- il y a 2 jours
- #calais
- #migrant
- #beatricehuret
Dans son livre “Calais mon amour”, Béatrice Huret, qui était proche des idées d’extrême droite, raconte comment sa rencontre avec un réfugié iranien a changé sa vie. Son histoire a inspiré un film, “Ils sont vivants”, sorti en salles en février dernier. Pour Code source, Béatrice Huret raconte son histoire au micro d’Ambre Rosala.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
#Calais #migrant #beatricehuret
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
#Calais #migrant #beatricehuret
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Cette année, au mois de février, un film sorti au cinéma, Ils sont vivants, racontait les péripéties d'une femme
00:19proche des idées d'extrême droite
00:20qui prend un jour un migrant en stop, puis décide, d'un coup, de s'investir dans la cause des
00:25réfugiés.
00:26Cette histoire a réellement existé, c'est celle de Béatrice Huret, 49 ans.
00:32En 2017, elle croise la route de Mokhtar, un Iranien qui vit dans le camp baptisé la jungle de Calais.
00:38Elle tombe amoureuse de lui, au point de l'aider à traverser la Manche clandestinement.
00:43Béatrice Huret a accepté de revenir sur cette rencontre qui a bouleversé sa vie dans Code Source.
00:49Elle témoigne au micro d'Ambre Rosala.
00:59Béatrice Huret vient me chercher en voiture à la gare de Calais.
01:02Elle a de longs cheveux bruns, un peu en bataille, et elle se maquille avec un crayon noir qui fait
01:07bien ressortir ses yeux verts.
01:09Elle nous conduit dans la maison de sa mère, qui a 81 ans, où elle vit avec son fils de
01:1424 ans.
01:15C'est une jolie maison, à l'écart du village de Ouillard et Froid, dans le Pas-de-Calais, à
01:20une trentaine de kilomètres de Calais.
01:22C'est ici que Béatrice a grandi.
01:26On vit au milieu d'un bois, très peu de voisins, donc au calme, avec les oiseaux, la nature, les
01:32chevreuils, les faisans, ça me va parfaitement.
01:35Même quand j'habitais en ville, de toute façon, les week-ends et les vacances, c'était ici.
01:39Béatrice Huret est née en 1972.
01:41Son père est éleveur et sa mère est cuisinière.
01:45Elle a deux sœurs, l'une plus grande et l'autre plus petite qu'elle.
01:49C'est une enfant très dynamique, qui joue surtout avec les garçons dans la cour de l'école.
01:54Football, construire des cabanes, j'étais très turbulente, je ne tenais pas en place.
02:01Je ne supportais pas les moqueries si on se moquait de quelqu'un dans une cour, par rapport à sa
02:05taille, par rapport à son poids, par rapport à sa couleur de peau, ses cheveux.
02:09Il fallait que je le défendre, quoi.
02:11Béatrice devient aide-soignante.
02:13Quand elle a 20 ans, elle rencontre un homme en boîte de nuit.
02:16Il a 37 ans, 17 ans de plus qu'elle.
02:19Ils emménagent ensemble au bout de 6 mois et ils ont leur fils, Florian, quand Béatrice a 25 ans.
02:26Entre son travail et sa vie de famille, Béatrice arrête complètement de voir ses amis
02:30et ne côtoie plus que l'entourage de son mari policier.
02:34Dans les années 1990, des camps de migrants s'installent à côté de Calais.
02:39Béatrice ne vote pas, mais tous les proches de son mari votent pour le Front National.
02:44De toute façon, tous les gens autour de lui, c'était cette pensée unique.
02:49Donc automatiquement, dès qu'il y avait quelqu'un qui venait à la maison,
02:52c'était les idées du Front National qui ressortaient automatiquement.
02:56Au chômage, c'est parce qu'ils viennent pour piquer notre boulot.
02:59C'était des gens qui arrivaient pour certainement avoir des aides de l'État.
