- il y a 9 heures
- #crimestory
- #crime
- #meurtre
Le 24 octobre 2006, David Cornbleet, un dermatologue apprécié, est retrouvé mort dans son cabinet de Chicago, aux Etats-Unis. Il a été poignardé à 70 reprises. Rapidement, les enquêteurs s’intéressent à un de ses patients. Dans Crime story, la journaliste Clawdia Prolongeau raconte cette enquête avec Damien Delseny, chef du service police-justice du Parisien.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
Archives : INA
#crimestory #crime #meurtre
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
Archives : INA
#crimestory #crime #meurtre
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Vous écoutez Crime Story, vengeance barbare contre le dermatologue, deuxième et dernier épisode.
00:10Le mardi 24 octobre 2006, le docteur David Cornblit, dermatologue à Chicago, est retrouvé mort dans son cabinet.
00:18Il a été torturé et poignardé au moins 70 fois.
00:22Un homme, blanc, âgé de 20 à 25 ans, est recherché.
00:27Au bout de quelques mois, les policiers ont identifié précisément le meurtrier.
00:32Il s'agit de Hans Peterson, un Américain de 28 ans.
00:36Mais depuis la nuit du meurtre, il est introuvable.
00:42Le lundi 6 août 2007, dix mois après le meurtre du dermatologue,
00:47un homme, âgé d'une trentaine d'années, pousse la porte d'une brigade de gendarmerie à Marigo,
00:52dans la partie française de l'île de Saint-Martin, dans les Caraïbes.
00:55Il dit qu'il aimerait avoir un crime.
00:58Il se présente.
01:00Son nom est Hans Peterson.
01:03Calmement, sans émotions apparentes, il raconte qu'il a voulu punir le docteur Cornblit,
01:09qui lui a prescrit de l'acutane, un puissant médicament anti-acné.
01:13Hans est persuadé qu'à cause de ce médicament, il est devenu un puissant.
01:18Il raconte qu'après avoir fui les Etats-Unis dix mois plus tôt, il s'est installé sur l'île
01:22de Saint-Martin, aux Antilles,
01:24où il a passé ses journées dans les casinos.
01:26Il y coule des jours paisibles, en jouant au poker sur Internet et en gagnant jusqu'à 20 000 euros
01:32par mois.
01:33Mais il sent que les taux se resserrent autour de lui.
01:36Et Hans Peterson commence à s'inquiéter de sa situation s'il est retrouvé.
01:41Il sait que pour le crime qu'il a commis, il risque dans l'état de l'Illinois, dont dépend
01:46la ville de Chicago, la peine de mort.
01:51À son arrivée sur l'île, il a donc entamé une démarche de naturalisation.
01:56Simple formalité pour Hans Peterson, puisque sa mère est française et qu'en France, le droit du sang s'applique.
02:03C'est-à-dire que toute personne, née d'au moins un parent français, peut obtenir la nationalité.
02:09Sans surprise, Hans Peterson obtient ses papiers.
02:13Et c'est après s'en être assuré qu'il se rend à la gendarmerie, ce lundi 6 août.
02:17Il sait que s'il est arrêté et incarcéré en France, il ne sera pas extradé vers les Etats-Unis.
02:23D'abord parce que la France a pour principe de ne pas extrader ses ressortissants.
02:27Mais aussi car l'Hexagone est fermement opposée à la peine de mort et qu'elle a été supprimée ici
02:33en 1981.
02:37Damien Delsenie, les aveux d'Hans Peterson devant les gendarmes sont détaillés et glaçants.
02:43J'étais soulagé d'avoir commis cet acte, c'est comme ça qu'il démarre ses aveux.
02:47Je n'ai pas aimé la manière dont je l'ai fait avec mon couteau et ma scie,
02:51mais je me serais senti plus mal si je n'avais pas commis cet acte.
02:55Après ses aveux, Hans Peterson est incarcéré en France.
02:58Alors il ne va pas être incarcéré à Saint-Martin sur l'île puisqu'il n'y a pas de
03:02prison
03:02et il va être transféré sur l'île voisine de la Guadeloupe à Bastère
03:07où il va être non seulement incarcéré mais où aussi va se dérouler l'enquête sur son meurtre commis à
03:12Chicago.
03:13La France n'extrate pas ses ressortissants, on l'a dit.
03:16Est-ce que dans ce cas précis, la question se pose quand même ?
03:19Oui, parce que la famille du docteur Kornblit va faire tout ce qu'elle peut pour obtenir cette extradition.
03:26Elle va vraiment mobiliser, ouvrir un site internet, etc.
