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Au XIXe siècle, l'État décide d'éduquer les Français, qu'il voit comme des sauvages, toujours prêts à se révolter, à l'image des ancêtres qu'on leur attribue alors, les Gaulois. Les manuels scolaires expliquent que ce sont des barbares fiers et querelleurs et il a fallu les Romains pour les civiliser. Le message est clair : pour bâtir une nation, les Français doivent se discipliner et s'unir. C'est l'école qui va leur apprendre. Laïcité, gratuité, obligation ; les révolutionnaires de la Commune de Paris inventent les principes d'une école pour tous. Mais c'est Jules Ferry et la IIIe République qui lance la grande aventure de l'école de la République : celle des "hussards noirs", les instituteurs. Ils vont apprendre la République et l'amour de la patrie à leurs élèves, ceux de la communale. Mais la guerre va bousculer ces certitudes.

S’il est une expérience commune à tous, c’est d’avoir passé notre enfance sur les bancs de l’école. Parfois nous l’avons aimée, parfois nous l’avons détestée. Au final, chaque génération partage un ensemble de connaissances qu’elle a acquis au cours de ces années scolaire et des images qui restent à tout jamais. Depuis 200 ans, de l’école du certif au lycée pour tous, les Français se sont lancés dans l’aventure du savoir. Et ils tiennent à leur école, publique, gratuite et laïque, et dans le même temps, ils ne cessent de vouloir la changer. Pour les élèves comme pour les profs, apprendre et enseigner reste une épreuve, pleine d’embûches, d’incompréhensions, de découvertes, et toujours d'émotions. Dans ce grand récit en deux parties, des témoins, connus et inconnus, des enseignants et des élèves confrontent leurs souvenirs à l’Histoire de l’école, celle de la nation à hauteur d’enfants.
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00:00:01Pour chacun d'entre nous, comme pour nos parents et nos grands-parents,
00:00:05apprendre est une aventure pleine de découvertes, d'embûches et d'émotions.
00:00:10Le jour où j'ai appris à lire, j'ai eu l'impression que le monde entier m'appartenait,
00:00:15parce que j'avais accès à ça.
00:00:16Allez, Stéphanie 19, c'est super, Stéphanie bravo, t'es vraiment incroyable.
00:00:21Franck 2, allez, sans commentaire.
00:00:24C'est l'histoire de ma vie et de ma scolarité, ça.
00:00:29En à peine 200 ans, l'école est devenue une expérience partagée par tous.
00:00:34Pourtant, il y a autant de manières de la raconter que de français.
00:00:38Je pense que le plus gros traumatisme de ma vie, c'est l'école.
00:00:42J'ai l'impression que de 9 ans à 18 ans, c'est un siècle.
00:00:47Moi, l'école, c'était un univers, un refuge, un lieu où je me sentais bien depuis toujours.
00:00:53Je me rends compte, on a de la chance quand même d'avoir l'école.
00:00:55C'est obligatoire.
00:00:56Mais du coup, ça nous oblige à aller à l'école.
00:00:58Et ça nous oblige aussi à apprendre des choses.
00:01:00Faire de tout enfant un élève est une idée neuve dans notre histoire de France.
00:01:06Si les premières leçons parlent d'ancêtres gaulois, fiers et querelleurs,
00:01:10c'est qu'au début du 19e siècle, l'État rêve de discipliner les Français
00:01:14comme les Romains ont civilisé les barbares.
00:01:17Mais l'histoire de l'école, c'est aussi une histoire de combat, de conquête,
00:01:21de générations qui ont levé des barrières, poussé de nouvelles portes pour les suivantes.
00:01:27Maman était là pour me faire réviser les leçons, pour me faire apprendre l'anglais.
00:01:32Elle n'a jamais parlé anglais, mais elle avait le cahier d'anglais en face d'elle.
00:01:35Nous avions vraiment envie que nos enfants puissent trouver une meilleure vie,
00:01:40voir une vie plus facile.
00:01:44Des premiers écoliers de la Troisième République aux élèves d'aujourd'hui,
00:01:48l'histoire de l'école, c'est l'histoire de la nation à hauteur d'enfants.
00:01:52Une histoire tumultueuse et passionnelle.
00:01:55Une histoire française.
00:01:57Comment on fait groupe avec des gens qui ne pensent pas comme nous,
00:02:00qui ne vivent pas comme nous.
00:02:02Et ça, je trouve que c'est à l'école qu'on apprend en premier.
00:02:04Et puis ça va nous poursuivre toute notre vie.
00:02:06La connaissance, c'est une libération.
00:02:36Dans la France du 19e siècle, être un enfant, c'est avoir des doigts fins pour travailler.
00:02:42Des yeux vifs pour surveiller les troupeaux.
00:02:45À 4 ans, on est au champ, à 8, à la mine ou à l'usine.
00:02:49Nulle part ailleurs en Europe, les enfants ne travaillent aussi jeunes.
00:02:54Nulle part ailleurs, il n'y a autant de révolte.
00:02:58Face à cette colère qui gronde, le pouvoir comprend qu'il ne suffit pas de réprimer.
00:03:03Il veut éduquer.
00:03:05En 1833, chaque commune doit ouvrir une école.
00:03:09Des curés et des maîtres d'école enseignent un peu à lire,
00:03:12et beaucoup l'obéissance envers Dieu et l'État.
00:03:15Notre histoire commence avec eux.
00:03:18Ces enfants du peuple qui passent sur les bancs des premières classes,
00:03:21certains soirs après l'usine,
00:03:23ou quelques mois d'hiver quand le travail au champ s'allège.
00:03:26Ils vont profiter de cette porte qui s'ouvre.
00:03:30Mon grand-père a la compte, lui et ses frères,
00:03:33qu'après l'école, le plus gros, ce n'est pas les devoirs,
00:03:36il n'y en avait pas, en tout cas il ne s'en souvient pas.
00:03:38Le plus gros, c'est d'aller traire les vaches,
00:03:40d'aller faire le beurre avec mamie.
00:03:42Ils se souviennent de tout ce travail après l'école.
00:03:46L'école, c'est comme une bouffée d'oxygène,
00:03:48une petite parenthèse dans un monde d'enfants,
00:03:51avant de retourner à la ferme.
00:03:54En 1870, trois quarts des Français déchiffrent l'alphabet.
00:03:59Parfois, ils arrivent juste à signer leur nom et à compter.
00:04:03Mais chaque rudiment donne envie d'en savoir plus.
00:04:10Aujourd'hui, évidemment, je me dis, qu'est-ce que j'aurais aimé,
00:04:12aujourd'hui, aller plus loin, et puis surtout, apprendre.
00:04:16En fait, c'est tellement important d'apprendre.
00:04:18La connaissance, c'est la lumière, c'est la liberté.
00:04:23Apprendre à compter, apprendre à lire,
00:04:25apprendre à déchiffrer, mettons le journal, c'est important.
00:04:29C'est important.
00:04:31Puis lire, lire une histoire, c'est...
00:04:35J'aime bien lire, moi, c'est vrai.
00:04:41Le savoir.
00:04:42Louise Michel veut en faire une arme pour le peuple.
00:04:46En 1871,
00:04:48cette institutrice de Montmartre
00:04:49a quitté ses élèves pour les barricades.
00:04:52Paris est assiégé par les Prussiens,
00:04:54le peuple a pris le pouvoir,
00:04:57c'est la commune.
00:04:59Pour les communards,
00:05:01le peuple doit apprendre à se gouverner lui-même,
00:05:03sans les notables et sans l'Église.
00:05:07Alors, au cœur des combats,
00:05:08l'école gratuite, mixte et obligatoire
00:05:11est proclamée à Paris.
00:05:12Et les communards inventent un mot qui va compter.
00:05:15La laïcité.
00:05:17Ils veulent que la connaissance remplace les croyances.
00:05:23Pendant 72 jours,
00:05:25les écoles vont donner à tous,
00:05:27filles et garçons,
00:05:28la rage de savoir,
00:05:30comme le dit Louise Michel.
00:05:43Le 28 mai 1871,
00:05:46la commune prend fin dans un bain de sang.
00:05:50Le maire de Paris, Jules Ferry,
00:05:52est chargé de rétablir l'ordre.
00:05:55Sur les cendres de la révolte,
00:05:57il est de ceux qui installent la Troisième République.
00:06:00La France sort de cette guerre civile divisée.
00:06:03Le nouveau régime est fragile,
00:06:05entre les notables et l'Église
00:06:06qui veulent un retour à la monarchie,
00:06:08et des ouvriers révolutionnaires.
00:06:11Jules Ferry,
00:06:13devenue ministre de l'instruction,
00:06:14la République tiendra si les Français y croient.
00:06:20Et Ferry a un plan de bataille.
00:06:22C'est l'école qui va faire vivre la République dans le cœur de toutes les familles.
00:06:27Pour moi,
00:06:29la République a à voir avec l'école.
00:06:32On a une sorte de lien, comme ça,
00:06:34qui fait qu'on est tous passés par l'école républicaine
00:06:37quand on était enfant ou adolescent,
00:06:39et après, ça nous lie pour toujours.
00:06:42C'est-à-dire que même si je n'ai pas fait les mêmes études que vous,
00:06:45je dois pouvoir vous parler de ce que je fais.
00:06:48Et vous, qui faites autre chose que moi,
00:06:51vous devez pouvoir me parler de ce que vous faites.
00:06:54Dorénavant, l'école en France est une affaire d'État.
00:06:591881, le Parlement vote la gratuité.
00:07:021882, l'instruction devient laïque et obligatoire jusqu'à 13 ans.
00:07:071889, les maîtres d'école sont payés par l'État.
00:07:11C'est le début d'une aventure inédite,
00:07:13celle des instituteurs.
00:07:16Cette année, j'ai décidé de passer le concours de professeur des écoles.
00:07:18C'est venu un peu une réflexion sur
00:07:21qu'est-ce qui est essentiel actuellement,
00:07:23dans une période un peu troublée.
00:07:25Et l'éducation est venue comme une évidence,
00:07:27le travail avec les enfants aussi.
00:07:30Et donc, voilà, c'est venu comme ça.
00:07:32Professeur des écoles, et pourquoi pas ?
00:07:34Mon père avait...
00:07:37s'était engagé.
00:07:39Comme le Saint-Henri de la République.
00:07:41Pour moi, il représentait
00:07:43ce que Jules Ferry avait voulu donner
00:07:45comme caractère à l'école
00:07:47pour unifier la nation,
00:07:49pour lui donner un idéal commun,
00:07:52des objectifs communs.
00:07:54Donc, c'était forcément...
00:07:56ça passait par l'école.
00:08:01Dès 13 ans,
00:08:02des filles et des fils de paysans
00:08:03sont choisis par leur maître
00:08:05pour passer le concours d'entrée
00:08:06à l'école normale d'instituteurs.
00:08:09C'est la promesse d'avoir les mains blanches,
00:08:11comme disent les parents.
