- il y a 2 semaines
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La photographe Valentine Monnier dit avoir été violée par Roman Polanski à Gstaad, en Suisse, pendant l’hiver 1975. Code source raconte le travail de vérification qui a permis la publication de son témoignage par Le Parisien.
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NewsTranscription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:19Romane Polanski accusée de viol pour la première fois par une Française.
00:23Vous avez sans doute entendu parler de cette affaire.
00:25L'actrice Adèle Haenel soutient cette femme et se dit bouleversée par son témoignage.
00:30Le cinéaste dément fermement et envisage des suites judiciaires.
00:34Lui qui sort le 13 novembre, j'accuse, sur le capitaine Dreyfus, symbole en France de l'antisémitisme et de
00:41l'injustice.
00:42La publication par le Parisien du témoignage de Valentin Monnier est le résultat de deux mois d'enquête, une affaire
00:47vieille de 44 ans.
00:49La journaliste qui a travaillé dessus ne pensait pas, au départ, pouvoir un jour la divulguer.
01:02A mes côtés, Catherine Ball, journaliste au Parisien depuis 2003.
01:05Catherine Ball, vous entendez parler pour la première fois de cette histoire en septembre par un mail.
01:11Tout à fait, je reçois un mail mi-septembre de quelqu'un avec qui j'étais en contact pour le
01:15travail, qui n'est pas journaliste,
01:16qui me dit « J'ai une amie qui a été violée par Roman Polanski en 1975, qui a écrit
01:22une tribune dans laquelle elle le raconte,
01:24et qui voudrait publier cette tribune dans Le Parisien. »
01:29Et dans ce mail, il y a en pièce jointe la tribune.
01:31La tribune est intitulée « La vérité sortant du puits ».
01:34C'est une femme qui l'écrit et qui explique qu'elle a été violée par Roman Polanski en 1975,
01:38et elle explique pourquoi elle parle après avoir gardé le silence pendant 44 ans.
01:43Et elle dit que c'est la sortie du film « J'accuse » de Roman Polanski, qui sort le
01:4713 novembre, qui lui impose de parler.
01:49Elle dit que dans des interviews, Roman Polanski, tout en disant « Je ne me compare pas à Dreyfus »,
01:55compare l'acharnement judiciaire dont a été victime Dreyfus à la fin du 19e siècle à celui dont lui-même
02:01aurait été victime depuis 1977.
02:04Et ça, ça l'a révusé, elle dit « Je ne peux pas laisser passer ça ».
02:07Forcément, Roman Polanski, ça vous parle ?
02:10Oui, forcément. Déjà, Roman Polanski, c'est un très grand réalisateur, un réalisateur qui est extrêmement respecté,
02:16qui a eu un Oscar, une palme d'or, des Césars, un ours d'or, qui a fait des grands
02:22films.
02:23C'est aussi un homme qui a eu une vie extrêmement sulfureuse, qui a eu une enfance très difficile,
02:29puisqu'il est né à Paris, mais à l'âge de 3 ans, ses parents ont déménagé en Pologne.
02:33Il a été dans un ghetto à Cracovie, qu'il a connu la Shoah.
02:36Sa mère, sa sœur et son père ont été déportés. Sa mère et sa sœur ne sont jamais revenus des
02:42camps.
02:42Après, il est devenu réalisateur. On sait que sa femme, Sharon Tate, a été sauvagement assassinée en 1969.
02:48Et depuis 1977, il est poursuivi par la justice américaine, parce qu'il est accusé d'avoir drogué, puis violé
02:55une mineure de 13 ans.
02:58Depuis l'affaire de 1977, avec une jeune fille qui est devenue une femme qui s'appelle Samantha Gamer,
03:04il y a eu au moins quatre autres femmes qui ont accusé Roman Polanski de viol.
03:10Je dis au moins parce qu'il y en a quatre qui l'ont fait de manière non-anonyme.
03:14Et puis, il y a en 2017, un homme qui avait ouvert un site qui s'appelait I Met Polanski,
03:22dans lequel il invitait toutes les femmes qui auraient été victimes de Polanski à le dénoncer.
03:26Et voilà, ce site a reçu d'autres témoignages, mais qui n'étaient certainement pas tous fiables.
03:31Enfin voilà, en tout cas, il y a quatre autres femmes qui, nommément, ont dit qu'elles avaient été violées
03:36par Roman Polanski.
03:36Il a déjà été condamné ?
03:38Alors, il a été condamné en 1977.
03:40Il a été condamné à une peine de 42 jours de prison, qu'il a effectué.
03:45Et quand il en est sorti, il a appris par son avocat qu'un juge voulait rejuger l'affaire.
03:50Et là, il a pris l'avion pour Londres, il a quitté les Etats-Unis.
03:54Et depuis, les Etats-Unis le considèrent comme un fugitif et essaient d'obtenir son extradition.
03:58Ils ont essayé à plusieurs reprises, et notamment à Zurich en 2009.
04:02Mais pour les autres affaires, il n'a pas été condamné ?
04:04Pour les autres affaires, il n'a même pas été jugé.
04:05Il y a eu des femmes qui ont déclaré dans les médias avoir été violées par Roman Polanski,
04:09mais il n'y a pas eu d'enquête.
04:10Enfin, en tout cas, les faits étaient de toute façon totalement prescrits.
04:13Donc, il n'a pas du tout été jugé.
04:14Ses affaires continuent de le poursuivre, notamment pendant la promotion de son dernier film,
04:18celui qui sort le mercredi 13 novembre, j'accuse.
04:21Oui, début septembre, j'accuse, a été projeté à la Mostra de Venise,
04:25et Polanski ne s'est pas rendu là-bas, parce que depuis quelques années,
04:28Polanski ne sort pas des frontières de la France, de la Suisse et de la Pologne,
04:32de peur d'être extradé vers les Etats-Unis.
04:34Et donc, dans le mail que vous recevez, dans cette tribune,
04:37il y a une cinquième accusation de viol.
