- il y a 2 semaines
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Dans «Le Consentement», livre choc de ce début d’année 2020, Vanessa Springora explique comment Gabriel Matzneff a abusé d’elle adolescente. Code source vous raconte l’histoire de cette autrice.
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NewsTranscription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:14C'est le livre-choc de cette rentrée, le consentement publié chez Grasset.
00:20En rupture de stock dès sa sortie le 2 janvier, ce livre a permis de mesurer à quel point les
00:25mentalités ont changé.
00:26Vanessa Springora raconte comment un écrivain star des années 70-80, Gabrielle Matzneff, a profité de sa faiblesse quand elle
00:35était jeune adolescente
00:36et elle précise que son récit littéraire n'est pas romancé.
00:40CodeSource revient sur cette affaire en racontant la vie de Vanessa Springora avec deux journalistes du service culture du Parisien,
00:48Yves Géglet et Catherine Ball.
01:02Yves Géglet, vous avez passé le bac en 1983 et vous vous souvenez d'avoir lu Gabriel Matzneff à cette
01:08époque ?
01:09Oui, quand j'étais adolescent, j'en ai lu quelques-uns qu'on m'avait conseillé parce que c'était
01:14un auteur qu'on lisait.
01:16À l'époque, l'aspect pédophile, il faut le reconnaître, était moins mis en avant.
01:20Du moins, moi je me souviens d'un livre qui s'appelait Le Défi, un essai qui s'adressait aux
01:25adolescents mais qui parlait de liberté, d'une forme de marginalité
01:29mais plutôt par rapport au monde du travail, plutôt par rapport au salariat, qu'on pouvait vivre autrement.
01:35Et j'avoue que oui, ça m'a touché. J'avais 17 ans.
01:39Qu'est-ce qui vous intéressait dans ces livres à cette époque ?
01:41C'est qu'il écrivait différemment des autres écrivains puisqu'il tenait effectivement un journal intime.
01:47En général, un journal, les écrivains le publiaient après leur mort.
01:51Lui, il le publiait finalement presque en direct, enfin quelques années après ce qu'il avait vécu.
01:56Vous savez, les adolescents aiment bien les journaux. Parfois, on en tient même.
01:59Du coup, il parlait beaucoup de lui-même. Il parlait aussi de ses lectures.
02:03Il habitait à Paris, il avait une aura.
02:06Ça donnait l'impression d'une existence très libre.
02:08Et c'était vraiment quelqu'un de connu en 1983 ?
02:12Ah oui, il était connu. Moi, je l'ai découvert par la télévision.
02:14On parle quand même d'une époque où il n'y a que deux chaînes, puis trois chaînes de télé.
02:17Il n'y a évidemment pas les réseaux sociaux.
02:19Il est invité régulièrement à Apostrophe, mais aussi dans d'autres émissions.
02:24C'est quelqu'un qui est sans vendre forcément énormément de livres.
02:28C'est quelqu'un qui a une aura importante.
02:30On va revenir sur cette histoire en racontant la vie de Vanessa Springora.
02:35Catherine Ball, dans quel milieu est-ce qu'elle a grandi ?
02:38Vanessa Springora, elle vit d'abord avec ses deux parents, dans le 6e arrondissement de Paris.
02:43Elle raconte que pendant son enfance, ses parents se disputaient beaucoup,
02:46que les assiettes volaient parfois.
02:48Le père est de plus en plus absent, vient la séparation entre les parents.
02:52Et là, elle vit toute seule avec sa mère, qui est attachée de presse dans le milieu de l'édition,
02:57qui lui laisse une grande liberté, notamment pour des raisons matérielles.
03:00Vanessa Springora raconte qu'il n'y avait pas d'argent pour des baby-sitters,
03:03donc elle était souvent toute seule à la maison.
03:05Et en fait, très vite, sa mère la considère un peu comme une adulte.
03:08Et elle l'emmène, dès qu'elle a 10 ans, 11 ans, 12 ans, à des dîners.
03:12À quoi ressemble son adolescence ?
03:13Alors, elle raconte qu'elle était très timide, qu'elle lisait énormément.
03:17Elle a vécu au milieu des livres, de par le métier de sa mère.
03:20Et puis voilà, cette solitude, elle n'a pas de frères et sœurs.
03:23Elle dit qu'elle se trouvait moche comme un crapaud et qu'elle cherchait l'amour.
03:26C'est le 6 novembre 1985 qu'elle rencontre Gabriel Matzneff,
03:31écrivain donc très connu à l'époque.
03:33Elle a 13 ans.
03:34C'est au cours d'un dîner.
03:35Elle raconte dans son livre, le consentement, qu'au départ, elle n'a pas tellement envie d'y aller.
03:38Sa mère la traîne un peu, c'est un dîner mondain.
03:41Et comme ça se passe souvent dans ce genre de dîner,
03:43l'adolescente est en bout de table, personne ne s'intéresse à elle.
03:46Mais il y a ce monsieur qu'elle décrit comme ayant un visage de bonze.
03:52Elle dit qu'il a une présence cosmique.
03:54Il l'intrigue beaucoup et elle remarque qu'il ne cesse de la regarder
03:58à un moment où, justement, personne ne la regarde
04:01et où elle attend qu'on s'intéresse à elle.
04:03Est-ce qu'elle le connaissait déjà en tant qu'écrivain ?
