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Alain Bauer, professeur émérite de criminologie au CNAM et auteur de "Trump, le pouvoir des mots", était l'invité de BFMTV ce lundi 10 avril.

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Transcription
00:00Effectivement, Sagan Gireneuf rappelait que Donald Trump, dans ce bras de fer, cherche la capitulation totale.
00:06Il n'est pas vraiment prêt à la négociation. Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ?
00:10Alors, ça dépend de quel Donald Trump et à quel moment.
00:14En fait, Donald Trump, il veut gagner et c'est lui qui dit qu'il va gagner.
00:18Quoi qu'il se passe, l'important n'est pas la victoire, mais l'annonce de la victoire.
00:23C'est un peu particulier.
00:24Deuxièmement, je crois qu'il y avait une discordance importante.
00:27On en a déjà parlé à plusieurs reprises sur ce plateau.
00:29Entre la volonté des Israéliens, qui est l'effondrement du régime,
00:32et la volonté des Américains, qui était le désarmement du régime.
00:36Parce que, comme c'est souvent rappelé, y compris par Didier ici présent,
00:40il y a chez les Américains une volonté d'avoir une logique vénézuélienne à l'affaire iranienne.
00:45C'est-à-dire, on garde tout le monde, on supprime le dessus.
00:49En dessous, on trouve une vice-présidente bienveillante.
00:51Alors, en Iran, c'est un peu plus compliqué.
00:53Et puis, on deal parce qu'effectivement, ils sont corrompus et pragmatiques,
00:58pragmatiques, mais tout aussi radicaux.
00:59Il n'y a pas de modéré en Iran.
01:01Ça n'existe pas.
01:01C'est une vision occidentale.
01:03On ne va pas réformer le régime.
01:05Soit il s'effondre, soit il reste.
01:07Comme il ne s'est pas effondré, il est donc là pour, malheureusement,
01:10pour le peuple iranien rester.
01:12Parce qu'il y a quand même une victime collatérale de cette affaire.
01:14C'est le peuple iranien en tant que tel.
01:16Mais sur le fond, la victoire de Donald Trump, c'est lui qui en fixe le cadre.
01:21Ce qu'il y a à l'intérieur, on ne saura jamais.
01:24Et donc, c'est pour ça que je fais un modulo entre l'emballage de la victoire
01:28et la réalité de la victoire.
01:31Donald Trump, il a cette capacité à saturer les médias
01:34et à définir lui-même ce que sont les règles de l'histoire.
01:37Je parle toujours de la page 19 du livre.
01:40Là où Roy Cohn, le mentor de Donald Trump, dit voilà les cinq règles de la victoire.
01:43Un, tu ne perds jamais et tu ne peux gagner.
01:45Deux, tu n'as jamais tort, tu as toujours raison.
01:47En cas de doute, revenir à l'option 1.
01:50Troisièmement, tu satures les médias, les mots sont des armes.
01:52Les images sont des armes.
01:55Tu dois avoir un réseau suffisamment puissant pour répéter, répéter, répéter
02:00et avoir la confirmation permanente que tu as raison et que tu as gagné.
02:05Et donc, ces éléments-là, ils sont au cœur de ce qu'est la réalité de Donald Trump.
02:08Donald Trump, c'est un joueur de poker menteur.
02:11Le poker menteur sur Donald Trump, c'est à la fin de la partie,
02:14il doit avoir au moins un jeton de plus qu'au début de la partie
02:17et là est sa victoire.
02:18En tout cas, effectivement, on entend bien que même les mieux renseignés disent
02:22on ne saura jamais vraiment ce qu'il y a dans la tête de Donald Trump.
02:25Merci, Sergeï Gernoff, d'avoir été avec nous.
02:28On suivra effectivement votre prochain destin, peut-être le général promotion,
02:33bientôt sur ce plateau.
02:35On va parler avec vous, Alain Beauvoir, de la bataille navale
02:37qui est en train de se jouer dans le détroit d'Harmouz
02:40puisqu'il y a eu un tir, un tir qui pourrait tout changer.
02:43Ça s'est passé dans la nuit de samedi, de dimanche à lundi, pardon.
02:47Un cargo iranien, le Tuska, a tenté de percer le blocus américain.
02:51Un destroyer a surgi.
02:53Alors pendant six heures, effectivement, il y a eu des tirs de sommation
02:56et puis, finalement, il a tiré.
