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Explorez "Les natures de la République", une conférence captivante du Comité d'Histoire qui plonge au cœur de l'histoire environnementale de la France, de 1870 à 1940. Découvrez comment ce période politique charnière a façonné notre environnement et notre rapport au territoire.

Cette exploration s'appuie sur un ouvrage collectif ambitieux en trois tomes, qui révolutionne notre compréhension de l'histoire de France. En adoptant une perspective environnementale, l'ouvrage met en lumière l'interaction cruciale entre l'homme, la nature et l'aménagement du territoire.

Plongez dans une analyse nuancée qui inclut l'impact de l'empire colonial français sur l'environnement, tant en métropole qu'outre-mer. Une approche novatrice qui promet de devenir une référence pour étudiants et passionnés d'histoire.

#HistoireEnvironnementale #NatureEtRepublique #AménagementTerritoire

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Transcription
00:00:11Bonjour à tous, merci d'être présents aujourd'hui pour cette conférence du comité d'histoire
00:00:20intitulée « Les natures de la République, une histoire environnementale de la France 1870-1940 »
00:00:27qui reprend le titre d'un ouvrage, le tome 2 de l'histoire environnementale de la France,
00:00:35« Les natures de la République », un titre que je trouve très beau,
00:00:38et j'ai déjà eu l'occasion de le dire à Charles-François,
00:00:41car je crois que c'est bien toi qui en es, celui qui a soufflé ce titre,
00:00:47tu ne sais plus, ça c'est typique pour rappeler que c'est un travail collectif
00:00:51et ne pas tirer à lui la couverture,
00:00:56donc je suis très content aujourd'hui que nous puissions recevoir Pierre Cornu,
00:01:01professeur Aline Rae, qui est déjà intervenu au comité d'histoire
00:01:06dans le cadre de petits déjeuners du comité d'histoire,
00:01:09où on a pu là discuter de façon plus précise et pointue
00:01:12sur la territorialisation de l'action publique dans les campagnes en France du 19e à aujourd'hui,
00:01:19en fait, dans le cadre donc des petits déjeuners qui sont portés par l'inspection générale.
00:01:26Très heureux de recevoir toujours Charles-François,
00:01:29Charles-François Matisse, président du conseil scientifique du comité d'histoire,
00:01:33professeur des universités à Paris-Panthéon-Sorbonne,
00:01:36et enfin Luc Desraux, professeur d'histoire-géographie,
00:01:42et aussi l'auteur du podcast Chemin d'Histoire,
00:01:45qui est un podcast d'actualité historiographique,
00:01:48donc qui traite beaucoup de l'actualité, des sorties, des publications aussi en histoire,
00:01:55et qui nous fait le plaisir d'être présent pour ces trois conférences consacrées à l'histoire environnementale de la
00:02:01France,
00:02:01la première ayant commencé au mois dernier, donc là aujourd'hui le tome 2,
00:02:05et le mois prochain nous serons évidemment sur le tome 3,
00:02:09mais aujourd'hui donc on va discuter des natures de la République,
00:02:14cette histoire environnementale de la France qui reprend un découpage politique,
00:02:18donc rien que ça c'est pas neutre,
00:02:20c'est pas neutre de reprendre le découpage politique classique en fait,
00:02:25de la naissance et de la mort de la Troisième République,
00:02:29et l'idée déjà d'écrire, je le disais déjà la dernière fois,
00:02:33mais l'histoire environnementale dans un cadre national,
00:02:37et de surcroît dans des bornes chronologiques éminemment politiques, questionne.
00:02:43C'était pas une évidence,
00:02:44on a eu l'occasion d'en discuter au rendez-vous de l'histoire de Bois l'année dernière,
00:02:49où on s'interrogeait sur la pertinence d'écrire une histoire environnementale de la France,
00:02:55puisqu'on se dit qu'il n'y a pas de frontière évidemment à l'environnement,
00:02:59et bien justement cette entreprise collective,
00:03:03une histoire environnementale de la France,
00:03:05qui de la révolution française à nos jours,
00:03:08essaye donc de prendre au sérieux l'histoire environnementale,
00:03:12et j'insiste aussi, l'histoire de l'aménagement du territoire,
00:03:15parce qu'en réalité le titre, il n'est pas très peur,
00:03:18mais il est réducteur,
00:03:20c'est-à-dire qu'une histoire environnementale de la France,
00:03:21c'est bien une histoire aussi des hommes sur leur territoire,
00:03:25le territoire français, dans le temps,
00:03:27et c'est d'ailleurs pourquoi Pierre Cornu est doublement présent dans cette entreprise,
00:03:31lui qui traite beaucoup de cette question de l'aménagement dans ses travaux.
00:03:38Je le redis parce que c'est important,
00:03:40je tiens cette entreprise scientifique comme une entreprise importante,
00:03:44c'est-à-dire vraiment en trois tomes de pensée,
00:03:46et alors je le dis tout le temps comme ça,
00:03:48les auteurs ne sont pas toujours d'accord avec moi,
00:03:51une histoire de la France environnementale,
00:03:53une histoire de France environnementale.
00:03:55Reprendre en fait l'histoire de France,
00:03:58quelque chose qui est assez balisé, assez connu,
00:04:01assez populaire aussi, c'est un genre populaire l'histoire de France,
00:04:03disons-le en France,
00:04:05mais sous l'angle de l'environnement et de l'aménagement du territoire.
00:04:09Donc vraiment je tiens cette entreprise pour importante,
00:04:12et c'est vraiment une série qui va faire date,
00:04:14puisqu'elle est jouée en fait à servir de manuel d'histoire environnementale,
00:04:20évidemment de la France,
00:04:21pour les étudiants et pour une bonne durée,
00:04:24puisque chaque tome est un collectif.
00:04:29Il n'y a pas de directeur d'ouvrage,
00:04:32comme c'est souvent le cas en sciences humaines et sociales,
00:04:34c'est vraiment un collectif.
00:04:35Et d'ailleurs pour aujourd'hui, je mentionne quand même,
00:04:39Pierre Cornu qui est présent aujourd'hui,
00:04:41Stéphane Frioux, professeur des universités à l'université Lumière Lyon 2,
00:04:46Annaëlle Marek, qui est post-doc à l'université de Nantes,
00:04:52Annaëlle Marek qui fait partie aussi du conseil scientifique du comité d'histoire,
00:04:57Charles-François Matisse, ici présent,
00:04:59et enfin Antonin Plarié, maître de conférences à l'université Lyon 3.
00:05:05Un collectif aussi qui vous permet de comprendre l'histoire environnementale,
00:05:09mais elle n'est pas monochrome aussi.
00:05:11C'est-à-dire qu'il y a bien des thèmes qui sont traités,
00:05:13bien des approches aussi qui sont couvertes.
00:05:16Et parmi la considération qui est faite dans cette entreprise,
00:05:22par exemple, à l'histoire impériale française,
00:05:26puisque l'histoire environnementale de la France,
00:05:28elle se déploie aussi outre-mer,
00:05:31mais pas dans l'outre-mer, enfin, outre-mer d'aujourd'hui,
00:05:33oui, mais pas seulement aussi, bien évidemment,
00:05:36l'empire colonial français,
00:05:37qui sur cette période atteint son apogée,
00:05:41sur la période 1870-1940,
00:05:43même si on date grossièrement de 1830,
00:05:46le deuxième empire colonial français avec la prise d'Alger,
00:05:49néanmoins, on est quand même là sur l'apogée de l'empire colonial français,
00:05:52et il y a aussi des allers-retours
00:05:53qui sont bien mis en lumière dans l'ouvrage.
00:05:57Donc vraiment, j'insiste pour vous encourager
00:05:59à obtenir ce tome que je vais diffuser dans la salle,
00:06:06je vais vous le partager pour que vous puissiez jeter un œil,
00:06:10et je vais laisser la parole à Luc Desraux,
00:06:12qui vraiment, je le remercie encore,
00:06:14nous permet d'animer en fait ce cycle de trois conférences
00:06:18consacrées à l'histoire environnementale,
00:06:20et nous aurons ensuite une petite demi-heure
00:06:24pour échanger, pour critiquer, pour commenter,
00:06:27et surtout pour poser des questions,
00:06:29puisque c'est un petit peu ça dans les événements scientifiques,
00:06:32on dit toujours des questions,
00:06:33mais en réalité c'est souvent des commentaires et des critiques,
00:06:35mais voilà, vous pourrez aussi poser des questions à cette occasion,
00:06:39même si je sais qu'un certain nombre de questions
00:06:40ont déjà leur réponse dans l'ouvrage.
00:06:44Merci encore à vous trois d'avoir été disponibles aujourd'hui,
00:06:48et donc je laisse la parole à Luc Desraux.
00:06:50Merci beaucoup, et écoutez,
00:06:51ce que je vous propose peut-être de faire en préambule,
00:06:54Charles-François, Mathis, Pierre Cornu,
00:06:56c'est peut-être de regarder cette première de couverture,
00:06:58parce qu'elle est intéressante,
00:07:00donc c'est une baignade à Agnières par Georges Seurat.
00:07:05Pourquoi l'avez-vous choisi ?
00:07:07Enfin, j'imagine en dialogue avec les éditions de La Découverte,
00:07:10et qu'est-ce qu'il dit, d'une certaine manière,
00:07:12du projet de votre ouvrage ?
00:07:14Je vois Pierre qui me laisse la parole,
00:07:16donc je commence.
00:07:17Ça a été une longue discussion entre nous,
00:07:19effectivement, pour trouver une couverture
00:07:22qui nous plaise à tous les cinq,
00:07:23déjà, et qui ensuite plaise à l'éditeur,
00:07:25donc ça fait beaucoup d'interlocuteurs.
00:07:26Ce tableau a surgi dans le cadre un peu de la réflexion
00:07:30qu'évoquait Benoît il y a un instant
00:07:33sur le cadre chronologique,
00:07:35qui est un cadre politique.
00:07:37Et on l'a pensé aussi en lien un peu avec le titre,
00:07:40c'est-à-dire qu'il s'agissait d'essayer de comprendre,
00:07:42on y reviendra,
00:07:42mais ce qu'il pouvait y avoir de singulier
00:07:46dans la façon dont la Troisième République
00:07:47a eu un rapport à son environnement.
00:07:49Et ce tableau nous paraissait intéressant
00:07:52parce qu'il donne à voir pas mal d'éléments
00:07:54qui sont des enjeux, justement,
00:07:57environnementaux de cette période.
00:07:58Il y a notamment, évidemment, l'industrie,
00:08:01à l'arrière-plan.
00:08:01Il y a l'aménagement du territoire,
00:08:03dont parlait Benoît, avec, évidemment, le pont.
00:08:07Il y a tout un rapport au...
00:08:10On a ici un baigneur,
00:08:11et donc il y a la possibilité de se baigner
00:08:13ou pas, évidemment, dans les cours d'eau,
00:08:15donc la pollution en arrière-plan qui surgit,
00:08:17mais aussi un rapport utilitaire et récréatif
00:08:19à la nature,
00:08:21qui suppose un aménagement de cette nature,
00:08:23donc qui, là aussi, fait émerger des questions
00:08:25sur l'imaginaire des espaces naturels,
00:08:28sur leur usage et sur les aménagements
00:08:30qui les rendent possibles.
00:08:32J'ai peut-être oublié des choses, Pierre ?
00:08:34Non, ça fait déjà beaucoup de choses.
00:08:35Après, il y avait l'idée, effectivement,
00:08:37peut-être pour rentrer dans les discussions
00:08:39que nous avons eues,
00:08:40est-ce qu'il s'agissait de faire une histoire à charge ?
00:08:43Est-ce qu'il s'agissait de faire une histoire
00:08:45de la dialectique compliquée,
00:08:47du rapport de la modernité à l'environnement ?
00:08:50Et on a plutôt, effectivement, choisi,
00:08:52avec cette couverture,
00:08:53de montrer la complexité,
00:08:54de montrer les contradictions de cette période.
00:08:57On est le tome du milieu de la collection,
00:08:59entre le début de l'ère industrielle,
00:09:01la grande accélération.
00:09:03On a voulu montrer que cette période,
00:09:04elle était complexe,
00:09:06elle n'était pas...
00:09:06On ne pouvait pas la limiter
00:09:08à une trame narrative unique.
00:09:10Et que ce tableau,
00:09:12avec ce personnage qui ne regarde nulle part,
00:09:14qui ne regarde pas le lecteur,
00:09:15qui regarde vers la droite,
00:09:17et on ne sait pas trop vers quoi,
00:09:18peut-être perdu dans ses pensées,
00:09:19voilà.
00:09:19C'était l'idée de ne pas donner
00:09:21un indice trop clair
00:09:22d'une thèse unique sur ce livre.
00:09:24D'où, d'ailleurs,
00:09:24le pluriel des natures.
00:09:26Enfin, c'était un peu aussi...
00:09:27C'est ce qu'on avait en arrière-plan.
00:09:29Alors, on peut regarder
00:09:30sur cette diapositive.
00:09:32C'est un petit peu...
00:09:33Voilà, je ne sais pas,
00:09:34je n'ai pas voulu être espiègle,
00:09:35mais j'ai repéré
00:09:37que vos deux premiers ouvrages
00:09:39cités en note,
00:09:40c'est assez intéressant de voir ça.
00:09:42Enfin, c'est...
00:09:42Avoir une approche d'un ouvrage
00:09:43par l'appareil critique,
00:09:44c'est un biais,
00:09:45mais c'est l'histoire
00:09:47mondiale de la France,
00:09:47c'est l'histoire du monde
00:09:48au XIXe siècle.
00:09:49Donc, sur le plan historiographique,
00:09:51on avait discuté il y a un mois
00:09:53avec les auteurs du premier volume
00:09:55sur qu'est-ce que ça voulait dire,
00:09:56une histoire environnementale
00:09:58de la France, etc.
00:09:59Mais peut-être que ces deux références
00:10:01disent aussi quelque chose,
00:10:03et le fait qu'elles arrivent
00:10:04en premier,
00:10:05disent aussi quelque chose
00:10:06de votre ambition,
00:10:08je ne sais pas,
00:10:09qui souhaite prendre la parole
00:10:10sur ce sujet,
00:10:12Pierre Cornu.
00:10:12Oui, effectivement,
00:10:13on s'est mis d'accord assez vite
00:10:15sur cette idée
00:10:16qu'il s'agissait
00:10:17de comprendre
00:10:18la place
00:10:20de la France
00:10:21et du régime républicain
00:10:23et de son empire
00:10:24dans une période
00:10:25qui est celle
00:10:27d'une forme spécifique
00:10:29de globalisation
00:10:30sur la course
00:10:31aux ressources.
00:10:33Les bioressources
00:10:34et les ressources minérales
00:10:35et énergétiques,
00:10:36et qu'on avait besoin
00:10:37de montrer effectivement
00:10:38comment dans la grande image
00:10:39de cet accaparement
00:10:41d'une planète finie,
00:10:42se comportait
00:10:43ce régime singulier
00:10:45né du chiffrage
00:10:45universel masculin.
00:10:47Et donc voilà,
00:10:47c'était des références
00:10:48importantes pour nous
00:10:48pour dire
00:10:49qu'on accepte le défi
00:10:50d'une histoire
00:10:51de France.
00:10:52Je rejoins effectivement
00:10:54l'idée,
00:10:55mais on le fait
00:10:56en ayant conscience
00:10:57que l'historiographie
00:10:58nous a appris
00:10:59à regarder
00:10:59à toutes les échelles.
00:11:00Et d'autant plus
00:11:01qu'on est sur une période
00:11:02où la France
00:11:03doit faire face,
00:11:04enfin tous les pays européens
00:11:05doivent faire face
00:11:05à des enjeux
00:11:07qui sont justement mondiaux,
00:11:08des grandes tendances,
00:11:09ce qu'on appelle
00:11:10la seconde révolution industrielle
00:11:12dont on pourra discuter,
00:11:13mais la question évidemment
00:11:14des impérialismes,
00:11:16les guerres mondiales,
00:11:17il y a un certain nombre
00:11:19d'événements
00:11:19qui sont supranationaux
00:11:22qui portent,
00:11:23face auxquels
00:11:24les pays européens
00:11:25et la France
00:11:26en premier lieu
00:11:26doivent se positionner,
00:11:28auxquels ils doivent répondre
00:11:29et qui ont des enjeux
00:11:30environnementaux
00:11:31très profonds.
