00:00Mathieu Bocoté, les nouveaux maires RN ont voulu marquer d'un symbole fort le basculement de leur ville dans le
00:07camp national en retirant de la devanture de leur mairie le drapeau européen.
00:11Plusieurs au centre sont indignes. Que comprendre de cette polémique ?
00:15Alors nous sommes devant une séquence qui nous permet de savoir quel est notre rapport à l'Europe aujourd'hui.
00:21Qu'entendons-nous par rapport à l'Union européenne et que cherches-toi à contester lorsqu'on retire le drapeau
00:27?
00:28Alors le point tournant, il faut se rappeler, l'apparition massive du drapeau européen dans la vie politique française, c
00:33'est surtout 2007.
00:352007, c'est-à-dire deux ans après le rejet de la Constitution européenne par les Français, Nicolas Sarkozy, tout
00:40juste élu, décide, donc dans sa photo de président, d'avoir, avec le drapeau français et le drapeau européen.
00:46Il avait annoncé qu'il signerait par ailleurs une forme de mini-traité, on s'en souvient, sans passer par
00:51les urnes.
00:52On le sait aussi, mais c'est à part le référendum. Donc quoi qu'il en soit, Nicolas Sarkozy décide
00:56en 2007 de dire le drapeau européen sera de plus en plus présent en France.
01:01Il ne sera pas le seul, il sera repris ensuite, relayé, que dis-je, par François Hollande en 2012, qui
01:07lui aussi dit le drapeau européen est désormais indissociable du drapeau français.
01:12Et plus encore, Emmanuel Macron, qui a fait de la construction européenne le cœur de son identité politique, a poussé
01:18ça encore plus loin.
01:19Donc on est ici devant quelque chose de transpartisan. Tous les partis qui se veulent partis de gouvernement ont décidé
01:25de placer le drapeau européen au cœur de l'espace symbolique et public français.
01:31Ensuite, ce drapeau, ce n'est pas simplement un bout de tissu, ce n'est pas un chiffon.
01:35Donc, à quoi réfère-t-il? Eh bien, on peut dire que depuis 25 ans à peu près, on pourrait
01:41dire depuis Maestridge, mais ça s'est accéléré ces dernières années, le projet européen s'est concrétisé comme jamais.
01:47C'est-à-dire qu'un transfert de souveraineté qui s'est opéré, on est passé d'une association d
01:52'États à la construction d'un ordre d'abord fédéral et néo-fédéral et de plus en plus unitaire, bien
01:57qu'il ne dise pas son nom.
01:58Donc, je voudrais vous donner quelques exemples. Le primat du droit européen sur le droit national, la constitution d'une
02:04forme de souveraineté européenne revendiquée par plusieurs, la revendication d'un peuple européen.
02:09On entend la formule de plus en plus. On a cette idée que la volonté de construire une défense européenne
02:15qui dépasserait peu à peu les défenses nationales.
02:18On parle de la mutualisation possible de l'arme nucléaire, ne l'oublions pas.
02:22Et on a vu la souveraineté des États se rétrécir peu à peu devant la souveraineté européenne nouvelle.
02:26Pourquoi je rappelle tout ça? Pour comprendre ce à quoi s'opposent les maires RN qui décident de décrocher le
02:34drapeau européen de leur mairie.
02:35Il faut dire, soit dit en passant, que sous la présidence de Claude Bartholone à l'Assemblée et ensuite de
02:39Gérard Larcher au Sénat,
02:41on a rajouté le drapeau européen au cœur des institutions nationales françaises.
02:44En 2022, on en avait parlé ici sur ce plateau au tout début d'année, sous l'arc de triomphe,
02:50drapeau européen seulement, sans drapeau français,
02:53pour marquer le début de la présidence française du Conseil de l'Union européenne.
02:56Ça avait beaucoup choqué.
02:57Ah bien, je me souviens très bien.
02:58Et en 2023, ne l'oublions pas, à l'Assemblée nationale, une loi a été votée pour rendre obligatoire le
03:03drapeau européen sur les mairies,
03:04mais elle n'a pas encore été ratifiée par le Sénat.