03:04C'était le bouche à oreille, mais on voit que quand on contoie des gens avec des idées comme ça,
03:08on ne va pas chercher l'info là où elle est.
03:10Moi, j'étais à la cuisine, j'étais en train de faire ma popote et puis voilà.
03:13On fait notre petite vie, on fait notre ménage, on va bosser.
03:16Et puis au bout d'un moment, moi, à part mon fils, le reste, je ne pensais pas plus loin.
03:23Petit à petit, la relation de Béatrice et de son mari se dégrade
03:27et elle n'est plus heureuse dans son couple.
03:29Mais un jour, on diagnostique un cancer au mari de Béatrice
03:32et elle s'occupe de lui pendant un an, jusqu'à sa mort en juillet 2010.
03:37C'était très, très brutal.
03:41On le vit mal, évidemment, parce que mon fils a perdu son papa.
03:46Mais en fait, quand ça s'est passé, je me suis dit maintenant, je vis pour moi
03:50et puis je ne laisserai plus les gens m'influencer.
03:53Et puis je vais vivre.
03:55Je me suis dit, je vais me refaire des amis, je vais essayer de sortir de chez moi
04:01et j'avais envie de vivre à 100 à l'heure, de ne pas avoir de contraintes d'horaire, de
04:06la liberté.
04:08Après la mort de son mari, Béatrice et son fils Florian déménagent
04:12et s'installent avec la mère de Béatrice à Ouillère-et-Frois.
04:15Elle change aussi de travail et devient formatrice dans un organisme
04:19qui prépare des jeunes de 16 à 18 ans à travailler auprès de personnes âgées ou handicapées.
04:25Un soir, en février 2015, elle s'apprête à rentrer chez elle, comme d'habitude,
04:30après sa journée de travail à Calais.
04:33Il y a un gamin qui me demande la route pour aller à la jungle, en anglais évidemment.
04:38C'est un réfugié.
04:40Et je ne comprenais pas trop ce qu'il me disait.
04:42Et j'avais entendu parler à peu près de la direction.
04:46Donc, j'ai vu mon gamin à la place.
04:49Je me suis dit, tiens, le gamin il est perdu, je vais l'emmener.
04:52Donc, il m'a guidé pour le déposer là-bas.
04:55Et puis, quand je l'ai emmené devant l'entrée de la jungle,
04:57ça a été le choc total.
05:00J'ai vu une ville dans une ville.
05:02Un pont, en dessous d'un pont, on commence à avoir des bâches, des tentes.
05:06Il y avait une femme qui était assise par terre avec son gamin dans les bras.
05:10De la bouillasse partout.
05:11Et je me suis dit, mais ce n'est pas possible, c'est à côté de chez moi.
05:14Donc, j'ai laissé le gamin partir, il est descendu de la voiture.
05:16Je restais un bon dix minutes à regarder autour tout ce monde qui arrivait.
05:20C'était sur une zone industrielle.
05:22La rue, elle était pleine de réfugiés qui étaient en train de marcher.
05:24Il y en a qui partent en ville, d'autres qui rentraient.
05:26Et je me suis dit, mais c'est fou, quoi.
05:28On ne voit pas ça à la télé, quoi.
05:32Je repars avec ma voiture, je me dis, mais ça se passe à côté de chez toi.
05:34Tu ne peux pas rester sans rien faire.
05:36Donc, j'ai lancé sur les réseaux sociaux un appel aux dons, déjà.
05:40Pour tout ce qui était main-bâche, tente, couverture, des choses pour les enfants, des vêtements.
05:48Donc là, j'ai commencé à recevoir pas mal de commentaires.
05:51Et puis, des sacs.
05:53Sauf que je me suis retrouvée avec à peu près une quarantaine de sacs de 200 litres de vêtements, de
05:58jouets.
05:59Il y avait des bouquins, il y avait des couvertures.
06:02Donc, j'avais plein de choses à trier.
06:04J'ai tout renommé sur mon lieu de travail.
