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Il publie un livre dans lequel il s'adresse à sa fille dont les opinions politiques sont à l'opposé des siennes : elle vote pour La France Insoumise, lui a longtemps été proche du RN. Aujourd'hui il est le maire iconoclaste de Béziers où il rempile pour un troisième mandat, et prend désormais ses distances avec le parti de Jordan Bardella. Robert Ménard, maire divers droite de Béziers et auteur de Lettre à Clara, est l'invité de RTL Matin.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Thomas Sotto du 16 avril 2026.
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00:01Thomas Soto, RTL Matin.
00:03Il est le maire iconoclaste de Béziers.
00:05Il publie Lettres à Clara aux éditions de Télémac.
00:07Robert Ménard est donc l'invité d'RTL Matin.
00:09Bonjour et bienvenue sur RTL, Robert Ménard.
00:10Bonjour Thomas.
00:11Je suis bien embêté.
00:13Pourquoi donc ?
00:13Je suis bien embêté parce que je connais le Robert Ménard un peu grande gueule,
00:17plutôt très à droite que l'on caricature un peu sans doute parfois.
00:20Et après avoir lu votre livre, dans lequel vous vous adressez à votre fille Clara
00:23qui elle est très à gauche, je ne sais plus très bien qui est en face de moi.
00:27Vous êtes en plein doute, vous flanchez sur vos appuis Robert Ménard ?
00:30Je suis surtout un papa qui ne veut pas perdre le fil avec sa fille.
00:34Elle a 24 ans, ma fille, je l'aime par-dessus tout.
00:38Et je vois qu'il y a de temps en temps des fossés que j'ai le sentiment de trouver
00:42infranchissables.
00:43J'en ai marre de ces repas de famille où on coche tout ce qu'on ne peut pas parler.
00:49Je ne vais pas parler de l'immigration, je ne vais pas parler du féminisme,
00:52je ne vais pas parler surtout pas de Gaza parce que là c'est le drame de l'écologie.
00:57On n'en parle pas.
00:58Ce n'est pas possible, mais je pense que...
01:00Ça doit être silencieux les repas chez les Ménards.
01:02Non, parce qu'on trouve d'autres sujets.
01:04Mais enfin non, vous avez des enfants.
01:07Vous ne voyez pas que de temps en temps c'est compliqué.
01:10Et je ne veux surtout pas être le vieux con, moi j'ai 73 ans,
01:13je ne veux pas être le vieux con qui dit en gros ça lui passera avec l'âge.
01:17Non, parce que ce qui est intéressant c'est que vous vous remettez en question dans ce bouquin,
01:21mais il y a quand même une question à laquelle je pense que même votre fille Clara doit avoir du
01:24mal à répondre.
01:24Aujourd'hui vous roulez pour qui Robert Ménard ?
01:27Mais pour personne, mais moi je n'ai jamais roulé pour quelqu'un.
01:29Je ne me suis jamais demandé de quelle écurie je faisais partie.
01:34Je suis juste, alors, un peu seul parce que je ne suis pas dans un parti, dans un groupe et
01:41tout.
01:41Et de toute façon, croyalement seul parce que ça me permet de répondre à vos questions
01:47sans voir avant quelqu'un qui me dit, ah tu devrais dire ça ou pas ça.
01:50Sans élément de langage, ça c'est vrai.
01:52Vous dites quand même qu'à Nice, au municipal vous auriez voté Éric Ciotti au premier tour,
01:55qu'à Paris vous auriez voté Sarah Knafo.
01:57Bon, ça ne vous met pas du côté des gauchistes, c'est quand même plutôt l'extrême droite tout ça.
02:01Vous savez, on a fait assez de choses ensemble.
02:03Non, non, mais en même temps, je ne me dis pas que Sarah Knafo a raison sur tout,
02:09que Ciotti, il a raison sur tout.
02:11J'essaie de, j'aimerais, mais je ne sais pas comment il faut, les mots qu'il faut emploier et
02:15tout,
02:16j'aimerais à la fois dire, on peut vraiment, il faut vraiment changer ce monde.
02:20Parce que moi, je le dis à Clara, moi quand j'avais son âge, je trouvais que le monde était
02:25dégueulasse.
02:26Je le pense exactement de la même façon.
02:28Vous êtes d'accord avec elle ?
02:29Absolument.
02:30Le monde tel qu'il est ne vous convient pas ?
02:31Et il vous convient, vous ? Enfin, tu vas dans la rue, tu te sens d'un coup qu'il
02:34ne te convient pas.
