Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 7 minutes
Arthur J. Essebag, animateur de radio, télévision, et producteur est l'invité du Grand Portrait. Il publie "Même la nuit ne veut pas de moi" aux éditions Grasset.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Arthur, animateur producteur, 22 novembre 2023, il vient à mon micro.
00:05Je n'ai pas cherché à le piéger ce jour-là.
00:08Mais comment lui parler de ses 40 ans de télé après le 7 octobre
00:12quand deux agents de sécurité encadrent la porte du studio ?
00:15Ce jour-là, Arthur dit « On est en France et je suis menacée parce que je suis juif ».
00:21Après, c'est le raz-de-marée, réseaux sociaux, chaîne d'info.
00:25Il en tire un premier livre sorti à l'automne dernier.
00:29Un tabac en librairie.
00:30Et là, surprise, il en publie un deuxième, un deuxième récit,
00:34pour dire que lui, l'animateur le plus con de la bande FM,
00:37a lu la gratitude dans les yeux de milliers de gens qui le remerciaient d'avoir parlé.
00:41Mais la vérité, c'est qu'il n'a pas fait que parler.
00:44Il s'est mué en guerrier.
00:46Quelle étrange histoire que celle du clown devenu combattant.
00:50On a compris quand et comment elle avait commencé.
00:53Reste à savoir quand et comment elle va se terminer.
00:56Portrait numéro 148.
01:00Bonjour Arthur.
01:01Vous parlez bien.
01:02À chaque fois, j'ai frissons quand vous parlez.
01:04C'est pour ça que je me suis fait avoir la dernière fois.
01:07C'est mon job.
01:08Jacques et ce bague de son vrai nom.
01:10Bonjour.
01:11« J'ai perdu un bédouin en Paris. »
01:13Premier récit, paru chez Grasset.
01:15Donc là, à l'automne.
01:16« Même la nuit ne veut pas de moi. »
01:18Deuxième récit, paru là, la semaine dernière, chez Grasset.
01:23Toujours.
01:23D'ailleurs, vous aviez dit dans un premier temps que vous annuliez la sortie de ce livre.
01:27Parce que l'imogéage d'Olivier Nora, je le repousse.
01:31Je repousse la sortie en attendant de savoir ce que va devenir mon éditeur.
01:35Mon éditeur Christophe Bataille et Olivier Nora.
01:37J'avais dit que je sortirai mon livre là où sera mon éditeur.
01:40Parce que l'éditeur, c'est celui avec qui vous travaillez tous les jours.
01:42Avec qui vous préparez votre projet.
01:44Avec qui vous faites naître votre bébé.
01:45Et donc, s'il n'avait pas été là, peut-être que je n'aurais pas sorti mon livre.
01:48Mais aujourd'hui, il est là.
01:49Et je suis ravi de le faire.
01:50C'est sûr que ça secoue une maison d'édition qui tremble juste avant la sortie d'un livre.
01:55Ça secoue aussi d'enterrer son père juste avant la sortie d'un livre.
02:00Qui est un récit absolument intime.
02:05Oui, ma vie est faite de rebondissements permanents.
02:10Et ce drame est arrivé au moment de la sortie du livre.
02:14C'est vrai, on le redoutait beaucoup parce que, j'en parle un peu d'ailleurs dans le livre.
02:22Et c'est particulier d'écrire que son père est malade dans un livre, d'écrire qu'on sait qu
02:28'il va mourir et se dire qu'il est mort avant la sortie du livre.
02:32Je lui ai fait lire.
02:33Ah bon ?
02:34Oui, mais j'ai retiré les pages où je parlais de sa mort.
02:38Pourquoi ?
02:39Parce que je ne voulais pas qu'il...
02:42D'abord, je ne voulais pas qu'il sache que j'en parlais.
02:45Et puis parce que je voulais qu'il...
02:47Vous ne vouliez pas qu'il sache que vous alliez parler de sa maladie ?
02:50Exactement.
02:50Ou vous ne vouliez pas qu'il sache, lui, combien il était malade ?
02:53C'est un mix des deux.
