00:00Je crois qu'on est devant une de ces questions qui, à l'échelle de l'histoire d'un peuple, est une question qui a une portée symbolique immense, qui peut servir de grand révélateur.
00:10Alors, un retour d'abord sur ce mouvement dont on a beaucoup parlé cette semaine, le mouvement des agriculteurs.
00:15On pourrait dire que le mouvement des agriculteurs aujourd'hui sont un peu les gilets jaunes de l'enracinement.
00:20Ce sont les gilets jaunes de l'antimondialisme.
00:22Les agriculteurs, qui manifestent clairement, qui manifestent pacifiquement pour l'essentiel, ce qui fait d'ailleurs que les forces de l'ordre elles-mêmes seraient très gênées de décider de frapper fort sur les agriculteurs.
00:33Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de dérive.
00:35Parce que le sentiment qu'ils incarnent aujourd'hui, la pointe avancée du peuple français pour demeurer français.
00:41La volonté de conserver une agriculture qui soit française et tout ce que ça représente en matière d'enracinement.
00:45Donc, dans une époque qui découvre à grande vitesse les limites du mondialisme, les agriculteurs disent un instant, si vous êtes sérieux dans la volonté de critiquer le mondialisme, ce mercosur ne doit pas passer.
01:00Quand j'ai les limites du mondialisme, c'est qu'on découvre après 35-40 ans, vous allez au-delà de ça, ce que veut dire le déracinement, c'est-à-dire l'aliénation.
01:08Ce que veut dire l'artificialisation intégrale du vivant.
01:11C'est-à-dire, à un moment donné, vous mangez une nourriture industrielle produite qui n'est pas sans lien avec aujourd'hui l'épidémie d'obésité, l'épidémie de cancer et ainsi de suite.
01:22On voit aussi la dissolution des rapports internationaux dans le commerce et le droit.
01:25Qu'est-ce qu'on voit à travers cela?
01:26L'Union européenne qui cherche à pousser toujours plus loin l'utopie mondialiste, incapable de tenir compte des besoins vitaux des agriculteurs français.
01:34À travers ça, c'est le fantasme babélien, si on veut.
01:36Quoi qu'il en soit, Emmanuel Macron fait semblant d'entendre les Français en disant qu'il votera contre.
01:41Donc théoriquement, on peut se dire bravo, il a entendu les Français.
01:44C'est un moment important.
01:45La présidence de la République renoue avec la population qui dit très majoritairement qu'on ne veut pas du Mercosur.
01:51Mais il s'agit bien évidemment d'une opposition factice, d'une opposition artificielle.
01:57Pourquoi?
01:58Parce que même si la France s'oppose au Mercosur, la majorité qualifiée au sein de l'Union européenne est rassemblée,
02:04ce qui fait en sorte que ce traité pourra s'appliquer même si la France le refuse.
02:10Alors, il faut bien comprendre ce que ça veut dire.
02:12La France considère que son intérêt vital en matière d'agriculture l'amène à voter contre ce traité.
02:19Mais le cadre crypto-fédéral, quasi-fédéral, dans lequel elle est intégrée aujourd'hui,
02:25fait en sorte que cet accord s'imposera à la France, même si la France n'en veut pas.
02:29Si on veut une illustration presque caricaturale de ce que veut dire perdre sa souveraineté aujourd'hui,
02:35on en a l'exemple devant nous.
02:37Emmanuel Macron ici nous dit finalement, je proteste devant la puissance souveraine de l'Union européenne,
02:42mais ma protestation ne portera pas à conséquence.
02:46Qu'est-ce que ça veut dire?
02:47C'est-à-dire que pour l'élite européiste, plus largement pour l'extrême-centre et pour les européistes,
02:53l'appartenance à l'Union européenne est plus importante que tout.
02:57Le système de décision politique mis en place par l'Union européenne
03:01pour toujours fédéraliser davantage, pour toujours centraliser davantage,
03:04parce que les deux viennent ensemble,
03:06c'est plus important que les intérêts du peuple français,
03:08qu'il soit possible de signer un traité au-delà des intérêts des nations qui constituent l'Europe,
03:13quel est le véritable élément.
