00:00Allégeance ou s'en séparer ?
00:01Logique de purge, si j'ai bien compris.
00:03Donc, il y a désormais une identité idéologique fixée à Saint-Denis.
00:07Ceux qui n'en veulent pas sont invités à quitter.
00:10Si je comprends bien, c'est Saint-Denis, on l'aime ou on la quitte.
00:13Il a presque repris un slogan qui vient des années 80, si j'ai bien compris.
00:16Mais là, c'est autorisé, là, c'est permis.
00:18C'est néanmoins une logique de purge et presque de nettoyage de la population.
00:21J'évite un terme supplémentaire, mais vous savez à quoi je pense.
00:24Tout le monde parle, là, ces jours-ci, à Mathieu Bocoté de la Nouvelle-France.
00:27Surtout, tout le monde cherche à savoir, en fait, à quoi se réfère ce concept
00:32au cœur du discours de l'FI de Jean-Luc Mélenchon.
00:35C'est à ce décryptage historique et sociologique que vous voulez vous arrêter ce soir.
00:39Oui. D'abord, en faisant une précision que je fais à quelques reprises,
00:43mais je la crois utile, le mot Nouvelle-France a déjà eu un usage dans l'histoire
00:46et je tiens à le rappeler, ne serait-ce que par fidélité au mien.
00:49La Nouvelle-France dans l'histoire, ça s'appelle 1534, 1763 ou 1608 si on veut, 1763.
00:55C'est l'aventure de l'Amérique française.
00:57Donc, la Nouvelle-France, dans l'histoire, ça existe déjà.
00:59C'est ce temps oublié où la capitale de la Nouvelle-France, ce n'était pas Saint-Denis,
01:04c'était Québec.
01:05Et cette histoire de Nouvelle-France se poursuit aujourd'hui dans l'histoire du Québec.
01:08Je le dis comme ça simplement pour rappeler que je me sens victime
01:11de la part de l'FI d'appropriation culturelle.
01:14Ah ben oui, je me sens, on me vole mon identité, on me paye sans permission.
01:17Une fois que c'est dit, voyons ce à quoi réfère ce concept aujourd'hui.
01:21Alors, je l'inscris dans le temps long de la pensée de Jean-Luc Mélenchon,
01:25dans le temps long de la pensée de la gauche radicale.
01:28Pour dire que la première Nouvelle-France, si on prend au sérieux ce concept,
01:31la première Nouvelle-France dans l'histoire de France n'apparaît pas en 2025 ou 2026.
01:36On pourrait dire dans cette logique qu'elle apparaît en 1789 ou en 1793.
01:40Parce que la Révolution française marque un moment de bascule
01:43où la France officiellement, tout le moins philosophiquement, change d'identité.
01:481789 ou 1793, encore une fois, on peut fusionner les dates si on préfère.
01:52Mais qu'est-ce qu'on voit?
01:53La France, comme patrie historique, charnelle, patrie particulière, patrie singulière,
01:59change sur le plan philosophique d'identité en se voulant désormais,
02:03ça sera presque rhétorique, patrie des droits de l'homme, phare de l'humanité,
02:07patrie censée incarner la prochaine étape de l'émancipation du genre humain.
02:10Donc on passe d'une patrie, avec la Révolution, on passe d'une patrie incarnée,
02:15d'une patrie identitaire non interchangeable,
02:17à une patrie qui théoriquement pourrait embrasser l'ensemble du genre humain
02:21qui se réclamerait des idéaux de la Révolution.
02:24Pourquoi est-ce que j'ai la peine de dire cela?
02:26Parce que Jean-Luc Mélenchon a déjà dit que pour lui,
02:28l'histoire de France commençait avec la Révolution.
02:31Auparavant, ça ne l'intéressait pas.
02:32Donc l'histoire de France commence avec la Révolution.
02:34Donc la première Nouvelle-France, c'est un moment d'arrachement charnel,
02:38c'est un moment d'arrachement existentiel contre la vieille France catholique,
02:42la vieille France monarchiste, la vieille France des provinces,
02:45la vieille France de l'identité, disons ça ainsi.
02:48Et on peut considérer que tout au long du 19e siècle, jusqu'au début du 20e,
02:52la France connaîtra une forme de guerre civile idéologique pour éradiquer l'ancienne France.
02:58La charge des colonnes contre la Vendée représente probablement le moment le plus violent
03:02de cette volonté d'éradication de l'ancienne France.