03:08Donc, quoi qu'il en soit, il y a une volonté d'imposer partout, de rendre obligatoire, en quelque sorte,
03:12le drapeau européen.
03:13Eh bien, devant cela, plusieurs disent, nous sommes en rupture, en quelque sorte.
03:17Cet ordre qui s'impose à nous, on ne refuse pas l'Europe comme civilisation.
03:21On refuse le machin bureaucratique européen qui s'est imposé à nous depuis 25 ans, depuis 30 ans,
03:27d'autant qu'il est de moins en moins démocratique.
03:29Pensons à la séquence du Mercosur.
03:31Avec le Mercosur, l'Union européenne se permet d'imposer un choix diplomatique à la France que la France refuse
03:37au nom de ses intérêts vitaux.
03:38Rappelez-vous qu'au moment de la crise du Mercosur, dans certaines mairies, on a retiré, notamment, le drapeau européen.
03:44Donc, on envoyait le signal que l'Europe et les intérêts de l'Europe et les intérêts nationaux français deviennent
03:50contradictoires.
03:51Alors, qu'ont dit les députés, pardonnez-moi, les maires RN ?
03:56Par exemple, Christophe Barthès dit, le maire de Carcassonne,
04:00« Dehors les drapeaux européens à la mairie, place au drapeau français ».
04:04Brian Masson, de Cagnes-sur-Mer, dit de la même manière qu'il refuse le drapeau européen dans sa mairie.
04:10Anthony Gareno-Grinkowski, j'espère ne pas massacrer son nom, quant à lui,
04:14a décidé dans sa mairie de retirer et le drapeau européen et le drapeau ukrainien.
04:18Donc, ce qu'on comprend, et c'est un principe qui se défend d'un point de vue national,
04:22seul le drapeau français doit être présent sur les mairies.
04:25Et si on décide de retirer le drapeau européen, c'est une manière d'envoyer un signal fort
04:30qui dit que ce qui s'est construit depuis 25 ans, 30 ans, nous a fait plus de mal que
04:35de bien.
04:35Nous voulons restaurer le primat du référent français plutôt que le référent de l'Empire européen.
04:42Donc, dès lors, on retire le drapeau, d'autant que le drapeau, c'est toujours un symbole
04:45pour marquer la prise de pouvoir ou quelquefois déplacer le pouvoir ailleurs.
04:49Êtes-vous pour ou contre ce retrait ?
04:51Hashtag face à l'info.
04:53Plusieurs centristes, Mathieu Bocoté, attachés à la construction européenne,
04:57se sont montrés très sévères envers ces retraits.
05:00Quels sont leurs arguments ?
05:01Et là, on arrive au cœur du sujet.
05:03Parce que fondamentalement, pour ou contre le retrait,
05:06je comprends spontanément celui qui dit
05:07« il ne doit y avoir que le drapeau de mon pays à la mairie ».
05:10Ensuite, à Bruxelles, ils auront ce qu'ils voudront.
05:13Mais, que se passe-t-il ?
05:14Quel est l'argument des centristes pour dire
05:15« vous ne retirerez pas ce drapeau qui est désormais fondamental pour nous » ?
05:19Eh bien, le premier argument est utilisé par Benjamin Haddad.
05:22qui n'est pas le plus mauvais ministre en la matière.
05:25Benjamin Haddad qui dit, à propos de M. Barthès,
05:28« M. le maire et les 3,4 milliards de fonds européens pour l'hôpital de Carcassonne,
05:35on les rend aussi, sans parler des fonds pour les écoles de la ville,
05:39pour la rénovation du quartier, du viguier ou de l'IUT,
05:42du populisme de bas étage contre l'intérêt des Français. »
05:45Ça, c'est intéressant ici.
05:46Donc, on nous dit finalement,
05:47« Vous prenez l'argent, donc vous devez prendre le drapeau. »
05:50Ce sont à quoi plusieurs répondent.
05:51Un instant, c'est pas de l'argent de l'Europe.