02:56C'est un mix des deux, voilà.
02:57Mais bon, je ne suis pas le premier, malheureusement, ni le dernier, qui aura perdu un proche.
03:01Mais disons que c'est la première fois que dans ma famille, quelqu'un s'en va.
03:03Donc c'est une espèce de tremblement de terre.
03:06Dans le premier récit, paru cet automne, vous disiez être totalement KO.
03:11Arthur, depuis le 7 octobre, accro au téléphone et aux chaînes d'info, faisant votre boulot
03:16d'animateur télé comme un zombie bien maquillé, tenant au café le matin, au Red Bull l'après-midi,
03:22au Somnifère le soir, obsédé par les images du massacre.
03:26Je rappelle que vous avez produit un film.
03:29Donc vous avez dû ces archives, parce que ce sont déjà ces archives.
03:32Oui, j'ai vu, aujourd'hui ce sont les archives, mais j'ai vu les images des terroristes et les
03:35images des victimes.
03:36Et nous avons fait un documentaire sur le massacre du Festival Nova le 7 octobre.
03:40Et vous avez présumé de vos forces, parce que ces images, en réalité, elles restent.
03:43En fait, je pensais que j'étais plus courageux que ça.
03:44Et en fait, les images horribles que j'ai vues de femmes, d'enfants massacrés, violés, tués,
03:51ressurgissent un soir sur deux dans ma nuit.
03:53Deuxième texte, ça ne va pas mieux.
03:56Écoutez, je pensais que ça allait mieux.
03:58Vous faites des terreurs nocturnes.
03:58Oui, oui, oui.
03:59Votre épouse vous réveille quand vous criez dans votre sommeil.
04:02Oui, c'est vrai.
04:03Vous avez tellement de douleurs de dos que vous êtes, mais perclus d'infiltration.
04:07Oui, oui.
04:09C'est étonnant, mais je pense que je ressens physiquement,
04:13je pense qu'il y a un vrai lien entre le cerveau et le dos, en tout cas.
04:18Alors souvent, on dit, ah, t'as mal au dos parce qu'on a plein le dos.
04:20Moi, je pense que c'est parce qu'à force de vouloir se tenir droit,
04:23il y a quelque chose qui se brise.
04:25Et voilà, j'ai toujours somatisé de toute façon toute ma vie ce que je vivais physiquement.
04:33C'est pour ça que je suis extrêmement hypocondriaque.
04:35Mais là, depuis le 7 octobre, je découvre des trucs de mon corps que je n'imaginais pas.
04:39Et pourtant, le premier livre est un vif succès.
04:41Pourtant, je l'ai dit en introduction, énormément de gens vous ont remercié.
04:45Pourtant, vous vendez 10 000 exemplaires en même pas quelques jours,
04:48puis 50 000, ça va très très vite.
04:51Pourtant, vous dites d'un seul coup, je suis une voix qui compte.
04:54Ça n'apaise pas.
04:55En fait, ce qui m'a le plus touché, c'est les gens qui me disaient,
04:58vous avez mis des mots sur mes mots et ma UX.
05:00Et ça, ça m'a bouleversé.
05:02Je ne pensais pas, parce que moi, je parle comme mon nom.
05:03Je ne parle pas de rôle de rien du tout.
05:05Et je ne pensais pas qu'en parlant à mon nom,
05:08des gens se retrouveraient dans ce que je raconte, ce qui m'a rassuré d'ailleurs.
05:11Je ne suis pas apaisé parce que mon premier livre, c'était, on va dire,
05:18le séisme et le second sont les répliques.
05:20Et je pensais qu'après la libération des otages,
05:22le monde allait un peu s'apaiser de part et d'autre,
05:26que aussi bien en Israël qu'à Gaza,
05:28les gens allaient pouvoir faire leur deuil, se reconstruire.
05:30Et en fait, ça a été le début d'une orgie antisémite planétaire.
05:34Et je veux dire, c'est encore aujourd'hui, encore hier, encore avant-hier.
05:38Chaque jour, il y a un acte antisémite.
