00:00La parole est au Président Guillaume Gontard, pour le groupe écologiste Solidarité et Territoire.
00:06Merci Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre.
00:10Quelle devrait être l'attitude de la France face au gouvernement d'un État qui mène des guerres récurrentes contre
00:15ses voisins,
00:16les occupe militairement, les colonise et les annexe ?
00:19Quelle devrait être l'attitude de la France face à un gouvernement qui pratique l'apartheid envers un peuple occupé,
00:24rétablit la peine de mort seulement pour ce peuple, construit un mur pour s'en séparer et pratique la torture
00:30?
00:31Quelle devrait être l'attitude de la France face à un gouvernement qui organise un génocide et tue les journalistes
00:37qui le documentent ?
00:38Quelle devrait être l'attitude de la France face à un gouvernement qui commet des actes de piraterie dans les
00:43zones internationales
00:44pour arrêter, humilier, torturer et violer des humanitaires ?
00:49Quelle devrait être l'attitude de la France face à un ministre qui, si fier d'une telle barbarie,
00:54humilie encore ses militants devant les caméras ?
00:57Monsieur le Premier Ministre, ce gouvernement voyou existe.
01:00C'est celui de Netanyahou.
01:02Il cherche à faire disparaître la Palestine et agresse le Liban, notre allié traditionnel.
01:08600 de nos soldats de la Finule sont pris entre le tir de Tsaal et du Hezbollah sans que la
01:13France n'agisse pour un cessez-le-feu.
01:14Monsieur le Premier Ministre, le gouvernement israélien nous humilie tous les jours.
01:19Alors que nous aurions dû décréter un embargo sur les armes, c'est Israël qui annonce il y a deux
01:24mois ne plus nous en acheter.
01:26La semaine dernière, son ambassadeur a séché votre convocation.
01:30Cette impunité érigée en système encourage toutes les provocations et les pires atrocités.
01:36Monsieur le Premier Ministre, coopérez pleinement avec la CPI et appliquez ces mandats d'arrêt.
01:42Plaidez avec force pour la suspension de l'accord Union Européenne-Israël.
01:47Exigez des observateurs indépendants dans les prisons de Tsaal.
01:52Et soyez à l'initiative d'une large coalition de la paix pour imposer un corridor humanitaire protégé militairement vers
02:00Gaza.
02:01Enfin, la France a reconnu l'état de Palestine.
02:04Ouvrez notre ambassade.
02:09Pour vous répondre, la parole est au Premier Ministre.
02:13Merci Monsieur le Président du Sénat.
02:15Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Monsieur le Président Gontard, je vais essayer de vous répondre le plus précisément possible.
02:21Et dans un dossier, dans une situation qui est plus que grave, je crois qu'il faut faire preuve de
02:27précision et de nuance.
02:30Précision, merci dans le choix de vos mots parce que j'ai suffisamment combattu la France insoumise dans l'hémicycle
02:36de l'Assemblée nationale qui, pour des raisons absolument abjectes, entretenait la confusion entre État, gouvernement et peuple s'agissant
02:47d'Israël.
02:48Et je redémarre par là, ce que nous apprenions jadis à l'école en éducation civique, un peuple a le
02:54droit à son existence, particulièrement le peuple israélien, avec son État.
03:00Dès lors, cela permet de critiquer le gouvernement qui est à la tête de cet État.
03:04Et si ces choses sont entendues dans cet hémicycle, ce n'est pas toujours contagieux d'un point de vue
03:08bicaméral avec l'Assemblée nationale et singulièrement le groupe de la France insoumise.
03:12Donc déjà, je voulais commencer par la clarté des choses. On peut défendre l'État d'Israël, son existence, sa
03:19capacité à se défendre, la sécurité de son peuple et critiquer son gouvernement.
03:24Ceci étant dit, deuxième chose, je crois que, et ça a été suffisamment reproché de la diplomatie française depuis maintenant
03:31plus de deux ans, j'en sais quelque chose comme ancien ministre des Armées,
03:35nous sommes le premier pays européen à clairement nous être fâchés avec le gouvernement israélien.
03:42Et pour quelles raisons ? Le droit international, les frappes à Gaza, parfois même la protection de nos propres intérêts,
03:49la sécurité de nos soldats,
03:51notamment qui servent dans le cas d'un mandat des Nations Unies, la finule.
03:55Et rappelez-vous, la sécurité pour la sortie de nos propres otages qui étaient en détention par le Hamas,
04:01sur lequel nous avions une divergence de vue de stratégie très profonde sur la manière de les faire sortir, justement,
04:07des mains de leurs geôliers ?
04:09Première chose. Deuxième chose, M. le Président, il ne faut pas laisser croire que, précisément, nous n'avons rien fait.
04:16Il n'y a pas, et ça, pour le coup, je le répéterai à l'envie jusqu'à la fin,
04:22il n'y a pas de vente d'armes françaises à Israël.
04:25Il n'y en a pas. Donc, arrêtons de dire, embargo, pas embargo, c'est Israël qui décide de ne
04:31pas nous en acheter.
