- il y a 12 heures
À quelques jours des deux dernières dates de son spectacle « Anesthésie générale » à l’Accor Arena de Bercy, les 9 et 10 mars, Jérémy Ferrari a accepté de revenir sur son parcours dans Code source, dans un podcast en deux épisodes. Suite et fin.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network -
Archives : INA, « Jeremy Ferrari : Hallelujah Bordel ! », « Les Duos Impossibles de Jérémy Ferrari ».
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network -
Archives : INA, « Jeremy Ferrari : Hallelujah Bordel ! », « Les Duos Impossibles de Jérémy Ferrari ».
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:04Aujourd'hui, Jérémy Ferrari, invité, deuxième partie.
00:13Aux côtés de Florence Foresti ou Jean-Marie Bigard, il va bientôt faire partie du cercle très fermé
00:18des humoristes ayant rempli Bercy, l'accord arena.
00:22Connu pour son humour noir et décapant, son spectacle Anesthésie Générale
00:26qu'il va jouer pour la dernière fois les 9 et 10 mars, fustige la mise à mal du système
00:31de santé français
00:31pour des raisons de rentabilité. Jérémy Ferrari est l'invité de Codesources,
00:37interview menée avec Grégory Plouvier, spécialiste humour au sein du service culture du Parisien.
00:42Un podcast en deux épisodes, le second aujourd'hui. Jérémy Ferrari nous raconte sa toute première
00:47participation à l'émission de Laurent Ruquier, On ne demande qu'à en rire, sa carrière qui décolle,
00:52mais aussi son addiction à l'alcool, sa tentative de suicide et les diagnostics de ses troubles psychiques
00:59qui l'ont aidé à mieux se connaître.
01:05Jérémy Ferrari, vous allez donc remplir Bercy, l'accord arena, deux soirs de suite au mois de mars.
01:12Spectacle projeté en direct dans 300 salles de cinéma en France le dimanche 10 mars.
01:17Alors avant de connaître ce succès, vous avez connu des périodes difficiles financièrement,
01:21vous nous le disiez dans la première partie de ce podcast, une situation, vous le rappelez,
01:25que connaissent de très nombreux français.
01:28Vous savez, et ça je parle aux gens qui nous écoutent, c'est horrible de ne pas savoir comment on
01:33va payer son loyer,
01:34c'est horrible de devoir tout compter, c'est horrible d'aller dans un bar et de dire
01:39je ne vais pas prendre tel plat parce que là c'est vraiment chaud financièrement,
01:44d'avoir des appels de la banque, de ne pas savoir quand vous allez au distributeur
01:47s'ils vont vous donner 20 euros ou pas 20 euros, moi je me revois appeler ma conseillère
01:51à 18h30 en disant s'il vous plaît, laissez-moi 20 euros.
01:55Et en fait elle disait, moi je suis mère de famille, je ne peux pas refuser à un gamin de
01:5719 ans
01:58de tirer 20 euros pour aller acheter à manger.
02:00Donc si vous voulez, il y a eu cette période et puis cette injustice, mes parents qui perdent
02:04de tout alors qu'ils avaient donné toute leur vie dans ce magasin,
02:06ils venaient d'acheter une maison, on leur retire leur maison,
02:09on met des scellés sur les portes, on n'en doit rien, 400 balles par mois à deux,
02:12pas d'aide, à la rue quoi, enfin je veux dire c'est comme s'ils avaient fait quelque chose
02:16de mal
02:17alors c'est juste des commerçants quoi, qui ont travaillé du 7 jours sur 7
02:21pendant 20 ans ou 30 ans.
02:23Donc si vous voulez, avant que ça marche, moi je suis vraiment dans la merde,
02:27mes parents sont vraiment dans la merde, tout le monde est vraiment dans la merde.
02:30Jérémy Ferrari.
02:32Alors comme promis on en vient à cette première participation à l'émission de Laurent Ruquier,
02:36on ne demande qu'à en rire en 2010, je rappelle que vous avez 25 ans,
02:40vous êtes sur le point d'abandonner l'idée de devenir comédien,
02:44on ne demande qu'à en rire sur France 2, c'est une sorte de télé-crochet d'humour
02:47où les moindres rôles se font sortir par le jury en appuyant sur un buzzer.
02:52Racontez-nous comment ça se passe pour vous, le thème qu'on vous a donné pour votre sketch,
02:56c'est « Priver de crémation pour cause d'obésité ».
03:00J'ai des chaussures trouées, ça je m'en rappelle très bien,
03:03j'ai des chaussures parce que je me dis qu'il faut que je me fasse un peu beau, je
03:05passe à la télé.