00:11:32Et donc c'était
00:11:32effectivement tout à fait
00:11:33l'idée.
00:11:33Alors,
00:11:34ce qui est intéressant
00:11:35dans votre projet,
00:11:36vous le dites dès le départ,
00:11:37en vous appuyant
00:11:38sur le document
00:11:39qu'on voit là en grand
00:11:40sur cette diapositive,
00:11:42vous dites qu'on peut avoir
00:11:43différentes lectures
00:11:44de la documentation.
00:11:46Cette civilisation contemporaine,
00:11:48ce panneau mural
00:11:49à destination des écoles
00:11:51donc conçu
00:11:52par Ernest Lévis,
00:11:54l'historien
00:11:55de la Troisième République
00:11:56bien connue,
00:11:57on l'a déjà analysé
00:11:58sous l'angle,
00:11:59je ne sais pas,
00:12:00d'histoire politique,
00:12:01histoire culturelle,
00:12:01etc.
00:12:02mais on peut en faire aussi
00:12:04un usage environnemental.
00:12:06Vous commencez par ça
00:12:07dans votre introduction,
00:12:08je pense que c'est très important
00:12:09pour vous
00:12:10de vous ancrer
00:12:12dans une forme
00:12:13de lecture environnementale
00:12:16de la documentation.
00:12:18Donc,
00:12:18vous allez dire
00:12:18que tout est possible,
00:12:20il n'y a pas des sources
00:12:21spécifiquement pour faire
00:12:22l'histoire de l'environnement,
00:12:23tout peut être lu
00:12:24de manière environnementale.
00:12:26Charles-François Matisse,
00:12:27Pierre Cornu,
00:12:27je ne sais pas.
00:12:28Oui,
00:12:29très clairement.
00:12:30L'idée quand même
00:12:31de cet ouvrage
00:12:32et de toute la collection,
00:12:33c'est de montrer
00:12:34ce que l'histoire environnementale
00:12:35apporte à l'histoire
00:12:36depuis 25 ans
00:12:37qu'elle se fait en France
00:12:38et depuis 50 ans
00:12:39qu'elle se fait
00:12:40au niveau international.
00:12:42Et on reprend,
00:12:43je faisais ça
00:12:44avec mes étudiants,
00:12:45c'est-à-dire
00:12:45je leur montre parfois
00:12:46pas ce document-là
00:12:47mais un autre
00:12:48et je leur dis
00:12:48voilà,
00:12:48avant l'histoire environnementale
00:12:49on pouvait lire ce document
00:12:50de telle manière,
00:12:51avec l'histoire environnementale
00:12:52on peut poser d'autres questions.
00:12:54Des questions nouvelles ici,
00:12:55par exemple,
00:12:55vous avez l'agriculture
00:12:57et c'est marqué
00:12:57emploi des machines.
00:12:59Donc évidemment,
00:13:00c'est ici
00:13:01mettre en avant
00:13:02la mécanisation,
00:13:03l'agriculture.
00:13:05Quand on regarde ça
00:13:06d'un point de vue environnemental,
00:13:07non seulement déjà
00:13:07on peut évidemment
00:13:08nuancer la présence
00:13:09de ces machines
00:13:10dans les campagnes
00:13:11au début du XXe siècle
00:13:12mais aussi en interroger
00:13:14toutes les conséquences
00:13:15et les premières conséquences
00:13:17de cette mécanisation,
00:13:18de cette chimisation,
00:13:19de l'usage des engrais,
00:13:20etc.
00:13:22à partir de ces documents
00:13:23qui sont canoniques,
00:13:25beaucoup de questions
00:13:25qui sont propres
00:13:27à l'histoire environnementale
00:13:28et à ces objets
00:13:29peuvent être soulevées.
00:13:31Et c'est ça
00:13:31qui me paraissait intéressant.
00:13:32Oui, un complément,
00:13:33effectivement,
00:13:33on a passé beaucoup de temps
00:13:34à regarder ce panneau ensemble
00:13:36et je pense qu'il est intéressant
00:13:38justement de montrer
00:13:38la pluralité
00:13:39des regards des historiennes
00:13:40et des historiens
00:13:41sur ce type d'archives.
00:13:43L'archive ne parle
00:13:44que si on la questionne.
00:13:45Effectivement,
00:13:45on la questionne
00:13:46dans les années 2020
00:13:47avec tout ce qui nous caractérise
00:13:50d'anxiété écologique,
00:13:51des situations anthropocènes,
00:13:52en se disant
00:13:53cette civilisation contemporaine
00:13:56vendue sous la Troisième République
00:13:57comme un imaginaire
00:13:58du progrès
00:13:59sans borne
00:14:00par la raison,
00:14:01la science et la technique,
00:14:02qu'est-ce qu'elle a donné
00:14:03dans la suite de l'histoire ?
00:14:05Et donc,
00:14:05on est évidemment,
00:14:06l'historien arrive toujours
00:14:07trop tard
00:14:08sur une scène déjà jouée
00:14:09et se pose la question
00:14:10de comment il peut
00:14:11réinterpréter la scène.
00:14:12Je crois qu'il est important aussi
00:14:14de se dire
00:14:15avec modestie
00:14:15que,
00:14:16en tout cas,
00:14:17si on ne va pas trop loin
00:14:18dans le passé historique,
00:14:20les époques ont
00:14:21un regard
00:14:21sur la temporalité
00:14:23sur l'histoire
00:14:23et l'abysse
00:14:24à un discours
00:14:25extrêmement performatif
00:14:27sur le temps linéaire
00:14:28du progrès,
00:14:29sur l'histoire
00:14:30qui raconte justement
00:14:30l'inéarité
00:14:32du destin de l'humanité
00:14:33dans son rapport
00:14:34à la nature.
00:14:35Et ce qu'on fait aujourd'hui,
00:14:37c'est effectivement
00:14:37de se dire que
00:14:38la conception dominante
00:14:41de la temporalité
00:14:41qui était celle
00:14:42de l'idéal républicain,
00:14:44elle a d'autres aspects
00:14:46qu'une histoire
00:14:46environnementale
00:14:47peu éclairée.
00:14:47Alors,
00:14:48Benoît Vaillot,
00:14:48dans son introduction,
00:14:50insistait sur
00:14:51la séquence chronologique
00:14:52que vous avez choisie.
00:14:54Ça, c'est très important
00:14:55qu'on y revienne
00:14:55un petit peu.
00:14:56Le temps institutionnel,
00:14:58celui du régime républicain,
00:15:00vous dites,
00:15:01fait sens ici
00:15:02pour comprendre
00:15:02l'histoire environnementale
00:15:03de la France.
00:15:04Ça, c'est très important
00:15:05pour vous
00:15:06et pas seulement
00:15:07pour des raisons
00:15:08mystériographiques.
00:15:09Enfin, expliquez-nous
00:15:10un petit peu
00:15:10pourquoi avoir vraiment choisi,
00:15:12c'était aussi le discours
00:15:14des auteurs
00:15:15du précédent volume
00:15:16qui voulaient s'inscrire
00:15:17dans le séquençage
00:15:19habituel
00:15:19de l'histoire de France.
00:15:21Vous y insistez aussi
00:15:22de manière très forte
00:15:23dans votre introduction.
00:15:24Pourquoi c'est si important ?
00:15:26Ça a été l'objet
00:15:27de beaucoup de débats
00:15:28entre les différents volumes
00:15:29quand même.
00:15:30Ça n'avait rien d'évident
00:15:31de commencer
00:15:33notre volume
00:15:34en 1870.
00:15:35D'ailleurs,
00:15:35on a eu des tendances
00:15:37parfois
00:15:37à vouloir remonter un peu
00:15:38et je pense que
00:15:40si on avait dû écrire
00:15:41cette histoire seule
00:15:42sans un ouvrage avant
00:15:44sans un ouvrage après,
00:15:45probablement qu'on n'aurait
00:15:46pas choisi
00:15:46la même chronologie.
00:15:49Mais en fin de compte,
00:15:50on s'est mis d'accord
00:15:51sur ce découpage
00:15:54et à partir de là,
00:15:56on voulait justement
00:15:58essayer de réfléchir
00:15:59à ce qui faisait
00:16:00la potentielle singularité
00:16:02de la Troisième République
00:16:03dans son rapport
00:16:04à l'environnement.
00:16:06Et pour ça,
00:16:07et donc justifier
00:16:08par là même
00:16:08ce choix
00:16:09de la période
00:16:111870-1940,
00:16:12sachant qu'évidemment
00:16:13tout n'est pas
00:16:15réinventé en 1870
00:16:16et tout ne s'arrêt pas
00:16:16en 1940,
00:16:17il y a forcément
00:16:18des continuités.
00:16:18Mais c'est vrai
00:16:19qu'on était
00:16:19l'ouvrage du milieu,
00:16:20c'est-à-dire pas celui
00:16:22du début
00:16:23de l'ère industrielle,
00:16:24pas celui de la grande accélération
00:16:25comme le disait Pierre
00:16:26tout à l'heure,
00:16:27mais un peu,
00:16:28alors on ne voulait pas
00:16:28être le ventre mou,
00:16:29on voulait au contraire
00:16:31montrer qu'on était
00:16:31un moment pivot
00:16:32entre ces deux périodes.
00:16:34Et de fait,
00:16:35c'est ce que je disais
00:16:36aussi tout à l'heure,
00:16:37ce qui nous semblait
00:16:38intéressant, c'était
00:16:39de comprendre
00:16:39comment ce régime
00:16:40qui est neuf,
00:16:42qui a besoin
00:16:43de se conforter,
00:16:44de s'asseoir,
00:16:45est confronté
00:16:47à des défis
00:16:47qui le dépassent,
00:16:48les impérialismes,
00:16:50les révolutions
00:16:51industrielles,
00:16:52etc.,
00:16:53et doit y répondre
00:16:54tout en affirmant
00:16:56son existence,
00:16:57sa solidité,
00:16:58et ceci dans un rapport
00:17:00qui est essentiel
00:17:01à l'environnement,
00:17:02justement,
00:17:02c'est-à-dire que l'environnement
00:17:03joue un rôle central
00:17:03dans le renforcement
00:17:06en quelque sorte
00:17:07du régime.
00:17:08Et c'est pourquoi
00:17:10on a tellement insisté
00:17:11sur ce temps institutionnel,
00:17:12en fait.
00:17:12Pierre, tu veux
00:17:13probablement rajouter.
00:17:14Oui, parce que finalement,
00:17:15ce qui fait la cohérence
00:17:17de cette rentrée
00:17:18par le politique
00:17:19et même par l'étatique
00:17:21que nous avons assumé,
00:17:22c'est le fait que
00:17:23dans l'histoire
00:17:23de l'ère industrielle
00:17:25et capitaliste,
00:17:25il y a un moment
00:17:26État-nation
00:17:27et que la France
00:17:29exemplifie de manière
00:17:30extrêmement forte
00:17:31ce moment État-nation
00:17:32avec l'idée que
00:17:33l'environnement,
00:17:35c'est aussi
00:17:35une appropriation,
00:17:37une territorialisation
00:17:38de l'action
00:17:39de l'État
00:17:40dans des frontières
00:17:40déterminées
00:17:41qui sont étendues
00:17:42par l'Empire colonial
00:17:43et qu'il fallait étudier
00:17:44la performativité
00:17:45de cette action publique
00:17:46et voir comment,
00:17:47dans une Europe
00:17:48qui se segmente,
00:17:50voire qui va s'affronter
00:17:51sur des lignes
00:17:52d'État
00:17:53entre État-nation,
00:17:54comment cet État-nation
00:17:55singulier,
00:17:56l'un des plus
00:17:58robustes et anciens
00:17:59de la carte
00:18:00de l'Europe,
00:18:01se comporte
00:18:01dans son rapport
00:18:02à son environnement
00:18:03et comment il essaie
00:18:04de l'aménager,
00:18:05de construire
00:18:06et développer
00:18:07une sensibilité,
00:18:08un récit historique
00:18:09sur le rapport
00:18:10des humains
00:18:11à l'environnement.
00:18:12Donc ça,
00:18:13on a fait ce pari-là
00:18:14et il nous a semblé
00:18:15qu'avec tout ce qu'on a
00:18:16brassé de travaux historiques
00:18:18pour écrire ce volume,
00:18:20parce qu'on a vraiment
00:18:20voulu être inclusif
00:18:21sur la grande diversité
00:18:22des travaux
00:18:23à toutes les échelles
00:18:24faits par des historiennes
00:18:25et historiens
00:18:26qui abordent
00:18:26cet enjeu environnemental,
00:18:28eh bien ça prenait corps
00:18:29dans l'idée
00:18:30qu'il y a
00:18:31un acteur central
00:18:32qui est l'état-nation
00:18:33dans cette phase historique
00:18:34singulière.
00:18:35C'est très drôle
00:18:35parce que la phrase
00:18:36que vous avez choisie
00:18:37dans le deuxième point
00:18:39est une des phrases
00:18:40qu'on a le plus travaillé,
00:18:41c'est celle sur laquelle
00:18:42on est le plus revenu,
00:18:43parce qu'on s'est chacun relu,
00:18:44on a retravaillé
00:18:45ensemble les textes,
00:18:45et c'est celle
00:18:46où on a pesé
00:18:47à peu près chacun des mots
00:18:49pour justement
00:18:49être cohérents
00:18:50dans nos propres
00:18:52positionnements historiographiques.
00:18:53C'est intéressant
00:18:54parce qu'on vient de comprendre
00:18:55avec vos discours,
00:18:56on le savait,
00:18:57mais on le comprend
00:18:58encore davantage,
00:18:59qu'évidemment,
00:18:59on pose toujours
00:19:01au passé des questions
00:19:02qui viennent du présent.
00:19:03Ça, c'est la grande phrase
00:19:05de l'héléniste
00:19:06Nicole Loro,
00:19:07on parle toujours
00:19:08depuis le feu du présent,
00:19:09et on le voit bien,
00:19:10donc,
00:19:11un regard neuf
00:19:12porté sur le passé,
00:19:13alors,
00:19:13qu'est-ce que ça veut dire
00:19:14une lecture environnementale,
00:19:16ça veut dire
00:19:16poser des questions
00:19:18sur les pollutions,
00:19:19les risques,
00:19:19etc.
00:19:21tenir compte aussi
00:19:23des animaux,
00:19:24alors ça,
00:19:24c'est important aussi,
00:19:25alors,
00:19:25je veux dire,
00:19:26dans votre démarche,
00:19:27ça,
00:19:27c'est très,
00:19:28je veux dire,
00:19:29c'est très contemporain,
00:19:30l'intégration des non-humains
00:19:32au récit historique.
00:19:34Alors là,
00:19:34j'ai mis quelques images
00:19:35qui sont liées
00:19:36à la Première Guerre mondiale,
00:19:38il y a un chapitre,
00:19:39c'est le chapitre 7,
00:19:40sur ce sujet
00:19:41qui est rédigé
00:19:42par Stéphane Friou,
00:19:43mais cette intégration
00:19:45des non-humains,
00:19:46ça fait aussi partie
00:19:47de votre cahier des charges,
00:19:49en quelque sorte,
00:19:50Pierre Cornuche,
00:19:51François Matisse.
00:19:52Alors,
00:19:53effectivement,
00:19:55le champ de l'histoire
00:19:57environnementale
00:19:58n'est pas un champ homogène.
00:19:59Nous arrivons
00:20:00avec nos propres histoires
00:20:02scientifiques,
00:20:03nos propres sensibilités,
00:20:05et la question
00:20:06de la place
00:20:06à donner aux non-humains
00:20:08n'est pas évidente
00:20:09dans nos communautés.
00:20:11Et là,
00:20:11on s'est posé
00:20:11la question,
00:20:12effectivement,
00:20:13de quelle entrée ?
00:20:14Est-ce qu'il s'agissait
00:20:16de redonner
00:20:17une voix
00:20:18aux oubliés
00:20:18de l'histoire
00:20:19y compris non-humains ?
00:20:20Est-ce qu'il s'agissait
00:20:21d'élargir
00:20:22les facteurs explicatifs
00:20:23de l'histoire ?