00:08:12Ne plus travailler la terre
00:08:14et gagner un salaire à vie.
00:08:18Pendant près d'un siècle,
00:08:20des enfants de milieux modestes
00:08:21vont travailler d'arrache-pied
00:08:22pour obtenir ce sésame.
00:08:28On était devant le perron
00:08:29de la camp normale.
00:08:31Tous les candidats sont là
00:08:32en demi-cercle.
00:08:33Et le jury arrive
00:08:34et il annonce le résultat.
00:08:36Et mon père a la main sur l'épaule.
00:08:39C'est un peu un taiseux,
00:08:40mais il a la main sur l'épaule.
00:08:42Et donc, ça défile.
00:08:45Premier, c'est pas moi.
00:08:49Deuxième, c'est pas moi.
00:08:52Troisième, Guy Sirlat.
00:08:54Et là, c'est un moment émotionnel très fort.
00:08:57Il y a mon père qui serre l'épaule.
00:09:00Il dit rien, il serre l'épaule.
00:09:02Et ça, c'est un souvenir émotionnel
00:09:04par rapport à mon père très très fort.
00:09:06Voilà, ça y est, tu y es.
00:09:08Elle s'est assise, ma mère.
00:09:10Elle m'a fait répéter trois fois,
00:09:11t'es sûr, t'es reçu, t'es reçu, t'es reçu.
00:09:14Si ton grand-père savait,
00:09:15si ton grand-père était là.
00:09:17Et elle est très vite sautée de sa chaise.
00:09:20Elle a mis son fichu sur la tête.
00:09:23Et elle a foncé dans le village.
00:09:25Et elle a fait toutes les portes
00:09:27pour leur dire, mon fils est reçu.
00:09:29Mon fils va être insidér.
00:09:30C'est un grand, un grand moment.
00:09:33C'est extraordinaire.
00:09:39Les parents doivent acheter un costume noir.
00:09:42Un sacrifice qui vaut le prix d'une vache.
00:09:46Revêtus de cet uniforme sombre,
00:09:49les futurs hussards noirs de la République
00:09:50vont pendant trois ans étudier 12 heures par jour.
00:09:54C'est le prix à payer pour avoir ce titre d'instituteur.
00:09:58Et le mot n'est pas choisi au hasard.
00:10:01Instituteur, c'est celui qui institue la nation.
00:10:04On dit souvent qu'on nous considérait comme l'élite,
00:10:09le dessus du panier.
00:10:11On était ceux qui allaient après répandre
00:10:13la bonne nouvelle dans les villages.
00:10:16Vous devez avoir un comportement,
00:10:18quand on sort en ville,
00:10:20vous devez avoir un comportement exemplaire.
00:10:21À 15 ans, on a un chapeau.
00:10:25Il y a la cravate et le chapeau.
00:10:27Et on ne peut sortir qu'avec la cravate et le chapeau.
00:10:31À 18 ans à peine, c'est le premier poste.
00:10:34À combien, premier premier ?
00:10:35Souvent, les jeunes instituteurs sont nommés
00:10:37dans le plus petit village de leur département.
00:10:41Lorsqu'on a 20 ans et qu'on se sent un peu respecté,
00:10:46honoré par les gens du village,
00:10:47c'est un peu impressionnant.
00:10:48Il faut le dire, c'est un peu presque angoissant.
00:10:54Il y a beaucoup d'excitation de me dire
00:10:56« Ah, c'est grisant ».
00:10:59Et à la fois, avec cette envie de bien faire,
00:11:02de sentir que quand même,
00:11:03on a un poids fort dans le quotidien des élèves
00:11:08et un petit peu de pression.
00:11:10Pour les premiers hussards,
00:11:12l'arrivée au village est beaucoup plus risquée.
00:11:14L'instituteur est le soldat isolé d'une puissante armée.
00:11:18Les notables et le curé voient en lui
00:11:20le représentant de cette république
00:11:22qui menace leur pouvoir.
00:11:25En Bretagne,
00:11:26les vitres de la communale sont cassées
00:11:28par des fidèles en colère.
00:11:29Mais dans tous les recoins du territoire,
00:11:31le plus dur, c'est de faire venir
00:11:33les enfants en classe.
00:11:35L'oncle Jules, l'instituteur,
00:11:38partait tôt le matin sur son âne
00:11:42et allait de Guargualet à Pilacanal
00:11:46où il enseignait.
00:11:49Et quand il s'apercevait
00:11:50qu'il n'avait pas ses effectifs,
00:11:52c'était que certains gosses
00:11:53étaient en train de travailler au champ,
00:11:56utilisés par la famille.
00:11:58Alors il allait les chercher
00:11:59dans les champs,
00:12:01les amener
00:12:04par le col bac
00:12:05dans sa classe
00:12:07et il faisait cours.
00:12:08Si ça ne suffisait pas,
00:12:10il raptait le gosse
00:12:13et l'amenait chez lui.
00:12:15Et il allait trouver le père
00:12:16et il lui disait
00:12:17« Tu reverras ton fils
00:12:19quand il aura son certificat d'études. »
00:12:22Pour se faire aimer
00:12:23et changer les manières des Français,
00:12:25la République veut gagner
00:12:26le cœur des enfants.
00:12:27C'est le souci permanent
00:12:29de Ferdinand Buisson,
00:12:31chargé par Jules Ferry
00:12:32de moderniser l'enseignement.
00:12:34Il l'explique aux instituteurs.
00:12:36« L'école moderne et française,
00:12:38c'est dans chaque village
00:12:39la maison propre et salubre,
00:12:41claire et joyeuse entre toutes.
00:12:43La maison où l'on étudie,
00:12:45mais aussi la maison où l'on rit,
00:12:47où l'on chante et où l'on joue.
00:12:49C'est la maison commune
00:12:50de nos enfants. »
00:12:54Le souvenir que j'ai,
00:12:55c'est de regarder des livres,
00:12:56de voir qu'il y a des choses écrites
00:12:59et de ne pas savoir
00:13:01ce que ça veut dire.
00:13:03Et ça a été quelque chose
00:13:04de formidable pour moi
00:13:07quand d'un coup,
00:13:08cette institutrice a commencé
00:13:09à mettre une lettre
00:13:10à côté d'une autre.
00:13:11« Peu » et « A »,
00:13:12ça fait « pas ».
00:13:14Le « A », c'est un petit rond
00:13:15avec une boucle.
00:13:16Le « M », c'est trois petits ponts
00:13:19avec une boucle.
00:13:21Puis on te dit que si tu mets
00:13:23le « M » avec le « A »,
00:13:23ça fait « ma ».
00:13:25On te fait répéter indéfiniment.
00:13:27« Ma », « ma », d'accord, « ma ».
00:13:29Et je lisais « La pipe de... »
00:13:35« La pipe de papa ! »
00:13:38« Ouah ! Mais tout ce qui est écrit,
00:13:39ça veut dire que je vais pouvoir le lire ? »
00:13:41Non, mais c'est un truc de fou, là.
00:13:43C'est un truc de fou.
00:13:44C'était plus juste des dessins
00:13:45qui étaient mis les uns
00:13:47à la suite des autres,
00:13:48c'était des mots
00:13:49et que je voyais
00:13:50ce que ça voulait dire.
00:13:51Donc j'ai trouvé ça fascinant.
00:13:54« Putain, c'est drôle, non.
00:13:55C'est trop loin, ça.
00:13:56C'est trop loin, mais c'est vrai.
00:13:57Putain, j'adorerais me souvenir
00:13:58à quel moment je réussis
00:13:59à lire, à déchiffrer quelque chose,
00:14:01mais c'est trop loin.
00:14:03Non, c'est trop loin, ça.
00:14:06« La pipe de papa »
00:14:13Les instituteurs appliquent
00:14:15pour la première fois
00:14:16un programme national.
00:14:18Les objectifs de la Troisième République
00:14:20sont énoncés dans un manuel scolaire,
00:14:22le petit Lavis.
00:14:24Des enfants bien éduqués
00:14:26feront des citoyens sages.
00:14:27Ils feront aussi de bons soldats.
00:14:29Ils paieront leurs impôts
00:14:30et ils éliront des candidats républicains.
00:14:37« Nous rentrions à l'école à 9h
00:14:40et nous avions tout de suite
00:14:41une leçon de morale,
00:14:43ce qui était très important.
00:14:44Il y avait une phrase écrite au tableau. »
00:14:46« Ils voient le neuf, ils voient le bœuf. »
00:14:48« Bon, voilà, ça peut être ça,
00:14:49ça peut être...
00:14:52Bon, des phrases sur...
00:14:53Oui, il n'y a pas de sous-métier,
00:14:56mais il n'y a que des autres gens. »
00:14:58« Sur cette carte de France,
00:14:59trois départements qui sont
00:15:01la Moselle, chef lieu... »
00:15:04Le ministère veille.
00:15:05Il imprime sa marque
00:15:07jusqu'à déterminer les légendes
00:15:08sur les cartes et les images
00:15:09dans les manuels.
00:15:13Sur les murs de chaque classe,
00:15:14les élèves voient la grandeur
00:15:15de l'Empire colonial.
00:15:17La ligne bleue des Vosges
00:15:19rappelle en permanence
00:15:20la perte de l'Alsace-Lorraine.
00:15:22Et même les chansons sont imposées.
00:15:25En passant par l'Alsace-Lorraine
00:15:27avec mes sabots
00:15:29En passant par l'Alsace-Lorraine
00:15:31avec mes sabots
00:15:33Rencontrer trois capitaines
00:15:35avec mes sabots
00:15:36Tondaines au haut
00:15:38avec mes sabots
00:15:40La patrie existe.
00:15:42La preuve, c'est qu'elle a ses héros.
00:15:45Versingétorix rendant les armes,
00:15:47la barbe fleurie de Charlemagne,
00:15:49la poule au pot d'Henri IV,
00:15:51Jeanne d'Arc et son armure.
00:15:54La récréation, nous l'attendions
00:15:56avec impatience
00:15:56puisque nous étions des jeunes enfants
00:15:58de la terre, de la campagne
00:16:00et nous avions envie de bouger.
00:16:03Alors là, on répétait les batailles parfois.
00:16:05Il y avait un qui faisait le cheval,
00:16:07l'autre montait sur le dos,
00:16:08se faisaient tomber les uns les autres.
00:16:10Mais on était quand même
00:16:11assez violents.
00:16:14Dans les cours de récré,
00:16:16même les têtes les plus rétives
00:16:17rejouent une histoire de France
00:16:19à l'accent patriotique.
00:16:20Et sur le chemin du retour,
00:16:22résonnent encore les phrases
00:16:23apprises par cœur.
00:16:24La France est la famille.
00:16:27Je l'aime comme j'aime mon père et ma mère.
00:16:32L'école de la République
00:16:33a conquis les enfants.
00:16:35Pour les parents,
00:16:36c'est une autre affaire.
00:16:37Ils préféreront longtemps
00:16:38les garder auprès d'eux
00:16:39pour travailler.