02:35Nous, on est des privilégiés ici.
02:38Il y a plein de gens qui ne le sont pas.
02:39Moi, je ne veux pas que Clara, elle pense que je suis un vieux papa,
02:43parce que je suis un vieux papa qui est en gros un peu réac,
02:48qui pense que le monde était tellement mieux quand il avait 20 ans
02:52et que tout va bien pour tout le monde, parce que ce n'est pas vrai.
02:54Ce qu'on peut vous reconnaître, c'est que vous vous remettez en question.
02:57Il faut se méfier de ces emportements et même de ces convictions qui peuvent vous faire honte le lendemain.
03:01Quand vous écrivez ces mots, vous parlez de vous et de votre campagne d'affichage dans les rues de Béziers.
03:05C'est en 2015, quand vous aviez fait placarder des affiches représentant un train bondé de réfugiés avec la légende
03:11« Ils arrivent ».
03:12À l'époque, vous en étiez très fiers, aujourd'hui.
03:15Mais c'était une connerie.
03:17Et c'est de l'aveuglement.
03:18Et c'est ce que je dis.
03:20Moi, chaque fois que j'ai fait une connerie à Béziers,
03:23c'est chaque fois où j'ai plaqué des idées sur la réalité.
03:25C'est-à-dire, au lieu de regarder, en l'occurrence, les gens qui arrivent,
03:28le malheur qui est le leur et tout ça,
03:30tu sais, tu as trois idées en tête.
03:32En l'occurrence, oui, il y a trop d'immigration en France, trop de gens,
03:36mais ce n'est pas pour ça que tu vas t'en prendre au type qui arrive, lui.
03:39Oui, parce que si j'étais à la place du Syrien, du Burkinabé,
03:43qu'est-ce que je ferais ?
03:44Je rentrerais illégalement en France et je ferais venir mes enfants.
03:48Bien sûr, je ferais ça.
03:49Et chaque fois que tu quittes le terrain de ça,
03:53de la vie des gens, des gens que tu rencontres
03:56et que tu te dis que tes convictions sont plus fortes que ça,
03:59les convictions, c'est un tellement beau mot, je fais attention,
04:02parce qu'à la fois, on a besoin d'avoir des convictions.
04:05Elles sont plus nuancées, vos convictions.
04:06Vous écrivez, l'expérience est utile,
04:07elle te permet d'être plus nuancée, moins péremptoire.
04:10Moins péremptoire, mais en même temps,
04:12je déteste les gens qui vous disent,
04:14vous savez, la phrase, c'est plus compliqué.
04:17Parce que la phrase, c'est plus compliqué,
04:18c'est le début de je fais rien.
04:20Donc, comment on peut dire, c'est plus compliqué,
04:23c'est pas en noir et blanc,
04:24et pas abandonner l'idée que nos enfants portent,
04:28parce qu'ils ont 20 ans et qu'ils ont raison de la porter,
04:30qu'il faut changer les choses.
04:32Prenons un cas pratique.
04:33Si on votait dimanche pour le premier tour de la présidentielle,
04:35vous avez devant vous des bulletins, Edouard Philippe,
04:37Jordan Bardella ou Marine Le Pen,
04:39Raphaël Luxman, Jean-Luc Mélenchon,
04:41Bruno Retailleau, Gabriel Attal.
04:42Vous votez pour qui ?
04:43Je ne sais pas.
04:44Ce n'est pas que je ne veux pas répondre.
04:45Sérieux ?
04:45Je ne voterai pas pour la France Insoumise.
04:48Je n'ai pas envie de me retrouver à choisir
04:51entre la France Insoumise et Jordan Bardella.
04:54Vous pourriez voter Bardella ou pas ?
04:56Contre la France Insoumise, je n'hésiterai pas.
04:58Je vous dis ça, mais ça ne me fait pas de moi
05:00un aficionado du Rassemblement national.
05:03Je n'ai jamais été.
05:04Vous êtes un électeur paumé comme il y en a beaucoup.
05:06Et vous, vous n'êtes pas paumé.
05:08Pour qui vous voteriez ?
05:08Moi, je ne suis pas votre fille.
05:09Votre fille, Clara, elle vote pour qui à votre avis ?
05:12Elle vote très à gauche.
05:13Enfin, pas à Béziers, parce qu'elle vote pour moi, évidemment.
05:15Ce n'est pas la question.
05:16Mais elle vote...
