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Le 8 novembre 1999, le docteur Jean-Louis Muller, médecin légiste dans le Bas-Rhin, appelle la gendarmerie et leur demande de venir en urgence, car il vient de découvrir le cadavre de sa femme Brigitte dans le sous-sol de leur maison.
Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Clara-Garnier Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network

Archives : Radio France, INA

#crimestory #crime #truecrimepodcast

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Transcription
00:00Vous écoutez Crime Story, l'affaire Brigitte Muller, un meurtre et trois procès, deuxième et dernier épisode.
00:09Le lundi 8 novembre 1999, en Alsace, à Ingviller, le docteur Jean-Louis Muller trouve le corps de sa femme
00:17dans une mare de sang au sous-sol de leur maison.
00:19Elle s'est tirée une balle dans la tête dans la salle de jeu de leurs enfants.
00:23L'enquête rapide conclut à un suicide.
00:25Mais les proches de Brigitte sont sceptiques.
00:27Selon eux, elle n'avait aucune raison de se suicider.
00:31Au contraire, elle était heureuse et venait même d'entamer une nouvelle relation avec un autre homme que son mari,
00:37Hans Petter.
00:42Hans Petter travaille au CNRS de Strasbourg comme chercheur.
00:46Cela fait environ un mois qu'ils se sont rapprochés avec Brigitte.
00:50Ils se voient, se téléphonent, apprécient le temps qu'ils passent ensemble.
00:55Entre deux, il ne s'est encore presque rien passé.
00:58Seulement un baiser, échangé sur un banc public le vendredi 5 novembre, trois jours avant la mort de Brigitte.
01:04C'est assez pour qu'elle se projette, rêve à un avenir plus doux et en parle à son amie
01:08la plus proche ainsi qu'à sa mère.
01:11Ce secret révélé accentue un peu plus les doutes des amis de Brigitte.
01:15D'autant qu'ils apprennent vite que le jour de sa mort, elle a reçu deux coups de téléphone de
01:20Hans Petter chez elle.
01:22Jean-Louis a-t-il pu l'apprendre ?
01:24Pire, a-t-il pu entendre le contenu des conversations et donc comprendre ce jour-là que Brigitte avait une
01:31liaison et peut-être l'intention de le quitter ?
01:34Jean-Louis, dans un accès de colère, aurait alors pu décider de tuer sa femme.
01:39Cette hypothèse leur paraît mériter d'autant plus l'attention des enquêteurs que Jean-Louis était passionné d'armes à
01:44feu et savait les manier.
01:45D'ailleurs, il est membre du club de tir local et en possède cinq, qu'il garde bien rangés dans
01:51sa maison, dont deux de collection.
01:54Fusil à la main, il avait déjà menacé de mort un collègue avec lequel il avait eu des relations conflictuelles.
02:00Brigitte avait également confié à Hans Petter que son mari, décrit comme jaloux et possessif, lui aurait lancé en allusion
02:07à une éventuelle rupture « si tu fais ça, je te tue ».
02:11Bien que l'enquête ait été classée, les proches de Brigitte confient tous ces éléments à la justice.
02:16Le parquet reconnaît que, mis bout à bout, ils interrogent.
02:20Sous la pression des amis et de la famille de Brigitte, quatre mois après sa mort, l'enquête est rouverte,
02:26le vendredi 17 mars 2000, pour recherche des causes de la mort.
02:35Damien Delceni, les enquêteurs reprennent tout depuis le début.
02:40Non seulement ils reprennent tout depuis le début, mais ce sont surtout des nouveaux enquêteurs.
02:43Pas question de redonner le dossier au premier gendarme qui avait un peu vite refermé le dossier.
02:50Et donc, les policiers sont saisis de cette enquête pour recherche des causes de la mort.
02:54Et ce qui leur apparaît, c'est que, pour beaucoup de monde, le couple Jean-Louis-Brigitte, il n'est
03:00pas très bien assorti.
03:01Les proches décrivent Jean-Louis comme un homme bourru, colérique, pas très sympathique.