00:16:42Pourtant, peu à peu,
00:16:44ils les envoient faire un tour en classe,
00:16:45le temps de maîtriser
00:16:46de nouvelles connaissances.
00:16:54Car la France entre dans une nouvelle ère.
00:16:57Pour les Français,
00:16:58la République,
00:16:59ce sont des rails,
00:17:00des gares
00:17:00et la vapeur d'une locomotive
00:17:01qui changent la vie des campagnes.
00:17:03Un changement visible
00:17:05le jour du marché.
00:17:06Les produits de Paris
00:17:07et des grandes villes environnantes
00:17:08débarquent sur les étals.
00:17:09En retour,
00:17:10les paysans espèrent vendre
00:17:11leurs récoltes
00:17:12à des négociants de la capitale.
00:17:15Et il faut savoir marchander
00:17:17en kilogrammes et mètres
00:17:18et payer en francs
00:17:19et en centimes.
00:17:21Les enfants ont appris
00:17:22à le faire
00:17:23alors que les parents
00:17:23comptent encore en pied
00:17:24et en louis.
00:17:26Il y avait trois générations
00:17:29de Maréchal Ferrand.
00:17:30Mon père a fait
00:17:31de Maréchal Ferrand,
00:17:33Forgeron,
00:17:34Taillandier.
00:17:36Il faut penser qu'à l'époque,
00:17:38Maréchal Ferrand
00:17:38dans un village,
00:17:39c'était indispensable.
00:17:41Mon père a été à l'école
00:17:43jusqu'à 13 ans
00:17:43parce que c'était obligatoire
00:17:45jusqu'à 13 ans.
00:17:46Il y en a Forgeron
00:17:47pour faire la commande
00:17:48de matériel.
00:17:50Le stock de ferraille,
00:17:51la houille,
00:17:52tout ça,
00:17:53on l'apprend à l'école.
00:17:55En une génération,
00:17:57la République a construit
00:17:5820 000 écoles
00:17:59et rénové 23 000.
00:18:01Sur les 70 000 frontons
00:18:02se grave une devise.
00:18:04liberté,
00:18:06égalité,
00:18:07fraternité.
00:18:08L'État offre là
00:18:09son meilleur visage,
00:18:11celui d'un service public,
00:18:13gratuit.
00:18:14J'étais dans une vieille
00:18:16école de village.
00:18:17Les instituteurs,
00:18:18ça représentait quand même
00:18:19quelque chose d'un peu sacré.
00:18:21C'était pas un parent,
00:18:22c'était pas...
00:18:22c'était l'instituteur.
00:18:24Les gamins,
00:18:24ils étaient comme ils étaient
00:18:25et j'essayais
00:18:27de les faire grandir
00:18:30et de leur donner
00:18:31le maximum de connaissances
00:18:32sans projection
00:18:34sur qu'est-ce que
00:18:34tu deviendras demain.
00:18:36Soyez déjà bien.
00:18:36Les résultats scolaires,
00:18:37ils sauront ce qu'ils seront.
00:18:39Faites pour mon mieux,
00:18:40travaillez, etc.
00:18:41Et puis vous verrez bien.
00:18:44Seulement,
00:18:44à l'école de la République,
00:18:46chacun doit abandonner
00:18:47une part de soi-même.
00:18:49En classe,
00:18:50les élèves doivent parler français
00:18:51alors qu'un tiers d'entre eux
00:18:52ont le breton,
00:18:54l'occitan,
00:18:54le basque ou le flamand
00:18:55comme langue maternelle.
00:18:58Les langues régionales
00:18:59sont interdites.
00:19:00Mais les punitions sont rares.
00:19:03Les instituteurs
00:19:03sont aussi des enfants du pays.
00:19:05Et bien souvent,
00:19:06ils apprennent ensemble
00:19:07à maîtriser la langue de l'école.
00:19:10Mes grands-parents
00:19:11pensaient que l'école,
00:19:12c'était une vraie chance
00:19:13et que le français,
00:19:14c'était quelque chose
00:19:15de très important.
00:19:16Et que de l'apprendre,
00:19:17c'était une manière
00:19:18de s'émanciper.
00:19:20Ils étaient bien conscients
00:19:22que le breton,
00:19:23c'était quelque chose
00:19:24qui se parlait
00:19:24dans le cercle familial,
00:19:25que c'était important
00:19:26de le garder.
00:19:26mais que c'était
00:19:27avec le français
00:19:28qu'ils allaient pouvoir
00:19:29avoir un métier
00:19:30autre que la paysannerie.
00:19:34En ce début
00:19:35de XXe siècle,
00:19:36les enfants ont fait entrer
00:19:37la République
00:19:38dans toutes les familles.
00:19:40Le pouvoir se sent fort.
00:19:42Il va en finir
00:19:43avec la puissance
00:19:44de l'Église
00:19:44dans les affaires
00:19:45de l'État.
00:19:47C'est au tour
00:19:48d'un enseignant
00:19:49que le combat s'engage.
00:19:51En 1904,
00:19:52l'affaire Thalamas
00:19:53fait la une.
00:19:55Ce fils d'ouvrier,
00:19:56devenu professeur de lycée,
00:19:58est un pur produit
00:19:59de l'école Ferry.
00:20:00Il a mis en doute
00:20:01que Dieu ait parlé
00:20:02à Jeanne d'Arc.
00:20:05L'extrême droite catholique
00:20:06manifeste violemment
00:20:07contre cette école laïque
00:20:08qui veut arracher
00:20:09la foi des élèves.
00:20:14Les républicains
00:20:15prennent la défense
00:20:16de Thalamas.
00:20:17La bataille de l'opinion
00:20:18se joue à coups
00:20:19de petites phrases
00:20:19et de dessins.
00:20:21C'est l'âge d'or
00:20:22des caricatures.
00:20:23Les insultes,
00:20:25les calomnies,
00:20:25tout est permis.
00:20:27Car en même temps
00:20:28que l'école laïque,
00:20:29les républicains
00:20:30ont instauré
00:20:31la liberté de la presse.
00:20:32Et pour se défendre,
00:20:33il n'y a que le choix
00:20:34des armes.
00:20:37Pour la laïcité,
00:20:38le député socialiste
00:20:39Jean Jaurès
00:20:40se bat en duel
00:20:41avec Paul Desroulaides,
00:20:43chef de la Ligue
00:20:43des Patriotes.
00:20:46Jaurès devient
00:20:47l'idole
00:20:47de beaucoup d'enseignants.
00:20:50Pour lui,
00:20:51la laïcité,
00:20:52c'est la liberté
00:20:53de conscience.
00:20:54Il écrit
00:20:54« Le droit réel
00:20:56vivant de l'enfant,
00:20:57ce n'est pas
00:20:58d'être tenu
00:20:58en dehors
00:20:59de telle ou telle
00:21:00croyance,
00:21:00c'est d'être mis
00:21:01en état
00:21:02par une éducation
00:21:03rationnelle et libre
00:21:04de juger peu à peu
00:21:06toutes les croyances. »
00:21:08Le débat houleux
00:21:09naît la loi de 1905,
00:21:11la loi de séparation
00:21:13des églises
00:21:13et de l'État.
00:21:14L'église n'a plus
00:21:16le droit d'imposer
00:21:16ses idées,
00:21:17mais les croyants
00:21:18ont la garantie
00:21:19de pouvoir vivre
00:21:20leur foi librement.
00:21:22L'école doit être
00:21:23le lieu
00:21:23qui garantit
00:21:24ses libertés.
00:21:25Des principes
00:21:26encore actuels
00:21:27de la laïcité
00:21:27à la française.
00:21:30J'avais une classe
00:21:31qui participait
00:21:32tout le temps
00:21:32très bien.
00:21:33Et quand je commence
00:21:34à parler d'évolution,
00:21:35je leur dis tout de suite
00:21:36« Attention,
00:21:37là je vais vous donner,
00:21:38je vais vous exposer
00:21:38des faits de ces faits
00:21:39par des hypothèses,
00:21:40des choses comme ça.
00:21:41Je ne vais jamais dire
00:21:42que si vous croyez
00:21:44que la Terre
00:21:45est faite par Dieu,
00:21:46Allah ou peu importe,
00:21:47je ne vais pas jamais
00:21:48vous dire que
00:21:49ces croyances sont fausses.
00:21:50C'est vos croyances.
00:21:51Moi, je n'ai pas
00:21:52à intervenir là-dedans.
00:21:53Par contre,
00:21:53je vais vous demander
00:21:54d'apprendre mes cours.
00:21:55Et on a aimé au fait
00:21:57l'homme,
00:21:57« Est-ce qu'il descend du singe ? »
00:21:59Donc, des choses comme ça.
00:22:00Mais la Terre,
00:22:01elle s'est créée
00:22:01à quelle année ?
00:22:02Donc, vraiment
00:22:03des questions pointues.
00:22:04Donc, on laisse
00:22:06et on fait venir
00:22:07effectivement
00:22:08les questionnements
00:22:09des élèves.
00:22:10Ça peut heurter
00:22:11des croyances.
00:22:11Et je me suis servie
00:22:12de mon vécu aussi
00:22:13parce que l'évolution
00:22:15m'a été enseignée
00:22:16par mon professeur
00:22:17au lycée.
00:22:17Je n'en avais pas encore
00:22:18entendu parler avant.
00:22:19Je suis rentrée à la maison
00:22:21et puis en gentilfille,
00:22:22je raconte à mes parents
00:22:23ce que j'ai découvert
00:22:24en cours.
00:22:25Et là, je suis tombée
00:22:26sur un mur pas possible
00:22:27mes parents choqués
00:22:28au dernier degré
00:22:29parce que ce que je venais
00:22:31de leur raconter
00:22:31heurtaient leurs convictions
00:22:33religieuses
00:22:33par rapport à la Bible.
00:22:35Les enfants n'ont d'horizon
00:22:36que ceux que l'auront
00:22:37offert leurs parents.
00:22:38Et le cadre
00:22:40qui peut agrandir
00:22:41l'horizon d'un enfant,
00:22:42c'est forcément
00:22:43l'école de la République.
00:22:44Au cœur même
00:22:45du système scolaire
00:22:46républicain,
00:22:47le latin,
00:22:48la langue de l'Église
00:22:49sert à distinguer
00:22:50un monde à part,
00:22:52celui du lycée.
00:22:53À cette époque,
00:22:55les élèves y entrent
00:22:56tout petits,
00:22:57dès 6 ans
00:22:57et en sortent à 18 ans.
00:23:01Le lycée est payant,
00:23:02même quand il est public.
00:23:03Il est tellement cher
00:23:04qu'en 1910,
00:23:06à peine quelques dizaines
00:23:06de milliers d'enfants
00:23:07le fréquentent.
00:23:10Personne n'imagine alors
00:23:11mélanger sur les mêmes bancs
00:23:12les enfants du peuple
00:23:13et ceux des milieux aisés.