06:06J'ai demandé un coup de main à mes stagiaires pour tout trier.
06:10Et donc, j'ai commencé à prendre ma petite voiture et puis à porter les sacs au niveau de la
06:15jungle.
06:18Béatrice fait plusieurs allers-retours pour emmener tous les sacs qu'elle a.
06:21Puis, elle continue d'aller dans la jungle de Calais.
06:24Elle ne s'implique pas dans une association,
06:26mais elle se surprend à poser des congés pour aller aider
06:29et commence même à y passer des week-ends.
06:32En mars 2016, la partie sud de la jungle doit être démantelée.
06:37Pour protester, neuf réfugiés iraniens entament une grève de la faim
06:41et décident de se coudre en partie les lèvres avec du fil.
06:45Ce jour-là, Béatrice est un peu plus loin dans la jungle,
06:48en train d'aider à faire la cuisine.
06:51Une amie bénévole lui propose d'aller les voir
06:53et c'est à ce moment-là qu'elle fait la rencontre de Mokhtar.
07:00Je les ai vus là, assis.
07:02Ils étaient assis, il y avait un feu de bois dans la cabane.
07:06Et il s'est levé, puis les lèvres étaient entreouvertes.
07:09Il m'a demandé si je voulais du thé.
07:11Il a été me faire un thé.
07:12Et là, c'était le mal coup de foudre.
07:14Mais sans plus, je ne savais pas son nom,
07:17je ne savais pas son prénom,
07:18je ne savais pas d'où il venait.
07:21Donc moi, je me dis non dans ma tête parce que je ne suis pas là pour ça.
07:25Puis je n'avais aucune envie d'avoir quoi que ce soit
07:28ou qui que ce soit dans ma vie à ce moment-là.
07:29Les jours qui suivent,
07:31Béatrice sympathise avec les réfugiés iraniens
07:33et apprend qu'ils voudraient rejoindre l'Angleterre.
07:36Puis ils partent du jour au lendemain
07:38et Béatrice n'a plus de nouvelles.
07:41Deux mois plus tard,
07:42un ami bénévole lui demande d'accueillir deux réfugiés iraniens
07:45qui faisaient partie de ceux qui s'étaient cousus la bouche
07:47et qui doivent arriver quelques jours plus tard.
07:51Béatrice accepte sans hésiter,
07:52sans se rendre compte,
07:54que c'est illégal d'héberger chez soi des sans-papiers.
07:57Pour moi,
07:58quelqu'un en détresse dehors,
08:00je le prends, je le mets chez moi, je lui donne à manger.
08:02C'était d'une logique même.
08:04Je n'ai jamais pensé aux soucis d'illégalité.
08:08Le gars, il s'appelle Robert, il est dehors, il est SDF.
08:12C'est exactement pareil.
08:14Aider quelqu'un dans le besoin,
08:16c'était aider quelqu'un dans le besoin.
08:17Je n'avais pas extrapolé plus loin que ça.
08:20Quand l'ami de Béatrice arrive avec les deux réfugiés iraniens,
08:23Béatrice reconnaît tout de suite Mokhtar.
08:26Il est avec un ami qui s'appelle Dara.
08:29Comme il ne parle qu'anglais,
08:30une langue que Béatrice maîtrise mal,
08:32ils installent chacun Google Traduction sur leur téléphone
08:35et ils communiquent comme ça.
08:38Béatrice remarque tout de suite
08:39que Mokhtar est très attentionnée avec elle.
08:42Elle apprend que c'est un ancien instituteur de 37 ans
08:45qui a fui son pays, l'Iran,
08:47parce qu'il s'est opposé au pouvoir en place.
08:50Avec Dara, il cherche à rejoindre l'Angleterre
08:53où il est plus facile d'obtenir un permis de travailler.
08:57Un soir, Béatrice organise un barbecue chez elle
09:00avec Dara, Mokhtar et des amis à elle.
09:04Pendant la soirée, elle évoque le fait
09:07qu'elle n'a eu dans sa vie que des hommes bien plus âgés qu'elle.