03:08Ils rappellent tous sa passion pour les armes à feu.
03:11Et en face, ils décrivent Brigitte comme, au contraire, une femme assez douce, solaire, fine, qui aime, elle, la littérature
03:18et l'art.
03:19Donc, deux personnalités apparemment assez opposées.
03:22Autre élément troublant, la légèreté avec laquelle l'enquête a été menée par les gendarmes.
03:27Oui, au-delà des témoignages de proches qui peuvent être un peu subjectifs, il y a des éléments matériels qui
03:33sont à nouveau examinés et qui accréditent l'hypothèse selon laquelle Brigitte n'a pas pu se tuer elle-même,
03:40mais a été tuée.
03:41Les gendarmes de la brigade de Buxvilleur, les premiers qui sont arrivés sur place le jour des faits, n'ont,
03:47par exemple, pas saisi les vêtements de Jean-Louis Lemarie pour vérifier si, par hasard, il y avait des traces
03:53qui avaient pu être laissées par un tir, des traces de poudre, des traces de sang.
03:56Les premières expertises avaient pourtant permis de constater d'emblée l'absence de résidus de tir sur les mains de
04:03la victime, ce qui n'était pas logique.
04:05Parce que quand on tire avec un fusil ou avec un pistolet, il y a des petites traces de poudre,
04:10des résidus qui viennent se mettre sur vos mains.
04:12Alors, ce n'est pas visible à l'œil nu, donc c'est pour ça qu'on fait un tamponnage,
04:15qu'on analyse ensuite en laboratoire.
04:17Et en principe, quand quelqu'un se tire une balle dans la tête avec un revolver ou un pistolet, il
04:22a des traces de poudre sur les mains.
04:23Et là, ce jour-là, quand ils font le tamponnage sur Brigitte, il n'y a pas de traces de
04:27poudre.
04:28Donc, ce n'est pas tout à fait normal, notamment sur sa main droite, qu'elle est censée avoir utilisée.
04:32Ça, c'est ce qu'indiquent aussi les experts du laboratoire de police de Lille, qui ont repris les investigations.
04:38Autre élément troublant, le peu de sang retrouvé sur les mains par rapport à l'angle de tir.
04:44Là encore, les expertises balistiques mettent en évidence ce détail, qui n'en est pas un,
04:49parce qu'ils démontrent, selon eux, l'invraisemblance du suicide.
04:54C'est ainsi, d'ailleurs, que leur relève la chambre de l'instruction.
04:57Le rapport d'autopsie a été rédigé par un ami du docteur Muller.
05:01C'est une autre bizarrerie.
05:02Le médecin légiste en question, il a fait ses études avec Jean-Louis Muller,
05:06ce qui aurait donc dû, en principe, le conduire tout de suite à se désister,
05:11en disant, moi, je ne peux pas faire l'autopsie de la femme, de quelqu'un dont je suis proche.
05:16En plus de ça, son rapport d'autopsie à ce médecin, il est truffé d'ambiguïté,
05:21selon les enquêteurs de la police judiciaire de Metz.
05:24Ils vont faire appel à des experts en balistique allemands.
05:28On n'est pas très loin de la frontière.
05:30Et ils vont expliquer pourquoi ils font ça.
05:32Ils disent, il y a un corporatisme qui règne dans la profession.
05:35Donc, on a été voir de l'autre côté de la frontière pour s'extirper un peu de ce corporatisme.
05:40Et ça, ils le notent dans leur rapport de synthèse.
05:43Et ces fameux experts allemands, ils vont contredire le premier rapport,
05:47qui a été fait donc par des experts français,
05:49car sonoreux, la blessure infligée avec le 357 Magnum,
05:54qui a été donc posée à bout touchant sur le crâne,
05:57est incompatible avec les constatations faites sur la tête de Brigitte Muller.
06:02Ils pensent qu'un premier tir à distance a été effectué avec le revolver 357,
06:07mais qu'il a été suivi d'un second tir avec un fusil posé à bout touchant.
06:12Et là, ça valide quand même l'hypothèse d'un scénario criminel assez élaboré.