03:00Moroveso Tosca, Moroveso Tosca, vacate your engine room, vacate your engine room.
03:07We're prepared to subject you to the stabling fire.
03:28Et puis, juste après, il y a eu des marines américaines, effectivement, à bord d'hélicoptères
03:32qui sont venues prendre possession de ce cargo iranien.
03:36Comment est-ce que vous avez vu ce tir, effectivement, qui est arrivé après six heures de sommation ?
03:40C'était quoi, de la part de l'Iran ? Un test ? Une provocation ?
03:44Alors d'abord, ce n'est pas un cargo iranien, c'est un cargo des gardiens de la révolution iranien
03:48dirigé par un commandant des gardiens de la révolution.
03:51C'est donc un test d'efficacité, de réalité du blocus,
03:56qui n'est qu'un barrage filtrant, parce qu'il y a des bateaux qui passent,
04:00des bateaux qui sont interceptés par les Iraniens alors même qu'ils avaient l'autorisation de passer,
04:04des bateaux interceptés par les Américains.
04:06Ce bateau est très connu des Américains, il est soumis au régime de sanctions,
04:09il sert à amener beaucoup de choses en provenance de Chine,
04:13il est surveillé depuis des mois, il est connu comme le loup blanc,
04:17c'est un bâtiment relativement moderne.
04:19Ça a beaucoup surpris, d'ailleurs, qu'il tente le passage.
04:23D'habitude, on envoie un vieux rafiot pour faire de la provocation.
04:27Et ça ressemble beaucoup à ce qu'a été le test dit du blocus de Cuba,
04:31qui là était un vrai blocus, avec des bâtiments russes,
04:34avec des missiles qui avaient été repérés par les avions espions U2 américains,
04:39et où là le test était est-ce qu'ils vont forcer le blocus ou pas,
04:44ce qui nous amenait à la Troisième Guerre mondiale.
04:47Et puis au dernier moment, une négociation tout aussi secrète,
04:50tout aussi clandestine, dans les bars les plus invraisemblables
04:55de Washington et de New York, avait permis de trouver une solution
04:58où chacun avait fait demi-tour, mais au tout dernier moment.
05:02On est à peu près dans la même zone, c'est un test,
05:04c'est un test, je dirais, gratuit, il n'y a pas eu mort d'homme,
05:08Didier l'a très bien dit tout à l'heure,
05:09le tir était parfait pour bien ajuster, le bateau n'a pas explosé,
05:13il est sous contrôle, il va probablement finir à Haumann,
05:17je pense que c'est le plus probable, voilà.
05:19Même si ils ne le diront jamais.
05:21Mais voilà, et puis là, il va y avoir une inspection à l'intérieur du bateau
05:25pour voir ce qu'il y a effectivement dedans.
05:26Est-ce qu'il y a du propergol, pardon, du perchlorate de sodium
05:29qui permet de faire le propergol ?
05:30Est-ce qu'il y a des missiles anti-aériens pour remettre en état
05:34la défense iranienne ?
05:36Est-ce qu'il n'y a rien du tout ?
05:37Parce que quand on fait ce genre de test,
05:39on fait en sorte qu'il n'y ait rien du tout
05:41pour montrer que les Américains sont vraiment des vilains méchants.
05:44Voilà, mais tout ça est une provocation,
05:46un test de solidité et de résilience.
05:49Oui, une première tentative de bras de fer, finalement.
05:51Est-ce que ça veut dire que finalement...
05:53Le bras de fer, ce n'est pas la première tentative.
05:54Le bras de fer, il est là depuis des semaines.
05:57Dans le détroit d'Hormuz, effectivement, là pour le coup...
05:59Non, le fait que les Iraniens aient tiré sur des bâtiments
06:02était déjà une démonstration.
06:04Non, non, il ne faut pas croire.
06:05Tout ça est linéaire.
06:06Il ne faut pas croire qu'il y ait des sautes de tensions comme ça.
06:10Non, non, il y a une arrière-fond.
06:11Et nous, on entend mieux le bruit parce que quelqu'un augmente le volume.
06:16Mais tout ça est totalement cohérent, linéaire, relativement stable.
06:20On peut raconter cette histoire du début à la fin.
06:23On sait très exactement là où ça commence et là où ça finit.
06:26Le doute qu'on a, c'est à quel moment le parti pragmatique va prendre le dessus
06:32parce qu'à la fin, faute de munitions, faute d'armes, faute d'antimissiles,
06:37faute de, faute de, faute de...