09:10Et après le repas, elle se retrouve seule avec Mokhtar.
09:15Et puis le soir, tout le monde va se coucher.
09:16On fait un thé, on buvait le thé le soir avant d'aller se coucher.
09:19Et puis là, il me met sur Google Translate
09:23« C'est vrai ce que tu as dit tout à l'heure ? »
09:25Je me dis « mince, j'en dis tellement dans une soirée. »
09:28Je lui dis « quoi ? »
09:29Et là, il me marque « t'as tout le temps eu quelqu'un de plus âgé. »
09:32Et je lui dis « oui, oui, oui, c'est comme ça, ça ne changera pas. »
09:35Et puis bonne nuit, bonne nuit, il est parti se coucher.
09:36Je suis parti me coucher.
09:38Et le lendemain, il m'a redemandé la même chose.
09:40Et à un moment donné, il m'a dit « est-ce que tu peux fermer les yeux ? »
09:44Et j'ai fermé les yeux, voilà.
09:46Et puis il m'a embrassé.
09:47C'est comme ça que ça a démarré.
09:48Même si Mokhtar peut partir pour l'Angleterre à tout moment,
09:51Béatrice et lui décident de vivre leur début d'histoire d'amour pleinement.
09:56Il l'annonce à Dara, à la mère de Béatrice et à son fils Florian.
10:01Le départ de Mokhtar et Dara, prévu en camion, tombe finalement à l'eau.
10:05Mais il ne baisse pas les bras et décide de rejoindre l'Angleterre en bateau.
10:10Béatrice, qui essaye de les dissuader,
10:13finit par les aider à trouver un bateau sur la plateforme Le Bon Coin.
10:16« Donc le bateau, il était entreposé chez quelqu'un qui habitait à Dan.
10:20Et donc c'est récupéré le bateau avec la remorque le matin chez lui.
10:24Et puis il est venu avec nous aussi.
10:26Et on est allé les mettre au niveau de la plage sur le bateau.
10:30Et donc le voir partir et puis se dire « est-ce qu'ils vont arriver ou pas ? »
10:33C'est ça le souci.
10:34Peur qu'ils coulent, peur qu'ils croisent un ferry, peur qu'ils n'y arrivent jamais.
10:39Béatrice rentre chez elle.
10:40Elle reste accrochée à son téléphone.
10:42Mais elle sait que Mokhtar doit économiser la batterie de son téléphone portable,
10:46qui leur sert de GPS ou pour appeler les secours en cas d'urgence.
10:51Pas de nouvelles, les heures qui tournent.
10:53Et moi, devant l'ordinateur, à regarder à chaque fois côté français, les infos,
10:57les pages d'informations sur les réseaux, etc.
11:00pour voir s'il n'y a pas eu un bateau d'échouer ou quoi que ce soit.
11:03J'étais vraiment dans le négatif.
11:05Enfin, je vois passer les heures.
11:06Je me dis « bon, il n'y a plus de nouvelles, c'est qu'ils ne sont pas arrivés
11:09à destination. »
11:11Puis d'un seul coup, je me dis « mais merde, pourquoi je suis si négatif ? »
11:13Je n'ai pas regardé côté anglais.
11:15Donc là, j'ai commencé à taper tous les noms des journaux anglais.
11:18Je faisais actualité, j'actualisais la page.
11:21Et au bout d'un moment, je vois passer un article comme quoi
11:23il y a un bateau d'arrivée avec trois réfugiés à Douvres.
11:28Je me dis « c'est bon, ils sont arrivés, ils sont vivants. »
11:31Gros soulagement.
11:32Et puis je me dis « bon, il va peut-être me donner des nouvelles, on ne sait jamais. »
11:35Parce qu'il aurait pu passer là-bas, il ne peut jamais donner de nouvelles.