05:17Il y en a aux services sociaux que votre fille ne peut pas voter
05:20pour qui elle veut à Béziers.
05:22Elle est insoumise, elle.
05:24Elle voterait Mélenchon, vous pensez ou pas ?
05:25Je ne sais pas, mais quand j'en parlais avec qu'elle,
05:28j'ai dit, mais écoute, avec les saloperies qui disent
05:29sur ton père ou sur ta mère,
05:31tu devrais juste te poser des questions.
05:32Et ça, c'est un argument...
05:34Vous jouez de la corde de l'affect, ça c'est moche.
05:35Et vous, vous ne jouez jamais sur la corde de l'affect.
05:37Ça c'est moche.
05:38Parmi les nombreux sujets de grande incompréhension
05:40entre Clara et vous, il y a Israël.
05:42Et vous écrivez, je ne confonds pas un chef de gouvernement
05:45et Dieu sait s'il est critiquable.
05:46Là, vous parlez de Netanyahou et son pays.
05:48Pas plus, tu l'imagines bien, qu'Emmanuel Macron et la France.
05:51Est-ce que vous, vous voteriez la proposition de loi Yadant
05:53dont on parlait tout à l'heure aujourd'hui
05:55sur les nouvelles formes d'antisémitisme ?
05:57Est-ce que Clara, elle, a voté la pétition contre ce texte ?
05:59J'espère bien que non, qu'elle ne l'a pas signée
06:01parce que quand vous voyez comment ils décrivent
06:03dans la pétition Israël
06:05l'État génocidaire et d'apartheid,
06:08sans déconner, rien que ça, tu te dis
06:10on ne va pas la signer celle-là.
06:12Moi, attends,
06:14c'est un sujet compliqué pour moi.
06:16J'étais le patron de Reporters Frontières.
06:17J'ai défendu des gens pendant 20 ans,
06:20pendant plus de 20 ans,
06:21dont je pensais que le début de la première phrase
06:24était une ânerie.
06:26Donc, j'aurais tendance à dire ça.
06:27Moi, j'étais contre la loi Guesso, par exemple.
06:30Mais aujourd'hui, je me dis autre chose,
06:33je me dis,
06:35les Juifs, c'est quoi ?
06:361% de la population,
06:37plus de 50% des menaces,
06:41des insultes et tout,
06:42c'est les mêmes.
06:43Et je me dis que peut-être les choses ont changé.
06:45Vous la voteriez ou pas ?
06:46Là, je la voterai ou pas ?
06:47Là, vous la voterai.
06:48Pourquoi on n'arrive plus à se comprendre
06:50et même à se parler dans ce pays ?
06:51Emmanuel Macron, il a été élu en 2017
06:53avec une promesse,
06:54celle de réconcilier les Français.
06:55Mais vous, même pour parler à votre fille,
06:57à Clara,
06:58vous êtes obligé de lui écrire.
06:59Qu'est-ce qui se passe ?
07:01Pourquoi on ne se parle plus ?
07:02Parce que je crois qu'on est chacun enfermé
07:06dans...
07:07Je le vois avec mes enfants,
07:08parce qu'on a plusieurs enfants.
07:10Chacun enfermé dans ses certitudes.
07:12Au fond...
07:12Dans sa radicalité aussi ?
07:13Oui, les médias sociaux,
07:16les gens qui vont sur les réseaux et tout,
07:19ils ne...
07:20C'est un miroir.
07:22Moi, ça ne me gêne pas, les réseaux sociaux.
07:24C'est un miroir dans lequel tu t'enfermes.
07:26Attends, moi, ça m'est arrivé aussi,
07:27je le disais tout à l'heure,
07:28de penser tranquillement.
07:31J'ai été marxiste,
07:32je pensais que...
07:32J'étais très très jeune.
07:34Je pensais que le mec...
07:34Ça a duré longtemps, ça ?
07:35Non, ça a duré...
07:36Mais j'étais à la fac et tout.
07:37À l'époque, tout le monde était marxiste.
07:39On a étudié que Karl Marx à la fac.
07:40Il ne se souvient pas,
07:41il n'était pas né.
07:42On vous imagine mal du côté du Sentier Lumineux,
07:44mais pourquoi pas ?
07:45Non, mais ce que je veux dire,
07:46je pensais à cette époque-là
07:48que si tu n'étais pas marxiste,
07:50que tu étais un abruti.
07:52Et je pense que chacun, aujourd'hui, pense ça.
07:54Et c'est ça qui est problématique.