06:38Du fait de la pression aussi de la réalité du quotidien des Iraniens.
06:42Et pas seulement.
06:43Donc là, vous voyez effectivement ce qu'on appelle de big picture.
06:48C'est-à-dire vraiment le grand portrait.
06:50Nous, on va voir des attaques jour après jour.
06:52Mais alors, comment est-ce que vous lisez ?
06:53Vous êtes une chaîne d'informations en continu.
06:55Et bien entendu, on suit effectivement ça.
06:59Parce qu'on se demande aussi si l'escalade ne pourrait pas y arriver.
07:01Mais imaginez un orchestre symphonique dont on détacherait chaque musicien
07:08pour dire « Ah ben, je ne vais écouter que la flûte ».
07:10Alors, on lit la symphonie ensemble, Alain Bauer, et on la regarde.
07:14Effectivement, vous qui en êtes un peu le chef d'orchestre
07:16ou qui connaissez en tout cas le premier mouvement de la musique.
07:20Alors, dites-nous effectivement comment lire les négociations
07:23qui devraient avoir lieu au Pakistan
07:25puisque le vice-président américain J.Déven serait en route.
07:29L'Iran ne dit pas encore si elle va assister à ces négociations.
07:33C'est quoi ? C'est des négociations, je ne sais pas, Potemkin, on dirait ?
07:37La négociation, ça se regarde avec qui négocie avec qui.
07:40Les Iraniens sont arrivés à 76.
07:44Une très grande partie ne sont pas repartis.
07:47Les négociations se poursuivent.
07:49Elles ne se sont jamais arrêtées.
07:52Qu'elles soient à Islamabad ou ailleurs,
07:54c'est comme les négociations avec les Russes sur la question ukrainienne.
07:57Il y a toujours des négociateurs qui négocient parce que le lien n'est jamais rompu.
08:01Quand le lien est rompu, c'est la guerre, la guerre totale, la guerre complète,
08:05la guerre où il n'y a plus d'espace au dialogue.
08:08Jusqu'au moment où quelqu'un dit, bon, on va peut-être s'arrêter
08:10parce que les destructions atteignent un tel degré,
08:13parce que nous avons atteint nos objectifs,
08:15parce que je ne peux pas tout gagner, parce que, parce que, parce que.
08:18Et donc, le débat aujourd'hui, il est,
08:21quelle est l'ampleur de la réalité des négociations ?
08:24Il y a des sujets qui semblent compliqués.
08:26Sur les 10 sujets, 11, 15, 17, parce que c'est devenu compliqué au bout d'un moment.
08:32Bref, les deux tiers des sujets demandés par les Iraniens
08:35sont acceptables par les Américains.
08:38Donc, ils ont des voies de négociation sur la levée des sanctions,
08:42sur la levée du blocus financier,
08:44sur les 10, 15, 12, 18 milliards,
08:47plus personne ne sait exactement, d'argent gelé iranien
08:51qui leur manque terriblement, pour des tas de raisons militaires,
08:54mais aussi domestiques, civiles, médicamenteuses, etc.
08:58Donc, les négociations ne se sont jamais arrêtées.
09:01Ça, c'est une illusion d'optique.
09:03Alors, qui dit négociation ?
09:04Pour penser que tout d'un coup, il se passe quelque chose.
09:05Qui dit négociation ?
09:06Mais, il reste les sujets les plus difficiles.
09:10Le nucléaire, ceci a été très bien expliqué à plusieurs reprises,
09:14vous avez d'exceptionnels, je le dis régulièrement,
09:17parce que c'est important de le dire,
09:19Lovarinelle, Emmanuel Gallichet,
09:20vous avez vraiment la pédagogie du nucléaire
09:23la plus élaborée possible.
09:25Vous avez, et là, il y a un sujet
09:27qui est beaucoup plus considérable.
09:28Sergei avait raison tout à l'heure,
09:30les 440 kilos, c'est ceux qui sont à 60%,
09:32mais il y a des centaines de tonnes
09:34qui sont au-delà des 9%.
09:37À 9%, vous êtes encore dans le civil ou le médical.
09:40Au-delà, vous avez d'autres idées.
09:43Et les Iraniens ont beaucoup menti sur cette question,
09:45à à peu près tout le monde.
