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Douzième joueuse mondiale à vingt ans, Tatiana Golovin était considérée dans les années 2000 comme la relève d’Amélie Mauresmo, voire comme une future très grande. Mais une maladie du dos a brusquement interrompu sa carrière. Onze ans plus tard et alors que la douleur est toujours là, Tatiana Golovin se bat, aujourd’hui, pour revenir sur le circuit professionnel. Récit d’Eric Bruna, journaliste au service des Sports du Parisien. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Conception, préparation et production : Stéphane Geneste - Réalisation et mixage : Benoît Gillon - Musiques : François Clos - Identité graphique : Upian - Archives : France 2, France 3, M6.
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00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Douzième joueuse mondiale à l'âge de 20 ans,
00:13Tatiana Golovine était considérée dans les années 2000
00:16comme la relève d'Amélie Moresmo, comme une future très grande.
00:20Mais une maladie du dos a brusquement interrompu sa carrière.
00:24Onze ans plus tard, et alors que la douleur est toujours là,
00:27Tatiana Golovine se bat aujourd'hui pour revenir sur le circuit professionnel.
00:47A mes côtés, Eric Brunat du service des sports du Parisien.
00:50Tatiana Golovine naît à Moscou le 25 janvier 1988.
00:54Elle arrive en France, à Lyon, avec sa famille quand elle a 8 mois.
00:58Et elle commence le tennis très jeune.
01:00Oui, elle commence le tennis très jeune.
01:02Et très jeune, elle est douée, puisqu'elle intègre assez vite le Pôle Espoir de Franche-Comté.
01:06Lorsqu'elle est installée à Belfort, puisqu'il faut savoir que sa famille s'est d'abord installée à Lyon,
01:10où son père a été entraîneur de hockey, puis ensuite dans l'Est de la France.
01:14Et très vite, elle est repérée par Nick Boletieri.
01:17Nick Boletieri, à l'époque, c'est le grand Manitou du tennis.
01:19Il a une académie en Floride, à Bradenton, et toutes les plus grandes stars du tennis sont passées par chez
01:24lui.
01:25Notamment André Agassi, Maria Sharapova.
01:27Et donc, il repère cette petite poupée russe, qui va rester 6 ans dans son académie,
01:32et donc se former là-bas et devenir vraiment une excellente jeune joueuse.
01:35Toute la famille déménage en Floride.
01:37Le père, la mère et ses deux grandes sœurs, Olga et Oksana,
01:40prennent un appartement à côté de l'académie pour la carrière de Tatiana.
01:44Dans ce genre de centre d'entraînement, comment ça se passe ?
01:47Qu'est-ce qu'elle faisait quand elle était toute petite ?
01:48Ça se résume en trois mots, je pense.
01:50Tennis, tennis et tennis.
01:52C'est une académie...
01:53Les méthodes Boletieri, alors on ne va pas dire que c'était un peu des méthodes militaires à l'époque,
01:57mais c'était vraiment...
01:58On n'était pas dans le cadre, un peu comme aujourd'hui,
02:01des projets familiaux avec de l'éducation, du bien-être, de l'épanouissement personnel.
02:07C'était plutôt tennis, tennis, tennis.
02:11Comment est-ce qu'elle commence sa carrière professionnelle ?
02:13Sa carrière, on va dire, prend son naissance en 2004,
02:16quand elle commence à percer à l'Open d'Australie où elle atteint les huitièmes de finale.
02:21Elle a 16 ans exactement, on commence à parler d'elle.
02:23On la compare assez facilement à l'époque à Anna Kornikova.
02:26C'était une des stars du circuit, une joueuse russe comme elle, née à Moscou,
02:30avec une plastique avantageuse qui était très performante aussi.
02:36Donc on la compare un peu à cette Anna Kornikova qui était un peu une des stars du circuit.
02:40Et même Nick Boletieri, l'entraîneur de l'Académie, l'avait appelée Princesse Tatiana.
02:45À quoi elle ressemble à ce moment-là, Tatiana Golovine ?
02:48Elle est assez grande puisqu'elle fait 1m75, assez fine.
