00:007h45, Olivier Bost, votre invité en ce jeudi 11 juillet, et donc le ministre de la Justice.
00:09Éric Dupond-Moretti, je le disais, vous ne vous êtes pas exprimé depuis le second tour des élections législatives.
00:14Dans sa lettre aux Français, Emmanuel Macron écrit « personne ne l'a emporté ».
00:19Où est la clarification du paysage politique promise par le chef de l'État ?
00:24D'abord, il n'y a pas de gagnant, c'est vrai.
00:29Donc pas de clarification.
00:30Mais il y a d'abord un retour massif aux urnes pour nos compatriotes.
00:37Et s'il y a un gagnant, c'est la démocratie.
00:40Ensuite, on prend acte des résultats.
00:43La gauche dit « on a gagné ». La même gauche qui disait toutes les semaines depuis 2022
00:49« vous n'êtes pas, vous, Renaissance, le camp présidentiel légitime parce que vous n'avez pas la majorité absolue ».
00:55Et voilà qu'aujourd'hui, ils ont gagné.
00:57Donc, ils ont perdu. Nous avons perdu.
01:01La droite républicaine a perdu.
01:04Et la seule possibilité pour obtenir une majorité, c'est qu'on travaille ensemble.
01:10Voilà la réalité.
01:12Mais Emmanuel Macron dit de manière explicite « pas de coalition de la gauche avec Elefi, pas de rassemblement national ».
01:18Avec Emmanuel Macron, il n'y a plus d'alternance possible en fait.
01:21C'est-à-dire que c'est le bloc central et si vous votez majoritairement autre chose, c'est toujours le bloc central.
01:26Non, Elefi c'est non, parce qu'Elefi n'est pas dans les clous.
01:32Vous avez vu cette lettre ? Vous l'avez lue, évidemment. On parle de quoi ?
01:36On parle d'État de droit, on parle de respect du Parlement.
01:41Elefi a démontré pendant deux ans qu'il ne respectait en rien le Parlement.
01:45Pour le reste, il y a toute la gauche classique, la gauche dite de gouvernement.
01:51Il y a le bloc central que nous représentons, il y a la droite.
01:56Voilà la réalité. Moi je vais vous dire quelque chose qui me choque beaucoup.
02:00C'est la raison que je ne me suis pas exprimé.
02:02Mais en réalité, tous ceux qui ont été élus ou réélus d'ailleurs,
02:06ne l'ont pas été uniquement sur leur nom et sur l'étiquette qui est la leur.
02:11Bon.
02:13Socialiste qui a été élu ou réélu, il le doit à des LR qui sont allés voter.
02:19Le ventre plié en se pinçant le nez.
02:22Les LR qui ont été réélus, l'ont été parce que des socialistes ont voté pour eux.
02:27Chez nous, c'est exactement la même chose.
02:30Et tous ces députés, le dimanche soir à 20h02, disent
02:36« Je me souviendrai, nous nous souviendrons de qui nous a élus ».
02:41Ils le disent dans ce qu'on appelle la PQR, la presse régionale.
02:46C'est d'ailleurs l'une des raisons, à mon sens, pour laquelle le Président a choisi ce levier.
02:50Et dès lundi, ils ont tout oublié. Tout oublié.
02:53Mais concrètement, quand le Président écrit « Je demande à l'ensemble des forces politiques républicaines
02:57d'engager un dialogue sincère et loyal pour bâtir une majorité solide »,
03:02comment vous voyez cette majorité solide ?
03:04Aujourd'hui, les LR disent non, l'EPS dit non.
03:07Mais Monsieur, je suis en train de vous dire que les électeurs, les gens qui nous écoutent là,
03:12ils sont allés voter parfois pour des députés qu'ils ne souhaitaient pas voir.
03:17Là, vous parlez des électeurs.
03:18Mais justement, il y a un lien entre les électeurs et les élus.
03:21Et il faut qu'il y ait un lien.
03:23Parce que cet effort que nous avons fait, nous, concitoyens, quand nous sommes allés voter,
03:28les élus doivent le faire.
03:31Et ils ne peuvent pas oublier ce qu'ils ont dit dimanche soir en disant « On va se souvenir de qui nous a élus ».
03:36Ce n'est pas très compliqué, écoutez-moi.
03:38Soit ça s'appelle une coalition, soit ça s'appelle un pacte législatif.