04:40Ça vous fait quel effet ?
04:41Ça fait écho aux autres accusations.
04:43On ne se dit pas tout de suite, évidemment, que c'est vrai,
04:45parce qu'on ne se dit jamais ça, et qu'il faut être extrêmement prudent
04:47avec ce genre d'affaires.
04:49Mais ça fait écho avec l'affaire de 1977 et avec les précédentes accusations.
04:54Après, on l'examine avec beaucoup de prudence.
04:56Et qu'est-ce que vous dites en lisant la tribune ? Qu'est-ce qui vous frappe ?
04:59C'est que ce texte, il est extrêmement construit.
05:03Quand on le lit, on comprend pourquoi cette femme a gardé le silence pendant si longtemps,
05:08pourquoi elle parle aujourd'hui, pourquoi ça a été un processus,
05:12pourquoi son indignation a monté en elle jusqu'à écrire ce texte.
05:17Voilà, moi, quand je découvre la tribune, j'ai aucun a priori.
05:20Je me dis, est-ce que ça va être un texte délirant ?
05:23Et je me rends compte que ce n'est pas du tout un texte délirant.
05:25Par contre, il est hors de question de juste publier cette tribune, ce texte en l'état.
05:30Ah non, on ne peut pas publier.
05:31Moi, c'est ce que je réponds quand je reçois ce mail avec cette tribune.
05:35J'ai dit, on ne peut pas publier une tribune anonyme
05:36de quelqu'un qui accuse quelqu'un d'autre, en l'occurrence Romain Polanski, d'un crime.
05:42Vous décidez de rencontrer la femme qui a écrit cette tribune ?
05:45Oui, parce que le texte, déjà, me semble tout à fait cohérent, construit,
05:49que la personne qui me transfère cette tribune est quelqu'un en qui j'ai confiance.
05:55Donc, je me dis que je vais la rencontrer, mais plutôt en ayant en tête,
05:59je vais la rencontrer parce qu'il est hors de question de mépriser quelqu'un qui dénonce un viol,
06:03mais je vais lui expliquer poliment qu'on ne va rien pouvoir faire de cette tribune.
06:07Et donc, vous décidez de la rencontrer ? Comment ça se passe d'abord ?
06:10Oui, je dis à la personne qui nous a mis en contact, je lui dis,
06:13écoutez, je pense qu'on ne va pas pouvoir faire grand-chose de cette tribune.
06:15Il me dit, mais rencontrez-la et vous ferez votre propre idée.
06:19Donc là, voilà, on prend rendez-vous, je n'ai toujours pas son nom,
06:22j'ai un prénom à la dernière minute, on se voit et là, elle me raconte sa démarche,
06:28son histoire et on parle de la tribune.
06:30Quel effet est-ce qu'elle vous fait ? Elle est comment ?
06:32Alors, je me retrouve face à quelqu'un qui est extrêmement posé,
06:35qui est très raisonnable, qui ne se fait absolument pas d'illusion
06:38sur le fait qu'il n'y aura aucune suite judiciaire à son accusation,
06:42puisque c'est totalement prescrit.
06:44Je l'écoute tout en me disant, mais de toute façon,
06:48il n'y aura jamais aucune preuve de quelque chose qui s'est passé en 1975.
06:52Donc, tout ça va très probablement ne déboucher sur aucune publication.
06:56Et vous vous dites quoi en l'écoutant ?
06:58Je la trouve très crédible, ça me perturbe.
07:00On se voit pendant une heure et demie à peu près.
07:03Alors moi, tout de suite, par réflexe professionnel, je sors un cahier et un crayon
07:06et elle me dit, ah non, mais je croyais qu'on n'était que toutes les deux.
07:09Je me dis, bon, ok, c'est donc un premier contact,
07:12elle a besoin qu'il y ait une confiance qui s'installe,
07:14donc je laisse tomber mon crayon et mon cahier et juste je l'écoute.
07:20Là, elle me raconte pourquoi elle a écrit cette tribune,
07:23elle me raconte les faits en détail, les faits qu'elle dénonce en 1975
07:27et elle me montre les courriers officiels qu'elle a écrits.
07:30À qui est-ce qu'elle a déjà écrit ?
07:32Elle a écrit en 2017 à la police de Los Angeles.
07:35Dans le sillage de l'affaire Weinstein,
07:37elle s'est dit, voilà, aux Etats-Unis, il se passe quelque chose.
07:40Moi, c'est le moment de raconter ce qui m'est arrivé.
07:43Donc, elle écrit à la police de Los Angeles
07:45et entre 2017 et 2019, elle écrit plusieurs courriers à Brigitte Macron,
07:51elle a écrit à Franck Riester et à Marlène Schiappa
07:53pour raconter son histoire et pour s'indigner
07:56que Polanski bénéficie pour faire son film de fond public.
07:59Elle a eu des réponses ?
08:00Elle a eu des réponses assez polies, des accusés de réception,
08:04des réponses qui expliquent que, oui,
08:07la lutte contre les violences faites aux femmes reste une priorité.
08:10Bon, voilà, elle a eu des réponses assez formelles, mais elle a eu des réponses.
08:12Et là, cette femme, est-ce que vous avez son nom à ce moment-là ?
08:15Non, j'ai juste son prénom.
08:16Elle s'appelle Valentine.
08:17Elle ne veut pas qu'il y ait son nom dans les journaux
08:20et elle ne veut certainement pas qu'on connaisse son visage.
08:23Elle dit « je ne veux pas m'exhiber, je ne m'exhiberai pas ».
08:34Et là, Valentine vous raconte ce qui s'est passé, selon elle, en 1975.
08:39Voilà, elle sait que, de toute façon, elle ne pourra pas échapper à ce récit,
08:44puisque, voilà, elle, son objectif, c'est de publier cette tribune,
08:47c'est d'élever le débat, c'est une démarche qui est personnelle,
08:49mais qui est aussi engagée, militante.
08:52Mais, voilà, pour avoir ce discours-là, il faut qu'elle raconte les faits.