03:30pour que des discussions s'engagent avec la France
03:32et des discussions vont avoir lieu entre les autorités judiciaires américaines
03:36et les autorités judiciaires françaises.
03:45Aux Etats-Unis, ce dénouement fait grand bruit.
03:47Un jeune et dynamique sénateur de l'Illinois va d'ailleurs s'emparer de l'affaire
03:52en prenant fait et cause pour la famille du docteur Kornblit.
03:56Ce sénateur, alors un parfait inconnu chez nous, s'appelle Barack Obama
04:01et il décide de militer pour tenter d'obtenir l'extradition de Hans Peterson.
04:06Il écrit plusieurs courriers à des membres de l'administration Bush,
04:10le président des Etats-Unis à ce moment-là.
04:12D'autres lettres sont envoyées à Bernard Kouchner,
04:15le ministre des Affaires étrangères en France.
04:18Ses tentatives restent vaines, mais Barack Obama n'abandonne pas.
04:22Une fois devenu président des Etats-Unis, en 2009,
04:26il emmène l'affaire avec lui à la Maison-Blanche à Washington.
04:30Et dès qu'il en a l'occasion,
04:31il s'entretient à ce sujet directement avec Nicolas Sarkozy,
04:35le président de la République française, entre 2007 et 2012.
04:42Damien, le président français ne cède pas.
04:44Non, mais d'ailleurs il ne peut pas céder,
04:46parce que c'est vraiment une règle juridique en France.
04:49On n'extrate pas ses ressortissants dans un autre pays,
04:52et surtout, on n'extrate pas un ressortissant qui encourt la peine de mort.
04:56Donc Nicolas Sarkozy, tout ce qu'il peut promettre à Barack Obama dans ses échanges,
05:00c'est qu'il sera jugé en France,
05:04et il lui promet un procès exemplaire.
05:06En plus de Barack Obama, il y a la famille du docteur Kornblit
05:10qui continue à demander l'extradition de son assassin.
05:13Celui qui va être en première ligne dans ce combat,
05:16c'est Jonathan, le fils du docteur Kornblit,
05:19qui va vraiment mener une campagne contre la naturalisation d'Anne Speterson.
05:24Et il va, à l'époque aux Parisiens, me contacter par mail,
05:27en me disant, voilà, je suis le fils du docteur Kornblit.
05:30Et il m'explique toute l'incompréhension qui est la sienne,
05:32et évidemment celle de toute sa famille,
05:34en disant, mais on ne comprend pas comment Hans Speterson,
05:37qui n'a jamais mis un pied en France,
05:39qui ne parle pas un mot de français,
05:41peut obtenir la naturalisation et la nationalité française,
05:45simplement parce que sa mère est née en Normandie.
05:48Je ne peux que lui répondre que la loi française est faite comme ça,
05:51mais il va vraiment multiplier les demandes,
05:53y compris au niveau diplomatique en France,
05:56pour témoigner, en fait, non seulement de son incompréhension,
05:59mais aussi de sa colère.
06:00Parce que ce que ça signifie pour eux,
06:02c'est qu'Anne Speterson avait tout prévu.
06:04Il savait ce qu'il risquait en restant aux Etats-Unis,
06:07c'était la peine de mort,
06:08et qu'il a profité de ses origines françaises
06:11pour fomenter, en quelque sorte, cette cavale,
06:14se rendre au Caraïbe sur une île française,
06:17y faire sa demande de nationalité, de naturalisation,
06:19qu'il obtient de manière automatique et mécanique,
06:22puisque sa mère est française,
06:23et qu'une fois qu'il a ses papiers,
06:25il peut, pas tranquillement,
06:27mais en tout cas, il peut aller reconnaître
06:29et avouer son assassinat
06:31sans risquer la peine de mort.
06:32Il s'est renseigné sur la procédure en amont,
06:35il sait que c'est possible,
06:36il sait que ça va lui permettre
06:37de ne jamais être extradé vers les Etats-Unis,
06:39et ça, ça révolte totalement la famille Cornblit.
06:45Le lundi 21 novembre 2011,
06:47le procès d'Anne Speterson s'ouvre à Bastère,
06:50devant la cour d'assises de Guadeloupe.
06:53Âgé de 33 ans,
06:54il se présente comme un accusé modèle.
06:57Impeccable, avec sa chemise blanche
06:58et son pantalon beige,
07:00les cheveux bien coupés,
07:01il ressemble à un jeune premier,
07:03davantage qu'à un criminel sauvage,
07:05capable de s'acharner des dizaines de minutes
07:07sur sa victime.