04:05Pas du tout. Elle ne le connaît pas du tout.
04:07Mais juste après le dîner, elle se rend dans une librairie
04:11et là, tout de suite, elle voit une grande affiche de lui.
04:14Et donc, elle se rend compte que c'est un écrivain qui est connu
04:16et elle commence à lire certains de ses livres
04:20et elle se rend compte que c'est quelqu'un qui passe à la télé, souvent,
04:23qui est très respecté.
04:24Donc, elle est encore plus chamboulée d'avoir attiré l'attention de cet homme
04:28qui est très connu.
04:32Yves Géglet, que se passe-t-il pour Vanessa Springora
04:35dans les mois qui suivent cette rencontre ?
04:36Tout de suite, après ce dîner,
04:38Gabriel Madzneff commence à lui écrire des lettres.
04:40À l'époque, il n'y a pas d'email, il n'y a pas de SMS.
04:44Donc, il y a une correspondance qui, en plus, pour une adolescente,
04:46est sans doute assez romantique.
04:47Et elle dit aussi qu'elle a senti un sourire paternel
04:50la première fois qu'elle a vu Madzneff.
04:52Donc, la première lettre est une lettre sympathique
04:56à laquelle elle répond.
04:57Elle est très, très fière.
04:58C'est la première fois qu'on lui écrit
05:00en la considérant vraiment comme une personne, une jeune femme.
05:04Et puis, Madzneff lui envoie une deuxième lettre
05:06qui, là, est beaucoup plus insistante,
05:09ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui une lettre de drague.
05:11Elle lui propose un rendez-vous qu'elle accepte.
05:15Madzneff lui donne rendez-vous dans la rue.
05:16Elle ne sait pas trop ce qu'ils vont faire.
05:18Ils doivent prendre un bus.
05:19Et là, elle comprend qu'il veut tout de suite l'emmener chez lui.
05:22Alors, elle est quand même un peu décontenancée
05:24de ce qu'elle raconte dans Le consentement.
05:26Il insiste.
05:27Elle est quand même sous le charme.
05:28Donc, elle accepte de monter dans le bus.
05:30Elle dit dans son livre
05:31qu'on aurait pu au moins marcher un peu.
05:33Elle trouve quand même déjà,
05:34dès le moment de la rencontre amoureuse,
05:36puisqu'elle est amoureuse,
05:37que ça va trop vite.
05:38Et finalement, Madzneff la mène chez lui
05:41presque tout de suite.
05:45Très vite, il cherche à l'embrasser.
05:46Elle est quand même surprise.
05:48Mais elle se laisse faire.
05:49Alors, il y a un côté,
05:50elle se comporte quand même comme une adolescente,
05:52ce qui est normal.
05:53C'est-à-dire qu'au début,
05:54elle le raconte précisément.
05:56Au début, elle le laisse juste l'embrasser.
05:58Elle dit, il a fait d'abord le haut.
05:59Ce qui se passe quand on a 14 ans,
06:01normalement, on pelote un peu,
06:02mais ça ne va pas plus loin.
06:03Et puis, quand même, il veut la revoir.
06:05Et très, très vite,
06:06dès le deuxième rendez-vous,
06:07il la déshabille.
06:08Et elle parle de sodomie.
06:11Lui, il a l'air très habitué.
06:12Donc, il lui dit, ne t'inquiète pas.
06:14Il la couche sur le ventre.
06:15Et elle en parle de manière,
06:17voilà, avec le recul,
06:18en étant quand même soufflée.
06:20C'est-à-dire que s'installe
06:22une relation sexuelle
06:24assez brutale, quand même,
06:25dès le tout début.
06:28Là, elle a quel âge à ce moment-là ?
06:29Au moment de la rencontre,
06:30lors du dîner,
06:31elle a 13 ans.
06:32Mais la première fois
06:33qu'ils font l'amour ensemble,
06:34elle vient d'avoir 14 ans.
06:36Assez vite,
06:37elle raconte
06:37qu'elle le voit très souvent.
06:38Elle s'installe même très vite
06:40dans la chambre d'hôtel
06:40qu'ils louent.
06:41Ils vivent ensemble.
06:42Elle a 14 ans.
06:43Sa mère la laisse quitter
06:44le foyer familial
06:45et elle va de moins en moins
06:46à l'école.
06:47Comment est vécue cette relation
06:48par son entourage ?
06:49Sa mère laisse faire, donc ?
06:50Alors, elle dit que sa mère,
06:51quand elle l'apprend,
06:52est un peu choquée
06:53et lui dit tout de suite
06:54« Mais tu sais quand même
06:55que c'est un pédophile. »
06:57Et à ce moment-là,
06:57Vanessa Springora
06:58ne comprend pas du tout ce terme
06:59parce que pour elle,
07:00elle n'est plus une enfant.
07:00Elle a été élevée par sa mère
07:02comme si elle était
07:03presque une adulte
07:04depuis au moins quelques mois.
07:05Et donc, elle dit
07:06« Mais non, je ne suis pas un enfant. »
07:08Elle met totalement de côté
07:10ce jugement de sa mère
07:11et elle raconte que sa mère
07:12s'est accommodée
07:13de sa relation avec Gabriel Matzneff,
07:15que même Gabriel Matzneff
07:16venait dîner chez sa mère avec elle.