00:23:18En France,
00:23:19la plupart des dirigeants
00:23:20et des hommes politiques
00:23:21ne sont jamais passés
00:23:22par l'école communale.
00:23:24Mon père y allait
00:23:25à Côte d'Orsay
00:23:26parce que c'est une tradition
00:23:26de famille.
00:23:27Mon père a été
00:23:28dans la même classe
00:23:28que Proust.
00:23:31Et donc,
00:23:31sur la fameuse photo
00:23:32de classe,
00:23:33on le voit,
00:23:33c'est à côté de lui.
00:23:34Je suis désespéré
00:23:36parce qu'on cite toujours
00:23:37Proust sans dire
00:23:38à sa droite,
00:23:39c'est Abel Desjardins.
00:23:41Or, c'est lui.
00:23:41Si vous prenez sa classe,
00:23:44tous ces gens
00:23:45vont se retrouver
00:23:47gouverneurs
00:23:48de la Banque de France,
00:23:50ambassadeurs,
00:23:51patrons des grandes banques,
00:23:53alors bon père,
00:23:53patrons de chirurgie,
00:23:55les grands avocats,
00:23:56tout ça.
00:23:58Fermat à Toulouse,
00:23:59tiers à Marseille
00:24:00ou Henri IV à Paris.
00:24:02Dans ce monde des lycées,
00:24:03il n'y a pas d'instituteurs
00:24:05mais des professeurs.
00:24:06Et on compte à rebours.
00:24:08Les enfants entrent en 11e
00:24:10et ils savent
00:24:11qu'ils iront jusqu'en terminale
00:24:12et qu'ils feront partie
00:24:14des 1% de français
00:24:15à avoir le bac.
00:24:17On allait à l'école
00:24:19non pas pour penser
00:24:20à l'avenir,
00:24:21au métier qu'on allait faire,
00:24:23comment on allait gagner
00:24:24notre vie,
00:24:24mais parce qu'il fallait
00:24:26être bien élevé.
00:24:27Il allait falloir tenir
00:24:28des conversations
00:24:29dans des salons.
00:24:30Si on ne pouvait pas
00:24:31évoquer Stendhal,
00:24:33Flaubert,
00:24:34Racine, Corneille,
00:24:35c'est qu'on était vraiment
00:24:36un ploucte
00:24:37arrivant de sa province.
00:24:41Les filles de bonne famille
00:24:42ont elles aussi
00:24:43leur lycée.
00:24:44Ils ne mènent pas au bac
00:24:46mais à des diplômes
00:24:47spécifiquement féminins.
00:24:49L'essentiel
00:24:50est qu'elles apprennent
00:24:51à tenir leur rôle,
00:24:52de préférence
00:24:53dans une institution religieuse.
00:24:58Les filles, c'est sûr,
00:25:00on leur apprenait
00:25:01à coudre,
00:25:02à jouer d'un instrument
00:25:04de musique,
00:25:05mais c'est vrai
00:25:05qu'on nous préparait
00:25:06doucement
00:25:07à être aussi
00:25:08maîtresse de maison,
00:25:10bonne épouse.
00:25:11Nous avions un cours
00:25:12de maintien le dimanche.
00:25:14Tenez-vous droite,
00:25:14mademoiselle.
00:25:15Voilà,
00:25:15vous avez l'esprit
00:25:16de Sainte-Marie.
00:25:17Tenez-vous droite,
00:25:18mademoiselle.
00:25:19Se tenir droit,
00:25:19c'est à la fois
00:25:20se tenir droit physiquement,
00:25:21mais c'est se tenir droit
00:25:23moralement
00:25:23et mentalement.
00:25:25Être assuré
00:25:26que toutes les jeunes filles
00:25:28qui étaient dans cette école
00:25:30venaient bien du même milieu
00:25:32et avaient les mêmes codes
00:25:33et qu'il n'y avait pas
00:25:34de risque de contamination
00:25:35ou de pollution
00:25:36de l'extérieur.
00:25:39La seule chose
00:25:40qui unit les élèves
00:25:41des lycées publics
00:25:42et des élèves
00:25:43de la communale,
00:25:44les cancres
00:25:45et les bons élèves,
00:25:45c'est le patriotisme
00:25:47que leurs maîtres
00:25:47et professeurs
00:25:48leur ont enseigné.
00:25:50En 1912,
00:25:51Louis Pergot,
00:25:52fils d'instituteur
00:25:53et instituteur lui-même,
00:25:55publie la guerre
00:25:56des boutons.
00:25:57Les enfants jouent
00:25:58à se faire la guerre
00:25:59et cela tourne mal.
00:26:02On qui va ?
00:26:03Pourquoi il va
00:26:04prendre ses WC à lui ?
00:26:05C'est pas la peine
00:26:05d'en avoir des exprès.
00:26:06?
00:26:30Mais Louis Pergot,
00:26:32le pacifiste,
00:26:33s'est inquiet.
00:26:33Le 31 juillet 1914,
00:26:36il apprend avec effroi
00:26:37la mort de Jean Jaurès,
00:26:39assassiné parce qu'il défend
00:26:40la paix.
00:26:43Et je me rappelle
00:26:44que l'instituteur a pleuré.
00:26:47Et il nous a dit
00:26:48maintenant,
00:26:49vous,
00:26:49vous partez en vacances
00:26:51et nous,
00:26:51nous partons à la guerre.
00:26:53On assassine Jaurès
00:26:54parce qu'il ne la voulait pas.
00:26:57Trois jours plus tard,
00:26:59l'Allemagne et la France
00:27:00sont en guerre.
00:27:0135 000 instituteurs
00:27:03vont partir défendre
00:27:04la patrie.
00:27:05Mon grand-père
00:27:06était instituteur
00:27:07et quand il a été question
00:27:08d'aller à la guerre,
00:27:09il est parti
00:27:10sans se poser
00:27:12tellement de questions.
00:27:13Il fallait qu'il y aille,
00:27:15il y est allé.
00:27:17C'était pas pour faire
00:27:17la guerre,
00:27:18pour se battre
00:27:19contre les Allemands,
00:27:20non.
00:27:20C'était une guerre
00:27:21pour faire la paix.
00:27:25Le premier mort
00:27:27de la guerre
00:27:27est un instituteur,
00:27:28le caporal Jules Peugeot.
00:27:31L'État en fait un symbole,
00:27:33celui des hussards noirs
00:27:34montant au front
00:27:35avec leurs élèves.
00:27:37Les anciens des lycées
00:27:38sont officiers,
00:27:39les maîtres d'école
00:27:40sont sergents
00:27:41ou caporaux.
00:27:43Ceux de la communale
00:27:44simples soldats.
00:27:47Mais ils partagent
00:27:48tous la même expérience,
00:27:50celle de la boue,
00:27:51de la peur,
00:27:51de l'enfer des tranchées.
00:27:57À l'arrière,
00:27:58les institutrices
00:27:59font vivre l'esprit guerrier
00:28:00dans toutes les leçons.
00:28:01Le ministère de l'instruction
00:28:03l'a ordonné.
00:28:04Finis les problèmes
00:28:05de fuite d'eau,
00:28:06les élèves font des calculs
00:28:07avec des munitions
00:28:08et des obus.
00:28:10Même les illustrés
00:28:11s'y mettent.
00:28:12La guerre envahit
00:28:13l'univers des enfants.
00:28:15Des cassines
00:28:16et les piniclés
00:28:16vont au front
00:28:17et la guerre
00:28:18s'affiche désormais
00:28:19comme une belle histoire.
00:28:24Ma grand-mère,
00:28:25lorsqu'elle voyait arriver
00:28:26le facteur
00:28:27avec un papier bleu,
00:28:28elle fait le télégramme,
00:28:29le fameux télégramme
00:28:31qui apprenait
00:28:32la mort de quelqu'un.
00:28:33Eh bien,
00:28:34elle tremblait.
00:28:35C'était pour elle
00:28:35quelque chose de...
00:28:37Elle tenait
00:28:38parce qu'il fallait
00:28:39qu'elle tienne.
00:28:40De plus en plus d'élèves
00:28:42portent le brassard noir
00:28:43des orphelins.
00:28:44Les institutrices
00:28:45ont de moins en moins
00:28:46le cœur aux leçons guerrières.
00:28:48Certaines s'engagent
00:28:49dans les rangs
00:28:49clairsemés des pacifistes
00:28:50contre le bourrage
00:28:51de crâne.
00:28:55De leur petite classe
00:28:56de charente,
00:28:57Marie et François Mayoux
00:28:58lancent une brochure
00:28:59pacifiste.
00:29:01Ils sont condamnés
00:29:02à deux ans de prison
00:29:02pour propos défaitistes
00:29:04et n'ont plus
00:29:05le droit d'enseigner.
00:29:07Au front,
00:29:08le doute s'insinue
00:29:09chez certains instituteurs.
00:29:11Leurs leçons
00:29:12sur l'amour de la patrie
00:29:13ont mené
00:29:14leurs élèves en enfer.
00:29:18Je désire
00:29:19revenir dans le civil.
00:29:21Ne serait-ce
00:29:22pour combattre
00:29:23un peu
00:29:23l'esprit barbare,
00:29:25l'esprit sanguinaire
00:29:27qui semble s'être
00:29:28glissé trop facilement
00:29:29dans l'esprit
00:29:30de nos élèves.
00:29:31Je crois pouvoir
00:29:32le détruire facilement
00:29:34lorsque je leur aurais
00:29:35montré
00:29:36l'horreur
00:29:37de la guerre
00:29:38à laquelle
00:29:39je prends part.
00:29:41Oui,
00:29:41ben voilà,
00:29:41ça c'est tout à fait pépé.
00:29:44Le 11 novembre 1918,
00:29:47l'armistice est amère
00:29:48pour les maîtres d'école.
00:29:49La moitié d'entre eux
00:29:51ont été tués
00:29:51ou mutilés.
00:29:53En Europe,
00:29:54un même cri se lève.
00:29:56Plus jamais ça.
00:29:57Les pédagogues
00:29:58de tous les pays
00:29:59cherchent ensemble
00:30:00comment éduquer les enfants
00:30:01à la justice
00:30:01et à la paix.
00:30:04En France,
00:30:06l'instituteur
00:30:06Célestin Freinet,
00:30:08blessé au poumon
00:30:08et décoré
00:30:09de la croix de guerre,
00:30:10retourne dans une classe
00:30:11de son midi natal.
00:30:13Fini pour lui
00:30:14les leçons
00:30:14sur l'amour
00:30:15de la patrie.
00:30:16Il veut des élèves
00:30:17qui pensent par eux-mêmes.
00:30:19Nos enfants
00:30:20se montrent
00:30:21considérablement
00:30:21supérieurs aux hommes.
00:30:22En tout cas,
00:30:23ils savent critiquer,
00:30:24ils savent dire
00:30:25et nous espérons
00:30:26qu'un jour prochain,
00:30:27ils auront la capacité
00:30:28de remplir
00:30:28leurs devoirs civils.