06:17Parce qu'en fait, ils disent, pour effacer les traces du premier coup de feu qui a été fait à
06:21distance,
06:21dont l'aspect aurait révélé qu'il ne pouvait pas s'agir d'un tir de suicide,
06:25puisqu'il était fait à plusieurs mètres,
06:27ils vont dire, en fait, le deuxième tir, il vient pour cacher le premier.
06:31Donc, ces nouvelles expertises balistiques,
06:33donc ces deux tirs,
06:34quelqu'un qui suicide, il ne peut pas tirer deux fois dans sa tête.
06:36Donc, les nouvelles expertises balistiques,
06:38elles ne vont clairement pas en faveur de Jean-Louis Muller.
06:40Il y a un autre problème, c'est que l'arme utilisée,
06:43soi-disant utilisée, donc ce 357 Magnum,
06:46est une arme assez lourde,
06:48assez difficile à manipuler.
06:50On sait qu'elle appartient au docteur,
06:52donc le fait que sa femme ait choisi cette arme étonne un peu.
06:55Et pour en revenir au fameux résidu de tir,
06:57dont on ne trouve pas trace, encore une fois,
06:59il n'y a pas de poudre sur les mains de la victime.
07:01En revanche,
07:02les deux experts balistiques disent qu'il y a un nombre important
07:05de résidus de poudre
07:07sur les mains de Jean-Louis Muller.
07:09Donc, là, il y a un problème.
07:10Sur celle qui est censée avoir tiré,
07:12il n'y a pas de poudre.
07:12Et sur celui qui est censé ne pas avoir tiré,
07:15il y a de la poudre.
07:18Sept mois plus tard,
07:20le jeudi 19 octobre,
07:21le parquet ouvre une nouvelle information judiciaire
07:24contre X et pour homicide, cette fois.
07:27Le 8 novembre 2001,
07:29deux ans jour pour jour
07:30après la mort de Brigitte Muller,
07:32Jean-Louis Muller est mis en examen
07:33et écroué.
07:35Il est tellement surpris
07:36qu'il raconte après coup
07:38n'avoir pas compris immédiatement
07:40pourquoi il était placé en garde à vue
07:41et n'avoir pas compris
07:43de quel homicide on parlait
07:44quand on lui a dit
07:45de quoi il était soupçonné.
07:47Raphaël et Alexandre,
07:49les deux fils de Jean-Louis et Brigitte,
07:51ne croient pas une seconde
07:52à la culpabilité de leur père.
07:54Et ils décident de le soutenir,
07:56coûte que coûte.
07:57Les avocats de Jean-Louis Muller
07:58demandent sa remise en liberté.
08:01En juin 2002,
08:02six mois après son arrestation,
08:04elle est accordée,
08:05moyennant le versement
08:06d'une caution de 45 000 euros.
08:08Dans l'attente de savoir
08:10s'il y aura un procès,
08:11Jean-Louis Muller rentre chez lui,
08:13sous contrôle judiciaire.
08:14Les années passent.
08:15Il quitte une villeur
08:16pour une autre ville
08:17où cette histoire est moins connue
08:19et recommence à travailler
08:21aux urgences de Hagenau,
08:22au nord-est de Strasbourg.
08:24Mis en examen pour homicide volontaire,
08:26il soutient toujours,
08:27malgré les nouvelles expertises,
08:29que son épouse s'est suicidée.
08:31Le jeudi 12 avril 2007,
08:347 ans et demi après la mort de Brigitte
08:36et 5 ans après la libération conditionnelle
08:38de Jean-Louis Muller,
08:39le médecin apprend qu'il est renvoyé
08:41devant la cour d'assises du Barin.
08:43Son procès s'ouvre le 6 octobre 2008.
08:50Damien, comment apparaît Jean-Louis Muller ?
08:53Alors d'abord, il va comparaître libre,
08:55puisqu'il a été remis en liberté
08:57au cours de l'instruction,
08:58donc il n'est pas dans le box.
08:59Il apparaît comme un monsieur
09:01assez corpulent, de 52 ans,
09:03un peu chauve,
09:04avec des yeux globuleux,
09:06assez gros.