07:18Ils étaient tous les trois.
07:19Elle dit « Voilà,
07:20on était comme la Sainte Famille,
07:21comme la Trinité. »
07:22Et les professeurs se rendent compte
07:24que cette collégienne
07:26va de moins en moins en cours
07:27mais il ne se passe pas grand-chose.
07:29Le père, lui, l'apprend.
07:31Vanessa Springora lui dit
07:32qu'elle couche avec Gabriel Matzneff
07:33qui a 50 ans.
07:35Le père, lui, est furieux,
07:37lui dit qu'il va dénoncer Matzneff
07:39et puis il disparaît.
07:40Elle ne le revoit plus du tout.
07:42Donc, finalement,
07:43il y a une absence totale de réaction
07:44de l'entourage adulte
07:45de Vanessa Springora.
07:47Il y a un seul exemple
07:48dont elle parle dans le livre
07:49puisqu'il continue d'y avoir
07:52des dîners mondains.
07:53C'est quand même très surprenant
07:55aujourd'hui,
07:55mais elle a 14 ans,
07:5715 ans à la fin de leur relation
07:58et un soir,
08:00il y a quelqu'un
08:01qu'elle appelle Denis
08:01dans le livre.
08:03On ne sait pas très bien
08:03qui c'est,
08:04mais c'est un adulte
08:05et quand il voit Matzneff,
08:07il l'insulte
08:08et il s'en va.
08:09Il ne veut pas rester là.
08:11Elle dit que c'est la seule fois
08:12où elle a vu un adulte
08:14marquer très clairement
08:15un écœurement
08:17face à ce qui est en train
08:17de se passer.
08:20Pour le reste,
08:20cette relation est acceptée.
08:22Est-ce qu'on sait pourquoi ?
08:24C'est très discuté aujourd'hui.
08:25Certains disent
08:26que c'était une autre époque.
08:28Beaucoup de journalistes
08:29et d'écrivains
08:31comme Jean Dormesson
08:32tressaient vraiment des lauriers
08:34à l'œuvre de Gabriel Matzneff.
08:36Il faut quand même reconnaître
08:38qu'il n'y avait pas le même regard
08:39sur les enfants.
08:39Dans les années 70,
08:41des journaux comme Le Monde,
08:43Libération,
08:43ils s'en sont excusés d'ailleurs récemment,
08:45ont publié des pétitions
08:47pour défendre des hommes
08:48qui étaient accusés
08:49d'avoir eu des relations
08:50avec des enfants.
08:50Des pétitions qui étaient signées
08:52par des intellectuels
08:53aussi célèbres que
08:54Jean-Paul Sartre,
08:55Simone de Beauvoir,
08:57Gilles Deleuze.
08:58Enfin voilà,
08:59c'est une époque post-68
09:00où il y a un discours
09:01qui aujourd'hui nous paraît
09:03hallucinant
09:04et plus que choquant.
09:05Il est interdit d'interdire
09:06et donc il est aussi interdit
09:08d'interdire des relations
09:09avec des enfants.
09:10Certains pensent ça.
09:11Ça ne veut pas dire
09:12que la France moyenne,
09:13on va dire de l'époque,
09:14pense ça.
09:14Mais dans une certaine
09:15intelligentsia parisienne
09:18et littéraire,
09:19ça passe.
09:20Vous avez vu récemment
09:21une archive
09:22datant de 1975,
09:24l'émission Apostrophe
09:25de Bernard Pivot.
09:27Archive particulièrement
09:28choquante.
09:28En 1975,
09:30Gabriel Matzneff
09:31publie son livre
09:32qui est le plus révoltant
09:34aujourd'hui
09:34qui s'appelle
09:35Les Moins de 16 ans.
09:36C'est un essai
09:37dans lequel il théorise
09:38la capacité
09:39pour des enfants
09:40de 10 à 16 ans
09:41d'avoir des relations
09:43amoureuses et sexuelles
09:44entre eux
09:45ou avec un adulte.
09:46C'est la première année
09:47d'Apostrophe,
09:48l'émission marche bien
09:49et Bernard Pivot
09:51a choisi un thème
09:51ce soir-là
09:52qui est
09:52Les enfants sont très doués
09:53mais pour faire quoi ?
09:55Il a invité
09:55à la fois des gens
09:56très différents,
09:57un pédagogue
09:57qui s'intéresse
09:58aux enfants surdoués,
10:00une professeure de français
10:01je crois,
10:02une écrivaine
10:03assez connue à l'époque,
10:04Christiane Rochefort
10:04et Gabriel Matzneff.
10:06Gabriel Matzneff
10:07défend ses idées,
10:09il explique
10:09qu'il n'y a rien de choquant,
10:11bien au contraire
10:11dans une relation amoureuse
10:13y compris sexuelle
10:14entre un enfant
10:15et un adulte
10:15qui selon lui
10:16peut l'aider à s'épanouir.
10:17Je pense que les moins
10:19de 16 ans
10:19sont peut-être à l'âge
10:20où les pulsions
10:22d'affectivité,
10:24les pulsions sexuelles
10:25également,
10:25sont les plus fortes
10:26parce qu'elles sont les plus neuves
10:27et je crois que rien
10:29ne peut arriver
10:30de plus beau
10:31et de plus fécond
10:33à un adolescent
10:34ou une adolescente
10:36de vivre un amour.