11:38Et puis deux jours après, je reçois un petit message
11:40pour me dire qu'il était arrivé et qu'ils étaient en transit
11:44dans une petite ville en Angleterre en attendant d'être transférés ailleurs.
11:49Cinq jours après l'arrivée de Mokhtar en Angleterre,
11:52Béatrice décide d'aller le voir.
11:54Il s'est fait confisquer son téléphone portable par la police,
11:57alors il communique avec elle en se connectant à Internet
12:00dans une bibliothèque à côté de son centre pour réfugiés.
12:04Il envoie son adresse à Béatrice,
12:06qui décide tout de suite de partir le retrouver.
12:14Donc je me retrouve dans une ville que je ne connais pas.
12:17à ne pas savoir où il est parce que l'adresse qu'on lui avait donnée à lui,
12:21ce n'était pas la bonne.
12:22Donc c'était super compliqué.
12:23En fait, j'ai passé une soirée à le chercher, je ne l'ai pas trouvée.
12:26Je me suis dit « Mais merde, ce n'est pas possible.
12:28Il m'a pris pour une bille ou quoi ?
12:30Il m'a fait venir autant de kilomètres pour me poser un lapin.
12:33Qu'est-ce qui se passe ? »
12:34Et puis tout compte fait, le lendemain à 10h du matin,
12:37mon téléphone qui se connecte et là, il me dit
12:40« Mais pourquoi tu n'es pas venu ? J'ai attendu toute la soirée et tout. »
12:43En fait, il était persuadé qu'on lui avait donné la bonne adresse,
12:46mais ce n'était pas cette adresse-là.
12:47Et je n'étais pas très loin, j'étais à 400 mètres.
12:50Il est sorti de la médiathèque et puis il m'a vu arriver en voiture.
12:53Et puis là, on garde la voiture et puis on court l'un vers l'autre.
12:57J'ai dit « Ça y est, on se retrouve, on se retrouve. »
13:01Béatrice va voir Mokhtar en Angleterre un week-end sur deux.
13:05En août 2016, deux mois après le départ de Mokhtar,
13:09la police vient la trouver sur son lieu de travail.
13:12Les policiers disent à Béatrice qu'elle est en garde d'avu
13:15pour avoir hébergé des réfugiés
13:16et pour les avoir aidés à rejoindre l'Angleterre.
13:19Elle reconnaît tout de suite les avoir aidés
13:21et les policiers lui annoncent qu'ils vont perquisitionner son bureau.
13:28Et donc là, ils m'emmènent dans mon bureau,
13:30ils commencent à fouiller mon bureau.
13:32Je lui dis « Mais dites-moi ce que vous cherchez,
13:33je vais vous aider parce qu'il n'y a rien.
13:35C'est un bureau pro, il n'y a rien dedans,
13:37mais vous pouvez ouvrir les tiroirs, ça ne me gêne pas. »
13:39Et là, ils me disent « Perquisition directement chez toi. »
13:42Et puis bon, là, ils ont commencé à fouiller un peu dans la maison
13:44et j'avais beau leur dire « Dites-moi ce que vous cherchez. »
13:47C'était des passeports et une grosse somme d'argent.
13:50Donc en fait, dans leur tête, j'étais un passeur
13:53et j'avais des faux papiers ici, des passeports,
13:54je n'ai pas de ça chez moi.
13:57Puis il y en a un qui a dit à mon gamin quand même
13:58« Tu fais quoi en ce moment ? »
14:01« Je suis à l'école, je vais passer le bac. »
14:04« C'est con, tu ne vas pas pouvoir passer le bac
14:05parce que ta mère part pour dix ans de tôle
14:06et tu vas devoir travailler pour subvenir aux besoins de la famille. »
14:09Quand ils commencent à me parler de dix ans de prison,
14:11je me suis dit « Oh là, dix ans, ça fait énorme quand même. »
14:15Pour avoir aidé quelqu'un, dix ans, ça fait énorme.
14:18Après la perquisition,
14:20les policiers menottent Béatrice
14:21et l'emmènent au commissariat
14:23pour qu'elle soit interrogée.