09:07Et surtout, il a un comportement
09:10assez hautain.
09:11Il arrive vraiment comme un expert,
09:14c'est-à-dire pas comme un accusé,
09:15mais comme un expert.
09:15Il parle beaucoup,
09:16il contredit à peu près tout le monde
09:18et il se rend vraiment
09:20assez antipathique en réalité,
09:22tellement que ses propres avocats,
09:24pendant les suspensions d'audience,
09:26ne vont avoir de cesse
09:27de le réprimander
09:27parce qu'ils comprennent
09:28qu'il n'a pas du tout adopté
09:30la bonne attitude.
09:31Le procès est long,
09:32il va durer environ deux semaines
09:34et à chaque fois,
09:36Jean-Louis Muller ne peut s'empêcher
09:37de retomber dans ses travers
09:39de comportement.
09:40Ses avocats disent,
09:41bah oui, il est comme ça,
09:42il est fier et dominateur.
09:44Comme c'est l'usage,
09:45la dernière prise de parole
09:47revient à l'accusé.
09:48Oui, toujours en cour d'assises,
09:49avant de clore les débats
09:51et de partir en délibéré,
09:53le président de la cour d'assises
09:55demande à l'accusé
09:56quels sont ses derniers mots,
09:58ce qu'il a envie de dire.
09:59Et Jean-Louis Muller
10:00va faire du Jean-Louis Muller.
10:01Il va parler, évidemment,
10:03pour dire qu'il a une pensée,
10:05non pas pour sa femme,
10:06mais pour son chien César,
10:08qui apparemment est resté seul
10:10à la maison pendant le procès.
10:12L'effet est évidemment désastreux.
10:14Alors, oui, c'est dans la droite ligne
10:16de ce qu'il a fait
10:16pendant deux semaines de procès.
10:19Ça n'a sans doute pas
10:20influé sur le verdict,
10:22mais en tout cas,
10:22ce qui est certain,
10:23c'est qu'au terme du délibéré,
10:25Jean-Louis Muller,
10:26il est reconnu coupable
10:27et il est condamné
10:28à 20 ans de réclusion criminelle.
10:31Pas vraiment une surprise
10:33pour les journalistes
10:34et ceux qui ont assisté
10:35à l'audience,
10:36mais en revanche,
10:36lui tombe des nus.
10:38Il dira d'ailleurs plus tard,
10:39c'est un choc terrible,
10:41je ne m'attendais pas
10:42à une condamnation,
10:43je ne comprends toujours pas.
10:47Jean-Louis Muller fait appel.
10:49Libéré trois semaines
10:51après le verdict,
10:52il rentre vivre
10:53dans sa ferme en Alsace,
10:54où il habite désormais
10:55avec sa nouvelle compagne
10:56et où ils élèvent des chevaux.
10:58Et il prépare
10:59son deuxième procès.
11:01Conscient que son comportement
11:02l'a desservi,
11:03il s'exprime
11:04dans quelques médias
11:05pour dire qu'il s'est
11:05trop comporté en expert
11:07lors du premier procès.
11:08Le légiste martèle
11:10que la thèse du meurtre
11:11est matériellement impossible
11:12en s'appuyant notamment
11:14sur l'expertise privée
11:15d'un éminent spécialiste suisse
11:17en médecine légale.
11:18Son avocat,
11:19maître François Saint-Pierre,
11:21de son côté,
11:22continue à demander
11:22une reconstitution
11:23des faits à la justice.
11:25Jusqu'à présent,
11:26elle l'a toujours refusé.
11:28« Je n'avais aucune raison
11:29de la tuer »,
11:30insiste Jean-Louis Muller.
11:31« Nos rapports étaient bons.
11:32Aujourd'hui,
11:33je ne peux m'empêcher
11:34de lui en vouloir,
11:35de s'être suicidé. »
11:37Le lundi 14 juin 2010,
11:39le docteur Muller,
11:40âgé désormais de 54 ans,
11:42est de retour aux Assises.
