00:00Sud Radio, le grand matin week-end, 7h10, Maxime Liedot.
00:05Il est 8h21 sur Sud Radio et à la Une ce matin, alors qu'hier à Saint-Denis, des voix
00:09étaient en soutien au nouveau maire qui en tout cas défraye la chronique Bali Bagayoko,
00:15maire affilié à la France Insoumise et qui a bien sûr déchaîné les journalistes et parfois même les insultes racistes
00:22quand on essaye d'étudier sa politique.
00:24On parle de désarmement de la police, on parle en tout cas d'une fonction publique qui doit être absolument
00:29derrière lui
00:30et on avait envie d'en parler avec quelqu'un qui découvre la politique et qui n'a jamais tu
00:35sa voix quand il était policier municipal.
00:37Bonjour Abdoulaye Kanté.
00:39Bonjour, bonjour à tous.
00:40Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, vous êtes donc conseiller à la mairie de Paris depuis quelques jours
00:44maintenant, déjà félicitations,
00:46et toujours policier municipal.
00:49Première question.
00:49Police nationale, nationale, nationale.
00:51Police nationale, pardonnez-moi, pardonnez-moi, police nationale.
00:53Première question, en ce dimanche matin, hier se tenait un rassemblement,
00:58donc on soutient au nouveau maire Bali Bagayoko, maire de Saint-Denis, en haut de l'affiche depuis son élection,
01:03affilié à l'FI, avec une volonté de désarmer la police, une volonté aussi d'aligner le personnel municipal,
01:09on a connu une surenchère verbale.
01:11Vous, avec votre double casquette de nouvel élu, mais aussi de policier national, comment vous regardez tout ça ?
01:19Alors tout d'abord, déjà, par rapport au rassemblement qu'il y a eu,
01:22donc effectivement, on ne peut que lui apporter son soutien face, évidemment, aux propos qui étaient inacceptables en s'en
01:28rendant compte,
01:29mais pour autant, ce n'est pas parce qu'effectivement, il peut y avoir des propos qu'on ne peut
01:33pas non plus critiquer une politique
01:34qui ne va pas dans le sens, notamment, de la sécurité des habitants.
01:38Moi, ça fait des années que je refuse d'opposer apaisement et sécurité, parce que si vous voulez de l
01:44'apaisement, il faut de la sécurité.
01:46Les premières politiques, les premières décisions qui ont été mises en place, notamment en allant dans le sens de vouloir
01:51désarmer la police municipale,
01:53c'est-à-dire en commençant par le LBD, je pense que le problème a été pris à l'envers,
01:57parce que dans la doctrine, on va dire, française notamment, on essaye toujours de chercher des escalades,
02:02notamment quand on cherche à neutraliser un individu, forcément, vous allez user de tous moyens.
02:08Donc, si vous prenez le problème à l'envers, c'est-à-dire que vous gardez quand même les armes
02:13létales,
02:13mais vous enlevez les armes non létales, je trouve qu'il y a une forme d'incohérence.
02:17Et est-ce qu'il n'y a pas, justement, vous parlez d'incohérence, beaucoup d'arguments, en tout cas
02:22contre le maire,
02:22que lui réfute à longueur d'interview, il dit, mais si vous désarmez la police, c'est-à-dire avec
02:27le LBD qui servait d'arme intermédiaire,
02:29je le dis avec mes mots, il n'y a pas de technicité dans ce que je dis, mais ça
02:33veut dire qu'il ne reste plus que l'arme de point.
02:35Est-ce que ce n'est pas totalement même contre-productif, on ne pas dire dangereux, pour tous les policiers
02:39qui sont là sur le terrain ?
02:41Le souci, c'est qu'aujourd'hui, je sais que dans le verbatim, notamment de la France insoumise,
02:46qui disent qu'ils veulent à tout prix remettre en place la police de proximité qui a été supprimée par
02:50Nicolas Sarkozy il y a quelques années,
02:52je trouve qu'encore une fois, il y a une forme d'incohérence, parce qu'aujourd'hui, la police nationale
02:57et la police municipale
02:58essaient de travailler vraiment à une bonne coordination, ce qu'on appelle le continuum de sécurité,
03:03on sait qu'évidemment, la police nationale, il y a certaines missions qu'elle ne peut pas le faire,
03:06où elle n'a pas le temps, où elle n'a pas assez d'effectifs, donc vous avez la police
03:09municipale qui est présente là-dessus.