02:51Elle a surtout un énorme coup droit et elle n'a peur de rien.
02:55Elle a un sacré caractère, certains pourront dire un mauvais caractère, mais elle a du tempérament.
02:59Mauvais caractère, pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle fait ? Comment ça se voit ?
03:02Ça ne se voit pas simplement sur les courses, c'est plus dans un comportement général.
03:05Elle use quelques entraîneurs, elle n'est pas toujours patiente à l'entraînement.
03:10Elle veut avoir des résultats peut-être assez vite.
03:13À ce moment-là, elle n'a pas beaucoup de patience.
03:15Elle voudrait peut-être avoir des résultats plus rapidement,
03:17sachant qu'elle a déjà de très bons résultats pour l'époque.
03:19Et elle a un comportement à l'entraînement qui peut user les coachs.
03:25Toujours en 2004, elle brille à Roland-Garros.
03:27Oui, elle brille à Roland-Garros, alors on va dire peut-être par un biais détourné,
03:31mais en tout cas qui laisse un beau souvenir,
03:33puisqu'elle remporte le double mix avec Richard Gasquet.
03:35Puis une satisfaction tout de même, c'est cette association inédite également,
03:39entre Richard Gasquet et Golovine, 16 ans et 17 ans,
03:43pour s'imposer face au frère et à la sœur Black.
03:46Voilà, premier titre dans nos entraînements du Grand Slam pour ces deux-là.
03:49On espère vraiment qu'il y en aura d'autres.
03:51C'est les deux jeunes, Gasquet c'est celui que la France attend,
03:54celui qu'on avait, ainsi que Tennis Magazine l'avait surnommé.
03:57Donc c'est les deux petits jeunes qui gagnent le double mixte.
04:00On se dit que ça promet un bel avenir en simple peut-être.
04:03Et entre 2004 et 2008, elle continue de grappiller des places au classement mondial.
04:07Oui, elle a une progression linéaire et en 2008, elle atteint le 12e rang mondial.
04:10Et là, on se dit que, et elle se dit aussi, que ce n'est qu'une étape vers les
04:14sommets.
04:15Quel est son objectif à ce moment-là ?
04:16Son objectif a toujours été clair, c'est d'aller le plus haut possible,
04:19gagner des Grands Chlems et être numéro 1 mondial.
04:21Et là, tout le monde se dit que ça va être elle qui va prendre la place d'Amélie Moresmo
04:24?
04:24Tout le monde va prendre la suite d'Amélie Moresmo,
04:27même les joueuses qui partagent l'aventure de Fed Cup avec elle à l'époque,
04:31avec qui j'ai pu encore discuter il n'y a pas longtemps,
04:33les Nathalie Doshi et Emilie Loi qui ont joué avec elle.
04:36À l'époque, elle n'avait aucun doute.
04:37Pour elle, elle avait le moyen de gagner un, voire des Grands Chlems
04:41et pourquoi pas atteindre le sommet.
04:43En janvier 2008, à l'Open d'Australie, Tatiana Golovin, qui a 20 ans,
04:47se plaint de douleurs au dos.
04:49Elle ne se plaint pas tout de suite de douleurs au dos,
04:51mais elle dispute un match contre Aravan Rezaï,
04:53donc une autre française, qu'elle perd.
04:55Elle met ça sur le compte d'un manque de préparation physique,
04:58puisque c'est le début de saison, c'est le mois de janvier.
05:02Avec la préparation foncière, on n'est pas forcément au top,
05:05donc elle ne s'alarme pas tout de suite.
05:07Ensuite, elle sent quelques douleurs au dos.
05:09Elle tente d'aller jouer un tournoi aux Etats-Unis, à Memphis,
05:12où elle perd au premier tour, et là, elle est vraiment gênée.
05:14Donc elle va passer des examens,
05:16et on lui diagnostique un kyste dans le dos,
05:18un kyste de 6 cm dans le dos.
05:20Donc elle se fait immédiatement opérer.
05:22Elle en profite également pour se faire opérer de l'appendicite en même temps.
05:24Et elle est indisponible quelques mois.