07:09Devant la cour,
07:10on rappelle son parcours,
07:11ses études brillantes,
07:12son intégration quand il était plus jeune,
07:14à des sections spéciales pour élèves surdoués.
07:17La seule ombre au tableau
07:18de la jeunesse d'Anne Speterson
07:20et sa difficulté à se faire des amis.
07:22Il est dépeint comme une personne réservée,
07:25timide, discrète,
07:27voire craintive.
07:28Sa vie sociale était quasiment inexistante.
07:31Lui parle des coups qu'il reçoit à l'école
07:34de la part des autres enfants
07:35et de son foyer,
07:37entouré de parents,
07:38pas tout à fait normaux selon ces termes,
07:40rapportés dans le journal France Antille.
07:42Hans Speterson avait des obsessions,
07:45notamment au niveau de ses dents,
07:46expliquant que son père
07:48n'avait jamais voulu lui financer
07:50un appareil dentaire
07:51et que ça lui avait fait perdre des emplois.
07:54Il éprouvait de la rancœur
07:55vis-à-vis de son père,
07:57une rancœur qui semble s'être déportée
07:59sur le docteur Cornblit.
08:01Il a eu un énorme ressentiment
08:03à son égard,
08:04assurant que ce médecin avait fait exprès
08:06de le rendre dans cet état.
08:08Pendant son procès,
08:10Hans Speterson n'évoque pas le crime
08:11pour lequel il est jugé.
08:13Il reste impassible,
08:14devise sur d'autres sujets.
08:16Pendant ce temps-là,
08:17dans la salle d'audience,
08:19la femme du docteur pleure silencieusement.
08:26Damien, plusieurs experts psychologues
08:28et psychiatres sont missionnés
08:30pendant l'instruction
08:31pour sonder la personnalité de l'accusé.
08:33C'est la procédure criminelle en France.
08:36On expertise toujours les accusés
08:38avant leur procès devant une cour d'assises,
08:40d'une part par des experts psychologues
08:43et d'autre part par des experts psychiatres.
08:45Hans Speterson est vu en détention
08:47à la fois par des psychologues et des psychiatres
08:49qui vont rendre ensuite un rapport.
08:51Tous les médecins,
08:53tous les experts qui le voient en prison
08:54mettent en évidence
08:55un certain nombre de pathologies psychiatriques
08:58faites de troubles obsessionnels compulsifs
09:00du comportement.
09:01On évoque même des délires paranoïaques.
09:04Tous soulignent aussi les épisodes
09:05de dépression qu'il a traversés
09:07au cours de sa vie.
09:09Et enfin,
09:09il souligne des traits autistiques
09:11de sa personnalité
09:12et son comportement mégalo.
09:14Ces experts ne s'accordent pas tous
09:16sur sa responsabilité pénale ?
09:18Non, parce que certains vont parler
09:20d'abolition du discernement
09:22au moment des faits
09:23et d'autres ne vont évoquer
09:24que l'altération de ce discernement.
09:27Et quelle est la différence entre les deux ?
09:28Le code pénal prévoit les deux scénarios.
09:31En cas d'abolition du discernement,
09:33l'accusé est déclaré irresponsable pénalement.
09:36Il ne peut donc pas être jugé
09:37et encore moins condamné.
09:39En cas d'altération,
09:40il peut comparaître,
09:41mais la peine est diminuée.
09:43On parle alors d'atténuation
09:44de la responsabilité pénale.
09:46Dans le cas d'Anne Speterson,
09:48certains experts défendaient
09:49l'abolition de son discernement,
09:51estimant que ses troubles psychiatriques
09:53étaient à l'origine de son crime
09:55et que sa place n'était pas en prison,
09:57mais en hôpital psychiatrique.
10:00Est-ce qu'il est possible
10:01que le médicament, le Roaccutane,
10:03ait réellement joué un rôle
10:05sur son discernement ?
10:06Ça paraît extrêmement peu probable.
10:09Rappelons au passage
10:10qu'il n'a pris ce médicament,
10:11Hans-Peterson,
10:12que pendant deux jours seulement.
10:14Mais un des médecins
10:16qui l'a expertisé en détention,
10:18le docteur Duquenois,
10:20va livrer pendant le procès
10:21un témoignage assez fort
10:23sur justement la vision
10:24qu'avait Hans-Peterson
10:26de ce médicament de la cutane.
10:27Il va le dire,
10:28il en garde un souvenir précis
10:29avec quasiment une mémoire d'ordinateur.
