00:00 Thierry Monib est habitant de Pierre-Bénite depuis plus de 70 ans.
00:04 Commune au sud de Lyon, elle est au cœur de la vallée de la Chimie,
00:07 une zone rassemblant de nombreuses usines chimiques, dont Arkema.
00:11 L'été dernier, après une enquête du média Verdeurage,
00:13 il découvre que son jardin est gravement pollué ou perfluoré.
00:17 Risques de cancer, défaits sur la thyroïde ou le système immunitaire,
00:20 ces produits utilisés notamment dans les emballages alimentaires et les cosmétiques
00:24 seraient fortement toxiques pour la santé.
00:27 L'entreprise, l'Arkema, est juste là.
00:31 Nous sommes exactement au sud de l'entreprise
00:36 et je me suis retrouvé avec presque 6 fois la future norme de PFAS
00:41 qui rentrera en vigueur en 2026.
00:45 Alors, imaginez, là je suis à 1,4 au lieu de 0,18.
00:51 Ces chiffres ont été confirmés par la suite par l'ADREAL et par la préfecture.
00:56 Les perfluorés, dits PFAS, rassemblent plus de 4 000 composants chimiques
01:00 dont le PFOA, découvert lors du scandale de Dark Waters en 2015 aux États-Unis
01:05 concernant les poils téflons.
01:07 Qu'est-ce si tout ce qui nous tue les cows est dans l'eau de boisson ?
01:13 À DuPont, mieux vivre à travers la chimie. C'est notre DNA.
01:18 Tu veux te faire faire la carrière dans les toilettes ?
01:20 Tu es un cow-hand ?
01:22 Tu dois me dire ce qui se passe.
01:23 DuPont a déchiré 70 000 habitants locaux au cours des dernières années.
01:30 Mais alors, pourquoi en trouve-t-on encore dans l'environnement ?
01:33 Le PFOA est interdit en 2020 en France,
01:35 mais les perfluorés sont des polluants dits "éternels", "ultra résistants".
01:39 Malgré ces conséquences désastreuses,
01:41 les entreprises continuent d'utiliser d'autres composés chimiques
01:44 de cette même substance, non réglementée pour le moment.
01:47 Ils savaient très bien qu'ils rejetaient des produits toxiques
01:50 et ils continuent d'en rejeter au jour d'aujourd'hui.
01:53 380 kg de péfasse pur dans le Rhône chaque mois.
01:58 Retrouvés à forte dose dans l'eau du Rhône,
02:00 mais aussi dans l'air, le sol,
02:01 celui du stade où jouent les enfants du quartier,
02:04 mais aussi dans l'eau du robinet de Sandi-Commune,
02:06 que l'on peut voir dans cet article de France 3,
02:08 dont 19 qui dépassent la future norme européenne de 2026.
02:12 Pourtant, l'ARS ne prévoit pas de restrictions de la consommation d'eau,
02:16 estimant que les dépassements constatés restent modérés
02:19 et que la molécule retrouvée en grande quantité serait moins dangereuse.
02:22 Mais les habitants sont inquiets
02:23 et demandent des comptes aux collectivités qui semblent dépasser,
02:27 alors que des scientifiques alertent sur ces dangers depuis 2011.
02:30 La réunion qui a eu lieu à la mairie d'Oulim, qui m'a effaré,
02:35 c'est le côté "circuler, y'a rien à voir"
02:37 où on avait l'Adréal, l'ARS,
02:41 qui se rejetait, enfin c'était même pas qu'ils se rejetaient, la faute,
02:43 c'est que sous couverte de...
02:45 La question est hyper complexe,
02:47 on va essayer de vulgariser pour que vous, pauvres citoyens,
02:49 vous puissiez comprendre.
02:51 J'ai le sentiment surtout qu'ils gagnent du temps
02:53 pour servir les intérêts de l'industrie.
02:56 Après ces révélations, la préfecture du Rhône
02:58 décide enfin d'interdire à Arkema l'utilisation de ces produits en 2024,
03:03 avec réduction par palier dès 2023,
03:05 un calendrier calé sur celui de l'entreprise.
03:08 Avec une question qui se pose,
03:10 le traitement de la pollution déjà faite,
03:12 des perfluorés nocifs, est difficilement traitable.
03:14 Le service communication d'usine Arkema,
03:16 c'est un service de communication avec des professionnels.