05:26Et après, donc, elle reprend l'entraînement ?
05:28Ensuite, elle reprend l'entraînement,
05:29puisqu'elle a quand même de gros objectifs en 2008,
05:31notamment les Jeux Olympiques qui lui tiennent à cœur.
05:33Les Jeux Olympiques de Pékin ?
05:34Et tarde à retrouver la forme, tarde à retrouver son niveau,
05:38et va disputer, en mois de mai,
05:41elle part disputer le tournoi de Berlin.
05:43Et là, comment ça se passe pour elle ?
05:43Le tournoi de Berlin, elle perd dès son entrée en liste,
05:46contre Caroline Wozniacki.
05:48Donc Caroline Wozniacki, qui, quelques années plus tard,
05:50va gagner un grand chelem et devenir numéro 1 mondial,
05:52pour l'anecdote.
05:54Et donc, elle perd contre Wozniacki.
05:55Donc là, évidemment, elle se rend compte que ses problèmes de dos
05:58sont de plus en plus importants.
06:00Et donc, elle prend une pause pour, justement,
06:02être au top au mois d'août et disputer les Jeux de Pékin.
06:04Et qu'est-ce qui se passe ensuite ?
06:05Elle ne verra jamais les Jeux de Pékin.
06:09Et en fait, ce match contre Wozniacki
06:11aura été son dernier match professionnel ?
06:13Personne ne peut s'en douter à l'époque, surtout elle-même,
06:16mais ce match va être son dernier en 11 ans.
06:18Elle ne reviendra plus jamais sur le circuit,
06:20elle passe des examens,
06:21on lui diagnostique une spondrile arthrite,
06:24c'est-à-dire pour schématiser une maladie
06:26qui touche la colonne vertébrale et le bassin,
06:29une espèce d'énorme rhumatisme
06:31qui occasionne des douleurs récurrentes,
06:33qui peut occasionner aussi des paralysies.
06:34Et à partir de ce moment-là,
06:36elle va tenter de continuer à s'entraîner
06:39pour essayer de revenir,
06:40mais on ne la reverra plus jamais sur le circuit.
06:42Et comment est-ce qu'elle a le diagnostic ?
06:43Déjà, elle consulte beaucoup de spécialistes,
06:45elle ne prend pas qu'un seul avis
06:47pour être vraiment sûre de la décision
06:49et sûre de peut-être plus pouvoir jouer au tennis.
06:51Donc, elle se réunit avec un aéropage de médecin
06:53qui va lui annoncer le diagnostic,
06:55qui lui explique, en gros,
06:57que pour la pratique du haut niveau,
06:59ça va être extrêmement difficile, voire impossible,
07:02que peut-être les traitements liés à la maladie
07:04peuvent occasionner des cancers
07:06et qu'il y a des chances
07:07qu'elle ne puisse pas avoir d'enfant.
07:09Donc, immédiatement,
07:10elle fait le blocage sur les trois mots,
07:11tennis, cancer, enfant,
07:13se renferme dans une bulle
07:14et là, elle commence à cogiter.
07:17Et qu'est-ce qu'elle se dit ?
07:18Comment est-ce qu'elle vit ça ?
07:18Comment elle gère cette période ?
07:20Elle la gère forcément très mal
07:22puisque c'est quand même un rêve qui s'écroule.
07:29Donc, à ce moment-là, elle a 20 ans.
07:30Elle a gagné 2 millions de dollars de gains en tournoi.
07:32Elle était au sommet de sa carrière
07:33avec un très bel avenir devant elle.
07:35C'est ce qu'elle croyait.
07:36C'est ce que tout le monde croyait.
07:37C'est un compte de fées qui s'achève.
07:39On peut le résumer comme ça.
07:40Et elle garde quand même.
07:41Donc, ce n'est pas un coup d'arrêt définitif
07:44puisqu'elle garde l'espoir.
07:45Donc, de toujours se dire
07:46peut-être si ce n'est pas dans 6 mois,
07:48ça va être dans un an.
07:49Et au fur et à mesure,
07:50le compteur tourne
07:51et jamais ne s'arrête.