00:30:33J'ai tâtonné longtemps,
00:30:35j'ai fait des expériences.
00:30:36Je prenais l'après-midi
00:30:38mes gosses
00:30:39pour les mener
00:30:40faire le tour
00:30:41du village
00:30:42où on allait
00:30:43en passant
00:30:44regarder le boulanger
00:30:45où on bien
00:30:45regardait le forgeron
00:30:47puis on allait
00:30:47faire le tour
00:30:48dans la campagne
00:30:49et on ramenait
00:30:49toute une moisson
00:30:50de choses
00:30:51très intéressantes.
00:30:54Les élèves font le lien
00:30:55entre les savoirs
00:30:56qu'ils découvrent
00:30:56et leur vie quotidienne.
00:30:58Ils s'entraident,
00:30:59trouvent des réponses
00:31:00ensemble.
00:31:01Célestin Freinet
00:31:02appelle cela
00:31:02l'école de la coopération.
00:31:07Si ça a bien marché
00:31:08pour Freinet
00:31:08au sein de sa coopération
00:31:10entre enfants,
00:31:11c'est parce que les gamins
00:31:11au sein de leur famille
00:31:12coopéraient.
00:31:13C'était beaucoup
00:31:14des fils d'ouvriers
00:31:15ou des fils d'agriculteurs.
00:31:17Ils étaient capables
00:31:17de travailler,
00:31:18ils avaient leur part
00:31:20de travail.
00:31:20Et tu transposes ça
00:31:21à l'école
00:31:22et tu te retrouves
00:31:23avec des gamins
00:31:24qui au sein de la classe
00:31:25ont leur part de travail.
00:31:26Ce n'est pas le prof
00:31:27qui donne le travail,
00:31:27c'est chacun
00:31:28sa part de travail.
00:31:30Et honnêtement,
00:31:31pour l'avoir vécu
00:31:32en tant qu'instit,
00:31:33ce qui fait que ça marche,
00:31:34c'est le regard
00:31:35que je pose
00:31:35sur les gamins.
00:31:48C'est trop fort
00:31:50d'apprendre la lecture
00:31:51ou l'écriture
00:31:52sur les phrases
00:31:53des copains
00:31:54ou les phrases
00:31:54qu'on dit
00:31:55ou ce qui nous touche.
00:31:57Hier,
00:31:57la blanche,
00:31:58elle a eu son veau.
00:31:59Bon,
00:32:00c'est parti.
00:32:01Et on essaye
00:32:02avec de l'imprimerie.
00:32:04donc on a comme
00:32:05dans les vrais livres,
00:32:06mon texte a de la valeur.
00:32:08Je peux en faire
00:32:09plein de copies
00:32:10et le donner
00:32:11à tout le monde.
00:32:12Autour de Freinet,
00:32:13un réseau d'instituteurs
00:32:15se forme.
00:32:16Ils s'envoient
00:32:16les livres
00:32:17faits par leurs élèves
00:32:18et même de petits films
00:32:19tournés
00:32:20avec les premières
00:32:20caméras amateurs.
00:32:22Ils ne sont plus
00:32:23de simples hussards
00:32:24de l'État.
00:32:25Ce qui compte d'abord,
00:32:26ce sont les progrès
00:32:27de leurs élèves.
00:32:30À Paris,
00:32:31une poignée d'enseignants
00:32:32se lancent
00:32:33dans un nouveau combat.
00:32:35Pendant la guerre,
00:32:36ils se sont faites
00:32:36une promesse.
00:32:37Nous avons été ensemble
00:32:39dans les tranchées.
00:32:40Nos enfants iront
00:32:41sur les mêmes bancs
00:32:41de l'école.
00:32:44Ils proposent
00:32:45de mélanger
00:32:45dans une école unique
00:32:46tous les petits français,
00:32:48riches ou pauvres,
00:32:49et d'envoyer
00:32:50les meilleurs au lycée.
00:32:54Dans ces années 20,
00:32:55cette école du mérite
00:32:56n'est pas du goût
00:32:57du gouvernement.
00:32:57Son objectif est
00:32:59de restaurer
00:32:59la France d'avant
00:33:00et de retrouver
00:33:01son rang de grande puissance.
00:33:03L'État compte
00:33:04reconstruire le pays.
00:33:06Il lui faut vite
00:33:07une main-d'œuvre
00:33:07nombreuse
00:33:08et peu qualifiée,
00:33:09donc moins chère.
00:33:13Toujours au turbin,
00:33:15du noir au matin,
00:33:16moi j'en ai marre.
00:33:20Vivre nuit,
00:33:21ses jours,
00:33:22sans un peu d'amour,
00:33:23moi j'en ai marre.
00:33:26se dire pour ma vie.
00:33:28Les français, eux,
00:33:29ont plus que toute envie
00:33:30de profiter de la vie.
00:33:32Les années folles démarrent.
00:33:34Celles qui mènent la danse,
00:33:35ce sont les jeunes filles
00:33:36de bonne famille.
00:33:37Elles veulent être autonomes,
00:33:39avoir un métier.
00:33:41Elles sont de plus en plus
00:33:42nombreuses à tenter
00:33:43le bac des garçons,
00:33:44le seul qui permet
00:33:45de faire des études.
00:33:49Le jour du bac,
00:33:50ma mère n'a pas voulu
00:33:50me réveiller,
00:33:51je n'avais pas de réveil.
00:33:53Heureusement,
00:33:53j'y gâtais
00:33:54et j'ai pu passer
00:33:56et elle était désespérée.
00:33:58Elle me dit,
00:33:59j'espère que tu ne l'auras pas
00:34:00et on ne dira à personne
00:34:01que tu as passé ton bac.
00:34:03Parce que pour elle,
00:34:04passé le bac,
00:34:05j'étais devenue non-mariable.
00:34:07Donc, non-mariable,
00:34:09je n'aurai pas d'enfant.
00:34:10Donc, j'étais la seule fille,
00:34:12elle n'aurait pas
00:34:12de petits-enfants.
00:34:14Des histoires comme ça
00:34:15qui étaient dans
00:34:16les fantasmes des gens
00:34:18qu'une fille qui a son bac
00:34:19ne trouve plus de mari.
00:34:22En 1924,
00:34:23un nouveau gouvernement
00:34:24entend ses désirs d'égalité.
00:34:26Les études et le bac
00:34:27deviennent les mêmes
00:34:28pour les filles et les garçons.
00:34:30L'État en trouve
00:34:31en même les portes du lycée.
00:34:33Il rend gratuites
00:34:34les études de la 6e à la 3e.
00:34:37Mais ses premiers espoirs
00:34:38sont de courte durée.
00:34:41Au début des années 30,
00:34:43la France entre
00:34:44dans une crise économique
00:34:45jamais vue.
00:34:47Le chômage s'étend.
00:34:52Dans les familles,
00:34:53tout est bon pour s'en sortir.
00:34:59On est dans les années 30.
00:35:00Mon père m'a raconté
00:35:01qu'il a eu une bourse
00:35:02pour continuer ses études.
00:35:07et ses parents,
00:35:09surtout sa mère,
00:35:10ça va.
00:35:11Ça a été comme ça
00:35:13assez à l'école.
00:35:14Et ils ont récupéré
00:35:16la bourse
00:35:16et puis voilà,
00:35:17parce que c'était rude
00:35:18quand même.
00:35:20Au cœur de la crise,
00:35:21le lancement
00:35:22des allocations familiales
00:35:23crée un changement
00:35:24extraordinaire.
00:35:27L'objectif de l'État
00:35:28était de renvoyer
00:35:29les femmes au foyer
00:35:30et qu'elles fassent plus
00:35:31de petits Français.
00:35:33Les Français
00:35:34s'en saisissent autrement.
00:35:36Ils ne font pas
00:35:37plus de bébés,
00:35:38mais regardent
00:35:39un nouvel œil
00:35:39leurs enfants.
00:35:42Avec les allocations,
00:35:43les petits rapportent
00:35:44désormais sans travailler.
00:35:47Cela change tout
00:35:48pour les écoliers.
00:35:51C'est ma mère
00:35:52qui m'a envoyé
00:35:53tous les deux ou trois
00:35:54de chaque mois,
00:35:56en début du mois,
00:35:57en éclaireur
00:35:58à l'entrée du village
00:35:59parce qu'il fallait
00:36:00je guette le facteur.
00:36:02Et si le facteur
00:36:03s'arrêtait
00:36:04dans toutes les maisons
00:36:05où il y avait des enfants,
00:36:07je revenais tout de suite
00:36:08en vélo
00:36:08dire à ma mère
00:36:09il est en train
00:36:09de payer les allocations.
00:36:11Et donc moi,
00:36:11j'ai attendu le facteur
00:36:12toute ma jeunesse
00:36:13parce qu'on était
00:36:14dans le rouge.
00:36:15Et donc d'ailleurs
00:36:16quand l'épicière
00:36:16nous voyait arriver,
00:36:18elle savait
00:36:19qu'on avait les allocations
00:36:20et qu'on allait
00:36:20rembourser le crédit
00:36:22qu'on avait.
00:36:22Donc voilà,
00:36:23cette vie-là,
00:36:24elle voyait bien
00:36:25que pour se sortir
00:36:26de cela,
00:36:27il n'y avait pas
00:36:28d'autre solution
00:36:29que l'école.
00:36:33Les Français
00:36:34commencent alors
00:36:34à rêver
00:36:35pour leurs enfants
00:36:36d'une vie meilleure
00:36:36que la leur.
00:36:37Ils décident
00:36:38de les envoyer
00:36:39tous les jours
00:36:40à l'école.
00:36:42Les parents
00:36:42sont passés
00:36:43par l'école
00:36:43de Ferry
00:36:44et ils veulent plus.
00:36:47Laissez le temps
00:36:47aux petits
00:36:48de grandir
00:36:48en bonne santé
00:36:49et d'apprendre
00:36:50dès leur plus jeune âge.
00:36:52Signe des temps,
00:36:54les mairies
00:36:54bâtissent
00:36:55des écoles
00:36:55plus accueillantes.
00:36:59L'instituteur
00:37:00devient une référence
00:37:01dans les familles.
00:37:02Chaque génération
00:37:03de petits Français
00:37:04partagent tout un ensemble
00:37:05de connaissances
00:37:06et d'émotions communes.
00:37:08L'enfance,
00:37:09c'est l'école.
00:37:12Moi,
00:37:13l'école,
00:37:13c'était un univers,
00:37:15un refuge,
00:37:16un lieu
00:37:16où je me sentais bien
00:37:19depuis toujours.
00:37:20Je trouvais
00:37:21que finalement,
00:37:21c'était là
00:37:22que j'exprimais
00:37:23le plus
00:37:24ce que j'étais vraiment.
00:37:26Donc,
00:37:27c'est vrai
00:37:27que c'était
00:37:28un espace
00:37:29d'émancipation.
00:37:30Ça se passait mal
00:37:31parce que j'étais gaucher.
