosélité inversée,
09:27ou de lien de parenté inversé,
09:28je pense que la République est non pas la fille aînée,
09:32mais bien une fille cadette de la France,
09:35de la France chrétienne,
09:36car aussi étrange que ça puisse paraître,
09:37alors même que la République s'est retournée,
09:39a pris ses distances, puis s'est retournée contre le christianisme,
09:44et il a eu tendance à le refouler, à l'isoler,
09:48son socle de référence à l'origine est très largement inspiré
09:52de la doctrine chrétienne.
09:54– Alors, vous dites aussi que la République n'a pas su se défendre,
09:58ou nous défendre, nous Français,
10:00contre la violence du monde économique,
10:03ça a été notamment le cas lors de la signature du Mercosur
10:06avec l'Union Européenne,
10:09alors pourquoi dans votre ouvrage vous ne revenez pas
10:11sur la soumission que l'Union Européenne impose à la République ?
10:15– Eh bien, vous mettez le point sur un vrai dilemme,
10:19sur deux difficultés que je reconnais tout à fait à l'antenne,
10:22ça ne me gêne absolument pas.
10:23La première est une difficulté d'ordre très personnelle
10:25et presque morale, j'ai été élevé,
10:29je suis toujours pétri,
10:30non pas par une admiration des institutions européennes,
10:32mais par un amour de l'Europe,
10:34que je trouve un continent absolument fabuleux,
10:36qui passe son temps à se flageller,
10:37mais que je trouve dans l'histoire du monde
10:38quelque chose d'absolument exceptionnel,
10:40et je me sens bien dans toute l'Europe,
10:42des frontières de l'Espagne jusqu'aux celles de la Pologne,
10:44enfin, vous prenez toutes les dimensions,
10:46toutes les frontières de l'Europe,
10:47pourquoi ? Parce que cette Europe,
10:48avec des différences, des variantes liées au style,
10:50à la culture, est toujours un peu la même,
10:52alors les châteaux sont toujours un peu les mêmes,
10:53les églises sont un peu les mêmes,
10:54les villages se ressemblent un peu,
10:55avec plein plein de variantes qui font tout le pittoresque
10:58de toutes ces régions d'Europe,
10:59mais grosso modo, on se sent chez soi,
11:01partout en Europe,
11:02ce que je trouve absolument fabuleux,
11:03et donc j'ai un amour immodéré pour l'Europe,
11:05et comme tous, je regrette énormément
11:07tous ces conflits qui ont pu ensanglanter l'Europe.
11:09Donc, c'est une vision très idéalisée de l'Europe,
11:11mais qui vraiment est culturellement,
11:13je crois, très très enracinée
11:14chez l'auteur du petit livre dont vous parlez.
11:16L'autre élément peut-être plus sérieux,
11:19et le plus néphralgique,
11:21et le point suivant,
11:22c'est que j'ai le sentiment
11:24qu'on a abouti à un degré
11:26de complexité européen tel,
11:30et de corsetage à la fois législatif,
11:34institutionnel, et quasiment constitutionnel,
11:37de l'Europe,
11:38que tout esquive par rapport au poids
11:41qu'elle peut représenter pour nous,
11:42qui est réel,
11:44il y a évidemment des effets positifs dans l'Europe,
11:45ça je ne veux pas le nier,
11:47il y a également un effet de pesanteur de fardeau
11:50qui est très lourd,
11:51en particulier dans le domaine de la législation
11:53et de la jurisprudence.
11:55Il y a tout ceci,
11:55on ne peut en sortir, à mon avis,
11:57que de manière assez forte et assez vive,
11:59et je ne veux surtout pas donner l'impression,
12:02car ce n'est surtout pas mon sentiment,
12:03qu'un des moyens de sortir de l'Europe
12:05et serait la survenance d'ici 10, 15, 20 ou 30 ans
12:09d'un vaste conflit dans lequel l'Europe serait embarquée
12:13et qui aboutirait à une forme de dissolution,
12:17de sanglant en fait de cet édifice commun
12:19qui me paraît être en béton armé
12:20et très difficile à amender.
12:22– Est-ce que vous pensez que ce sont les institutions européennes
12:26qui peuvent quelque part être à l'origine
12:28de cet épuisement de la République ?