00:20:25Et je dirais
00:20:25que dans ce volume,
00:20:26on a essayé
00:20:27de trouver
00:20:28un point d'équilibre
00:20:29qui est plutôt
00:20:30l'idée d'élargir
00:20:31le récit historique,
00:20:32de faire que
00:20:33l'histoire
00:20:34environnementale
00:20:35ne soit pas
00:20:35qu'une histoire
00:20:36des imaginaires,
00:20:37des sensibilités,
00:20:38des représentations,
00:20:39mais aussi une histoire
00:20:39ancrée dans la matérialité
00:20:41des environnements
00:20:41et que la faune sauvage,
00:20:45les animaux d'élevage,
00:20:46les plantes cultivées,
00:20:47la biodiversité,
00:20:49avant qu'on la nomme ainsi,
00:20:50font partie
00:20:50de cette histoire
00:20:51parce qu'il y a
00:20:52des rétroactions
00:20:53sur la dimension sociale,
00:20:55d'où la mobilisation
00:20:56du concept
00:20:56de socio-écosystème,
00:20:58l'idée qu'effectivement,
00:20:59et c'est peut-être
00:21:00une des leçons
00:21:00de l'écriture
00:21:01de cette collection,
00:21:02on ne peut plus faire
00:21:03d'histoire
00:21:03de manière monodisciplinaire
00:21:05sur l'époque contemporaine
00:21:06sans prendre en compte
00:21:07l'écologie,
00:21:08l'agronomie
00:21:10et les sciences du vivant.
00:21:11Oui, ce qui est important aussi,
00:21:13vous le disiez,
00:21:14c'est qu'on peut écrire
00:21:15l'histoire et l'environnement
00:21:16de manière plurielle
00:21:17en vous citant,
00:21:18c'est dans l'appareil critique
00:21:19de l'introduction,
00:21:21deux approches
00:21:22de l'histoire environnementale
00:21:23des Etats-Unis
00:21:23avec deux types
00:21:25de travaux différents.
00:21:26Donc, vous disiez,
00:21:27je ne sais plus
00:21:28lequel de vous deux
00:21:30disait ça,
00:21:31mais une approche
00:21:31vraiment inclusive.
00:21:33Donc, ça veut dire
00:21:34qu'on soit bien conscient
00:21:36de ça,
00:21:36une pluralité de lectures
00:21:38sans jamais s'enfermer.
00:21:39dans le cas de la France.
00:21:41Vous avez mobilisé
00:21:42sur le plan
00:21:43des travaux
00:21:44énormément de choses
00:21:45différentes
00:21:46avec des approches
00:21:47plutôt narratives,
00:21:48plutôt en la critique,
00:21:51les deux,
00:21:51enfin, etc.
00:21:52Ça, c'est important
00:21:53d'avoir ça en tête,
00:21:54la fabrique des choses.
00:21:55Oui, d'un point de vue
00:21:56déjà tout simplement
00:21:57historiographique,
00:21:59l'histoire environnementale,
00:22:00je le disais,
00:22:00existe depuis
00:22:01une cinquantaine d'années.
00:22:02Des chercheurs étrangers
00:22:04sont intéressés
00:22:04à nous.
00:22:06Il y a beaucoup
00:22:06de concepts aussi
00:22:08qui sont nés
00:22:09aux Etats-Unis,
00:22:09notamment,
00:22:10qui sont très utiles
00:22:11ensuite pour interroger
00:22:12le territoire français.
00:22:14Donc, on est obligé
00:22:15de circuler ainsi
00:22:16et de s'appuyer
00:22:18sur des idées
00:22:19et des travaux
00:22:20qui sont faits ailleurs.
00:22:21La France était...
00:22:23Il y avait des histoires
00:22:24environnementales
00:22:25de l'Italie,
00:22:27du Royaume-Uni,
00:22:28des Etats-Unis,
00:22:29même de l'Allemagne.
00:22:31On n'en avait pas en France.
00:22:32Donc, c'est aussi
00:22:32une manière de dire
00:22:33qu'il était temps
00:22:34qu'on répare cet oubli.
00:22:36Donc, on a mobilisé
00:22:38effectivement
00:22:39et à partir
00:22:40de nos propres,
00:22:41comme le disait Pierre,
00:22:42de nos propres traditions
00:22:43et façons de faire.
00:22:44C'est-à-dire que
00:22:45parmi nous,
00:22:46on est cinq.
00:22:47Il y a un historien
00:22:48plutôt de l'urbain,
00:22:48il y a une historienne
00:22:49de l'énergie,
00:22:50il y a un historien
00:22:50des empires.
00:22:51Enfin, on avait chacun
00:22:53justement nos champs
00:22:54disciplinaires
00:22:55et ce qu'ont fait
00:22:56d'ailleurs aussi
00:22:56les autres volumes,
00:22:57évidemment.
00:22:58Et c'est ce qui fait,
00:22:58je crois,
00:22:58la richesse
00:22:59de chacun des volumes.
00:23:01C'est qu'on a nos regards,
00:23:02nos traditions,
00:23:03nos pratiques
00:23:04et nos lectures aussi
00:23:05qui nous permettent
00:23:05d'enrichir
00:23:07ce discours
00:23:08qui est pluriel
00:23:09et inclusif
00:23:11dans le volume.
00:23:12Oui, vous disiez
00:23:13tout à l'heure
00:23:13qu'effectivement,
00:23:14on pose les questions
00:23:15du présent au passé,
00:23:16mais on essaye aussi
00:23:17d'enrichir le présent
00:23:18en décalant le regard,
00:23:20en mobilisant
00:23:21des temporalités décalées
00:23:22pour sortir
00:23:23des fausses évidences,
00:23:25soit désespérantes,
00:23:25soit naïfs,
00:23:26sur le temps présent.
00:23:28Et je crois
00:23:29que c'est important
00:23:29effectivement
00:23:31que même si on
00:23:32concentre collectivement
00:23:32notre regard ici
00:23:33sur la Troisième République,
00:23:35en fait,
00:23:35ce qu'on vise à produire,
00:23:36c'est un discours
00:23:37sur qu'est-ce que c'est
00:23:39que le dialogue
00:23:39société-environnement,
00:23:41comment il se construit,
00:23:43quelle est la place
00:23:43du fait technique,
00:23:44quelle est la place
00:23:44du fait politique,
00:23:45quelle rejoue la culture
00:23:47ou les représentations
00:23:47ou les sensibilités.
00:23:49Et c'est important
00:23:49effectivement
00:23:50qu'on reste historien
00:23:52généraliste
00:23:53quand on fait un travail
00:23:54ciblé sur une région
00:23:58et un moment historique.
00:24:00Et je crois
00:24:00qu'il est important aussi
00:24:01qu'effectivement
00:24:03on rentre
00:24:05dans cette histoire
00:24:06environnementale
00:24:07en considérant
00:24:08que l'idée
00:24:09c'est d'avoir
00:24:10l'approche
00:24:11la plus large
00:24:11et complexe possible
00:24:12de ce qui nourrit
00:24:13le récit
00:24:14de la trame historique
00:24:15et ce qui fait effectivement
00:24:16qu'il y a
00:24:17une robustesse
00:24:18des systèmes
00:24:19ou au contraire
00:24:19des effondrements,
00:24:20des crises,
00:24:21des vulnérabilités
00:24:21et qui explique
00:24:22effectivement
00:24:23la trajectoire
00:24:24des sociétés
00:24:25industrialisées.
00:24:26Alors on peut rentrer
00:24:26dans le vif du sujet.
00:24:28Alors votre premier chapitre
00:24:29que vous rédigez
00:24:30tous les deux,
00:24:30c'est intéressant,
00:24:31ça porte sur
00:24:32l'aménagement
00:24:33ou les aménagements
00:24:35du territoire.
00:24:36Donc on a essayé
00:24:37d'illustrer ici
00:24:37mais pourquoi avoir
00:24:39choisi cette entrée-là ?
00:24:41C'est intéressant
00:24:41parce qu'elle dit aussi
00:24:42d'une certaine manière
00:24:43votre projet
00:24:44et dans ce chapitre
00:24:46vous évoquez aussi
00:24:47des œuvres,
00:24:48par exemple,
00:24:49vous citez
00:24:49la série
00:24:50de Claude Monet
00:24:52sur la gare
00:24:53Saint-Lazare.
00:24:54Là,
00:24:55je crois qu'il y en a
00:24:55sept,
00:24:56donc c'est une des
00:24:57sept toiles
00:24:58de Claude Monet.
00:24:59Mais pourquoi
00:24:59cette entrée-là
00:25:00d'emblée,
00:25:02Pierre Cormon ?
00:25:02Parce qu'il fallait
00:25:03effectivement aller
00:25:04au bout de notre pari
00:25:05de voir en quoi
00:25:06le volontarisme étatique
00:25:07transforme l'environnement
00:25:09et à partir
00:25:10du Second Empire
00:25:11et plus fortement encore
00:25:12sur la Troisième République
00:25:12parce qu'il y a une concurrence
00:25:13avec la fabrique
00:25:15de l'État allemand,
00:25:16il y a une surenchère
00:25:19en Europe
00:25:19sur l'action étatique
00:25:20pour faire du territoire
00:25:22une ressource
00:25:22à la fois
00:25:23pour la prospérité
00:25:25interviewelle
00:25:25mais aussi pour l'affrontement
00:25:26avec les autres puissances.
00:25:28Et donc,
00:25:28on est dans une logique
00:25:29d'émulation
00:25:30ou de rivalité
00:25:31entre puissances
00:25:32et typiquement,
00:25:34l'une des premières mesures
00:25:35de la Troisième République,
00:25:36c'est le plan
00:25:37fréciné sur
00:25:38l'aménagement ferroviaire
00:25:40mais aussi des canaux
00:25:41des ports français
00:25:42pour effectivement
00:25:43rationaliser
00:25:44le territoire
00:25:45pour le rendre
00:25:45plus productif,
00:25:46l'interconnecter
00:25:47et le rendre capable
00:25:48de supporter
00:25:48un effort d'industrialisation
00:25:50et de développement
00:25:51agricole supérieur.
00:25:52Donc,
00:25:52il fallait rentrer
00:25:53par cette dimension-là
00:25:54pour montrer
00:25:55cette nouveauté
00:25:56du volontarisme étatique
00:25:57dans le rapport
00:25:58à l'espace
00:25:58qui a des antécédents.
00:26:00On trouve toujours
00:26:01des antécédents en histoire
00:26:02mais là,
00:26:02il y a une coordination
00:26:04et puis,
00:26:05il y a ce qui doit intéresser
00:26:06les agents du ministère ici,
00:26:08les grands corps de l'État
00:26:09qui se mettent en place
00:26:10une verticale du pouvoir,
00:26:12une administration
00:26:13de la nature.
00:26:14Mais,
00:26:14alors,
00:26:15la question qu'on peut se poser aussi,
00:26:16peut-être,
00:26:17Charles-François Matisse,
00:26:18c'est est-ce que ça marche ?
00:26:19Il peut y avoir du volontarisme,
00:26:20mais est-ce que vraiment...
00:26:21Et là,
00:26:22le bilan est peut-être
00:26:23plus mitigé,
00:26:25je ne sais pas.
00:26:25C'est d'abord ce que vous appelez.
00:26:26Est-ce que ça marche ?
00:26:27Le territoire français
00:26:28est bien transformé tout de même.
00:26:31Alors,
00:26:31il a commencé à l'être,
00:26:32évidemment,
00:26:33depuis bien longtemps,
00:26:35mais la carte en témoigne,
00:26:36ne serait-ce que pour
00:26:37ce qui est des chemins de fer.
00:26:40Le territoire français
00:26:41est profondément bouleversé
00:26:42par l'action
00:26:43de la Troisième République
00:26:44au niveau national
00:26:45comme à des échelles
00:26:46plus fines
00:26:47avec l'action des municipalités.
00:26:48On y reviendra sans doute
00:26:49tout à l'heure.
00:26:53L'une des singularités
00:26:54de la France,
00:26:55mais cette fois,
00:26:55non pas seulement...
00:26:56Enfin,
00:26:57de la Troisième République,
00:26:57pardon,
00:26:58c'est la mise en valeur
00:26:59de l'ensemble du territoire.
00:27:00L'idée,
00:27:00c'est que le territoire
00:27:02dans son ensemble
00:27:03soit mis à profit
00:27:05pour assurer
00:27:06le statut de la France,
00:27:07sa puissance,
00:27:08sa résistance
00:27:09face à d'autres nations.
00:27:11Le territoire
00:27:12est mobilisé
00:27:13pour plein de choses,
00:27:15pour, évidemment,
00:27:16l'industrie
00:27:16et les transports,
00:27:18mais aussi
00:27:18pour le développement agricole,
00:27:19pour le développement touristique.
00:27:21Il n'y a quasiment
00:27:22plus d'espace,
00:27:22en fait,
00:27:23qui échappe
00:27:23à l'emprise
00:27:25soit de l'État,
00:27:26soit de la société,
00:27:27parce qu'on peut quand même
00:27:28un peu distinguer les deux.
00:27:30Mais donc,
00:27:31cet aménagement,
00:27:31il est réel,
00:27:32il est profond,
00:27:33il est durable
00:27:35et il façonne quand même
00:27:36en partie la France
00:27:37d'aujourd'hui,
00:27:38en tout cas celle
00:27:39qui va naître
00:27:41de celle
00:27:42qu'on connaît aujourd'hui.
00:27:43Et le fait
00:27:44de vous attarder
00:27:45aussi sur les œuvres d'art,
00:27:47c'est parce que
00:27:48le fait que
00:27:49des artistes
00:27:50mettent ça au cœur
00:27:51de leur tableau,
00:27:51c'est révélateur
00:27:52de tous ces bouleversements.
00:27:54Ça, c'est mon vieux fond
00:27:56d'historien
00:27:57de la culture
00:27:57qui remonte
00:27:59de temps en temps
00:28:00et mon intérêt
00:28:00pour les imaginaires.
00:28:02Ça me paraissait important,
00:28:04mais pas seulement
00:28:05dans ce chapitre,
00:28:06dans tous ceux
00:28:07auxquels j'ai contribué,
00:28:09de rappeler
00:28:10qu'il y a deux pans
00:28:13en fait
00:28:13en l'histoire environnementale.
00:28:14Il y a la dimension
00:28:15matérielle,
00:28:15concrète,
00:28:16dont on traite ici
00:28:18très directement
00:28:19dans les aménagements
00:28:19des territoires,
00:28:20et puis il y a les façons
00:28:21dont cet environnement
00:28:22est perçu,
00:28:22dont cette nature
00:28:23est représentée
00:28:25et qui me paraissent
00:28:26très important également
00:28:27parce que souvent
00:28:27ils sont performatifs
00:28:28comme le disait Pierre.
00:28:29Et donc,
00:28:30donner à voir
00:28:32un certain type
00:28:33de rapport
00:28:33à la nature,
00:28:34à l'environnement,
00:28:35comment il évolue,
00:28:35comment il se construit
00:28:36aussi dans un dialogue
00:28:37bien entendu
00:28:37avec la matérialité,
00:28:38ça me paraissait essentiel.
00:28:39Le chapitre 3,
00:28:41c'est un titre
00:28:43qui n'est pas forcément
00:28:44explicite d'emblée
00:28:45mais qu'on comprend
00:28:46assez vite,
00:28:47c'est qu'il évoque
00:28:48ce glissement métabolique.
00:28:50Est-ce que vous pourriez
00:28:51nous expliquer ça ?
00:28:52Qu'est-ce que vous entendez
00:28:54par là ?
00:28:54Qu'est-ce que ça veut dire ?
00:28:56Et finalement,
00:28:57pourquoi ça intervient
00:28:58quand même assez vite
00:28:59au début de l'ouvrage ?
00:29:00C'est un concept
00:29:01qu'on attribue souvent
00:29:03à Marx
00:29:04autour de l'idée
00:29:04d'une rupture
00:29:05ou d'une faille métabolique.
00:29:07Il y a énormément
00:29:08de débats
00:29:09autour de ce concept
00:29:10et de ce que Marx
00:29:11voulait en dire,
00:29:12etc.
00:29:12mais l'idée,
00:29:13c'est simplement
00:29:14de suggérer
00:29:15que
00:29:17ici,
00:29:17la France,
00:29:18mais ça peut être
00:29:20une ville
00:29:21ou un autre espace,
00:29:23vit au-delà
00:29:24de ses moyens
00:29:24environnementaux
00:29:25en quelque sorte.