04:31Nous avons pris une décision politique. Celle-ci a été prise, d'ailleurs, par des gouvernements bien avant nous.
04:37Quand je dis des gouvernements, des présidents de la République bien avant nous.
04:40Et pour cause, les membres de la Commission de la Défense, ici, on savent quelque chose,
04:43Israël est un des plus gros concurrents de l'industrie de défense française.
04:47Donc, arrêtons de faire croire qu'il y a des logiques de dépendance.
04:50Ce n'est pas vrai. Les seuls composants qui existent, les seuls, et nous l'assumons,
04:55ce sont des composants pour les missiles de défense SOL-R qui servent pour le dôme de fer israélien.
05:02Et pour quelles raisons ? Parce que le dôme de fer protège des populations civiles.
05:07On revient à la population et le peuple.
05:09Donc, de grâce, on peut combattre le gouvernement, le président de la République, tout ça étant entendu.
05:13Ne laissons pas à croire, à des Françaises et des Français qui nous regardent,
05:16que, au fond, non, non, mais, vous voyez bien sur les réseaux sociaux, j'en profite, pardon, président Gontard,
05:22mais enfin, il y a quand même cette ambiguïté qui est créée par on sait qui, très, très, très, très
05:26à gauche,
05:27laissant entendre, au fond, à plein de citoyens français, de bonne foi,
05:31que le gouvernement de la République n'est pas clair sur les ventes d'armes en Israël.
05:35Ensuite, il y a tout ce que la diplomatie française fait.
05:39Vous n'avez pas rappelé dans votre question la reconnaissance par la France des deux États.
05:43Vous l'avez fait à la fin en appelant, évidemment, l'ouverture de l'ambassade.
05:46Le ministre s'est déjà exprimé sur le sujet.
05:48Mais allons jusqu'au bout de la question aussi sur le comportement,
05:51puisque État, peuple, gouvernement, le comportement de ce ministre israélien,
05:57qui est un comportement qu'il faut politiquement condamner, moralement condamner,
06:01c'est entendu, mais ça ne suffit pas.
06:03Je l'ai dit hier à votre collègue et homologue, la présidente Châtelain à l'Assemblée nationale,
06:07ça ne suffit pas parce qu'il est récidiviste,
06:09ça ne suffit pas parce qu'il est clairement dans une incitation à la haine,
06:13puis, pardon, nous sommes dans le Parlement de la République, ici, française.
06:16En plus, ça ne peut pas suffire parce qu'il y a des ressortissants français
06:19qui étaient concernés par cette mise en scène complètement scandaleuse
06:23et qu'il faut dénoncer.
06:24C'est pour ça qu'une première décision a été prise,
06:27interdiction du territoire national pour ce ministre, ça ne suffit pas.
06:30La deuxième décision qui doit être prise, ce sont des sanctions.
06:33Vous savez, comme moi, président Gontard, qu'elles ne sont efficaces
06:35que si elles sont prises à l'échelle de l'Union européenne.
06:38Le changement à la tête de la Hongrie a déjà permis, vous le savez,
06:42un paquet de sanctions sur des colons d'être pris
06:44et nous souhaitons fortement que ces sanctions puissent être prises.
06:48Les choses, est-ce qu'elles sont trop lentes ?
06:50La réponse est oui.
06:51Notez que les Verts allemands, jusqu'à il y a peu,
06:54eux-mêmes se refusaient à ce genre de choses,
06:57ils ont changé d'avis.
06:57Donc il faut qu'on arrive à tout prix,
06:59parce que l'Allemagne est évidemment, vous le savez,
07:01mais M. Jadot, vous savez bien que l'Allemagne est l'élément
07:03qui permet d'avoir une majorité pour ce faire,
07:05et donc il nous faut convaincre les partenaires de la CDU
07:08de changer de position sur ce sujet.
07:10Disons les choses là aussi aux Françaises et aux Français
07:11qui nous regardent, nous souhaitons, nous, la France,
07:13que fait le gouvernement, des sanctions pour ce faire.
07:16Troisième chose, il y a des citoyens français dans cette mise en scène.
07:18Ça veut donc dire que le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères
07:20va recevoir les avocats de nos compatriotes français
07:23qui sont concernés.
07:24Un examen juridique est en train d'être fait,
07:27et je souhaite à titre personnel,
07:28si les éléments sont constitués,
07:29que nous puissions saisir la justice française,
07:32parce qu'on parle de citoyens français,
07:35que nous croyons encore à l'état de droit,
07:37à la relation entre les États,
07:39à un fonctionnement normal,
07:40il faut bien le reconnaître,
07:42de notre diplomatie,
07:43et par définition,
07:44si la justice française doit être saisie,
07:45elle sera saisie.
07:46Mais je pense qu'il ne faut pas se laisser aller dans le piège
07:49qui nous est tendu par une partie de l'extrême droite israélienne,
07:52pour dire les choses très directement.
07:54Il y a la diplomatie,
07:55il y a la grande histoire,
07:56et celle-là, pour le coup,
07:57elle passe par la défense de nos intérêts,
07:59mais aussi de nos valeurs.
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