12:30– Je pense que la République a mené vraiment son chemin
12:34de manière assez autonome, à vrai dire,
12:36et autant on peut faire certains reproches à l'Europe,
12:39sur les domaines que je vous citais,
12:40sur la surabondance législative et les certaines ingérences
12:44et le phare de la jurisprudence,
12:46autant je pense qu'on a suivi notre itinéraire
12:48de manière un peu en somnambule, peut-être finalement,
12:52un peu en vase clos, dans une République qui petit à petit
12:54a cru pouvoir, sous la protection d'un système social extrêmement développé,
12:58de quelques garanties constitutionnelles auxquelles nous étions attachés.
13:02Nous avons pu continuer à somnoler ou avancer tout doucement
13:06sur le chemin qui est le nôtre.
13:07Là, je n'incrimine pas du tout particulièrement l'Union européenne.
13:09– Alors vous dites que le seul atout de la République
13:12face à l'exaspération populaire, c'est la loyauté des forces de police.
13:18Est-ce qu'on a l'impression que la République devient une sorte de prison ?
13:23– Est-ce que c'est les forces de police qui organisent cette espèce
13:28de cloisonnement à l'intérieur desquels les Français se trouvent ?
13:31– Non, je ne vais pas dire ça, ce à quoi je fais allusion est assez simple,
13:35c'est que dans les cas qu'on a vus, de manière tout à fait évidente en 2018,
13:40qu'on a un peu revus au moment de certaines manifestations,
13:43au moment du Covid, c'est que dans ces moments d'exaspération populaire
13:47très forts, très prononcés, instrumentalisés ou pas,
13:50à la limite peu importe, que contrairement justement
13:53à la monarchie de Louis XVI qu'on évoquait en début d'émission,
13:57eh bien la France a un système extrêmement efficace
14:00de repérage des semeurs, des fauteurs de troubles, un système…
14:05– Pas forcément le cas des Black Blocs d'ailleurs ?
14:07– Non, ça je ne peux pas assez ce fonctionnement-là,
14:11mais en tous les cas je pense qu'on a un système qui est efficace
14:13et qui est très protecteur pour la République, mais n'inversons pas le propos,
14:18je ne prétends pas non plus que nous sommes tous sous la houlette
14:20ou sous la supervision, sous une supervision policière,
14:23ce n'est pas du tout mon opinion.
14:25– Alors vous l'évoquiez un petit peu tout à l'heure,
14:27Jérôme Ferenbad vous dit que la société française est plus que fragmentée,
14:32elle est atomisée et dans le même temps vous dites qu'il est indispensable
14:36de s'interroger sur la société que nous voulons,
14:39qui est ce « nous » alors ?
14:40– Cette société fragmentée.
14:42– Alors dans cette grande fragmentation, je crois encore peut-être avec naïveté,
14:45mais je crois encore à l'existence du peuple,
14:48et du peuple qui sera appelé bientôt aux urnes,
14:50et je crois l'avoir déjà partagé avec vous il y a quelques instants,
14:54je pense qu'il est indispensable, alors même que le sujet paraît non urgent,
14:58que l'on s'interroge sur ces conditions de vie ensemble
14:59et sur justement le contenu de ce dessin collectif qu'on doit avoir,
15:03qui doit animer les institutions, leur fucelle à la République ou autre chose,
15:05en tout cas des institutions communes,
15:07il faut absolument s'interroger ardemment, vaillamment,
15:10que ce soit juste avant ou juste après les élections,
15:11mais c'est indispensable.
15:12Et une des difficultés, on a des pièges à la période contemporaine,
15:15c'est qu'au milieu des tourmentes, des urgences tout à fait réelles,
15:18qu'on nous brandit ici ou là et qu'on nous met sous les yeux,
15:20on peut avoir une tentation soit de court terme, soit très technicienne,
15:24et d'ailleurs au fond assez responsable,
15:27consistant à ne traiter que ces sujets monumentaux de court terme
15:30et à occulter, à ne pas voir, à ne pas essayer de travailler le sous-jacent,
15:34le substrat qui est extrêmement fêlé, extrêmement lézardé.
15:38– Quand vous entendiez l'ancien ministre de l'Intérieur,
15:41Gérard Collomb, dans son discours, en sortant du ministère de l'Intérieur,
15:45évoquer ces Français qui vivent côte à côte
15:48et qui demain risquent de se retrouver face à face,
15:51est-ce que cela révèle un climat insurrectionnel à vos yeux ?
15:56– Alors, ça pour le coup, je suis vraiment mal, je crois, placé pour en juger.