00:29:26C'est-à-dire que
00:29:26sa consommation
00:29:28déborde
00:29:29ses capacités
00:29:29de production
00:29:30et donc doit s'appuyer
00:29:31sur des entrées
00:29:34extérieures.
00:29:35On l'utilise souvent
00:29:36en agriculture
00:29:37pour désigner
00:29:38la fin du XIXe siècle
00:29:40et le début du XXe
00:29:40en suggérant
00:29:41qu'avec l'usage croissant
00:29:43des engrais notamment,
00:29:45l'agriculture
00:29:46ne fonctionnerait plus
00:29:47en quelque sorte
00:29:48en vase clos
00:29:48mais ne tiendrait
00:29:51que par des intrants extérieurs.
00:29:53Pierre est beaucoup
00:29:53plus spécialiste
00:29:54de ces questions
00:29:54que moi
00:29:55donc il aura
00:29:56sans doute
00:29:56à commenter.
00:29:58Encore une fois,
00:29:59c'est des choses
00:29:59à considérablement nuancer
00:30:00pour la France
00:30:01de cette époque,
00:30:02bien entendu,
00:30:03mais c'est pour ça
00:30:04qu'on voulait l'interroger.
00:30:05On n'a pas mis
00:30:06un point d'interrogation
00:30:06d'ailleurs dans le titre,
00:30:07je ne me souviens plus.
00:30:09Non ?
00:30:10Parce que j'ai tendance
00:30:11à mettre des points
00:30:11d'interrogation
00:30:11assez souvent.
00:30:13Non ?
00:30:13Ah, bon alors,
00:30:15il y avait une intention
00:30:17parce qu'on pose la question
00:30:18et dans ce chapitre-là,
00:30:20on voulait interroger
00:30:20cette question du glissement
00:30:22à partir de la consommation
00:30:23notamment.
00:30:24C'était un peu
00:30:25l'idée initiale,
00:30:26c'est-à-dire de montrer
00:30:26qu'il y a des changements
00:30:27dans la consommation
00:30:28des ménages français
00:30:31qui, évidemment,
00:30:31sont souvent bénéfiques
00:30:33au bien-être
00:30:33de la société française,
00:30:35mais qui se traduit
00:30:36là encore
00:30:37par des effets
00:30:39distants,
00:30:39parfois environnementalement
00:30:40parlant,
00:30:41qui sont parfois
00:30:42d'ailleurs cachés
00:30:43ou pas perçus,
00:30:45mais qui ont donc
00:30:45un impact direct
00:30:46sur les environnements.
00:30:48Et qu'est-ce que...
00:30:48Il n'y a pas
00:30:49beaucoup de travaux
00:30:50d'historien d'environnement
00:30:51sur les impacts
00:30:52de la consommation
00:30:52sur l'environnement.
00:30:53Donc c'était une des entrées
00:30:54et après qu'on a étendu
00:30:56aux questions notamment
00:30:56de seconde révolution industrielle
00:30:58et d'agriculture.
00:30:59Oui, il y a peut-être
00:31:00un commentaire
00:31:01qui peut paraître
00:31:01un peu décalé,
00:31:02mais pour moi,
00:31:03on a dans ce livre
00:31:04des enjeux de sciences
00:31:05de la durabilité.
00:31:06C'est-à-dire que...
00:31:08Bon, moi je suis un historien
00:31:10en exil de l'université
00:31:12puisque je travaille
00:31:13dans un organisme
00:31:14qui est plutôt du côté
00:31:14des sciences de l'ingénieur
00:31:15et des sciences finalisées,
00:31:17mais je fréquente
00:31:18effectivement plus
00:31:19des experts du GIEC
00:31:20ou des sciences
00:31:21de la durabilité
00:31:22que des historiens
00:31:23académiques aujourd'hui
00:31:23et je me rends compte
00:31:25qu'on a besoin
00:31:25de construire un dialogue
00:31:26entre une science
00:31:28des systèmes complexes
00:31:29aujourd'hui,
00:31:29qui parfois a des vues
00:31:31très naïfs sur le passé
00:31:32et des historiens
00:31:33qui ont du mal
00:31:33à analyser
00:31:34la complexité métabolique
00:31:36des systèmes passés.
00:31:38Et donc,
00:31:38il faut qu'on arrive
00:31:39à organiser ce va-et-vient
00:31:40entre ce que les archives
00:31:41permettent,
00:31:41il faut être modeste,
00:31:42chose que la méthode historique
00:31:44peut reconstruire
00:31:45dans le passé
00:31:45et des questions
00:31:46qu'on s'oppose au présent
00:31:47pour lesquelles
00:31:48on a besoin
00:31:48de données longues,
00:31:49de séries longues
00:31:50pour comprendre
00:31:51les trajectoires.
00:31:51Si je prends juste
00:31:52l'exemple
00:31:53de la biodiversité cultivée,
00:31:55arriver à reconstituer
00:31:56les semences,
00:31:57les espèces,
00:31:57les variétés
00:31:58qui sont cultivées
00:31:59avant la guerre de 1914,
00:32:00c'est un travail de fourmi,
00:32:01mais c'est nécessaire
00:32:02pour comprendre
00:32:03effectivement
00:32:03est-ce qu'on va vers
00:32:05un effet d'entonnoir
00:32:06de diminution
00:32:06de la biodiversité ?
00:32:07Et oui,
00:32:08c'est largement le cas.
00:32:09Et justement,
00:32:10se poser la question
00:32:11de comment on rouvre
00:32:13vers plus de diversité
00:32:14dans des nouveaux
00:32:15systèmes de culture.
00:32:16Et donc,
00:32:17cette approche métabolique,
00:32:18elle est encore expérimentale
00:32:20en histoire,
00:32:20mais elle vise
00:32:21à poser la question
00:32:21si on met
00:32:22tous les facteurs
00:32:23de l'équation
00:32:23des sociaux et écosystèmes,
00:32:25qu'est-ce que ça donne
00:32:26en 1870,
00:32:27en 1914,
00:32:28en 1940,
00:32:29et ça donne
00:32:29une autre image
00:32:30de l'histoire
00:32:31quand on montre
00:32:31effectivement
00:32:32comment les flux
00:32:33énergétiques
00:32:34de biomasse
00:32:35changent la donne
00:32:36et qu'on voit
00:32:36que le fait
00:32:37qu'on outrepasse
00:32:39l'empreinte planétaire
00:32:40tolérable
00:32:40par la zone critique,
00:32:43ce n'est pas
00:32:44de la semaine dernière.
00:32:45Il y a déjà
00:32:45un dépassement
00:32:46des limites planétaires
00:32:47bien en amont
00:32:48dans le XXe siècle.
00:32:49Alors,
00:32:49évidemment,
00:32:50la place
00:32:50des mutations énergétiques
00:32:52est très importante.
00:32:53Il y a un chapitre entier.
00:32:55Charles-François Mathis,
00:32:56c'est vous
00:32:56qui le rédigez.
00:32:58Avec Annaëlle Marek.
00:32:59Avec Annaëlle Marek,
00:33:00bien sûr.
00:33:01Et ce qui est intéressant,
00:33:03c'est évidemment
00:33:03vous poser à la fin
00:33:04du chapitre
00:33:06la question
00:33:06de la transition.
00:33:07Et là,
00:33:07on sent,
00:33:08alors je ne suis pas
00:33:09expert du sujet,
00:33:10mais on sent peut-être
00:33:11des formes de débat
00:33:12avec notamment
00:33:13l'un des auteurs
00:33:14du premier volume,
00:33:16Jean-Baptiste Fressose,
00:33:17autour de cette idée
00:33:17de transition énergétique.
00:33:19Donc voilà,
00:33:20j'ai résumé en disant
00:33:20les débats sont vifs.
00:33:22Quel est l'enjeu ?
00:33:23Pourquoi il y a
00:33:24je ne sais pas
00:33:25de la prudence
00:33:26à utiliser ce terme
00:33:27de transition ?
00:33:28Qu'est-ce que ça veut dire ?
00:33:29On a l'impression
00:33:30quand même
00:33:30d'une mutation énorme
00:33:32avec l'éruption
00:33:33du charbon,
00:33:34puis du pétrole,
00:33:34etc.
00:33:35Mais néanmoins,
00:33:36le débat est ouvert.
00:33:37Pourquoi ?
00:33:38Expliquez-nous l'enjeu.
00:33:39Alors,
00:33:40je vais essayer d'être bref
00:33:40parce qu'on pourra
00:33:41en parler longtemps.
00:33:42Mais alors,
00:33:44Jean-Baptiste Fressose
00:33:45a écrit un ouvrage
00:33:46très important,
00:33:47très stimulant
00:33:48comme tout ce qu'il fait,
00:33:49qui s'appelle
00:33:49Sans transition,
00:33:50dans lequel il nie
00:33:51l'existence
00:33:51des transitions énergétiques.
00:33:53en argant du fait
00:33:55qu'il y aurait,
00:33:56d'abord,
00:33:57il y a une accumulation
00:33:57au niveau mondial,
00:33:59j'insiste,
00:34:00de la consommation énergétique.
00:34:02C'est-à-dire
00:34:02qu'on n'a pas réduit
00:34:03la consommation de bois
00:34:05une fois qu'on a commencé
00:34:06à utiliser du charbon,
00:34:07mais au contraire,
00:34:07la consommation de bois
00:34:08a augmenté.
00:34:09Et on utilise aujourd'hui
00:34:10plus de charbon
00:34:11qu'on en utilisait
00:34:11au XIXe siècle.
00:34:12Donc,
00:34:13au niveau mondial,
00:34:14il y aurait une accumulation
00:34:15de la consommation énergétique.
00:34:17Par ailleurs,
00:34:18il défend l'idée
00:34:18que je trouve très stimulante
00:34:19des symbioses énergétiques.
00:34:21Une énergie permettrait
00:34:22d'en exploiter une autre.
00:34:24Il donne souvent
00:34:24l'exemple du bois,
00:34:25justement,
00:34:26et du charbon.
00:34:27Si vous exploitez du charbon,
00:34:29il faut creuser des mines,
00:34:30pour obtenir les mines,
00:34:31il faut des étais.
00:34:32Les étais sont en bois
00:34:33et donc on consomme
00:34:34plus de bois
00:34:34pour permettre
00:34:35l'exploitation du charbon
00:34:36et donc il n'y a pas
00:34:37une substitution
00:34:40du charbon en bois.
00:34:41Donc,
00:34:41ça,
00:34:41c'est son argumentaire
00:34:42et au niveau mondial,
00:34:44ça me paraît
00:34:44tout à fait juste.
00:34:45Là où je conteste,
00:34:47c'est qu'il me semble
00:34:49qu'on peut parler
00:34:50de transition énergétique.
00:34:51Moi,
00:34:51je défends plutôt
00:34:51l'idée qu'il y en a
00:34:53en nuançant
00:34:54ce qu'il dit sur deux points.
00:34:55D'abord,
00:34:55sa définition
00:34:56de la transition énergétique
00:34:57et qu'il décrit
00:34:59comme une simple substitution
00:35:00d'une énergie
00:35:01à une autre,
00:35:01ce qui me paraît réducteur.
00:35:03Et là,
00:35:03effectivement,
00:35:04c'est rare
00:35:04qu'on assiste à ça.
00:35:06Il me semble
00:35:06qu'on peut plutôt parler
00:35:07de changements
00:35:08de systèmes énergétiques
00:35:09au sein desquels
00:35:10des énergies
00:35:11ont des rôles
00:35:12structurants différents
00:35:13et que donc,
00:35:14entre
00:35:15la période
00:35:17moderne
00:35:17où c'était
00:35:18les énergies renouvelables
00:35:19qui organisaient
00:35:20quand même le monde
00:35:20et la période
00:35:22contemporaine
00:35:22où au XIXe siècle,
00:35:24c'est le charbon
00:35:24qui structure les sociétés
00:35:26et aujourd'hui
00:35:26plutôt le pétrole,
00:35:27il me semble
00:35:28qu'il y a donc
00:35:28une autre manière
00:35:29de définir la transition
00:35:30et que par ailleurs,
00:35:31quand on la regarde
00:35:31à une échelle plus fine,
00:35:33on peut bien parler,
00:35:34et même cette fois
00:35:35au sens de substitution,
00:35:37de passage
00:35:37d'une énergie
00:35:38à une autre.
00:35:38c'est-à-dire que si on regarde
00:35:40une ville,
00:35:41une vallée,
00:35:42peut-être même un pays,
00:35:44encore une fois,
00:35:44sur une période donnée,
00:35:46il y a bien,
00:35:46il me semble,
00:35:47des transitions.
00:35:47C'était un peu long encore,
00:35:48mais c'est difficile
00:35:49de résumer plus.
00:35:50Oui, c'est magnifiquement
00:35:52résumé.
00:35:53Alors, évidemment,
00:35:54dans votre ouvrage,
00:35:55l'Empire tient une place
00:35:56importante.
00:35:57Alors, c'est plutôt
00:35:58Antonin Plarié
00:35:59qui a travaillé
00:36:00sur ces questions.
00:36:02Il y a deux chapitres,
00:36:03il y a deux moments
00:36:04qui concernent l'Empire,
00:36:06assez vite au début
00:36:07de l'ouvrage,
00:36:07chapitre 2,
00:36:08puis le chapitre 11.
00:36:09Quelle était votre,
00:36:10alors, je ne sais pas,
00:36:11ça paraît titanesque,
00:36:13votre ambition
00:36:14pour inclure l'Empire,
00:36:16comment est-ce que
00:36:17vous avez travaillé,
00:36:19et quelles étaient
00:36:19vos lignes de conduite
00:36:21un peu pour ces deux chapitres,
00:36:23Pierre Cornu ?
00:36:24Ça, c'est quelque chose,
00:36:25effectivement,
00:36:25on y tenait beaucoup,
00:36:26de ne surtout pas occulter
00:36:28le fait que la France
00:36:29est un empire
00:36:30et que son métabolisme,
00:36:32pour y revenir,
00:36:33a besoin de denrées,
00:36:34de matières premières
00:36:35et de main-d'œuvre
00:36:36d'origine coloniale.
00:36:38On ne comprend pas
00:36:39la Troisième République
00:36:40accomplit sa dimension démocratique
00:36:42sans le fait
00:36:43qu'il y ait des citoyens
00:36:45de seconde zone
00:36:46dans ce qui fait
00:36:47la France
00:36:48de la Troisième République,
00:36:49outre les femmes
00:36:50qui n'ont pas le droit de vote,
00:36:51je le rappelle aussi,
00:36:52dans cette époque.
00:36:53Et donc,
00:36:54on n'a pas voulu
00:36:55simplement donner
00:36:57deux chapitres latéraux
00:36:59à écrire à un collègue,
00:37:00on a discuté tout du long
00:37:01en collectif
00:37:02de comment ça a impacté
00:37:04à la totalité
00:37:04d'écriture de livres
00:37:05et comment
00:37:06on a utilisé
00:37:07l'historiographie récente,
00:37:08là aussi,
00:37:08il y a une révision
00:37:09non seulement
00:37:11postcoloniale,
00:37:11décoloniale
00:37:12de l'approche de l'Empire,
00:37:13mais aussi
00:37:13une rélecture environnementale
00:37:15de ce qui s'est joué
00:37:16dans les Suds
00:37:17et qui permet notamment
00:37:18de comprendre
00:37:18qu'il y a,
00:37:19je prends une question
00:37:20sur laquelle j'ai un peu
00:37:21d'expertise,
00:37:22qui est la question agricole,
00:37:23il y a des paradoxes
00:37:24où en fait,
00:37:24en France métropolitaine,
00:37:26on va avoir
00:37:28un modèle
00:37:29protectionniste
00:37:30qui défend
00:37:31la petite exploitation
00:37:32à base familiale
00:37:34et donc,
00:37:34on va freiner
00:37:35le machinisme
00:37:37et l'usage
00:37:38des produits
00:37:38phytosanitaires
00:37:39pour ne pas mettre
00:37:40en danger
00:37:41le modèle
00:37:42de l'hépatisation familiale
00:37:43qui est le socle
00:37:43électoral
00:37:44de la Troisième République,
00:37:45alors que dans l'Empire,
00:37:47on y va franchement,
00:37:49on va développer
00:37:50le modèle de la plantation,
00:37:51les cultures
00:37:51sur les grandes superficies
00:37:52et d'ailleurs,
00:37:53les jeunes agronomes,
00:37:54la science
00:37:55de la Troisième République,
00:37:56c'est dans
00:37:57les plantations coloniales
00:37:58qu'elles se développent,
00:37:59pas en métropole,
00:38:00c'est le paradoxe.