03:10Je vous rappelle qu'il y a quelques temps, les premiers intervenants sur certains attentats,
03:14qu'il y a eu notamment à Mulhouse, vous avez un policier municipal,
03:17s'il n'était pas armé, il n'avait pas son, comment dire, à quelque chose pour pouvoir se défendre,
03:22qu'est-ce qui serait passé ? Donc, encore une fois, c'est que qui protège ceux qui nous protègent
03:25?
03:26C'est que si vous désarmez, on va dire, la police municipale,
03:29ou bien un moyen qui peut permettre de protéger les citoyens, vos administrés,
03:32c'est sûr à certains que là, maintenant, vous savez, on ne dit pas qu'on n'a pas confiance
03:37à la population,
03:38mais aujourd'hui, nous vivons dans un monde où l'ultra-violence s'est désinhibée,
03:42où on sait que vous avez des attaques au couteau qui deviennent de plus en plus prénantes dans notre société.
03:47Que faire ?
03:47Vous savez, si vous n'allez pas venir avec votre bâton, excusez-moi, je vais caricaturer,
03:51vous n'allez pas venir avec votre bâton en mousse,
03:52c'est pour pouvoir intervenir sur quelqu'un qui est potentiellement soit armé d'un couteau ou d'un pistolet,
03:57ou peut-être aussi d'un véhicule qui est une lampe à destination.
04:00Il va falloir répondre de cela de manière pragmatique, en ayant du bon sens.
04:04Et encore une fois, après échanger avec mes collègues de la police municipale de Saint-Denis,
04:08oui, il y a une forme de, comment dire, je ne sais pas comment expliquer,
04:13mais de déception sur le fait qu'on a l'impression de vous enlever votre outil de travail.
04:18Et justement, pour rester Abdoulaye Kanté, en rappelant que vous êtes nouvellement élu à la mairie de Paris,
04:23que vous êtes resté, encore la double casquette n'est pas impossible, policier national,
04:28beaucoup de policiers, justement, en off, et vous devez avoir des échanges beaucoup plus réguliers
04:32que nous, dans la rédaction, on peut en avoir avec eux,
04:34évoquent même une volonté du nouveau maire de laisser en paix les quartiers dits sensibles des armées
04:39aux abords de Saint-Denis. Est-ce que vous confirmez ça ?
04:42Non, ça, par contre, je sais qu'il y a une volonté, évidemment, de vouloir essayer de trouver,
04:48de faire une forme d'apaisement, de ne pas être dans cette forme de présence policière
04:53qui pouvait rassurer les citoyens.
04:56Mais ce qui se passe, c'est qu'aujourd'hui, oui, voilà, il y a une forme de point d
05:00'interrogation,
05:01notamment au sein des forces de police municipales,
05:04et que derrière, on ne sait pas comment ça va se passer.
05:06Donc, là, les premières décisions qui ont été prises sont, pour l'instant, on va dire assez,
05:12limite, j'ai envie de vous dire, un choc pour les effectifs présents
05:15qui, voilà, ont cette volonté de vouloir quitter, notamment, cette ville.
05:20Et là, c'est sûr que j'espère, évidemment, qu'encore une fois,
05:26que peut-être on reviendra sur une décision qui ira dans le sens aussi de la sécurité des villes.
05:30De raison. Et on parle aussi d'un vent de mutation dans les rangs de la police à Saint-Denis.
05:35Est-ce que ça aussi, c'est juste, comme information, vous parliez des policiers
05:39qui n'ont peut-être, aujourd'hui, plus l'impression de servir leur métier,
05:43de ne plus pouvoir le faire, en tout cas correctement ?
