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Dans le Paris occupé de la Seconde guerre mondiale, les autorités découvrent que l’hôtel particulier d’un médecin a été le théâtre d’une série de meurtres effroyables. Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network

Archives : INA.

#crime #docteurpetiot #truecrime

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Transcription
00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast de Faits Divers du Parisien.
00:08Décidément, ce sont les Faits Divers et leurs conséquences qui ont la vedette aujourd'hui.
00:14Des restes humains ont été retrouvés sur la propriété.
00:17Le préfet de la région Corse a été assassiné de plusieurs balles dans la tête ce soir.
00:22Un couple et ses quatre enfants ont donc disparu.
00:24L'enquête se rend aujourd'hui vers un geste criminel.
00:27Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:33-justice du Parisien, Damien Delsenie.
00:39Bonjour Damien.
00:40Bonjour Claudia.
00:40Aujourd'hui, l'histoire du docteur Petiot, médecin, notable et tueur en série dans le Paris occupé de la Seconde
00:47Guerre mondiale.
00:48Oui, et l'un des plus effrayants de l'histoire criminelle française par le nombre de ses victimes.
00:53D'abord, il en aura revendiqué près de 60 et puis vous allez le voir par le mode opératoire qu
00:58'il a employé.
01:00Samedi 11 mars 1944.
01:03Le drapeau à Croix-Gammé flotte sur la tour Eiffel depuis quatre ans.
01:07Le quotidien des Parisiens est régi par la pénurie et le rationnement.
01:11En fin d'après-midi, à quelques rues de l'Arc de Triomphe dans le 16e arrondissement, Jacques Marset prend
01:17son téléphone et contacte la police.
01:19Cela fait déjà plusieurs heures que cet habitant du quartier de Chaillot hésite.
01:24Il ne veut pas faire d'histoire, surtout en cette période.
01:27Mais depuis quelques jours, une odeur pestilentielle a envahi la rue Le Sueur, où il vit, entre l'avenue Foch
01:33et celle de la Grande Armée.
01:35Cette odeur provient en fait d'un hôtel particulier, situé au numéro 21 de la rue.
01:40Par la cheminée, on voit s'échapper en effet un épais nuage de fumée noire.
01:44L'immeuble de deux étages de Stylos Manien a été acheté en 1941 par un médecin, Marcel Petiot.
01:52Il l'a entièrement rénové pour y installer une clinique.
01:55Le sol a été surélevé.
01:57Dans la cave, le puits existant a été consolidé.
02:00Et il y a désormais une imposante chaudière et un large évier.
02:04Les policiers appellent les pompiers en renfort.
02:08A l'extérieur, l'odeur est si nauséabonde qu'ils ont du mal à s'approcher de la maison.
02:12L'un des pompiers fait un malaise.
02:15Ses collègues constatent qu'à l'entrée, les lourdes portes de bois sont fermées à clé.
02:20Personne ne vient ouvrir.
02:22Il décide de casser le carreau d'une fenêtre et pénètre à l'intérieur de l'hôtel particulier.
02:27Là, il constate que la cheminée a pris feu.
02:32Au sous-sol, les pompiers découvrent un amas de gravats, de cendres et de chaux-vives.
02:37Dans un coin, une grosse chaudière brûle.
02:40Et par la porte entreouverte, ils aperçoivent une main de femme.
02:46A partir de ce moment-là, l'affaire prend une toute autre tournure.
02:50Policiers et pompiers ne sont pas sur les lieux d'un simple incendie,
02:53mais sur ce qui semble être les vestiges d'un charnier.
02:57Car à l'intérieur de la cave, ils retrouvent en fait des dizaines de morceaux de corps humains.
03:09Mars 1944.
03:10Les pompiers arrivent.
03:12Il n'y a personne.
03:14Ils pénètrent dans l'immeuble.
03:16Cela vient de la cave.
03:17Et là, un spectacle hallucinant, digne du grand guignol, les attend.
03:24Gisant, ça et là, des cadavres débités.
03:27Et dans un calorifère, des fragments humains qui se consument.
03:34Damien, les experts établissent que ces membres ont été volontairement découpés.
03:39Oui, et à l'aide d'un bistouri.
03:40Donc, il n'y a pas de doute sur le fait que c'est un travail volontaire de quelqu'un
03:44qui est intervenu sur ses corps.
03:45Et l'hypothèse la plus probable, c'est que ces morceaux étaient là en attente d'être incinérés dans la
03:51chaudière.
03:51Il y a d'autres éléments dans cette cave ?
03:53Oui, il y a des dizaines et des dizaines de valises, des vêtements, des bijoux, des jouets d'enfants aussi.
04:00Tout ça est entreposé dans une pièce stockée à cet endroit.