00:38:01Et quand on va passer
00:38:02à la modernisation agricole
00:38:04dans l'après 1945,
00:38:05là, je marche un tout petit peu
00:38:06sur les plats de monde
00:38:07de nos collègues
00:38:07du volume 3,
00:38:08on va rapatrier
00:38:09des agronomes
00:38:10de l'Empire
00:38:11pour appliquer
00:38:12des méthodes
00:38:13de rationalisation
00:38:13qui viennent des Sud
00:38:14et c'est le paradoxe
00:38:15effectivement
00:38:16de ce dialogue
00:38:17Nord-Sud-Sud-Nord
00:38:18qui est asymétrique
00:38:19et fondé
00:38:20sur une violence d'État
00:38:21et qui ne nous empêche pas
00:38:24de produire
00:38:24un discours un peu subversif
00:38:26sur la manière
00:38:26dont on peut relire
00:38:27en termes environnementaux
00:38:28l'histoire de l'Empire.
00:38:29Alors,
00:38:30c'est aussi vous,
00:38:31Pierre Cornu
00:38:32qui avez travaillé
00:38:33sur le chapitre 5
00:38:35qui est intéressant
00:38:36et je trouve
00:38:38qu'il est très en lien
00:38:39avec ce qui est fait
00:38:39dans le volume 1 aussi
00:38:40à toute cette réflexion.
00:38:42Pourquoi c'était
00:38:43si important pour vous
00:38:44de mesurer
00:38:45ce que les sciences
00:38:46ont fait
00:38:47à l'environnement ?
00:38:48C'est le deuxième item
00:38:50de la première colonne.
00:38:51J'ai mis
00:38:52quelques discours
00:38:53notamment du...
00:38:54Pour les professeurs
00:38:55d'histoire-géographie,
00:38:56c'est quand même
00:38:56un père pour nous,
00:38:57Paul Vidal de Lablache,
00:38:59voilà, par exemple.
00:38:59Mais pourquoi c'était
00:39:00important
00:39:01d'aller du côté
00:39:03des savants
00:39:03dans votre histoire
00:39:05environnementale
00:39:05de la France ?
00:39:06Alors,
00:39:07je dirais qu'une
00:39:08des plus grandes controverses
00:39:09dans le champ
00:39:09de l'histoire
00:39:09de l'environnement,
00:39:10c'est est-ce qu'on est
00:39:11par principe technophobe
00:39:12ou technophile
00:39:12et est-ce qu'on est
00:39:13rationaliste ou non ?
00:39:14On ne va pas rentrer
00:39:15dans le débat aujourd'hui,
00:39:16mais je crois qu'effectivement
00:39:17c'est des choses
00:39:18qui nous travaillent beaucoup.
00:39:19Est-ce qu'on a
00:39:20une méfiance de principe
00:39:22pour la démarche
00:39:23de connaissance du monde ?
00:39:24Est-ce qu'au contraire
00:39:25on est des héritiers
00:39:26critiques et lucides
00:39:27de cette démarche
00:39:28de connaissance du monde ?
00:39:29Et je trouve
00:39:30que la Troisième République
00:39:31offre toute une galerie,
00:39:34malheureusement
00:39:34quasiment masculine,
00:39:36de figures,
00:39:36de l'ambivalence
00:39:37de ce que la modernité
00:39:39détruit et produit
00:39:40à la fois.
00:39:40Je dirais que
00:39:42la claire conscience
00:39:43à la fois
00:39:44de la condamnation,
00:39:48l'abandon
00:39:49de ce qu'on appelle
00:39:49des archaïsmes,
00:39:50l'horizon de la modernité,
00:39:52de la maîtrise
00:39:53de la nature,
00:39:53etc.
00:39:54Oui, ça existe.
00:39:55Mais il y a aussi
00:39:56une pensée inquiète
00:39:57sous la Troisième République.
00:39:59Et au lieu
00:40:00de faire s'affronter,
00:40:02comme on le voit
00:40:02beaucoup dans le débat public,
00:40:04une défense
00:40:05et illustration
00:40:05du modernisme
00:40:06ou une histoire
00:40:08par les marginaux,
00:40:09les lanceurs d'alerte
00:40:10uniquement
00:40:11et les victimes,
00:40:12on a essayé
00:40:13d'éviter ce piège-là
00:40:14et d'écrire
00:40:16une histoire
00:40:17des sciences
00:40:17et des techniques
00:40:18qui montre
00:40:19les ambivalences,
00:40:20les contradictions,
00:40:21les hésitations.
00:40:22Et la Troisième République
00:40:23est tout entière travaillée
00:40:25par cette hésitation
00:40:25entre la préservation
00:40:27d'une France ordinière
00:40:28et l'idée
00:40:29d'une grande puissance
00:40:30industrielle
00:40:31et commerciale.
00:40:32Et pour moi,
00:40:33les figures-là
00:40:34qu'on a voulu mettre
00:40:35en exergue
00:40:36dans ce chapitre
00:40:37sur les sciences
00:40:37et les techniques,
00:40:38c'est les porteurs
00:40:40depuis Louis Pasteur
00:40:41jusqu'aux ingénieurs
00:40:43de la Première Guerre mondiale,
00:40:44c'est les porteurs
00:40:45de cet imaginaire
00:40:46du progrès
00:40:47avec un P majuscule
00:40:48qui ne sont pas
00:40:49des dévots
00:40:50B.A.,
00:40:50comme on voudrait
00:40:51peut-être le dire
00:40:52trop facilement
00:40:52aujourd'hui du progrès
00:40:54et des Lumières.
00:40:55Il y a une part
00:40:55de complexité
00:40:56et puis pour ma part,
00:40:58chacun est venu
00:40:59à l'histoire environnementale
00:41:00pour son propre chemin.
00:41:01Moi,
00:41:01j'ai été un praticien
00:41:02de la géo-histoire
00:41:03avant qu'il n'y ait
00:41:04un courant
00:41:05de l'histoire environnementale
00:41:06structurée en France
00:41:07et l'approche
00:41:08des relations
00:41:08entre les sociétés humaines
00:41:09et leur milieu.
00:41:10Voilà,
00:41:11Vidal de la Blache,
00:41:12Brodel,
00:41:12etc.
00:41:13C'était mon histoire à moi.
00:41:14Je suis allé
00:41:14à l'environnement
00:41:15par ça.
00:41:15Il y a un petit clin d'œil
00:41:16en citant
00:41:17Vidal de la Blache
00:41:18et aussi Elisie Reclus.
00:41:19Alors,
00:41:20bien sûr,
00:41:21la question
00:41:22de la protection
00:41:23de la nature,
00:41:24Charles-François Matisse
00:41:25est abordée
00:41:26dans votre ouvrage.
00:41:27On voit que
00:41:27c'est un moment important,
00:41:29cette Troisième République
00:41:30avec des lois
00:41:31de protection,
00:41:32enfin,
00:41:32avec des organismes,
00:41:35des associations
00:41:36qui s'intéressent à ça.
00:41:37Enfin,
00:41:38il y a un foisonnement.
00:41:39Donc là,
00:41:40c'est assez varié
00:41:41ce qu'on a mis,
00:41:41mais ça passe même
00:41:43par le tour de la France
00:41:43par deux enfants.
00:41:44Enfin,
00:41:45vous voyez,
00:41:45il y a plein de choses
00:41:46où on voit
00:41:47un souci du paysage
00:41:49et qui débouche aussi
00:41:49concrètement
00:41:50sur des mesures
00:41:52pratiques
00:41:52pour protéger
00:41:53l'environnement.
00:41:54La Troisième République
00:41:54est très importante
00:41:55dans ce domaine.
00:41:56Oui,
00:41:57c'est clairement
00:41:57un moment pivot,
00:42:00mais un peu,
00:42:01enfin,
00:42:01cette période l'est
00:42:02un peu partout
00:42:02en Europe d'ailleurs.
00:42:04Même si,
00:42:05paradoxalement,
00:42:06on a pas mal,
00:42:07on a des informations
00:42:08sur ce mouvement
00:42:09de patrimonialisation
00:42:10de la nature,
00:42:11mais il nous manque
00:42:12encore beaucoup
00:42:13d'informations,
00:42:13beaucoup d'études.
00:42:14J'ai un étudiant
00:42:15de thèse
00:42:15qui est en train
00:42:16de travailler dessus
00:42:16et qui découvre
00:42:17des choses
00:42:17absolument passionnantes
00:42:18sur les origines
00:42:19de certaines lois,
00:42:20sur les associations
00:42:22au niveau très local
00:42:23qui se sont mobilisées
00:42:24pour défendre
00:42:25tel rocher,
00:42:26telle source,
00:42:27etc.
00:42:27Ce qu'on sait,
00:42:28c'est qu'il y a
00:42:30un essor
00:42:31du tourisme,
00:42:32notamment,
00:42:33qui va être
00:42:34tout à fait central
00:42:35avec le Touring Club
00:42:36de France,
00:42:36le Club Alpin français
00:42:37qui a été créé
00:42:38un petit peu avant,
00:42:38etc.,
00:42:39qui vont encourager
00:42:40à cette mise en valeur
00:42:41de l'espace
00:42:43territorial français,
00:42:45mais est donc
00:42:46mise en valeur
00:42:47qui passe par la protection
00:42:48de certains espaces
00:42:48spectaculaires.
00:42:49C'est une forme
00:42:50de protection singulière
00:42:52autour d'une visée
00:42:53un peu patrimoniale
00:42:54qui connaît
00:42:57un moment important
00:42:57avec la loi de 1906
00:42:58qui est la première loi
00:42:59en Europe
00:43:01permettant la protection
00:43:02des sites
00:43:03et monuments naturels
00:43:03à caractère artistique.
00:43:05Elle n'a pas
00:43:05une efficacité folle,
00:43:07il faut le reconnaître,
00:43:08mais enfin,
00:43:09elle a le mérite
00:43:09d'exister quand même.
00:43:10Elle est renforcée
00:43:11par une autre loi
00:43:11en 1930.
00:43:12La France est aussi
00:43:13le lieu où s'organisent
00:43:15les premiers congrès
00:43:15internationaux
00:43:16de protection de la nature.
00:43:17Le premier s'appelle
00:43:18d'ailleurs
00:43:19le premier congrès
00:43:20internationale
00:43:20de protection
00:43:20des paysages
00:43:21en 1909.
00:43:23Les titres sont intéressants.
00:43:24Le suivant,
00:43:24c'est Faune et Flore
00:43:26en 1923
00:43:27et puis le troisième
00:43:27en 1931,
00:43:28c'est la nature.
00:43:29Et on voit
00:43:30même par ces titres-là
00:43:31une évolution
00:43:32vers des préoccupations
00:43:33qui ne sont plus seulement
00:43:34patrimoniales,
00:43:35esthétiques,
00:43:35paysagères,
00:43:36mais de plus en plus
00:43:37naturalistes.
00:43:38Donc il y a un mouvement
00:43:39comme ça
00:43:39d'agrégation
00:43:42en quelque sorte
00:43:43de motivation.
00:43:44On a aussi évidemment,
00:43:45c'est le moment
00:43:46des premières réserves
00:43:46naturelles,
00:43:48la réserve des Sept-Îles
00:43:49en 1912
00:43:50avec la création
00:43:50de la LPO,
00:43:53la réserve
00:43:54de Camargue
00:43:55en 1927,
00:43:56etc.
00:43:56Il y a effectivement
00:43:57énormément d'actions
00:43:58qui se combinent
00:43:59à une politique
00:44:00de la part
00:44:01de l'État
00:44:02et c'est pour ça
00:44:02qu'on citait
00:44:03le Tour de la France
00:44:03par deux enfants,
00:44:05d'éducation
00:44:05à la nature.
00:44:06Alors à la nature,
00:44:07pas à l'environnement
00:44:08en tant que tel,
00:44:09mais d'éducation
00:44:09à la nature,
00:44:10des jardins,
00:44:11dans les écoles
00:44:12pour que les enfants
00:44:13apprennent à aimer
00:44:14leur sol,
00:44:15leur patrie
00:44:16et à mieux la défendre.
00:44:18On va rencontrer
00:44:19dans votre livre
00:44:19des figures
00:44:20qui ne sont pas forcément
00:44:21bien connues
00:44:22mais qui sont très attachantes.
00:44:23Je pense à Raoul de Clermont.
00:44:25C'est intéressant,
00:44:26on voit des discours
00:44:27qui nous parlent
00:44:28aujourd'hui encore.
00:44:29C'est ça qui est
00:44:30tout à fait intéressant.
00:44:32Alors,
00:44:33on est obligé
00:44:34d'aller un petit peu vite
00:44:35là, mais évidemment
00:44:36les villes,
00:44:37ça c'est Stéphane Frioux
00:44:38qui s'y intéresse,
00:44:39sont très importantes aussi
00:44:41et ça c'est un chantier
00:44:42plus récent peut-être
00:44:44que d'autres
00:44:44en histoire environnementale.
00:44:47Évidemment,
00:44:48la place des animaux
00:44:49dans la ville,
00:44:50on le voit aussi,
00:44:51est très importante.
00:44:52Le tramway hippomobile
00:44:53à Marseille,
00:44:54par exemple,
00:44:55c'est intéressant.
00:44:57l'idée de consacrer
00:45:00des chapitres
00:45:01à la ville,
00:45:02ça émergeait très vite.
00:45:03C'était important
00:45:04pour vous,
00:45:05bien sûr,
00:45:06Pierre Cornu.
00:45:06D'abord,
00:45:07parce que c'est un courant
00:45:08important
00:45:08de l'école historique française,
00:45:11l'histoire urbaine
00:45:11et l'histoire rurale
00:45:13d'ailleurs en miroir.
00:45:14Et puis effectivement,
00:45:15on a vu avec Stéphane Frioux
00:45:16un excellent spécialiste
00:45:17qui a dirigé
00:45:18beaucoup de travaux
00:45:19sur l'évolution
00:45:20des environnements urbains.
00:45:21Et puis,
00:45:22il y a toute une école française
00:45:24de travaux historiques
00:45:25ou interdisciplinaires
00:45:26qui ont donné
00:45:27une historiographie
00:45:28qu'on voulait mettre en valeur.
00:45:29J'insiste là-dessus.
00:45:30À la fois,
00:45:30c'est un livre
00:45:30qui a une thèse,
00:45:31qui défend un argumentaire,
00:45:32mais qui veut donner
00:45:33une place
00:45:35à toute une historiographie
00:45:37diverse
00:45:38portée notamment
00:45:39par de la très jeune recherche.
00:45:40Et voilà.
00:45:40Il y a beaucoup
00:45:41de travaux récents
00:45:42qu'on cite
00:45:42qui ont nourri
00:45:43la synthèse
00:45:44qu'on a voulu écrire.
00:45:45L'histoire urbaine
00:45:45est bien largement
00:45:47redynamisée
00:45:48par les problématiques
00:45:49environnementales
00:45:49et sanitaires également.
00:45:51Oui,
00:45:51alors là,
00:45:51on a fait un petit clin d'œil
00:45:52à Stéphane Frioux
00:45:53avec Villeurbanne
00:45:55sa vie aérienne
00:45:56des gratte-ciels
00:45:57en 1936.
00:45:59Alors,
00:45:59la césure de 40,
00:46:00c'est intéressant.
00:46:01On arrive à la fin
00:46:02de votre livre
00:46:04avant d'ouvrir
00:46:04la discussion.
00:46:06Alors là,
00:46:06on a voulu,
00:46:08je ne sais pas,
00:46:09c'est mon choix,
00:46:10mais je voulais mettre
00:46:11un peu de Marc Bloch.
00:46:12Je me suis dit
00:46:12que c'était quand même
00:46:13l'année pour le faire.
00:46:14Et puis,
00:46:15en même temps,
00:46:15tout ce qui se passe.
00:46:16Alors,
00:46:17la rupture de 40,
00:46:18vous la prolongez
00:46:18dans la conclusion.
00:46:19C'est intéressant,
00:46:20vous discutez
00:46:21un petit peu ça
00:46:22et vous signalez
00:46:23tout le paradoxe français
00:46:26de 1940.
