- há 13 horas
L'école des années 50 est l'image même de la nostalgie, celle des encriers et de la belle orthographe. La plupart des Français y passent huit années, de 6 à 14 ans, puis ils partent travailler, souvent pour faire la même chose que leurs parents. Et si en matière d'éducation les idéaux de la libération ont été enterrés, les Français rêvent d'un autre avenir pour leurs fils, leurs filles et veulent une école capable de changer le destin de leurs enfants. Pour moderniser le pays, le général de Gaulle instaure l'école obligatoire jusqu'à 16 ans en même temps que la Ve République. Tout le monde va au collège. Et un nouvel âge de la vie s'instaure, c'est l'adolescence, et ces jeunes vont faire entendre leur voix en mai 1968.
S’il est une expérience commune à tous, c’est d’avoir passé notre enfance sur les bancs de l’école. Parfois nous l’avons aimée, parfois nous l’avons détestée. Au final, chaque génération partage un ensemble de connaissances qu’elle a acquis au cours de ces années scolaire et des images qui restent à tout jamais. Depuis 200 ans, de l’école du certif au lycée pour tous, les Français se sont lancés dans l’aventure du savoir. Et ils tiennent à leur école, publique, gratuite et laïque, et dans le même temps, ils ne cessent de vouloir la changer. Pour les élèves comme pour les profs, apprendre et enseigner reste une épreuve, pleine d’embûches, d’incompréhensions, de découvertes, et toujours d'émotions. Dans ce grand récit en deux parties, des témoins, connus et inconnus, des enseignants et des élèves confrontent leurs souvenirs à l’Histoire de l’école, celle de la nation à hauteur d’enfants.
S’il est une expérience commune à tous, c’est d’avoir passé notre enfance sur les bancs de l’école. Parfois nous l’avons aimée, parfois nous l’avons détestée. Au final, chaque génération partage un ensemble de connaissances qu’elle a acquis au cours de ces années scolaire et des images qui restent à tout jamais. Depuis 200 ans, de l’école du certif au lycée pour tous, les Français se sont lancés dans l’aventure du savoir. Et ils tiennent à leur école, publique, gratuite et laïque, et dans le même temps, ils ne cessent de vouloir la changer. Pour les élèves comme pour les profs, apprendre et enseigner reste une épreuve, pleine d’embûches, d’incompréhensions, de découvertes, et toujours d'émotions. Dans ce grand récit en deux parties, des témoins, connus et inconnus, des enseignants et des élèves confrontent leurs souvenirs à l’Histoire de l’école, celle de la nation à hauteur d’enfants.
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00:00:02Qu'il pleuve ou qu'il vente, avec plaisir ou inquiétude, il faut y aller.
00:00:08Nos premiers souvenirs d'enfant, c'est le chemin de l'école.
00:00:13On te sort de ton lit, t'avale un truc, on te met ton manteau, ta capuche,
00:00:18on t'enferme dans une écharpe alors que t'as une capuche,
00:00:20on te tartine de crème Nivea parce qu'il faut pas attraper fond.
00:00:24Et on te jette dehors et marche bonhomme, tu vois.
00:00:28Il y a eu des années entières où j'ai couru, pour aller à l'école, pour revenir de l
00:00:31'école,
00:00:32enfin je courais tout le temps, je courais dans la cour de la récréation, je courais.
00:00:35On traversait tout le quartier pour sortir du quartier,
00:00:37après on traversait l'avenue Simon-Bolivard je crois,
00:00:41et après on arrivait, ça prenait un quart d'heure.
00:00:43Et entre temps, on s'ennait chez les gens, on montrait nos fesses, on faisait...
00:00:46On s'écratait quoi, on était des gosses.
00:00:49J'avais repéré une fille, et je sais pas pourquoi j'ai été tombé amoureux d'elle.
00:00:55Et pendant des mois, je me penchais par la fenêtre.
00:00:58En me disant, faut que je parte à l'école,
00:01:00et si elle promène son chien au même moment,
00:01:02je vais l'aborder et lui dire,
00:01:06ah, c'est quoi comme chien ?
00:01:09Le souvenir le plus orgasmique, le plus incroyable,
00:01:12c'est quand tu prends pour la dernière fois le chemin du retour de l'école
00:01:15avant les vacances scolaires.
00:01:16Ça, c'est magnifique, c'est des grands moments
00:01:19que je crois que j'ai plus jamais ressenti dans ma vie.
00:01:23Aller à l'école, tous ensemble,
00:01:25c'est une évidence pour des générations de Français.
00:01:28Et c'est surtout un bien commun essentiel pour l'avenir de nos enfants.
00:01:34Depuis la libération,
00:01:36les Français ont construit ce projet d'éducation
00:01:38pour accéder à toujours plus de savoirs.
00:01:40et ils continuent à le construire.
00:01:43Voici son histoire,
00:01:45l'histoire de l'école pour tous.
00:02:13Pour la première fois depuis six ans,
00:02:15les enfants vont apprendre à lire
00:02:17sans redouter le bruit des sirènes
00:02:18ou le fracas des bombes.
00:02:20Il faut que ce petit monde grandisse et s'instruise en paix.
00:02:24Spectacle toujours le même et toujours nouveau.
00:02:27Le premier jour, c'est merveilleux comme on est sage.
00:02:31Rentrée de paix, mais encore rentrée de crise,
00:02:34leur trouvera-t-on des livres,
00:02:36des crayons,
00:02:37des cahiers
00:02:38et des souliers.
00:02:45Les enfants sont le trésor de la France d'après-guerre.
00:02:49Les Français ont l'énergie de l'espoir.
00:02:51Ils croient en leur avenir.
00:02:53Et l'avenir, c'est les enfants.
00:02:55Jamais ils n'ont fait autant de bébés.
00:02:58C'est le baby-boom.
00:03:00Et quand les petits Français partent à l'école,
00:03:03ils portent toutes les espérances de leur famille.
00:03:05Ils auront un meilleur destin que leurs parents.
00:03:08C'est valable pour mon père comme c'est valable
00:03:10et pour ma mère et comme c'est valable
00:03:12pour beaucoup de gens de cette génération.
00:03:15Ils voulaient absolument
00:03:16que leurs enfants fassent des études.
00:03:19Ce que nous n'avons pas pu faire,
00:03:20nous allons le faire faire aux enfants.
00:03:22Mon père, il voulait que par ses enfants,
00:03:25ils puissent prouver
00:03:27qu'il était quelqu'un de respectable.
00:03:30Au fond, il nous a mis ça sur le dos quand même.
00:03:33Et les études, surtout pour papa,
00:03:35étaient la voie de la liberté,
00:03:40la voie de l'épanouissement
00:03:41et la voie de la reconnaissance.
00:03:47Les Français rebâtissent leur pays.
00:03:49Ils veulent effacer les horreurs
00:03:51de la guerre et de la collaboration.
00:03:53Ils ont voté pour une nouvelle république,
00:03:56la quatrième,
00:03:57qui garantit pour la première fois
00:03:59l'égal accès de l'enfant et de l'adulte
00:04:01à l'éducation et à la culture.
00:04:05Pour l'heure, l'école pour tous,
00:04:07c'est l'école communale.
00:04:11Je vois très bien la classe,
00:04:13je vois très bien la cour,
00:04:15je vois très bien la lumière,
00:04:17je vois très bien les pluies parfois
00:04:18qui tombaient.
00:04:20Moi, j'étais comme un petit antillère,
00:04:21je parlais créole,
00:04:23je vivais là-dedans.
00:04:25Mais mes souvenirs de l'école,
00:04:26c'est mes camarades.
00:04:28Certains n'avaient qu'une chemise blanche,
00:04:30on la lavait le soir,
00:04:31elle séchait la nuit,
00:04:33et ils arrivaient,
00:04:34c'était impeccable.
00:04:36La dignité.
00:04:38Quand je suis arrivée en CP,
00:04:41alors j'avais une maîtresse
00:04:41qui s'appelait Madame Perruca,
00:04:43et que j'adorais.
00:04:46J'écoutais en classe,
00:04:48ça me plaisait ce qu'on racontait,
00:04:49parce que c'était que des trucs
00:04:50que je ne connaissais pas.
00:04:52Par exemple,
00:04:53j'ai un souvenir,
00:04:53je ne sais pas pourquoi,
00:04:54de mon livre de grammaire
00:04:56et de cette leçon,
00:04:57les mots en « ou »
00:04:59se finissent par « s » au pluriel,
00:05:01sauf « chou », « hibou »,
00:05:03« caillou », « genou ».
00:05:06Quand je vous le dis,
00:05:07je revois le truc écrit
00:05:10et le dessin sur mon livre.
00:05:18L'immense majorité des Français
00:05:20a les mêmes souvenirs.
00:05:21Ceux gravés dans nos mémoires
00:05:23par les photos de Robert Douaneau.
00:05:28C'est l'école élémentaire
00:05:30qui donne aux Français
00:05:31des années 50
00:05:31la totalité de leur bagage scolaire.
00:05:35Les élèves y passent 8 années,
00:05:36de 6 à 14 ans.
00:05:38Tout le monde planche
00:05:39sur les mêmes dictées
00:05:40et les mêmes cours d'hygiène,
00:05:41les mêmes poésies
00:05:43et les mêmes leçons de morale,
00:05:45les mêmes problèmes de calcul
00:05:46et les mêmes résumés
00:05:48d'histoire de France.
00:05:52Comme elle me pressait
00:05:53sur ses petits genoux
00:05:55et me baisait.
00:05:58Quel imbécile qui a s'y fait !
00:06:00Ah, je vous préviens,
00:06:01je vais être injuste.
00:06:02Si le coupable ne se dénonce pas,
00:06:03c'est le voisin qui prendra
00:06:04l'espace, Simonot !
00:06:05Mais je vous jure, monsieur !
00:06:06Oh !
00:06:06C'est pas moi, monsieur !
00:06:08Des lâches, en plus !
00:06:10Ah, quelle année, quelle classe !
00:06:12Ah, j'en ai connu, des crétins !
00:06:13Mais au moins, ils étaient discrets !
00:06:15Ils se cachaient !
00:06:16Ils restaient dans leur coin !
00:06:18Et vous ?
00:06:19Vous pensez avoir effacé ?
00:06:20Non, vous avez sali, mon ami !
00:06:22Allez à votre place
00:06:23copier la recitation !
00:06:23Tant pis pour vous,
00:06:24vos parents feront !
00:06:25Ah, elle va être un peu belle,
00:06:26la France, dans 10 ans !
00:06:31Les maîtres et les parents
00:06:32en sont persuadés.
00:06:34Pour que les leçons rentrent,
00:06:35rien de mieux que la manière forte.
00:06:38Les châtiments corporels
00:06:40ont toujours été officiellement
00:06:41interdits à l'école publique.
00:06:42Mais les coûts font partie
00:06:43de l'éducation
00:06:44dans ces années d'après-guerre.
00:06:49C'était un nouvel instituteur
00:06:50et il donnait les devoirs,
00:06:52le précédent donnait les devoirs
00:06:53pour la semaine après.
00:06:54Et lui, il avait donné
00:06:55une recitation pour 2 ou 3 jours après.
00:06:57Et donc, moi, je n'y avais pas pensé,
00:06:58je n'en avais pas étudié.
00:06:59Et ceux qui disaient
00:06:59qu'ils ne la savaient pas
00:07:00faisaient venir
00:07:00et ils les faisaient aligner.
00:07:03Ils disent, alors,
00:07:03pourquoi tu n'as pas étudié
00:07:04l'arrestation ?
00:07:05Je n'ai pas pensé.
00:07:07Une gifle.
00:07:07Mais ce n'était pas
00:07:09une étape amicale,
00:07:10c'était vraiment un serveur.
00:07:11Et puis l'autre,
00:07:12et puis l'autre,
00:07:12et puis l'autre,
00:07:13pourquoi tu n'as pas étudié ?
00:07:14Je n'ai pas eu le temps.
00:07:15J'ai dit, je n'ai pas pensé.
00:07:17Et avant d'avoir fini la phrase,
00:07:19on prenait la baffe.
00:07:20Bon, voilà.