11:43Cette fois-ci,
11:45devant la cour d'assises
11:46d'appel du Haut-Rhin,
11:47à Colmar,
11:48pour laquelle il était
11:48lui-même expert judiciaire
11:5011 ans plus tôt.
11:51Pour son deuxième procès,
11:53Jean-Louis Muller
11:53a changé de stratégie.
11:55Il se mûre dans le silence.
11:57« Je suis innocent
11:58et je n'ai plus rien à dire »,
12:00lâche-t-il à la présidente
12:01lors de sa seule prise de parole.
12:03Ses avocats confirment.
12:05« Jean-Louis Muller
12:06a décidé d'user
12:07d'un droit prévu par la loi,
12:08le droit de se taire. »
12:10L'interrogatoire
12:11sur les faits débute
12:12et l'ancien médecin légiste,
12:13barbe rasée
12:14et costume gris impeccable,
12:16regarde le plafond.
12:17Alternant questions
12:18et affirmations,
12:20la présidente
12:20tente en vain
12:21de le faire sortir
12:22de son silence.
12:23« Vous n'étiez pas
12:24très bien assortis
12:25tous les deux,
12:25alors qu'avec ce monsieur
12:27qu'elle avait embrassé
12:27pour la première fois
12:28le 5 novembre,
12:29ça fonctionnait bien. »
12:31Elle persiste.
12:32« Vous lui auriez dit
12:33« Si tu me trompes,
12:34je te tue. » »
12:35Sur les bancs
12:36des partis civils,
12:37seuls les frères de Brigitte
12:38assistent encore au débat.
12:40Leurs parents,
12:41âgés et fatigués,
12:42se sont éclipsés.
12:44Le mercredi 23 juin 2010,
12:46la cour d'assises
12:47d'appel du Haut-Rhin
12:47reconnaît une nouvelle fois
12:49le docteur Jean-Louis Muller,
12:50coupable du meurtre
12:51de sa femme Brigitte.
12:53Elle le condamne
12:53à la même peine
12:54qu'en première instance,
12:5520 ans de réclusion criminelle.
13:01Damien,
13:02Jean-Louis Muller,
13:03à l'issue de ce procès,
13:04se dit abasourdi.
13:06« Oui, une deuxième fois,
13:07donc,
13:07il repart en détention.
13:09Ses avocats annoncent
13:10immédiatement
13:11qu'ils vont faire
13:12un pourvoi en cassation.
13:14Alors,
13:14le pourvoi en cassation,
13:15c'est quoi ?
13:16C'est pas un nouvel appel.
13:18La cassation,
13:19elle ne va examiner
13:20que la forme
13:22de ce procès
13:23et non pas le fond.
13:24On ne se prononce pas
13:25en cassation
13:26sur la culpabilité
13:27ou pas d'un accusé.
13:28On essaie juste
13:29de voir si le procès
13:30s'est tenu
13:31dans les règles
13:32de manière équitable.
13:33Et un an plus tard,
13:34le 22 juin 2011,
13:36la cour de cassation
13:38annule le verdict
13:39de la cour d'assises
13:40de Colmar.
13:41C'est assez rare.
13:42Donc,
13:43Jean-Louis Muller,
13:44il est libéré
13:45puisqu'il est considéré
13:47toujours présumé innocent
13:48et ça signifie surtout
13:50qu'il va y avoir
13:50un troisième procès.
13:52Ce troisième procès
13:53s'ouvre le lundi
13:5421 octobre 2013
13:56devant la cour
13:57de Meurthe-et-Moselle
13:58à Nancy.
13:58Nous sommes 14 ans
14:00après les faits.
14:01C'est très long.
14:02C'est aussi sans doute
14:03le procès
14:04de la dernière chance.
14:05Et pour la troisième fois,
14:07Jean-Louis Muller
14:07vient en clamant
14:09son innocence.
14:10Alors,
14:10il a encore changé d'avocat.
14:12Il a désormais
14:13à ses côtés
14:13un certain
14:14Éric Dupont-Moretti.