05:54C'est l'Europe qui est venue prendre l'argent dans nos poches.
05:57L'Europe prend l'argent des Français,
05:59garde sa part pour construire sa bureaucratie,
06:01la redistribuer aux uns et aux autres
06:03en fonction, d'ailleurs, de ses intérêts,
06:05et à la fin, il nous rend une partie
06:07de ce qu'il nous a pris ou volé ou confisqué.
06:10Et là, le commun des mortels dit un instant,
06:12« À quel moment c'est l'argent de l'Europe ?
06:13C'est notre argent que vous nous rendez
06:15en moins grande quantité. »
06:17Il y a quand même des limites à se faire plumer
06:19comme un crétin.
06:20On pourrait dire que c'est le principe de l'impôt.
06:22Mais c'est la taxe européenne.
06:25Or, c'est intéressant parce que les Français,
06:28avec raison, peuvent dire
06:29« La France est contributrice nette au budget de l'Union européenne. »
06:33« Nous payons davantage que nous recevons. »
06:35Donc là, il faut quand même beaucoup d'imagination
06:38de la part des Européistes pour dire
06:39« Non, non, non, l'argent qui vous revient,
06:40c'est l'Europe qui vous le donne généreusement. »
06:42Quoi qu'il en soit, ils osent le dire.
06:44Ensuite, ça va un peu plus loin.
06:46Mme Valérie Ayé, que nous connaissons,
06:49nous dit à propos du retrait des drapeaux.
06:51« Dans un geste pseudo-patriotique,
06:53les nouveaux maires et reines retirent
06:55les drapeaux européens et ukrainiens
06:56des frontons de leur mairie.
06:57Ils s'opposent à l'Union européenne
06:59et veulent mettre fin à la contribution française
07:00un véritable Frexit qui ne dit pas son nom. »
07:04Alors, c'est intéressant,
07:05c'est l'autre argument qui arrive, le Frexit.
07:07Le Frexit, jusqu'à présent,
07:09on pensait que c'était sortir de l'Union européenne.
07:12Frexit, on sort de l'Union européenne,
07:14c'est plutôt logique.
07:15Mais ce qu'on comprend,
07:16c'est qu'il y a une redéfinition du Frexit
07:17chez les Européistes qui nous disent
07:19« Le Frexit, ça consiste à ne pas se plier pleinement
07:23aux exigences de l'Union européenne
07:25telles qu'elles se définissent aujourd'hui. »
07:27Donc, l'Union européenne, version van der Leyen,
07:29c'est ça l'Union européenne,
07:30et si vous n'êtes pas d'accord avec ça,
07:31vous êtes un Frexiteur caché.
07:33Donc, c'est intéressant.
07:34Donc, si vous dites, par exemple,
07:36« La Cour européenne des droits de l'homme,
07:37ça va trop loin. »
07:38Prima du droit national sur le droit européen,
07:40mais néanmoins, on reste dans l'Union européenne,
07:42« Ah, vous êtes un Frexiteur. »
07:43Si vous dites, « On va baisser notre contribution
07:46à l'Union européenne,
07:47vous êtes un Frexiteur. »
07:49Donc, on comprend que la notion de Frexit,
07:50aujourd'hui, ça ne veut pas dire
07:51« Sortir de l'Union européenne »,
07:52ça veut dire ne pas suivre le rythme
07:54de Mme von der Leyen.
07:56Ce que nous dit aussi, soit dit en passant,
07:58M. Marc Ferrati,
07:59qui est une figure importante de la Macronie,
08:01et qui nous dit, « Au-delà du symbole,
08:04le programme du RN suppose le Frexit. »
08:07Même Marine Le Pen et Jordan Bardella
08:09ne l'assument pas.
08:09« Sortir du marché européen de l'énergie. »
08:11Donc, « Sortir du marché européen de l'énergie,
08:13c'est le Frexit, désormais. »
08:14C'est intéressant.