00:07:20Mais, quelque part,
00:07:23ça ne me choquait pas.
00:07:27Que les leçons rentrent ou pas,
00:07:29qu'on soit discipliné ou non,
00:07:31à 14 ans,
00:07:32on est assez grand
00:07:33pour aller travailler.
00:07:38Quel âge as-tu ?
00:07:3914 ans.
00:07:40Tu vas à l'école ?
00:07:41Non, plus maintenant.
00:07:43Qu'est-ce que tu fais ?
00:07:44Je cherche du travail.
00:07:47Et tu as un diplôme ?
00:07:48Oui, une certificate d'études primaire.
00:07:50Et en quoi consiste votre travail ?
00:07:53Faire du béton, tout ça.
00:07:55C'est dur ?
00:07:56Bon, sur les deux.
00:07:57Ça dépend de la même.
00:08:00Je préfère rester ici,
00:08:01si bien je n'ai pas une bonne tête.
00:08:03Qu'est-ce que vous aviez ?
00:08:04Vous aviez pas une bonne tête ?
00:08:07Je n'ai pas eu mon certificat rien.
00:08:14Pour ceux qui pensent
00:08:15qu'ils n'ont pas une tête bien faite,
00:08:17une tête faite pour les études,
00:08:19la France de la libération
00:08:20voulait changer l'école
00:08:21pour que tous les enfants
00:08:22se sentent capables
00:08:23de réussir
00:08:24et puissent étudier
00:08:25jusqu'à 18 ans.
00:08:27C'est ce qu'on appelle
00:08:28à l'époque
00:08:28la démocratisation.
00:08:33Ce grand projet,
00:08:34le plan Langevin-Vallon,
00:08:36est resté dans les tiroirs
00:08:37de la 4e République.
00:08:40Et pourtant,
00:08:41un peu partout en France,
00:08:42des enseignants
00:08:43continuent de faire vivre
00:08:44cet idéal
00:08:45en changeant leur façon
00:08:46de faire classe.
00:08:48Ils tentent de rendre
00:08:49cette école élémentaire
00:08:50plus juste,
00:08:51plus accueillante.
00:08:52Ils cherchent comment faire
00:08:53comprendre les leçons
00:08:54à tous les élèves.
00:09:00C'est moi, André Gueye,
00:09:02instituteur.
00:09:03Dans nos classes,
00:09:04nous aimons partir
00:09:05de l'exemple de notre ville
00:09:06pour faire comprendre
00:09:08une idée générale.
00:09:10Ainsi, aujourd'hui,
00:09:11le cours de géographie
00:09:12porte sur la naissance
00:09:13des grandes cités.
00:09:15Deux trois niveaux
00:09:16des boulonnais
00:09:17au début du 19e siècle.
00:09:21Deuxième.
00:09:21Les boulonnais
00:09:22étaient cultivateurs,
00:09:24vignons
00:09:25et puis blanches d'hôtes.
00:09:27Comprenez,
00:09:28l'amertume des boulonnais
00:09:29a cultivé depuis des siècles
00:09:30une terre...
00:09:31Ce qui nous préoccupe le plus,
00:09:33nous autres,
00:09:33instituteurs,
00:09:35ce n'est pas de faire
00:09:36des petits savants
00:09:37ou des érudits,
00:09:38c'est de former des hommes.
00:09:42Mon père,
00:09:43ses premiers rapports
00:09:44quand il est arrivé
00:09:45comme inspecteur d'académie
00:09:47à la Martinique,
00:09:48c'est qu'il a trouvé
00:09:48que c'était insuffisant,
00:09:49qu'il n'y avait pas assez
00:09:51d'école
00:09:51et pas assez de maîtres.
00:09:53Il a voulu qu'il y ait
00:09:54des manuels scolaires
00:09:55qui parlent de la Martinique.
00:09:58J'ai connu
00:09:59dans les petites classes
00:09:59un moment
00:10:00des manuels
00:10:01où il y avait
00:10:03quatre saisons.
00:10:04Aux Antilles,
00:10:04il y a deux saisons.
00:10:05Il y a l'hivernage
00:10:07et la saison sèche.
00:10:08Voilà.
00:10:09Et donc,
00:10:10Alain Plenel
00:10:11a voulu partir
00:10:12de la réalité.
00:10:13Pour les classes populaires,
00:10:14c'est essentiel.
00:10:15Parce que si on amène
00:10:16à un savoir
00:10:17qui n'est pas présent
00:10:18à la maison,
00:10:18il n'y a pas de livres
00:10:19à la maison,
00:10:21il n'y a pas
00:10:21de gens diplômés,
00:10:23comment l'école
00:10:24va me parler ?
00:10:25Si elle m'est étrangère,
00:10:26elle ne va pas me parler.
00:10:27Il faut qu'elle
00:10:29vienne me chercher
00:10:30et elle va m'amener
00:10:32à découvrir
00:10:33toutes sortes
00:10:34d'autres mondes.
00:10:37De leur côté,
00:10:38les parents
00:10:38cherchent aussi
00:10:39un moyen
00:10:39d'offrir
00:10:40à leurs enfants
00:10:40une meilleure place
00:10:41que la leur.
00:10:42Une place
00:10:43dans ce monde
00:10:43moderne
00:10:44qui se dessine.
00:10:47Pouvoir choisir
00:10:48un futur métier,
00:10:49différent de celui
00:10:50des parents,
00:10:51c'est encore rare.
00:10:54Mes enfants,
00:10:55vous êtes bientôt
00:10:56au terme
00:10:56de votre séjour
00:10:57dans cette école.
00:10:58Je suis venue aujourd'hui
00:10:59pour vous entretenir
00:10:59de votre futur métier.
00:11:01Ensuite,
00:11:02l'enfant est soumis
00:11:02à une série de tests.
00:11:04Celui dit du tourneur
00:11:05est commandé
00:11:06par deux manivelles.
00:11:07Il s'agit de suivre
00:11:08un tracé
00:11:08qui comporte
00:11:09des courbes
00:11:10et des angles.
00:11:11Les deux mains
00:11:11doivent donc travailler
00:11:12parfois en synchronisme,
00:11:14parfois en complète indépendance.
00:11:16Les différents temps
00:11:17réalisés permettent
00:11:18de juger
00:11:18si l'enfant
00:11:18s'adapte et progresse
00:11:20ou si au contraire
00:11:21il se fatigue.
00:11:26Les parents
00:11:27des années 50
00:11:28savent que le meilleur bagage
00:11:29c'est la formation.
00:11:31Ils poussent
00:11:32leurs enfants
00:11:32au-delà du certif.
00:11:33C'est la ruée
00:11:34pour décrocher
00:11:35le CAP,
00:11:36le Certificat
00:11:37d'Aptitude Professionnelle.
00:11:40Et la voie royale,
00:11:42c'est d'entrer
00:11:42dans les centres
00:11:43de formation
00:11:44qu'ont ouvert
00:11:45les grandes entreprises.
00:11:47Quelques milliers
00:11:47de jeunes ont la chance
00:11:48de fréquenter
00:11:49ces écoles patronales.
00:11:50Les mineurs,
00:11:52les métallos,
00:11:53les cheminots
00:11:53voient avec fierté
00:11:54leur fils
00:11:55être payés
00:11:55pour apprendre.
00:11:58à 14 ans,
00:11:59mon père,
00:12:00n'ayant pas les moyens
00:12:01pour me payer
00:12:02les études,
00:12:03j'ai décidé
00:12:03d'aller au centre
00:12:03d'apprentissage
00:12:04de Vindel.
00:12:06À l'école d'apprentissage,
00:12:07on était presque payé
00:12:08comme un ouvrier.
00:12:09C'était très bien.
00:12:11Ça m'a permis
00:12:11un peu
00:12:12de faire
00:12:13des petites sorties
00:12:13comme ça.
00:12:15Aller danser
00:12:15le samedi soir,
00:12:16par exemple.
00:12:18Je crois que le mineur
00:12:19a bien mérité
00:12:20de se retrouver
00:12:21au sein de sa famille
00:12:22comme ça,
00:12:22après le travail.
00:12:23Dites,
00:12:23M. Michaud,
00:12:24tout à l'heure,
00:12:24vous m'avez parlé
00:12:25de votre fils.
00:12:25Vous m'avez dit
00:12:26qu'il avait déjà 3 ans
00:12:26et qu'il était descendu
00:12:27dans le fond.
00:12:28Or, il a 17 ans,
00:12:29il y a quelque chose
00:12:29qui me prévient.
00:12:30Mais il travaille
00:12:31depuis 3 ans au fond,
00:12:32tout en continuant
00:12:32c'est cool à l'école.
00:12:34Ah, parce que vous allez
00:12:34toujours à l'école.
00:12:35C'est une école
00:12:36pôle mineure ?
00:12:37C'est une école
00:12:37pôle mineure, oui.
00:12:38C'est ça.
00:12:38Et qu'est-ce qu'on
00:12:39vous apprend là-bas ?
00:12:40On apprend les cours généraux.
00:12:41On apprend l'exploitation.
00:12:43C'est ça.
00:12:44Le français,
00:12:45le calcul, tout ça.
00:12:46Ça fait déjà beaucoup.
00:12:47Je suis rentré à la maison
00:12:49avec mon CAP.
00:12:50Je l'ai jeté
00:12:51sur la table.
00:12:52Mon père,
00:12:53qui ne savait pas
00:12:53très bien lire,
00:12:54il m'a dit
00:12:54c'est quoi ça alors ?
00:12:56C'est mon CAP,
00:12:57j'ai été reçu.
00:12:58Et puis voilà,
00:12:59donc à partir
00:12:59de la semaine prochaine,
00:13:00je peux travailler
00:13:01avec toi à la mine.
00:13:01Quand je le vois encore,
00:13:04quand je l'ai rentré,
00:13:05il a des larmes aux yeux.
00:13:08Ah, c'est pas vieux.
00:13:12L'éternel a tellement
00:13:13bavé, putain.
00:13:16Cette émotion,
00:13:18tous les français
00:13:18veulent la vivre.
00:13:20Dès le milieu
00:13:21des années 50,
00:13:22un élève sur 4
00:13:23continue l'école
00:13:24jusqu'à 16 ans,
00:13:25alors qu'elle n'est
00:13:26obligatoire que
00:13:27jusqu'à 14.
00:13:31Cette ruée
00:13:32vers les études
00:13:33est telle
00:13:33que le sujet
00:13:34est sans cesse
00:13:34débattu à l'Assemblée.
00:13:36Mais les députés
00:13:37n'arrivent pas
00:13:37à se mettre d'accord
00:13:38pour allonger
00:13:39la scolarité.
00:13:42Le tournant
00:13:43de notre histoire
00:13:43a lieu en 1958.
00:13:46Le général de Gaulle
00:13:47arrive au pouvoir.
00:13:48Il crée
00:13:49notre 5e République.
00:13:58De Gaulle
00:13:59emporte les français
00:14:00dans une nouvelle
00:14:00vision de la nation.
00:14:02Il veut rendre
00:14:03à la France
00:14:03sa grandeur
00:14:04et sa puissance
00:14:04économique.
00:14:06La modernisation
00:14:07est la nouvelle
00:14:08priorité de l'État.
00:14:09Pour réaliser
00:14:10cette immense
00:14:11ambition nationale,
00:14:12les jeunes générations
00:14:13doivent être mieux formées
00:14:14que celles de leurs parents.
00:14:16De Gaulle crée
00:14:17un nouveau système scolaire.
00:14:19Tous les petits français
00:14:20vont être plongés alors
00:14:21dans une aventure
00:14:23inédite.
00:14:26Une expérience
00:14:27faite cette année
00:14:28dans le Loiret
00:14:29montre ce qui doit
00:14:30être réalisé
00:14:31dans toute la France.
00:14:32Pouvez-vous me dire
00:14:33Monique,
00:14:34comment on met
00:14:34en évidence
00:14:35que l'os
00:14:36contient de la chauve ?
00:14:38On met en évidence
00:14:39qu'un os
00:14:39contient de la chauve
00:14:40en le plongeant
00:14:42dans de l'acide acétique.