10:38Et ça aussi,
10:38ça passe.
10:39Bernard Pivot ne dit rien
10:41mais personne ne dit rien.
10:42Il n'y a pas le lendemain
10:43des journaux qui disent
10:44qu'est-ce qui s'est passé.
10:54Catherine Ball,
10:55pendant leur relation,
10:56la brigade des mineurs
10:57est alertée.
10:58La brigade des mineurs
10:59reçoit plusieurs lettres
11:00de dénonciation anonyme
11:01de gens qui disent
11:02voilà,
11:02Gabriel Mazneff
11:03a des relations
11:04avec des collégiennes.
11:05Gabriel Mazneff
11:06est convoqué
11:06à plusieurs reprises.
11:08Il y va,
11:08on lui montre
11:09ses lettres de dénonciation.
11:10Il revient chez lui,
11:12il en parle
11:13à Vanessa Springora.
11:14Il a l'air
11:14un peu affecté.
11:16Un jour où elle sort
11:17de la chambre de bonne
11:18de Gabriel Mazneff
11:19avec lui,
11:20elle croise deux policiers
11:21de la brigade des mineurs
11:22qui interpellent Mazneff
11:23et qui lui disent
11:24voilà,
11:24monsieur Mazneff,
11:25on est de la brigade des mineurs.
11:26Est-ce qu'on peut vous parler ?
11:27Il dit
11:27pas tout de suite
11:29mais peut-être demain.
11:31Et ils n'ont pas un regard,
11:33ces deux policiers,
11:34pour l'adolescente
11:35de 14 ans
11:36qui sort de la chambre
11:37avec Mazneff
11:38qui est là.
11:39Je crois que là,
11:40elle comprend
11:40qu'il ne va pas vraiment
11:41être inquiété.
11:42Il a été effectivement
11:43convoqué à plusieurs reprises,
11:46y compris à cette époque,
11:47par la brigade des mineurs.
11:49Lui-même s'en vante.
11:50Il dit qu'à chaque fois,
11:51il est reçu
11:51avec beaucoup de courtoisie.
11:53Effectivement,
11:53il ne se passe rien.
11:55Et Vanessa Springora
11:57raconte quand même
11:57dans son livre,
11:58sans le citer,
11:59que Gabriel Mazneff
12:01ne se promène jamais
12:02sans la lettre
12:02d'un président de la République
12:04qui est l'un de ses amis.
12:05On comprend que c'est
12:06François Mitterrand
12:07puisque c'est dans les années 80
12:08et on sait
12:08qu'il y a eu une amitié
12:09entre eux.
12:10Ça ne veut pas dire
12:11qu'il est protégé,
12:12mais en tout cas,
12:13Gabriel Mazneff
12:14est l'ami des puissants
12:15et il a une lettre
12:16de Mitterrand sur lui.
12:17En tout cas,
12:18il s'en vante.
12:19L'année de ses 15 ans,
12:21leur relation va battre de l'aile.
12:23Oui,
12:23ce qu'elle raconte dans le livre,
12:24c'est qu'un jour,
12:25elle a une camarade
12:26de collège
12:27qui lui passe un petit mot
12:28sur lequel il y a écrit
12:28Técocu.
12:31Et elle,
12:32assez vite après,
12:33elle surprend
12:33Gabriel Mazneff
12:34avec une autre collégienne
12:35dans un café.
12:36Et donc,
12:37elle commence à se poser
12:38des questions.
12:39Elle n'est pas bien,
12:41elle est quand même
12:41hospitalisée à un moment.
12:42On lui diagnostique
12:43des rhumatismes articulaires.
12:45On comprend qu'il y a
12:46sans doute quelque chose
12:46d'assez somatique
12:47dans cette pathologie.
12:49Et donc,
12:50leur relation s'étiole
12:51un petit peu.
12:52Et un jour,
12:53où elle est toute seule
12:54chez lui,
12:54elle se met à lire
12:55les livres défendus.
12:57Livres que Gabriel Mazneff
12:58lui avait interdit de lire,
12:59c'est ça ?
12:59Voilà,
13:00il lui avait dit,
13:00dès le début de leur relation,
13:01il lui avait dit
13:02« Cela,
13:02tu ne peux pas les lire. »
13:03Là,
13:04elle se rend compte
13:04qu'elle a affaire
13:05à un prédateur
13:06et à un ogre
13:06qui non seulement
13:08collectionne les adolescents
13:10et même les enfants
13:11et qui en plus
13:12s'en nourrit
13:12pour raconter
13:14ses relations sexuelles
13:15dans des livres.
13:16Que fait-elle à ce moment-là ?
13:17À ce moment-là,
13:18elle en parle avec lui
13:19et elle commence
13:19le processus de séparation.
13:21Elle le quitte.
13:22D'abord,
13:22elle raconte
13:22qu'elle va voir Sioran,
13:24le philosophe Sioran
13:24qui est un ami de Mazneff
13:25et qu'elle lui dit
13:26« Voilà,
13:27j'ai découvert
13:28qui collectionnait
13:29les jeunes adolescentes
13:30et même les enfants.
13:31Je ne peux plus vivre
13:32cette relation. »
13:33Et Sioran,
13:34comme d'autres adultes,
13:35lui dira
13:36« Mais tu dois te sacrifier
13:37pour ce très grand écrivain,
13:39céder à ses caprices
13:40»
13:40et il lui déconseille
13:42de le quitter.
