00:01RTL Matin
00:02Il est 7h39, Langue l'écho, François Langlais. Ce matin, vous nous emmenez donc du côté du détroit d'Ormuz,
00:07puisque les Iraniens veulent imposer un droit de passage pour les bateaux qui veulent y circuler.
00:12Droit de passage, François, c'est le mot élégant pour dire raquette, voire piraterie, comme vous l'évoquiez, c'est
00:17ça ?
00:17C'est du raquette, c'est de l'extorsion de fonds.
00:20Le Parlement iranien est en effet en train de voter une loi qui vise à installer un péage pour les
00:25navires qui transitent par ce bras de mer.
00:27Tarif, jusqu'à 2 millions de dollars par passage.
00:30Bon, à titre de comparaison, le prix moyen pour franchir le canal de Suez, c'est 500 000 euros, donc
00:354 fois moins cher.
00:36Ce bras de mer, d'une trentaine de kilomètres de large, au plus serré, c'est l'une des principales
00:41artères du commerce mondial.
00:43Bien sûr, c'est vital pour les hydrocarbures, les engrais, l'aluminium, l'hélium, le nafta, parce qu'il n
00:49'y a pas d'itinéraire bis.
00:51À cause de la géographie qui enclave les pays du Golfe.
00:53Mais attendez François, est-ce que l'Iran a le droit comme ça d'essayer, tac, je vais installer un
00:57péage ?
00:59Formellement non Thomas, parce que ne lui appartient que la bande côtière, des eaux dites territoriales.
01:04Mais vous savez, il y a un traité international des maires qui date du début des années 80, l'Iran
01:09ne l'a jamais ratifié.
01:11Bon, et en plus, j'allais dire, les gardiens de la révolution se contrefichent de la légalité.
01:15Ils exercent une contrainte par la violence, c'est-à-dire la menace d'attaquer les bateaux qui refuseraient de
01:22se plier à leur loi.
01:23En réalité, ce rançonnage a commencé l'été dernier de façon discrète et bon nombre de transporteurs ont accepté de
01:30payer, sans le dire.
01:31Téhéran aurait déjà reçu plus d'un milliard de dollars de ses prébandes.
01:34Et puis, en plus, aujourd'hui, le président américain, vous venez de le dire, semble prêt à arrêter la guerre
01:39tout en abandonnant Hormuz aux Iraniens,
01:43parce que le détroit n'est que peu utilisé par les Américains, au fond.
01:46Alors évidemment, François, en ce moment, on regarde tout au prisme de la pompe à essence.
01:49Quelles conséquences ça pourrait avoir sur l'essence et les autres produits ?
01:53Ça va les renchérir, parce que le prix du transport va grimper.
01:56Et puis, plus largement, si vous voulez, c'est un signal de plus qui témoigne de la montée des risques
02:01sur les routes commerciales internationales.
02:03Pendant des décennies, ces routes étaient sécurisées et jamais un État ne se serait arrogé, le droit de brigander le
02:10trafic.
02:11Bon, il y avait bien des pirates, au large de la Somalie, par exemple, ou en Asie, mais c'était
02:15de petits groupes, de criminels armés, pas des gouvernements.
02:18Et à part Hormuz, il y a d'autres artères comme ça qui subissent de telles perturbations ?
02:23Ah mais toutes les mers bouillonnent.
02:24A deux pas d'Hormuz, c'est le détroit de Bab-el-Mandeb qui permet de sortir de la mer
02:29Rouge.
02:29Il a vu son trafic chuter de plus de moitié à cause des attaques de rebelles outils.
02:34En Asie, c'est le détroit de Taïwan qui est passé de facto sous contrôle chinois.
02:39En Europe, c'est la mer Noire qui est devenue dangereuse à cause de la guerre d'Ukraine, bien sûr,
02:43tout comme la Baltique.
02:44Elle est le théâtre de manœuvres russes, de vols de drones, quand ce ne sont pas des navires chinois qui
02:50sectionnent les câbles sous-marins.
02:51En Amérique, souvenez-vous, c'était le canal de Panama qui a fait l'objet d'une lutte entre Pékin
02:56et Washington.
02:57Toutes les routes de la mondialisation, naguère paisible, se fragmentent sous la poussée des conflits.
03:03Naguère paisible, tout est dans le naguère. Merci beaucoup à vous François Langlais.
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