00:37:34et la maîtresse
00:37:36me disait
00:37:37« Écris avec ta belle main. »
00:37:40Je lui montrais
00:37:41mes deux mains
00:37:41et je lui disais
00:37:43« Mais elles sont pareilles,
00:37:45donc comment dire
00:37:46qu'il y en a une
00:37:46qui est plus belle
00:37:47que l'autre ? »
00:37:48Il y a eu
00:37:48cette première barrière
00:37:49à franchir
00:37:50et une fois
00:37:51qu'elle a été franchie,
00:37:52alors j'ai pu entrer
00:37:53dans le cycle
00:37:55de la joie d'apprendre,
00:37:56de découvrir
00:37:57des choses
00:37:57qu'on n'entend pas
00:37:57chez soi.
00:37:58En fait,
00:37:59c'est ça l'école.
00:38:00C'est entendre
00:38:02des choses
00:38:03qui nous sortent
00:38:04de notre milieu.
00:38:11Les élèves
00:38:12des années 30
00:38:13sont ceux
00:38:13de la belle écriture,
00:38:14des pleins
00:38:15et des déliés
00:38:15et de l'épreuve reine,
00:38:18la dictée.
00:38:19Je me souviens
00:38:20une fois,
00:38:21j'avais foutu
00:38:22« Mal écrit,
00:38:23mouton ».
00:38:25La cititutrice,
00:38:26j'étais encore
00:38:27dans la petite classe,
00:38:28elle m'a
00:38:29donné 300 fois
00:38:31à écrire
00:38:31le mot « mouton ».
00:38:33Ben oui,
00:38:35quand j'écris
00:38:36le mot-là,
00:38:36j'y pense toujours.
00:38:38Ça faisait
00:38:39un sacré troupeau
00:38:40quand j'avais fini.
00:38:42Dans un parc,
00:38:47« Des moutons,
00:38:49des moutons. »
00:38:53Voyons,
00:38:54mon enfant,
00:38:54faites un effort.
00:38:56Était,
00:38:58était
00:38:59un mouton.
00:39:02C'est-à-dire
00:39:03qu'il n'y avait pas
00:39:04qu'un mouton.
00:39:06Il y avait
00:39:07plusieurs
00:39:10moutons.
00:39:12Le plaisir
00:39:13n'est pas toujours
00:39:14au rendez-vous.
00:39:15Puisque maintenant,
00:39:15les enfants sont tous là
00:39:16tous les jours,
00:39:18certains gamins
00:39:18commencent à se poser
00:39:19une question
00:39:19qui résonne toujours.
00:39:21Pourquoi je ne comprends pas ?
00:39:25qu'il n'y arrive pas ?
00:39:25Donc, à l'école,
00:39:26j'ai déjà ce souvenir
00:39:29que c'est plus difficile
00:39:30pour moi la lecture.
00:39:31Au lieu de dire
00:39:32« J'ai demandé
00:39:33à ma maman
00:39:34à manger.
00:39:35Toi, tu vas dire
00:39:37« J'ai demandé
00:39:38à manger
00:39:39à ma maman. »
00:39:41Et tu as toute la classe
00:39:42qui rigole.
00:39:43Tu vois,
00:39:43et c'est chiant.
00:39:45Et tu te dis
00:39:45« Mais putain,
00:39:46pourquoi moi,
00:39:47j'y arrive pas ?
00:39:48Pourquoi je lis mal ?
00:39:49Lui, il lit bien. »
00:39:50Au bout d'un moment,
00:39:50quand vous restez
00:39:51« Vous n'y arrivez pas,
00:39:52vous n'y arrivez pas,
00:39:53vous n'y arrivez pas. »
00:39:53Et ça reste,
00:39:54ça tourne,
00:39:54ça tourne dans votre tête,
00:39:55ça tourne, ça tourne, ça tourne.
00:39:56Puis à un moment donné,
00:39:57en fait,
00:39:57c'est tellement,
00:39:58la chaleur est tellement intense
00:39:59que vous levez.
00:40:00Et je disais à mes parents
00:40:01« Quand je rentrais,
00:40:02j'ai chaud aux fesses. »
00:40:03Donc ça,
00:40:03j'ai été grondé souvent,
00:40:05mis au coin.
00:40:06Les maîtres me disaient
00:40:07« Ta place,
00:40:08c'est assis en classe. »
00:40:09Alors que moi,
00:40:10j'aurais préféré presque
00:40:11faire classe demie.
00:40:12Élève,
00:40:13cancrelat,
00:40:14présent.
00:40:15Oui, je suis le dernier.
00:40:17Je passe pour un cuistre,
00:40:19mais je m'en fous,
00:40:19je suis près du radiateur.
00:40:22Et puis comme plus tard,
00:40:24je veux devenir ministre,
00:40:26moins je serai calée,
00:40:27plus j'aurai de valeur.
00:40:29Je vous dis bravo,
00:40:31mais je vous donne zéro.
00:40:33On n'est pas des imbéciles,
00:40:35on a même de l'instruction.
00:40:36À l'école des grés,
00:40:37à l'école des grés,
00:40:38à l'école des grésillons.
00:40:43Le mot de l'époque,
00:40:44c'est « cancre ».
00:40:45Et on en rit.
00:40:47Cancre vient du crabe.
00:40:48C'est celui qui ne marche pas droit
00:40:49parce qu'il est nul,
00:40:51paresseux.
00:40:53Personne ne parle alors
00:40:54d'échecs scolaires.
00:40:55Dans les classes des années 30,
00:40:57il y a les bons et les mauvais.
00:40:59C'est comme ça.
00:41:01Tu le fais exprès ou quoi ?
00:41:03Pourquoi tu ne lis pas ?
00:41:05Ce n'est pas possible,
00:41:06tu le fais exprès.
00:41:07Il s'appelait
00:41:08« castin ».
00:41:10Et j'en ai fait un « crastin »
00:41:11dans une nouvelle pour les gosses.
00:41:13C'était lui
00:41:14qui notait les dictées négativement
00:41:17et qui vous disait des phrases du genre
00:41:21« Ben oui, Penacchioni,
00:41:22moins 42,
00:41:24ça ne se réchauffe pas. »
00:41:27Mais j'étais trop petit
00:41:28pour lui dire « connard ».
00:41:32Le seul diplôme de la communale,
00:41:34c'est l'examen du certificat d'études.
00:41:39Mais les instituteurs
00:41:40ne présentent que leurs meilleurs élèves.
00:41:42Alors à cette époque,
00:41:43seul un petit français sur trois
00:41:45l'obtient.
00:41:46Jusqu'aux années 1960,
00:41:48le certif est l'objet
00:41:49d'une immense fierté.
00:41:52Être le meilleur du canton,
00:41:53c'est prouver son savoir,
00:41:55sa culture,
00:41:56son civisme.
00:41:58« Dernière année de scolarité,
00:42:01j'ai été le premier de la classe
00:42:04et l'instituteur
00:42:05n'a pas voulu me présenter
00:42:06au certificat d'études
00:42:08parce que je faisais plus de cinq fautes
00:42:09et que je n'aurais pas
00:42:10mon certificat d'études.
00:42:11Donc il ne présentait que des candidats
00:42:13qu'il était sûr
00:42:14d'avoir le certificat d'études.
00:42:16Ça fait que je me suis fâché avec lui.
00:42:19Je lui ai dit
00:42:19« Je n'ai plus rien à foutre avec vous
00:42:21parce que je perds mon temps.
00:42:22Je vais chercher du boulot. »
00:42:24Mon directeur m'a dit
00:42:25« Moi, voilà, Louis,
00:42:27t'es le premier de canton de briller. »
00:42:29Alors, les poumons...
00:42:31J'étais rassuré,
00:42:32j'étais canton.
00:42:33« Non, non, canton, canton, canton. »
00:42:35Et mon père, en parlant pas,
00:42:37il a pris une cuite le soir-là.
00:42:39Plus des gens,
00:42:40des familles de paysans comme ça,
00:42:41ils étaient fiers de pouvoir dire
00:42:43« Ouais, on était à l'école
00:42:45et puis on était fort à l'école en plus. »
00:42:47Comme ça.
00:42:48Il m'a donné un peu.
00:42:50Avec ou sans certif,
00:42:52le destin de la majorité des élèves
00:42:54est de partir travailler dès 13 ans.
00:42:57Mais depuis que l'entrée en 6e est gratuite,
00:42:59les enfants de milieux modestes
00:43:01osent pousser les portes des lycées.
00:43:04Alors qu'à peine 5% des petits français
00:43:06vont jusqu'au bac,
00:43:08les parties de droite trouvent que c'est déjà
00:43:10une inquiétante surproduction intellectuelle.
00:43:13L'État dresse alors une barrière.
00:43:16Les enfants de l'école communale
00:43:17doivent passer un examen d'entrée en 6e.
00:43:21Les élèves qui ont pu payer le lycée
00:43:23dès 6 ans en sont exemptés.
00:43:26« Je dis que je suis une exception consolante,
00:43:28c'est une expression que Ferdinand Buisson,
00:43:31le collaborateur de Jules Ferry,
00:43:33employait à la fin du 19e siècle.
00:43:35Il considérait qu'étaient des exceptions consolantes
00:43:38des enfants du peuple,
00:43:40très peu nombreux,
00:43:41qui parvenaient à accéder à l'enseignement secondaire
00:43:43parce qu'ils étaient boursiers.
00:43:45Donc c'était des exceptions.
00:43:47Ça consolait le peuple
00:43:48parce qu'ils voyaient qu'un des siens
00:43:50allait pouvoir aller dans l'enseignement secondaire.
00:43:52Et puis ça consolait les privilégiés
00:43:54qui se donnaient un peu bonne conscience.
00:43:55S'ils avaient eu une mauvaise conscience,
00:43:57s'ils pouvaient se consoler de cette mauvaise conscience
00:43:59parce qu'ils avaient quand même laissé monter
00:44:01quelques enfants du peuple
00:44:03pour donner un air de justice à l'inégalité.
00:44:07Au cœur de ces années 30,
00:44:09les Français ont compris qu'accéder
00:44:10au savoir des lycées,
00:44:12c'est conquérir une dignité nouvelle.
00:44:14Ils commencent à rêver d'égalité dans les études.
00:44:17Les partisans de l'élitisme
00:44:19ressortent alors un argument du 19e siècle.
00:44:22L'élève qui n'est pas du bon milieu
00:44:24risque de devenir un déraciné,
00:44:26un négri.
00:44:29La Troisième République continue à voir dans l'école
00:44:31le moyen d'éduquer le peuple
00:44:33mais sans trop l'éclairer.
00:44:36Elle est encore plus soucieuse
00:44:38de ce que pourraient apprendre les colonisés.
00:44:42Les actualités vantent une œuvre civilisatrice
00:44:45bien loin de la réalité.
00:44:49La France a désormais un grand souci,
00:44:52sauver ces races débilitées.