13:43Je crois qu'on peut dire
13:44que le soir
13:45où elle va voir Sioran,
13:46elle est dans un état
13:47agarre,
13:48elle n'ose pas
13:49rentrer chez elle,
13:50elle est totalement
13:51déscolarisée,
13:52elle est errante,
13:53presque vagabonde
13:54puisqu'elle vit à l'hôtel.
13:56Et là,
13:57elle vient vraiment chercher
13:58une figure paternelle
13:59chez Sioran.
14:01Alors Sioran,
14:02à cette époque-là,
14:02est vraiment une grande
14:03célébrité.
14:03C'est un philosophe
14:04qui aujourd'hui
14:04est dans la Pléiade,
14:06la collection la plus prestigieuse
14:08de chez Gallimard.
14:09Il a 75 ans,
14:10il est marié,
14:11il a une femme
14:11qui est une ancienne comédienne,
14:12elle est habituée
14:12à aller chez eux,
14:13c'est un des meilleurs amis
14:14de Mads Neff.
14:15Elle s'attend
14:16à retrouver
14:17un petit cocon,
14:18au moins une écoute.
14:20Et ce soir-là,
14:21alors qu'elle est,
14:22on sent qu'elle pourrait
14:23presque faire une bêtise,
14:24il est très tard,
14:26elle se rend compte
14:27de la démission,
14:28mais absolue
14:29de tous les adultes.
14:30Je trouve que c'est le moment
14:31peut-être le plus tragique
14:32du livre.
14:33C'est un enfant
14:34et elle se rend compte
14:35qu'elle ne trouvera
14:36aucune aide
14:36auprès d'aucun adulte.
14:38C'est-à-dire que ce qui est frappant aussi,
14:39elle raconte une autre scène
14:40dans le livre,
14:41elle raconte que même
14:42quand elle a été hospitalisée
14:43pour des douleurs,
14:44des rhumatismes articulaires,
14:46il y a un médecin
14:46qui joue un rôle
14:47qui paraît aujourd'hui
14:48totalement fou,
14:49c'est-à-dire qu'elle raconte
14:50à ce médecin
14:51que depuis des mois
14:52elle couche avec un homme,
14:53mais qu'elle a tellement peur
14:57qu'il la sodomise.
14:59Et ce médecin lui dit
15:00mais je vais t'aider
15:01et en fait il lui fait
15:02une petite incision chirurgicale
15:05pour pouvoir lui permettre
15:06d'avoir des relations sexuelles
15:07avec cet homme.
15:09C'est quand même
15:10une jeune fille de 14 ans
15:11à ce moment-là.
15:12Quand elle commence
15:13à vouloir quitter
15:14Gabriel Matzneff,
15:15que lui dit sa mère ?
15:16Sa mère lui dit
15:17ah t'es sûr,
15:19le pauvre il t'adore.
15:21Après plusieurs semaines,
15:22Vanessa Springora
15:22et Gabriel Matzneff
15:23se séparent.
15:24Donc c'est Vanessa Springora
15:27qui prend l'initiative,
15:28qui ronde.
15:29Elle est aidée
15:30par un ami
15:30un peu plus âgé
15:31mais pas beaucoup plus âgé
15:33qui est quand même
15:33de sa génération
15:34qui est à la vingtaine
15:35et à qui elle raconte
15:36son histoire
15:37et qui lui dit
15:38mais tu peux pas
15:39rester dans cet état.
15:40Et donc là
15:40commence une longue période
15:42très douloureuse pour elle
15:43telle qu'elle le raconte
15:44dans le consentement
15:46où elle va essayer
15:47d'avoir des petits copains
15:49de son âge
15:50mais où elle dit
15:51que ça va pas bien se passer
15:52souvent,
15:53qu'elle est complètement perdue,
15:54qu'elle a plus aucune notion
15:55de ce que c'est
15:56que tomber amoureuse
15:58de quelqu'un de son âge.
16:00Elle parle de crise d'angoisse,
16:01elle dit qu'en devenant
16:02une jeune adulte
16:02elle aura aussi
16:03un épisode psychotique.
16:05Donc c'est un petit peu
16:06des années
16:08très douloureuses
16:09et finalement
16:10elle ne commencera
16:11entre guillemets
16:11à se relever
16:12qu'à travers
16:13la rencontre
16:14d'un psychanalyste
16:14qui va l'aider à comprendre
16:15que la victime c'est elle.
16:17Parce qu'il faut dire
16:17que Gabriel Matzneff
16:18s'est toujours considéré
16:19comme une victime.
16:20Il ne comprend pas
16:21pourquoi elle l'a quittée
16:22et il va se venger d'elle.
16:24C'est-à-dire qu'elle a été
16:25poursuivie
16:25presque toute sa vie.
16:28Gabriel Matzneff
16:29fait publier
16:29le tome de son journal
16:31consacré à son histoire
16:32avec Vanessa
16:33en 1993.
16:35C'est-à-dire
16:36seulement
16:37six ou sept ans
16:38après leur histoire.
16:40Ça veut dire que
16:41Vanessa Springora
16:42a 20 ans.
16:43Elle est encore très jeune.
16:44C'est une toute jeune adulte.