08:56Et là, je sens que cette femme, qui est extrêmement posée,
08:59extrêmement raisonnable, réfléchie,
09:01je sens qu'il y a quand même, ce n'est pas du tout anodin,
09:0444 ans après, pour elle, de reparler de ce qui se serait passé ce jour-là.
09:08Les faits, selon elle, se sont produits pendant l'hiver 1975 en Suisse.
09:13Alors, ce qui peut paraître très étonnant,
09:14c'est que cette femme ne se souvient plus,
09:16quand je lui demande, voilà, le principe du journalisme,
09:18c'est où, quand, quoi, je lui dis, quand est-ce que ça s'est passé ?
09:21Et elle me dit, à l'hiver 1975.
09:24Enfin, elle me dit, en 1975, et nous skions.
09:26Donc, je suppose que c'était l'hiver, mais elle ne se souvient plus de la date.
09:30Et après, elle m'explique que, de ce séjour
09:33qui a viré au cauchemar, selon elle, chez Roman Polanski,
09:36elle a des souvenirs très précis,
09:38et puis elle a quelques blackouts.
09:40C'est-à-dire que sa mémoire a effacé des petits bouts de l'histoire,
09:43et la date, elle ne s'en souvient pas précisément.
09:46Mais c'était à l'hiver 1975.
09:48Et de quoi elle se souvient ?
09:49Ce dont elle se souvient, c'est qu'elle s'est retrouvée à Stade,
09:52dans le chalet de Roman Polanski,
09:54par l'intermédiaire d'une amie qu'elle a rencontrée à Paris.
09:57Elle pense dans une soirée.
09:58Elle ne se souvient plus très bien.
09:59Et elle est arrivée dans ce chalet de Stade,
10:02où il y avait Roman Polanski,
10:04il y avait son scénariste, Gérard Brach,
10:06et sa femme, Elisabeth Brach,
10:07le secrétaire de Polanski, Hercule Belleville,
10:10et cette femme avec laquelle elle était venue.
10:12C'était un week-end de ski.
10:14Valentine, qui est-elle à l'époque ?
10:16Comment est-ce qu'elle en arrive à se retrouver dans le chalet de Roman Polanski ?
10:21À l'époque, c'est une jeune femme qui a 18 ans,
10:23qui a eu son bac,
10:24qui profite d'une année sabbatique,
10:26qui sort un peu,
10:30qui va s'introper l'été,
10:33elle ne veut pas du tout devenir actrice encore,
10:35elle le deviendra après,
10:36mais extrêmement belle.
10:38C'est une jeune femme blonde,
10:39avec les yeux bleus, très fine,
10:40elle a un très beau visage.
10:43C'est vrai qu'elle a un physique de cinéma,
10:45mais à ce moment-là,
10:46elle ne sait pas encore qu'elle va faire quelques films.
10:49Et donc, une amie l'invite à aller au ski, c'est ça ?
10:52Elle dit qu'une amie lui propose
10:54d'aller skier chez des amis à Stade,
10:57et qu'à Stade,
10:58elle se retrouve chez Roman Polanski,
11:00dans un chalet qui n'est pas celui qu'il a aujourd'hui,
11:03mais Roman Polanski fréquentait déjà
11:05la station de ski suisse,
11:06et louait un chalet à ce moment-là.
11:08Est-ce qu'elle le connaît, à l'époque,
11:10Roman Polanski ?
11:11Alors, Roman Polanski, en 1975,
11:13il a réalisé Rosemary's Baby,
11:15il a réalisé Chinatown.
11:17Valentine dit qu'elle sait
11:19qu'il a réalisé Rosemary's Baby,
11:21elle sait aussi que sa femme,
11:23Sharon Tate,
11:24s'est fait sauvagement assassiner en 1969,
11:27mais elle ne le connaît pas plus que ça,
11:29elle n'est pas plus impressionnée que ça.
11:30Comment se passe le début du séjour ?
11:32Alors, il se passe plutôt bien,
11:34ils vont skier avec des amis de Polanski,
11:36Polanski, il a une vie sociale assez active à Stade,
11:41il y a plein de multimillionnaires,
11:43voire de milliardaires,
11:43qui louent des chalets là-bas,
11:44ils sont tous copains,
11:46ils skient ensemble,
11:46ils dînent ensemble,
11:47ils font des fêtes ensemble,
11:48donc il y a un côté très groupe.
11:50Ils vont skier en groupe,
11:51Valentine se rappelle d'une ambiance bon enfant.
11:53L'une des personnes présentes
11:54va lui dire quelque chose de surprenant.
11:56Oui, quand elle arrive dans le chalet de Roman Polanski,
11:58le secrétaire du réalisateur,
12:00qui s'appelle Hercule Belleville,
12:01lui dit « faites attention parce que vous rappelez quelqu'un à Roman ».
12:05Bon, elle ne s'y attarde pas plus que ça,
12:07et voilà, a posteriori,
12:09elle se dit que peut-être qu'elle aurait dû se méfier plus.
12:11Mais elle n'était pas du tout dans cette optique-là,
12:14elle n'avait aucune raison de se méfier.
12:16Et elle se retrouve à plusieurs moments seule avec Roman Polanski.
12:20Voilà, il y a un premier moment
12:22où elle se retrouve sur le télésiège avec Roman Polanski.
12:25La première question qu'il lui pose,
12:26c'est « do you want to fuck ? »
12:28Bon, à ce moment-là,
12:28Roman Polanski parle anglais
12:29parce que sa vie est aux Etats-Unis.
12:32Donc à ce moment-là,
12:32elle lui répond « non ».
12:34Non, pour elle, c'est assez clair,
12:35elle est surprise,
12:36mais voilà, elle lui dit non.
12:37Et elle pense que le débat est clos.
12:42Qu'est-ce qui se passe après l'épisode du télésiège ?
12:44Alors après, il continue à skier
12:46et elle se retrouve à dîner
12:48dans un restaurant d'altitude
12:50avec Roman Polanski.