00:14:43Que se passe-t-il exactement ?
00:14:45L'os devient mou.
00:14:46Pourquoi devient-il mou ?
00:14:47Parce que là,
00:14:48la partie minérale
00:14:50a été détruite.
00:14:51Maintenant que Monique
00:14:52est en sixième,
00:14:53que souhaitez-vous
00:14:54pour elle
00:14:54qu'elle passe son bachot
00:14:55par exemple ?
00:14:56Oui,
00:14:57qu'elle a l'accès loin.
00:14:59J'avais toujours rêvé
00:15:00qu'elle devienne
00:15:00assistitrice
00:15:01même étant petite.
00:15:02Je ne sais pas pourquoi.
00:15:03Moi,
00:15:03tu es la seule du village
00:15:04à aller en sixième ?
00:15:06Oui, aussi.
00:15:07Hein ?
00:15:07Oui, aussi.
00:15:08Le quart,
00:15:09ça va être pour toi.
00:15:09Oui, aussi.
00:15:12Les petits français
00:15:13vont tous aller à l'école
00:15:14jusqu'à 16 ans.
00:15:16De Gaulle l'a décrété.
00:15:18Pour accueillir
00:15:19ses nouveaux élèves,
00:15:20la France se couvre
00:15:21peu à peu
00:15:22de milliers de collèges.
00:15:24Et l'État déclare
00:15:25fièrement
00:15:26qu'un établissement
00:15:27sort de terre
00:15:27chaque jour.
00:15:28Il faudra en réalité
00:15:30près de 15 ans
00:15:31pour faire rentrer
00:15:31tous les enfants
00:15:32en sixième.
00:15:39Mon père se retrouvait
00:15:41un agent d'entretien.
00:15:44Et donc,
00:15:46l'embellie,
00:15:47c'est que
00:15:47dans ce collège
00:15:49qui a été construit,
00:15:50il fallait un gardien.
00:15:51Donc,
00:15:52il y avait
00:15:52un logement de fonction.
00:15:54Et comme on avait
00:15:55les clés,
00:15:55évidemment,
00:15:56on pouvait explorer
00:15:57les couloirs.
00:16:00« Qu'est-ce que tu fais là ? »
00:16:02« Je rentre en sixième,
00:16:03alors tu comprends ?
00:16:04Ça fait drôle. »
00:16:05« T'as peur ! »
00:16:14« Et moi,
00:16:14j'ai découvert la bibliothèque.
00:16:16J'adorais cet endroit. »
00:16:17« Pas mal, hein ? »
00:16:19« Mais t'es toute petite
00:16:19pourtant,
00:16:20mais bon,
00:16:21je connaissais rien.
00:16:22Je me souviens
00:16:22que d'avoir emprunté
00:16:24les nourritures terrestres
00:16:26d'André Gide,
00:16:28je sais pas
00:16:28si je pouvais les comprendre
00:16:29au moment où je les ai découvertes,
00:16:30mais je me rappelle
00:16:31que de ces livres-là.
00:16:32Mais surtout les dictionnaires.
00:16:33J'adorais les dictionnaires.
00:16:35Et j'ai beaucoup rêvé
00:16:38sur les dictionnaires.
00:16:41Chaque année,
00:16:42il faut pousser les murs
00:16:43pour accueillir
00:16:44les dizaines de milliers
00:16:45de nouveaux collégiens.
00:16:47En montant dans le quart
00:16:48du tout nouveau ramassage scolaire,
00:16:50les enfants quittent
00:16:51l'école primaire
00:16:52vers un nouvel univers.
00:16:55Les années collège démarrent
00:16:56en ce début des années 60.
00:17:01Vous avez l'impression
00:17:02que ça vous fait
00:17:02de rentrer dans le secondaire ?
00:17:04« Enfin,
00:17:05je ne retrouve pas
00:17:06les mêmes camarades.
00:17:07Ça va changer.
00:17:09Tu n'as pas un peu peur ? »
00:17:11« Moi aussi quand même,
00:17:11un peu.
00:17:13Parce que j'ai changé de maître.
00:17:15J'ai changé de maître.
00:17:16J'ai changé de maître.
00:17:16J'ai changé de maître.
00:17:17J'ai le trac.
00:17:19Pourquoi ? »
00:17:20« Parce que c'est la première fois
00:17:21que je viens dans cette école. »
00:17:23« L'école primaire,
00:17:24quand vous êtes en CM2,
00:17:25vous êtes le plus grand
00:17:26de l'école,
00:17:26donc le caïd.
00:17:28C'est vous
00:17:28que les petits
00:17:29viennent voir
00:17:30avec admiration.
00:17:31Quand vous rentrez
00:17:32en sixième,
00:17:32vous êtes le plus petit.
00:17:34Là, vous êtes celui
00:17:34qui regarde les autres
00:17:35comme ça.
00:17:36L'arrivée au collège,
00:17:37c'était quelque chose
00:17:39que j'attendais
00:17:40parce que c'était un peu
00:17:42lié aussi à l'euphorie
00:17:43de la rentrée,
00:17:44les nouveaux vêtements,
00:17:46nouvelles copines.
00:17:48Je prenais le bus
00:17:49pour la première fois.
00:17:50C'était quand même
00:17:51à 15 kilomètres.
00:17:55Les premiers collégiens
00:17:56entrent dans un système scolaire
00:17:57bien différent d'aujourd'hui.
00:17:59Ils se croisent tous
00:18:01en cours de récréation.
00:18:02Mais dès leur entrée en classe,
00:18:04ils sont répartis
00:18:05en trois filières séparées.
00:18:11Ceux que l'école classe
00:18:12parmi les moyens
00:18:13et les mauvais,
00:18:14c'est-à-dire la majorité
00:18:15des élèves,
00:18:16n'ont pas face à eux
00:18:17des professeurs,
00:18:18mais des instituteurs
00:18:19qui continuent
00:18:20à leur faire classe
00:18:21comme en primaire.
00:18:25Les meilleurs élèves
00:18:26sont les seuls
00:18:27à découvrir
00:18:27avec des professeurs
00:18:29le latin,
00:18:30l'anglais,
00:18:32la littérature,
00:18:33les équations.
00:18:36Entrer au collège,
00:18:38véritable choc
00:18:39puisque plusieurs professeurs,
00:18:41plusieurs disciplines.
00:18:43Et je trouve ça
00:18:43quand même fascinant
00:18:44de passer ces journées
00:18:45à segmenter son emploi du temps
00:18:48avec un peu de mathématiques,
00:18:49un peu de français,
00:18:50un peu d'anglais,
00:18:52de géographie.
00:18:53C'est quand même magique ça.
00:18:55Alors du coup,
00:18:55j'étais en quatrième 1
00:18:57comme le peu des mots
00:18:58parce que c'était une hiérarchie.
00:19:00Le premier 1,
00:19:01c'était le type 1,
00:19:03type 2, type 3,
00:19:04les transitions,
00:19:05on appelait ça.
00:19:06Transition vers quoi ?
00:19:07Je ne sais pas,
00:19:07mais ça s'appelait comme ça.
00:19:08Les types 3,
00:19:09c'est la transition.
00:19:10Donc j'étais en type 1,
00:19:10ça c'est bien,
00:19:11j'étais parmi
00:19:13l'élite du collège de la Canada.
00:19:15Ça fait un peu rire,
00:19:16mais bon.
00:19:18En fin de cinquième,
00:19:20un tiers des élèves
00:19:21est envoyé vers
00:19:22l'enseignement technique.
00:19:23Puis à 16 ans,
00:19:24en fin de troisième,
00:19:26c'est la majorité
00:19:27des collégiens
00:19:27qui part travailler.
00:19:29Seule une minorité
00:19:31accède au lycée.
00:19:33Le nouveau système scolaire
00:19:34trie les destins
00:19:35des petits français
00:19:36suivant les besoins
00:19:37de l'économie.
00:19:38C'est même une nouvelle façon
00:19:39de gouverner,
00:19:41la planification.
00:19:44Il nous faut un plan,
00:19:46mais par-dessus tout,
00:19:49cela implique que l'État
00:19:51tienne les rênes.
00:19:54Le plan pour l'école
00:19:55anticipe les besoins
00:19:56d'une France
00:19:56en pleine croissance.
00:19:58Un tiers des élèves
00:19:59n'aura pas de diplôme.
00:20:01Ils seront la main-d'œuvre
00:20:02qui bâtit les immeubles,
00:20:03les autoroutes
00:20:04et relance l'industrie.
00:20:07Un tiers deviendra
00:20:08ouvrier qualifié
00:20:09et un dernier tiers
00:20:11occupera les nouveaux emplois
00:20:12de techniciens et de cadres.
00:20:15Les enfants de cette époque
00:20:16sont les premiers
00:20:17à s'entendre dire
00:20:18« Si tu travailles bien
00:20:19à l'école,
00:20:20tu auras un beau métier ».
00:20:22Les parents sont fiers
00:20:23de ses fils et de ses filles
00:20:24qui en savent plus long qu'eux.
00:20:27Mon père a monté une entreprise.
00:20:29Les devis,
00:20:30les factures
00:20:31pour l'entreprise,
00:20:31c'est ma sœur et moi.
00:20:32Il nous a acheté
00:20:33une machine à écrire.
00:20:34C'est drôlement rigolo
00:20:35avec des touches, là.
00:20:37Et on se coltinait.
00:20:38Moi, j'étais un sixième
00:20:38et ma sœur un quatrième.
00:20:39On faisait les devis
00:20:40et les factures.
00:20:41Je ne sais pas comment
00:20:41c'était fait.
00:20:42L'école, ça m'a aidée
00:20:44aussi très, très jeune,
00:20:47on va dire 9 ans, 10 ans,
00:20:48à lire le courrier
00:20:51pour mon père
00:20:52et pour ma mère.
00:20:52Tous les documents
00:20:53de la préfecture
00:20:54pour les cartes de séjour,
00:20:55tout ça.
00:20:56Donc, j'ai commencé à lire
00:20:57et puis j'ai commencé
00:20:58à écrire après
00:20:59pour les gens,
00:21:00pour les voisins.
00:21:01Voici son carton
00:21:02qui est complètement vide.
00:21:04Je le place
00:21:06entre les deux prises de la table.
00:21:08En cette fin des années 50,
00:21:09l'école de la République
00:21:10est vue avant tout
00:21:11comme la promesse
00:21:12d'un meilleur destin.
00:21:14Que vient-on faire
00:21:15dans cette école ?
00:21:16Apprendre à lire.
00:21:17Nous allons apprendre à lire d'abord.
00:21:18En priorité,
00:21:19nous allons apprendre à lire.
00:21:20Et pourtant,
00:21:21au moment où De Gaulle
00:21:22lance sa grande réforme du collège,
00:21:24il met l'école publique
00:21:26en concurrence.
00:21:33En décembre 1959,
00:21:36la loi Debray
00:21:37accorde des subventions d'État
00:21:38aux établissements privés.
00:21:41Pour la première fois,
00:21:43l'État reconnaît
00:21:44à égalité
00:21:44l'enseignement laïque
00:21:46et l'instruction religieuse.
00:21:48C'est aux parents
00:21:49de choisir.
00:21:53Mon père était dans une famille
00:21:55de 15 enfants.
00:21:56La moitié de ces 15 enfants
00:21:59sont partis dans les ordres.
00:22:00Il y a eu des franciscains,
00:22:02il y a eu des sœurs,
00:22:04il y a eu des bénédictins.
00:22:06Et mon père, lui,
00:22:07il a vraiment eu
00:22:08une formation catholique.
00:22:09Il n'a jamais connu
00:22:11l'institution publique.
00:22:12Ce qu'on appelait
00:22:13les pères recruteurs
00:22:16étaient envoyés
00:22:17par leur congrégation
00:22:18pour proposer
00:22:20un système d'éducation
00:22:21et quelquefois
00:22:22avec des bourses
00:22:23à des familles rurales,
00:22:24à des familles bourgeoises.
00:22:26Mes parents avaient très envie
00:22:27de me mettre dans du public.
00:22:29Mais mine de rien,
00:22:30je ne suis pas tout de suite
00:22:30allée à l'école publique.