05:40Chaque jour, il y a quelqu'un qui est agressé.
05:42Une synagogue brûlée.
05:43C'est devenu le quotidien des juifs dans le monde entier.
05:46Et donc, il n'y a plus aucune forme d'étanchéité.
05:49Il n'y a plus de barrière.
05:50Vous êtes traversé par ça en permanence.
05:52Vous êtes bouffé, rongé, griffé par ça en permanence.
05:55Exactement.
05:56C'est comme une espèce de cascade, un flot continu.
05:59Mais est-ce qu'il y a quelque chose de vous qui ne veut pas en sortir ?
06:03Franchement, j'aimerais bien en sortir un petit peu.
06:05Et j'essaie.
06:07En faisant un deuxième livre ?
06:09Ce n'est pas un deuxième livre.
06:10Vous savez, c'est un journal, ce livre.
06:12J'ai sorti mon livre le 1er octobre.
06:15Et j'avais une grande frustration.
06:16C'est que je n'ai pas pu parler de la libération des otages
06:18pour qui je me suis battu pendant un an.
06:20Et donc, je me suis dit, je dois continuer mon éditeur.
06:22Je dois raconter la libération des otages.
06:24Et c'est le début du livre.
06:29Je ne peux pas vous décrire le sentiment que c'est.
06:32Voir tout le monde ici, vous ressentez une telle joie.
06:37C'est incroyable.
06:40Il y a beaucoup d'émotions.
06:43C'est comme le point final de ces deux années horribles.
06:48C'est très fort.
06:50Tout le monde est très ému et heureux en même temps.
06:53Il y a des moments où j'ai perdu la foi.
06:56Mais je me disais toujours, il faut continuer et soutenir les familles des otages.
07:01Et là, je suis tellement heureuse.
07:03Je ne peux pas retenir mes sentiments.
07:05Je pleure.
07:05Je ris.
07:06C'est la plus belle émotion du monde.
07:09Vous avez du mal à lâcher, Arthur.
07:12Vous savez, quand je suis arrivé ce matin pour faire l'interview,
07:14dans le hall de France Inter, il y a un immense écran.
07:17Il y avait la photo de ce journaliste qui est retenu en otage.
07:21Christophe Gleiz.
07:23Il est emprisonné en Algérie.
07:24Et ça m'a fait quelque chose tout de suite.
07:26D'abord parce que je trouve qu'on n'en parle pas assez.
07:28Et c'est fantastique que vous en parlez vous.
07:30Et les gens ne peuvent pas comprendre ce qu'on...
07:32Aujourd'hui, vous savez, il y a 400 000 juifs en France,
07:3515 millions dans le monde, sur une planète de 8 milliards d'habitants.
07:38Et bien figurez-vous qu'à chaque fois qu'il se passe quelque chose en Israël,
07:41tous les juifs du monde entier ressentent quelque chose.
07:43Parce qu'on a tous un lien avec un cousin, un proche, un ami.
07:47On connaît tous quelqu'un qui a été touché de près ou de loin
07:50parce qu'il s'est passé le 7 octobre.
07:51Mais vous dites, dans ce livre, dans ce nouveau récit,
07:54Arthur, vous dites ce ruban jaune, ce signe de solidarité, de soutien.
07:59J'ai du mal à le lâcher, j'ai du mal à lui dire adieu,
08:02j'ai du mal à la gorge se serre.
08:03J'ai du mal à y croire.
08:05C'est surtout ça.
08:06Je me dis, c'est fini.
08:08Quand pendant deux ans, nuit et jour,
08:10on s'est bagarré à faire venir en France les familles d'otages,
08:14leur faire rencontrer la presse, leur faire rencontrer les hommes politiques,
08:17essayer d'alerter de la situation.
08:19Il y avait quand même deux bébés qui étaient retenus en otage.
08:21Deux bébés.
08:22C'était le truc le plus horrible de la planète dont personne ne parlait.
08:25Le jour où ça s'arrête, on se dit,
08:27mais c'est tellement beau, j'ai du mal à y croire.