08:15« Sortir de la CEDH. »
08:17« Moindre contribution de la France
08:18au budget de l'Union européenne. »
08:20Donc, si vous voulez diminuer
08:21la contribution de la France
08:23au budget de l'Union européenne,
08:24vous êtes désormais un partisan du Frexit.
08:27Alors là, ça commence à être compliqué quand même.
08:29Donc, on est obligé d'être, pour l'Europe,
08:31version Mme Hayé, M. Ferrati,
08:34ou encore Mme von der Leyen,
08:35ou alors en un vilain souverainiste frexiteur.
08:37C'est quand même étonnant.
08:39Et devant cela,
08:42plusieurs ont dit,
08:42j'ai vu sur les réseaux sociaux
08:43de manière assez amusée,
08:44les députés centristes ne s'indignent pas
08:46lorsque le drapeau français brûle
08:48en banlieue, ici et là.
08:49Mais quand on retire le drapeau européen
08:51des mairies,
08:52soudainement, il s'active et il s'agite.
08:54J'ai vu un autre argument passer
08:55de Jean-Noël Barraud,
08:56soit dit en passant,
08:57qui est une figure importante de la Macronie,
08:58qui a vu là-dedans une trahison.
09:00Donc, vous voyez que le concept de trahison
09:01peut s'appliquer aujourd'hui en politique.
09:03Ce n'est pas un concept à bannir.
09:05Mais qui sont les traîtres aujourd'hui?
09:06Ce sont ceux qui retirent le drapeau
09:08de l'Europe des mairies
09:09et non pas ceux qui font passer
09:11la souveraineté française
09:12sous la souveraineté européenne.
09:13Inversion de la trahison, peut-être.
09:16L'Europe, pour les Français,
09:18n'est pas qu'un cadre juridique.
09:20C'est aussi, Mathieu, une civilisation.
09:22Est-ce qu'il n'est pas normal
09:23qu'elle puisse brandir son drapeau?
09:25Oui, et vous avez raison,
09:27parce que fondamentalement,
09:28je connais très peu de gens
09:29qui ne souhaitent aucune forme
09:30de coopération européenne institutionnelle.
09:33Il y a différentes formes possibles.
09:35La coopération inter-étatique.
09:37Certains souhaitent une forme impériale assumée.
09:39Certains souhaitent une forme
09:40de coopération inter-étatique plus.
09:42Il y a plein de formules possibles.
09:43Mais tous disent derrière cela
09:45qu'il y a une civilisation européenne.
09:47Une civilisation européenne
09:48dont le drapeau,
09:49avec sa dimension mariale,
09:50soit dit en passant,
09:51qui assume l'héritage chrétien de l'Europe,
09:53eh bien, cet héritage mérite d'être porté.
09:55Il est légitime en tant qu'Européen
09:57comme civilisation
09:58de créer une forme
09:59de patriotisme de civilisation.
10:01Et c'est un argument
10:01que l'on peut entendre.
10:03Je ne dis pas que j'applaudis.
10:03Je dis que c'est un argument
10:04qui est intelligible.
10:05Mais la réponse qu'on pourrait faire,
10:07c'est que l'Union européenne,
10:07depuis 25 ans,
10:08est-ce qu'elle ne s'est pas construite
10:09sur la déconstruction
10:13le contraire de la civilisation européenne?
10:15Quand on décide d'ouvrir
10:16les frontières massivement
10:17avant de les refermer
10:18ces derniers temps,
10:19quand on décide de sacrifier
10:20la souveraineté nationale,
10:21quand on décide de sacrifier
10:22la culture, la mémoire, la tradition,
10:24quand on fait de l'ingénierie sociale
10:25à temps plein,
10:26on peut se demander
10:26si l'Europe des européistes
10:28ressemble à l'Europe civilisation.
10:30Devant tout cela,
10:31il me semble que le retrait du drapeau
10:32est une protestation
10:33que l'on peut entendre
10:34avant de l'applaudir ou non,
10:36plutôt que de la maudire.
10:37Il faut comprendre
10:37ce que les Français rejettent
10:38lorsqu'ils critiquent Bruxelles.
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