00:22:31J'ai commencé par une école privée,
00:22:34maternelle, primaire,
00:22:35parce que c'était la seule
00:22:36qui existait dans ma commune.
00:22:38J'ai fait toutes les années
00:22:39de catéchisme,
00:22:40parce qu'il fallait faire
00:22:41comme les autres
00:22:42et que c'était important.
00:22:43Même si on n'était pas pratiquant,
00:22:45c'était une manière
00:22:46de s'intégrer.
00:22:51Pour les défenseurs
00:22:53de l'école républicaine,
00:22:54c'est la fin de la promesse
00:22:55d'éduquer tous les futurs citoyens
00:22:57à l'abri des croyances.
00:22:58La fin de leurs rêves égalitaires.
00:23:0211 millions de Français
00:23:03signent une pétition
00:23:04contre cette loi
00:23:05qui rompt avec un demi-siècle
00:23:07de laïcité.
00:23:13Mais de Gaulle ne cède pas.
00:23:15Il a fait le choix
00:23:15d'un système scolaire
00:23:16qui maintient
00:23:17des univers séparés.
00:23:19Celui de la catho,
00:23:21celui de la laïque
00:23:22et un troisième monde,
00:23:23un monde à part,
00:23:25celui des lycées.
00:23:27Nous avons reçu
00:23:27une éducation bourgeoise
00:23:29et il est bon temps
00:23:30de passer le bac.
00:23:31Nous nous destinons tous
00:23:32à faire des études supérieures
00:23:34et ça, c'est certainement
00:23:36très caractéristique
00:23:37des lycéens du 16e.
00:23:40Ceux qui se destinent
00:23:41aux études supérieures
00:23:42vont au lycée
00:23:43dès 12 ans.
00:23:45Le lycée,
00:23:45c'est une fierté française,
00:23:47le creuset
00:23:48de la grande culture.
00:23:50Les meilleures copies
00:23:51du bac de français
00:23:51ont leur place
00:23:52dans le Figaro littéraire,
00:23:53à côté de grands auteurs.
00:23:58On était quand même
00:23:59tous plus ou moins
00:24:00les grands bourgeois,
00:24:01les petits bourgeois,
00:24:02des héritiers.
00:24:04Le fils du médecin
00:24:05allait devenir médecin,
00:24:05le fils de l'avocat
00:24:06allait devenir avocat.
00:24:07Et je me souviens
00:24:08de gosses qui arrivaient
00:24:09en effet
00:24:10de quartiers difficiles
00:24:11qui étaient alors
00:24:12des bûcheurs,
00:24:13des petits génies.
00:24:15On regardait avec des yeux
00:24:16envieux comme ça
00:24:17et qui en effet
00:24:18se sont mis
00:24:19avec le culot
00:24:19de nous rafler
00:24:20les premières places.
00:24:21En maths,
00:24:22je n'étais pas
00:24:22le petit pauvre.
00:24:24J'étais premier de la classe.
00:24:26Et puis les autres,
00:24:27ils avaient été obligés
00:24:27de reconnaître
00:24:28que j'étais le premier
00:24:28de la classe
00:24:29parce que j'étais plus fort.
00:24:30Ce n'est pas le fait
00:24:31d'être plus fort,
00:24:32d'écraser,
00:24:32ce n'était pas
00:24:33ces questions-là,
00:24:34enfin pour moi.
00:24:35Mais c'est vrai
00:24:36que le savoir
00:24:37est égalisateur
00:24:39parce qu'il est émancipateur.
00:24:44Depuis que tout le monde
00:24:45va en sixième,
00:24:46des élèves passionnés
00:24:47de maths,
00:24:47de français ou de science
00:24:49osent pousser la porte
00:24:50de ce lieu d'exception.
00:24:52En 1965,
00:24:5412% d'une génération
00:24:56obtient le bachot.
00:24:58Un enfant d'ouvriers
00:24:59sur dix
00:24:59accède au lycée.
00:25:01Ce n'est pas beaucoup,
00:25:02mais c'est déjà
00:25:02deux fois plus
00:25:03qu'avant la guerre.
00:25:05Ces nouveaux lycéens
00:25:06sont les premiers
00:25:07de leur famille
00:25:08à tenter cette aventure.
00:25:11Ma mère est venue
00:25:12à Abbeville.
00:25:13Quand j'étais
00:25:13au lycée d'Abbeville,
00:25:15c'était un jeudi
00:25:16après-midi,
00:25:17un jour de sortie.
00:25:18Et au loin,
00:25:19elle a vu des jeunes.
00:25:20Elle s'est dit
00:25:21« C'est des jeunes du lycée,
00:25:23peut-être de ta classe. »
00:25:24J'ai vu de loin.
00:25:24Je dis « Oui,
00:25:25c'est sans doute ça. »
00:25:26Et elle a immédiatement
00:25:27fait un pas de côté.
00:25:29Elle a dit
00:25:29« Je te laisse
00:25:30parce que je ne veux pas
00:25:31qu'ils me voient. »
00:25:32J'ai honte
00:25:33d'avoir eu honte.
00:25:35Si elle était là aujourd'hui,
00:25:36je la prendrais dans mes bras.
00:25:39En classe aussi,
00:25:40il y a des barrières
00:25:41difficiles à franchir.
00:25:43Les profs expliquent peu,
00:25:45dialoguent encore moins,
00:25:46n'écrivent que quelques mots
00:25:47sur le tableau.
00:25:54Ces profs ont l'habitude
00:25:56de lycéens
00:25:57qui ont acquis
00:25:57dans leur famille
00:25:58le vocabulaire
00:25:59et les connaissances
00:26:00nécessaires pour suivre.
00:26:02Les nouveaux venus
00:26:03se heurtent
00:26:04à ces sous-entendus
00:26:05et à ces codes non-dits.
00:26:09J'ai le souvenir,
00:26:11mais ça,
00:26:11c'était, je crois,
00:26:12en seconde ou en première
00:26:13d'un prof de français
00:26:16où je crois
00:26:17qu'on travaillait
00:26:17sur Balzac
00:26:18et elle tombait mal
00:26:19parce que moi,
00:26:19j'ai toujours
00:26:20beaucoup aimé Balzac
00:26:21qui, d'un coup,
00:26:22m'a dit « Mais oui,
00:26:22mais vous,
00:26:23d'où vous venez,
00:26:23vous ne pouvez pas
00:26:24comprendre ce qui est écrit. »
00:26:26Ça, je m'en rappelle.
00:26:27Ça, je m'en rappelle
00:26:28toute ma vie.
00:26:29Quand on est
00:26:30de milieux populaires
00:26:31comme moi,
00:26:33généralement,
00:26:33on parle court,
00:26:35on écrit court,
00:26:37on écrit
00:26:37que ce qu'on pense
00:26:39devoir dire.
00:26:40Ce n'est pas la peine
00:26:41d'en rajouter
00:26:42des tonnes et des tonnes.
00:26:43Alors que les professeurs,
00:26:44en fait,
00:26:45ce qui les intéresse,
00:26:46et je ne leur fais pas griève
00:26:47d'ailleurs,
00:26:47c'est de voir
00:26:48si on est délié
00:26:49dans l'écriture,
00:26:50dans l'expression.
00:26:52Et donc,
00:26:52petit à petit,
00:26:53j'ai appris cela.
00:26:54J'ai appris
00:26:55ce qu'ils attendaient.
00:26:58Le lycée
00:26:59ne compte pas
00:26:59changer de pédagogie.
00:27:01Ce qui préoccupe
00:27:02le plus l'administration,
00:27:04ce sont les mœurs
00:27:05des élèves.
00:27:06Des proviseurs
00:27:07aux ministres,
00:27:08personne n'a programmé
00:27:09ni prévu
00:27:10la plus grande révolution
00:27:11scolaire,
00:27:12la mixité.
00:27:15Il y a tellement
00:27:16d'élèves
00:27:16que filles et garçons
00:27:18se mélangent
00:27:18dans les classes,
00:27:19sans qu'aucune loi
00:27:20ne les décide.
00:27:22pour contenir
00:27:23cette jeunesse
00:27:24bouillonnante,
00:27:25les règles
00:27:25à l'ancienne
00:27:26répriment
00:27:26tout désir
00:27:27de changement.
00:27:28Au Luxembourg,
00:27:29on discute
00:27:30des récentes mesures
00:27:31prises par
00:27:31certains proviseurs
00:27:32qui interdisent
00:27:33de porter
00:27:34des pantalons,
00:27:34des talons hauts,
00:27:35de se maquiller
00:27:36et pour les garçons
00:27:37de porter
00:27:37des blue jeans
00:27:38et des blousons noirs.
00:27:39Je me rappelle,
00:27:40j'avais une directrice
00:27:41surtout
00:27:42qui nous faisait monter
00:27:43sur les strades
00:27:45et avec une règle
00:27:46venait mesurer
00:27:47minutieusement
00:27:48la longueur
00:27:48de nos genoux
00:27:49et de la jupe
00:27:50ou de jouer à parterre.
00:27:51Et surtout pas de jupons
00:27:52parce qu'on pouvait
00:27:52voir nos cuisses alors.
00:27:53Il y avait une
00:27:55surveillance terrible
00:27:56sur les relations
00:27:57filles-garçons.
00:27:58Les couples
00:27:59qui étaient formés
00:27:59étaient harcelés
00:28:00et poursuivis
00:28:01par les surveillants
00:28:02de général
00:28:02toujours à l'affût
00:28:03de les prendre en faute
00:28:04et de les renvoyer.
00:28:08Un tiers de la population
00:28:10a moins de 18 ans.
00:28:11Les jeunes des années 60
00:28:12vivent ensemble
00:28:13plus de 10 ans à l'école
00:28:14dans un monde à eux.
00:28:17Un nouvel âge
00:28:18de la vie apparaît
00:28:19l'adolescence
00:28:20et avec elle
00:28:21la culture jeune.
00:28:23C'est le temps
00:28:24des bandes de copains
00:28:24des premiers flirts.
00:28:27Elles sont toutes
00:28:28belles, belles,
00:28:30belles que veux
00:28:30le jour.
00:28:34Belles, belles,
00:28:35belles que veux
00:28:36l'amour.
00:28:37Il y avait des filles
00:28:38aux alliées en boum
00:28:39elles étaient là
00:28:39et elles s'habillaient
00:28:40comme elles ne s'habillaient
00:28:41pas au lycée.
00:28:42Elles arrivaient
00:28:43avec des cuissardes
00:28:44et elles ramassaient
00:28:45tous les mecs.
00:28:47Moi j'étais nulle en boum
00:28:48ça ne marchait pas du tout.
00:28:49Si je ne parlais pas
00:28:50ça ne marchait absolument pas.
00:28:52Je mesurais un mètre deux
00:28:53je n'avais pas compris
00:28:54qu'il fallait se maquiller
00:28:55enfin avoir l'air de la fille
00:28:57donc ça ne marchait pas du tout.
00:29:04Comme je n'avais ni la confiance
00:29:05de celui qui est bon à l'école
00:29:07parce qu'il sait
00:29:08parce qu'il a travaillé
00:29:09ni la confiance du beau gosse
00:29:11ni la confiance du sportif
00:29:13ni la confiance du bon danseur
00:29:14dans les boums
00:29:16la seule solution
00:29:16c'est de faire quoi ?
00:29:18C'est de faire le rigolo
00:29:19c'est de faire le zouave
00:29:21c'est de faire rire les filles.
00:29:25En cinq ans
00:29:26les gaillés
00:29:27laissent la place au hippie.
00:29:29Le désir sexuel
00:29:31et la révolte
00:29:31s'affirment au grand jour.
00:29:33Les jeunes changent plus vite
00:29:34en quelques années
00:29:35qu'en des décennies.
00:29:37Ils veulent être plus libres
00:29:38ils veulent qu'on les écoute.
00:29:45En mai 68
00:29:46quelques semaines de révolte
00:29:48font naître une certitude.
00:29:50Dès 14, 15 ou 16 ans
00:29:51on peut avoir des idées
00:29:53et se battre pour elles.