08:29Et puis c'est aussi quelque chose qu'on s'enlève.
08:31Quand j'ai enlevé, c'était symbolique.
08:32J'ai passé deux ans à avoir 24 heures sur 24 ce ruban jaune autour de moi.
08:36Et donc quand on enlève, je les ai enlevés, je les ai jetés.
08:41Je ne veux plus jamais les voir ces rubans.
08:43Je ne veux plus jamais les voir.
08:44Et donc c'est vrai que j'avais beaucoup de mal à y croire,
08:47mais dans le sens, je n'y crois pas dans le sens positif.
08:50J'étais tellement heureux, tellement heureux.
08:52Et quand j'entends ces images,
08:54moi j'étais en FaceTime avec la place des otages quand ils ont été libérés,
08:59parce que malheureusement, je le raconte,
09:00mon avion n'a pas pu se poser à Tel Aviv parce que Trump avait fermé l'espace aérien.
09:05Et quel soulagement.
09:06Quel soulagement pour les familles qui retrouvent leurs proches,
09:08mais aussi pour celles qui retrouvent le corps de leurs proches.
09:11Vous dites, je refuse d'être un juif qui chuchote,
09:13je refuse d'être un juif qui s'excuse.
09:16Ben oui, ça suffit maintenant.
09:17Qui s'excuse de quoi ?
09:18Ben d'être juif.
09:20Ils s'excusent d'être, parce que je suis juif aujourd'hui,
09:22je serai responsable de ce qui se passe en Israël.
09:25Je suis français, juif d'abord.
09:27Même si depuis quelque temps, on me parle souvent sous le prisme de ma judéité,
09:31je suis français avant tout.
09:33J'ai une attache avec Israël, comme beaucoup de juifs,
09:35mais je ne suis pas ni responsable de son gouvernement,
09:38ni de ses actions positives, et encore moins de la guerre.
09:40Et aujourd'hui, on a perdu une nuance terrible,
09:42qui fait qu'on peut être...
09:44Et c'est cet amalgame, justement.
09:45D'ailleurs, on ne dit plus juif,
09:47on dit antisioniste,
09:49si on veut être vraiment dans la traîne.
09:51Mais ce que je veux dire, c'est qu'aujourd'hui,
09:54j'ai décidé, peut-être parce que...
09:56Non, on ne dit pas antisémite, on dit antisioniste,
09:58si on veut être dans la traîne.
09:59C'est ça que vous vouliez dire.
10:00Vous avez fait un lapsus gigantesque.
10:02Mais non, aujourd'hui, les gens ne disent plus juif,
10:04ils disent sioniste.
10:06Ah oui, c'est ça.
10:07Quand à l'entrée d'une fac, il y a marqué interdit aux sionistes.
10:10Quand Johan Sfar est censuré pour la sortie de son ouvrage,
10:14il n'y a pas de sioniste dans notre ville.
10:16D'ailleurs, je voudrais vous parler d'un truc.
10:18C'est quand on dit interdit aux sionistes à l'entrée d'une fac.
10:22Les gens ne savent même pas ce que veut dire le mot sioniste.
10:24C'est-à-dire interdit à un peuple d'avoir le droit à son autodétermination.
10:29Imaginez une seconde qu'à l'entrée de la même fac,
10:32on remplace sioniste par interdit aux noirs,
10:36interdit aux musulmans, interdit...
10:38Là, ça fera un tollé mondial.
10:40Ça serait un scandale national.
10:42Dans le monde entier, maintenant, interdit aux sionistes,
10:44c'est devenu un truc qui passe.
10:46Quand vous dites, Arthur, je refuse d'être un juif qui s'excuse,
10:49est-ce que vous refusez aussi d'être un juif qui fait son autocritique ?
10:53Je vous cite par exemple...
10:55Je fais mon autocritique toutes les pages dans ce livre.
10:58Oui.
10:58Je cite par exemple le texte de Delphine Orvilleur,
11:02publié il y a quelques mois,
11:03où elle dit, je me suis tué trop longtemps.
11:06Je me suis tué trop longtemps sur ce qu'il se passe en Israël.
