00:01L'invité d'RTL Soir
00:03Notre grand invité est Philippe Chalmin, économiste et professeur à l'université Paris-Dauphine, spécialiste des marchés d'énergie. Bonsoir.
00:11Bonsoir.
00:11D'abord le baril de pétrole qui passe dans la nuit de 110 dollars à 94 dollars, ça se traduit
00:17par une baisse de combien in fine sur un litre de carburant à la pompe ?
00:22Alors autrefois, c'est-à-dire il y a encore quelques semaines, je vous aurais dit presque sur deux mois
00:29que 1 dollar le baril égale 1 centime à la pompe, en général plus rapidement à la hausse qu'à
00:36la baisse, mais à la fin du jour c'était à peu près le calcul qu'on pouvait faire.
00:41Donc ça aurait fait 16 centimes.
00:43Alors ça ferait théoriquement 16 centimes, méfions-nous quand même de l'extrême volatilité des marchés.
00:50On a déjà connu le 9 mars, lorsque les Iraniens avaient été élus Moshtar Rameini comme nouveau guide suprême.
00:58Donc le fils de...
01:00Le fils Ali.
01:01On avait eu dans la journée des variations d'une ampleur d'une trentaine de dollars le baril.
01:06Et d'autre part, le baril dont nous parlons, c'est le baril financier un petit peu sur les marchés
01:13à terme, dans la vie réelle, c'est-à-dire le baril physique, il était encore hier plutôt dans la
01:21zone des 140 dollars le baril.
01:24Et donc, ça va baisser, là on ne peut pas le mesurer encore, ça va baisser, et disons que j
01:31'ai entendu, comme vous, monsieur Lecornu, qui est allé dire que ça allait baisser,
01:36on peut estimer que dans le courant de la semaine prochaine, parce que quand même il y a le cessez
01:42-le-feu,
01:42donc les navires repassent peu à peu par le détroit d'Ormouz,
01:46on va vers une certaine détente, et on devrait perdre ou gagner 5 à 10 centimes dans le courant de
01:53la semaine prochaine.
01:54Voilà, à peu près, là, je pense que je ne m'avance pas trop.
01:58Lui, il a dit d'ailleurs, effectivement, il a pris la parole pour dire, maintenant il faut que ça baisse
02:03très vite,
02:03et il a dit, week-end, début de semaine prochaine.
02:06Donc il est un petit peu optimiste, c'est ça que vous nous dites ?
02:09Disons que ça prendra un tout petit peu de temps.
02:12Il y a eu un signal très positif, qui est quand même la décision prise par Total,
02:18de maintenir son plafond en ce qui concerne les 500 plombs 95 à 1,99,
02:26de le remonter, par contre, pour le diesel,
02:29car parce que, incontestablement, nous allons avoir plus de temps et plus de problèmes
02:34à un certain retour à la normale pour le diesel.
02:37Mais quand je dis retour à la normale, attention !
02:40Je vous rappelle qu'au début de l'année, nous étions à 60 dollars le baril.
02:45Là, pour l'instant, il n'est pas question de revenir à ces niveaux-là.
02:48On sera bien content si, dans les 15 jours, si effectivement les négociations aboutissent, etc.,
02:56si on arrive à se maintenir dans la zone des 80-90.
03:00Je me trouve déjà très optimiste dans cette vision.
03:04Oui, déjà, il faut viser la stabilité pour que tout ça se mette en place.
03:08Vous parliez du diesel, donc, qui est monté plus vite, plus haut.
03:12Est-ce qu'il va descendre plus vite ?
03:13Non, pas forcément.
03:15Pourquoi ?
03:15Parce que, tout simplement, nous avons des problèmes de raffinage en Europe,
03:19que nous sommes, finalement, déficitaires en diesel,
03:24donc nous devons l'importer, les marchés en tiennent compte.
03:27La marge de raffinage sur le diesel est beaucoup plus importante que sur l'essence.
03:31Sur l'essence, elle est quasiment négative, c'est sur le diesel qu'aujourd'hui, on se rattrape.
03:36Et puis, n'oubliez pas, on vient de dire qu'il y avait des frappes sur l'Iran, sur le
03:42Liban, pardon.
03:43Il y a eu, en fin de matinée, une frappe iranienne sur l'oléoduc qui traverse l'Arabie Saoudite.
03:51Vous savez qu'il y a un gros oléoduc qui part du golfe Persique
03:54et qui arrive sur la mer Rouge, à Yambou,
03:57et c'est par là qu'à l'heure actuelle, l'essentiel du pétrole saoudien sort.
04:01Il y a eu une frappe iranienne sur ces toléoducs, malgré le cessez-le-feu.
04:09Il y a eu une violation du cessez-le-feu par l'Iran, c'est ce que vous nous dites.
04:11Alors, est-ce que c'est une violation ?
04:13Ils se sont engagés à ne pas taper les bateaux dans le détroit d'Hormuz.
04:19Est-ce que leur engagement va vis-à-vis des autres pays arabes ?
04:25Et l'Arabie Saoudite en particulier, ça n'est pas évident du tout.
04:29On parlait tout à l'heure de la durée pour que ce soit répercuté vraiment à la pompe.
04:33Est-ce que, si ça prend du temps, c'est parce que les automobilistes attendent
04:37avant de faire leur plein, ils attendent que ça baisse encore,
04:40et par conséquent, les cuves des stations restent pleines,
04:44on ne peut pas écouler ce carburant acheté cher.