00:44:54Les races sauvées,
00:44:56la France a voulu les instruire
00:44:57afin que ces nord-africains,
00:44:59ces jaunes, ces noirs,
00:45:00fussent ces fils
00:45:01par l'esprit et par le cœur.
00:45:03École de village dans la savane et la forêt,
00:45:06école citadine, collège,
00:45:08tous les échelons de l'instruction existent outre-mer.
00:45:12Le grand-père disait à mon père
00:45:14« Sache que le français ne t'est supérieur
00:45:17ni par la générosité,
00:45:19ni par le courage,
00:45:21il t'est supérieur par l'instruction.
00:45:24Il faut que tu sois instruit
00:45:27si tu veux un jour
00:45:28se te hisser à sa hauteur
00:45:30et être capable de le sortir du pays. »
00:45:35Pour les colonisés,
00:45:36apprendre est un combat.
00:45:37Très peu sont scolarisés.
00:45:38Et l'État a créé des écoles spéciales,
00:45:41des écoles indigènes.
00:45:43Les enfants n'y apprennent pas
00:45:45nos ancêtres les Gaulois
00:45:46parce qu'il n'y a pas de cours d'histoire.
00:45:49À la place,
00:45:50une matière inventée pour eux,
00:45:51le français utile.
00:45:53Des petites phrases toutes simples,
00:45:56juste ce qu'il faut
00:45:56pour comprendre les ordres du colonisateur.
00:46:0080% restent analphabètes.
00:46:03Pour apprendre vraiment,
00:46:05il faut aller à l'école des Blancs.
00:46:08Lorsque mon père était caïd
00:46:09à Aïn Fakroun,
00:46:11je suis allé à l'école européenne.
00:46:13On m'expliquait ce que c'était
00:46:14qu'un fromage,
00:46:15ne serait-ce que par le courbeau
00:46:16et le renard.
00:46:17Je saurais qu'est-ce que c'était
00:46:19le fromage,
00:46:19mais sinon,
00:46:20je n'ai pas goûté de fromage.
00:46:22J'entrais dans un autre monde.
00:46:24J'entrais de plein pied
00:46:26dans leur monde.
00:46:29et c'était important leur monde.
00:46:31C'était presque une victoire,
00:46:34une occupation d'un lieu,
00:46:36une occupation victorieuse d'un lieu.
00:46:39Je pense que mon père
00:46:43voulait que j'ai conscience
00:46:47de mon histoire,
00:46:49de l'histoire du pays.
00:46:54Et quand j'étais tout jeune,
00:46:55il m'offrait des livres
00:46:57qui concernaient la révolution haïtienne,
00:47:00surtout sainte l'ouverture.
00:47:02Et il a toujours été
00:47:04dans une tradition écrite.
00:47:08L'instruction est une arme
00:47:10à double tranchant.
00:47:11Le pouvoir colonial
00:47:12en fait une preuve
00:47:13de sa supériorité,
00:47:14mais des colonisés
00:47:15s'emparent du savoir
00:47:16pour remettre en cause
00:47:17cette domination.
00:47:20Les futurs dirigeants
00:47:22des indépendances,
00:47:23l'Algérien Messali Hadj,
00:47:24le Tunisien Abib Bourguiba
00:47:26ou le Sénégalais
00:47:27Léopold Sédar Sangor
00:47:29vont au lycée français.
00:47:32Les directeurs pensaient
00:47:33que nous étions des sauvages,
00:47:35que nous avions tout à apprendre,
00:47:38que nous étions une table à rase.
00:47:42Et obscurément,
00:47:44je sentais que ce n'était pas vrai.
00:47:47Obscurément,
00:47:48je sentais que nous avions
00:47:49notre civilisation.
00:47:51En effet, mon père m'avait élevé
00:47:54dans la fierté de ma race
00:47:57et de ma famille.
00:48:00Dans toute l'Europe
00:48:01des années 30,
00:48:02ces mêmes désirs
00:48:03d'émancipation,
00:48:04de soif de connaissances
00:48:06sont réprimés.
00:48:07Les nazis brûlent les livres
00:48:09au contraire
00:48:09à leur vérité raciste
00:48:10et persécutent
00:48:12tous ceux
00:48:12qui ne pensent pas comme eux.
00:48:15En France,
00:48:16l'extrême droite
00:48:17s'attaque à la République
00:48:18au nom de l'identité nationale.
00:48:22Contre cette menace,
00:48:23la gauche fait de l'instruction
00:48:25et de la culture
00:48:25un rempart.
00:48:27Dès l'école,
00:48:28l'accès au savoir
00:48:29doit émanciper.
00:48:30En 1936,
00:48:32le Front populaire
00:48:33gagne les élections.
00:48:35Le soir même,
00:48:36des millions de Français
00:48:37se mettent en grève.
00:48:44La période de 1936,
00:48:46ça a été une période
00:48:47qui a beaucoup influencé
00:48:48mon père.
00:48:49Je me souviens
00:48:50d'avoir entendu
00:48:50ma grand-mère
00:48:51dire qu'elle avait
00:48:52fortement déconseillé
00:48:54de faire la grève
00:48:55parce qu'il allait
00:48:56se faire mal voir.
00:48:58Et il l'a faite
00:48:59parce que lui,
00:49:00il entrevoyait
00:49:01tout ce que ça voulait dire.
00:49:05Les grévistes
00:49:06découvrent la culture
00:49:07et les savoir
00:49:08bien autrement
00:49:08qu'à l'école.
00:49:12Du joueur d'accordéon
00:49:14à la troupe
00:49:14de Jacques Prévert,
00:49:15des matchs de boxe
00:49:16aux séances de cinéma,
00:49:18apprendre
00:49:19rend la vie plus belle.
00:49:20Il y a de la joie
00:49:22Bonjour, bonjour
00:49:23les irondelles
00:49:24Il y a de la joie
00:49:25Dans le ciel
00:49:26par-dessus le doigt
00:49:27Il y a de la joie
00:49:29Du soleil
00:49:30dans les ruelles
00:49:31Il y a de la joie
00:49:33Une des principales victoires
00:49:34de ce mouvement
00:49:35c'est du temps pour soi.
00:49:38Les parents
00:49:38ont pour la première fois
00:49:39des vacances payées.
00:49:41Ils peuvent participer
00:49:42aux sorties scolaires.
00:49:43Une leçon de géo
00:49:44grandeur nature.
00:49:46Nous partions très tôt
00:49:47à 4h du matin.
00:49:484h du matin
00:49:48nous arrivions
00:49:50dans l'eau
00:49:51vers 7h, 8h
00:49:53et à ce moment-là
00:49:54souvent il y avait
00:49:55une visite d'une grotte.
00:49:57C'est comme ça
00:49:58qu'on a commencé
00:49:58à découvrir
00:49:58les premières grottes
00:49:59avec les stalactites
00:50:00les stalamites
00:50:02pour nous
00:50:02c'était le rêve
00:50:03c'était splendide.
00:50:05Et nous arrivions
00:50:06donc à la mer
00:50:07les enfants
00:50:07nous étions
00:50:08lâchés dans l'eau
00:50:10et les parents
00:50:11se retroussaient
00:50:11les pantalons
00:50:12c'était vraiment
00:50:13une journée
00:50:13très agréable
00:50:14parce que les enfants
00:50:16nous étions heureux
00:50:17aussi de partager
00:50:17avec les parents
00:50:18quelque chose
00:50:18que nous n'avions pas
00:50:19l'occasion de faire souvent.
00:50:22En 1937
00:50:24l'exposition universelle
00:50:26sert de vitrine
00:50:26au front populaire
00:50:28l'Allemagne nazie
00:50:29et les soviétiques
00:50:30montrent leurs forces
00:50:31face à face
00:50:32la France
00:50:33elle
00:50:33a choisi la culture
00:50:34le tout nouveau
00:50:36palais de la découverte
00:50:37est inauguré
00:50:38par un jeune ministre
00:50:39de l'éducation
00:50:40de 31 ans
00:50:41Jean Zay
00:50:42cet endroit
00:50:43où grands et petits
00:50:44comprennent les sciences
00:50:45grâce à des expériences
00:50:46est l'exemple
00:50:48de ce qu'ils comptent faire
00:50:48dans toutes les écoles
00:50:50apprendre autrement
00:50:51et apprendre à tous
00:50:53le palais de la découverte
00:50:55où est-ce que j'y allais
00:50:56il y avait d'ailleurs
00:50:56des visites
00:50:56qui étaient organisées
00:50:57par l'école
00:50:58et évidemment
00:50:59je suis allé plein de fois
00:51:00notamment avec mon grand-père
00:51:01aussi
00:51:02et donc ça a été pour moi
00:51:03un lieu magique
00:51:04mon grand-père était ingénieur
00:51:05et il me montrait
00:51:06des machines
00:51:06il me montrait
00:51:07comment ça marche
00:51:07comment ça marche
00:51:08c'était son grand truc
00:51:09puis je l'aimais beaucoup
00:51:11on avait une
00:51:13il m'avait repéré
00:51:14dans la fratrie
00:51:16comme quelqu'un
00:51:17qui
00:51:18qui avait un rapport
00:51:19aux études un peu particulier
00:51:20donc il me calinait
00:51:22de ce point de vue là
00:51:24le ministre Jean Zèche
00:51:26cherche vraiment
00:51:26à faire une école égalitaire
00:51:29il demande aux enseignants
00:51:30de lui proposer
00:51:31de nouvelles manières
00:51:32d'enseigner
00:51:33il allonge la scolarité
00:51:34jusqu'à 14 ans
00:51:35le temps pour les élèves
00:51:36de découvrir
00:51:37tous les savoirs professionnels
00:51:38et culturels
00:51:39avant de choisir
00:51:40la voie qui leur convient
00:51:42mon frère René avait des tons
00:51:44pour tout ce qui est
00:51:45réparation de moteur
00:51:47bricolage
00:51:47etc
00:51:48et l'école l'a maltraité
00:51:50et je pense qu'il faut
00:51:54réhabiliter
00:51:54à l'école
00:51:57le prestige
00:51:58de l'intelligence
00:51:58de la main
00:51:59l'école n'est pas
00:52:00le lieu de la sélection
00:52:01en tout cas
00:52:02ne doit pas l'être
00:52:03elle doit être
00:52:03le lieu de l'orientation
00:52:05Jean Zèche veut remplacer
00:52:06le lycée
00:52:07par un système scolaire
00:52:08pour tous
00:52:09à droite comme à gauche
00:52:10des députés bloquent
00:52:13les droits du père de famille
00:52:15et des disciplines
00:52:16gréco-latines
00:52:17sont brandis
00:52:17face à cette école unique
00:52:19qualifiée de totalitaire
00:52:20et athée
00:52:23ce premier combat
00:52:24pour l'école égalitaire
00:52:25n'aboutira pas
00:52:26en septembre 1939
00:52:28la guerre contre les allemands
00:52:30est déclarée
00:52:30Jean Zèche démissionne
00:52:32de son ministère