00:46:26Est-ce que vous pourriez
00:46:27peut-être nous expliquer
00:46:29ce que vous entendez
00:46:30par là ?
00:46:31Il y a un paradoxe français
00:46:32dans l'effondrement
00:46:33de 1940.
00:46:34Je vais laisser la parole
00:46:35à Pierre
00:46:36parce que c'est lui
00:46:36qui a trouvé
00:46:37ces merveilleuses idées
00:46:38de l'épilogue.
00:46:39Donc,
00:46:39je laisse présenter ses îles.
00:46:41Il y a un risque
00:46:42quand on fait
00:46:43de l'histoire
00:46:44environnementale
00:46:45ou d'autres nouveaux domaines
00:46:46de la recherche comme ça,
00:46:47c'est d'être
00:46:48du côté du bien
00:46:49avec un B majuscule,
00:46:50être dans un confort moral
00:46:51sur le fait
00:46:52qu'on revisite l'histoire
00:46:53avec enfin
00:46:54une conscience,
00:46:55une lucidité
00:46:56et l'idée
00:46:57qu'on n'oblique plus personne
00:46:58et qu'on est très inclusif
00:46:59et très juste.
00:47:00Moi,
00:47:00j'aime bien
00:47:01montrer qu'effectivement
00:47:02l'histoire est caractérisée
00:47:03par sa complexité
00:47:04et que les questions
00:47:06qu'on se pose aujourd'hui
00:47:07dans le moment
00:47:08crépusculaire
00:47:09qu'on vit sur un plan démocratique
00:47:10de rapport à l'environnement
00:47:11et bien
00:47:12aient des échos
00:47:13avec les années 30
00:47:14et pas simplement
00:47:14sur le champ politique
00:47:15mais aussi sur le rapport
00:47:16à la nature
00:47:17et qu'on a des envivalences
00:47:19aujourd'hui
00:47:19sur le statut
00:47:20de l'objet nature
00:47:21dans le débat public
00:47:22qui avait
00:47:23des formes
00:47:24tout aussi ambiguës
00:47:25dans les années 30
00:47:26et que
00:47:27la défaite de 1940
00:47:29et bien
00:47:29il faut oser
00:47:30la lire aussi
00:47:31comme un objet
00:47:33d'histoire environnementale
00:47:34et moi je trouvais
00:47:36que c'était intéressant
00:47:37d'oser
00:47:38citer le fameux
00:47:40texte de Charles de Gaulle
00:47:41sur la guerre mécanique
00:47:42pour rappeler
00:47:43qu'effectivement
00:47:44bah oui
00:47:45c'est une guerre
00:47:46de l'ère industrielle
00:47:47et que
00:47:48la France
00:47:48était au milieu
00:47:49du guet
00:47:49dans son développement
00:47:51entre sa métropole
00:47:52et son empire
00:47:53entre sa conception
00:47:54du socle rural
00:47:55et des villes
00:47:57industrielles
00:47:58et marchandes
00:47:59et que
00:47:59cette France là
00:48:01n'a pas fait le poids
00:48:02dans une guerre mécanique
00:48:03de haute intensité
00:48:04au printemps
00:48:051940
00:48:06et donc
00:48:07faire de l'histoire
00:48:08environnementale
00:48:09c'est pas
00:48:09se mettre à l'écart
00:48:11des batailles du siècle
00:48:12c'est pas
00:48:13avoir une sagesse
00:48:15tirée de la nature
00:48:16pour regarder
00:48:16la folie des hommes
00:48:17c'est comprendre
00:48:18que
00:48:18la seconde guerre mondiale
00:48:20la première d'ailleurs avant
00:48:21font partie pleinement
00:48:22d'histoire
00:48:22et que
00:48:24et c'est un petit peu
00:48:25la pirouette finale
00:48:26de ce livre
00:48:26finalement
00:48:27on a fait
00:48:28l'histoire environnementale
00:48:29sur toute une période
00:48:29où le mot environnement
00:48:30n'apparaît jamais
00:48:31où personne n'a de pensée
00:48:32de l'environnement
00:48:33dans la France
00:48:33de la troisième république
00:48:35il y a des jalons
00:48:36il y a des choses
00:48:36il y a des idées sous-jacentes
00:48:37mais moi j'ai voulu montrer
00:48:39que en tout cas
00:48:39d'après mes travaux
00:48:40l'une des disciplines
00:48:42qu'on convoque rarement
00:48:43pour ça
00:48:43qui se pose la question
00:48:44du commerce intime
00:48:46des rapports de l'homme
00:48:47à la nature
00:48:47c'est l'économie
00:48:48et c'est
00:48:49François Perrault
00:48:50un économiste
00:48:51qui va flirter
00:48:52avec le régime de Vichy
00:48:53qui dès les années 30
00:48:55alerte sur la décomposition
00:48:56des sociétés industrialisées
00:48:58par les effets
00:48:59du capitalisme
00:49:00et qui essaye
00:49:01d'inventer
00:49:02une troisième voie
00:49:03entre le christianisme
00:49:04et le social
00:49:04etc
00:49:05et qui va
00:49:07traverser la défaite
00:49:08de 40
00:49:08en étant un observateur
00:49:09très averti
00:49:11de ce qui se passe
00:49:11dans l'Allemagne nazie
00:49:12parce qu'il s'y est rendu
00:49:13et que
00:49:14François Perrault
00:49:15il a un leg
00:49:15jusqu'à aujourd'hui
00:49:16dans la pensée
00:49:17du développement
00:49:18de la prise en compte
00:49:20des rapports
00:49:20de la nature
00:49:20etc
00:49:21et que les ambiguïtés
00:49:22des années 30-40
00:49:23elles ont un leg
00:49:25très important
00:49:26et pas toujours
00:49:27bien compris aujourd'hui
00:49:28voilà
00:49:28donc l'idée c'était que
00:49:29aller jusqu'à la défaite
00:49:30de 40
00:49:31ne pas rester dans l'idée
00:49:32que la troisième république
00:49:33est détente
00:49:34et qu'il est interrompu
00:49:34brutalement par un choc externe
00:49:35non
00:49:36la France fait partie
00:49:37d'un système global
00:49:38d'un concert des nations
00:49:39qui est un champ de force
00:49:41européen
00:49:41et ce qui se passe
00:49:42en 1940
00:49:44peut être lu aussi
00:49:45dans une approche métabolique
00:49:46de l'affrontement
00:49:47des puissances industrielles
00:49:48écoutez parfait
00:49:50c'est une très belle conclusion
00:49:51on va peut-être
00:49:52ouvrir la discussion
00:49:53Benoît
00:49:54l'histoire environnementale
00:49:55de la première guerre mondiale
00:49:56est un domaine
00:49:57assez bien travaillé
00:49:57maintenant
00:49:58en tout cas
00:49:59on a beaucoup
00:49:59d'études thématiques
00:50:00et qui montrent
00:50:01les effets
00:50:02à court moyen
00:50:03long terme
00:50:04des pollutions
00:50:04ou des destructions
00:50:05de la première guerre mondiale
00:50:06et on a des choses intéressantes
00:50:08dans l'ouvrage
00:50:09dans le chapitre rédigé
00:50:10par Stéphane Friou
00:50:11sur la grande guerre
00:50:12et son nombre porté
00:50:13nous devons être plus modestes
00:50:15sur la question
00:50:16de la quantification
00:50:19de l'empreinte
00:50:22carbone et autres
00:50:23effectivement
00:50:24de la période
00:50:24de la troisième république
00:50:26ça nous a pris
00:50:27un certain temps
00:50:27nous avons beaucoup lu
00:50:29beaucoup compulsé
00:50:30mais ce n'est pas
00:50:31un programme de recherche
00:50:32dont nous livrons
00:50:33les résultats
00:50:34et il reste
00:50:35des travaux à mener
00:50:36pour arriver
00:50:36à boucler les équations
00:50:38avec des archives
00:50:39qui ne sont quand même
00:50:39pas toujours très bavardes
00:50:40ou très précises
00:50:41sur la question
00:50:42effectivement
00:50:43de l'empreinte carbone
00:50:44des différentes époques
00:50:46et des différents
00:50:47protagonistes
00:50:48et donc là
00:50:48on a eu
00:50:49à un moment
00:50:50l'ambition
00:50:50d'une approche
00:50:51effectivement capable
00:50:52de quantifier
00:50:53les hectares fantômes
00:50:55l'empreinte carbone
00:50:55etc
00:50:56pour être franc
00:50:57on en a rabattu
00:50:58un petit peu
00:50:58on a traité ces questions
00:50:59on a montré
00:51:00que c'était encore
00:51:00des chantiers ouverts
00:51:01de la recherche historique
00:51:02pour laquelle on a besoin
00:51:03d'ailleurs de renforts
00:51:04plus disciplinaires
00:51:05oui il y a un article
00:51:07essentiellement
00:51:07qui s'appelle
00:51:09il est en anglais
00:51:11et ça doit être
00:51:12la France parasite
00:51:13je crois ça s'appelle
00:51:14enfin
00:51:14qui essaie d'évaluer
00:51:16le métabolisme français
00:51:18c'est-à-dire
00:51:19la consommation
00:51:21de biomasse
00:51:22de matière
00:51:24minérale
00:51:25etc
00:51:25par le territoire français
00:51:27aussi bien
00:51:28extrait du territoire
00:51:29qu'importé
00:51:30et qui évalue
00:51:32par exemple
00:51:32que dans les années 1860
00:51:34que la France
00:51:35commence à consommer
00:51:36plus de matières minérales
00:51:37donc de matières fossiles
00:51:38en fait
00:51:39véritablement
00:51:40donc elle fait
00:51:40sa bascule fossile
00:51:41que de matières organiques
00:51:43mais ça reste
00:51:43c'est un article
00:51:45qui peut probablement
00:51:46être complété
00:51:46et précisé
00:51:47qui ne traite pas
00:51:47spécifiquement
00:51:48de l'empreinte carbone
00:51:49et pour la guerre
00:51:50comme le disait Pierre
00:51:51il y a énormément
00:51:53de choses qui montrent
00:51:54les distributions
00:51:55évidemment immédiates
00:51:56les pollutions
00:51:56à long terme
00:51:57notamment par les obus
00:51:59les impacts aussi paysagers
00:52:01les transformations
00:52:02ensuite des villes
00:52:03il y a tout un
00:52:04tout un pan
00:52:05effectivement de recherche
00:52:06et puis il y a aussi
00:52:07sur les animaux
00:52:08alors là
00:52:08parce que
00:52:09vous en parliez tout à l'heure
00:52:10moi c'est mon tout petit regret
00:52:12on parle des animaux
00:52:13on aurait peut-être pu en parler
00:52:15un peu plus
00:52:15mais enfin à un moment
00:52:16on ne peut pas toujours
00:52:16tout dire et tout faire
00:52:18mais dans la partie
00:52:19sur la première guerre mondiale
00:52:21il y a pas mal de pages
00:52:23consacrées justement
00:52:23au rôle des animaux
00:52:24dans cette guerre
00:52:25qui peut paraître paradoxale
00:52:26parce que c'est la première
00:52:27grande guerre industrielle
00:52:28et en fait
00:52:29elle s'appuie beaucoup
00:52:30et elle tue beaucoup
00:52:31d'animaux
00:52:32notamment de chevaux
00:52:33oui Guillaume
00:52:34juste je rebondis
00:52:35sur ta question
00:52:35sur le bilan carbone
00:52:36parce que dans le premier tome
00:52:39François Jarry
00:52:40j'essaye de répondre
00:52:41à ta question
00:52:42pour le 19ème siècle
00:52:43et si je dis pas de bêtises
00:52:45c'est à vérifier
00:52:46dans le premier chapitre
00:52:47en particulier
00:52:47qui est un chapitre
00:52:49du premier tome
00:52:50je me demande
00:52:51si c'était pas
00:52:52entendable là-dessus
00:52:53mais effectivement
00:52:53c'est Jean-Baptiste Fressos
00:52:55cette approche-là
00:52:56de toute façon
00:52:56elle est très Fressos
00:52:57effectivement
00:52:57en tout cas
00:52:59dans le premier
00:52:59je me trompe pas
00:53:00en disant
00:53:01dans le premier tome
00:53:02ils en parlent
00:53:03ils avancent des chiffres
00:53:05et je crois même
00:53:06que dans la conférence
00:53:07qui est en ligne
00:53:08tu pourras regarder
00:53:08François Jarry
00:53:10je l'avance
00:53:11qu'on a consommé
00:53:12pendant le 19ème siècle
00:53:13français
00:53:14en termes de bilan carbone
00:53:15autant qu'en quelques années
00:53:17au 21ème
00:53:18donc pour avoir
00:53:20une sorte d'ordre
00:53:21de grandeur
00:53:21c'est assez vertigineux
00:53:23quand on voit
00:53:24cet écart-là
00:53:25donc il a essayé
00:53:26François
00:53:27de répondre
00:53:27à cette question-là
00:53:28dans l'autre conférence
00:53:30et vraiment
00:53:31dans le premier chapitre
00:53:32il y a des éléments
00:53:33mais c'est dans l'autre tome
00:53:34ça s'appelle
00:53:34un portrait en tonne
00:53:36justement
00:53:36enfin il commence
00:53:37par cette formule
00:53:38un portrait en tonne
00:53:39personnellement
00:53:39je défends l'idée
00:53:41qu'il ne me paraît pas
00:53:42anachronique
00:53:42d'utiliser par exemple
00:53:43mon environnement
00:53:44pour parler
00:53:46d'objets
00:53:47d'une période
00:53:48où on n'utilisait pas
00:53:49ce mot-là
00:53:49c'est-à-dire que je pense
00:53:50qu'on a le droit
00:53:50d'utiliser mon environnement
00:53:51pour la Troisième République
00:53:52même s'il n'est pas utilisé
00:53:54par les contemporains
00:53:55dans l'autre sens
00:53:56avec évidemment
00:53:57quelques précautions
00:53:58bien sûr
00:53:58en ne faisant pas dire
00:53:59aux acteurs
00:53:59ce qu'ils ne disaient pas
00:54:00mais je pense
00:54:03qu'on peut s'autoriser ça
00:54:04après sur les termes
00:54:06de la période
00:54:07et des problèmes éventuels
00:54:08de traduction
00:54:09le plus évident
00:54:10c'est la question
00:54:11des pollutions
00:54:12dont le mot
00:54:13pareil
00:54:13n'est très rarement utilisé
00:54:16on parle plutôt
00:54:16de nuisance
00:54:17ou après d'autres termes
00:54:20de fumée
00:54:21de rejet
00:54:22pour les rivières
00:54:25et les nuisances
00:54:27peuvent recouvrir
00:54:28évidemment énormément
00:54:28de choses
00:54:29qui peuvent être
00:54:30simplement
00:54:30des atteintes au sens
00:54:31et notamment le bruit
00:54:33des nuisances olfactives
00:54:35et qui ne sont pas
00:54:35exactement
00:54:36ce qu'on peut appeler
00:54:36aujourd'hui
00:54:37des pollutions
00:54:37donc il peut y avoir
00:54:38effectivement un écart
00:54:39comme ça parfois
00:54:40dans les termes
00:54:41auxquels il faut prêter
00:54:41attention
00:54:42effectivement
00:54:42la question du sens
00:54:44des mots
00:54:45et de l'anachronisme
00:54:47c'est le béabat
00:54:47de nos métiers
00:54:48donc on y fait attention
00:54:49et quand on a la chance
00:54:50de voir un mot
00:54:51qui n'existe pas
00:54:51à une époque
00:54:52on est forcément vigilant
00:54:52le danger c'est les autres
00:54:53c'est les mots
00:54:54qui paraissent ordinaires
00:54:55et dont le sens a glissé
00:54:57mais je crois que surtout
00:54:58il faut
00:54:59et là je reviens
00:55:00sur la focale
00:55:01de notre ouvrage
00:55:01il faut avoir
00:55:02une lecture politique
00:55:03si le concept
00:55:04d'environnement
00:55:04n'émerge pas
00:55:05ce n'est pas parce qu'il n'est pas mûr
00:55:07parce que personne n'y a pensé
00:55:08c'est qu'il y a un cadrage
00:55:10culturel et politique
00:55:11qui ne veut pas avoir
00:55:12cet objet-là
