00:12Dans la matinale, on se pose cette question, est-ce que 2026 sera enfin l'année de la reprise pour
00:18la promotion immobilière, la construction ?
00:20Cette question la pose à un spécialiste, il est sur le terrain tous les jours, Ludovic Mentodon. Bonjour.
00:24Bonjour Fabrice.
00:25Vous êtes le PDG du groupe Tisserin et c'est vrai qu'on a eu beaucoup de questions, notamment au
00:31MIPIM, le grand salon de l'immobilier international, il y a encore une quinzaine de jours à Cannes.
00:37Et notamment avec ces inquiétudes dues à l'actualité, on sentait quand même qu'on était arrivé à un point
00:42très bas sur la promotion, sur la construction et que ça pouvait repartir.
00:46Est-ce que justement la guerre va remettre ça en question ?
00:49Première question Ludovic pour nous éclairer, le groupe Tisserin, où vous en êtes aujourd'hui ? Qu'est-ce que
00:54ça représente ?
00:55Alors le groupe Tisserin, juste pour rappeler, c'est un groupe un peu particulier, une sorte d'ovni dans l
01:00'immobilier, dans le monde de l'immobilier, puisque c'est un groupe coopératif.
01:03Oui.
01:04Qui a cette spécificité de pouvoir intervenir aussi bien dans le champ concurrentiel et on est avant tout promoteur immobilier
01:10avec les mêmes critères que nos confrères, les mêmes critères de rentabilité,
01:15mais qui interviennent également dans le monde du logement social.
01:18Donc on cultive une forme de schizophrénie.
01:21Avec le lundi, nous sommes à la FPI et puis le mardi, nous travaillons avec l'USH.
01:26Donc on voit un peu comment fonctionnent ces deux mondes et nous essayons de faire un pont à notre manière
01:32entre ces deux mondes.
01:34Le pont, il a été fait parce que c'est quand même les bailleurs sociaux en particulier qui sont venus
01:38à la rescousse et rachetés en bloc des programmes qui n'arrivaient plus à se vendre ces dernières années.
01:42C'est vrai.
01:43Aujourd'hui, c'est un peu moins le cas. On a l'impression que ça s'équilibre. Comment vous avez
01:47vécu ces années particulières ?
01:49Justement parce qu'on est aussi bailleurs sociaux, on sait que le modèle économique des bailleurs sociaux est compliqué aujourd
01:54'hui.
01:55Il faut qu'ils fassent face au mur de la réhabilitation avec de forts investissements à réaliser dans les années
02:05qui viennent pour faire monter en gamme, réhabiliter leurs parcs.
02:10Et puis en même temps, on leur demande de construire du logement neuf.
02:12Il y a un moment où forcément un petit effet ciseau intervient.
02:16Donc ils ont dû baisser leurs investissements.
02:18La crise les a aussi touchés.
02:21La hausse des taux d'intérêt a eu un impact sur leur modèle économique.
02:24Donc c'est vrai qu'aujourd'hui, ils investissent moins.
02:29Après, les promoteurs sentaient, je pense, comme moi, ces derniers mois, une légère reprise, un petit vent frais qui semblait
02:38arriver.
02:38Comme si les uns et les autres avaient décidé que la crise était terminée et qu'enfin, ça allait reprendre.
02:44Vous avez cité la guerre au Moyen-Orient qui pourrait avoir un impact similaire peut-être à celui que nous
02:50avons connu en 2022.
02:52Une hausse à nouveau des taux d'intérêt peut-être.
02:56Une hausse des prix de revient.
02:58Et ça, ça retarderait d'autant cette reprise qui semblait arriver, en tout cas, qu'on aspirait tous de nos
03:08voeux.
03:09Ça pourrait être la fin de l'éclaircie.
03:10Bon, on ne l'espère pas, évidemment.
03:11On espère une résolution rapide.
03:12Mais c'est toujours compliqué.