16:45Et là
16:46il la jette en pâture
16:48puisque tout son milieu
16:49à elle peut la reconnaître.
16:50Elle est décrite
16:50comme Vanessa S.
16:52Et aujourd'hui
16:53il dit
16:54« Ah mais je l'aimais etc.
16:55Mais moi j'ai retrouvé
16:56des extraits
16:57de son journal
16:57à l'époque.
16:58Il dit que
16:59assez rapidement
17:00il se lasse d'elle.
17:01Effectivement
17:01il en avait
17:02une dizaine comme elle
17:03de jeunes maîtresses.
17:04Et puis il dit
17:05« Oh elle m'agace
17:06avec ses crises de jalousie.
17:07Je vois déjà
17:08la bonne femme
17:09qu'elle va devenir. »
17:10Ça c'est ce qu'il écrit
17:10dans son journal
17:11qui est publié.
17:12Les années qui suivent
17:13la rupture
17:13sont particulièrement difficiles.
17:15Elle est internée
17:15à l'hôpital psychiatrique
17:17Saint-Anne
17:17quand elle a 19 ans.
17:18Mais elle s'en sort.
17:20Elle fait des études
17:20de lettres
17:21d'abord en classe préparatoire
17:22puis à l'université.
17:24Elle part au Mexique.
17:25Elle va réaliser
17:26des documentaires.
17:27Que fait Gabriel Matzneff
17:28pendant ce temps-là ?
17:29Mais il continue
17:30d'avoir exactement
17:31la même vie.
17:32Il faut savoir
17:32que dans son journal
17:33toujours le même
17:34il raconte qu'à l'époque.
17:36D'abord pour oublier
17:37cette histoire
17:38il prend l'avion
17:39pour Manille.
17:40Donc il va se consoler
17:40avec des petits garçons.
17:41C'est lui qui le raconte.
17:43Et puis après
17:45à 50 ans
17:46il fait encore jeune.
17:47Il s'entretient beaucoup.
17:48il fait voilà.
17:49Et donc il va avoir
17:51beaucoup beaucoup
17:51d'autres maîtresses
17:52de cet âge-là.
17:54Il va publier au total
17:55une quinzaine de volumes
17:56de son journal
17:57jusqu'à aujourd'hui.
17:58Il aura exactement
17:59la même vie
18:00qu'il a eu avec elle.
18:01Et en 1990
18:02Gabriel Matzneff
18:03est invité
18:04une nouvelle fois
18:05dans l'émission
18:05de Bernard Pivot
18:06apostrophe
18:07sur Antenne 2
18:08à l'époque.
18:09Alors il est invité
18:10effectivement
18:10pour parler de son dernier livre
18:11qui s'appelle
18:12Mes amours décomposés
18:13dans lequel il raconte
18:14ses relations sexuelles
18:15avec des adolescentes
18:17de 14, 15, 16 ans.
18:19Et sur le plateau
18:20voilà
18:20tout se passe
18:22très bien.
18:23Tout le monde
18:25rigole
18:25quand
18:26Bernard Pivot
18:27présente
18:28Gabriel Matzneff
18:29comme un collectionneur
18:30de minettes.
18:31Alors pourquoi
18:31vous êtes-vous spécialisée
18:33dans les lycéennes
18:35et les minettes ?
18:35Au-dessus de 20 ans
18:36on voit que ça ne vous intéresse plus.
18:38Mon cher
18:39c'est la réciprocité aussi
18:41qui est vraie.
18:42Je n'ai jamais eu
18:43aucun succès
18:43auprès des femmes
18:45de 25, 30 et plus
18:46des femmes installées
18:47dans la vie
18:48des femmes brillantes.
18:49C'est-à-dire que
18:49Catherine-Hermarie Vieille
18:50vraiment
18:50vous pouvez...
18:51Je ne pense pas
18:52qu'elles pourraient
18:52tomber amoureuses de moi.
18:54C'est vraiment l'ambiance
18:55du dîner mondain
18:56et puis tout à coup
18:57il y a une Québécoise
18:59qui est sur le plateau
19:00et qui rompt totalement
19:01avec cette ambiance
19:02très complaisante
19:03et donc c'est Denise Bombardier
19:04qui est une journaliste
19:05et écrivaine québécoise
19:06qui dit
19:07« Mais moi je trouve
19:08M. Matzneff pitoyable. »
19:09M. Matzneff me semble pitoyable.
19:11Elle s'indigne en disant
19:13« Voilà, moi je crois
19:13que je viens d'une autre planète.
19:14En Amérique du Nord
19:15on défend les droits des enfants
19:16et qu'il met sur la table
19:17le fait que c'est un pédophile. »
19:19M. Matzneff nous raconte
19:20qu'il sodomise
19:20des petites filles
19:21de 14 ans, 15 ans
19:22que ces petites filles
19:23sont folles de lui.
19:24On sait bien
19:25que des petites filles
19:26peuvent être folles
19:27d'un monsieur
19:27qui a un certain
19:28aura littéraire.
19:29D'ailleurs on sait
19:30que les vieux monsieur
19:30attirent les petits enfants
19:32avec des bonbons.
19:33M. Matzneff lui
19:33les attire avec sa réputation.
