00:00 L'air qu'on respire, l'eau qu'on boit, les objets que l'on touche peuvent entraîner des problèmes de santé à cause des polluants chimiques qu'ils contiennent.
00:07 Bonjour Yves Lévy.
00:08 Bonjour.
00:09 Vous êtes professeur émérite en santé publique et santé environnementale à l'université Paris-Saclay,
00:14 également vice-président de la fondation de l'académie de médecine,
00:17 fondation qui présentera demain au parlementaire de l'Assemblée nationale son livre blanc sur la pollution chimique et la santé publique.
00:25 Ces polluants, ils sont partout autour de nous, on ne peut pas y échapper.
00:28 Absolument. Nous avons des polluants chimiques dans l'air, dans les boissons, dans les aliments, dans nos objets du quotidien.
00:37 Et ce n'est plus la pollution visible qui est celle des gros nuages et qu'on imaginait autrefois.
00:45 Aujourd'hui elle est invisible, présente un peu partout et l'ensemble de l'exposition à tous ces polluants induit des effets sur la santé.
00:54 Évidemment, et surtout que la diversité de ces polluants est gigantesque. Dans ce livre blanc, vous citez 40 000 à 60 000 produits chimiques commercialisés dans le monde.
01:02 Vous le dites, on le trouve partout dans les plastiques, les cols, la peinture, les solvants, les produits ménagers.
01:06 On sait combien de morts sont liées à ces produits chimiques ?
01:10 Plusieurs millions dans le monde chaque année.
01:14 L'ensemble des effets biologiques sur la santé sont aussi bien sur le développement du fœtus, sur ensuite le développement de l'enfant jusqu'à son adolescence.
01:26 Et donc derrière sont induits des cancers, des troubles de la reproduction, des troubles du développement, des diabètes.
01:34 Et donc c'est un ensemble de maladies qui sont liées à l'exposition à tous ces polluants chimiques.
01:39 Et derrière, il faut être capable de les mesurer, de connaître l'exposition de chaque individu pour pouvoir prédire les maladies et faire de la prévention pour la santé.
01:49 Et c'est justement là le problème, ce que vous dites dans ce livre blanc, c'est qu'on n'a pas assez d'études sur le sujet.
01:55 Ça veut dire qu'on ne connaît pas forcément la toxicité ou le degré de toxicité de tous ces polluants chimiques ?
02:00 Oui, alors évidemment toute la chimie n'est pas catastrophique, c'est-à-dire que la chimie nous a apporté des bienfaits considérables dans les 50 dernières années qui ont permis d'améliorer notre espérance de vie.
02:12 Mais les retombées de cette chimie font qu'on trouve de ces produits partout.
02:17 Et donc derrière tous ces éléments, il faut être capable de mesurer les effets toxiques de l'ensemble des mélanges.
02:25 Et ça, ça devient compliqué.
02:26 C'est l'effet cocktail ?
02:27 C'est-à-dire qu'être capable de dire tel produit induit tel effet toxique, on y arrive en laboratoire.
02:33 Quand on est exposé toute la journée à 50, 60 produits différents, et que les effets jour après jour s'accumulent pour donner ensuite une réponse peut-être 10 ans ou 30 ans plus tard, ça devient très difficile à évaluer.
02:46 Donc il y a une partie que la recherche scientifique a encore besoin de développer, une partie qu'on connaît.
02:51 Et donc on a des compétences dans ce domaine-là, mais le niveau de compétence a besoin d'être soutenu par un investissement significatif.
02:59 Parce que pour le moment, il n'y a pas assez d'argent pour ça. Ça n'intéresse pas assez les centres de recherche par exemple ?
03:04 Si, les centres de recherche travaillent, c'est pour ça que je dis que nous avons des compétences.
03:08 On a des agences sanitaires, on a des laboratoires de recherche.
03:11 Mais l'ambition financière donnée à la connaissance dans ce sujet-là n'est pas à la hauteur des enjeux en termes de santé, d'impact sur la santé des populations, et surtout du coût des impacts pour la santé.
03:25 Par exemple, pour les perturbateurs endocriniens, une étude a montré que c'était plusieurs centaines de milliards d'euros chaque année perdus pour l'ensemble de l'Europe.
03:34 Et donc il faut investir dans la prévention.
03:37 Il faudrait mieux mettre ses milliards dans la recherche, c'est ce que vous dites.
03:40 Absolument. La recherche et l'acquisition de données.
03:43 C'est-à-dire mieux savoir ce que vous, moi, recevons comme type de polluants chaque jour chez nous.
03:48 Et c'est pour ça que vous voulez créer un GIEC de la pollution chimique, comme il en existe un pour le climat.
03:53 Donc une structure internationale, indépendante, scientifique.
03:56 Où est-ce qu'il en est ce projet ? Est-ce que c'est juste pour le moment dans votre tête ou il est déjà lancé ?
04:00 Non, j'avais commencé à initier avec l'ancien ministre Brice Lalonde un projet de développement.
04:07 Malheureusement, on n'a pas été vraiment entendu par les politiques.
04:11 Et aujourd'hui, ça bouge quand même, puisque le programme des Nations Unies pour l'environnement envisage de développer un tel projet.
04:18 Mais c'est trop lent par rapport à l'ambition du problème.
04:22 C'est-à-dire que le problème de la pression chimique sur l'ensemble des individus doit se mettre au même niveau que la pression climatique.
04:28 C'est du même niveau.
04:29 Je le redis, votre livre blanc, "Livre blanc de la Fondation de l'Académie de médecine", sera présenté demain à l'Assemblée nationale.
04:35 Qu'attendez-vous des pouvoirs publics ?
04:37 Là, très clairement, il faut prendre conscience de l'importance du problème sur la santé des populations.
04:44 Les dégradations de santé induisent un coût majeur pour la population et pour le pays.
04:49 Donc, il faut absolument avoir un soutien en amont pour mieux acquérir la connaissance sur ces expositions.
04:58 Et ça, ça permettra d'orienter les décisions de prévention et donc d'améliorer la santé.
05:03 Est-ce que pour le moment, c'est l'angle mort des politiques publiques, la santé environnementale ?
05:07 C'est pas vraiment l'angle mort, mais c'est vraiment un parent pauvre.
05:11 C'est-à-dire que depuis 15 ans, la préoccupation s'est développée.
05:16 On en parle un peu plus.
05:17 Les gens entendent parler du problème "une seule santé" entre la biodiversité et la santé humaine.
05:22 Donc, ça progresse.
05:24 Mais ça progresse trop lentement par rapport à l'ensemble des effets qu'on connaît.
05:28 Une dernière question, Professeur Lévy, en lien avec la crise agricole dont on parle tant.
05:33 Le fait, justement, qu'à cette occasion, on remette dans le débat certaines interdictions de produits chimiques dont on sait qu'ils sont néfastes, c'est une aberration pour vous ?
05:41 Oui, là, on a vraiment un très gros problème de société.
05:45 Parce qu'aujourd'hui, on a découvert, par exemple, des sous-produits, des pesticides dans les eaux,
05:51 qui font que plusieurs communes en France ne peuvent plus utiliser leur eau potable.
05:54 Donc, aller vers un tout pesticide, revenir sur une quantité de pesticides trop importante,
05:59 c'est un impact sur un très long terme qui est vraiment un gros problème.
06:03 Yves Lévy, professeur émérite à l'université de Paris-Saclay, vice-président de la fondation de l'Académie de médecine Fondation,
06:09 qui présente donc demain au parlementaire de l'Assemblée nationale son livre blanc sur la pollution chimique et la santé publique.
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