03:43Mais il y a moyen de travailler ensemble.
03:45D'ailleurs, il y a un certain nombre de textes, sous majorité relative à compter de 2022,
03:51qui ont été adoptés.
03:52Moi, je peux vous donner un certain nombre d'exemples de cela.
03:55Et il y a moyen de dégager un certain nombre de textes et de faire avancer le pays.
03:59À situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle.
04:04Ce qui compte, c'est les idées, c'est les programmes et ce n'est certainement pas les postes.
04:08Alors, pour bien comprendre la volonté d'Emmanuel Macron,
04:10il dit que cette coalition doit garantir la plus grande stabilité institutionnelle possible.
04:15Ça veut dire quoi ?
04:16Ça veut dire que c'est la majorité absolue, sinon rien ?
04:19Cette coalition doit être impossible à renverser ?
04:22La seule majorité absolue, elle est composée, je vous l'ai dit,
04:26de communistes, de socialistes, d'écolos, de notre groupe central, de la droite classique.
04:32Voilà la majorité absolue.
04:33Il faut la trouver, mais ça va venir.
04:36D'abord, parce qu'il faut respecter les électeurs qui ont fait un effort.
04:39Il n'y a pas de raison que seuls les électeurs fassent l'effort et que les élus ne le fassent pas.
04:45Alors, Emmanuel Macron dit que ça prendra effectivement un peu de temps.
04:48La France sans gouvernement, ça vous semble tenable combien de temps ?
04:52D'abord, la France, elle a un gouvernement.
04:54Mais dans les autres pays, et c'est ce que je viens de vous dire,
04:58à situation exceptionnelle, solution exceptionnelle.
05:01L'Italie, par exemple, met toujours plusieurs semaines, pour ne pas dire plusieurs mois,
05:05pour constituer un gouvernement.
05:07Ce qui compte, ce n'est pas les postes.
05:09Ce qui compte, ce n'est pas les personnalités.
05:11Ce qui compte, c'est le programme.
05:12Par exemple, il faut trouver un premier ministre avec lequel tout le monde soit d'accord.
05:15Je vais vous donner un exemple précis.
05:17Là, il y a une question de personne.
05:18Non, mais je vais vous donner un exemple précis.
05:20La question du premier ministre ne se pose pas pour vous.
05:22Qu'ils se réunissent tous, tous, tous les républicains, tout l'arc républicain.
05:29Donc, tout le monde, sauf LFI et le RN, pour être précis.
05:32Tout le monde, sauf les extrêmes.
05:33Donc, tout le monde dans une pièce.
05:35Oui, je n'ai pas envie de les enfermer.
05:38Mais qu'ils sortent avec une solution.
05:41Le chef de l'État et le garant de nos instituts.
05:44Moi, je vais vous donner un exemple précis qui touche mon périmètre.
05:47Ça revient quand même à dire, Emmanuel Macron a mis le bazar, et maintenant, débrouillez-vous.
05:51Non, mais ne dites pas cela.
05:52Emmanuel Macron, il a demandé aux Français d'aller voter.
05:56Expliquez-moi en quoi...
05:58Les Français, ils n'ont pas finalement, d'abord, rejeté le président de la République ?
06:01Non, mais monsieur, ça, c'est vous qui le dites.
06:03Les Français, ils sont allés voter en masse.
06:06Voilà.
06:07Nous, nous n'avons pas gagné, mais les autres non plus.
06:10Bon, moi, je vais vous donner un exemple précis dans le périmètre qui est le mien.
06:14On a fait des opérations placenet.
06:16Des opérations placenet XXL contre la drogue.
06:20Il faut toucher le haut du spectre.
06:21C'est-à-dire la très haute délinquance.
06:24Je suis en train de préparer un texte.
06:27LR, Jean-François Ricard, ancien procureur national antiterroriste, m'a remis un rapport.
06:33Parallèlement à cela, il y a une commission d'enquête parlementaire,
06:37sénatoriale en l'occurrence, qui a travaillé sur la question.
06:40Qui on retrouve ?
06:41On retrouve à la tête de cette commission d'enquête, monsieur Durin, socialiste, rapporteur,
06:46et monsieur Blanc, président, socialiste.
06:49LR, qui ont travaillé ensemble.
06:51Toutes les commissions d'enquête fonctionnent comme ça.