00:55:12de même qu'aujourd'hui
00:55:14on est capable de
00:55:15soit de créer
00:55:16du débat public
00:55:17sur de faux objets
00:55:18ou de segmenter
00:55:19des vrais objets
00:55:19interconnectés
00:55:20pour empêcher
00:55:22qu'il y ait un débat public
00:55:23sur des objets
00:55:24cohérents
00:55:24voilà
00:55:25le cadrage
00:55:26des questions
00:55:26des concepts
00:55:27dans le débat public
00:55:28sont
00:55:30l'objet
00:55:31de combats médiatiques
00:55:32et politiques
00:55:32quand on voit
00:55:33par exemple
00:55:34aujourd'hui
00:55:34le débat
00:55:35sur les pesticides
00:55:37le lien à la santé
00:55:38des agriculteurs
00:55:39des populations
00:55:39comment on a
00:55:40on essaye
00:55:41d'un côté
00:55:42d'émietter ce débat
00:55:43pour en faire
00:55:43des sous-questions techniques
00:55:44auxquelles personne
00:55:45ne comprend rien
00:55:47et bien
00:55:47on voit bien
00:55:48que l'effet de cadrage
00:55:49fait qu'il y a
00:55:50une question
00:55:51du rapport
00:55:52modèle agricole
00:55:53santé, alimentation
00:55:55ou pas
00:55:55et bien
00:55:56sous la troisième république
00:55:57la mythologie
00:55:58du progrès
00:55:59et de la domination
00:56:00de la nature
00:56:01empêche l'émergence
00:56:02d'un questionnement
00:56:03sur l'environnement
00:56:03et donc c'est un construit politique
00:56:05tu veux que je commence
00:56:06le temps que tu réfléchisses
00:56:07à des éléments de réponse
00:56:08alors
00:56:08c'est pas
00:56:09d'abord c'est pas une question
00:56:11qu'on a mise au centre
00:56:12de nos questionnements là
00:56:13ça ramène
00:56:14d'autres héritages
00:56:15historiographiques
00:56:15sur l'histoire
00:56:16de la plurie activité
00:56:17tout ce qu'on a fait
00:56:18dans les années 80
00:56:19enfin 70-80
00:56:21sur le modèle du district
00:56:22sur les formes
00:56:23d'industrialisation
00:56:24d'eau
00:56:24etc
00:56:26alors moi je connais un peu
00:56:27cette historiographie
00:56:28parce que c'est là
00:56:28que j'ai été formé
00:56:29et je dirais qu'effectivement
00:56:31il y a
00:56:32une logique
00:56:32d'industrialisation
00:56:33plus diffuse
00:56:35centrée
00:56:35sur
00:56:36les secteurs luxe
00:56:37et demi-lux
00:56:39la France se distingue
00:56:40dans la division internationale
00:56:41du travail industriel
00:56:42en étant très présente
00:56:44sur
00:56:44de la forte valeur ajoutée
00:56:46sur le demi-lux
00:56:46et le luxe
00:56:47et donc ça explique
00:56:48effectivement
00:56:48que tout
00:56:49n'est pas misé
00:56:50sur les industries
00:56:51de base
00:56:52sur lesquelles
00:56:53on produit en masse
00:56:54avec une très faible marge
00:56:55et là tu as des idées
00:56:56pour bouger
00:56:57il y a deux idées
00:56:58je pense aussi
00:57:00qu'au-delà
00:57:01de l'action politique
00:57:02l'installation
00:57:03quand même
00:57:04de certains centres
00:57:05industriels
00:57:05dépend beaucoup
00:57:06de l'accès à l'énergie
00:57:07mon passé
00:57:08d'historien de l'énergie
00:57:08qui remonte
00:57:09et si on pense
00:57:10à l'Angleterre
00:57:11par exemple
00:57:11très clairement
00:57:12c'est les bassins
00:57:12houillés
00:57:12qui sont nombreux
00:57:13sur lesquels s'installent
00:57:14les grands centres
00:57:15industriels
00:57:16la France
00:57:17même si elle a
00:57:17évidemment
00:57:18le Nord-Pas-de-Calais
00:57:19et Saint-Étienne
00:57:21et d'autres
00:57:22n'est pas quand même
00:57:23une grande nation
00:57:23d'énergie fossile
00:57:25et donc ça peut expliquer
00:57:26aussi cette relative
00:57:28diffusion
00:57:28des industries
00:57:29sur le territoire
00:57:30qui en revanche
00:57:32a un impact
00:57:33en termes de pollution
00:57:34ou de nuisance
00:57:37assez étonnant
00:57:38et qui est très peu
00:57:39étudié encore
00:57:40et là
00:57:40je suis désolé
00:57:40je ne parle que
00:57:41de mes doctorants
00:57:42mais j'ai un doctorant
00:57:43avec François Jarry
00:57:43justement
00:57:44qui travaille sur les pollutions
00:57:46alors ici
00:57:47des machines à vapeur
00:57:48sur le végétal
00:57:49que ce soit en ville
00:57:51ou à la campagne
00:57:51et qui documentent
00:57:53pour la première fois
00:57:53ce qui est très peu
00:57:54connu jusqu'à présent
00:57:55l'ampleur des pollutions
00:57:56à la campagne
00:57:57et les plaintes
00:57:58de très nombreux
00:57:59maraîchers
00:57:59viticulteurs
00:58:01ou de gens
00:58:02qui avaient des vergers
00:58:03ou que sais-je
00:58:04qui se plaignent
00:58:05de l'installation
00:58:06de briquetteries
00:58:08ou de fours à chaud
00:58:09que sais-je
00:58:09dans certains endroits
00:58:11très ruraux
00:58:11et des pollutions
00:58:13assez considérables
00:58:13que ça provoquait
00:58:14autour d'eux
00:58:15donc il y a aussi
00:58:16ça c'est pas vraiment
00:58:18une réponse
00:58:18à ce que vous dites
00:58:19mais c'est une conséquence
00:58:19en fait de cette diffusion
00:58:21c'est une pollution
00:58:22finalement
00:58:23qui est très localisée
00:58:24parfois
00:58:25pour laquelle
00:58:26il est difficile
00:58:26d'avoir des informations
00:58:27mais qu'on est en train
00:58:28de repérer
00:58:29aujourd'hui
00:58:29alors je dirais
00:58:31qu'en fait
00:58:31il n'y a pas vraiment
00:58:32des spécificités
00:58:33de l'époque contemporaine
00:58:34sur ce plan-là
00:58:35parce qu'on a des villes
00:58:37immenses
00:58:37et très densément peuplées
00:58:38des lentités
00:58:39où des problèmes
00:58:40effectivement de promiscuité
00:58:42de santé
00:58:43d'approvisionnement
00:58:44se posent
00:58:44et donc l'idée
00:58:45de milieu très artificialisé
00:58:47surgit très vite
00:58:48dans l'histoire
00:58:49la singularité
00:58:51de l'époque contemporaine
00:58:52et de l'ère industrielle
00:58:53c'est effectivement
00:58:54les nouvelles énergies
00:58:55les nouveaux matériaux
00:58:57l'artificialisation
00:58:58croissante
00:58:59des environnements
00:59:00et oui
00:59:00on a des voies
00:59:01très diverses
00:59:03on a des cassandres
00:59:04à toutes les époques
00:59:05on a des béats
00:59:07à toutes les époques
00:59:08et simplement
00:59:09la question c'est
00:59:10dans le débat public
00:59:11quelles sont les voies
00:59:11qui l'emportent
00:59:12et je dirais que
00:59:13en tout cas
00:59:14sous la troisième république
00:59:15et malgré
00:59:16effectivement
00:59:17une ambiance
00:59:18plus crépusculaire
00:59:19sur la fin
00:59:19dans les années 1930
00:59:20on a quand même
00:59:21un narratif dominant
00:59:23qui est un optimisme
00:59:24et civilisationnel
00:59:25l'idée que le temps historique
00:59:27peut être douloureux
00:59:28qu'il peut y avoir
00:59:28des accidents dans l'histoire
00:59:30mais que l'humanité
00:59:31dans la filiation des lumières
00:59:32progresse vers une meilleure
00:59:33maîtrise
00:59:34de sa santé
00:59:35de sa qualité de vie
00:59:37des mœurs
00:59:38etc
00:59:38et donc cet imaginaire-là
00:59:40il est quand même dominant
00:59:41et donc
00:59:41il va empêcher
00:59:43des discours
00:59:44qui sont
00:59:45plus pessimistes
00:59:46sur le devenir
00:59:46de la civilisation urbaine
00:59:47de devenir dominant
00:59:49sauf effectivement
00:59:49dans les moments de crise
00:59:50comme les années 30
00:59:51où là
00:59:51on a quand même
00:59:52un doute très profond
00:59:53dans la société française
00:59:54sur ce que la modernité
00:59:55a fait au pays
00:59:55et sur les villes
00:59:57spécifiquement
00:59:58c'est aussi la période
01:00:00durant laquelle
01:00:00on réfléchit beaucoup
01:00:01à la place des jardins
01:00:03les cités jardins
01:00:04qui ont été imaginés
01:00:05en Angleterre
01:00:06font
01:00:07quelques émules
01:00:08en France
01:00:09alors sous des formes
01:00:10très diverses
01:00:11mais on a quand même
01:00:11les premières cités jardins
01:00:12qui se créent
01:00:14on a le mouvement
01:00:15des jardins ouvriers
01:00:16on a des jardins partagés
01:00:17donc il y a une réflexion
01:00:19bien sûr
01:00:20déjà à ce moment-là
01:00:21sur l'artificialisation
01:00:23des villes
01:00:24sur la place
01:00:25qu'on doit accorder
01:00:25à la nature
01:00:26sur une possible
01:00:28conciliation
01:00:28de la ville
01:00:29et de la campagne
01:00:29c'est déjà très présent
01:00:31dans les débats
01:00:32peut-être
01:00:33je voudrais juste
01:00:33rajouter quelque chose
01:00:34à la discussion
01:00:35en rebond
01:00:36en fait
01:00:36de l'intervention
01:00:37rappeler que la France
01:00:39n'est majoritairement urbaine
01:00:41que justement
01:00:42dans les années 30
01:00:42en 1931
01:00:44précisément
01:00:45c'est tardif
01:00:46et on sait aussi
01:00:47comment les mentalités
01:00:48la culture
01:00:49il y a un décalage
01:00:50aussi par rapport à ça
01:00:51ce qui amène d'ailleurs
01:00:52Pétain à parler
01:00:53de la terre
01:00:53qui ne ment pas
01:00:54etc
01:00:55en complète
01:00:56en fait
01:00:56en décalage
01:00:57par rapport à la réalité
01:00:59en fait
01:00:59des campagnes
01:01:00qui se transforment
01:01:01et du fait
01:01:01que la France
01:01:02devient un pays urbain
01:01:02il y a aussi ça
01:01:03qui me semble important
01:01:04de souligner
01:01:05parce que
01:01:05les villes
01:01:06face aux pollutions
01:01:08on est dans les villes
01:01:09mais il ne faut pas oublier
01:01:09qu'en fait
01:01:10les villes
01:01:10ce n'est pas
01:01:12la réalité vécue
01:01:14principalement
01:01:15par les français
01:01:15et
01:01:18je pense
01:01:19qu'il est important
01:01:20aussi de dire
01:01:20que les villes
01:01:20n'ont pas
01:01:21les inégalités
01:01:22de population
01:01:23qu'on a aujourd'hui
01:01:24c'est à dire
01:01:25si on enlève Paris
01:01:27les écarts
01:01:27entre les villes
01:01:28par exemple
01:01:29en population
01:01:30ne sont pas énormes
01:01:31en étalement urbain
01:01:32non plus
01:01:33c'est important
01:01:34c'est d'avoir ça à esprit
01:01:35et c'est
01:01:36alors c'est Gérard François Dumont
01:01:37ça l'engage que lui
01:01:39mais Gérard François Dumont
01:01:40lui
01:01:40il parle carrément
01:01:41d'un modèle durable
01:01:42des villes françaises
01:01:44en fait
01:01:44jusqu'en 1945
01:01:46parce qu'en fait
01:01:46il y avait
01:01:47du territoire
01:01:48puisqu'il y avait
01:01:49des villages
01:01:50répartis de façon
01:01:50assez régulière
01:01:51sur le territoire
01:01:52des villes aussi régulières
01:01:53et qui en fait
01:01:54n'avait pas une très grande
01:01:56emprise
01:01:56sur l'environnement
01:01:58c'est sa thèse à lui
01:01:58mais c'est important
01:02:00quand même
01:02:00je pense
01:02:00de rappeler ça
01:02:01je le dis pour que
01:02:02Pierre Cornu rebondisse
01:02:03c'est juste pour ça
01:02:04pour qu'il nous en parle
01:02:06un petit peu
01:02:06parce que
01:02:07c'est pas rien de rappeler
01:02:08que la France
01:02:08fait sa transition
01:02:09en fait urbaine
01:02:10vraiment dans les années 30
01:02:11en fait
01:02:12et même
01:02:12je dirais 40
01:02:14en réalité
01:02:15c'est
01:02:16en termes
01:02:17d'aménagement du territoire
01:02:18de pensée du territoire
01:02:19et de mentalité
01:02:20des habitants
01:02:22enfin c'est pas rien
01:02:23quand on compare
01:02:24avec les autres pays
01:02:25européens
01:02:26oui je crois
01:02:26que c'est important
01:02:27de souligner
01:02:28cette singularité
01:02:29de la modernité
01:02:31en France
01:02:32dans un pays
01:02:33qui reste
01:02:34très massivement
01:02:35agricole et rural
01:02:36jusqu'à la seconde guerre
01:02:37mondiale comprise
01:02:38le basculement
01:02:40il intervient après
01:02:41pour autant
01:02:42n'imaginons pas
01:02:43un monde rural
01:02:44figé
01:02:44dans des archaïsmes
01:02:45il y a parfois
01:02:46plus de velléité
01:02:48de modernisme
01:02:48dans certaines régions rurales
01:02:50que dans certaines villes
01:02:52et effectivement
01:02:54quand on parle
01:02:55du basculement
01:02:55de 1931
01:02:56d'abord personne
01:02:57ne l'a vu à l'époque
01:02:57il faut rappeler
01:02:58que ce qu'on appelle
01:02:59une ville en France
01:03:00c'est 2000 habitants
01:03:01agglomérés au chef lieu
01:03:01ça reste très modeste
01:03:03il y a beaucoup
01:03:04de bourreurs ruraux
01:03:05qui rentrent
01:03:05dans cette définition
01:03:06et effectivement
01:03:07hormis Paris
01:03:09quelques façades
01:03:10maritimes
01:03:11et grands pôles
01:03:12industriels
01:03:12la France est un pays
01:03:13de campagne
01:03:15et de villes petites
01:03:15et moyennes
01:03:16jusqu'à la seconde guerre
01:03:18mondiale
01:03:18et donc
01:03:19ça explique aussi
01:03:20je reviens sur la question
01:03:21sur l'industrialisation
01:03:22la France
01:03:23jusqu'au milieu du 20ème siècle
01:03:25n'a pas un marché
01:03:26de consommation urbain
01:03:27porteur
01:03:27quand on fonde
01:03:29un modèle socio-économique
01:03:30sur une population
01:03:33de paysans pluriactifs
01:03:35qui n'arrivent
01:03:37à dégager
01:03:38de la plus-value
01:03:39que parce qu'on
01:03:39ne compte pas
01:03:40le travail familial
01:03:41ça ne peut pas être fondé
01:03:42sur la surconsommation
01:03:43et donc
01:03:44on a l'idée
01:03:45effectivement
01:03:45d'un modèle industriel
01:03:47qui va avec un modèle
01:03:48agricole et rural
01:03:49qui a besoin
01:03:50d'exporter
01:03:51des choses
01:03:52à fort de valeur ajoutée
01:03:53pour équilibrer
01:03:54les comptes
01:03:54de la nation
01:03:55donc
01:03:56je crois
01:03:57qu'effectivement
01:03:59on a
01:04:00une troisième république
01:04:01qu'on ne peut pas
01:04:02assimiler
01:04:02à une ligne droite
01:04:04vers
01:04:06l'urbanisation
01:04:07l'industrialisation
01:04:08il y a des forces
01:04:09contraires
01:04:10à l'oeuvre
01:04:10il y a une prudence