00:29:56Du refus du service militaire
00:29:58aux manifestations pour la paix au Vietnam
00:30:00les élèves sont de toutes les luttes
00:30:02dans la rue
00:30:03et dans leur lycée.
00:30:05Un certain nombre de professeurs
00:30:06ont dû quitter leur classe.
00:30:08Ils sont remplacés
00:30:09par des élèves
00:30:10qui ont parfois 13 ou 14 ans
00:30:11de jeunes grévistes
00:30:12qui assurent eux-mêmes
00:30:13leur propre cours.
00:30:15Qu'est-ce que vous souhaitez faire
00:30:16en français ?
00:30:17On vous propose ce truc
00:30:18sur la poésie.
00:30:19Moi je pense que ce qui est intéressant
00:30:20c'est de savoir pour chacun
00:30:21qu'est-ce que ça veut dire
00:30:22un poème
00:30:22et qu'est-ce que ça veut dire
00:30:23la poésie.
00:30:24Oui d'accord.
00:30:25Il faut comprendre
00:30:26ce que ça veut dire
00:30:27mais enfin c'est...
00:30:28Il faut d'abord
00:30:29le sentir le poème
00:30:30je trouve.
00:30:34En ce début des années 70
00:30:35les lycéens obtiennent
00:30:36des délégués de classe
00:30:38et des nouveaux cours d'économie
00:30:39pour débattre du monde moderne.
00:30:41Qu'est-ce que vous voulez dire ?
00:30:41Ce n'est pas pour rire.
00:30:43Elle dit que c'est pour rire
00:30:44qu'il veut rechercher la lune.
00:30:45Mais je n'ai pas dit pour rire
00:30:46je dis par plaisanterie.
00:30:48Les profs descendent
00:30:49de leur estrade.
00:30:51Au collège
00:30:51et à la communale
00:30:52les classes deviennent
00:30:53plus accueillantes.
00:30:54Les tables bougent.
00:30:57A l'écoute de leurs élèves
00:30:58les instituteurs
00:30:59se remettent en question.
00:31:01C'était sur une leçon
00:31:03de lecture
00:31:05et c'était une phrase simple
00:31:07à dire
00:31:08genre le lapin mange la salade
00:31:10et je demandais à l'enfant
00:31:11de lire.
00:31:12Et moi je prends
00:31:14son mutisme
00:31:15comme une provocation
00:31:17comme une résistance
00:31:18et d'une certaine façon
00:31:20enfin quand même
00:31:21tu vas faire ce que je te dis
00:31:22tu vas obéir quand même
00:31:23quand tu vas obéir.
00:31:24Je le prends par les cheveux
00:31:26et je lui dis
00:31:28le lapin mange la salade
00:31:30et le gamin
00:31:32ne dit rien
00:31:34et les larmes
00:31:35se mettent à couler.
00:31:38vous voyez que
00:31:40je me dis
00:31:41tu es un salaud
00:31:42et donc
00:31:45j'embrasse la fang
00:31:46et je lui dis
00:31:46bon c'est rien
00:31:47laisse tomber
00:31:48et donc ça
00:31:48ça m'a servi
00:31:49terminé.
00:31:54Fini le maître
00:31:55sévère mais juste
00:31:56des années 50
00:31:58les instituteurs
00:31:59mettent en place
00:31:59une nouvelle méthode
00:32:00l'éveil
00:32:02les sciences
00:32:02les arts
00:32:03et l'éducation physique
00:32:04sont aussi importants
00:32:05que les maths
00:32:06et le français
00:32:11c'est la grande époque
00:32:12où les instituteurs
00:32:13partent pendant un mois
00:32:15vivre avec leurs élèves
00:32:16en classe de découverte
00:32:17c'est les moments
00:32:21où j'ai pas de problème
00:32:21à me réveiller le matin
00:32:22quand on part en sortie scolaire
00:32:24quand on part en sortie culturelle
00:32:25quand on part en classe verte
00:32:27tout ça c'est des moments incroyables
00:32:28parce que
00:32:28on vit
00:32:29des vrais moments de vie
00:32:31avec nos copains
00:32:32nos copines de classe
00:32:33et puis après
00:32:34c'est surtout
00:32:36la classe verte
00:32:37un moment où on est à égalité
00:32:38on découvrait le ski
00:32:39et c'est comme ça
00:32:41que j'ai mis le pied à l'étrier
00:32:42c'est comme ça
00:32:42que j'ai eu envie
00:32:43d'aller plus loin
00:32:44de m'inscrire en club
00:32:45de faire des compétitions
00:32:47voilà une découverte
00:32:48et le sentiment
00:32:49d'avoir la chance
00:32:50de vivre ça
00:32:51grâce à l'école
00:32:513
00:32:532
00:32:541
00:32:55il est 20h
00:32:56Sofres au RTF
00:32:57Giscard
00:32:5850,9
00:33:00Mitterrand
00:33:0149,1
00:33:02en 1974
00:33:04le tout nouveau président
00:33:06de la république
00:33:07Valéry Giscard d'Estaing
00:33:08lance un coup de jeune
00:33:09au sommet de l'état
00:33:14il permet la majorité
00:33:16à 18 ans
00:33:16la pilule
00:33:17sans autorisation parentale
00:33:19et l'éducation sexuelle
00:33:20en classe
00:33:22son credo
00:33:23c'est le libéralisme
00:33:24beaucoup de liberté
00:33:26beaucoup d'autonomie
00:33:27au service
00:33:28de la course
00:33:28à la réussite
00:33:31c'est ce qui inspire
00:33:32son ministre
00:33:33de l'éducation nationale
00:33:34René Abbey
00:33:35il lance une nouvelle réforme
00:33:37du collège
00:33:38tout le monde
00:33:39désormais doit avoir
00:33:40ce savoir
00:33:41doit avoir ses connaissances
00:33:42on ne peut plus imaginer
00:33:43qu'une partie de la nation
00:33:44dispose
00:33:45et que l'autre
00:33:45en est privé
00:33:46j'affirme que
00:33:47les différences
00:33:48d'un enfant à l'autre
00:33:49ne sont pas liées
00:33:49à la profession des parents
00:33:52le collège unique
00:33:54notre collège
00:33:55apparaît à cette époque
00:33:58le grand changement
00:33:59c'est que tous les collégiens
00:34:00entrent dans la même sixième
00:34:02il n'y a plus de filière séparée
00:34:05les élèves sont sur la même ligne
00:34:07de départ
00:34:08ils doivent suivre
00:34:09le même programme
00:34:10au même rythme
00:34:11c'est ce qu'on appelle
00:34:12l'égalité des chances
00:34:14à chaque enfant
00:34:15de faire tout ce qu'il peut
00:34:16pour tirer son épingle du jeu
00:34:19pour moi
00:34:19l'école
00:34:20c'est un rapport
00:34:21à la compétition
00:34:22par exemple
00:34:22entre les sections
00:34:23ski alpin
00:34:25athlétisme
00:34:25et ski de fond
00:34:26le but c'était aussi
00:34:27d'être le meilleur
00:34:27en français
00:34:28d'être le meilleur
00:34:29en bio
00:34:30et donc il y avait
00:34:31cette compétition permanente
00:34:32au sein d'hab de l'école
00:34:33et je suis persuadé
00:34:34que c'est vraiment
00:34:36de là
00:34:36que j'ai construit
00:34:37mon ADN
00:34:39de compétiteur
00:34:40le collège
00:34:42l'école
00:34:42c'est le premier lieu
00:34:43où on est mis
00:34:44en concurrence
00:34:44avec les autres
00:34:46notamment
00:34:47à cause du système
00:34:48de notation
00:34:49il y a les bons élèves
00:34:51les mauvais élèves
00:34:52c'est à dire que
00:34:53même quand j'arrivais
00:34:54à l'école
00:34:54avec les meilleures intentions
00:34:56j'arrivais à rester
00:34:58concentré
00:34:58de 8h
00:34:59à 11h
00:35:00pas plus
00:35:01et le système scolaire
00:35:03il n'est pas organisé
00:35:04pour les gens comme ça
00:35:05il y a un modèle
00:35:06il y a un moule
00:35:07dans lequel il faut rentrer
00:35:09et ceux qui n'arrivent pas
00:35:10à rentrer dans ce moule
00:35:11on les laisse
00:35:11sur le bas côté
00:35:15les professeurs
00:35:15avaient l'habitude
00:35:16d'enseigner aux bons élèves
00:35:17dans le collège
00:35:18de De Gaulle
00:35:19ils ont maintenant
00:35:20en charge
00:35:20tous les collégiens
00:35:22c'est la découverte
00:35:23d'un monde
00:35:23qu'ils ne connaissent pas bien
00:35:24qu'est-ce qui se passe
00:35:25il y a plus de recettes
00:35:27que de dépenses
00:35:28non il y a plus de dépenses
00:35:30que de recettes
00:35:31ouais
00:35:31comment ça s'appelle
00:35:32un budget
00:35:33où il y a plus de dépenses
00:35:35que de recettes
00:35:35vous avez déjà expliqué ça
00:35:37dépensable
00:35:40c'est sûr
00:35:41un budget en déficit
00:35:43de plus en plus
00:35:44je me heurte
00:35:45d'abord à l'impossibilité
00:35:47de faire de l'histoire
00:35:48bon alors j'essaye d'en faire
00:35:49parce que sinon vraiment
00:35:50c'est complètement écœurant
00:35:54sinon
00:35:55maintenant je me heurte
00:35:56à des problèmes de langage
00:35:57on pose des questions
00:35:58des fois qui me surprennent
00:35:59complètement
00:36:00par exemple ainsi
00:36:02qu'est-ce que ça veut dire
00:36:03ainsi
00:36:04alors moi je ne suis pas formé
00:36:05pour ça
00:36:06je suis désolé
00:36:07très vite
00:36:08en sixième
00:36:09j'ai bien vu
00:36:10que ça n'allait pas
00:36:11être la même limonade
00:36:12ok c'est sympa
00:36:13de vouloir nous apprendre
00:36:14des trucs
00:36:15mais si vous voyez
00:36:15que ça ne rentre pas
00:36:17peut-être que ce n'est pas
00:36:18l'enfer
00:36:19ce n'est pas toujours
00:36:20les autres
00:36:20non ?