03:14En tout cas, vous avez décidé depuis quelques temps, justement, peut-être à un rebord de certains, d'une certaine
03:20montée en gamme.
03:20Vous vous êtes dit, finalement, que ce n'est pas la peine de brader ou faire des choses low cost.
03:24Au contraire, on va faire des choses de qualité qui vont durer dans le temps.
03:28Oui, beaucoup de nos confrères considèrent aujourd'hui que le seul vecteur d'achat, de la part de nos clients,
03:34c'est le prix.
03:35Il faut proposer un prix le plus bas possible.
03:38C'est vrai que ça joue, évidemment.
03:40Nous, on a fait un choix différent, se positionnant sur un produit plus qualitatif, plus patrimonial, peut-être.
03:46On n'hésite pas, de fait, à vendre plus cher.
03:49C'est l'effet premier.
03:51Si on met plus de choses dans nos logements, plus de qualité, qualité architecturale, notamment travailler les matériaux de façade,
03:58la qualité d'usage, la performance écologique.
04:00Dit comme ça, ça fait un peu tarte à la crème.
04:03Tout le monde le dit, ça.
04:04Tout le monde le dit, voilà.
04:05Donc, comment on le prouve, comment on le montre ?
04:06Nous, ça se traduit dans nos prix de vente, bien souvent, puisqu'on a un produit un peu plus cher
04:11que celui des autres.
04:13Pas beaucoup, beaucoup plus cher, mais un peu plus cher.
04:16Mais on part du principe que cette qualité apporte quelque chose aux villes, aux résidents, aux occupants, mais également à
04:24ceux qui nous achètent ces logements aujourd'hui.
04:26Et on l'a dit, principalement des bailleurs sociaux, mais aussi des foncières privées qui semblent revenir sur le marché
04:33du résidentiel en France.
04:34Et on leur explique, en travaillant avec eux, qu'ils ont intérêt à acheter ce produit un peu plus qualitatif.
04:41C'est pour ça qu'on parle de montée en gamme.
04:44On essaie de travailler tout ce qui va venir renforcer le bilan de ces foncières.
04:52Une question d'actualité, on est au sortir des élections municipales.
04:55Ça y est, cette page est derrière nous.
04:58Souvent, ça peut bloquer certains projets.
05:00Est-ce que vous attendez justement un effet rebond après ces élections municipales ?
05:05Oui, forcément. Je pense que la question du logement est enfin apparue ces derniers mois comme étant importante.
05:12Le Premier ministre, au mois de janvier, avait fait un discours assez porteur sur la question du logement.
05:17Je pense que les élus se sont rendus compte, et principalement les maires, que la question du logement était une
05:24question que portait, qui interrogeait leurs concitoyens.
05:27Donc, je pense qu'il y aurait une reprise.
05:28Après, il faudra que les équipes se mettent en place.
05:31Quand il y a continuité, ça ira plus vite.
05:33Quand il y a changement, ça va prendre de nouveau quelques mois, afin que ces élus définissent une ligne directrice,
05:41et qu'on puisse travailler à nouveau de manière plus fluide avec eux.
05:46Et forcément, c'est une bonne chose.
05:48Sébastien Lecorni, le Premier ministre, qui a annoncé un objectif de 400 000 logements par an,
05:54avec, c'est vrai, une mesure qui avait été annoncée, qui avait été travaillée avec Madame l'État, l'ancienne
05:59ministre du Logement.
05:59Finalement, ce ne sera pas l'État, ce sera le Jean-Brun, ce dispositif, pour une durée de trois ans.
06:06Comment vous regardez ce dispositif ?
06:08Est-ce qu'il y a déjà des marques d'intérêt de la part des investisseurs ?
06:13Il y a des marques d'intérêt.
06:15De la part des investisseurs, c'est un peu tôt encore.
06:17Mais il y a beaucoup de marques d'intérêt de la part des établissements financiers, des banques,
06:21qui portent ce produit en mettant en place des dispositifs pour l'accompagner,
06:26accompagner sa mise en place.