11:10J'ai eu peur de donner des arguments à nos ennemis immondes,
11:14à tous ceux qui fomentent la haine.
11:16Je me suis tué trop longtemps.
11:19Vous vous êtes reconnu dans ce texte ?
11:21Alors, moi, je ne me suis pas particulièrement reconnu dans le texte de Delphine Orvilleur.
11:26Écoutez, je ne vais pas dire quoi que ce soit sur Delphine que j'aime beaucoup,
11:29mais je trouvais que le problème n'était pas le texte, mais le timing.
11:32Voilà, ce n'était pas le bon moment.
11:34Mais après, vous savez, ce qu'il fait, la particularité du peuple juif,
11:39c'est que, comme disait Golda Meir,
11:41« Je suis Premier ministre d'un pays qui compte 6 millions de présidents ».
11:45C'est que chacun a son avis.
11:46Moi, quelle autocritique vous voulez que je fasse ?
11:48Mon autocritique, ça veut dire quoi ?
11:50C'est-à-dire qu'en tant que juif, je dois critiquer Israël ?
11:52Je le fais tous les jours.
11:53D'ailleurs, si vous avez lu mon livre,
11:55je dis que je ne suis pas en accord avec les positions du gouvernement de Benjamin Netanyahou.
12:00Et quand Ben-Gvir fait ses sorties, je suis ulcéré.
12:04Mais ça ne veut pas dire être anti-Israël.
12:08On peut ne pas aimer, certains n'aiment pas Emmanuel Macron,
12:11ce n'est pas pourtant qu'ils sont anti-France.
12:13Vous comprenez ce que je veux dire ?
12:14Je comprends.
12:15Donc, il y a un moment, il faut arrêter les raccourcis,
12:17il faut arrêter les amalgames.
12:18C'est ça que je dis.
12:19Maintenant, j'ai décidé de l'ouvrir,
12:22parce que je pense que l'époque des Juifs,
12:25qu'on aime quand ils sont morts,
12:27avec des bougies et des arbres qu'on plante est révolu.
12:29Maintenant, il faut dire, il faut se battre, il faut combattre.
12:32L'antisémitisme est un délit.
12:34Et moi, tous les jours, quand je me lève,
12:35j'essaie de combattre ce fléau,
12:37qui est le problème de tous d'ailleurs,
12:39qui n'est pas seulement le problème des Juifs.
12:40Voilà.
12:41Alors, on trouve que je l'ouvre un peu trop.
12:43On trouve que vous l'ouvrez un peu trop ?
12:44Oui, oui, oui.
12:45Vous dites, dans Le Parisien, au lecteur du Parisien,
12:47vous dites, je suis devenu radioactif.
12:49Oui, c'est vrai.
12:50C'est vrai.
12:50Mais ça ne vous empêche pas de me recevoir.
12:52Non.
12:53Mais on reçoit tout le monde à France Inter.
12:54Non, mais bien sûr.
12:55Mais ce que je veux dire, c'est que dans...
12:57Je ne voulais pas...
12:59Vous savez, je suis à un âge, on parlait de mon père,
13:01où je suis dans une période de transmission, quelque part.
13:04Quelles sont les valeurs que je veux donner à mes enfants ?
13:06Qu'est-ce que je veux apporter au monde dans lequel je vis ?
13:09Et je crois que la meilleure façon d'exister,
13:11c'est d'être fier de ce qu'on est.
13:13Je dis toujours, la meilleure façon de lutter contre l'antisémitisme,
13:16c'est de continuer à rayonner.
13:17Il faut qu'Israël continue à inventer, à créer,
13:20que les chercheurs trouvent des vaccins,
13:21qu'ils continuent à guérir les maladies,
13:23qu'ils continuent à développer l'IA.
13:24On ne parle que négativement de ce pays,
13:27qui est un pays assez fantastique.
13:30Le problème, c'est qu'il y a des gouvernements,
13:33dans tous les pays, il y a des gouvernements.
13:34Il y en a qui font les choses bien,
13:35il y en a qui font les choses moins bien.