04:03Alors, on imagine très vite que ce sont les affaires des victimes.
04:06Et il y a là, et ça va être pesé, plus de 600 kilos de souvenirs.
04:10À un moment donné, pendant que les policiers sont sur place,
04:13un homme arrive à vélo et il se présente comme le frère du docteur Marcel Petiot.
04:17Oui, tout à fait. Au moment où les policiers sont dehors, il y a les pompiers qui sont encore à
04:22l'intérieur de l'hôtel particulier.
04:24Et cet homme se présente en disant, voilà, je suis le frère du propriétaire de l'hôtel particulier, le docteur
04:29Petiot.
04:31On sent qu'il vient un petit peu aux nouvelles.
04:32Et surtout, il dit aux policiers, oh là là, attention, vous mettez les mains dans quelque chose de compliqué.
04:38C'est un endroit où passent des collaborateurs, des gens de la Gestapo.
04:41Mais assez étrangement, les policiers qui sont sur place à ce moment-là ne vont pas aller plus loin.
04:45Et ils vont laisser repartir ce mystérieux homme à vélo.
04:48Au cours des perquisitions, les enquêteurs commencent à comprendre ce qui se passait dans cette clinique.
04:53En tout cas, ils mettent à jour un ossuaire, un puits qui est lui rempli de chaud.
04:58Et puis, il y a à côté une pièce triangulaire qui est capitonnée, comme un peu une pièce secrète.
05:04Et sur l'égouttoir de l'évier, ils vont aussi découvrir des résidus de chair humaine.
05:08Les voisins qui ont contacté la police, jusque-là, ils n'avaient rien remarqué.
05:13Alors, jusqu'à ce jour-là, non.
05:15Il y a juste une voisine qui va dire que lorsqu'elle passait pour aller faire ses courses,
05:18elle sentait une terrible odeur de viande grillée, dira-t-elle au policier.
05:22Mais elle, elle pensait que c'était un atelier de marché noir qui brûlait de la viande avariée.
05:26On rappelle qu'on est pendant l'occupation.
05:29Donc chacun, en fait, est à la fois, regarde ce qui se passe chez son voisin
05:32et ne s'intéresse quand même pas trop à ça.
05:35Grâce aux affaires des victimes retrouvées dans la clinique du docteur Marcel Petiot,
05:39les enquêteurs arrivent à en identifier certaines.
05:42Parmi elles, il y a notamment Adrien Estébetegui.
05:46Les policiers du 36 Quai des Orphèves connaissent bien cet homme.
05:49Vol, kidnapping, extorsion de fond, son CV de truand est déjà assez rempli.
05:56Adrien Estébetegui est originaire de Bayonne, dans les Basse-Pyrénées.
06:00Né en 1897, il fait ses premiers pas de délinquant en cambriolant un évêque,
06:05celui de Bayonne, qui habite près de chez lui.
06:07Il est ensuite envoyé à Paris.
06:10Surnommé le Basque, le jeune homme se fait vite une place dans le milieu des voyous de la capitale.
06:15En 1944, cela fait quelque temps que la police n'a pas entendu parler de lui.
06:20Quand les troupes allemandes prennent possession de Paris, en juin 1940,
06:25Adrien Estébetegui croupit en prison, à Frennes, accusé de divers trafics.
06:30Peu de temps après, avec 26 autres détenus, il arrive à s'évader.
06:34Qu'une partie de son pays soit aux mains de l'ennemi lui importe peu.
06:38L'occupation, c'est avant tout pour lui l'occasion de s'enrichir grâce aux marchés noirs.
06:44Il se lance donc dans ce commerce parallèle, se mettant au service de la Gestapo.
06:48Il infiltre des réseaux de résistants, permet la saisie de leurs biens, se sert au passage.
06:53Tout ça, avec l'assurance d'une parfaite impunité.
06:57Son aide active des Allemands finit par lui donner une certaine notoriété,
07:01y compris dans le milieu de la résistance, dont il devient un ennemi juré.
07:05Adrien Estébetegui commence à vouloir se faire oublier.
07:08Et il trouve la solution parfaite.
07:11Par l'entremise d'un coiffeur du 16e arrondissement,
07:14il entre en contact avec un certain docteur Eugène.
07:17Ce médecin, installé à Paris, se vante d'organiser en toute discrétion,
07:22et moyennant finances, le transfert de tous ceux qui souhaitent quitter la France vers l'Amérique du Sud.
07:28Bien décidé à recommencer sa vie en Argentine,
07:31Adrien Estébetegui se rend par une nuit de mars 1943, rue Le Sueur, au numéro 21.
07:37C'est le docteur Petiot qui lui ouvre la porte.