06:27Donc ça, c'est plutôt positif.
06:28Ça veut dire que ces banques ont plutôt envie de prêter à des particuliers
06:32pour que, de nouveau, ils investissent dans l'immobilier.
06:34Ça, c'est une très bonne chose.
06:36Pour le reste, je pense qu'il est encore un peu trop tôt pour aller juger de l'efficacité du
06:41système.
06:44Plus largement, je pense que c'était le signe positif, le petit déclic que l'on attendait pour dire
06:49« Allez, maintenant, c'est terminé, ça repart. »
06:51Malgré le fait, peut-être qu'on ait eu des dérives à un moment, avec Pinel ou avec d'autres
06:56dispositifs,
06:57où on ne regarde plus finalement le bâtillon, on regarde sa défiscalisation,
07:00on voit ça comme un produit financier.
07:02Il ne faut pas oublier quand même que le logement, c'est avant tout de la pierre.
07:05C'est très concret.
07:05C'est vrai que, personnellement, j'ai souvent dit que ces lois de défiscalisation apportaient plus de choses négatives
07:12que de choses positives, parce qu'elles nous amènent, nous, promoteurs immobiliers, acteurs du secteur,
07:16à considérer l'immobilier comme un produit financier.
07:20Et d'ailleurs, tout le secteur s'est organisé ces 20 ou 30 dernières années autour de ce produit financier,
07:26avec des réseaux de commercialisation, avec des promoteurs comme nous,
07:30qui ne regardions qu'une chose finalement, c'était proposer un produit financier
07:35que nos acquéreurs étaient capables de financer.
07:38Donc, on était loin de l'achat patrimonial que je vendais il y a quelques minutes.
07:43Mais après, il ne faut pas cracher dans la soupe.
07:45Je pense qu'il faut se rappeler aussi que l'investissement immobilier,
07:50pour beaucoup de nos concitoyens, des particuliers,
07:52ça fait partie aussi d'un capital qu'ils peuvent constituer pour leur retraite,
07:58on l'a souvent entendu. Donc, il y a quand même des côtés positifs.
08:01Et le Jean-Brun est un signe positif.
08:04Donc, on prend ce dispositif, ce qui n'empêche pas,
08:07en tout cas, vous n'avez pas modifié votre ligne par rapport à ce dispositif,
08:09vous continuerez à construire.
08:12Vous dites que finalement, faire du beau et même du durable,
08:14c'est plus rentable dans le temps.
08:18Oui, en effet, c'est déjà un bon moyen de convaincre les maires
08:21de signer des permis de construire.
08:22Et de signer permis de construire qui ont la densité
08:27qui est inscrite dans les documents d'urbanisme.
08:30Vous savez comment ça se passe.
08:31On va voir un élu avec un projet à trois étages.
08:34On revient avec deux étages quand on sort de ce bureau
08:37parce qu'ils ont peur de la densité.
08:39Nous, on leur propose de travailler comment l'immeuble
08:43où les maisons vont s'inscrire dans leur ville,
08:46comment ces constructions vont venir embellir la ville
08:50pour les années qui viennent.
08:52C'est un discours qu'ils aiment entendre, forcément.
08:55Qu'ils comprennent aussi, parce qu'ils savent bien
08:57que si on fait une façade en pierre de taille ou en briques,
09:00ça coûte forcément plus cher qu'un enduit.
09:03Ils apprécient ce discours et ça les amène
09:05à travailler avec nous un peu différemment.
09:07Donc ça, c'est quand même quelque chose de positif.
09:11Voilà, d'ailleurs, on ne réfléchit plus à la parcelle,
09:14mais bien à Lilo, un aménagement plus global,
09:16effectivement, du quartier et de la ville.
09:19Merci, en tout cas, pour ce point de vue, Ludovic Montaudan.
09:22Je rappelle que vous êtes PDG du groupe Tisserin
09:24et à très bientôt dans Smartimo.
09:25À bientôt, au revoir.
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