03:20 Ils nous faisaient visiter tout Arkema,
03:23 ils nous expliquaient à quel point tout était bien,
03:25 qu'ils investissaient des millions et des millions dans la sécurité.
03:30 Enfin, c'est parfait.
03:31 Je pense que les ouvriers,
03:33 ils ont beaucoup de mal à faire la part des choses.
03:35 C'est vrai qu'il y a leur salaire,
03:37 il y a le fait qu'ils vivent à Pierrebény depuis très longtemps,
03:40 qu'ils ont une maison,
03:42 qu'Arkema a un gros comité d'entreprise.
03:45 Des salariés pris en étau entre leur santé et leur travail,
03:48 un chantage à l'emploi qui rend la contestation difficile,
03:51 car Arkema c'est plus de 1000 postes à Pierrebény.
03:54 Alors rares sont les salariés qui veulent prendre la parole,
03:56 excepté ce retraité de l'entreprise.
03:58 J'ai été étonné du peu de réaction des salariés,
04:02 qui se sont refermés sur eux-mêmes un petit peu.
04:05 Mais j'ai compris, assez rapidement aussi,
04:09 en discutant un petit peu,
04:12 en remémorant un petit peu des situations un peu identiques,
04:15 que c'est très compliqué pour eux.
04:17 C'est très compliqué parce qu'effectivement,
04:20 c'est nous qui en fabriquons ça,
04:22 c'est de la merde,
04:24 ils culpabilisent un petit peu.
04:26 Il y a l'énorme pression de l'employeur aussi
04:28 sur le chantage à l'emploi,
04:30 ils vont nous faire fermer l'usine.
04:32 Les salariés,
04:34 il leur manque un outil,
04:35 c'est le CHSCT,
04:36 qui aurait été très utile.
04:38 La loi Macron, la loi travail, l'a supprimée.
04:40 C'était une institution qui avait,
04:44 pas des pouvoirs, mais en tout cas des prérogatives très importantes,
04:48 par exemple, faire des enquêtes suite à un accident du travail
04:51 ou à une maladie professionnelle,
04:54 qui avait la personnalité juridique,
04:56 qui pouvait rester en justice.
04:58 Gaugé Tarago a travaillé pendant 38 ans à Arkema,
05:01 une entreprise de lourds passifs,
05:03 condamnée pour l'amiante en 2005 notamment.
05:05 Personnellement, j'ai des pathologies particulières,
05:10 ça m'a interrogé.
05:11 Donc, lors d'une visite chez mon médecin traitant,
05:14 j'ai posé la question,
05:17 et il m'a répondu très simplement,
05:20 "il est légitime que vous vous posiez cette question,
05:23 mais il n'y a pas eu de lien établi,
05:26 formellement, médicalement, scientifiquement,
05:29 entre l'exposition à ces produits et d'éventuelles maladies."
05:34 Donc, on demande effectivement des analyses de sang ou autre.
05:39 Le directeur de l'entreprise a osé dire,
05:42 "il n'y a pas de réglementation sur le rejet des PFAS,
05:45 donc on respecte la réglementation."
05:47 Il y a des réglementations ailleurs,
05:52 et Arkema le sait très bien.
05:55 Joué sur une réglementation défaillante,
05:57 tant ce produit est stratégique pour les entreprises.
05:59 Il facilite la fabrication de produits anti-adhésifs
06:02 et imperméabilisants,
06:03 notamment pour les batteries des voitures électriques,
06:05 un marché conséquent.
06:07 Une pollution qui vient s'ajouter à d'autres,
06:09 comme une partie émergée de l'iceberg.
06:11 Un droit de l'environnement bafoué dans sa globalité,
06:14 que dénonce notre affaire à tous.
06:16 "Nous, au départ, on s'est intéressés aux autres pollutions
06:18 parce que ces entreprises ne respectent pas le droit de l'environnement,
06:21 sont régulièrement en non-conformité,
06:24 et est venu s'ajouter le scandale des perfluorés,
06:27 qui est sur des pollutions non réglementées.
06:29 Donc là, on se retrouve avec des pollutions réglementées,
06:32 les entreprises ne respectent déjà pas le droit de l'environnement,
06:35 et des pollutions non réglementées
06:37 qu'on découvre au fur et à mesure."