07:52Est-ce qu'elle annonce la fin de sa carrière ?
07:54Le mot retraite est un mot
07:55qu'elle n'a jamais prononcé.
07:56Et on en a discuté récemment
07:58lorsqu'elle a décidé de reprendre.
07:59C'était un blocage psychologique.
08:02Pour elle, elle n'avait pas arrêté
08:03parce que ce n'est pas sa décision.
08:04C'est la décision de son corps.
08:06Et donc, elle luttait quelque part
08:08contre son corps.
08:09Et il aurait fallu qu'elle ait le choix
08:11et qu'elle choisisse de dire
08:12« j'arrête ».
08:13À ce moment-là, elle aurait arrêté.
08:14Elle aurait pris sa retraite
08:15comme fond de nombre de joueurs.
08:17Mais le fait que ça ait été contraint et forcé
08:19l'a empêché de prononcer le mot.
08:21Donc, en 11 ans,
08:22elle n'a jamais prononcé le mot de retraite.
08:24Et donc là, il se demande
08:25ce qu'elle va faire de sa vie.
08:26Il se trouve qu'à l'époque,
08:27elle fait la connaissance de Samir Nasri
08:29qui est un footballeur
08:30et qui, à ce moment-là,
08:31va quitter l'Olympique de Marseille
08:32pour partir jouer à Arsenal, en Angleterre.
08:36Elle va le suivre et habiter à Londres.
08:38Donc, elle essaie de se détacher aussi un peu
08:39de ce monde du tennis
08:40et en vivant peut-être par procuration,
08:43mais en faisant autre chose,
08:44en essayant d'oublier.
08:45Et elle va commencer à travailler
08:47avec les médias comme consultante.
08:48L'année suivante, en 2009,
08:50se rendant compte qu'elle ne joue pas,
08:52France Télévisions lui propose
08:53de venir commenter le tournage de Roland-Garros
08:55comme la chaîne le fait souvent
08:56avec les joueurs indisponibles ou blessés.
08:58Pour l'instant, Tatiana,
08:59c'est une belle entrée en matière.
09:00Oui, mais surtout que ça fait plaisir
09:01de le voir jouer comme ça
09:02parce qu'on a beaucoup entendu parler de lui
09:03en disant
09:04« Est-ce qu'il a fait le bon choix ? »
09:06Et c'est comme ça
09:07qu'elle va commencer son aventure à la télé.
09:08Comment est-ce qu'elle vit ça ?
09:09Le fait de commenter les matchs des autres ?
09:12Au début, c'est un calvaire
09:13puisqu'elle n'a aucune envie
09:14de parler des autres.
09:16Elle rêverait d'être à leur place.
09:17Elle souffre de les voir jouer.
09:19Donc, il lui arrive même parfois
09:21de quitter le plateau en pleurs
09:22parce qu'elle n'arrive pas
09:23à assumer la situation.
09:24Donc, elle disait récemment,
09:26en plaisantant,
09:27que c'était totalement paradoxal
09:29d'être payée pour commenter des matchs
09:30alors qu'elle n'avait absolument aucune envie de le faire
09:32et qu'elle aurait eu envie de dire aux gens
09:34« Mais éteignez la télé
09:35et ne les regardez pas jouer. »
09:39Pendant cette période,
09:40Tatiana Golovin va devenir
09:41mère de deux enfants
09:43avec son nouveau compagnon,
09:44le rugbyman Hugo Bonneval.
09:46Elle fait aussi des publicités,
09:47des photos également
09:48et elle va participer
09:49à une émission de patinage sur M6.
09:52Pour moi, c'est important
09:53d'avoir Tatiana dans mon équipe.
09:54Elle a un mental de championne
09:56et un sens du show incroyable.
09:57Pour moi, je pense que le plus important,
09:59ce sera le côté artistique,
10:00côté danse, côté dramatique,
10:02côté théâtral.
10:03C'est quelque chose que j'adore
10:04avec impatience.
10:04Et c'est la première fois
10:06depuis l'arrêt de sa carrière
10:07où elle va vraiment faire du sport.