16:00Un climat de très grande tension, oui, un climat de…
16:04et peut-être pire encore que la très grande tension,
16:07c'est justement cette méconnaissance, cette ignorance,
16:11et ces barrières qu'on a posées,
16:17et que notamment les mécanismes de solidarité ont posées, paradoxalement.
16:23– Alors, vous expliquez aussi dans votre livre
16:26que vous ne prêchez pas l'abolition de la République,
16:30mais vous voulez la rendre meilleure,
16:32et peut-être en modifier certaines formes,
16:34et à ce titre, vous citez l'exemple de la Constitution de 1848,
16:39celle de la Deuxième République.
16:41Qu'est-ce qu'elle contenait qui vous intéresse ?
16:44– Alors, je vais commencer par ce qui ne m'intéresse pas,
16:45c'est son côté décalque du régime américain,
16:49parce qu'on a voulu une séparation des pouvoirs extrêmement vigoureuse
16:52dans cette Constitution en novembre 1848,
16:54l'Amérique était à la mode,
16:56et donc ça s'est révélé tout à fait désastreux,
16:57puisque ça aboutit au coup d'État du 2 décembre 1851.
17:01Maintenant, ce qui est, je trouve, très séduisant dans cette République,
17:03c'est le travail qui a été fait avec des forces politiques et sociales
17:06en fait très diverses,
17:08après les événements dramatiques de février,
17:10et puis surtout ce de juin 1848,
17:11qui a débouché sur un préambule,
17:13qui je crois est assez moderne dans sa rédaction,
17:16assez moderne dans son esprit,
17:18et extrêmement riche,
17:19et riche au moins de deux points de vue,
17:21donc il faut, je pense, encore accepter la nouveauté,
17:23c'est qu'il développe beaucoup plus subtilement,
17:26beaucoup plus, j'allais dire joliment,
17:27beaucoup plus subtilement que la Constitution de 1795,
17:30la notion de devoirs qui sont en contrepartie de droits du citoyen,
17:34donc tout ceci, je le trouvais extrêmement bien écrit,
17:35le devoir de solidarité dans certains cas,
17:37et au contraire le devoir, par exemple,
17:38de prévoyance de l'individu dans d'autres cas,
17:41la nécessité de participer à la défense nationale,
17:43tout ceci est très bien, je le trouve, décrit,
17:45ça c'est une première idée qui me semble très intéressante
17:47dans ce préambule,
17:49et autre idée très intéressante,
17:50et qui serait certainement extrêmement discutable,
17:52peut-être, aux yeux de certains,
17:53mais qui pour moi est importante,
17:54c'est la référence à Dieu,
17:56c'est-à-dire au fait qu'au-dessus ou à côté du législateur,
18:00c'est très subtilement écrit,
18:01pour ne choquer personne,
18:02mais je trouve que c'est très prégnant dans ce préambule,
18:04eh bien Dieu est présent,
18:05en tout cas potentiellement présent,
18:06pour au moins ceux qui y croient,
18:08et que de ce fait,
18:08le législateur peut être amené à incorporer,
18:11dans sa vision des choses,
18:12le fait que le droit positif n'a pas le dernier mot,
18:14et qu'il y a un peu en surplomb,
18:15en fait des institutions politiques,
18:17potentiellement un Dieu ou un être suprême,
18:19enfin en tout cas quelque chose de transcendant,
18:21qui surplombe sans écraser l'homme,
18:23mais le surplombe,
18:23et dont l'homme peut choisir ou pas de tenir compte.
18:26– Alors on va revenir sur…
18:27– Je trouve extrêmement sage.
18:28– Ce retour nécessaire des vertus chrétiennes
18:30que vous évoquez,
18:32Jérôme Ferenbach,
18:33mais aussi vous évoquez cette réforme
18:36du présidentialisme.
18:39Qu'est-ce que vous trouvez aujourd'hui
18:41dans cette institution qui soit dérangeant ?
18:45Est-ce que vous pensez que la fonction présidentielle
18:49est abaissée ?
18:50– En fait, dérangeant particulièrement,
18:52au cours des dernières années,
18:53rien de spécial,
18:54sauf un point sur lequel je vais revenir,
18:56mais par rapport aux présidences antérieures.
19:01En fait, si vous voulez,
19:02moi je considère que depuis 1965,
19:04on n'a pas rendu un service particulier
19:06à la présidence de la République
19:08avec le mécanisme de l'élection
19:10de suffrage universel direct,
19:12qui crée un enjeu partisan extrêmement fort,
19:15et qui me paraît être très orthogonal
19:16par rapport au principe de la Constitution
19:18selon lequel le chef de l'État,
19:19justement, en dehors des partis,
19:21au-dessus des partis,
19:22est un arbitre des institutions.