00:36:22les profs sont face
00:36:23à un nouveau défi
00:36:24un enfant sur trois
00:36:25a des difficultés
00:36:26en sixième
00:36:28les circulaires ministérielles
00:36:30conseillent d'adresser
00:36:30les élèves
00:36:31dits en retard
00:36:32à des cours de soutien
00:36:33après la classe
00:36:35et de continuer à enseigner
00:36:36pour ceux qui suivent
00:36:39il fallait arriver
00:36:40à toucher tout le monde
00:36:41des niveaux
00:36:42très différents
00:36:43parce qu'on avait pensé
00:36:45à faire des classes
00:36:46d'élite
00:36:46et puis des classes
00:36:47moins bonnes
00:36:48et puis après
00:36:48on a dit
00:36:48non ça c'est pas bien
00:36:49il faut qu'il y ait
00:36:50partout des élèves moteurs
00:36:51qui tirent vers le haut
00:36:52et donc
00:36:54les niveaux étaient
00:36:55extrêmement différents
00:36:56et si on voulait
00:36:58être entendu
00:36:58il fallait un petit peu
00:36:59être au niveau
00:37:00de tout le monde
00:37:01être professeur
00:37:02à l'époque
00:37:02c'est être partagé
00:37:04c'est on voit bien
00:37:04qu'une partie des élèves
00:37:06qui entrent au collège
00:37:07à partir des années 75
00:37:08ils entrent en fait
00:37:09dans un établissement
00:37:10qui n'a pas été pensé
00:37:11pour eux
00:37:11on est encore
00:37:12dans un système
00:37:14davantage conçu
00:37:15pour trier
00:37:16et sélectionner
00:37:17les meilleurs
00:37:17que pour faire réussir
00:37:19la masse
00:37:19la masse des élèves
00:37:23un tiers des élèves
00:37:24sort toujours du collège
00:37:25sans diplôme
00:37:26un résultat
00:37:27qui ne choque pas
00:37:28tant qu'il y a du travail
00:37:29pour tout le monde
00:37:34mais au milieu
00:37:35des années 70
00:37:36la France plonge
00:37:37dans la crise
00:37:39les fermetures
00:37:40d'usines sont quotidiennes
00:37:41en 5 ans
00:37:42il y a 1 million
00:37:43de chômeurs
00:37:45les jeunes peu qualifiés
00:37:46sont les plus touchés
00:37:471 sur 5
00:37:48ne trouvent pas de travail
00:37:51pour les profs
00:37:52et les élèves
00:37:53cela va tout changer
00:37:57au début
00:37:57quand j'ai décroché
00:38:00je ne me rendais pas compte
00:38:01des conséquences
00:38:02que ça pouvait avoir
00:38:04en vérité
00:38:06notre
00:38:08notre vie
00:38:09sociale en tout cas
00:38:11se joue
00:38:12quand on a
00:38:13entre 10 et 15 ans
00:38:14je pense
00:38:15qu'est-ce qu'on va faire de toi
00:38:18ton bulletin
00:38:18qu'est-ce qu'on va faire de toi
00:38:20problème scolaire égale
00:38:21pas de beau diplôme
00:38:22pas de beau diplôme
00:38:23égale pas de beau métier
00:38:24je ne suis pas sûr
00:38:25pour autant
00:38:26que s'il accède en 4ème
00:38:27puis bien sûr
00:38:28évidemment
00:38:29à l'ancienneté
00:38:30en 3ème
00:38:30je ne suis pas sûr
00:38:31pour autant
00:38:32que ce garçon-là
00:38:34il sera intégré
00:38:35au système scolaire
00:38:37plus les emplois sont rares
00:38:38plus la compétition
00:38:39s'installe au collège
00:38:41une étiquette
00:38:42colle alors à la peau
00:38:43de ceux qui ne suivent pas
00:38:44l'échec scolaire
00:38:46avec une menace
00:38:48être orientée
00:38:50ils m'ont mis
00:38:50en fait
00:38:51dans une section
00:38:51qu'on appelle
00:38:52section mode
00:38:53métier de la mode
00:38:54et du vêtement
00:38:55parce que
00:38:56j'aimais bien les vêtements
00:38:57et puis me maquiller
00:38:59autant dire
00:39:00que je n'aurais jamais
00:39:00choisi ça toute seule
00:39:01et que
00:39:03là vraiment
00:39:04j'ai compris
00:39:05que ce n'était pas
00:39:05du tout fait pour moi
00:39:07notre orientation
00:39:08et donc notre travail
00:39:09à venir
00:39:09c'est quand même
00:39:10ce qu'on fait
00:39:10tout le temps
00:39:11donc c'est quand même
00:39:12vraiment plus sympa
00:39:13si on aime bien
00:39:14ce qu'on fait
00:39:14et là je voyais
00:39:15que je ne trouvais pas
00:39:16de trucs
00:39:16que j'aimais bien faire
00:39:17je me disais
00:39:20ça ne va pas
00:39:21comme quand un camion
00:39:22passe sous un pont
00:39:23et on voit
00:39:24qu'il ne va pas passer
00:39:24et là je voyais
00:39:26le camion de ma vie
00:39:27arriver sous le pont
00:39:28et je voyais
00:39:29qu'il manquait
00:39:2920 centimètres
00:39:30et je me disais
00:39:30ça va être long
00:39:32la vie si c'est comme ça
00:39:33si c'est que ça
00:39:36qu'est-ce que tu voulais
00:39:37faire comme métier
00:39:38cuisinier
00:39:39et alors
00:39:41pourquoi t'es là
00:39:42je ne sais pas
00:39:42on m'a mis là
00:39:43est-ce que vous avez
00:39:44l'impression actuellement
00:39:45que vous allez en trouver
00:39:45du travail
00:39:46est-ce que ça vous préoccupe
00:39:47des gens
00:39:47oui
00:39:50vous êtes obligé
00:39:51de travailler
00:39:51dès maintenant
00:39:52oui
00:39:54parce qu'avec le chômage
00:39:55non
00:39:59ceux qui sont orientés
00:40:00en professionnel
00:40:01ont maintenant le sentiment
00:40:02d'aller dans une voie
00:40:03de garage
00:40:04il paraît loin
00:40:05le temps où les élèves
00:40:06de 14 ans
00:40:06pouvaient être payés
00:40:07pour se former
00:40:08d'autant qu'avec la crise
00:40:10de nombreuses écoles patronales
00:40:12ferment
00:40:14ne pas aller jusqu'au bac
00:40:15être en CAP
00:40:16ou en BEP
00:40:17c'est voir son avenir
00:40:18s'assombrir
00:40:21on a toujours eu l'impression
00:40:23que les lycées professionnels
00:40:24étaient mal fréquentés
00:40:25qu'on était tous
00:40:26de la racaille
00:40:27donc ça s'est mal
00:40:28de temps en temps
00:40:30ça pouvait créer
00:40:31quand on allait
00:40:32quand on essayait
00:40:33d'aller draguer
00:40:33d'aller flirter un peu
00:40:34ça pouvait mettre
00:40:35certaines barrières
00:40:37sur ma génération
00:40:38les lycées professionnels
00:40:40t'es beubeux
00:40:41t'as pas le niveau
00:40:42pour aller en enseignement général
00:40:43donc t'es un beubeux
00:40:50les jeunes voient bien
00:40:51que dans ce collège
00:40:53où tout le monde va
00:40:53l'échec est souvent lié
00:40:55à l'origine sociale
00:40:56ils voudraient que l'école
00:40:57les aide à s'en sortir
00:40:59au lieu de les sélectionner
00:41:04l'urgence de la jeunesse
00:41:05s'invite dans la campagne
00:41:06présidentielle
00:41:06en 1981
00:41:10je veux dire une chose importante
00:41:12on s'en aperçoit peut-être pas
00:41:13mais vous pouvez pas imaginer
00:41:14ce que c'est pour un jeune
00:41:15d'avoir la possibilité
00:41:16de parler une minute
00:41:17c'est pour ça que j'avais peur
00:41:18de ne pas pouvoir parler
00:41:18parce que ça n'arrive jamais
00:41:20ce que je peux vous dire
00:41:21c'est que la jeunesse
00:41:23se désespère
00:41:24elle est profondément
00:41:26désespérée
00:41:26parce qu'elle n'a plus d'appui
00:41:27elle ne croit plus
00:41:28en la politique française
00:41:29ce que je peux vous dire
00:41:29c'est que le désespoir
00:41:31est mobilisateur
00:41:32et les jeunes
00:41:32vont finir par virer
00:41:34du mauvais côté
00:41:34parce qu'ils n'auront plus
00:41:35d'autres solutions
00:41:36voilà et je vous remercie
00:41:37de m'avoir laissé parler
00:41:37M. Mitterrand
00:41:38vous voulez dialoguer
00:41:39avec un jeune
00:41:40le candidat Mitterrand
00:41:41l'a compris
00:41:42il promet de changer la vie
00:41:44et pour cela
00:41:45il lui faut changer l'école
00:41:47le 10 mai 1981
00:41:50François Mitterrand
00:41:51gagne les élections
00:41:53et 100 ans après
00:41:54les lois Ferry
00:41:55l'école de la république
00:41:56repart en mission
00:41:57l'école redevient
00:41:58une affaire d'état
00:41:59et cette fois
00:42:00elle doit combattre
00:42:01les inégalités
00:42:03l'aventure des zones
00:42:05d'éducation prioritaire
00:42:09démarre
00:42:10la politique d'éducation
00:42:12prioritaire en 1981
00:42:13moi je l'ai vécu
00:42:14vraiment comme
00:42:15un signe d'espoir majeur
00:42:17c'est à dire qu'enfin
00:42:18la république
00:42:19allait se soucier
00:42:20des territoires
00:42:21qui étaient en difficulté
00:42:22des élèves
00:42:22qui étaient en difficulté
00:42:23en donnant davantage
00:42:25de moyens
00:42:25à ceux
00:42:26qu'on avait le plus besoin
00:42:29dès la rentrée 1982
00:42:31près de 400 zones
00:42:32prioritaires sont créées
00:42:36une ZEP
00:42:37c'est un coin de France
00:42:39à la campagne
00:42:40ou en ville
00:42:40où des équipes
00:42:42d'enseignants volontaires
00:42:43s'engagent pour combattre
00:42:44l'échec scolaire
00:42:46les enseignants
00:42:47qui travaillaient
00:42:47en éducation prioritaire
00:42:48n'y habitaient pas
00:42:49et donc ne connaissaient pas
00:42:51la vie quotidienne
00:42:53et je leur avais demandé
00:42:54d'aller faire une enquête
00:42:54auprès des familles
00:42:56et donc de monter dans les tours
00:42:57et de sonner aux portes
00:42:59et j'ai vu au bout
00:43:00de quelques heures
00:43:01de retour
00:43:02de ces enseignants
00:43:03mais vraiment perturbés
00:43:04d'avoir perçu
00:43:06un autre monde
00:43:07et je pense
00:43:09qu'ils ont raisonné
00:43:09autrement ensuite
00:43:10quand il s'agissait
00:43:11par exemple
00:43:12de donner des devoirs
00:43:13aux enfants
00:43:15dans ces écoles primaires
00:43:16collèges et lycées
00:43:17des profs lancent
00:43:18des centaines de projets
00:43:20pédagogiques
00:43:21artistiques
00:43:22citoyens
00:43:23et au fil des années
00:43:25une nouvelle façon
00:43:26d'enseigner
00:43:27se dessine
00:43:30il était plus intelligent
00:43:32que moi
00:43:32ah ces enfants
00:43:34tu n'as pas l'air
00:43:35de comprendre
00:43:36ce que tu dis
00:43:36à ce moment là
00:43:38qu'est-ce que tu comprends
00:43:39que si j'étais déjà là
00:43:40mais oui
00:43:41mais avec la tête
00:43:42qu'est-ce que tu vas faire
00:43:43je vais les fermer
00:43:44les yeux
00:43:45je vais la cacher
00:43:45et tu vas la cacher
00:43:46dans le saillet
00:43:47alors montre
00:43:47que quand tu dis ça
00:43:48tu te poses la question
00:43:49et t'en es
00:43:50et tu te dis
00:43:50ben masse alors
00:43:52voilà
00:43:53moi ce qui m'intéresse
00:43:54c'est leur intelligence
00:43:55voilà
00:43:55alors je vais la chercher
00:43:56je vais la débusquer
00:43:58je vais la dénicher
00:43:59l'accueillir aussi
00:44:00sous les formes bizarres
00:44:02que parfois
00:44:02elles prennent
00:44:03mais ça
00:44:04c'est vraiment passionnant
00:44:05moi j'aime bien
00:44:06le fait que
00:44:07les élèves soient cash
00:44:09donc qu'ils puissent vous dire
00:44:10aujourd'hui
00:44:11oh madame
00:44:11ça fait pas bien expliquer
00:44:12quoi
00:44:13donc ça me remet en question
00:44:14et donc tout ça
00:44:15va faire en sorte
00:44:17que je deviens meilleure
00:44:18pour mes élèves
00:44:19ça c'est aussi un truc