14:25« Ce qui était spécial, c'est que je me suis retrouvé en garde à vue
14:27sur le lieu de travail de mon ancien mari.
14:31Je connaissais les jôles, je connaissais la garde à vue,
14:34je connaissais, mais en tant que visiteur,
14:35j'avais vu ce lieu en construction
14:37que je connaissais par cœur.
14:39Et au moment de cette visite, il y a plusieurs années,
14:42je ne m'attendais pas un jour à être de l'autre côté des barreaux. »
14:47La garde à vue, elle se passe.
14:49Je leur ai dit « Je ne changerai jamais de version.
14:51Vous pouvez m'interroger 150 fois.
14:52Les paroles, elles ne changeront pas
14:53parce qu'ils sont venus à la maison.
14:55Ils ont vécu là, oui.
14:57D'ailleurs, ils ont visité l'endroit où ils dormaient.
14:59Ils ont bien retrouvé les vêtements aussi.
15:00Ils avaient laissé des vêtements.
15:02En deux mois de temps, j'aurais pu détruire leurs vêtements,
15:04détruire les traces.
15:05Il n'y a pas de mensonges, je vous dis la vérité.
15:08Je suis allé chercher un bateau, je les ai aidés,
15:10j'ai poussé le bateau dans l'eau, ils sont partis.
15:12C'était naturel, donc je ne voyais pas où était le mal.
15:17Après 48 heures de garde à vue,
15:19Béatrice est entendue par un juge d'instruction.
15:22Il la libère, mais elle est mise en examen
15:24et placée sous contrôle judiciaire.
15:27Elle doit pointer toutes les semaines au commissariat
15:29et n'a plus le droit de mettre les pieds à Calais,
15:32même pour prendre le ferry.
15:34Le 27 juin 2017,
15:37Béatrice est jugée au tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer.
15:42Elle risque jusqu'à 10 ans de prison,
15:44mais elle a surtout peur de ne plus pouvoir voir Mokhtar
15:47si elle est incarcérée.
15:49À la barre, Béatrice est accusée d'avoir touché de l'argent
15:53en aidant Mokhtar et ses deux amis à rejoindre l'Angleterre
15:56et elle se défend.
15:58Pour moi, c'était d'une évidence
16:00parce que c'était un bateau 6 places.
16:02Il y avait 6 gilets de sauvetage, ils étaient 3.
16:05Si j'avais fait pour de l'argent, j'en aurais mis 6.
16:07J'ai sorti ça pendant le tribunal
16:09et il y a mon avocate qui a dit
16:10« Mais non, un passeur, il en mettrait 15. »
16:13Même avec 6 gilets, il n'en a rien à faire.
16:14Il est payé.
16:15Il passe ou il ne passe pas, ou il y reste, c'est pareil.
16:18Je me dis « Mais à un moment donné, ils vont bien comprendre
16:20que ça n'a pas été fait pour avoir de l'argent ou quoi que ce soit.
16:24Ils vont bien le comprendre, que tout avait été fait uniquement par amour. »
16:29J'étais reconnue coupable, mais sans peine.
16:32Alors un gros soulagement, un gros soulagement.
16:34Parce que je me dis « Je vais encore pouvoir le voir quand même,
16:36ils ne vont pas me mettre en prison, donc ça va aller. »
16:39L'année de sa condamnation,
16:41Béatrice publie son livre « Calais mon amour ».
16:44Et en février 2022,
16:46le film inspiré de son histoire,
16:48« Ils sont vivants »,
16:49du réalisateur Jérémy Elkaïm,
16:51sort au cinéma.
16:53Béatrice a eu envie de raconter son histoire
16:56avec l'espoir de provoquer un déclic
16:59chez certains lecteurs ou spectateurs.
17:01Faire un déclic aux gens,
17:03leur montrer qu'il faut aller vers les autres pour les connaître.
17:07Pour moi, c'est primordial.