04:48Alors, c'est évident que, pour l'instant, les distributeurs,
04:53ils ont des cuves pleines avec de l'essence ou du diesel
04:56qu'ils ont achetées au plus haut, il faut les écouler.
05:00Néanmoins, il faut quand même être clair,
05:03la grande distribution a quand même globalement joué le jeu.
05:08Le carburant, pour eux, c'est un produit d'appel,
05:11ils en sont conscients, et on a vu les déclarations des uns et des autres.
05:15Donc, je n'ai pas trop d'inquiétude là-dessus,
05:18maintenant, il faut savoir raison garder,
05:22on a ce cessez-le-feu,
05:24on a des négociations qui commencent vendredi,
05:30objectivement, les dix points proposés par l'Iran
05:34sont très très loin de ce que souhaitait Donald Trump.
05:38Alors, il a fait un retournement extraordinaire en disant qu'il avait gagné,
05:41au fond, il arrive à réouvrir un détroit qui était ouvert avant les frappes.
05:49Oui, c'est ça.
05:50C'est-à-dire qu'avant, tout le monde circulait librement,
05:52aujourd'hui, il faut négocier avec l'Iran pour pouvoir laisser passer les bateaux,
05:56et l'Iran va aussi demander de payer au passage.
06:00Est-ce que ça, par exemple, ça peut aussi faire monter le prix des carburants ?
06:03Alors, il se dit que le tarif qui était pratiqué de manière informelle ces derniers jours,
06:10c'était un dollar le baril.
06:12Puisqu'un gros bateau, ce qu'on appelle un VLCC, les super tankers,
06:17ça balade deux millions de barils,
06:19donc ça faisait deux millions de dollars,
06:21et on disait qu'on payait deux millions de dollars par bateau.
06:24Un dollar le baril, allez, c'est supportable, ça fait un centime le litre.
06:29C'est toujours mieux que d'avoir un détroit dormi bloqué.
06:32C'est quand même une nouveauté.
06:33Et à la limite, sans s'en rendre compte,
06:37Trump a donné à l'Iran un pouvoir auquel celui-ci ne songeait absolument pas.
06:42Alors, même si, normalement, le droit de passage devrait être partagé entre l'Iran et Omane.
06:49On va voir si ça passe, ce sera quand même dans la négociation.
06:52Et alors, le gaz.
06:53On a appris cet après-midi que le prix de référence qui concerne les trois quarts des consommateurs en France
06:57allait augmenter de 15,4%.
06:59Le mois prochain, sur les factures du mois de mai,
07:01c'est une hausse à contre-courant des événements du jour, bien sûr,
07:04puisque le cours du gaz a plongé de 20% dans cette nuit.
07:08Je crois qu'il a remonté un petit peu.
07:09Là, le réajustement risque de prendre beaucoup plus de temps ?
07:12Alors, sur le gaz, il faut raison garder.
07:15Le gros de la hausse, il faut se rendre compte que,
07:18en moyenne, au mois de mars par rapport au mois de février,
07:21le prix du gaz gazeux sur le marché européen a augmenté en moyenne de 63%.
07:27Ce qu'on appelle le TTF, c'est-à-dire le marché spot européen.
07:32Sur le marché asiatique, le prix du gaz naturel liquéfié, lui, a augmenté de 84%.
07:38Et pour l'instant, il y a des tankers qui passent hors mousse.
07:42Il n'y a pas eu de métallier.
07:43Et donc, je pense que sur le gaz, il va falloir attendre encore un petit peu,
07:49se dire simplement...
07:51Alors, c'est vrai, on était...
07:52Je reviens sur les prix européens.
07:55Avant, on était à 30 euros le mégawatt-heure.
07:58À un moment, on est monté à 70.
08:00On est actuellement dans la zone des 50.
08:03Et je pense qu'on va y rester.
08:06Je rappellerai simplement qu'en 2022-2023, on était monté à 300.
08:12Oui, et on reste encore plus supportable qu'à l'époque.
08:16Mais il est clair que les factures de gaz des Français vont augmenter.
08:20Et au-delà des tarifs réglementés et autres, sur le marché libre,
08:25lorsque vous allez renégocier le prix du gaz de votre immeuble, par exemple,
08:30vous risquez de vous retrouver avec une facture en hausse de peut-être 50%.
08:35Quand même !
08:36Ah, quand même !
08:37Quelle que soit l'évolution de la situation au Moyen-Orient.
08:40Parce que le marché va être très tendu.
08:43Nous sommes aujourd'hui...
08:45Nous n'importons pratiquement plus de gaz russe.
08:47Par contre, nous apportons du gaz naturel liquéfié en provenance des Etats-Unis.
08:52Mais l'Asie aussi.
08:53Et donc, il y a une concurrence entre l'Asie et l'Europe.
08:55Il ne faut pas trop se faire d'illusions sur le gaz.
08:58La baisse des prix sera plus lente.
09:00Et l'impact en termes de hausse pour les consommateurs risque d'être quand même plus sensible.
09:07Merci beaucoup, Philippe Chalmin, pour ces explications.
09:10Dans un instant, on retrouve la petite bande d'RTL Soir,
09:13le petit phénomène du jour d'Emma Guessel,
09:14la tentation du soir qui est un merveilleux film sur un enfant élevé par des autruches dans le désert.
09:19Et l'info qu'on a failli rater va nous emmener en je ne sais plus où.
09:22A tout de suite !
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