12:52Voilà, elle se souvient que dans le restaurant,
12:54il y avait d'autres gens,
12:54que peut-être même à leur table,
12:56ils n'étaient pas seuls,
12:57qu'ils ont parlé de choses et d'autres.
12:59Et c'est après qu'il lui a dit,
13:01il lui a proposé de repasser au chalet
13:02pour se changer avant de retrouver les autres amis
13:04qui étaient partis dîner ailleurs.
13:07Et c'est là qu'une fois dans le chalet,
13:08Valentine raconte qu'elle est allée se changer,
13:11qu'elle a attendu que Roman Polanski soit prêt
13:14et qu'il l'a appelée.
13:15Il était, il a occupé une chambre à l'étage,
13:17elle est montée
13:17et c'est là qu'elle décrit l'agression.
13:20Alors ce qu'elle dit, c'est que quand elle est montée,
13:22Roman Polanski était entièrement nue,
13:24qu'il s'est jeté sur elle,
13:25ce qu'il a totalement surprise, sidéré,
13:27qu'il l'a frappée,
13:30qu'il lui a arraché ses vêtements,
13:32il l'a jetée au sol
13:33et qu'il l'a violée.
13:35Elle parle d'une extrême violence,
13:36elle parle de surprise,
13:38mais elle dit qu'elle s'est quand même débattue,
13:40qu'elle a dit non et qu'elle s'est débattue
13:42et qu'il l'a maîtrisée physiquement.
13:45Voilà, Valentine avait 18 ans,
13:46elle faisait 50 kilos,
13:47c'était une jeune femme très fine.
13:49Lui, il avait 42 ans,
13:52Roman Polanski, il est petit,
13:53mais il était athlétique,
13:56il aurait pu être champion de ski,
13:58enfin, il était assez fort.
14:00Elle se souvient en tout cas
14:01qu'elle s'est sentie totalement dominée physiquement
14:06et elle décrit un viol particulièrement brutal
14:08dans sa tribune.
14:09Elle dit, il m'a fait subir toutes les vicissitudes.
14:11Et selon elle, que s'est-il passé ensuite ?
14:13Alors elle, elle était terrifiée,
14:15elle dit qu'elle a eu peur de mourir.
14:16Elle a cru qu'il allait la tuer
14:17parce qu'elle s'est dit,
14:18c'est Roman Polanski,
14:20il sait que je le connais,
14:21il ne peut pas se permettre
14:23que ça se sache,
14:25donc Roman Polanski va me tuer.
14:27Donc elle est terrorisée
14:29et là, le réalisateur, selon elle,
14:31fond en larmes, s'excuse
14:33et elle lui dit,
14:34mais ne vous inquiétez pas,
14:35je ne le dirai à personne
14:37et je vous pardonne.
14:38Et elle lui promet
14:39qu'elle ne le dira à personne.
14:41Que fait-elle juste après ?
14:42Là, elle sort de la chambre de Roman Polanski,
14:44elle descend,
14:45elle va dans la chambre qu'elle occupe
14:47à ce moment-là
14:48avec l'ami qu'elle a rencontré à Paris.
14:50Elle dit qu'elle se souvient
14:51d'avoir vu les occupants du chalet,
14:53mais elle dit, voilà,
14:54comme des ombres silencieuses,
14:55c'est-à-dire qu'elle ne leur a pas parlé
14:58ou très peu,
14:59mais voilà,
14:59elle se souvient qu'il y avait
15:01ces présences-là,
15:02mais il n'y a pas eu d'échange.
15:04Et après, elle a quitté le chalet.
15:05Ensuite, elle trouve refuge
15:07chez un ami,
15:09une connaissance de Roman Polanski,
15:11quelqu'un qui a loué
15:12un chalet à Stade
15:13qui s'appelle John Bentley.
15:14Elle lui dit qu'elle a eu
15:15un gros problème avec Roman Polanski,
15:17qu'elle a besoin de protection
15:19et elle atterrit
15:20chez un autre ami de Polanski
15:23qui va prendre soin d'elle
15:25pendant un ou deux jours.
15:27Et elle se souvient bien
15:28de cette personne
15:29qui l'a aidée
15:29les jours suivants ?
15:31Alors, Valentine,
15:31elle a gardé en mémoire
15:32depuis ses 44 ans
15:34les noms
15:35de ces deux connaissances
15:37de Polanski
15:38qui l'ont aidée ce soir-là.
15:39Ce sont des gens
15:40qu'elle connaissait à peine
15:41et avec qui
15:42elle n'avait jamais
15:44repris contact
15:44depuis.
15:45À ce moment-là,
15:46elle ne porte pas plainte ?
15:47Non, elle ne porte pas plainte.
15:48Elle a 18 ans,
15:50elle est extrêmement choquée.
15:53Elle se dit qu'il va falloir
15:55qu'elle fasse de cet événement
15:56un cauchemar
15:57qu'elle va essayer d'oublier.
15:58C'est quelqu'un
15:59de très positif.
16:03Elle se dit certainement aussi
16:05que Roman Polanski
16:05est quelqu'un d'extrêmement puissant
16:07et elle décide d'oublier.
16:09Elle n'en parle même pas
16:09à ses parents
16:10quand elle rentre à Paris.
16:21Voilà le récit
16:22que vous faites
16:23celle qui se fait appeler
16:24à ce moment-là
16:25la Valentine.
16:25Qu'est-ce que vous vous dites ?
16:27Moi, je me dis
16:28que c'est très cohérent
16:30mais qu'elle ne peut pas
16:31du tout prouver
16:32ce qu'elle dit.
16:34Donc, je me dis
16:36malheureusement,
16:36c'est peut-être vrai
16:37mais on ne va pas pouvoir
16:39publier ce qu'elle raconte.
16:40Est-ce qu'elle raconte
16:41en tout cas ressemble
16:42à une autre accusation
16:44de viol
16:45qui a été rendue publique
16:47contre Roman Polanski ?