10:32Il devait prendre une capsule
10:33de 80 mg,
10:35alors qu'en France,
10:35la posologie habituelle administrée
10:37est en général moitié moins importante.
10:39et il explique au médecin Hans-Peterson
10:42qu'entre une et deux heures
10:43après cette première prise de médicament,
10:45il s'est senti bouleversé.
10:47Il n'était plus lui-même.
10:48Il évoque des signes physiques,
10:50des flatulences,
10:51des troubles psychologiques quasi immédiats,
10:53le tout accompagné
10:54d'un visage qui devient rouge,
10:56qui se dessèche.
10:57Il fait également état de bruit perçu
10:59qui était amplifié
11:00avec une tonalité déplaisante,
11:01comme s'il entendait des voix,
11:03en quelque sorte.
11:04Il se serait alors retrouvé
11:05dans un état de dépression intense.
11:07Tout ça est rappelé par le docteur
11:08qui finit quand même par dire,
11:09sachant qu'il n'a pris ce traitement
11:11que pendant 48 heures.
11:12Alors le médecin va quand même ajouter
11:14qu'il y a effectivement une polémique
11:16qui existe dans le milieu scientifique
11:18sur les effets de la cutane
11:19qui était commercialisée
11:20par la société Roche.
11:22Il y a eu quelques cas de suicides
11:24de personnes qui étaient sous traitement,
11:27parmi elles notamment le fils d'ailleurs
11:28d'un sénateur américain,
11:29et certaines revues spécialisées
11:31concluent que chez des personnes
11:32déjà vulnérables,
11:34ce médicament peut entraîner
11:35des idées suicidaires.
11:37En revanche,
11:37d'autres études assurent
11:39que rien n'a été prouvé,
11:41aucun lien direct
11:42entre la prise d'accutane
11:43et des envies suicidaires.
11:45Donc d'une manière générale,
11:47ce médicament,
11:48il est conseillé,
11:49prescrit dans des cas d'acné sévère,
11:52mais il faut d'abord s'assurer
11:54que le patient n'a pas
11:55d'antécédent dépressif.
11:57La mère d'Anne Speterson
11:59va également témoigner à la barre
12:01et elle va parler du comportement
12:03de son fils sous acutane.
12:05Lorsque mon fils est revenu chez nous
12:07dans l'Oregon,
12:07explique-t-elle à la barre,
12:09il avait le teint gris,
12:10il était crispé,
12:11ses yeux étaient jaunes
12:12comme s'il avait la jaunisse.
12:13Il manifestait également
12:14une tristesse imperceptible
12:16et souvent,
12:17elle raconte qu'il s'allongeait
12:18en position fétale sur le divan
12:20et il ne pouvait plus écouter de musique
12:22car tous les sons qu'il percevait
12:24étaient amplifiés.
12:26Quelque part,
12:26la maman d'Anne Speterson,
12:28elle rejoint les explications
12:29de son fils
12:30et elle n'en démord pas.
12:31Elle dit
12:32« C'est ce médicament
12:33qui a changé mon fils,
12:34dit-elle,
12:35de façon radicale »
12:36et donc elle associe
12:37la prise de ce médicament
12:39aux troubles
12:39qu'il a pu avoir après.
12:41Et tant pis si,
12:42effectivement,
12:42on le rappelle à chaque fois,
12:43la prise de ces gélules
12:44n'a pas excédé 48 heures.
12:49Vendredi 25 novembre 2011,
12:51au soir,
12:52Hans Speterson est condamné
12:53à la réclusion criminelle
12:54à perpétuité.
12:55Assorti d'une période
12:56de sûreté de 22 ans.
12:58Il fait appel.
12:59Le vendredi 23 novembre 2012,
13:02un an plus tard,
13:03il voit sa peine réduite.
13:05Il est finalement condamné
13:06à 30 ans de réclusion criminelle
13:08par la Cour d'assises de Paris.
13:10Il est reconnu pénalement responsable
13:13et sa peine est assortie
13:14d'une période de sûreté
13:15de 20 ans
13:16et d'un suivi socio-judiciaire
13:17de 10 ans
13:18avec une injonction de soins.
13:20Il pourra faire une demande
13:21de libération conditionnelle
13:23à partir de 2027.
13:38Vous venez d'écouter
13:39Crime Story,
13:40le podcast fait divers du Parisien,
13:42avec à la production
13:43Thibaut Lambert
13:44et Barbara Gouy,
13:46à la réalisation
13:47Pierre Chafonjon
13:47et à la rédaction en chef
13:49Jules Lavie.
Commentaires