03:14Donc de ce point de vue, les européistes vont dans la fuite en avant,
03:17imposent cela à la nation, probablement une des deux nations les plus importantes de l'Union européenne.
03:21On voit de ce point de vue à quel moment l'européisme devient un fanatisme.
03:24Mais la France ne pourra-t-elle pas réagir, Mathieu Bocoté?
03:28Ah mais elle le pourrait.
03:29Pour l'instant, on se contente de dire, je ne voterai pas en faveur, je vais voter contre.
03:32Très bien.
03:33Mais on peut en tirer les conséquences.
03:34Voter contre, ça peut vouloir dire des choses.
03:36Par exemple, la France pourrait décider d'engager un rapport de force très clair,
03:39en disant, si vous signez ça, nous ne finançons plus la contribution de la France à l'Union européenne,
03:46c'est terminé, c'est fini.
03:47Plus un centime, plus un sou, rien, niette.
03:51La France pourrait décider de faire un peu à la manière générale de Gaulle,
03:54la politique de la chaise vide.
03:55Nous allons désormais faire la grève des institutions européennes,
03:58essayer de faire fonctionner l'ERSS sans la contribution,
04:03sans la présence de sa nation, d'une de ses nations fondatrices.
04:06Elle pourrait même menacer d'en sortir, Emmanuel Macron pourrait dire,
04:10si l'Union européenne s'entête à aller jusqu'au bout de ce traité.
04:14Alors, si Mme von der Leyen le fait,
04:16alors que la France s'y oppose pour des raisons vitales,
04:19nous ferons un référendum sur la sortie de l'Union européenne,
04:21ou à tout le moins, nous allons désormais faire primer en toutes circonstances
04:24le droit national sur le droit européen.
04:26Donc, on peut imaginer toute une série de réponses.
04:30Mais elles ne seront pas prises parce que la protestation du président de la République
04:32est strictement symbolique.
04:34Et pourquoi? Parce que pour l'élite dont Emmanuel Macron est le représentant,
04:38et si le représentant est intelligent, personne ne dirait le contraire,
04:41mais cette élite-là, elle considère que le dépassement des nations dans le mondialisme,
04:45et je dis le mondialisme, j'entends par là que l'Union européenne a été depuis 40 ans
04:49le laboratoire du mondialisme,
04:51le dépassement des nations, c'est un bien en soi.
04:53Le dépassement des nations, c'est absolument essentiel.
04:56Donc, si vous connaissez la formule souvent utilisée par les macronistes au Parlement européen,
05:00ils disent agir en européen.
05:02Ça sonne pour moi comme quand on disait autrefois agir en soviétique.
05:06C'est-à-dire agir en fonction de l'intérêt de l'entité supranationale.
05:10Je ne dis pas soviétique au sens de l'année de l'armée rouge, là.
05:13Mais une entité supranationale qui transcende les peuples qui s'y rassemblent,
05:17les peuples qui le constituent.
05:19Le agir en européen, ici, ça consiste à dire qu'on doit être capable de sacrifier
05:22son intérêt national lorsque les circonstances l'exigent.
05:26Et dans les circonstances présentes, l'intérêt national est sacrifié.
05:28Mais c'est les agriculteurs.
05:30À travers ça, on voit à quel point l'extrême-centre,
05:32mais ce sont les héritiers de la modernité dans ce cas-là de plus radical.
05:35L'extrême-centre a la passion des entités politiques désincarnées.
05:39L'Europe, ce n'est pas l'Europe civilisation constituée politiquement,
05:43comme certains ont pu l'espérer.
05:45L'Europe, aujourd'hui, c'est un pas de plus vers l'humanité désincarnée.
05:48Je le redis, c'est le dernier vestige du mondialisme.
05:50Dans une époque, paradoxalement, qui, peu à peu, laisse de côté le mondialisme.
05:55Alors, la question qu'on peut se poser, c'est,
05:57si la France décidait demain de traduire concrètement son refus du Mercosur,
06:03est-ce que l'Union européenne pourrait tomber, se disloquer,
06:05comme hier l'URSS s'est disloquée?
06:07La réponse, c'est oui.
06:08Les tensions au cœur de l'Union européenne sont tellement nombreuses aujourd'hui.