13:37Mais on ne peut pas résumer un pays et un peuple
13:39juste à la position d'un homme politique.
13:41Et que l'animateur Arthur, l'animateur populaire,
13:46familier, entouré de rires, 40 ans de télévision,
13:49construit avec toutes sortes d'artistes,
13:52a totalement disparu de l'espace public.
13:54Mais pas du tout.
13:54C'est une vraie question.
13:55Je tourne cet après-midi.
13:57Je tourne cet après-midi ?
13:58Non, il continue de faire de la télé, ça c'est sûr.
14:00Et le problème, c'est que je ne peux pas faire la promo
14:04d'une émission de télé au moment où je fais la promo d'un livre.
14:08Donc je calibre la date de sortie,
14:10mais j'ai une émission de télé le 13 juin,
14:12et à partir de la semaine prochaine, je vais faire la promo.
14:13C'est assez schizophrénique.
14:15Vous étiez, Arthur, le visage du premier de l'an
14:17pendant des années sur TF1.
14:19TF1, le visage du premier de l'an du 31 décembre.
14:23Non, justement, c'est ma question.
14:25C'est-à-dire que vous étiez le visage qui rassemble.
14:27Et là, vous le dites vous-même, je suis devenue radioactive,
14:30je compte mes ennemis, je compte les ennemis, mes ennemis,
14:32les ennemis, mes ennemis, etc.
14:34Je suis devenue le visage du clivage.
14:36Ah non, pas du clivage.
14:37J'espère que je suis, et je vais devenir,
14:40avec mes propos et mes livres,
14:42le visage de celui qui rassemble les gens
14:44contre l'antisémitisme, contre toutes les formes de racisme.
14:47Si je deviens ce visage-là, je serais ravi.
14:49Mais je vous savais, je fais toujours autant d'émissions de télé,
14:51elles sont toujours autant regardées,
14:53et j'espère être toujours aussi populaire.
14:53Vous savez bien que si vous êtes devenu radioactif, Arthur...
14:56Parce que j'ai pris des positions, mais je veux dire...
14:59Mais parce que vous êtes un visage de la fracture, aussi, aujourd'hui.
15:02Je suis le résultat de la fracture.
15:04Je ne suis pas le visage de la fracture.
15:06Je suis le résultat d'une fracture
15:09qui est qu'il y a une partie infime de la population
15:12extrêmement bruyante,
15:13qui a décidé que, parce que nous étions juifs,
15:17nous étions responsables de tous les maux de la planète.
15:21Mais je ne suis pas le visage de la fracture.
15:23Je suis le visage de rien du tout, moi.
15:25Je suis juste quelqu'un,
15:26un père de famille, français, citoyen,
15:29qui, un matin, s'est levé et a dit
15:31« Stop, quoi, ça suffit.
15:32Ce n'est plus possible de banaliser l'antisémitisme. »
15:35C'est un père de radio et de télé.
15:37Vous avez fait naître tout un tas de talents
15:39qui, aujourd'hui, ont colonisé les ondes et les écrans.
15:42Il ne faut pas dire « coloniser », faites attention.
15:44Ça va vous faire des histoires.
15:46Mais voilà, qui ont colonisé les ondes et les écrans.
15:50Et c'est tant mieux,
15:51parce que là-dedans, il y a des gens hyper talentueux.
15:54Des Noirs, des Blancs, des Musulmans, des Juifs,
15:57des jeunes, des vieux, absolument.
15:58C'était ça, la bande autour d'Arthur.
16:00C'est toujours ça, ma bande.
16:01Et vous savez, je n'ai jamais pris autour de moi
16:03des Noirs, des Juifs ou des Musulmans
16:05parce qu'ils étaient Noirs, Juifs ou Musulmans.
16:07Je les ai pris parce qu'ils étaient drôles.
16:08Si c'était les roues qui étaient drôles,
16:10il n'y aurait que des roues dans mes émissions de télé.
16:12Vous voyez ce que je veux dire ?