10:09Où elle va tenter de faire du sport
10:10à un haut niveau, entre guillemets,
10:12pour figurer dans cette émission.
10:14Donc, peut-être pour pousser
10:15son corps un peu plus loin,
10:16voir de quoi il est capable,
10:18voir aussi l'évolution de la maladie.
10:19Donc, c'est un palier pour elle.
10:21C'est un peu comme un test aussi ?
10:22Oui, c'est un peu comme un test,
10:23même si elle est loin à l'époque
10:25de revenir sur les cours.
10:27Alors, elle le laisse s'entendre
10:28en disant
10:29« Ah, peut-être, si ça évolue bien,
10:32si je vois que dans l'avenir,
10:33mon corps suit,
10:34pourquoi pas à 30 ans
10:35revenir dans le tennis ? »
10:40Dans les années qui suivent,
10:41Tatiana Golovine en prend son parti.
10:43Elle s'installe comme commentatrice,
10:45comme consultante pour la télévision,
10:47notamment pour Beansport.
10:48Et en juillet dernier,
10:49elle couvre Wimbledon.
10:49Et là, il va y avoir un déclic.
10:51Elle regarde jouer Serena Williams
10:53et se dit que finalement,
10:54à l'âge qu'à Serena Williams,
10:55en 36 ans,
10:56faire ce qu'elle fait,
10:58Tatiana Golovine n'a que 31 ans,
11:00donc peut-être que ce n'est pas infaisable
11:01de penser à un retour.
11:03Donc, elle rentre dans la maison
11:05qu'elle occupe à Londres avec sa famille
11:06et leur dit
11:07« Tiens, j'ai envie de reprendre le tennis. »
11:10Donc, ils ne sont peut-être pas plus étonnés que ça
11:12et lui disent « Banco ».
11:14Elle en discute un peu avec Patrick Moratoglou,
11:16qui a une académie dans le sud de la France,
11:19qui est un des grands entraîneurs du moment
11:20et qui est l'entraîneur de Serena Williams,
11:22qui lui dit « Vas-y,
11:24si tu as envie, fonce ».
11:26Elle en parle ensuite à Thierry Champion,
11:28qui est le directeur du haut niveau
11:28à la Fédération française de tennis,
11:30à Pierre Chéret,
11:31qui est le directeur technique national
11:32et qui l'a entraîné dans ses jeunes années
11:35et qui tous sont à fond derrière le projet.
11:38Je pense que oui,
11:38il y a quelque chose dans la compétition,
11:40le fait d'être athlète,
11:40se dépasser,
11:42justement se faire mal,
11:43d'atteindre des objectifs.
11:44Je crois que ça, c'est quelque chose
11:45qui finalement est ancré en moi
11:47et que je ne connais que ça
11:48depuis que je suis très petite.
11:55Et le 13 septembre,
11:56elle annonce son retour dans un communiqué.
11:58Là, qu'est-ce que vous vous dites ?
11:59On se dit « Mais quelle mouche l'a piqué ? »
12:01Surtout que la veille,
12:03King Clash Thirds,
12:03donc la joueuse belge
12:04qui est une ancienne numéro 1 mondial,
12:06a annoncé elle aussi son retour,
12:08sachant que Leicesters a 36 ans
12:09et qu'elle est déjà revenue deux fois.
12:11Elle avait arrêté une première fois sa carrière,
12:13fait un retour
12:13où d'ailleurs elle a tout gagné
12:14et ensuite arrêté une nouvelle fois en 2012.
12:17Donc là, on se dit
12:18« C'est la mode,
12:18ce n'est pas possible,
12:19qu'est-ce qui se passe ? »
12:20Et surtout,
12:22tout le monde a la même réflexion,
12:2311 ans, c'est énorme.
12:25Le fossé est énorme.
12:26Et qu'est-ce qui a changé
12:27au niveau de sa maladie ?
12:28Au niveau de sa maladie,
12:29les techniques ont évolué,
12:30donc on peut mieux soigner la douleur.
12:33Alors sachant que Tatiana Golovine
12:34ne suit aucun traitement lourd,
12:36ne subit aucune injection,
12:38elle ne veut pas arriver
12:39jusqu'à cette extrémité.