01:04:13des élites dirigeantes
01:04:14et du régime
01:04:15pour équilibrer
01:04:16le développement intérieur
01:04:18de là à parler
01:04:19de politique
01:04:19d'aménagement
01:04:20du territoire
01:04:20là aussi
01:04:21le concept
01:04:21est anachronique
01:04:22il n'existe pas
01:04:23à l'époque
01:04:23on a eu à coeur
01:04:25et c'est pour ça
01:04:26que vous citiez
01:04:27les deux premières références
01:04:28dans l'introduction
01:04:29qui étaient
01:04:30les deux histoires mondiales
01:04:31on a eu à coeur
01:04:32d'insérer la France
01:04:33évidemment
01:04:33dans un environnement
01:04:35plus large
01:04:35et un contexte
01:04:38plus général
01:04:40on donne
01:04:41ponctuellement
01:04:41des éléments
01:04:42de comparaison
01:04:43quand même
01:04:44mais vraiment
01:04:44ponctuellement
01:04:45pour situer
01:04:46un petit peu
01:04:46ce qu'on dit
01:04:46par exemple
01:04:47dans la consommation
01:04:48énergétique
01:04:49par rapport
01:04:49à l'Allemagne
01:04:50à l'Angleterre
01:04:52ou autre
01:04:52mais ce n'est pas
01:04:53une histoire
01:04:53comparée
01:04:54de l'environnement
01:04:56en France
01:04:56et l'environnement
01:04:57en Angleterre
01:04:57en Allemagne
01:04:58ou aux Etats-Unis
01:04:59simplement
01:05:00l'existence même
01:05:01de ces histoires
01:05:02et la façon
01:05:02dont elles ont été faites
01:05:03et notamment
01:05:03ces deux exemples
01:05:05sont assez parlants
01:05:06puisque
01:05:06nous ont inspiré
01:05:08le John au pied
01:05:09est une histoire
01:05:10très chronologique
01:05:11en quatre temps
01:05:12qui raconte
01:05:13les Etats-Unis
01:05:13d'avant
01:05:14la conquête
01:05:14coloniale
01:05:15les Etats-Unis
01:05:16des premiers temps
01:05:17de la République
01:05:18puis du XIXe siècle
01:05:19avec l'industrialisation
01:05:20enfin bref
01:05:21une histoire
01:05:21très linéaire
01:05:22mettant en lien
01:05:24le rapport
01:05:24au monde naturel
01:05:25l'autre ouvrage
01:05:27de Steinberg
01:05:28est beaucoup plus
01:05:29critique
01:05:30en quelque sorte
01:05:31et a une approche
01:05:33à partir
01:05:34de thématiques
01:05:34qui sont
01:05:36les thématiques
01:05:36d'aujourd'hui
01:05:37de dépassement
01:05:37des limites
01:05:38de pollution
01:05:39etc
01:05:40et qui interroge
01:05:41l'histoire des Etats-Unis
01:05:42à l'aune
01:05:42de ces questions-là
01:05:43et notre ouvrage
01:05:45ne suit ni l'un
01:05:46ni l'autre
01:05:46en quelque sorte
01:05:47il essaie de combiner
01:05:49ces différents questionnements
01:05:50donc c'est en ce sens-là
01:05:51qu'on a pu s'en inspirer
01:05:52mais pas dans une approche
01:05:53encore une fois
01:05:54vraiment
01:05:55continuellement comparative
01:05:56en quelque sorte
01:05:57bien sûr
01:05:57c'est toujours intéressant
01:05:58mais si
01:05:59je me fie toujours
01:06:00quand on me présente
01:06:01des sujets de thèse
01:06:02comparatif par exemple
01:06:03je suis toujours
01:06:03un peu suspicieux
01:06:04parce qu'il faut
01:06:05que la comparaison
01:06:06ait un sens en fait
01:06:08et qu'elle puisse
01:06:09apporter quelque chose
01:06:11c'est pour ça
01:06:12qu'encore une fois
01:06:12on l'a fait
01:06:13on n'est pas complètement
01:06:15enfermé
01:06:15dans notre hexagone
01:06:18on pose bien entendu
01:06:19des points de comparaison
01:06:21ponctuellement
01:06:21après est-ce que ça aurait
01:06:22un intérêt
01:06:23de proposer un ouvrage
01:06:24qui serait une histoire
01:06:25comparée
01:06:26dans l'environnement
01:06:27en France
01:06:27et en Angleterre
01:06:28je dis ça
01:06:29parce que c'est
01:06:29ma spécialité
01:06:30oui probablement
01:06:31mais ce serait
01:06:31une autre entreprise
01:06:32en fait
01:06:32Pierre
01:06:33t'as peut-être
01:06:34simplement
01:06:35d'abord on va pas
01:06:37lancer un genre
01:06:38des histoires de France
01:06:40sous tel ou tel angle
01:06:41donc je pense que nous
01:06:42on va s'arrêter là
01:06:43et puis
01:06:44je distinguerais
01:06:45des approches comparées
01:06:46qui ont toujours
01:06:47le même problème
01:06:47de méthode
01:06:48comment on compare
01:06:49ce qui intrinsèquement
01:06:50n'est pas comparable
01:06:51donc la démarche
01:06:52est toujours délicate
01:06:53même si elle est intéressante
01:06:54intellectuellement
01:06:55et moi je valoriserais
01:06:56plutôt une approche
01:06:58transnationale
01:06:58l'idée que
01:06:59certaines questions
01:07:00ne cadrent pas
01:07:01avec l'espace national
01:07:03et qu'il faut savoir
01:07:04dépasser les frontières
01:07:05voire les effacer
01:07:06dans les approches
01:07:08et puis il faut bien
01:07:09comprendre qu'effectivement
01:07:10l'un des intérêts
01:07:11de l'approche environnementale
01:07:12c'est d'être multiscalaire
01:07:13d'être capable
01:07:14d'interroger le micro local
01:07:15et le global
01:07:16et ça demande effectivement
01:07:17de considérer que
01:07:18l'état-nation
01:07:19est une échelle
01:07:20parmi d'autres
01:07:20et que comparé
01:07:22terme à terme
01:07:24ça a un intérêt relatif
01:07:26et que parfois
01:07:27les jeux d'échelle
01:07:27sont plus intéressants
01:07:28que comparer
01:07:29des pièces de puzzle
01:07:29et puis je te laisse réfléchir
01:07:31pendant que je réponds
01:07:31parce que ça c'est
01:07:33une question sur laquelle
01:07:34je travaille depuis longtemps
01:07:35il faut toujours insister
01:07:36le discours sur la terre
01:07:38le discours sur
01:07:40la conservation
01:07:40des valeurs
01:07:41du temps cyclique
01:07:43de l'harmonium nature
01:07:45ce discours
01:07:46est un discours
01:07:47d'urbain
01:07:47c'est un discours
01:07:48d'élite urbaine
01:07:49qui projette
01:07:51sur le monde rural
01:07:52des chêmes
01:07:53qui visent à enfermer
01:07:55le monde rural
01:07:56dans une dépendance
01:07:57aux élites sociales
01:07:58du monde
01:07:59de la grande propriété
01:08:00et à équilibrer
01:08:01le marché du travail
01:08:02entre le travail
01:08:04des ouvriers agricoles
01:08:05et le travail
01:08:05des ouvriers urbains
01:08:06on a une régulation
01:08:07du marché du travail
01:08:08en France
01:08:09par les imaginaires
01:08:10et par les discours
01:08:11agrariens
01:08:11qui suivant les périodes
01:08:13vont se moquer
01:08:14des paysans
01:08:15les traitants de bouzeux
01:08:16en disant
01:08:16tant que vous restez la terre
01:08:17vous ne valez rien
01:08:18venez travailler la ville
01:08:19vous gagnerez bien votre vie
01:08:20vous serez dans le progrès
01:08:20ou bien
01:08:21vous êtes le sang de la terre
01:08:23et l'espoir de la nation
01:08:24restez au pays
01:08:24donc moi j'ai beaucoup
01:08:26travaillé sur
01:08:27les imaginaires rustiques
01:08:28ce n'est pas des paysans
01:08:29qui les produisent
01:08:30et donc il est important
01:08:32de comprendre
01:08:32qu'il y a une forme
01:08:34d'hétéronomie
01:08:35dans le discours
01:08:36sur les valeurs terriennes
01:08:37en France
01:08:37qui aujourd'hui
01:08:38est encore envahissante
01:08:39dans le discours politique
01:08:40parce qu'effectivement
01:08:41chaque fois qu'on est
01:08:41dans un moment politique
01:08:42où la France ne va pas bien
01:08:43on se réfugie
01:08:44sur des valeurs terriennes
01:08:45et elles sont instrumentalisées
01:08:47par toutes les familles politiques
01:08:49chacune avec sa petite musique
01:08:50mais effectivement
01:08:51ça remonte au XIXe siècle
01:08:52et dès le XIXe siècle
01:08:54c'est un discours
01:08:55importé sur
01:08:56et non pas un discours
01:08:57sué généris
01:08:58des populations rurales
01:09:00donc il faut
01:09:01bien faire attention
01:09:02que tous les travaux
01:09:03d'histoire sociale
01:09:04des mondes ruraux
01:09:05montrent des mondes
01:09:06qui sont ouverts
01:09:07à l'innovation
01:09:08à la transformation
01:09:09à la mobilité
01:09:10pas plus pas moins
01:09:11que les urbains
01:09:11au XIXe siècle
01:09:12et pour la deuxième
01:09:14merci à Lyonca
01:09:16je sais où je me situe
01:09:17entre le bobo parisien
01:09:19et le paysan
01:09:20donc sur des discours
01:09:23critiques du progrès
01:09:25oui bien sûr
01:09:26il y en a
01:09:26il y en a de nombreux
01:09:27et c'est ce que Pierre
01:09:28disait tout à l'heure
01:09:29lorsqu'il évoquait
01:09:30cette ambivalence
01:09:32des scientifiques
01:09:33que tu étudiais
01:09:35cette capacité
01:09:36à penser à la fois
01:09:37le progrès
01:09:38et à s'en inquiéter
01:09:40on a au sein même
01:09:42des élites scientifiques
01:09:44des gens qui pensent
01:09:45les impacts potentiellement
01:09:46négatifs
01:09:47de telle ou telle
01:09:49technologie
01:09:50ou de telle ou telle
01:09:51avancée
01:09:51et puis on a aussi
01:09:53des gens plus
01:09:53généralement critiques
01:09:54disons du progrès
01:09:56alors pour vous donner
01:09:57un exemple
01:09:58la société d'acclimatation
01:10:00devient la société
01:10:01nationale de protection
01:10:02qui est devenue
01:10:02la société nationale
01:10:03de protection
01:10:03de la nature
01:10:04et bien voit
01:10:05ces élites
01:10:06qui débordent
01:10:06étaient des élites
01:10:07d'acclimatation
01:10:08qui voulaient faire venir
01:10:09des animaux
01:10:10et des plantes
01:10:11mais des animaux
01:10:12pour les acclimater
01:10:13qui étaient donc
01:10:14dans un espèce
01:10:14d'idéal
01:10:15de contrôle de la nature
01:10:16et qui pour certains
01:10:17d'entre eux
01:10:17pas tous bien sûr
01:10:18mais finissent par
01:10:19créer la LPO
01:10:20et créer la première
01:10:21réserve
01:10:22sur les sept îles
01:10:23au large Pérose Y
01:10:23donc il y a quand même
01:10:25vous voyez
01:10:25ne serait-ce que là
01:10:26c'est un exemple
01:10:27parmi d'autres
01:10:27mais c'est un raccourci
01:10:29je sais
01:10:29ben oui
01:10:29mais c'est dire
01:10:30qu'il y a
01:10:31malgré tout
01:10:32bien sûr qu'il y a
01:10:33des motivations
01:10:33derrière aussi
01:10:34de touristes
01:10:35enfin il y a
01:10:36plein de choses
01:10:36ce que je veux dire
01:10:37c'est que tout le monde
01:10:38n'est pas béat
01:10:39d'admiration
01:10:40devant un progrès
01:10:41devant lequel on s'inclinerait
01:10:42et devant lequel
01:10:43on se mettrait à genoux
01:10:44il y a aussi
01:10:44des mouvements anarchistes
01:10:46alors qu'ils sont minuscules
01:10:47c'est quelques dizaines
01:10:48de personnes
01:10:49mais qui sont
01:10:50fondamentalement opposés
01:10:51à l'évolution
01:10:53technique et scientifique
01:10:55et plus généralement
01:10:55civilisationnelle
01:10:56de la France
01:10:57et puis
01:10:58je pensais
01:10:59le temps que Pierre
01:11:00vous répond
01:11:01pour me laisser gentiment
01:11:02le temps
01:11:03de trouver une réponse
01:11:03justement
01:11:04je pensais à Georges Sand
01:11:06parce qu'il y a un texte
01:11:07absolument magnifique
01:11:08de Georges Sand
01:11:09qui est un article
01:11:10écrit dans le journal
01:11:11Le Temps
01:11:11en 1872
01:11:12à l'occasion
01:11:14de la création
01:11:14d'une société
01:11:15pour la protection
01:11:15de la forêt de Fontainebleau
01:11:16et c'est un texte
01:11:18qui est connu
01:11:19si vous tapez sur internet
01:11:20vous le trouvez
01:11:21qui est donc un article
01:11:22dans lequel elle évoque
01:11:23le rapport de ses contemporains
01:11:24au monde naturel
01:11:25et qui dit explicitement
01:11:28que les hommes
01:11:30sont en train
01:11:30de détruire le monde
01:11:31par leur appétit
01:11:34excessif
01:11:34de biens naturels
01:11:36qui finiront par dépasser
01:11:37ce que la terre
01:11:38peut leur offrir
01:11:39et qui finiront
01:11:39par tout détruire
01:11:40et la fin de l'article
01:11:42est absolument splendide
01:11:43parce qu'elle dit
01:11:44on doit se préoccuper
01:11:45des générations futures
01:11:46et donc on doit adapter
01:11:47nos attitudes
01:11:49vis-à-vis du monde naturel
01:11:51à son état actuel
01:11:52et elle dit
01:11:53il n'y a pas de pire blasphème
01:11:55que de penser
01:11:56après nos déluges
01:11:57et le pire blasphème
01:11:59c'est donc de se désintéresser
01:12:00de ce que peut être
01:12:01l'avenir du monde
01:12:02une formidable conclusion
01:12:03merci beaucoup
01:12:04il aurait mieux valu
01:12:06que les femmes
01:12:07et droits de vote
01:12:07beaucoup plus tôt
01:12:08merci beaucoup
01:12:09à nos trois intervenants
01:12:11du jour
01:12:13je vous donne rendez-vous
01:12:15le 7 avril
01:12:17le 7 avril
01:12:18pour la dernière conférence
01:12:20de ce cycle
01:12:21où nous recevrons
01:12:23Christophe Bonneuil
01:12:24Renaud Bécaud
01:12:25et Gabriel Boulot
01:12:26et encore
01:12:27Luc Desraux
01:12:28qui nous fait le plaisir
01:12:29d'animer
01:12:29ce dernier volet
01:12:32de l'histoire environnementale
01:12:34de la France
01:12:34qui sera consacré
01:12:35cette fois-ci
01:12:36à la période qui suit
01:12:37c'est-à-dire
01:12:37de 40 à nos jours
01:12:39intitulé
01:12:40les natures du productivisme
01:12:41et d'ailleurs
01:12:42c'est intéressant
01:12:43de noter
01:12:44que c'est bien en 40
01:12:45pour le coup
01:12:46que Renaud Bécaud
01:12:47Christophe Bonneuil
01:12:47et Gabriel Boulot
01:12:49datent
01:12:50entre guillemets
01:12:50l'ère productiviste
01:12:52donc c'est aussi intéressant
01:12:53une façon de nous dire
01:12:54qu'il y a un petit peu
01:12:55de vichy encore en nous
01:12:56aujourd'hui
01:12:57sur certains aspects
01:12:59donc une approche
01:13:00très critique
01:13:00comme on les aime
01:13:02et comme on les reconnaît
01:13:03chez nos trois auteurs
01:13:05merci beaucoup
01:13:06et donc au 7 avril
01:13:08donc même lieu
01:13:09même heure
01:13:09merci beaucoup
01:13:10merci à vous
01:13:13merci à vous
01:13:13merci à vous
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