05:46C'est malheureux, c'est malheureux à dire.
05:48C'est vrai que quand cette décision est arrivée,
05:50il y a, évidemment, sur du déclaratif, encore une fois,
05:53donc, rien n'a été officiel, mais sur le déclaratif, évidemment, des vérités de départ.
05:57Des vérités de départ sur le fait que, si on arrive, votre petit travail,
06:00pour l'instant, oui.
06:01Après, effectivement, la différence entre la police nationale et la police municipale,
06:05c'est que la police municipale, vous pouvez muter en fonction des demandes d'une autre municipalité,
06:10et ça, c'est plus facile pour l'effectif en lui-même.
06:14Mais aujourd'hui, c'est sûr que, voilà, quand on vous enlève, encore une fois, votre outil de travail,
06:18et que, d'ailleurs, ça ne vous permet pas de pouvoir travailler en toute sécurité,
06:22forcément, vous n'avez pas matière à rester sur ce lieu-là.
06:25– Abdoulaye Kanté, nouvellement élu à la mairie de Paris, toujours policier national.
06:29Une dernière question dans ce contexte, et je me permets de l'évoquer,
06:32parce que, hier, le maire de Saint-Denis, à l'occasion de ce rassemblement,
06:36qu'il a initié, Bali Bagayoko, à nouveau, dans l'espace public,
06:40et dans sa bouche, ont été reprononcées l'expression,
06:44qui s'installe, d'ailleurs, dans l'espace politique et médiatique,
06:46l'expression « Nouvelle France ».
06:48Comment, vous, le produit de l'intégration, que vous aviez raconté, d'ailleurs, dans un livre,
06:53« Policier, enfant de la République », il me semble, produit de cette intégration et de la méritocratie,
06:57comment vous regardez ces mots, comment vous regardez cette tendance ?
07:01– Disons qu'en fait, c'est comme le mot racisé,
07:04ce sont des mots qui, pour moi, ne sonnent pas en moi,
07:07dans le sens où il y a des discriminations qui existent,
07:10effectivement, il faut les dénoncer.
07:12Mais quand on parle de « Nouvelle France »,
07:13qu'est-ce qu'on devrait dire à cette France qui est là,
07:15cette France des gens méritants ?
07:17Lui, il en fait partie aussi.
07:18Tous ces maires nouvellement élus qui sont du fruit de l'immigration,
07:23qui sont arrivés, ont été élus démocratiquement.
07:25Est-ce que c'est à travers leur couleur de peau ou bien par leurs compétences ?
07:28Moi, ça m'embêterait qu'on me choisisse uniquement par ma couleur de peau.
07:32Si on me choisit, et si sur le fait, par rapport au fruit de mon travail,
07:36parce que j'ai démontré que je pouvais être le fruit de cette méritocratie,
07:40le fruit de cette promesse républicaine,
07:42c'est ça, en fait, qui fait la beauté de notre pays.
07:44On sait qu'il y a des difficultés.
07:45Mais encore une fois, c'est que si on nous prend uniquement à travers notre couleur de peau,
07:50ça va amoindrir, en fait, les compétences que l'on doit afficher pour servir notre pays.
07:54Et plus que jamais, encore une fois,
07:56j'incite vraiment les gens à s'engager, que ce soit dans des institutions,
08:00que ce soit régalien, dans toute forme de travail,
08:03qui peuvent permettre de faire avancer notre République,
08:06mais ne passez pas uniquement à travers votre couleur de peau.
08:09C'est votre compétence qui sera prise en compte.
08:11Moi, la Nouvelle-France, ce n'est pas ça.
08:13Moi, j'appelle ça la France des gens méritants.
08:15Et voilà, ça, en tout cas, le message est passé.
08:17Merci beaucoup, Abdoulaye Canté, d'avoir été avec nous ce matin,
08:19conseiller à la mairie de Paris, en tout cas,
08:21nouvellement élu à la mairie de Paris et policier national.
08:24Merci beaucoup d'avoir passé ce matin une tête dans le studio de Sud Radio.
08:26Merci beaucoup.
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