00:00Je dois bien reconnaître ce soir que la dissolution a apporté pour le moment
00:04davantage de divisions à l'Assemblée que de solutions pour les Français.
00:08Une dissolution et une censure, 4 chefs de gouvernement, un pays sans budget,
00:12avec 176 jours de vacances du pouvoir, soit près d'un jour sur deux.
00:162024 restera comme une année chaotique dans l'histoire de la Vème République.
00:229 juin au soir, le résultat des élections européennes est catastrophique pour le camp présidentiel.
00:26Le Rassemblement national l'emporte avec 31% des voix.
00:29La réponse d'Emmanuel Macron est immédiate.
00:31Je dissous donc ce soir l'Assemblée nationale.
00:35Le parti de Marine Le Pen arrive en tête au premier tour des législatives anticipées.
00:38La gauche, unie au sein du Nouveau Front Populaire,
00:41l'emporte au second tour grâce au Front Républicain et réclame Matignon.
00:44Le président a le devoir d'appeler le Nouveau Front Populaire à gouverner.
00:51Après deux mois de tractation, Emmanuel Macron nomme finalement Michel Barnier à Matignon.
00:55Nous sommes dans un moment grave.
00:57Qui dégainera le 49-3 sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale.
01:01J'engage la responsabilité du gouvernement.
01:05Avant d'être renversé par le RN et la gauche, laissant le pays sans budget.
01:08Une censure inédite depuis 1962.
01:10Le premier ministre doit remettre au président de la République la démission du gouvernement.
01:16Désormais, c'est le gouvernement de François Bayrou qui pourrait être renversé à son tour.
01:19Je n'ignore rien de l'Himalaya qui se dresse devant nous.
01:25C'est le quatrième premier ministre de l'année écoulé.
01:27Un record sous la cinquième.
01:29On peut dire que 2024 a été une des pires années de la Ve République.
01:36C'est une crise d'un style nouveau.
01:38En 2024, on a un rebond d'une crise politique profonde,
01:42qui date déjà depuis quelques années, sur l'espace parlementaire.
01:48Ça, c'est en effet assez nouveau.
01:50En tout cas, ça l'est depuis 1962.
01:52Et donc, par définition, on est dans quelque chose qui, à minima depuis 1962, est assez inédit.
01:56Si Emmanuel Macron a dissous l'Assemblée nationale car il ne disposait pas de majorité absolue,
02:00il se retrouve à l'issue des législatives anticipées face à un hémicycle encore plus divisé.
02:05Il faut voir que la crise que l'on vit aujourd'hui est une crise fondamentalement et essentiellement politique.
02:09C'est-à-dire qu'on a une tripolarisation de la vie politique.
02:11Il n'y a aucune majorité réellement possible.
02:14Ce qui, dans tout régime politique, induit de facto un blocage.
02:17Parce que pas de majorité, la Ve République est un régime parlementaire, égal blocage.
02:21Et donc, c'est vraiment cette tripolarisation entre un bloc gauche très cohésif,
02:24un bloc centriste en voie de fragilisation et un règne dynamique qui entraîne cette situation politique.
02:30Le clivage droite-gauche, on a besoin de le dépasser pour répondre à nos défis.
02:34En prenant le dépassement politique, Emmanuel Macron a été dès 2017 un accélérateur
02:38de cette tripartition qui paralyse aujourd'hui l'Assemblée nationale.
02:41Il est évident qu'à partir du moment où vous avez un parti qui remet en question
02:47l'alternance traditionnelle qui existe depuis 1958 entre la droite et la gauche,
02:54forcément, vous remettez à priori en question le fonctionnement des institutions.
03:00Emmanuel Macron obtient en 2017 60% des députés, mais ses 34% des votants au premier tour
03:05et uniquement 17% des inscrits, autrement dit, moins de deux Français sur dix
03:09qui portent leur suffrage au premier tour sur un candidat, l'AREM ou Modem, en 2017.
03:15Alors ça donne une majorité absolue, mais en soi, ça reste une minorité électorale.
03:19Cette minorité, dès lors qu'elle est fragilisée, elle lit contre elle le pôle droite
03:23et le pôle gauche et là, vous accélérez une crise politique qui était déjà latente.
03:27Le problème, c'est que derrière, il s'en est suivi une forme de dépit démocratique
03:36et un mécontentement populaire qui n'est pas dû seulement au président de la République actuelle
03:41parce que c'est une longue suite d'essoufflements.
03:44On avait déjà constaté ça lors des précédentes élections présidentielles
03:47et lors des précédents Gaguenard, sous François Hollande, sous Nicolas Sarkozy,
03:50il y avait aussi du mécontentement.
03:52Et le problème, c'est qu'Emmanuel Macron a poussé jusqu'au bout la logique du présidentialisme
03:57et aujourd'hui, on en voit les conséquences.
03:59C'est en cela qu'il y a un côté un peu inédit.
04:03Le chef de l'État est aujourd'hui considéré comme le principal responsable du chaos politique.
04:07Une partie des Français, des élus de tous bords le poussent même à démissionner.
04:10Il n'y a qu'une seule et unique solution, que le président s'en aille.
04:14Pour certains spécialistes, c'est la croyance dans l'homme providentiel
04:17qui est à l'origine de la crise actuelle.
04:18C'est l'idée qu'en confiant les clés du système institutionnel à une seule institution,
04:24à une seule personne, on va résoudre tous les problèmes.
04:26Et on voit depuis maintenant de nombreuses décennies
04:29que ce système suscite très rapidement de la déception.