12:40Elle veut déjà voir jusqu'où
12:41physiquement elle est capable
12:43d'aller avec son entraînement actuel
12:44qui n'est quand même pas celui
12:46de sa grande époque de joueuse.
12:48Et oui,
12:49on arrive plus facilement
12:50à pallier la douleur aujourd'hui
12:51et on connaît mieux la maladie
12:53qu'il y a 10 ans.
12:53Elle ne sera jamais guérie,
12:54c'est une maladie qu'on a à vie.
12:57Pour le grand public,
12:58on peut dire que c'est
12:58comme une sorte de super arthrose.
13:01Et donc une fois qu'on a de l'arthrose,
13:02on la garde.
13:02Comment est-ce qu'elle fait
13:03avec la douleur ?
13:04Elle attend,
13:05elle gère.
13:07Ce n'est pas une douleur
13:08qu'on peut quantifier.
13:10On ne peut pas savoir
13:10si ça va durer longtemps,
13:13pas longtemps,
13:14si ça va être tout le temps,
13:15pas tout le temps.
13:16Alors la seule chose qu'elle sait,
13:18c'est qu'après un match,
13:19peut-être le lendemain
13:21ou 48 heures plus tard,
13:22elle va avoir des raideurs.
13:24Donc par exemple,
13:24à l'issue de son premier match,
13:25le lendemain matin,
13:27c'était un peu plus difficile
13:28pour se lever,
13:29elle avait quelques raideurs.
13:30Ensuite,
13:32ce n'est que la compétition
13:33qui pourra le dire,
13:34puisqu'aujourd'hui,
13:35elle n'a pas enchaîné le match.
13:36Elle en a disputé deux éloignés
13:38qu'elle a perdus.
13:40Donc peut-être qu'ensuite,
13:41de nouvelles pathologies
13:42peuvent arriver
13:42si elle devait répéter l'effort.
13:46À partir du moment
13:47où elle se dit
13:48qu'elle va revenir,
13:49comment est-ce qu'elle fait concrètement
13:50pour reprendre l'entraînement ?
13:51Elle prend contact
13:52avec certaines personnes
13:53de la Fédération française
13:54qui la soutiennent
13:55dans son initiative.
13:57Elle va commencer par
13:58tout bêtement
13:59partir en vacances
14:00dans le sud de la France
14:02avec ses enfants.
14:03Elle va taper une semaine
14:05tranquillement
14:05du côté de Bandol.
14:07Puis propose à la Fédération française
14:09de servir de sparring partner,
14:11c'est-à-dire de partenaires d'entraînement
14:12aux juniors
14:12si des juniors français
14:13en ont besoin.
14:14Donc elle se remet dans le bain
14:15comme ça
14:15en tapant contre les juniors.
14:17Vous l'avez vu s'entraîner
14:18il y a quelques semaines.
14:19Elle ressemble à quoi aujourd'hui
14:20ses séances d'entraînement ?
14:21Son entraînement,
14:22elle fait un entraînement
14:23de tennis par jour
14:23parce que c'est largement suffisant
14:25par rapport à ses capacités
14:28et à son stade d'évolution
14:29dans son retour.
14:30Ce n'est plus évidemment
14:31les grosses cadences
14:33qu'on peut s'infliger
14:34à 20 ans
14:34ou à 10 ans
14:35quand on est même
14:36à l'Académie Boletieri.
14:37Voilà, c'est des séances
14:38qu'elle fait avec Loïc Courtaud,
14:39dont Loïc Courtaud
14:40qui a été l'ancien entraîneur
14:42d'Amélie Moresmo,
14:44qui a été en Fed Cup,
14:45qui est aujourd'hui
14:45le coach de Lucas Pouille
14:46et qui lui donne
14:48un gros coup de main
14:48pour son retour.
14:51Le 12 octobre,
14:52au Luxembourg,
14:52elle joue son premier match
14:53professionnel
14:54après plus de 4000 jours
14:55d'absence
14:56et vous êtes sur place.
14:584177 jours exactement.