09:47D'ailleurs, pour faire en sorte que l'AIEA,
09:48au bout d'un moment, vous dise,
09:49bon, il y en a marre, ils nous mentent comme des arracheurs de dents,
09:52et donc, ils en ont beaucoup,
09:54et au moins 440 kilos à 60%,
09:56et ils sont au bord de la fabrication de têtes nucléaires,
10:01c'est donc que, vraiment, ils les ont poussées jusqu'au bout.
10:03Donc, il y a un problème nucléaire global en Iran,
10:06bien au-delà des 440 kilos,
10:08même si les 440 kilos seraient un début,
10:11et sur lequel il y a effectivement un point de blocage complet,
10:14parce que c'est effectivement la survie du régime,
10:17en tout cas, de la partie la plus radicale,
10:20la plus jusqu'au boutiste et la plus extrémiste du régime.
10:22Car pendant que nous parlons de tout ça,
10:24il y a eu un coup d'État en Iran,
10:26invisible.
10:27Les Mollahs ont perdu le pouvoir.
10:29Perdus.
10:31Ce sont les gardiens de la révolution qui ont tout gagné.
10:34Et les politiques,
10:35cette espèce de truc bizarre autour du président de la République islamique d'Iran,
10:39du ministre des Affaires étrangères,
10:40qui se fait insulter régulièrement d'à peu près tous les noms d'oiseaux possibles et imaginables,
10:44sont en train d'essayer de sauver ce qu'ils peuvent,
10:47pas parce qu'ils sont moins radicaux que les autres,
10:49ils le sont tout autant.
10:50Ne serait-ce que pour avoir le droit de se présenter à l'élection présidentielle,
10:53il faut faire sa démonstration de radicalité.
10:56Mais, parce que eux se disent,
10:58« Notre pays est durablement affaibli, touché,
11:00il y a des vrais gens qui souffrent tous les jours
11:03de la faim, de l'économie,
11:06de la difficulté de s'éclairer, de se chauffer,
11:08de ce que vous voulez. »
11:09Et il faut donc trouver une solution.
11:11Ce n'est pas parce qu'on aime les Américains,
11:12c'est parce qu'on n'a pas le choix.
11:14Les autres disent « Pas du tout.
11:15Nous sommes pour le martyr absolu.
11:17Car la fin du monde, c'est l'arrivée de l'imam caché.
11:21Et donc, c'est l'apocalypse, au sens de la révélation. »
11:24Je rappelle que ça ne veut pas dire exactement ce qu'on entend.
11:26Donc, il y a ça qu'il faut prendre en compte.
11:27La dimension religieuse est essentielle.
11:29Mais une dimension religieuse radicalisée par la guerre.
11:32Vous avez un tout petit cercle qui dirige l'Iran aujourd'hui,
11:35qui s'appelle le cercle Habib.
11:36Ce sont des anciens de la guerre Iran-Irak.
11:38Ce sont tous des gardiens de la révolution.
11:40Ce sont tous d'anciens parazans.
11:41Bas Daran, ce sont tous d'anciens combattants.
11:43Et eux, ils veulent la guerre pour la guerre.
11:46C'est l'escalade pour l'escalade.
11:48Ce qui explique les zigzags de la diplomatie iranienne
11:52et des relations qui existent,
11:54avec des crises régulières.
11:56Le ministre qui était chargé du JCPOA accord de Vienne,
11:59il s'est fait insulter pendant des semaines.
12:01Sauf que le pouvoir politique et l'ayatollah de l'époque,
12:05et son entourage,
12:06étaient plutôt favorables à un accord à l'époque.
12:09Alors qu'aujourd'hui,
12:10ils sont très en retrait et très affaiblis.
12:12Et si encore,
12:13on avait un guide de la révolution,
12:16ce qui reste de l'objet du mystère.
12:18Je pense qu'on ne l'a pas vu depuis longtemps.
12:20On devrait le voir en Lego bientôt.
12:22Eh bien, vous me donnez une transition excellente,
12:25puisque effectivement,
12:26la propagande iranienne ne cesse de montrer ses vidéos
12:29où on voit Donald Trump en Lego en train de pleurer.
13:01Sous-titrage Société Radio-Canada
13:10Bon, alors là, vous voyez,
13:11on voit Donald Trump complètement désolé,
13:13en train de se faire ruiner dans le détroit d'Hormuz.
13:16Et propagande ou pas, vous allez nous le dire.
13:18Dernier message de Donald Trump,
13:20je gagne une guerre par beaucoup.