16:49Il y a eu une accusation
16:50par une ancienne actrice allemande
16:53qui s'appelle Renate Langer
16:54une accusation de viol
16:55contre Roman Polanski.
16:57Cette femme dit
16:57qu'elle a été violée
16:58par le réalisateur
16:59dans son chalet de Stadts
17:01en 1975.
17:02J'imagine que journalistiquement
17:03c'est très difficile
17:04de traiter une affaire comme ça
17:05avec des faits
17:06qui remontent
17:06à il y a 44 ans.
17:08Oui, parce que
17:09il n'y a évidemment
17:10pas de preuves.
17:11Dans les cas de viol
17:12c'est quand même très rare
17:13qu'il y ait des témoins directs.
17:14Il n'y avait personne
17:15dans la chambre
17:16avec Valentin et Roman Polanski
17:17ce soir-là.
17:19Donc, on a une règle
17:20en général
17:21les journalistes
17:22c'est qu'on se dit
17:22on en parle
17:23s'il y a une plainte
17:24et s'il n'y a pas de plainte
17:25on n'en parle pas
17:25et ça n'existe pas.
17:27Là, il n'y a pas de plainte
17:28non plus
17:29et en même temps
17:30il n'y a pas de plainte
17:31mais il y a eu des démarches
17:32il y a eu des lettres envoyées
17:34elle en a parlé
17:34à des gens autour d'elle.
17:36Ce n'est pas comme si
17:36on avait affaire à quelqu'un
17:37qui tout d'un coup dit
17:38j'ai été violée par Roman Polanski
17:39en 1975
17:40et personne n'en a jamais
17:41entendu parler.
17:50Catherine Ball
17:51après ce rendez-vous
17:52qu'est-ce que vous faites
17:53à qui vous en parlez
17:53à la rédaction ?
17:54J'en parle à mon chef
17:55qui me dit que
17:57oui, cette personne
17:58a l'air extrêmement crédible
17:59mais qu'on ne va pas
18:02pouvoir prouver ça
18:03et qu'on ne va pas pouvoir
18:05publier un article
18:06sur des faits
18:07qui sont prescrits
18:08sans preuve
18:09sans plainte
18:10avec uniquement
18:11un témoignage.
18:12Alors qu'est-ce qui va vous
18:13convaincre d'essayer
18:14d'aller plus loin ?
18:14Ce qui me convainc
18:15je crois que c'est
18:15la motivation de Valentin
18:17c'est le fait qu'elle a l'air
18:19extrêmement déterminée
18:20extrêmement calme
18:21raisonnable
18:22et qu'elle n'a pas l'air
18:23d'avoir du tout peur
18:24qu'on ne la croit pas.
18:25Comment vous commencez
18:27à travailler du coup ?
18:28Alors déjà il faut savoir
18:28que quand je commence
18:29à travailler sur ce témoignage
18:31je ne me dis pas
18:32qu'on va forcément
18:33le publier à la fin
18:34je me dis
18:35on avance
18:36et puis on verra
18:37ce que ça donne.
18:37On rappelle qu'on est
18:38au mois de septembre.
18:38Oui, on est au mois de septembre
18:40quand je reçois la tribune
18:41et donc je lui dis
18:42mais à qui est-ce que
18:43vous vous êtes confiée
18:44avant aujourd'hui
18:45et surtout
18:46le plus proche possible
18:48des faits ?
18:48À qui vous l'avez raconté ?
18:50Et là elle me dit
18:51à très peu de monde
18:52mais je l'ai dit
18:53à ma meilleure amie
18:55de l'époque
18:55mon amie de lycée
18:57et à celui
18:58qui est devenu ensuite
18:59mon petit ami
19:00pendant quatre ans.
19:01Je l'ai dit
19:01quelques mois après les faits.
19:02Vous essayez de les joindre ?
19:04Voilà.
19:04Elle me donne leurs coordonnées
19:07et je les appelle
19:09on discute
19:11un petit peu
19:12voilà
19:12au-delà de
19:13est-ce que
19:13Valentine vous a raconté ça ?
19:15Ils me disent
19:15ils me confirment
19:16tous les deux le récit
19:17ça concorde en tout point
19:18mais voilà
19:19on discute un petit peu plus
19:20pour savoir
19:20voilà quelle relation
19:21ils ont eu
19:22avec Valentine
19:23quelle relation
19:24ils ont aujourd'hui avec elle
19:25qu'est-ce qu'ils pensent
19:26de sa démarche
19:27et j'ai en face de moi
19:29là aussi
19:30des gens qui sont posés
19:31qui sont cohérents
19:33qui disent avoir
19:33des souvenirs précis
19:35et qui sont convaincants.
19:37Qu'est-ce que vous faites ensuite ?