00:52:33pour rejoindre son régiment
00:52:34au front
00:52:45le 10 juillet 1940
00:52:47les députés
00:52:48font disparaître
00:52:49la troisième république
00:52:50le maréchal Pétain
00:52:51obtient les pleins pouvoirs
00:52:55Jean Zèche est arrêté
00:52:56il sera assassiné
00:52:57quelques années plus tard
00:52:58par des miliciens français
00:53:01le régime de Vichy
00:53:02s'empare de l'école
00:53:03elle qui a fait aimer
00:53:05la république
00:53:05doit se mettre au service
00:53:07d'un pouvoir autoritaire
00:53:09il est vrai
00:53:11d'espérer la fin
00:53:12de notre décadence
00:53:13tant que nos enfants
00:53:15n'auront pas reçu
00:53:16de leur mettre
00:53:17une conscience neuve
00:53:19n'est-ce point là
00:53:20la grande mission
00:53:22des éducateurs
00:53:25les enfants voient disparaître
00:53:27certains de leurs instituteurs
00:53:28trop pacifistes
00:53:30trop laïcs
00:53:31ils ont été révoqués
00:53:34les écoles normales
00:53:35qui forment les maîtres
00:53:36sont supprimées
00:53:37l'enseignement des devoirs
00:53:39envers Dieu est rétabli
00:53:40et l'Etat finance
00:53:41les écoles religieuses
00:53:43les hussards sont obligés
00:53:44de prêter serment
00:53:45et d'inculquer
00:53:46l'admiration du chef
00:53:47le maréchal
00:53:50mon père a été obligé
00:53:52d'amener ses élèves
00:53:52pour manifester
00:53:54la joie
00:53:55qu'on devait tous éprouver
00:53:57à l'approche
00:53:58et à l'arrivée
00:53:58du nouveau chef
00:54:00de l'Etat
00:54:01il fallait agiter
00:54:02les drapeaux
00:54:03il fallait crier
00:54:04vive le maréchal
00:54:05et on le faisait
00:54:06avec beaucoup de vigueur
00:54:08sauf mon père
00:54:09ça je me souviens très bien
00:54:11il avait les bras croisés
00:54:13fini les rêves
00:54:14d'égalité
00:54:15et d'accès au savoir
00:54:17les enfants apprennent
00:54:19que la patrie
00:54:19est comme un corps
00:54:20chaque français
00:54:21est un organe
00:54:22et chacun a sa place
00:54:24et ça commence à l'école
00:54:26le lycée
00:54:27c'est pour les enfants
00:54:27de bourgeois
00:54:29il redevient donc payant
00:54:31pour les futurs ouvriers
00:54:33Vichy multiplie
00:54:34les centres d'apprentissage
00:54:39mais la grande affaire
00:54:41de l'Etat
00:54:41c'est d'exclure
00:54:42ce qu'il nomme
00:54:43les corps indésirables
00:54:45la France traite
00:54:46pour la première fois
00:54:47des enfants en ennemis
00:54:50mon père était à l'école
00:54:53dans le 11ème arrondissement
00:54:54à Paris
00:54:56j'en parlais avec lui
00:54:57il y a quelques jours
00:54:58il me disait
00:54:58qu'il s'était beaucoup battu
00:55:01en portant l'étoile
00:55:02il s'était fait traiter
00:55:03du pain à plusieurs reprises
00:55:04ce qui avait déclenché
00:55:04des bagarres à l'école
00:55:05et puis finalement
00:55:06à 11 ans
00:55:06il a quitté l'école
00:55:08parce qu'il a fallu se cacher
00:55:10la peur et la violence
00:55:12entrent dans la vie
00:55:12des écoliers
00:55:13des milliers d'enfants
00:55:14de Zigan
00:55:15espagnols
00:55:16étrangers
00:55:16sont internés
00:55:19des élèves
00:55:20voient même
00:55:20la police française
00:55:21entrer dans leur classe
00:55:22pour emmener
00:55:23des enfants juifs
00:55:25la mère a été
00:55:25très pudique
00:55:26et très réservée
00:55:29sur toute cette période
00:55:30elle disait juste
00:55:31qu'elle avait été cachée
00:55:32qu'elle était partie
00:55:33dans un château
00:55:34qui s'appelle
00:55:35le château de Chaban
00:55:36ils assuraient une scolarité
00:55:37et puis ils les cachaient
00:55:38y compris pendant
00:55:40des rafs
00:55:41parce que la police française
00:55:42à un moment est venue
00:55:43en demandant
00:55:44à ce qu'on leur livre
00:55:45des enfants
00:55:46je crois que ma mère
00:55:47malheureusement
00:55:47a été
00:55:49très dépressive
00:55:50toute sa vie
00:55:51à cause de l'histoire
00:55:53à cause de la guerre
00:55:54qui l'a beaucoup marqué
00:55:55beaucoup plus que mon père
00:55:56elle en a gardé
00:55:57des séquelles
00:55:58toute sa vie
00:55:59les adultes
00:56:00qui s'occupent
00:56:01de ces enfants cachés
00:56:02traqués
00:56:02violentés
00:56:03sont obligés
00:56:04de leur enseigner autrement
00:56:09dès 1943
00:56:10le conseil national
00:56:12de la résistance
00:56:13rédige un projet
00:56:14où l'injustice
00:56:15et la violence
00:56:16seront bannis
00:56:16de l'éducation
00:56:23quand les résistants
00:56:24prennent le pouvoir
00:56:24en 1944
00:56:25le pays est dévasté
00:56:32ados livrés
00:56:33à eux-mêmes
00:56:33enfants cachés
00:56:34déportés
00:56:35orphelins
00:56:36les enfants
00:56:37de la libération
00:56:38sont marqués
00:56:39par la violence
00:56:40de la guerre
00:56:42tout morpion
00:56:43les grands avaient
00:56:44connu la guerre
00:56:45ils connaissaient
00:56:45où il y avait
00:56:45des munitions
00:56:47on a fait
00:56:47des jeudis complets
00:56:48à faire péter
00:56:50les balles
00:56:51parce qu'ils n'étaient
00:56:52pas plus bacans
00:56:52que les autres
00:56:54mais c'est l'école
00:56:56alors qu'on n'est pas
00:56:57puis ils avaient
00:56:57connu l'occupation
00:57:00donc ça a dû marquer
00:57:02il y en a qui ont
00:57:03connu leurs parents
00:57:04pratiquement
00:57:04quand c'est la fin
00:57:05de la guerre
00:57:08c'est au moment
00:57:09où les enfants
00:57:10sont le plus en souffrance
00:57:11que l'état
00:57:12va croire le plus
00:57:12en eux
00:57:13le gouvernement
00:57:14provisoire
00:57:15issu de la résistance
00:57:16affirme
00:57:17pour la première fois
00:57:18qu'un enfant
00:57:19c'est un enfant
00:57:20et ce jusqu'à 18 ans
00:57:21quel que soit
00:57:23son comportement
00:57:23ses difficultés
00:57:24et les délits
00:57:26qu'il commet
00:57:28c'est la fameuse
00:57:29ordonnance
00:57:29de 1945
00:57:30sur les mineurs
00:57:31elle décrète
00:57:32que la société
00:57:33n'est pas là
00:57:33pour réprimer
00:57:34les jeunes
00:57:35elle a la responsabilité
00:57:37de les éduquer
00:57:42d'un enfant
00:57:43on peut faire
00:57:44un prisonnier
00:57:45et depuis quelques années
00:57:46le nombre des enfants
00:57:47condamnés
00:57:48s'est aggravé
00:57:49du fait de l'occupation
00:57:50dans les proportions
00:57:50effarantes
00:57:51mais cette porte
00:57:52ne mènera plus
00:57:53à des prisons
00:57:54le banque d'enfants
00:57:54est mort
00:57:55on ne parle plus
00:57:56de châtiment
00:57:57mais de rééducation
00:57:58c'est dans cette liberté
00:58:00que par le travail
00:58:01l'éducation
00:58:02l'instruction
00:58:02on essaie de rendre
00:58:04aux jeunes esprits troublés
00:58:05les qualités
00:58:06d'un enfant
00:58:06qui pourra devenir
00:58:07un homme
00:58:13l'attitude de l'état
00:58:15a changé
00:58:15vis-à-vis
00:58:16de tous les enfants
00:58:16il veut l'égalité
00:58:18devant l'éducation
00:58:19et la justice
00:58:20à l'école
00:58:22pour cela
00:58:22le gouvernement
00:58:24a sur son bureau
00:58:24un projet écrit
00:58:25par 20 instituteurs
00:58:26professeurs
00:58:27et chercheurs
00:58:28le plan
00:58:29Langevin-Vallon
00:58:32Ferry avait fait
00:58:33l'école pour la république
00:58:34et la patrie
00:58:35ce plan veut faire
00:58:36une école capable
00:58:37d'enseigner à tous
00:58:39une nouvelle
00:58:40grande espérance
00:58:40des français n'est là
00:58:41dans ce projet
00:58:42d'une école
00:58:43où les enfants
00:58:43resteraient de 3 à 18 ans
00:58:45où les élèves
00:58:46seraient même payés
00:58:47à partir de 15 ans
00:58:48une école
00:58:49où la culture
00:58:50serait autant celle
00:58:51du monde du travail
00:58:52que celle des milieux aisés
00:58:54le combat de l'école
00:58:55pour tous
00:58:55démarre
00:59:01ma mère disait toujours
00:59:02que l'école
00:59:02ça avait été
00:59:03la plus belle chose
00:59:03du monde pour elle
00:59:05l'école ça peut être
00:59:06une chose
00:59:08merveilleuse
00:59:09mais vraiment
00:59:11merveilleuse
00:59:11le savoir
00:59:12c'est la plus belle chose
00:59:13du monde
00:59:13parce que le savoir
00:59:14ça vous donne la liberté
00:59:16le savoir
00:59:17c'est ce qu'on veut apprendre
00:59:19ce qui nous intéresse
00:59:21et ce qui nous anime
00:59:22en fait
00:59:23on est tous capables
00:59:24d'apprendre quelque chose
00:59:25à partir du moment
00:59:26où ça nous anime
00:59:27apprends
00:59:28et après tu choisiras
00:59:28après tu feras tes choix
00:59:31mais d'abord
00:59:32apprends
00:59:32ce qu'il y a à apprendre
00:59:33pour nous
00:59:34l'école
00:59:34c'était
00:59:35c'était pas juste
00:59:36un endroit
00:59:37où tu y vas
00:59:38pour apprendre
00:59:39c'était surtout
00:59:41un endroit
00:59:41presque
00:59:43vital
00:59:43en sortant de l'école
00:59:45nous avons rencontré
00:59:47un grand chemin de terre
00:59:50qui nous a emmenés
00:59:51tout autour de la terre
00:59:53dans un wagon doré
00:59:56tout autour de la terre
00:59:58nous avons rencontré
01:00:00en sortant de l'école
01:00:02nous avons rencontré
01:00:04qui nous a en train de se faire
01:00:04C'est parti !
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