19:35Il faut quand même dire
19:36que ce soir-là
19:37et à cette époque-là
19:37elle est très isolée
19:38Denise Bombardier
19:40puisque Matzneff
19:42ne lâche rien.
19:43M. Matzneff ne devenait pas agressif.
19:44Et dans les jours
19:45qui suivent
19:46il y a des écrivains
19:47très connus
19:47comme Philippe Solers
19:48qui est l'éditeur
19:49de Matzneff
19:50qui la traite de connasse
19:51Denise Bombardier
19:52elle est traitée
19:53de mal baisée
19:54publiquement.
19:55Et à l'époque
19:56alors oui ça choque
19:57mais Matzneff
19:58garde le dessus.
19:59En 2006
20:00quand elle a
20:01une trentaine d'années
20:02Vanessa Springora
20:03commence à travailler
20:03dans le monde de l'édition.
20:05Elle en vient
20:06du monde de l'édition
20:07puisque sa mère
20:07y travaille déjà
20:08beaucoup de ses proches
20:09et alors dans son livre
20:10et puis dans ses interviews
20:10elle en parle
20:11avec une sorte d'ironie
20:12sur elle-même
20:13mais surtout
20:14elle a effectivement
20:15toujours été
20:15une très grande lectrice
20:16c'est une grande amoureuse
20:18des livres
20:19des textes
20:19de l'écriture
20:20et finalement
20:21elle ne va pas s'interdire
20:22de travailler dans l'univers
20:23qui aurait sans doute
20:24été le sien
20:25de toute façon
20:26puisqu'elle dit
20:27à plusieurs reprises
20:28que des livres
20:28l'ont sauvé
20:29et effectivement
20:30elle commence une carrière
20:31dans l'édition
20:31qui va très bien se passer.
20:32Elle ne va plus jamais
20:33revoir Gabriel Matzneff ?
20:35Non
20:35elle ne le revoit pas
20:36bien que lui cherche
20:37très souvent à la revoir
20:38c'est quelque chose
20:39d'ailleurs de surprenant
20:40puisqu'il raconte toujours
20:41qu'il ne s'intéresse
20:42qu'aux très jeunes filles
20:43mais il va poursuivre
20:45Vanessa Springora
20:47jusqu'à 2015
20:48tel qu'elle le raconte
20:50il n'a pas son téléphone
20:52mais il sait
20:53qu'elle travaille
20:53chez Julliard
20:54donc il appelle régulièrement
20:56le standard
20:56il appelle la supérieure
20:57hiérarchique
20:58de Vanessa Springora
21:00chez Julliard
21:01qui est obligée
21:02de lui dire
21:02écoute Vanessa
21:03Gabriel Matzneff
21:04est très insistant
21:05mais elle ne veut
21:06absolument pas
21:06avoir de contact
21:07avec lui
21:08et donc elle arrive
21:09à couper les ponts
21:10mais il se montre
21:11presque harceleur
21:21Catherine Balle
21:22le 2 janvier
21:23est donc paru
21:23son livre
21:25Le consentement
21:26qu'est-ce qu'il a poussé
21:27à écrire cette histoire
21:29à raconter son histoire ?
21:30Alors elle dit
21:30qu'elle portait ce livre
21:31en elle depuis
21:32de nombreuses années
21:33que le déclic
21:34ça a été le Renaudot
21:35en 2013
21:36Gabriel Matzneff
21:37reçoit le prix Renaudot
21:38dans la catégorie Essai
21:39et elle dit
21:40qu'elle a mis quelques mois
21:42avant de se mettre
21:43vraiment à écrire
21:44mais que c'est vraiment
21:44cet événement
21:45le fait qu'il soit
21:46comme ça
21:46honoré, consacré
21:47par la communauté
21:49des éditeurs
21:50qui l'a poussé
21:51à son tour
21:53donner sa version
21:54de l'histoire
21:54qui lui avait été
21:55confisquée jusqu'à présent
21:56Ça a été difficile
21:57ce processus d'écriture ?