03:05Et on peut considérer qu'en 1905, avec la laïcité proclamée,
03:09qui, quoi qu'on en dise, n'était pas une loi de pacification,
03:12c'était quand même au terme d'une histoire musclée,
03:14eh bien l'ancienne France est en quelque sorte liquidée.
03:17La Nouvelle-France triomphe, patrie philosophique, patrie des Lumières,
03:21patrie qui se veut modèle pour le genre humain.
03:23Soit dit en passant, c'était aussi la rhétorique napoléonienne.
03:26Mais pendant cette période, n'oublions pas une chose,
03:28pendant cette période du passage d'une première ancienne France à Nouvelle-France,
03:31il y a néanmoins une continuité de la population française.
03:35C'est-à-dire que le substrat démographique du peuple français,
03:38le peuple historique français, demeure le même.
03:42Donc ce peuple a connu un siècle, en fait, de guerre civile idéologique.
03:45Il a changé de régime, il a changé d'idéologie, il a changé de philosophie,
03:49mais le peuple est demeuré le même pour l'essentiel.
03:52Et ça, je pense qu'on doit le garder à l'esprit.
03:54On connaît un nouveau tournant à partir des années, on pourrait dire, 60-70.
03:59Avec le tournant, souvent, mais 68, mais ça va un peu au-delà de ça,
04:02c'est véritablement la révolution de la déconstruction.
04:05Les anciennes mœurs sont liquidées.
04:07Les anciennes valeurs sont déconstruites.
04:09Et on arrive à ce moment où on veut véritablement interrompre
04:12le processus de transmission civilisationnelle pour recommencer à zéro.
04:16C'est le fantasme de la table rase appliquée au comportement culturel.
04:20Et on peut dire que date de cette période, la mauvaise conscience française.
04:25C'est à partir de ce moment-là que la France commence,
04:27dans sa nouvelle séquence, ce post-89,
04:29c'est à ce moment-là qu'elle commence à se détester.
04:32Parce qu'on lui dit « vous avez collaboré ».
04:34Parce qu'on lui dit « vous n'étiez que collaboration ».
04:36Parce qu'on lui dit « vous étiez un empire »
04:37et l'empire n'était-il pas autre chose qu'une entreprise sauvage
04:40de colonisation dominatrice ?
04:42Autrement dit, votre histoire, vous ne pouvez plus en être fier.
04:44Votre identité, vous devez la liquider.
04:46C'est la séquence de la déconstruction qui commence
04:49et qui se radicalise et qui va, on pourrait dire,
04:52déstructurer le système immunitaire français.
04:55J'entends parler de la capacité à réagir
04:56lorsque l'identité est menacée.
04:59Les années 80 marquent un autre tournant.
05:01C'est le surgissement du fait migratoire
05:03comme fait politique en France.
05:05Avec SOS Racisme.
05:07Et SOS Racisme, c'est à partir de ce moment-là
05:09qu'on va commencer à criminaliser.
05:11Ça va se radicaliser ensuite.
05:13Toute référence au peuple historique français.
05:15C'est l'idée qu'il y a une identité française
05:17qui n'est pas qu'une république,
05:19qui n'est pas que valeur universelle.
05:21Cette idée qu'il y a un peuple français
05:22avec des mœurs auxquelles on devait s'assimiler.
05:24Peuple de référence pour le général de Gaulle
05:26qui, en ces matières, ferait passer,
05:27j'aime dire, Zemmour pour un gauchiste.
05:29Eh bien, ce peuple n'est plus digne de mention.
05:33Et là, on va avoir une radicalisation
05:34dans les années 80, 90, fin 90,
05:37notamment avec cette fameuse séquence du...
05:38On se souvient avec le Mondial,
05:40la France black-blanc-beurre.
05:42Je me souviens, moi, tout le monde s'émerveillait
05:43pour la chose.
05:44Moi, je trouvais ça terrifiant.
05:45Parce que c'était le surgissement du fait racial
05:47dans la définition de l'identité française.
05:49La France bleu-blanc-rouge,
05:50on peut avoir la couleur qu'on veut,
05:51on s'identifie à un drapeau, une patrie, une nation.
05:54La France black-blanc-beurre,
05:56ça consistait à faire du fait racial
05:57un élément fondamental
05:58dans la définition de l'identité publique.
06:00Et pourtant, on nous disait alors
06:01que c'était de l'inclusion.
06:03À partir de là, il y a une accélération.
06:05Sur le plan de la doctrine,
06:07on passe de l'assimilation
06:08à l'intégration, à l'insertion.