00:44:20mais alors là
00:44:21c'est vraiment de l'égoïsme
00:44:22de voir que dans les yeux
00:44:24de mes élèves
00:44:24je suis utile
00:44:26donc du coup
00:44:27ils me le rendent
00:44:28ils me renvoient
00:44:29en disant
00:44:29oui madame
00:44:30merci quoi
00:44:32des profs découvrent
00:44:33avec leurs élèves de ZEP
00:44:35ce que veut dire
00:44:36enseigner vraiment
00:44:37pour tous
00:44:38il leur faut déjouer
00:44:39une fatalité
00:44:40celle qui hiérarchise
00:44:42les bons
00:44:42les mauvais
00:44:43pour s'intéresser
00:44:44à la manière
00:44:45dont chaque élève pense
00:44:46ce qu'il connaît
00:44:47ce qu'il ne connaît pas
00:44:48ce qu'il doit encore découvrir
00:44:53si t'écris ça
00:44:55ça veut dire que là
00:44:59il y avait une voyelle
00:45:00d'accord
00:45:01donc ça veut dire
00:45:02que ça aurait été
00:45:03il
00:45:05se
00:45:07avait
00:45:08par exemple
00:45:08il savait sa leçon
00:45:10est-ce que c'était
00:45:11il se
00:45:12avait sa leçon
00:45:12tu vois
00:45:13donc ça peut pas être ça
00:45:14c'est combien la faute
00:45:15c'est quand même pas la faute
00:45:16non c'est pas une dictée
00:45:17donc je t'ai pas enlevé
00:45:19de point pour ça
00:45:20mais c'est pour te montrer
00:45:21que ce qu'on vient de voir
00:45:22là ce matin
00:45:22ça peut t'aider à régler
00:45:24des erreurs
00:45:25que t'as fait dans ton texte
00:45:26j'ai toujours pensé
00:45:27que c'était la clé
00:45:27travailler juste avec des professeurs
00:45:29qui avaient envie
00:45:30de travailler avec nous
00:45:31avec des mecs de banlieue
00:45:32avec des gens de banlieue
00:45:33qui allaient avoir d'autres codes
00:45:35qui n'allaient pas
00:45:37vouloir
00:45:39nous apprendre
00:45:39que nos codes
00:45:40ne sont pas les bons
00:45:41que c'est pas comme ça
00:45:42qu'on parle
00:45:42et puis que c'est pas comme ça
00:45:44qu'on s'habille
00:45:45et d'être plutôt
00:45:46avec des professeurs
00:45:48qui allaient
00:45:50comprendre que
00:45:51c'est comme ça qu'on vit ici
00:45:52c'est nos codes
00:45:54mais qu'en revanche
00:45:55on allait nous inculquer
00:45:57de la rigueur
00:45:58du travail
00:45:59du respect
00:46:00mes premiers souvenirs
00:46:03plus marquants
00:46:03c'est plutôt au collège
00:46:06notamment en français
00:46:09ce jour où la prof de français
00:46:12me demande de rester
00:46:13à la fin du cours
00:46:14et elle me dit
00:46:18il y a dans ton écriture
00:46:19quelque chose
00:46:20de particulier
00:46:22comme un rythme
00:46:23dans ton écriture
00:46:24et je te conseille
00:46:25d'écrire
00:46:26ce que tu vis
00:46:28tous les jours
00:46:28d'entretenir
00:46:29une sorte
00:46:30de journal
00:46:31et d'écrire
00:46:31ce que tu vis
00:46:32tous les jours
00:46:32et finalement
00:46:33c'est ce que j'ai fait
00:46:34mais à travers
00:46:35le rap d'abord
00:46:37puis maintenant
00:46:38d'autres formes
00:46:39d'écriture
00:46:41l'expérience
00:46:42des ZEP
00:46:43reste limitée
00:46:43les moyens
00:46:45ne suivent pas
00:46:45et les objectifs
00:46:47changent au gré
00:46:47des gouvernements
00:46:49la cour des comptes
00:46:50alerte
00:46:51l'état dépense
00:46:52deux fois plus
00:46:53pour les collégiens
00:46:53des beaux quartiers
00:46:54que pour les élèves
00:46:55des banlieues
00:46:58le mot ZEP
00:46:59devient même
00:46:59le symbole
00:47:00de l'école
00:47:00qu'il faut éviter
00:47:02les parents
00:47:02comparent
00:47:03les résultats
00:47:03des établissements
00:47:05certains se font
00:47:06stratèges
00:47:07ils placent leurs enfants
00:47:08parmi les élèves
00:47:09qui ont le plus
00:47:09de chances
00:47:10de réussir
00:47:10dans le public
00:47:12et de plus en plus
00:47:13dans le privé
00:47:17mon père me priait
00:47:18l'école privée
00:47:19catholique
00:47:19pour pas me mettre
00:47:20à l'école de la cité
00:47:21pour me donner
00:47:22plus de chances
00:47:23et donc j'étais
00:47:24le seul arabe
00:47:24de la classe
00:47:25le seul
00:47:27et je mangeais
00:47:28du porc
00:47:28à l'école
00:47:30et ma mère
00:47:30j'ai dit
00:47:31maman
00:47:31un signe du porc
00:47:32à la midi
00:47:33elle me fait
00:47:33chute tais-toi
00:47:34je fais comme les autres
00:47:36je fais pas remarquer
00:47:37dans le public
00:47:38on avait peur
00:47:39que je sois déscolarisé
00:47:40mes parents
00:47:40ils avaient peur
00:47:41de ça
00:47:41du coup
00:47:42ils me mettent
00:47:42à Saint-Charles
00:47:43ou à Saint-Charles
00:47:44là effectivement
00:47:44on me lâche pas
00:47:46quand tous les externes
00:47:48s'en vont
00:47:48il est 17h
00:47:49tu vas en permanence
00:47:50donc là tu vas en permanence
00:47:51t'as une petite heure
00:47:52après on allait au self
00:47:5419h
00:47:54et là on retournait
00:47:55à l'étude
00:47:56et là on avait
00:47:56une heure et demie
00:47:57pour faire nos devoirs
00:47:58et après je crois
00:47:59vers la quatrième
00:48:00je me prends aussi
00:48:01deux heures de mathématiques
00:48:02le dimanche
00:48:03en particulier
00:48:04c'est la crème
00:48:06c'est sympa quoi
00:48:11en 1984
00:48:12un million de français
00:48:14descendent dans la rue
00:48:15pour ce qu'ils appellent
00:48:16l'école libre
00:48:18la guerre scolaire
00:48:19est déclenchée
00:48:19quand le ministre socialiste
00:48:21de l'éducation
00:48:22veut intégrer
00:48:23les écoles privées
00:48:23dans un grand service
00:48:25public unifié
00:48:28mais deux français sur trois
00:48:29défendent l'enseignement privé
00:48:31la réforme ne passe pas
00:48:33et le ministre démissionne
00:48:35vous savez qu'il y a un problème
00:48:37école privée
00:48:38école publique
00:48:39c'est un petit peu
00:48:40la guerre
00:48:41entre les deux
00:48:42l'état n'a pas le droit
00:48:43de prendre le monopole
00:48:44pour l'enseignement
00:48:45des enfants
00:48:46les parents ont le droit
00:48:47de les choisir
00:48:48au moins c'est une question
00:48:49religieuse
00:48:50pas tellement non
00:48:52non pas tellement
00:48:53c'est une question
00:48:54d'école plutôt
00:48:56quelle école veulent
00:48:57les français
00:48:58la question devient cruciale
00:49:00en ce milieu
00:49:00des années 80
00:49:01alors que seul
00:49:02un élève sur trois
00:49:03atteint le bac
00:49:06dans toutes les familles
00:49:07les discussions font rage
00:49:08faut-il défendre
00:49:10l'idéal
00:49:10d'une école pour tous
00:49:11ou faire le choix
00:49:12de la réussite individuelle
00:49:13de son enfant
00:49:14dans un monde
00:49:15de concurrence
00:49:19ces débats se retrouvent
00:49:20au sommet de l'état
00:49:21bonsoir
00:49:23je vais me permettre
00:49:24de commencer
00:49:24par une petite lecture
00:49:25très courte
00:49:26rassurez-vous
00:49:27ce n'est pas une dictée
00:49:28il se trouve que
00:49:29je ne suis pas en délève
00:49:29et que j'ai reçu
00:49:30il y a quelque temps
00:49:32un tract publicitaire
00:49:34d'une officine commerciale
00:49:36et c'est titré
00:49:36pour développer
00:49:37l'esprit de compétition
00:49:38de votre enfant
00:49:39dès la rentrée
00:49:40de nos jours
00:49:41sous un vernis social
00:49:42l'école est un monde féroce
00:49:44où la sélection
00:49:45est impitoyable
00:49:46seuls les meilleurs
00:49:47survivent
00:49:48mais au prix
00:49:49d'une vive sélection
00:49:50pour relever ce défi
00:49:51un enfant doit posséder
00:49:53une méthode de travail
00:49:54elle le préparera
00:49:55à conquérir
00:49:56le monde de demain
00:49:58ce n'est pas
00:49:58ma vision de l'école
00:50:01le gouvernement socialiste
00:50:03lance alors
00:50:04la dernière grande révolution
00:50:05de l'école pour tous
00:50:07il veut que
00:50:07d'ici l'an 2000
00:50:0880% d'une classe d'âge
00:50:10ait le bac
00:50:12en moins de 10 ans
00:50:13deux jeunes sur trois
00:50:14vont au lycée
00:50:15et leur nombre
00:50:16ne cessera d'augmenter
00:50:17jusqu'à aujourd'hui
00:50:21les nouvelles générations
00:50:22acquièrent des connaissances
00:50:23inaccessibles
00:50:24autant de Jules Ferry
00:50:25et même de De Gaulle
00:50:28le bac devient
00:50:29une étape marquante
00:50:30de la vie
00:50:31j'ai passé le bac
00:50:32avec le sourire
00:50:33je crois que c'est la preuve
00:50:34j'ai jamais vu ça
00:50:35là carrément
00:50:36on s'est retrouvé
00:50:36avec un groupe
00:50:37de presque 10 personnes
00:50:39où on était vraiment
00:50:40tous dans la même galère
00:50:41et là franchement
00:50:43c'était
00:50:43la terminale
00:50:44c'était la meilleure année
00:50:45de mes études
00:50:46j'aimerais dire
00:50:47que ma moins bonne note
00:50:48c'est un 9 en philo
00:50:49mais non
00:50:50je crois qu'en fait
00:50:50ma moins bonne note
00:50:51c'est un 2 en sport
00:50:52donc on peut être
00:50:54champion olympique
00:50:55en ayant 2 au bac en sport
00:50:57j'ai eu 10.00
00:50:59dans mon bac
00:51:02ma mère dit toujours
00:51:03elle a eu son bac
00:51:04avec mention incroyable
00:51:08le plus incroyable
00:51:09pour les français
00:51:10c'est que les élèves
00:51:11qu'on dit manuel
00:51:12accèdent eux aussi
00:51:14au diplôme phare
00:51:14de l'école française
00:51:17le gouvernement
00:51:18vient de créer
00:51:19pour eux
00:51:19le bac professionnel
00:51:21pour la première fois
00:51:22l'état les considère
00:51:24capables
00:51:24de suivre
00:51:25des études supérieures
00:51:26et qu'est-ce qui vous a poussé
00:51:27à passer ce bac professionnel ?
00:51:29la poursuite de l'étude
00:51:31la peur de la recherche
00:51:32de l'emploi
00:51:33c'est pas du tout
00:51:34une section facile
00:51:35bien que ce soit
00:51:36des travaux
00:51:37qui soient très intéressants
00:51:38puisque très ouverts
00:51:39sur l'extérieur
00:51:40en réalité
00:51:41il faut beaucoup travailler
00:51:42beaucoup donner de soi
00:51:44et puis faire des recherches
00:51:46souvent les élèves
00:51:47qui arrivent de 3ème
00:51:48me disent
00:51:48non mais l'école
00:51:49c'est pas fait pour moi
00:51:52donne nous quelques mois
00:51:53et puis après
00:51:54tu me rediras
00:51:55ce que t'en penses
00:51:56et puis finalement
00:51:58il y a des élèves
00:51:59qui voulaient s'arrêter
00:52:00un CAP
00:52:01qui font un bac pro
00:52:03ça c'est super
00:52:04c'est pour ça
00:52:05que je fais ce métier là
00:52:05moi j'adore entendre
00:52:07on donne le bac
00:52:08à tout le monde
00:52:08et avoir mes élèves
00:52:10du micro lycée
00:52:11qui sont sous le niveau
00:52:12de la mer
00:52:13qui essayent de se battre
00:52:14mais de se battre
00:52:15comme des lions
00:52:15pour avoir le bac
00:52:17même s'ils ont 20 ans
00:52:1721 ans
00:52:1822 ans
00:52:18donc si ça vaut rien
00:52:19qu'est-ce que c'est
00:52:20que cette jeunesse ?