13:22Les choses vont très bien, évidemment, en majuscule.
13:26Comment est-ce qu'on doit en voir ce message, effectivement ?
13:29Page 19.
13:29Page 19.
13:30Allez-y, j'ouvre la page 19.
13:32Voilà, vous avez le Trump.
13:35Je gagne toujours, je ne peux pas perdre,
13:37je ne me trompe jamais.
13:38Donc, ne jamais reconnaître sa défaite,
13:40toujours se présenter comme victorieux.
13:42Ça, c'est une règle d'or.
13:43C'est la 1.
13:44Ça, c'est la 1.
13:46Attaquer systématiquement pour ne jamais être mis sur la défensive.
13:48Donc, vous pensez qu'il va réattaquer ?
13:50Oui, mais l'attaque, c'est tout ce qu'on veut.
13:52C'est l'attaque militaire, c'est l'attaque médiatique,
13:55c'est l'attaque de l'adversaire,
13:57c'est l'insulte, c'est la provocation,
13:59parce que la provocation crée de l'assidération,
14:01et c'est de la digression.
14:02Si je suis un peu en difficulté sur un sujet,
14:04je vais en inventer un autre ou m'occuper d'autres.
14:06Bon, je vais peut-être m'occuper de Cuba.
14:07Non, allez, le Groenland.
14:08Non, allez, l'Iran.
14:09Non, allez, je vais m'occuper de l'Iran.
14:10N'importe quoi, n'importe quoi qui traîne.
14:13L'Alberta, parce que s'il pouvait démanteler le Canada,
14:16pourquoi pas ?
14:17Je continue, je continue.
14:19Utiliser les médias comme une arme,
14:21ça, on le voit, effectivement,
14:22la Maison Blanche est devenue un show de télévision.
14:25Parce que lui, il a découvert la téléréalité classique,
14:25mais il a inventé la téléréalité politique.
14:28Nous, on a du Trump un peu de temps en temps.
14:30Aux États-Unis, c'est Trump 90% du temps,
14:33et les 10% qui restent, c'est du commentaire
14:35de ce que Trump a dit dans les 90%
14:37ou dans l'avion, à Mar-a-Lago, à la Maison Blanche,
14:40en dialogue, en tête-à-tête avec une journaliste,
14:42au téléphone avec vos collègues françaises,
14:46ou en faisant une vraie conférence de presse,
14:50il est présent tout le temps.
14:53Il sature totalement l'espace médiatique.
14:56Alors, on parlait de symphonie tout à l'heure.
14:57À votre avis, quand va avoir lieu le bouquet final ?
15:00Quand il aura décidé qu'il a gagné.
15:02C'est d'ailleurs notre débat depuis toujours.
15:04À quel moment il doit décider qu'il a gagné ?
15:06Il aurait pu gagner dans la guerre des 12 jours.
15:08J'ai fini.
15:09D'ailleurs, il a dit, j'ai fini, j'ai gagné.
15:10Tout est fini, il n'y a plus de nucléaire.
15:12Il l'a dit.
15:13Il a zappé, mais il l'a dit.
15:15Ensuite, il y a eu l'opération décimation du pouvoir iranien.
15:19Ça a un effet d'aubaine, une opportunité historique.
15:22Il se dit, le régime va tomber,
15:24parce que j'ai récupéré Maduro, le régime est tombé.
15:26Je vais trouver une Dulcie Rodriguez.
15:30Mais il ne l'a pas trouvé.
15:32D'abord, parce qu'il a tué trop de gens ce jour-là.
15:35Il manquait des fois qu'il y ait eu une Dulcie présente.
15:39Et puis là, il est dans la phase, comment je gère mon truc
15:42entre la volonté israélienne d'effondrement du régime
15:47et ma volonté à moi, Donald Trump, de désarmement du régime.
15:50Ce n'est pas tout à fait la même chose.
15:52Ça se ressemble beaucoup, mais à la fin, ça ne donne pas le même résultat.
15:55Donc, il va dire à un moment, c'est bon, j'ai gagné.
15:58Il a dit, j'ai gagné, quand il y a eu le début des négociations.
16:00Quand les Iraniens envoient leurs 10 ou 11 revendications,
16:04vous savez, il y a le débat sur le Liban.
16:05Il est dedans, il n'est pas dedans.
16:07Est-ce que je dis à Israël de ne se pas s'arrêter ?