06:12Elles se multiplient qu'un jour, demain, après-demain, après-après-demain,
06:16on va arriver à ce moment où l'ensemble risque de se disloquer.
06:19Et je donne quelques exemples.
06:21Si un pays décidait clairement de dire
06:22« le droit national va primer sur le droit européen », c'est terminé.
06:25Désormais, nous ne reconnaissons plus l'autorité européenne en ces matières.
06:29Eh bien, ça pourrait provoquer un choc.
06:30Il pourrait y avoir un choc autour de la question ukrainienne,
06:32si je peux me permettre.
06:33Les intérêts des peuples européens par rapport à l'Ukraine ne sont pas les mêmes
06:36selon qu'on soit balte, selon qu'on soit polonais,
06:39selon qu'on soit roumain, bulgare, hongrois,
06:42selon qu'on soit portugais, espagnol, italien, français.
06:45Donc, autour d'une question aussi importante que la politique étrangère,
06:47l'Union européenne pourrait se disloquer.
06:48Ou avec l'élection d'un vrai parti national conservateur en Europe,
06:52ce n'est pas inimaginable non plus,
06:54qui lui dirait « désormais, on va pratiquer ce que Philippe de Villiers
06:58ou Charles Le Gave appellent le « bruxite »,
07:01c'est-à-dire « désormais, nous voulons déconstruire le pouvoir
07:03de la sacro-sainte commission à Bruxelles ».
07:06Donc, on entre dans une époque turbulente, nous le savions.
07:08Si je peux me permettre, un mot en lien avec l'Iran.
07:11On voit qu'aujourd'hui, l'Union européenne, dans sa majesté morale,
07:15proteste contre la répression des manifestants en Iran.
07:18Mais le régime de Téhéran craint bien davantage une action de Washington
07:22autrement plus brutale que les protestations morales de l'Union européenne.
07:25Vous faites ici, Mathieu Bocoté, implicitement référence à la vision du monde
07:30de l'Amérique trumpienne, en quelque sorte.
07:32Oui, c'est-à-dire, non pas pour la célébrer,
07:34mais qu'est-ce qu'il y a au cœur de la vision de l'Amérique trumpienne ?
07:36On en parlera en deuxième partie, c'est ce qu'on appelle le choc des empires.
07:39Le choc des empires, c'est la redécouverte de la diversité profonde du monde.
07:43C'est la constitution d'états civilisations.
07:45Donc, des états civilisationnels comme la Chine, comme l'Inde,
07:50comme la Turquie et la Russie, et manifestement aujourd'hui les États-Unis.
07:56Et qu'est-ce qu'on voit à travers cela ?
07:57C'est qu'on découvre que l'humanité n'est pas interchangeable.
08:00On découvre que les peuples ne sont pas interchangeables,
08:02que les civilisations ne sont pas interchangeables,
08:04et que le culte européen du droit pur, le culte européen du commerce pur,
08:09c'est une forme de culte morbide, c'est un culte de la mort,
08:12c'est un culte de la désincarnation, c'est un culte du déracinement.
08:15Et de ce point de vue, nous entrons dans une logique contre-révolutionnaire.
08:19Pas au sens de Joseph Demestre, là.
08:20Mais la révolution mondialiste qu'on a connue
08:23est une révolution qui, aujourd'hui, se disloque sous nos yeux.
08:26On n'a pas tenu compte, je crois, de l'ensemble des conséquences
08:29de ce que voudrait dire l'entrée dans un monde qui n'est plus mondialiste.
08:32Nous n'avons pas pris la peine de réfléchir à ce basculement dans un monde nouveau.
08:36Pourtant, ça devrait être une exigence intellectuelle première.
08:39J'y reviens avec un dernier mot, la question du Mercosur ici.
08:41Et le révélateur, ceux qui veulent à tout prix le Mercosur dans les circonstances présentes,
08:44ce sont des gens qui s'acharnent à tout prix dans le mondialisme
08:47comme d'autres en 1991 ou 1992 auraient pu vouloir maintenir le marxisme à tout prix.
08:51Sous-titrage Société Radio-Canada
08:54Sous-titrage Société Radio-Canada
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