14:16À l'époque,
14:16il n'est évidemment
14:17pas encore
14:18ministre de la Justice
14:19et garde des Sceaux.
14:20Mais c'est
14:21l'avocat pénaliste
14:22connu
14:22et reconnu
14:24pour les cas
14:24un peu désespérés
14:26entre guillemets
14:26et pour obtenir
14:27surtout de nombreux
14:28acquittements.
14:29Avant le procès,
14:32Jean-Louis Muller
14:32va publier
14:33une tribune
14:34libre sur Internet
14:35dans laquelle
14:35il se plaint.
14:36Il va dire
14:36que les magistrats
14:37se sont évertués
14:38dans une instruction
14:39purement à charge.
14:41Il décrit même
14:41une justice
14:43enfermée
14:43dans le fantasme
14:44du médecin légiste
14:45machiavélique
14:46et qui n'a jamais
14:47accédé selon lui
14:49à sa demande
14:49de reconstitution
14:50des faits
14:51pour défendre sa thèse.
14:53Il ajoute
14:53« Mon casier judiciaire
14:55est vierge,
14:55mais j'ai la malchance
14:57d'être médecin,
14:58expert légiste,
14:59officier de réserve
15:00et tireur occasionnel. »
15:02Ce procès
15:03est très différent
15:04des deux premiers.
15:05Il y a déjà,
15:06on vient de le dire,
15:07un Éric Dupond-Moretti
15:08offensif,
15:09assez convaincant
15:10finalement.
15:11Et puis,
15:12il y a le temps qui passe.
15:12Ça fait 14 ans
15:13que Brigitte Muller
15:14est morte.
15:15C'est le troisième procès.
15:16Alors,
15:16ce n'est pas que
15:17les gens sont lassés,
15:18mais en tout cas,
15:19ça date,
15:20ça commence à ne pas
15:20sentir très très bon
15:21quand les histoires traînent,
15:23quand les procès
15:23s'accumulent.
15:24Les faits sont anciens,
15:25les témoins,
15:2714 ans après,
15:28ils ne se souviennent
15:28pas forcément de tout.
15:29Il y en a même
15:30qui ne viennent même pas
15:31déposer d'ailleurs
15:32à la cour d'assises
15:32parce qu'ils en ont eu
15:33aussi assez
15:33de ces procès
15:34qui s'accumulent.
15:35Donc,
15:36l'ambiance
15:36n'est plus tout à fait
15:37la même.
15:38Et puis,
15:38encore une fois,
15:39Jean-Luc Muller,
15:40il a changé.
15:43On ne peut exclure
15:44qu'il ait tiré
15:45ni exclure
15:46qu'il n'ait pas tiré,
15:47dit le troisième spécialiste
15:48en balistique
15:49qui juge
15:50peu probable
15:50une contamination
15:51des vêtements
15:52de l'accusé
15:53par le nuage formé
15:54dans la pièce
15:54par le coup de feu.
15:56La thèse du suicide
15:57peut être soutenue,
15:58mais l'hypothèse
15:59de l'homicide
16:00ne peut être exclue,
16:01continue un autre expert
16:02en balistique
16:03mandaté par la Défense
16:04qui souligne
16:05qu'aucune trace de sang
16:06n'a été relevée
16:07sur les habits
16:07que portait Jean-Louis Muller
16:08à l'arrivée des gendarmes.
16:11Le lundi 28 octobre,
16:12une semaine après
16:13l'ouverture des débats,
16:14deux témoins surprises
16:15sont entendus.
16:16Deux gendarmes,
16:18arrivés les premiers
16:19le 8 novembre 1999
16:20au domicile de l'accusé,
16:22une demi-heure
16:23après son coup de fil
16:24pour signaler
16:25la mort de son épouse.
16:26Selon le directeur
16:27de l'enquête,
16:28ces deux gendarmes
16:29ont affirmé avoir constaté
16:30que le docteur Muller
16:31venait de prendre une douche.
16:32Un élément
16:33d'autant plus troublant
16:34qu'il n'a jamais été évoqué
16:36au cours des 14 années
16:37de procédure.