00:52:27bac en poche
00:52:28les jeunes se lancent
00:52:29à l'assaut
00:52:30des études supérieures
00:52:32à la fin des années 90
00:52:34près de la moitié
00:52:35d'une génération
00:52:36obtient un diplôme
00:52:37au-dessus du bac
00:52:45au même moment
00:52:46à Polytechnique
00:52:47Sciences Po
00:52:47ou en classe préparatoire
00:52:49les enfants d'ouvriers
00:52:50et d'employés
00:52:51sont moins nombreux
00:52:52que dans les années 60
00:52:54les filières d'excellence
00:52:55se referment
00:53:00il y a une certaine jeunesse
00:53:02qui est programmée
00:53:02qui savent
00:53:04qu'ils iront en prépa
00:53:06en classe préparatoire
00:53:07qu'ils réussiront
00:53:08l'école normale supérieure
00:53:09qu'ensuite
00:53:10ils passeront l'ENA
00:53:12ou voilà
00:53:13ou ils feront
00:53:14des carrières universitaires
00:53:15prestigieuses
00:53:16et puis il y a les autres
00:53:17qui ne savent même pas
00:53:18que l'école normale supérieure
00:53:20existe
00:53:21je l'avoue
00:53:22mon cas
00:53:22j'avais aucune curiosité
00:53:23et je ne savais pas
00:53:24que ça existait
00:53:25ma fille
00:53:26je l'ai mise à Henri IV
00:53:27en la pistonnant à fond
00:53:29et mes trois petits-enfants
00:53:30sont à Stanislas
00:53:31parce qu'il est évident
00:53:32qu'à Stanislas
00:53:33c'est la promesse
00:53:34de la réussite
00:53:34parce que si vous entrez
00:53:36à Stanislas
00:53:36en troisième
00:53:37vous avez
00:53:38en travaillant
00:53:39en travaillant
00:53:39vous avez une chance
00:53:40d'arriver en première
00:53:41à Stanislas
00:53:41vous avez une chance
00:53:42d'intégrer une prépa
00:53:44à Stanislas
00:53:44et que si vous regardez
00:53:46les classements
00:53:46à Polytechnique
00:53:47c'est à Stanislas
00:53:48qui a le plus
00:53:49d'entrée à Polytechnique
00:53:52150 ans après le début
00:53:54de l'école de la République
00:53:55des mondes séparés
00:53:57demeurent
00:53:58quand débute
00:53:59le 21ème siècle
00:54:00notre école
00:54:01se consacre toujours
00:54:02à la sélection
00:54:02des meilleurs
00:54:05mais les études
00:54:06internationales
00:54:07alertent
00:54:07dès la primaire
00:54:08le système français
00:54:09creuse
00:54:10les inégalités
00:54:13dépêchez-vous
00:54:14alors que c'est
00:54:15dans les pays
00:54:15qui sélectionnent
00:54:16le moins
00:54:16que les élèves
00:54:17ont les meilleurs
00:54:18résultats scolaires
00:54:18vous faites délicatement
00:54:20glisser l'équerre
00:54:22le long de la règle
00:54:23gardez votre équerre
00:54:24bien maintenu
00:54:25un tiers des élèves français
00:54:26sont parmi les meilleurs
00:54:27au monde
00:54:27mais un quart
00:54:28se classe parmi
00:54:29les plus faibles
00:54:31c'est au collège
00:54:32que les élèves
00:54:32ressentent le poids
00:54:33de ces inégalités
00:54:35les enseignants
00:54:36se retrouvent
00:54:37en première ligne
00:54:37ils ne peuvent
00:54:38à eux seuls
00:54:39endiguer les fractures
00:54:40sociales
00:54:42on est mort
00:54:42on est mort
00:54:44t'en es mort
00:54:44de quoi ?
00:54:45de tout
00:54:46t'en es mort
00:54:46du collège ?
00:54:47oui
00:54:48j'en es mort
00:54:48de tout
00:54:49du collège
00:54:50de l'extérieur
00:54:50de la maison
00:54:52oui
00:54:53j'en es mort
00:54:53de tout
00:54:54donc il faut
00:54:54que tu profites
00:54:55de cette parenthèse
00:54:56la parenthèse
00:54:56du collège
00:54:57pour être mieux
00:54:57que ce qui peut
00:54:58se passer à l'extérieur
00:54:59toi quand on a
00:55:00des problèmes
00:55:00à l'extérieur
00:55:00alors c'est pas facile
00:55:01t'arrives ici
00:55:02les problèmes
00:55:02ils disent
00:55:02ça ne reste pas
00:55:03pour autant
00:55:03mais il faut
00:55:04que tu essaies
00:55:04de canaliser
00:55:06cette espèce
00:55:06de rage
00:55:07il faut que tu essaies
00:55:07de la canaliser
00:55:08autrement qu'en répondant
00:55:10tout de suite
00:55:11aux insultes
00:55:11par des insultes
00:55:12en mettant des coups
00:55:13tout de suite
00:55:14il faut que tu essaies
00:55:14de travailler sur ça
00:55:18tu comprends ?
00:55:19parce que
00:55:19tu veux faire quoi
00:55:20plus tard
00:55:20tu sais ou pas ?
00:55:21tu veux faire quoi ?
00:55:22le dessus
00:55:24t'imagines
00:55:24si les patients
00:55:27rêvent
00:55:27tu les reçois
00:55:28comme ça
00:55:28tu vas voir
00:55:28aux clients
00:55:30moi tout
00:55:31convergeait vers la colère
00:55:32des arrois
00:55:33c'était la colère
00:55:36peine c'était de la colère
00:55:37peur c'était de la colère
00:55:38j'avais qu'une émotion
00:55:39et je me disais
00:55:40si c'est pas l'école
00:55:41qui est responsable
00:55:42de ça
00:55:42c'est qui
00:55:42en fait
00:55:44je l'ai compris après
00:55:45je me suis dit
00:55:45mais c'est ça
00:55:45c'est ça la violence
00:55:46de l'école
00:55:47c'était pas Chicago
00:55:48là où j'étais
00:55:49c'était pas
00:55:49ça canardait pas
00:55:51c'était ça la violence
00:55:53moi que je décris
00:55:55comme une violence
00:55:55c'était
00:55:56on nous apprenait pas
00:55:57à être des
00:55:59des individus
00:56:01autonomes
00:56:01intelligents
00:56:02capables de mobiliser
00:56:03ses émotions
00:56:04capables de mobiliser
00:56:05son
00:56:06on nous apprenait pas
00:56:08pour ceux qui n'ont
00:56:09que l'école pour s'en sortir
00:56:11les espoirs se transforment
00:56:12parfois en immense colère
00:56:15en 2005
00:56:15de Clichy-sous-Bois
00:56:17à Rouen
00:56:17de Besançon
00:56:18à Bègle
00:56:19des émeutes éclatent
00:56:20dans les quartiers populaires
00:56:23face à un ministre
00:56:24de l'intérieur
00:56:25qui désigne une partie
00:56:26de la jeunesse
00:56:27comme de la racaille
00:56:28les jeunes de cité
00:56:29réclament la promesse
00:56:30d'égalité apprise
00:56:31sur les bancs de l'école
00:56:32moi je m'en souviens
00:56:33quand j'étais plus jeune
00:56:34que j'allais à l'école
00:56:36que les mecs qui me disaient
00:56:37ouais
00:56:37tiens lui c'est une racaille
00:56:38parce qu'il habitait aux fougères
00:56:39mais non je suis pas une racaille
00:56:41moi je suis pas une racaille
00:56:42moi
00:56:43moi ce que je veux
00:56:44c'est bosser
00:56:45et sortir de la vie
00:56:46mais pourquoi tout de suite
00:56:47me dire
00:56:47me mettre ça sur la peau
00:56:49non c'est pas vrai
00:56:53c'est un même désir d'égalité
00:56:55qui pousse les lycéens
00:56:56à se soulever
00:56:56un an plus tard
00:56:57contre le CPE
00:56:58le contrat de première embauche
00:56:59et son salaire réduit
00:57:03qu'elles soient des banlieues
00:57:04ou pas
00:57:05diplômées ou non
00:57:06toute une jeunesse
00:57:07a compris que son destin
00:57:08sera moins bon
00:57:09que celui de ses parents
00:57:11je pousse les gens
00:57:13à poursuivre des études
00:57:14mais c'est récent
00:57:15qu'on ait envie
00:57:16d'enseigner
00:57:18à tout le monde
00:57:19mais on a envie
00:57:20d'enseigner quoi
00:57:21à tout le monde
00:57:21un modèle
00:57:22précis
00:57:24l'école
00:57:25est une machine
00:57:27à produire
00:57:28des républicains
00:57:30mais il reste à prouver
00:57:32que
00:57:32les valeurs de la république
00:57:34soient
00:57:35liberté, égalité, fraternité
00:57:37en tout cas
00:57:38on en est vraiment loin
00:57:40je suis titularisé
00:57:42en septembre 2001
00:57:43voilà
00:57:44dans un lycée
00:57:45sans ci
00:57:46prévention, violence
00:57:47tout ça
00:57:47et puis né sur scène
00:57:48moi l'histoire de France
00:57:49de ces dernières années
00:57:50je peux la faire de là
00:57:52le monde
00:57:52il grouille
00:57:53dans ces lieux là
00:57:54c'est la jeunesse
00:57:55avec toutes les promesses
00:57:57plus ou moins
00:57:57non tenues de la France
00:58:03les français
00:58:03sont à la recherche
00:58:04d'une école
00:58:05qui tienne
00:58:05les promesses
00:58:06de la république
00:58:07cette demande
00:58:08des nouvelles générations
00:58:09est aussi forte
00:58:10que celle des parents
00:58:10de la libération
00:58:11qui rêvaient
00:58:12d'un avenir meilleur
00:58:13pour leur enfant
00:58:16en à peine un siècle
00:58:17les petits français
00:58:19sont devenus
00:58:19des élèves à plein temps
00:58:21les copains
00:58:22les devoirs
00:58:23les rencontres
00:58:24avec les enseignants
00:58:25occupent toute leur enfance
00:58:30ils comptent plus que jamais
00:58:31sur ce tremplin essentiel
00:58:33parfois unique
00:58:35moi j'ai deux trois enseignants
00:58:36qui m'ont tendu
00:58:37tendu des pertes
00:58:38qui m'ont
00:58:38qui m'ont vraiment aiguillé
00:58:40et j'aimerais être
00:58:41justement
00:58:42l'enseignant
00:58:43qui dit aux jeunes
00:58:44prends tout ce que tu peux
00:58:45en connaissance
00:58:46tous les conseils
00:58:47tu prends
00:58:48tu feras le tri
00:58:49tu choisis
00:58:49ce que tu as envie
00:58:50moi je suis prêt
00:58:51à tout faire
00:58:52pour qu'ils puissent réussir
00:58:53dans leur vie
00:58:54en dehors de l'école
00:58:56déjà tu te remets en question
00:58:59sur ta place
00:58:59tu dis
00:58:59quelle est ma place
00:59:00tu comprends que ta place
00:59:01n'est pas si importante
00:59:02que ça
00:59:03mais grâce à l'école
00:59:04j'existe encore
00:59:05parce qu'on dit mon nom
00:59:06parce que je fais partie
00:59:08des projets
00:59:08mais si je ne suis plus bon
00:59:11à l'école
00:59:11ou si pour l'école
00:59:13je ne suis plus rien
00:59:15qu'est-ce qu'il reste
00:59:16de mots au final
00:59:20les premiers écoliers
00:59:21de l'école gratuite
00:59:22et obligatoire
00:59:23aux besoins des élèves
00:59:24d'aujourd'hui
00:59:25l'école est devenue
00:59:26bien plus qu'une affaire d'état
00:59:29dans les moments
00:59:29de division
00:59:30de tension
00:59:31de peur
00:59:32l'école où l'on va
00:59:33tous ensemble
00:59:34s'est imposée aux français
00:59:35comme le pilier le plus sûr
00:59:38continuer à bâtir
00:59:39l'école pour tous
00:59:40est au coeur
00:59:41de notre avenir commun
00:59:41à l'école
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