16:08Et pourtant, c'est lui qui, à un moment, dit,
16:10bon, Israël, tu t'arrêtes, parce qu'il veut gagner la négociation.
16:13Il veut gagner.
16:13Il a besoin de finir cette guerre, pour des raisons plutôt intérieures.
16:18Mais il a une difficulté à y arriver.
16:20Mais sur le fond, ça sera au moment où il l'aura décidé.
16:23Là, on est dans la phase où il sait qu'il y a une divergence réelle
16:29au sein du régime iranien.
16:30Une divergence réelle, qui s'exprime d'ailleurs à la télévision iranienne,
16:34qui s'exprime, y compris dans le débil qui a fait un tweet
16:39qu'il n'aurait jamais dû faire.
16:41Le chef de la marine.
16:42Donc, vous avez ces éléments-là.
16:44Ça montre qu'il y a quelque chose qui se passe.
16:46Et quand vous demandez à Donald Trump,
16:47oui, mais vous vous rendez compte, vous parlez, vous insultez,
16:51vous parlez mal, etc., à une de vos collègues, je crois de Fox ou de CBS,
16:55le lendemain des insultes grossières, grossières, de Donald Trump,
17:00il dit, oui, mais vous avez vu, les négociations ont repris.
17:02Parce que pour lui, ce mode de dialogue, qu'on appelle la stratégie du fou,
17:07même si, selon moi, il ne l'est pas, mais c'est un autre sujet,
17:10je pense que c'est un grand manipulateur,
17:12elle fonctionne avec des gens qui essayent désespérément de...
17:14Et vous avez en arrière-fond les Chinois, les Chinois et les Indiens.
17:17Donc, vous ne croyez absolument pas toutes ces théories
17:18qui disent que Trump est déséquilibré,
17:20c'est un débat qu'on a au plus haut de l'État américain ?
17:25Pas au plus haut, en tout cas, chez les démocrates, oui, ailleurs, non.
17:28Il y a quand même le chef du renseignement,
17:31j'ai oublié son nom, effectivement, qui a dit...
17:32Oui, il n'était pas chef du renseignement,
17:33c'est un ancien candidat aux élections, Maga,
17:36qu'ils ont...
17:36Il a l'entendu.
17:37Il faut appeler les gens pour ce qu'ils sont.
17:39Il y a des professionnels,
17:40et puis il y a des politiques qui ont été installées là,
17:42comme la moitié des ambassadeurs américains dans le monde.
17:44Les vrais des professionnels sont des diplomates.
17:46D'ailleurs, ça manque beaucoup.
17:47Non, non, là, il ne faut pas rigoler.
17:49N'importe qui peut avoir le titre de responsable de l'antibat.
17:52Donc, vous dites qu'il n'est absolument pas fou,
17:54il a une stratégie, il sait où il va.
17:56Il n'a même pas réussi à se faire au Congrès,
17:57dans une vague républicaine.
17:58Il faut quand même savoir qui est qui.
18:00Le vrai sujet, il est qu'on ne fait pas de la psychiatrie à distance.
18:05Voilà, c'est un débat de base.
18:07La psychiatrie, c'est un métier,
18:08et donc, je ne suis pas psychiatre,
18:10et aucun de ceux qui psychiatrisent Trump à distance
18:13ne l'ont rencontré ou en discuté.
18:15On peut discuter d'un certain nombre de sujets
18:17qui relèvent de pathologies diverses,
18:19mais qui ne relèvent pas de la folie,
18:22sur les obstacles, etc.
18:23Mais, pardon, vous devez connaître comme moi
18:25un certain nombre de responsables politiques
18:27qui ont eu des fonctions importantes,
18:28dont on doutait de la stabilité de temps en temps.
18:31Écoutez, je vous laisse effectivement l'importance de ces propos.
18:37Bien entendu, question intéressante sur les négociations.
18:41Est-ce que c'est l'occasion, et on le sait en temps de guerre,
18:44de se réarmer, voire de piéger l'adversaire,
18:47de se réorganiser ?
18:48Toujours.
18:49Toujours.
18:49La pause est toujours utile au réarmement.
18:51Et vous avez même un moment qui est assez étonnant,
18:53une sorte d'exultation au moment de l'armistice.
18:57Une heure avant l'armistice,
18:59tout le monde tire toutes les balles possibles,
19:01tous les missiles possibles,
19:02tire tous les canons possibles,
19:04comme si c'était la dernière occasion de s'en servir.