19:38Et ensuite
19:39je dis à Valentine
19:41voilà
19:41donc ces personnes-là
19:42vous l'avez dit en 75
19:43et après
19:44donc là
19:44elle me donne
19:45les coordonnées
19:46de son mari
19:47de son frère
19:48et qui elle l'a dit plus tard
19:49puisqu'elle a rencontré son mari
19:51en 92 seulement
19:52donc elle lui a dit
19:52quelques mois après leur rencontre
19:54son frère
19:55elle ne lui a dit que tardivement
19:56autour de l'année 2000
19:57son frère me raconte
19:59qu'il venait d'une famille
20:01bourgeoise
20:01catho
20:02qui allait à la messe
20:03au moins une fois par semaine
20:04tradit
20:04et que ça aurait été impensable
20:06de le dire
20:06à leurs parents
20:08que donc lui
20:09il considère
20:10que sa soeur
20:10les a épargnés
20:12donc elle a fini par lui raconter
20:13il y a 19 ans
20:15et il me dit
20:16vous savez
20:17moi je sais que c'est vrai
20:18si j'en étais pas
20:19intimement convaincue
20:21je lui aurais dit
20:21écoute non
20:22je vais pas parler
20:22à cette journaliste du Parisien
20:24débrouille-toi
20:25et en fait
20:26toutes les personnes
20:27à qui je parle
20:29sont tout à fait convaincues
20:30me décrivent
20:32ce que Valentine
20:33m'a décrit
20:33c'est à dire
20:34sur la façon
20:34dont elle a vécu ça
20:36dont elle a géré ça
20:37au fil des décennies
20:39voilà
20:39tout concorde
20:40et je trouve pas de faille
20:42et à ce stade
20:43Valentine
20:43qui ne veut pas encore
20:44qu'on donne son nom
20:45vous lui expliquez votre démarche
20:46que vous avez essayé
20:47de détailler le plus possible
20:48son témoignage
20:49moi ma crainte
20:50c'est qu'elle se fasse
20:51des idées
20:52qu'elle imagine
20:52qu'on va finir par publier
20:54et qu'elle soit déçue
20:56parce qu'on va rien pouvoir
20:57faire de son histoire
20:57parce que ça va pas être
20:58assez solide
20:59et qu'on accuse pas
21:00quelqu'un de crime
21:01comme ça à la légère
21:02donc je lui dis
21:03à chaque étape
21:04je crois
21:05j'insiste dessus
21:06sur le fait
21:06qu'on va peut-être
21:07pas publier
21:08et que peut-être
21:09que tout ça
21:09ça ne débouchera pas
21:11sur un article
21:12dans le journal
21:13et elle le comprend
21:14elle est très raisonnable
21:15la première fois
21:15qu'on se voit
21:16d'ailleurs elle me dit
21:17je vais voir
21:18ce que je vais pouvoir faire
21:18avec votre tribune anonyme
21:19et elle me dit
21:20mais vous n'y arriverez pas
21:21et je me dis
21:22bon alors elle pense
21:23que c'est perdu d'avance
21:24mais en même temps
21:25tant mieux
21:25voilà elle est raisonnable
21:26elle sait qu'on peut pas
21:27faire n'importe quoi
21:28dans un journal
21:30et donc je lui dis
21:31je recueille des témoignages
21:32on va voir où ça nous mène
21:33elle est d'accord avec ça
21:34donc on avance
21:35un peu ensemble
21:38et il va y avoir
21:39un témoignage clé
21:39voilà alors
21:40valentine voit
21:41que je récolte
21:43ces témoignages
21:43de sa meilleure amie
21:45son ex-petite amie
21:47son mari
21:47son frère
21:48et elle me dit
21:49mais qu'est-ce que je pourrais faire
21:50pour vous convaincre plus
21:51enfin pour convaincre le journal
21:53plus que moi
21:54en tant que personne
21:55pour convaincre le journal
21:57et un dimanche soir
21:58elle m'envoie un texto
21:59et elle me dit
21:59rappelez-moi demain matin
22:01quand vous pouvez
22:01parce que je crois
22:02que j'ai beaucoup avancé
22:03ce week-end
22:04donc le lundi matin
22:05je l'appelle
22:05et là elle me dit
22:07vous savez
22:08je vous ai parlé
22:08d'un chevalier blanc
22:09à Stade
22:10de cet homme
22:10qui m'a recueilli
22:11chez lequel j'ai trouvé refuge
22:14après le viol
22:15qui a pris soin de moi
22:16pendant deux jours
22:16qui a été formidable
22:18je l'ai contacté hier
22:20j'ai retrouvé
22:22ses coordonnées
22:22et je lui ai envoyé
22:24un mail
22:24et il m'a répondu
22:25tout de suite
22:25alors cet homme
22:27elle n'avait jamais pensé
22:28à le contacter
22:28depuis 44 ans
22:29d'abord parce que
22:30comme elle n'a jamais
22:31porté plainte
22:31elle n'a jamais eu besoin
22:32de prouver ce qui lui était arrivé
22:34et puis pour elle
22:35enfin dans sa tête
22:36c'était un ami
22:37de Roman Polanski
22:38donc elle se disait
22:39que jamais cet homme
22:41n'avouerait
22:42qu'elle lui avait confié
22:43ce soir-là
22:44avoir été violée
22:44par le réalisateur
22:46mais voilà
22:47elle voit
22:47qu'on essaie d'avancer
22:48que je recueille des témoignages
22:49et donc elle tente
22:50un peu le tout pour le tout
22:51en se disant
22:52peut-être que
22:52en fait
22:52ce qui va se passer
22:54c'est qu'il va juste
22:54prévenir Roman Polanski
22:55que je vais l'accuser de viol
22:57mais tant pis
22:58j'essaye
22:59elle lui envoie un mail
23:00il lui répond tout de suite
23:01Valentine
23:02je me souviens très bien de vous
23:03j'ai souvent pensé à vous
23:04au cours de ces années
23:05et j'imaginais bien
23:07que vous alliez
23:09un jour parler
23:10et donc elle lui demande
23:12elle lui explique
23:13la démarche dans laquelle on est
23:14qu'elle est en contact
23:14avec une journaliste
23:15d'un journal français
23:17et elle lui demande
23:18s'il accepterait
23:19de se confier à nous
23:21de raconter
23:21ce qu'elle lui a raconté
23:22ce soir-là
23:23de 1975 à Stad
23:25et il lui dit
23:26oui
23:26mais anonymement
23:28et dans le bureau de mon avocat
23:29bon il habite à l'étranger
23:31les choses se compliquent un peu
23:32mais c'est quand même
23:33une piste
23:34très intéressante
23:35et vous allez
23:36le rencontrer
23:37je vais le rencontrer
23:39on se voit dans le bureau
23:40de son avocat
23:40tout est très carré
23:41et là il me raconte
23:43que ce soir
23:44de ce soir-là
23:45de 1975
23:47il était à Stad
23:48il fréquentait alors
23:49Roman Polanski
23:50il skiait ensemble
23:51il dînait ensemble
23:52et il me dit
23:52ce soir-là
23:54Valentin
23:54lui se souvient
23:55qu'elle l'a appelé
23:56qu'il a senti
23:58ou elle lui a dit
23:59qu'il y avait un problème
24:00et quand elle est arrivée
24:01chez lui
24:02elle était bouleversée
24:03il croit se souvenir
24:04qu'elle avait un bleu
24:05sur la joue
24:05et elle lui a dit
24:07je viens de me faire
24:08brutalement violer
24:09par Roman Polanski
24:10et ça il est prêt
24:11à le redire
24:11devant d'autres personnes
24:13il est dans quelle démarche ?