06:10Sur le plan de la définition de l'identité,
06:12et ça, au début des années 2000,
06:13c'est vraiment marqué.
06:14La France comme peuple, comme substrat,
06:16comme substance disparaît complètement.
06:18On ne parle plus, à partir de là,
06:19que du remplacement de la France par la République.
06:22Donc, la France n'est plus que valeur universelle.
06:24La France n'est plus que principe désincarné.
06:26Et à la rigueur,
06:28le mot France devient un objet de conquête.
06:30Donc, on s'empare du mot France
06:31et certains nous disent
06:32« c'est nous la France désormais ».
06:33Et là, ils brandissent des identités autres,
06:35des origines autres, ainsi de suite,
06:36en disant « nous sommes la France »,
06:38désormais la logique décoloniale,
06:40la logique des indigènes de la République.
06:41Et la vieille France, elle,
06:43est considérée que ce n'est plus la France.
06:44C'est une France assez désagréable, d'ailleurs.
06:46Nous venons de l'extérieur,
06:47avec un discours au nom de la diversité,
06:49de l'ouverture.
06:50Nous venons la civiliser de l'extérieur
06:51à la manière de mouvements contre-coloniales.
06:53Mathieu, comment Jean-Luc Mélenchon
06:55a-t-il transformé ce concept
06:57en projet politique ?
06:59Avant d'en arriver à la Nouvelle-France,
07:01donc avec son nouveau contenu identitaire,
07:02je l'ai dit, il a fallu la vider.
07:03Donc, 20 ans, 30 ans, 40 ans
07:05de réduction républicaine de l'identité française
07:08fait en sorte qu'à terme,
07:10il faut un nouveau contenu.
07:11Et comme on dit souvent
07:11que lorsqu'il y a un vide spirituel,
07:13une nouvelle religion s'impose,
07:14quand vous avez un vide identitaire,
07:16une nouvelle identité s'impose,
07:18même si elle vient de loin.
07:19Alors, il a cherché des concepts,
07:21Jean-Luc Mélenchon.
07:22Grand remplacement,
07:23il s'en est réclamé,
07:24nous ne l'oublions pas.
07:25Créolisation,
07:26mais c'était un terme un peu complexe,
07:27en quelque sorte.
07:28C'est un terme qui manquait
07:30d'aisance politique.
07:34Nouvelle-France,
07:35la formule frappe.
07:36Elle frappe pourquoi?
07:36Parce qu'elle désigne d'abord
07:37un fait réel,
07:38un changement de population.
07:39Un changement de population indéniable
07:41qu'on voit non seulement
07:43en Sainte-Saint-Denis,
07:43mais en bien d'autres endroits.
07:45Et dès lors,
07:45il nomme ce changement,
07:47il en fait un projet.
07:48Il dit, nous avons ici
07:49la base démographique
07:51et même ethnique,
07:52on le comprend dans le vocabulaire
07:53de certains,
07:54de la Nouvelle-France,
07:55et avec une campagne
07:56des municipales racialistes
07:57qui a représenté un tournant
07:58dans l'histoire du discours de LFI.
08:00Évidemment,
08:01dans cette France nouvelle
08:02qui s'installe,
08:03ces populations nouvelles
08:04qui s'installent
08:05dans leur logique,
08:05encore une fois,
08:06la France traditionnelle
08:07doit battre sa coupe.
08:08Elle doit finalement
08:09s'excuser d'avoir été là.
08:11Donc Mélenchon,
08:11rappelons-nous,
08:12propos de 2024
08:13sur les Français de souche.
08:14Quand je suis né,
08:15en 2024,
08:16quand je suis né,
08:17un Français sur dix
08:18avait un grand-parent étranger.
08:19Dorénavant,
08:20c'est un sur quatre.
08:21Par conséquent,
08:22ceux qui s'appellent
08:23Français de souche
08:23posent un problème sérieux
08:25à la cohésion de la société.
08:27Maintenant,
08:28sa phrase récente
08:29sur les Français
08:29tout blanc, tout moche,
08:31volonté d'humiliation esthétique.
08:33Le blanc est moche.
08:34On est ici
08:35dans une esthétique
08:35racialiste dépréciative.
08:37Le blanc est moche.
08:38Vous devriez vous effacer.
08:40Je sais qu'il a prétendu
08:40de ne pas l'avoir dit ensuite,
08:42mais on n'est pas obligé
08:42de croire un déni
08:43aussi grossier.