16:38Et un rebondissement
16:40qui provoque
16:40la colère de l'accusé,
16:42tandis que son avocat,
16:43maître Eric Dupond-Moretti,
16:44demande pourquoi
16:45ces éléments
16:46n'ont-ils jamais été portés
16:47à la connaissance
16:48de la justice.
16:54Damien,
16:55le jeudi 31 octobre,
16:56l'avocat général
16:57réclame la même peine
16:58que les deux fois précédentes.
17:00Oui,
17:00tout le monde est droit
17:00dans ses bottes.
17:02L'accusé continue
17:03à crier son innocence
17:04et puis l'avocat général
17:05qui continue à croire
17:06en sa culpabilité,
17:07il va requérir 20 ans
17:08de réclusion criminelle.
17:10Mais cette fois-ci,
17:11la cour,
17:12les jurés,
17:13vont être davantage
17:14sensibles aux arguments
17:15de la défense
17:16et à son représentant,
17:18Eric Dupond-Moretti.
17:19Il y a un doute
17:20et en matière de droit,
17:22le doute profite
17:23toujours à l'accusé.
17:24Dans la soirée,
17:25les jurés rendent leur verdict.
17:26Et c'est un coup de théâtre
17:28et un coup de tonnerre.
17:29Même Jean-Louis Muller
17:30est acquitté.
17:32Il éclate en sanglots,
17:33se précipite
17:34dans les bras
17:34de ses enfants
17:35qui l'ont toujours soutenu
17:36ainsi que dans ceux
17:38de sa nouvelle compagne.
17:39Je savais qu'il fallait se battre
17:42et qu'il fallait se battre
17:43jusqu'à ce que mon illocence
17:45soit recueillé.
17:46Eric Dupond-Moretti
17:47fait une déclaration
17:48à la sortie
17:49de la salle d'audience
17:50qui restera assez célèbre.
17:52Il dit
17:52« Ce n'est pas une victoire
17:53de la défense,
17:54c'est une victoire
17:55de la justice.
17:56Contre l'injustice. »
17:58En pas faire de triomphalisme,
17:59ce soir,
17:59c'est véritablement
18:00une victoire de la justice.
18:01J'affirme
18:03que Jean-Louis Muller
18:04est totalement innocent
18:05du crime
18:06qu'on lui a reproché.
18:10En 2015,
18:11la Commission nationale
18:12des réparations
18:13de détention
18:14accorde à Jean-Louis Muller
18:15une indemnisation
18:16de 367 000 euros
18:18pour les 600 jours
18:19qu'il a passés en prison.
18:21Une somme bien inférieure
18:22aux 2 100 000 euros
18:24qu'il demandait.
18:25Un an plus tard,
18:26en 2016,
18:27cette indemnisation
18:28est revalorisée
18:29à hauteur
18:30de 410 000 euros.
18:31Aujourd'hui âgé
18:32de 68 ans,
18:34Jean-Louis Muller
18:34vit dans les Vosges
18:35où il tient
18:35une chambre d'hôte.
18:45Vous venez d'écouter
18:46Crime Story,
18:47le podcast fait divers
18:48du Parisien,
18:49avec à la production
18:50Clara Garnier-Amourou
18:51et Thibaut Lambert,
18:53à la réalisation
18:54Julien Moncouquiole
18:55et à la rédaction
18:56en chef
18:56Jules Lavi.
18:57Si vous avez aimé
18:58cet épisode,
18:59vous pouvez nous le dire
19:00en nous laissant
19:00des petites étoiles
19:01ou des commentaires.
19:02Vous pouvez également
19:03vous rendre sur notre site
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19:05les références
19:06qui nous ont permis
19:07de l'écrire.
19:08Crime Story est un podcast
19:09raconté avec Damien Delsenis
19:11et à retrouver chaque samedi
19:13sur le site
19:13leparisien.fr
19:15et sur toutes
19:15les plateformes d'écoute.
19:16de l'écrire.
19:24Sous-titrage Société Radio-Canada
19:26Sous-titrage Société Radio-Canada
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