21:59Oui ça a été très difficile
22:00elle a commencé en 2014
22:01ce qui est intéressant
22:02puisque c'était avant
22:03l'affaire Weinstein
22:05mais alors au début
22:06elle veut écrire
22:07le journal de Lolita
22:08c'est-à-dire qu'elle veut
22:08donner le point de vue
22:09de l'adolescente
22:10dans une histoire
22:11entre un séducteur
22:13et une jeune fille
22:13puis au bout de 2-3 chapitres
22:15elle se rend compte
22:15que ça marche pas du tout
22:16que c'est pas bon
22:17donc elle arrête
22:18et puis à un moment
22:20elle a le déclic
22:21elle se dit
22:21mais il faut que je le raconte
22:22un peu comme un journal
22:23moi aussi
22:24un journal littéraire
22:25c'est-à-dire pour elle
22:26la qualité d'écriture
22:27est très importante
22:28mais elle raconte
22:29comme ça une succession
22:30de scènes vraies
22:31elle dit que rien n'est romancé
22:32même si ça passe
22:33par le prisme
22:33de sa subjectivité
22:34et de la mémoire
22:35et là ça c'est vers 2016
22:38début 2017
22:38elle a ce déclic
22:39et là elle va jusqu'au bout
22:40et ce livre s'annonce
22:41comme un énorme succès
22:42d'édition
22:43oui c'est un déferlement
22:44il a été tiré
22:45à l'origine
22:46à 20 000 exemplaires
22:47ce qui n'est pas négligeable
22:48pour un premier livre
22:49d'une auteure
22:50complètement inconnue
22:51relatant des faits
22:52datant il y a 30 ans
22:53sur un écrivain
22:54lui-même
22:55en partie oublié
22:56ces 20 000 exemplaires
22:57se sont arrachés
22:58en quelques jours
22:59deux jours après sa sortie
23:00le livre n'était déjà
23:01plus disponible
23:02dans trois quarts
23:03des librairies en France
23:04sur les sites internet
23:06il y avait des délais
23:07datant assez long
23:08donc il a déjà été retiré
23:10à 65 000 exemplaires
23:11on peut s'attendre
23:11à ce que ce soit
23:12un succès phénomène
23:14du début 2020
23:14elle-même dit
23:15qu'elle est surprise
23:16et elle dit
23:17si j'avais sorti ce livre
23:18il y a 5 ans
23:19j'aurais sans doute
23:19pas eu cette écoute
23:20elle, elle le portait
23:21depuis de nombreuses années
23:22mais entre temps
23:23il y a eu effectivement
23:24l'affaire Weinstein
23:25Me Too
23:25et elle dit
23:26voilà ce qui a changé
23:27c'est pas le fait
23:27que les femmes prennent la parole
23:28les femmes ont toujours
23:29pris la parole
23:30ce qui a changé
23:30c'est qu'aujourd'hui
23:31on les écoute
23:32et que ce livre
23:33il s'inscrit
23:34dans un mouvement
23:35plus général
23:35Et ce livre sort
23:36alors qu'elle vient
23:37d'être nommée
23:39directrice des éditions
23:40Julliard
23:40il y a quelques semaines
23:42comment est-ce qu'elle vit
23:43ce succès
23:43ce moment Yves Jéglet ?
23:45Déjà je crois
23:45le fait qu'elle ait été nommée
23:47directrice des éditions Julliard
23:48ce qui est un poste
23:49très important
23:49c'est un moment
23:50où elle est sans doute
23:51plus confortable
23:52dans sa vie professionnelle
23:53elle est dans une période
23:54de réussite
23:54elle a certainement
23:56plus de maturité
23:57pour pouvoir supporter
23:59un succès
24:00qu'elle a aussi craint
24:01un petit peu
24:02puisque moi
24:02quand je l'ai interviewé
24:03c'était quelques jours
24:04avant la parution
24:05elle avait un petit peu peur
24:06elle disait
24:06j'espère que mon fils
24:07ne va pas se prendre
24:08des blagues
24:09dans la cour du collège
24:10à la rentrée
24:11mais voilà
24:12je pense que
24:12c'est une femme de 47 ans
24:14qui est prête
24:14à accompagner
24:15ce mouvement
24:17Quel est le vrai succès
24:18finalement pour elle
24:18aujourd'hui ?
24:20C'est d'avoir écrit
24:21ce livre
24:21sous une forme
24:23littéraire
24:24proche du conte
24:25c'est ce qu'elle souhaitait
24:26avec une morale
24:27un livre
24:28qui soit réussi
24:29elle dit qu'elle a écrit
24:30d'abord pour elle-même
24:31que ce livre
24:32elle en est fière
24:32elle en était fière
24:34avant même
24:34qu'il soit édité
24:35la première personne
24:36à qui elle l'a fait lire
24:37c'est son compagnon
24:38le père de son fils
24:39je crois que c'est d'abord
24:40de cet amour-là
24:41et de cette reconnaissance-là
24:43dont elle est fière
24:43ce livre
24:44lui permet
24:46enfin
24:47de ne pas être simplement
24:48un personnage passif
24:50des livres d'un autre
24:51puisque Mazenev
24:52à parler d'elle deux fois
24:52mais d'être l'autrice
24:54de sa propre histoire
24:56et donc ce qu'elle veut
24:57c'est que si Gabriel Mazenev
24:58effectivement entre
24:59dans la postérité
25:00ce qu'on ignore
25:01est-ce qu'il va rester
25:01ou pas comme écrivain
25:02c'est pas sûr
25:03mais on n'en sait rien
25:03après tout
25:04au moins il y aura
25:05sa réponse littéraire
25:06à elle
25:07il y aura au moins une fois
25:08l'un des très nombreux
25:09personnages de Mazenev
25:11qui lui aura répondu
25:13sur le terrain
25:14de la littérature
25:14pour elle c'est vital
25:16beaucoup plus que le succès
25:17qui à mon avis
25:18lui fait plaisir
25:19mais n'est pas vital pour elle
25:23Merci à Yves Géglet
25:25et Catherine Ball
25:26épisode conçu et préparé
25:28par Clara Garnier-Amourou
25:29production Stéphane Jeuneste
25:31réalisation
25:32Julien Moncou-Kiol
25:33Code Source
25:34est le podcast
25:35d'actualité du Parisien
25:36disponible chaque soir
25:37du lundi au vendredi
25:38à 18h
25:39vous pouvez nous écouter
25:41sur toutes les applications
25:42de podcast
25:43mais aussi Deezer
25:44et Spotify
25:45et n'hésitez pas
25:46à nous écrire
25:47pour des suggestions
25:48des retours
25:48codesource
25:49at leparisien.fr
25:51C'est parti pour les
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