15:00C'est assez incroyable
15:01puisque depuis,
15:02le monde a évolué
15:03à vitesse grand V.
15:05Donc c'était assez...
15:07un côté lunaire
15:08de l'avoir sur un cours de tennis.
15:10Surtout le décalage
15:11qui peut exister
15:12entre le tournoi
15:13qu'elle a disputé
15:14au moment où elle s'est arrêtée
15:15et celui qu'elle va jouer
15:16le jour où elle reprend.
15:17Passer du statut
15:18de numéro 12 mondial
15:19avec,
15:20où on vous reçoit
15:21avec les égards,
15:22le petit cadeau
15:24qui s'y est bien
15:25aux joueuses
15:26du top 10
15:26ou du top 20
15:27et là se retrouver
15:29allogé
15:29à l'hôtel du coin
15:31je ne vais pas dire
15:32sordide
15:32mais pas très gai,
15:33jouer dans un hangar
15:34d'un tournoi
15:35de seconde zone.
15:37Le décalage est saisissant.
15:38Et comment elle est
15:39quand elle entre
15:39sur le cours ?
15:40Décrivez-nous là.
15:41Mesdames et messieurs,
15:43Tatiana Golovine,
15:44France.
15:46Elle est rentrée
15:47dans sa bulle
15:4710 minutes avant le match
15:49mais sinon
15:50elle était totalement détendue,
15:52contente,
15:52un peu comme une gamine
15:54qui est heureuse d'être là,
15:55qui a retrouvé son jouet.
15:56Comment se passe le match ?
15:57Au début c'est assez impressionnant
15:59quand même
15:59parce qu'on ne sait pas trop
16:00à quoi s'attendre.
16:01Elle a repris l'entraînement
16:02il y a un mois et demi.
16:04Elle décide d'aller jouer
16:05des matchs
16:06plutôt que de s'entraîner
16:06en se disant
16:07de toute façon
16:08il faudra bien y retourner un jour
16:09donc tant qu'à faire
16:10allons-y.
16:11Mais on se dit
16:12forcément
16:12qu'elle ne va pas tenir
16:13la distance.
16:14en fait
16:15dès les deux premiers points
16:16du match
16:17elle fait deux points gagnants
16:18donc on se dit
16:20tiens
16:20ça va être intéressant
16:21à suivre
16:22et elle arrive à développer
16:23vraiment un très beau niveau
16:25pendant une quarantaine
16:26de minutes
16:27on est assez soufflé.
16:29Elle joue bien
16:30pendant 40 minutes
16:30et après comment ça se passe ?
16:31Après forcément
16:32il y a deux aspects
16:33dans le tennis
16:34en trois on va dire
16:35il y a le mental
16:36physique et la technique
16:38quand on a la technique
16:39on va dire que c'est comme le vélo
16:40ça ne s'oublie pas
16:42donc techniquement
16:44sans bouger
16:46on peut arriver
16:47à frapper des coups
16:48et à retrouver un certain niveau
16:49et être assez efficace
16:50ensuite il faut arriver
16:51à se mettre en mouvement
16:52les appuis
16:54les courses vers l'avant
16:56les courses latérales
16:57et c'est là
16:57que ça devient plus difficile
16:58et c'est là aussi
16:59qu'il faut savoir
17:00avec l'âge gérer
17:01et peut-être gérer
17:02ses douleurs
17:02ou sa maladie
17:03donc pendant 40 minutes
17:05Tatiana Golovine
17:05a été vraiment
17:06joué un match de bon niveau
17:08ensuite évidemment
17:09elle a été rattrapée
17:09par son physique
17:10et elle perd ce match
17:11Qu'est-ce qu'elle vous dit après ?
17:12A chaud
17:13elle est heureuse
17:14d'avoir quelque part
17:15réussi son pari
17:16c'est-à-dire
17:17d'être allée rejouer
17:17un match de haut niveau
17:18et d'avoir repris
17:19le fil d'une histoire
17:21qui s'est arrêtée
17:21plus de 4000 jours
17:23plus tôt
17:24mais un quart d'heure après
17:26ou 20 minutes après
17:26déjà la compétitrice
17:28a repris le dessus
17:29et elle commence à dire
17:30je suis quand même pas revenu
17:32pour perdre tous mes matchs
17:33Et elle dit en gros
17:34qu'elle veut persévérer ?