19:23Donc les deux me paraissent
19:25extrêmement contradictoires.
19:26Et d'ailleurs, finalement,
19:27si on voit comment se sont finis
19:28les présidences depuis 1965,
19:31ça n'a pas forcément été extrêmement vertueux
19:33pour les intéresser.
19:33Ce qui s'est fortement dégradé
19:35depuis, on va dire,
19:37le début des années 2000,
19:38de manière, à mon sens, continue,
19:40c'est les modes de communication,
19:42une espèce de, comment dire,
19:46d'aspiration des présidents successifs
19:49dans une arène médiatique
19:52qui tournoie de façon,
19:54enfin, de manière extrêmement rapide,
19:56et dans celles des réseaux sociaux
19:57qui, je pense, contribuent à avilir,
19:59non pas, j'espère, les personnes,
20:01mais en tout cas la fonction.
20:01– Alors, quand vous expliquez
20:04que cette République est épuisée,
20:06quelle serait, selon vous,
20:07la forme de gouvernement
20:08la plus appropriée à la France
20:10de 2026
20:11et des années à futur, à venir ?
20:15– Vous évoquiez la question présidentielle.
20:17Je pense qu'en termes de maturité,
20:20de maturation,
20:20même de confiance qu'on doit faire
20:21aux citoyens,
20:23que ce système n'est plus approprié.
20:25C'est un système de l'élection
20:26suffrage universel directe
20:27et l'omniprésence
20:29ou l'omnipotence potentielle
20:30du président de la République,
20:31à mon avis,
20:31n'est plus appropriée
20:32par rapport au contexte
20:33que nous vivons.
20:34Une constitution,
20:35c'est un peu finalement
20:35qu'une fusée
20:36lancée dans un espace
20:37ou dans des turbulences.
20:39Elle a un fuselage,
20:40un carlin qui résiste plus ou moins
20:41à la pression
20:42de l'environnement extérieur.
20:45Et là, à mon avis,
20:45la constitution actuelle
20:46ne se prête plus
20:47à l'environnement extrêmement
20:48tromenté que nous vivons
20:49et puis au niveau d'information
20:50et peut-être de maturité
20:51des Français.
20:51– Oui.
20:53Alors, vous dites que
20:54si rien n'est fait,
20:56la République prendra l'eau
20:57d'ici à 2040
20:59et débouchera sur un climat
21:00de violence patente
21:02ou latente.
21:03Mais il semble que nous soyons
21:04déjà dans ce climat
21:06et rien ne bouge.
21:07Alors, quelles sont, selon vous,
21:08les vertus chrétiennes
21:09que vous appelez de vos voeux
21:10qui seraient capables
21:11de changer les choses ?
21:13– Eh bien, la première vertu,
21:14d'ailleurs, je crois
21:14que je ne l'aménène pas
21:15dans le livre,
21:17mais finalement,
21:18c'est votre discussion
21:19qui me l'inspire,
21:21c'est d'abord celle
21:21de l'examen de conscience
21:22et de l'obligation
21:23de discernement, en fait.
21:25Je pense qu'il faut
21:26faire un arrêt sur image
21:27et que chacun de nous
21:28doit avoir la force intérieure
21:30pour examiner ce qui convient,
21:32ce qui ne convient pas,
21:33y compris dans les institutions,
21:34et l'exprimer.
21:35Ce n'est pas facile
21:36de s'exprimer dans ce sens-là
21:38et la parution d'un livre
21:39comme celui-ci,
21:41même si je trouve
21:42qu'il y a une latitude
21:45d'expression
21:46beaucoup plus forte
21:47depuis quelques années
21:47sur ce genre de sujet,
21:48la parution de ce genre de livre
21:49n'est pas une publication,
21:50n'est pas chose facile,
21:51à vrai dire.
21:52Et je pense que ce premier effort
21:53c'est un effort de discernement
21:55intérieur
21:55et un effort de vérité
21:56par rapport à des idées reçues
21:59en très très grand nombre,
22:00c'est un peu ce que j'appelle
22:00la mythologie républicaine
22:02qu'on a reçues,
22:02dont on a été abreuvés,
22:04dont on a beaucoup de mal
22:04à se détacher.