06:40 "J'ai l'impression que l'État est complètement démuni,
06:43 peut-être sciemment, je préférerais payer des impôts,
06:47 et puis qu'il y ait des contrôles,
06:48 qu'il y ait des inspecteurs, qu'il y ait des choses intransigeantes,
06:51 plutôt que ce soit notre santé, notre vie qui est en jeu,
06:56 et la vie de nos enfants."
06:57 Deux recours ont donc été déposés en mai 2022
07:00 par notre affaire à tous et une association de riverains,
07:03 afin d'obliger les entreprises à se mettre aux normes.
07:05 Un problème systémique que dénonce la voquette Louise Chance.
07:08 "Quand on est une industrie, on doit respecter certains seuils,
07:13 et on ne doit pas dépasser certains seuils de polluants.
07:16 À partir du moment où ces prescriptions légales ne sont pas respectées,
07:19 c'est des non-conformités,
07:21 et ces non-conformités correspondent à des infractions
07:24 en droit pénal de l'environnement.
07:25 Pourquoi l'administration et pourquoi l'État
07:28 tolèrent des non-conformités graves et récurrentes,
07:31 sans mettre de sanctions ?
07:33 En fait, il y a une pratique de la négociation
07:37 sur l'application du droit de l'environnement qui est très étrange,
07:40 parce qu'aujourd'hui, c'est vraiment quelque chose d'institutionnalisé,
07:44 cette négociation."
07:46 Dans la vallée de la Chine, les deux référés environnementaux
07:49 visent deux entreprises, Arkema donc et Elkenn.
07:52 Ces actions en justice pointent de très nombreuses non-conformités chroniques,
07:55 très rarement sanctionnées.
07:57 L'Adréal, l'autorité déconcentrée de l'État pour contrôler ces usines à risque,
08:01 n'a pas souhaité répondre à nos questions.
08:03 "C'est vrai que l'Adréal manque cruellement de moyens.
08:06 Et depuis, bizarrement, depuis le dépôt du référé pénal environnemental,
08:12 il n'y a plus d'inspecteur sur le site d'Arkema.
08:15 Ce qui est quand même particulièrement étonnant,
08:19 étant donné qu'il y a ce scandale des perfluorés."
08:22 Stéphanie fait partie des requérantes,
08:24 elle habite proche de l'usine depuis 15 ans.
08:26 Maman d'un petit garçon,
08:27 elle a découvert que son lait maternel était contaminé.
08:30 "Moi j'ai besoin de savoir que ces résultats vont être pris au sérieux
08:35 et puis qu'il y aura une réflexion sur comment ces usines peuvent travailler
08:40 de manière à moins impacter l'environnement."
08:44 Reprendre le contrôle, faire pression sur les industriels
08:47 et demander des sanctions si nécessaire.
08:49 Ce recours environnemental ferait jurisprudence
08:51 pour toute autre pollution en France.
08:53 "Aujourd'hui, même si ça n'a pas encore abouti,
08:55 c'est quand même un succès parce que tout le monde en parle
08:58 et que ça a fait bouger les choses.
09:00 C'est-à-dire que là, Elkern a des sanctions qui ont été prises contre elle
09:03 et Arkema, il y a un arrêté préfectoral d'interdiction des perfluorés.
09:07 L'État ne bouge pas, eh bien nous allons voir le droit pénal
09:09 et nous allons voir le juge pénal
09:11 qui va constater la défaillance grave de l'État
09:15 et va demander les mesures utiles
09:16 pour enfin respecter le droit de l'environnement
09:18 et mettre fin à ces pollutions."
09:20 Recours juridique donc, mais aussi surveillance citoyenne,
09:23 c'est ce que demandent les habitants.
09:24 La création d'un institut éco-citoyen indépendant
09:28 des entreprises et de l'État.
09:29 "C'est l'heure de la marche, c'est l'heure de la marche, c'est l'heure de la marche."
09:33 "C'est l'heure de la marche, c'est l'heure de la marche."
09:35 "C'est l'heure de la marche, c'est l'heure de la marche."
09:37 "C'est l'heure de la marche, c'est l'heure de la marche."
09:39 "C'est l'heure de la marche, c'est l'heure de la marche."
09:41 "C'est l'heure de la marche, c'est l'heure de la marche."
09:43 "C'est l'heure de la marche, c'est l'heure de la marche."
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