24:15alors il ne veut pas
24:15que son nom soit cité
24:16dans le journal
24:18mais il signe une attestation
24:19dans le bureau de son avocat
24:20donc très officielle
24:21avec son nom évidemment
24:23dans lequel
24:23sur l'attestation
24:24il y a tout ce qu'il m'a dit
24:26au cours de cette rencontre
24:27et il me dit
24:29s'il faut témoigner
24:31en justice
24:31je le ferai
24:32là vous vous dites quoi ?
24:34ah ben là
24:34c'est un témoignage
24:35qui est autrement plus solide
24:37que tout ce que j'ai recueilli
24:38jusqu'à présent
24:39c'est à dire que jusqu'à présent
24:40j'avais des témoignages
24:42cohérents
24:43qui corroboraient
24:43là j'ai quelqu'un
24:44qui me dit
24:46qu'il était ce soir-là
24:47à Stade
24:47que Valentin était
24:48dans le chalet
24:49de Roman Polanski
24:49quelqu'un qui n'a
24:50aucun intérêt
24:51mais bon comme les autres
24:52à dire ça
24:53et qui me dit
24:54ce soir-là
24:55elle m'a dit
24:55qu'elle avait été violée
24:56par Roman Polanski
24:57et qui m'explique
24:58pourquoi il a cru
24:59à cette histoire
25:00il a eu aucun doute
25:01je lui demande
25:02je lui dis
25:02est-ce que vous avez douté
25:03est-ce qu'il y a des preuves
25:04qu'est-ce qui vous a fait croire
25:06que c'était vrai
25:07et il me dit
25:08bon il y a ce bleu
25:09sur la joue
25:09dont il se souvient
25:10il croit se souvenir
25:11il y a surtout
25:12il me dit
25:13Valentin
25:14m'apparaissait
25:15comme quelqu'un
25:15d'extrêmement honnête
25:16je n'ai pas pensé
25:16une seconde
25:17qu'elle me mentait
25:18elle était bouleversée
25:20elle ne m'a rien demandé
25:21elle ne cherchait pas
25:21à avoir
25:22enfin il me dit
25:24je ne vois pas
25:24elle n'avait aucun intérêt
25:25à me mentir
25:26et donc il l'a tout de suite cru
25:28vous dites que ce témoin clé
25:29vous a signé une attestation
25:31c'est ça ?
25:31c'est-à-dire qu'à partir du moment
25:32où ce travail
25:35de recherche
25:35repose uniquement
25:37sur des témoignages
25:37puisqu'il n'y a pas de preuves ADN
25:40on n'a pas de preuves matérielles
25:42de ce que dénonce Valentin
25:44moi je me suis dit
25:45il faut que ce soit un peu solide
25:46donc il faut que les personnes
25:47qui me disent
25:48que Valentin
25:49leur a dit qu'elle avait été violée
25:50s'engagent
25:51donc je fais signer
25:52à chaque témoin
25:53un papier
25:54sur lequel ils attestent
25:56qu'ils ont dit
25:57les propos qu'ils m'ont tenu
25:59et donc ce témoin
26:01qui était achetat en 1975
26:02fait la même chose
26:03signe un papier
26:04c'est même lui
26:05qui le propose tout de suite
26:06il dit voilà
26:06moi je ne veux pas
26:07que mon nom soit cité
26:08mais pour moi c'est important
26:09que ce soit officiel
26:11que mon témoignage soit officiel
26:12donc je signerai un papier
26:14et vous allez recueillir
26:15le témoignage
26:16d'un autre homme
26:17qui était dans l'un des chalets
26:18juste à côté
26:19à ce moment-là
26:19John Bentley
26:20voilà dans les récits
26:21de ce qui se serait passé
26:22ce soir-là
26:23il y a un nom qui revient
26:24qui est celui de John Bentley
26:25cet ancien producteur de films
26:27louait un chalet à Stad
26:29en face de celui
26:30de Roman Polonski
26:32à l'hiver 1975
26:34et Valentin se souvient
26:35qu'il l'a aidé
26:36le soir du viol
26:37donc je retrouve
26:39ses coordonnées
26:40c'est pareil
26:40c'est John Bentley
26:41Valentin n'a jamais eu
26:42aucun contact avec lui
26:43depuis 1975
26:44parce que dans sa tête
26:46c'était un ami
26:47de Polonski
26:48donc elle ne l'a jamais
26:50rappelé
26:51elle ne l'a jamais revu
26:52et je retrouve sa trace
26:54et je décide de l'appeler
26:55et de lui dire
26:56voilà
26:57il paraît que vous étiez
26:58à Stad ce soir-là
27:00et moi je suis en contact
27:02avec une jeune femme
27:03qui s'appelle Valentin
27:04et qui dit qu'elle a été
27:04violée par Roman Polonski
27:05et il me dit
27:07Valentin était chez
27:08Roman Polonski
27:09quand elle a traversé
27:11la rue pour venir
27:12chez moi
27:13elle a demandé
27:13à ce que je la protège
27:14elle avait l'air bouleversée
27:15elle me dit qu'il y avait
27:16eu un problème
27:17avec Roman
27:19et je lui dis
27:19mais est-ce qu'elle vous a dit
27:20qu'elle avait été violée
27:21et là il me répond
27:21non elle ne m'a pas dit ça
27:23sinon j'aurais fait quelque chose
27:25en tout cas
27:25il confirme
27:26que ce soir-là
27:27Valentin était
27:28dans le chalet
27:29avec Roman Polonski
27:30et qu'elle est partie
27:31précipitamment du chalet
27:32pour se réfugier
27:33et chercher protection ailleurs
27:41Là on est le lundi 4 novembre
27:43à ce stade
27:43est-ce que vous êtes certaine
27:44de pouvoir publier
27:46dans le parisien
27:47votre enquête ?