07:56Et c'est ce que j'essaye d'expliquer à ma vie.
07:57Vous parlez de tout.
07:58Le style Ménard, c'est aussi une forme de grossièreté.
08:00Je suis toujours aussi grossier.
08:02Tu me connais les remarques de maman.
08:03Vous parlez à Clara.
08:04De maman, on n'y change pas grand-chose,
08:05mais j'essaye de ne pas blesser,
08:06de ne dire que ce que je pourrais dire
08:07en face de la personne dont je parle.
08:11Oui, c'est Noël Copin qui disait ça
08:14aux jeunes journalistes.
08:15À Lacroix.
08:15À Lacroix, qui était le patron de Lacroix,
08:17quand il venait leur dire à la déontologie,
08:19il dit, écoute, tu n'écris
08:20que ce que tu es capable de dire
08:21à un mec en face.
08:22Je trouve que c'est un truc de bon sens.
08:25Non, sur la grossièreté, pardon,
08:26c'est de vous dont je parle.
08:28Oui, c'est vous qui est grossier.
08:29Quand vous veniez l'année dernière
08:31pour les débats,
08:31c'est vrai que je vous disais,
08:32arrêtez un peu, Robert.
08:33Avec les putains et autres connards
08:35et tout ça.
08:36C'est ça, ne recommencez pas, s'il vous plaît.
08:38Non, ça va.
08:38On apprend aussi que vous avez été apiculteur
08:40et que vous êtes végétarien.
08:42C'est marrant parce que moi,
08:42je vous imaginais plus en Fabien Roussel
08:44en train de faire griller les saucisses
08:45au barbecue qu'en Sandrine Rousseau.
08:47C'est l'effet Clara, ça, ou pas ?
08:48Non, j'étais végétarien avant elle.
08:50C'est plutôt le contraire.
08:52Je ne bois pas une goutte de vin
08:53dans une ville qui vit de la viticulture.
08:56Parce que les gens, ils pensent que
08:58si tu es à droite,
08:59c'est que tu aimes la viande et le vin.
09:01Et non, je ne suis pas comme ça.
09:03Peut-être que les gens,
09:04ils sont un peu plus compliqués
09:05que vous l'imaginez.
09:06Et puis, on a pensé que vous vouliez être prêtre.
09:08Catholique culturel, vous définissez aujourd'hui.
09:09J'ai envie de croire plus que je ne crois.
09:11Ce n'est pas le meilleur résumé
09:12de votre personnalité, ça ?
09:13Vous vous cherchez, en fait, Robert Ménard ?
09:15Ou vous vous êtes trouvé ?
09:16Non, je ne me suis pas trouvé.
09:17Je doute de moi tous les matins
09:18en me réveillant.
09:20Quand je viens ici à votre micro,
09:22j'y suis venu longtemps,
09:23je me suis demandé
09:24au nom de quoi je pouvais donner mon avis
09:26parce qu'il était quoi ?
09:28Mieux argumenté, plus intelligent que d'autres ?
09:30Je ne le crois pas.
09:33Brièvement à votre lettre.
09:34Non, je ne suis pas sur la bonne page.
09:35Je remercie-moi.
09:37Elle écrit
09:37Papa, j'ai bien reçu ta lettre.
09:39Je voulais simplement te dire merci.
09:40Merci de m'avoir écrit
09:41ce que tu n'arrivais pas à me dire.
09:43Je te comprends mieux maintenant.
09:45Nous ne sommes toujours pas d'accord sur tout,
09:46mais je ne suis pas sûr
09:47que ce soit ce qu'il faille retenir.
09:48J'espère que cette lettre
09:49nous permettra de nous parler
09:50plus facilement à l'avenir.
09:51Et même si ce n'est pas le cas, tant pis.
09:53Retiens juste que je t'aime, Clara.
09:55C'est la seule chose
09:56que j'avais envie d'entendre.
09:57Vous êtes ému ?
09:58Vous, non, vous ne le sauriez pas ?
10:00Est-ce que tu attendes
10:01de ma fille
10:02qu'elle me dise que je t'aime ?
10:03C'était la seule chose que je voulais.
10:04Merci beaucoup, Robert.
10:05M. Rtl, lisez ce livre,
10:07Letta Clara,
10:08comment peut-on être si proche
10:09et en apparence si loin
10:10aux éditions Télémac ?
10:11Et restez avec nous
10:11parce que Philippe Kevrivière arrive.
10:13Merci.
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