16:13Donc ça aussi, on m'a toujours dit
16:14« Ah, Arthur, c'est quelqu'un qui est pour la diversité. »
16:17Moi, d'abord, ma seule règle,
16:19est-ce que c'était drôle ou pas ?
16:21Mais dans le livre, vous dites,
16:21ça devient difficile pour un artiste.
16:23Ça devient, bien sûr que c'est difficile,
16:24mais pas que pour moi.
16:25J'ai retrouvé, tous les Juifs du cinéma aujourd'hui,
16:28tous les artistes,
16:29tous les comédiens ont de moins en moins de job.
16:31Il faut ouvrir les yeux.
16:32Le monde culturel est en train de boycotter
16:34les Juifs dans le monde entier.
16:36Vous allez à la Biennale de Vénise.
16:38Vous avez vu ce qui se passe ?
16:38Non, dans le livre, vous dites qu'on vous boycotte.
16:40Non, j'ai dit, il y a trois personnes
16:41qui m'ont appelé pour me dire
16:43« Je ne peux pas faire tes émissions de télé
16:45parce que si je fais tes émissions de télé,
16:47ma communauté va me massacrer. »
16:49Ce n'est pas pareil.
16:50Ce n'est pas l'artiste qui me dit
16:52« Je ne veux plus faire tes émissions de télé
16:53parce que tu as pris des positions. »
16:55C'est l'artiste qui me dit
16:56« Je voudrais bien les faire,
16:57mais si je les fais,
16:58ma communauté va me déglinguer. »
17:00C'est ça la vraie différence.
17:01C'est la pression de l'algorithme,
17:05c'est la pression des réseaux sociaux.
17:06Mais vous savez, ce boycott insidieux,
17:08il existe partout.
17:10Il existe dans la musique,
17:11il existe...
17:12Quand à la Philharmonie,
17:14il y a un orchestre israélien qui vient,
17:17il y a un boycott.
17:18À la Biennale, les artistes sont boycottés
17:20dans le monde entier.
17:22Quand il y a un chanteur
17:23qui représente Israël,
17:24ça fait un tollé.
17:26Quand il y a l'équipe de football israélienne
17:28qui vient jouer en France,
17:29ça met un bordel.
17:30Il y a une espèce de boycott,
17:31d'abord débile,
17:33si je peux permettre.
17:34Je vais vous expliquer pourquoi.
17:36Non, mais je vais vous expliquer en deux secondes.
17:37Et c'est important.
17:38Quand vous boycotez
17:39le chef d'orchestre israélien,
17:41il faut vous renseigner,
17:43c'est le plus fervent ennemi
17:46de Benjamin Netanyahou.
17:47Il prend des positions
17:48tous les jours contre lui
17:49et la moitié de son orchestre est arabe.
17:51Quand vous boycotez l'équipe de foot israélienne,
17:53la moitié de l'équipe de foot israélienne est arabe.
17:56Quand vous boycotez
17:57tous les peintres israéliens...
18:00Dans six mois, il y a un troisième livre.
18:02Non.
18:02Et dans douze mois, il y a un quatrième livre.
18:05Non, mais moi, je ne suis pas une machine à écrire.
18:06C'est un journal.
18:07J'ai terminé.
18:08C'est le journal d'un mec qui n'en sort pas.
18:10Mais oui, mais j'espère en sortir.
18:12Parce qu'il y a quand même,
18:13derrière tout ça, il y a de la lumière.
18:14Et j'espère qu'il y a encore de la lumière.
18:16Et j'espère qu'il va y avoir un sursaut.
18:18Et j'espère que les gens vont se réveiller,
18:20qu'on va sortir de cette espèce de folie
18:21où toutes les valeurs sont inversées.
18:23J'espère un jour que les gens vont se réveiller.
18:26Voilà.
18:27Réveillons-nous.
18:28Et moi, moi, j'espère que vous avez retrouvé
18:30le sommeil.
18:32Arthur, Jacques et ses bagues.
18:34Ça paraît chez Grasset.
18:35Merci.
18:35Même la nuit ne veut pas de moi.
18:37Merci.
18:37Merci.
Commentaires

Recommandations