06:53Mais c'est bien la preuve qu'on peut travailler ensemble.
06:55Je vais vous donner un autre exemple.
06:56C'est pour quoi ?
06:57C'est pour préparer un texte.
06:59Je me suis inspiré de leur travail.
07:01Je suis du camp présidentiel.
07:03On a un socialiste, un LR.
07:05On va tous dans le même sens.
07:06Il y a un texte à dégager.
07:08Est-ce qu'il est urgent de le voter ?
07:11Oui.
07:12Bien sûr qu'il est urgent de le voter.
07:14Plus vite nous aurons une majorité, plus vite nous pourrons avancer.
07:18Ça dure un an maximum.
07:20Je vous demandais, et vous me disiez, je n'ai pas prévu de vacances.
07:24Probablement, d'ici la semaine prochaine, le gouvernement sera démissionnaire
07:27pour permettre aux ministres élus députés de siéger à l'Assemblée nationale.
07:30Vous serez, écrit Emmanuel Macron, en charge des affaires courantes.
07:34Ça veut dire quoi ?
07:35Ça veut dire la continuité de l'État.
07:37Mais vous ne pouvez plus prendre de décisions.
07:38Gérer les affaires courantes, c'est...
07:40Pardonnez-moi s'il y a une difficulté qui vient à se poser.
07:43Il y a un chef au ministère de la Justice.
07:46Et il y aura des ministres, évidemment, pour répondre à ces difficultés.
07:52Puis moi, je vais vous dire quelque chose, monsieur, sur les postes, vous voyez.
07:56J'aurai une certaine peine à quitter ce ministère, parce que je l'aime,
08:00et que j'aime les gens avec qui je travaille depuis 4 ans.
08:02Ça veut dire quoi ? Une coalition ? Vous voudriez en faire partie ?
08:05Mais si je dois partir, parce que le Premier ministre ne souhaite pas que je reste ministre.
08:10Je partirai.
08:11Et la peine qui est la mienne, que je viens d'exprimer, avec un peu d'heure peut-être,
08:15elle est superfétatoire et n'a strictement aucun intérêt
08:19à côté de l'intérêt supérieur de notre pays.
08:22Une dernière question au ministre de la Justice, pas encore démissionnaire.
08:26Dans quelques jours, cela fera 2 mois que Mohamed Amra et ses complices sont en cavale
08:30après avoir assassiné 2 agents pénitentiaires.
08:33Un appel à témoins a été lancé hier.
08:35Comment se fait-il qu'au moins 5 personnes, au moins 5,
08:38Mohamed Amra et ses complices soient encore introuvables ?
08:42Monsieur, je voudrais vous dire que 300 policiers,
08:46beaucoup de magistrats sont mobilisés pour retrouver cette équipe de malfaiteurs.
08:52Ça fait beaucoup de monde, là, qui reste introuvable.
08:55Monsieur, et je vais vous dire autre chose.
08:57Moins on parle de cette affaire, et plus elle progressera vite.
09:02Amra et ses complices...
09:04Un appel à témoins, ce n'est pas moi à en parler.
09:06Mais c'est un acte d'enquête parmi tant d'autres.
09:09Ce n'est pas ici que je vais détailler un certain nombre de choses.
09:14Mais un appel à témoins, ça veut dire quand même que l'enquête repart quasiment du point de départ.
09:19Monsieur, je ne veux pas commenter cela.
09:21Il y a 300 policiers qui bossent jour et nuit,
09:25des magistrats qui travaillent d'arrache-pied.
09:29Amra et ses complices seront arrêtés, ils seront jugés.
09:33Où en est l'inspection administrative que vous avez demandé pour comprendre
09:36comment Mohamed Amra avait pu continuer de s'asséluler tous ces trafics ?
09:42Le rapport va m'être rendu dans les jours qui viennent et je le publierai.
09:47Des choses ont changé en prison depuis ?
09:49Bien sûr, nous avons déjà un certain nombre de mesures qui sont en place.
09:52Mais là aussi peut-être, voyez-vous, qu'il y a un besoin urgent de légiférer
09:57et que l'on a donc besoin d'une majorité absolue.
10:00Et la majorité absolue, c'est ce que je vous ai dit.
10:03Éric Dupond-Moretti, merci.
10:04Merci à tous les deux.
10:05Entretien évidemment que vous retrouvez dès maintenant.
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