17:36Elle a tout à fait
17:36l'intention de persévérer
17:37de toute façon
17:38ce n'est que le début
17:39de l'aventure
17:40elle a repris
17:416 semaines plus tôt
17:42et elle sait
17:43que le processus
17:43va être long
17:44Une dizaine de jours plus tard
17:46Tatiana Golovine
17:46joue et perd
17:48un deuxième match
17:49à Poitiers
17:50j'imagine que
17:50ça ne va pas l'arrêter ?
17:51Ça ne va pas l'arrêter
17:52puisque c'est le début
17:53du processus
17:54elle a quand même
17:54attendu assez longtemps
17:55elle ne va pas s'arrêter
17:57au début
17:58de cette nouvelle aventure
17:59donc elle a l'ambition
18:01de persévérer
18:02de voir où ça peut l'amener
18:04sachant que
18:05de toute façon
18:06elle n'a aucune
18:07pression
18:08du résultat
18:09Contrairement à
18:09King Clusters
18:10dont on parlait précédemment
18:12et qui elle est revenue
18:13en disant
18:13en gros
18:14qu'elle ne voyait pas
18:15pourquoi
18:16elle ne retrouverait pas
18:16le sommet
18:17parce que le tennis féminin
18:18n'avait pas totalement évolué
18:19depuis qu'elle s'est arrêtée
18:20Tatiana Golovine
18:21n'est pas dans cet état d'esprit
18:22c'est d'abord
18:22une démarche personnelle
18:24une démarche
18:25quelque part psychologique
18:26un deuil à faire
18:28donc au-delà du résultat
18:29elle va continuer
18:30si son corps lui permet
18:32Elle dit qu'elle revient
18:33aussi pour
18:34montrer un exemple
18:35à ses deux enfants
18:36Pour montrer à ses deux enfants
18:37qu'elle n'est pas simplement
18:39une ancienne joueuse
18:40qui peut vivre
18:41de son salaire de télé
18:44sans finalement
18:45faire grand chose
18:45ou sans leur montrer grand chose
18:47Elle a envie de leur montrer
18:48ce par quoi
18:49peut-être elle n'est pas assez petite
18:50c'est-à-dire
18:51le goût du travail
18:52l'effort
18:53leur montrer que
18:54pour arriver à quelque chose
18:55dans la vie
18:56il faut se donner les moyens
18:57et donc c'est un pari
18:59pour elle
18:59et aussi pour ses enfants
19:00Et revenir
19:01rejouer des matchs
19:03de haut niveau
19:03c'est déjà une victoire pour elle
19:04On disait
19:05qu'elle n'avait jamais prononcé
19:07ce mot fatidique
19:08de retraite
19:09qui la retraite
19:10ça sonne vraiment l'arrêt
19:11et là
19:12c'est une libération
19:13de pouvoir se dire
19:15que ça soit demain
19:16la semaine prochaine
19:17l'année prochaine
19:18pourquoi pas dans deux ou trois ans
19:20un jour je vais me lever
19:21et c'est moi qui dirai
19:23je m'arrête
19:28Merci à Eric Brunat
19:29épisode conçu et préparé par
19:31Stéphane Genest
19:32production
19:32Clara Garnier-Amourou
19:34réalisation
19:35Benoît Gilon
19:36Si vous aimez Code Source
19:37n'hésitez pas à en parler
19:38à vos proches
19:39ou sur les réseaux sociaux
19:40nous sommes disponibles
19:41sur leparisien.fr
19:43toutes les applis de podcast
19:44mais aussi Deezer
19:45et Spotify
19:46et vous pouvez dialoguer
19:47avec nous par Twitter
19:48ou à l'adresse
19:49codesource
19:50at leparisien.fr
19:52Sous-titrage Société Radio-Canada
20:13Sous-titrage Société Radio-Canada
20:14Merci à Eric Brunat
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