19:07Et ensuite, vous avez un moment décrescendo
19:09où ça se calme et ça descend.
19:10Ça a été le cas lors de la pause,
19:12du cessez-le-feu.
19:14Peut-être que ça sera le cas.
19:16Il y a toujours ce moment très étonnant
19:18où il y a une sorte de frénésie
19:20d'utilisation de tous les armements
19:22parce qu'on sait que c'est fini.
19:23C'est une sorte de chant du signe de la guerre.
19:26En tout cas, pour l'instant, ce n'est pas fini.
19:28Ce qui se passe dans le détroit, effectivement,
19:29c'est que ce sont encore des tirs à bout portant
19:31et des sommations.
19:32D'ailleurs, l'armée américaine communique là-dessus
19:35pour dire attention au cas à vous.
19:38Ici, le navire de guerre américain 115.
19:40Vous pénétrez dans une zone de blocus militaire.
19:42Ce blocus du port iranien sera appliqué
19:44et concerne tous les navires,
19:45quelle que soit leur direction.
19:46Tout navire souhaitant entrer ou sortir d'un port iranien
19:49sera soumis au droit de visiter à une fouille
19:51conformément aux droits internationaux.
19:52Si vous tentez de franchir le blocus,
19:54nous vous y contraindrons par la force.
19:58Alors, on le voit bien, effectivement,
20:00personne n'a intérêt à cette escalade.
20:02Mais néanmoins, est-ce que vous pensez
20:04qu'il pourrait y avoir un dérapage
20:06ou est-ce que les partis sont tellement frileux
20:08que ça n'arrivera jamais ?
20:10Il y en a déjà eu deux ou trois.
20:11Il y a quelques bâtiments
20:12qui avaient l'autorisation de passage,
20:14qui se sont fait tirer autour,
20:16ne tirer pas dessus.
20:17Je parle d'un hélicoptère Apache
20:18qui serait abattu, par exemple.
20:21Là, pour l'instant,
20:22il n'y a pas eu de mort, par exemple.
20:23Il n'y a pas eu vraiment de tentative
20:25de détruire les bâtiments en question.
20:26Je rappelle que lors du dernier épisode,
20:28durant la guerre Iran-Irak,
20:30540 bâtiments ont été détruits
20:32dans le Golfe au sens large
20:34et dans le Détroit au sens réduit.
20:36Donc, il faut bien comparer les choses
20:38pour ce qu'elles sont.
20:40Là, vous avez une dizaine de bâtiments
20:41qui ont été touchés,
20:43deux ou trois qui ont été gravement touchés.
20:46Un qui a été touché par un drone sous-marin,
20:47ce qui prouve qu'ils existent,
20:48au moins une fois.
20:50Là, vous avez la vraie fausse affaire des mines
20:53dont on ne sait plus exactement
20:54s'il y en a, s'il y en a pas,
20:55où elles sont et de quel type elles sont,
20:57mais sur lesquelles il faut croire
20:58les Iraniens sur parole
20:59et donc faire comme s'il y en avait,
21:01ce qui est un des enjeux du dispositif.
21:05Voilà, oui, bien sûr,
21:06il peut y avoir un dérapage.
21:07D'ailleurs, l'essentiel des moments
21:10où la guerre vous échappe,
21:11c'est le moment où il y a un dérapage,
21:13un grain de sable,
21:14quelque chose de parfaitement inattendu
21:15et non maîtrisé,
21:16parce qu'un pauvre troufion envoie un missile
21:21et abat un avion civil,
21:24en Europe d'ailleurs.
21:25Alors justement, ce dérapage,
21:27il pourrait arriver avec ce qu'on appelle
21:29la flotte moustique,
21:31c'est-à-dire que c'est l'arme de guérilla
21:32par excellence de l'Iran.
21:34C'est donc des petites embarcations
21:38très rapides qui sont très difficiles
21:40à détecter,
21:40effectivement qui ne font pas le poids
21:42face à un destroyer américain
21:44et néanmoins qui peuvent semer
21:45une forme de chaos.
21:46On voit bien que là,
21:47l'Iran est maligne finalement,
21:50assez rusée
21:50et qu'avec peu d'argent,
21:52elle réussit à déstabiliser
21:53quand même l'énorme éléphant américain.
21:55Enfin, la redécouverte permanente
21:56de l'art de la guérilla
21:58contre les grosses armées
22:00est un sujet
22:00qui existe depuis Sounsou.