17:10Puis, se mettre à la place de l'autre.
17:12On a un monde qui est dénué de toute empathie de plus en plus.
17:16Donc, se mettre à la place de l'autre,
17:18c'est-à-dire essayer de comprendre un petit peu leur parcours.
17:20Quand ils partent de chez eux
17:21et quand ils embrassent leur famille,
17:23ils savent très bien qu'ils ne les reverront plus jamais
17:25parce qu'ils n'auront plus possibilité de rentrer au pays.
17:27Donc, on ne quitte pas son pays, sa famille,
17:30ses amis par gaieté de cœur.
17:32C'est ce que les gens doivent comprendre.
18:06Ambre, Béatrice,
18:07Béatrice et Mokhtar, est-ce qu'ils sont toujours ensemble aujourd'hui ?
18:09Oui, ils sont toujours ensemble.
18:11Ça fait six ans et ils sont toujours très amoureux.
18:14Mokhtar est toujours en Angleterre
18:15où il travaille dans une pizzeria.
18:17Donc, Béatrice continue de faire des allers-retours là-bas
18:19un week-end sur deux.
18:21Et sinon, ils s'appellent tous les jours,
18:23voire plusieurs fois par jour.
18:25Et leur projet maintenant, c'est de se marier
18:27pour que Mokhtar puisse venir vivre légalement en France avec Béatrice.
18:31Mais pour l'instant, ils sont coincés à cause d'un problème de papier.
18:34Il manque un seul document dans le dossier de Mokhtar.
18:37Et ensuite, ils devraient pouvoir se marier.
18:40Un film qui retrace l'histoire de Béatrice Huret
18:42est donc sorti au cinéma au mois de février.
18:44C'est l'actrice Marina Foyce qui joue son rôle.
18:47Est-ce qu'elles se sont rencontrées ?
18:49Oui, elles se sont rencontrées,
18:50mais elles se sont vues seulement une ou deux heures,
18:52quelques temps avant le tournage.
18:54Béatrice m'a dit qu'elle s'était tout de suite très bien entendue.
18:57Et ce qui est drôle, c'est qu'elle m'a raconté
18:59qu'au moment de la sortie du film,
19:00tous ses proches qui sont allés le voir
19:02lui ont dit qu'ils avaient été bluffés
19:04parce que Marina Foyce avait réussi à reprendre
19:06toutes les mimiques de Béatrice
19:08et qu'ils la reconnaissaient vraiment bien à travers elle.
19:11La jungle de Calais a été démantelée en octobre 2016.
19:14Est-ce que Béatrice continue de s'engager auprès des réfugiés ?
19:17Oui, elle continue.
19:19Alors, elle n'est toujours pas affiliée à une association en particulier,
19:21mais elle continue d'aller aider des réfugiés
19:24qui se sont un peu dispersés dans le Calais
19:26et aux alentours après le démantèlement de la jungle.
19:28Elle va leur apporter de la nourriture ou des vêtements.
19:32Mais elle m'a quand même dit qu'après ses démêlées avec la justice,
19:35elle faisait attention à être plus discrète qu'avant
19:38parce qu'elle ne veut plus avoir de problème avec la police.
19:41Merci Ambre Rosala.
19:43Je rappelle les références du livre de Béatrice Huret
19:45« Quel est mon amour ? »
19:47c'est paru en 2017 chez Kéros.
19:49Cet épisode de Code Source a été produit par Clara Garnier-Amourou
19:53et Raphaël Pueyo, réalisation Julien Moncoukiol.
19:57Code Source, c'est le podcast d'actualité du Parisien.
19:59Nous publions un nouvel épisode chaque soir de la semaine.
20:02Pour n'en rater aucun, n'oubliez pas de vous abonner
20:04sur votre application audio préférée.
20:06Et puis si vous aimez Code Source et que vous voulez nous le dire,
20:10vous pouvez nous écrire sur Twitter
20:11ou directement en envoyant un mail à cette adresse
Commentaires