22:05Une des plus importantes
22:06à mon avis étant celle
22:08extrêmement sommaire pourtant,
22:09mais qui est très largement acceptée,
22:11une espèce d'équivalent strict
22:12entre démocratie et république,
22:13on voit bien,
22:14il n'y a qu'à se tourner
22:14vers les pays voisins
22:15qui ne sont pas tous
22:16des républiques
22:16pour comprendre
22:17qu'ils fonctionnent
22:20l'équivalence entre les deux.
22:20Donc ça fait partie
22:21de ces idées reçues
22:23ou mythes fondateurs
22:24et ce n'est pas le seul.
22:25Mais en tout cas,
22:26je pense qu'il faut arriver
22:26à prendre du recul
22:27par rapport à ces mythes
22:29qui à mon avis
22:29sont un peu défables à vrai dire
22:30et qui ne sont pas
22:31tout à fait dignes
22:32dans leur simplicité
22:33du niveau de conscience
22:34politique des Français.
22:36– Et alors,
22:38vous parlez aussi
22:39dans ces vertus chrétiennes
22:42du don de soi,
22:44du principe de gratuité.
22:46Mais quand on voit
22:48le taux d'imposition
22:49en France
22:50qui est le plus haut
22:51des pays de l'OCDE,
22:52est-ce que vous appelez
22:54les Français
22:54à se donner
22:55alors qu'ils payent déjà
22:57et sont déjà
22:58dans des conditions
22:58financières extrêmement difficiles ?
23:00– Eh bien,
23:01j'ai tendance à dire
23:01que malheureusement,
23:02oui,
23:03ça paraît d'une extrême candeur,
23:04je l'assume totalement.
23:05Mais quelles que soient
23:06les métries,
23:07quelles que soient
23:08les modes de calcul,
23:09et souvent les calculs
23:10du coin de table
23:10aident beaucoup à la vérité
23:11en se trompant pas
23:12sur le nombre de zéros.
23:14Quand on divise
23:14la dette publique
23:15par le nombre
23:15de contributeurs possibles,
23:17en imaginant même
23:17qu'on puisse vouloir
23:18augmenter les impôts,
23:19c'est par ça que rien ne tient
23:20et que rien
23:20et que tout éclate.
23:22Et plutôt que de parler de macro,
23:23je vous donnerai un petit exemple
23:24micro cette fois-ci,
23:25on dit que pour une année
23:26de fin de vie,
23:28pour accompagner
23:28très correctement
23:29des personnes
23:29en grande souffrance
23:30dans une situation
23:31de dépendance,
23:31simplement de fin de vie
23:36moins douloureuse,
23:37qu'il faut environ,
23:38en raison des personnels
23:39impliqués,
23:39environ 110 000 euros
23:40pendant la dernière année,
23:41ce qui est évidemment colossal.
23:43On peut très bien imaginer,
23:44on pourrait très bien imaginer
23:46qu'on trouve à coûts
23:48bien moindres
23:49pour la collectivité,
23:50avec peut-être
23:51quelques avantages fiscaux
23:52au moment de la succession,
23:53etc.,
23:53que les aidants familiaux
23:55soient un peu incités,
23:56je ne suis pas dit aidés,
23:57parce que justement,
23:57je pense qu'il n'y a pas
23:58d'importance de gratuité.
23:59Et honnêtement,
24:00on ne va pas s'amuser
24:00de faire des calculs de coin de table,
24:01mais je suis vraiment
24:02absolument persuadé
24:03qu'on ne s'en sortira pas
24:04si, y compris des gens
24:06comme vous et moi,
24:06ne sont pas appelés
24:07de temps en temps
24:08et à donner,
24:09dans le cadre d'une espèce
24:09de service civique,
24:11gratuit ou quasiment gratuit,
24:12à donner un peu
24:13de leur temps
24:13dans leur domaine
24:16de compétences,
24:16dans leur domaine
24:16de talents particuliers.
24:18Je pense qu'on n'y arrivera
24:19absolument pas
24:20et ça me paraît
24:21de découler
24:21d'une arithmétique
24:22extrêmement simple.
24:23La République épuisée,
24:25le retour nécessaire
24:26des vertus chrétiennes,
24:27c'est un bel ouvrage,
24:29c'est le vôtre,
24:30Jérôme Ferenbat,
24:31que je recommande
24:32à nos téléspectateurs.
24:34Merci à vous, monsieur.
24:35Merci.
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