04:32Et en plus, avec le quinquennat qui est en vigueur depuis les élections présidentielles de 2002,
04:37on a une hyperprésidentialisation puisque pendant cinq ans,
04:40jusqu'à avant 2022 en tout cas,
04:42le président gouvernait avec un Premier ministre qui lui était totalement subordonné.
04:45Dès lors, au fil des quinquennats, ce dépit s'est transformé en colère dans la rue et dans les urnes
04:51et notre système institutionnel est totalement déséquilibré.
04:55Il a apporté par le passé de l'équilibre, de la stabilité,
04:58mais aujourd'hui ce n'est plus le cas.
04:59Donc je fais partie de ceux qui pensent que le présidentialisme
05:03est l'origine principale de la crise que l'on vit
05:06et qu'il faudrait remédier à cela en rééquilibrant notre système.
05:10On n'est pas très loin d'une crise de régime.
05:11Faut-il dès lors changer de République comme le souhaitent certains responsables politiques
05:15et une majorité de Français selon un sondage ?
05:17C'est une crise d'un style nouveau et c'est vrai qu'elle remet en question nos pratiques institutionnelles.
05:23Il me semble qu'on peut se contenter de modifier la Ve République pour la faire mieux fonctionner.
05:29L'institution n'est pas parfaite.
05:30Elle montre un certain nombre de signaux de faiblesse qui aujourd'hui mériteraient qu'on s'y intéresse.
05:34De l'autre côté, l'idée que tout est dans les institutions
05:37et que si on passe à une VIe République, on ne sait pas trop ce que ça veut dire,
05:40mais quoi qu'il arrive, tout ira bien.
05:42En réalité, là non plus.
05:43Si on regarde par rapport à nos voisins, notre régime a des points de blocage.
05:46Ces points de blocage rendent plus difficile la formation de coalitions.
05:49C'est notamment le cas du mode de scrutin.
05:50Quand tout le monde est à la proportionnelle en Europe, sauf nous et les Anglais,
05:53ça peut permettre d'avoir des majorités pléthoriques quand il y a une bipolarisation.
05:56Mais hors période de bipolarisation, le mode de scrutin devient un point de blocage.
06:00Donc on peut évoluer sur certains aspects.
06:02Ensuite, il n'y a aucun régime politique, aussi parfait soit-il,
06:06qui peut fonctionner avec une tripolarisation de la vie politique,
06:09qui est structurelle et qui est étanche.
06:10Et donc forcément, ça fait une crise politique.
06:13Que vous soyez sous la quatrième, la cinquième, la sixième, la septième République,
06:17vous vous retrouvez à un point de blocage.
06:18Face à cette paralysie de l'Assemblée, les premiers ministres successifs
06:21appellent au compromis et à la négociation entre les différentes forces politiques.
06:25Nous allons faire du dialogue et de la culture du compromis un principe de gouvernement.
06:29Ce que Michel Barnier n'est pas parvenu à faire sur le budget,
06:32provoquant la chute de son gouvernement.
06:33Il y a tous les compromis possibles.
06:35On a pratiqué en permanence dans notre vie politique la culture du compromis.
06:40On s'étonne qu'aujourd'hui, les hommes politiques n'en soient plus capables.
06:44Mais ça s'explique parce que depuis 1962, on a ignoré le compromis.
06:49Le mot de compromis, ce n'est pas un gros mot.
06:51Chacun des partenaires institutionnels a des choses à faire évoluer,
06:55à commencer par la présidence de la République.
06:57Et pour cela, il faudrait revenir au texte initial de la Ve République
07:00afin d'assurer une meilleure répartition du pouvoir.
07:02En 1958, il était prévu que le président soit un arbitre
07:06qui soit au-dessus du jeu des partis.
07:08Et le premier ministre et le gouvernement, c'est l'article 20 de la Constitution,
07:12le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation.
07:16S'il veut redonner au gouvernement cette capacité,
07:18vous permettez au président de la République
07:20de revenir à son rôle d'arbitre, de surplomb si vous voulez,
07:24qui le protège d'ailleurs au passage des critiques de cette idée,
07:28de cette impression qu'il est le responsable de tout.
07:31Et à partir de là, vous lui redonnez une popularité,
07:34vous redonnez de l'espace au premier ministre
07:37et, partant de là, de l'espace à l'Assemblée nationale,
07:41où là peut se produire justement un système de négociation.
07:44Et on voit bien qu'aujourd'hui, ce qui empêche les compromis entre les partis,
07:48c'est l'obsession de la présidence de la République,
07:50puisqu'on a des deux côtés de l'échiquier politique,
07:54du côté de la France insoumise et du Rassemblement national,
07:56une stratégie qui ne repose que sur l'élection présidentielle de 2027.
08:00Enlever précisément du pouvoir au président de la République,
08:05vous enlevez précisément cette forme d'obsession de l'élection présidentielle
08:09et vous redonnez, me semble-t-il, plus de souffle à la démocratie.
08:13Il faut rééquilibrer le système avec davantage de pouvoir au Parlement,
08:17davantage de pouvoir au gouvernement et au premier ministre
08:19et aussi à la société civile et au peuple,
08:22qui sont quand même les grands absents des débats politiques actuels.
08:24On peut interroger par exemple la question du champ du référendum.
08:28Le champ du référendum aujourd'hui est très restreint.
08:30On peut multiplier les référendums d'initiatives citoyennes.
08:33Il y a des modifications constitutionnelles qu'on peut essayer de poser,
08:36mais aucune n'est miracle.
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