22:03Il faudrait tous qu'on redescende.
22:05La technologie ne change rien.
22:06Mais au moins, on n'a pas l'impression
22:07que les États-Unis étaient bien préparés.
22:09Alors effectivement,
22:09c'est vieux comme la guerre
22:10et pourtant,
22:11est-ce qu'ils ont effectivement
22:13sous-estimé l'art de la guérilla iranienne ?
22:16Non, je crois que les grandes armées
22:18se préparent à combattre
22:19des grandes armées
22:20et que l'idée générale est là.
22:22Mais le modèle de la guerre moderne,
22:23c'est la guerre de Corée
22:24que tout le monde a oublié
22:25il y a 60 et quelques années.
22:263 millions et 10 nids de morts
22:28où la masse coréenne et chinoise
22:31déborde la technologie américaine.
22:33Ce qui change l'art de la guerre depuis
22:34et le deuxième modèle,
22:36c'est l'Ukraine
22:37et le modèle de l'Ukraine
22:38est l'actuel modèle de l'Iran.
22:40Nous ne pouvons pas traiter
22:41de la guerre d'Ukraine
22:41comme si elle n'existait plus
22:42et comme si elle n'avait plus lieu.
22:43Je vous rappelle
22:43qu'il y a toujours une guerre en Ukraine,
22:44que des centaines de drones
22:46s'abattent sur l'Ukraine tous les jours,
22:47que l'Ukraine protège
22:48Abu Dhabi
22:49et une partie des pays du Golfe
22:50avec la technologie
22:51qu'ils ont eux-mêmes inventée
22:52en local
22:54grâce à l'aide européenne
22:56mais pas seulement,
22:56grâce à leur génie personnel
22:58et que nous sommes en train
23:00de réapprendre l'art de la guerre.
23:01Non pas parce que les experts
23:03ou les analystes
23:04ou les stratèges
23:05ne l'ont pas compris
23:05mais parce que ceux qui commandent
23:09les moyens de la guerre
23:10se préparent toujours
23:10à la guerre d'avant.
23:12Eux, ils sont dans la guerre d'après.
23:13Nous réapprenons les drones,
23:14la miniaturisation,
23:16la décentralisation,
23:17la mirvisation
23:18mais nous le réapprenons
23:19pas parce que c'est nouveau.
23:20Nous le réapprenons
23:21parce qu'on a commencé
23:21à raconter ça il y a 10 ans
23:23ou il y a 20 ans
23:24et le moment
23:25que ça remonte
23:26dans la tête
23:27d'un État-major centralisé
23:29qui doit faire avec
23:31des gros avions,
23:32des gros porte-avions,
23:33des gros navires
23:34et pas des mini-drones
23:35ou des trucs
23:36où il n'y a plus de pilote
23:37est quelque chose
23:37de culturellement
23:38extrêmement compliqué.
23:39Alors si je vous suis,
23:41effectivement,
23:41Donald Trump va réattaquer.
23:43Si je suis cette règle
23:44attaqué systématiquement
23:45pour ne jamais être mis
23:46sur la défensive,
23:47on sait qu'il a dit
23:47mercredi fin du cessez-le-veu
23:49et pas de prolongation possible,
23:51est-ce que vous pensez
23:51que là il se prépare
23:52à de nouvelles frappes ?
23:53Il se prépare,
23:54un, à ça,
23:54ou deux,
23:55à dire j'ai gagné
23:55parce que les négociations
23:57ont repris,
23:57parce qu'il y a un autre tweet,
23:59moi j'en ai suivi
24:0018 000 pour ce livre,
24:01je veux dire
24:02c'est une activité permanente,
24:04il a aussi dit
24:05sauf si les négociations reprennent.
24:08Toujours lire le Trump
24:09dans l'intégralité de
24:10et dans la suite illogique
24:13de ses tweets
24:13puisqu'ils ne sont pas irrationnels,
24:16ils s'orientent
24:18vers un public spécifique
24:19et particulier
24:20au moment où il s'exprime.
24:21Merci Alain Bauer,
24:23effectivement très important
24:24de décrypter
24:25la redoutable mécanique
24:26de persuasion de masse.
24:28Trump,
24:28le pouvoir des mots
24:29avec effectivement
24:30cette rhétorique
24:32de la victoire
24:33dont vous nous avez
24:33très bien parlé.
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