08:44C'est surtout
08:45l'issé inquisier.
08:46Et ensuite,
08:47il y a l'autre séquence.
08:48Il y a la nécessité
08:49pour une partie
08:50de la Nouvelle-France militante
08:51d'humilier l'ancienne France
08:53sur le mode
08:54en lui faisant comprendre
08:54qu'elle n'est plus
08:55chez elle.
08:56Et c'est ce qu'on disait hier,
08:57des scènes d'humiliation.
08:58Moi, c'est comme ça
08:58que je les ai comprises
08:59et je m'en désolais.
09:00J'en prends la peine
09:00de le dire.
09:00Je ne suis pas sûr
09:01qu'ils se réjouissent
09:01devant la catastrophe.
09:03Des scènes,
09:03des rituels d'humiliation
09:04ethnique.
09:05Des rituels d'humiliation
09:06presque sur le mode
09:07de racial ou racialiste.
09:08C'est-à-dire désormais,
09:09la France nouvelle s'impose
09:10et les vieux blancs,
09:11les vieux blancs dégagés,
09:13nous ne voulons plus de vous.
09:14Je ne dis pas
09:14que c'est dit comme tel.
09:15Je dis que le message
09:17ainsi envoyé,
09:17on peut le capter ainsi
09:19à tout le moins.
09:19Certains le comprennent ainsi
09:21et on assiste donc
09:22aux conséquences politiques
09:23de la racialisation
09:24des rapports sociaux.
09:25Et on arrive au point
09:26d'aboutissement
09:26de la logique
09:27de la décolonisation
09:28telle que pensée
09:29par les mélenchonistes.
09:30La décolonisation
09:31ne sera véritablement achevée
09:32que lorsque les Français
09:33seront désormais étrangers
09:34chez eux.
09:35Mais la nouvelle France,
09:37est-ce que c'est
09:38une exclusivité mélenchonienne?
09:40Dans son expression,
09:42on pourrait dire
09:42ardente et conquérante
09:44et l'autodépréciation militante,
09:46oui.
09:47Mais le projet plus largement
09:48de ce qu'on appelle
09:49une France détachée
09:51de son peuple historique,
09:52une France vidée
09:53de son peuple historique
09:54ou neutralisant
09:55son peuple historique,
09:56c'est le projet
09:57de l'ensemble des élites
09:57depuis 40 ans.
09:59D'abord,
09:59quand on nous dit
09:59la diversité est une richesse,
10:01la diversité est une richesse,
10:02certes,
10:02mais l'arrière-fond de ça,
10:03ça consiste à dire
10:04que les Français
10:04laissés à eux-mêmes
10:05sont nuls
10:06et qu'il y a la diversité
10:07qui vient les enrichir.
10:08Même si quelquefois,
10:09est-ce que l'islamisme,
10:10c'est une diversité
10:10qui enrichit, oui ou non,
10:12on n'a jamais le critère.
10:13Ensuite,
10:13quand on disait
10:14de la même manière,
10:15la France,
10:15ce n'est que la République.
10:16Quand on expliquait
10:17aux Français
10:18que l'histoire,
10:18leur identité,
10:19leur valeur
10:20ne tenait que
10:20dans le discours républicain
10:22et tout ce qui relevait
10:22des mœurs de la culture,
10:24de la mémoire,
10:24de l'identité,
10:25ça ne comptait plus
10:25dans la définition de soi,
10:27ça consistait aussi
10:28à effacer
10:28l'ancienne France
10:29et son vieux peuple.
10:30Et je terminerai avec cela
10:32quand, depuis 40 ans,
10:33on a présenté
10:33comme des fascistes
10:34et les nazis.
10:35Tous ceux qui protestaient
10:36justement
10:37contre cette submersion
10:38démographique,
10:39contre cette islamisation,
10:40contre cette neutralisation
10:41identitaire,
10:42qu'est-ce qu'on a vu?
10:43On a créé
10:44les conditions
10:44de l'effacement
10:46de la France de toujours
10:47au nom de cette
10:48nouvelle France
10:48qui arrive.
10:50Donc, je dirais
10:50qu'aujourd'hui,
10:50la France française,
10:51je ne sais plus
10:51comment l'appeler,
10:52la France d'hier,
10:53est devenue
10:53une immense vendée collective
10:55et que la nouvelle France
10:56version mélenchoniste,
10:57c'est un peu le contraire
10:58de ce qu'a toujours été
10:59la France.
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