27:48Non pas du tout
27:49parce que
27:50c'est évidemment pas moi
27:51qui prends la décision
27:52de la publication
27:52mais là
27:53je considère
27:54que j'ai réuni
27:55suffisamment d'éléments
27:56pour aller voir
27:57mon chef
27:58et la direction
28:00de la rédaction
28:00Stéphane Albuil
28:01le directeur de la rédaction
28:02Voilà tout à fait
28:03Et là
28:03qu'est-ce qui se dit ?
28:04Comment vous décidez concrètement ?
28:06Là je dis à Stéphane Albuil
28:08qu'il faut qu'on se voit
28:09que j'ai avancé
28:10dans mon enquête
28:11il est au courant
28:12on s'est déjà
28:12on s'est parlé à plusieurs étapes
28:14de cette enquête
28:15de cette affaire
28:16et donc on organise une réunion
28:18et je lui présente
28:19ainsi qu'à d'autres personnes
28:20du journal
28:20à des niveaux hiérarchiques différents
28:22je lui présente
28:23les éléments
28:24que j'ai recueillis
28:25Là il y a quand même
28:25quelque chose qui coince
28:26c'est que
28:27Valentin ne veut pas témoigner
28:29en donnant son nom
28:30Non, elle ne veut pas donner son nom
28:33et elle ne veut pas
28:34qu'on publie de photos d'elle
28:35en dehors d'une photo
28:36de dos aujourd'hui
28:38mais elle ne veut pas
28:40s'exhiber
28:40comme elle dit
28:41Elle veut juste donner
28:42son prénom ?
28:43Elle accepte de donner son prénom
28:45et l'initial de son nom de famille
28:46Et quelques heures plus tôt
28:47le dimanche 3 novembre
28:49Mediapart vient de publier
28:51son enquête
28:51et le témoignage
28:52d'Adèle Haenel
28:53qui accuse le cinéaste
28:55Christophe Ruggia
28:56d'agression sexuelle
28:57quand elle était très jeune
28:58Est-ce que ça joue
28:59sur votre enquête ?
29:01Alors on se dit
29:01que c'est un peu
29:02une coïncidence
29:03le moment où nous
29:04on travaille sur
29:05une affaire de viol
29:07de la part d'un réalisateur
29:08il y a cette affaire
29:10cette interview
29:11d'Adèle Haenel
29:12qui fait beaucoup de bruit
29:13qui aime beaucoup
29:15dans le milieu du cinéma
29:16mais aussi ailleurs
29:17tout ça c'est dans la foulée
29:18de MeToo
29:18donc on se dit
29:20il y a cette petite coïncidence
29:22et en même temps
29:22il y a un vrai mouvement
29:24de fond
29:24il y a une libération
29:26de la parole
29:27qui est en train
29:28de se faire
29:29En tout cas ce témoignage
29:30d'Adèle Haenel
29:31va avoir une influence
29:32sur Valentine
29:33qui vous parle
29:34depuis la mi-septembre
29:35Valentine est totalement bluffée
29:36par le courage
29:37et le cran d'Adèle Haenel
29:39qui s'exprime
29:40qui dit tout
29:41qui s'exprime
29:43dans une interview vidéo
29:44extrêmement sincère
29:46et poignante
29:46et là
29:48Valentine me dit
29:50si la levée
29:52de mon anonymat
29:52est une condition
29:54indispensable
29:55à la publication
29:57alors
29:58si c'est absolument nécessaire
30:00en dernier recours
30:01je suis d'accord
30:02pour que vous mettiez mon nom
30:03et donc elle accepte
30:05en me disant
30:06bien sûr
30:07je préférerais rester anonyme
30:08je préférerais
30:09que mon nom de famille
30:11il n'y en ait que l'initial
30:13mais si
30:15sans mon nom
30:15ce sujet ne paraît pas
30:17alors
30:18je suis prête
30:19à donner mon nom
30:20et elle s'appelle
30:21et elle s'appelle
30:22Valentine Meunier
30:26après la publication
30:26de votre article
30:27Catherine Balle
30:28il y a eu
30:28beaucoup de réactions
30:29vous le saviez
30:30qu'il y aurait
30:30beaucoup de réactions
30:32oui on savait
30:33que ça ferait réagir
30:34parce que Roman Polanski
30:35est évidemment
30:36un réalisateur
30:36extrêmement connu
30:37extrêmement respecté
30:38qui a aussi une image
30:39sulfureuse
30:40on ne savait pas trop
30:42dans le milieu du cinéma
30:43comment ce témoignage
30:45serait perçu
30:46parce qu'il faut savoir
30:47qu'il est extrêmement soutenu
30:48Roman Polanski
30:48c'est quelqu'un
30:49qui sort un film
30:50aujourd'hui à 86 ans
30:51avec un budget
30:51aux alentours de 20 millions d'euros
30:53avec un casting
30:55assez impressionnant
30:56Jean Dujardin
30:57Louis Garel
30:58donc voilà
30:59on savait
31:00que le sujet
31:01ferait du bruit
31:01et après
31:02on ne savait pas
31:03comment le cinéma
31:04allait réagir
31:05et comment l'opinion publique
31:06allait réagir
31:25Merci à Catherine Balle
31:26épisode conçu et préparé
31:28par Marion Botorel
31:29production Clara Garnier-Amourou
31:31réalisation Julien Moncouquiole
31:33Codesource est le podcast
31:35d'actualité du Parisien
31:37nous sommes disponibles
31:38sur leparisien.fr
31:39toutes les applications
31:40de podcast
31:41mais aussi Deezer
31:42et Spotify
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31:49Sous-titrage Société Radio-Canada
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