07:46Damien, après cette première rencontre,
07:48un rendez-vous est donné au Basque trois jours plus tard.
07:52Oui, rendez-vous parce qu'en fait, il faut qu'il revienne avec ses papiers,
07:55donc c'est ce qu'il fait, il revient avec des documents,
07:56et il revient aussi avec de l'argent parce que c'est un délinquant,
07:59donc il vient avec tout ce qu'il a volé, de l'argent, des bijoux,
08:03tout ça en fait pour recommencer une nouvelle vie à Buenos Aires, en Argentine.
08:06Mais le docteur va lui expliquer, le docteur Petiot va lui expliquer
08:09que juste avant de partir, il faut qu'il le vaccine,
08:13sinon l'immigration ne le laissera pas entrer sur le territoire argentin.
08:16Donc il lui injecte un produit, il l'installe dans la fameuse salle capitonnée triangulaire,
08:22le piège vient de se refermer sur le Basque.
08:26Pendant leur enquête, les policiers réussissent à établir un début de liste de victimes.
08:31Dans le début de liste que vont constituer les policiers,
08:34il y a des truands, un peu du même acabit qu'Adrien Estebetegui,
08:37mais il y a aussi et beaucoup de noms à consonance juifs
08:41parce que quand ils vont commencer à identifier,
08:43on va trouver des noms comme Bache, Dreyfus, Stevens ou Braunberger.
08:47Ce sont en fait des juifs qui cherchaient évidemment à fuir le pays,
08:51à fuir la France à ce moment-là,
08:52et qui ont donné au docteur Petiot, alors qu'il se faisait surnommer le docteur Eugène,
08:56tout ce qu'il leur restait pour payer ce qu'ils croyaient être,
08:59une sorte de billet pour un exil salvateur,
09:02une chance de vivre à nouveau librement.
09:04Et c'est là où vraiment on voit à quel point Petiot est allé recruter des victimes
09:09qui étaient évidemment fragiles et fébriles.
09:12Immédiatement, en France, l'affaire est très médiatisée.
09:15Oui, alors évidemment la découverte de cette maison presque construite
09:19pour assassiner et faire disparaître des corps,
09:22elle est relayée partout dans la presse.
09:23Et tout de suite, on va se mettre à traquer le docteur Petiot.
09:26Alors, il a un appartement dans le 9e arrondissement, au 66 de la rue Comartin.
09:31Donc la police, évidemment, avant les gens, il va s'y rendre, mais il n'y est pas.
09:35Et sa femme ne va pas être en mesure de dire au policier où il se trouve.
09:40L'enquête est menée par l'inspecteur Georges Massu.
09:43Dans l'entre-deux-guerres, c'est le flic le plus célèbre de France.
09:47On le surnomme à l'époque l'homme aux 3257 arrestations.
09:51Et avec son prédécesseur, Marcel Guillaume, c'est en quelque sorte lui qui a servi de modèle
09:56à Georges Simenon pour créer le célèbrissime personnage de fiction, le commissaire Maigret.
10:02Malgré le fait que cette enquête soit menée par un grand ponte, elle n'avance pas vraiment.
10:06Rappelons que c'est quand même une période de guerre, d'occupation.
10:09Donc les policiers n'ont pas forcément le temps ni les moyens humains
10:12pour s'occuper de cette affaire comme elle le mériterait
10:15et comme on l'aurait sans doute fait dans un tout autre contexte.
10:17Alors on ne trouve pas effectivement le docteur Petiot.
10:20En réalité, on ne le cherche sans doute pas très bien non plus.
10:23Et en fait, pour recroiser sa route, il va falloir attendre que le contexte change en France.
10:28Il va falloir attendre la libération de Paris en août 1944
10:31pour que l'enquête soit confiée à d'autres policiers.
10:39Le commissaire Massu raconte une nouvelle fois les faits,
10:4313 ans après, en 1957, dans l'émission de radio Soyez Témoins, diffusée sur la RTF.
10:49Je suis allé dans la Chaux-de-Guerre, il y avait encore sur place deux ou trois crânes, je crois.
10:57Il y avait des ossements humains assez importants que j'ai rassemblés pour les faire photographier.
11:03À minuit, j'avais fait ma petite enquête quand un cycliste de la police municipale a porté un télégramme.
11:13Porte des autorités allemandes, arrêtez le docteur Petiot, fou dangereux.
11:16Vous venez d'écouter le premier épisode de Crime Story consacré au docteur Petiot.
11:22Suite et fin de ce podcast, dans le deuxième épisode,
11:25déjà disponible sur leparisien.fr et sur toutes les plateformes d'écoute.
11:29Crime Story est le podcast fait divers du Parisien.
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