03:06Donc j'avais mis un jean parce que j'avais rien d'autre, un t-shirt noir.
03:09En fait, comme je suis habillé comme aujourd'hui.
03:12En fait, je suis vraiment habillé exactement comme aujourd'hui.
03:15Et puis donc j'avais des chaussures de vide, mais pourave,
03:18donc je me rappelle qu'elles avaient un trou, mes chaussures de vide.
03:20Je me disais « Putain, j'espère que quand je vais monter les escaliers, ça ne va pas se voir
03:23».
03:23Donc je me rappelle très bien de ça.
03:24Et puis j'avais un de mes meilleurs amis qui me prête une veste de deux costumes,
03:27je dis « Bon allez, on y va ».
03:28Je descends les marches et je commence le sketch,
03:30et au début, il se passe ce que j'avais prévu, personne ne rit.
03:32« Mais je ne suis pas contre vous, écoutez, vous voyez bien,
03:35je veux dire, regardez, moi depuis ce matin, je suis aussi gêné que vous, je ne sais pas où me
03:38mettre.
03:39Mais le problème, c'est que votre mère non plus, on ne sait pas où la mettre.
03:42Parce que dans les frigos non plus, elle ne passe pas, votre mère.
03:44Alors en attendant, on l'a stockée dans la chambre froide de la boucherie de M. Martineau. »
03:48Pendant la première minute 30, personne ne rit, sauf Laurent, qui rit beaucoup.
03:52« Oui, enfin je suis désolé, mais renseignez-vous,
03:53mais je ne pense pas que les musulmans considèrent que votre mère soit d'anale, madame. »
03:57« Je ne suis pas le seul qui fait de l'humour noir,
04:00mais j'arrive avec un ton et une façon de le faire qu'on n'a jamais vu.
04:04Donc il y a vraiment un moment de sidération des gens. »
04:08« Non, j'ai conscience que la solution est un peu atypique.
04:10Mais écoutez bien, on fait une cuisse le jeudi.
04:13Non, mais pour les gens un petit peu moins proches de la famille, etc. »
04:17Et grâce à Laurent, cette état d'accélération va se lever.
04:19Parce que lui, comme il est mort de rire, ça lance un peu.
04:23« Ça autorise. »
04:23Et puis à un moment donné, il y a un public quand même.
04:25Donc il y en a un qui rit.
04:27En fait, je les chope au fur et à mesure.
04:28Et 2, 3, 4, 8, 10, 50, 40, 60.
04:31Et comme le sketch ne fait que monter en puissance,
04:34ça j'avais déjà bien la notion de la dramaturgie.
04:36Donc je savais qu'il fallait que je mette les trucs les plus soft au début et que je monte.
04:40Et donc, c'est de pire en pire.
04:42Donc si vous voulez, ils finissent par rire.
04:44« À mon avis en plus, si vous laissez une cuisse à M. Martineau,
04:46il vous fera la découpe gratuitement. »
04:48Et donc, on finit le sketch où tout le monde rigole.
04:50Parce que c'est abominable, ce qu'on va dire.
04:52« Écoutez, je ne sais pas.
04:53Je ne sais pas comment il faut faire, mais il faut faire quelque chose.
04:55Parce qu'en plus, la presse est en train de s'emmêler.
04:57On nous a rebaptisé le cimetière des éléphants.
04:59Oui, mais ça vous fait rire peut-être, mais pas moi, madame Cohen.
05:02Écoutez, on a même consacré une après-midi
05:04à l'appeler nos fournisseurs allemands.
05:06Je veux dire qu'ils sont quand même les spécialistes sur les gros volumes.
05:09« Oh non. Oh non. Oh non. »
05:11« Et vous dites quoi au fur et à mesure quand vous entendez les rires qui montent ? »
05:13« Je suis content parce que franchement, je ne m'y attendais pas.
05:15Je commence à prendre un peu confiance.
05:17Et du coup, je commence à être un peu meilleur aussi dans mon interprétation.
05:20Parce que l'interprétation, c'est 50% du sketch.
05:24Déjà, je suis allé au bout.
05:25Déjà, c'était incroyable. »
05:27« C'était un risque de ne pas aller au bout ? »
05:28« Ah non, mais j'étais convaincu absolument à 100% que j'allais me faire buzzer.
05:32En fait, quand le sketch est trop mauvais, vous êtes buzzé.
05:34Vous êtes dégagé. »
05:35J'étais convaincu que j'allais être buzzé, mais convaincu.
05:37Donc, déjà, je me retrouve sur le siège en haut à attendre les notes.
05:39Déjà, je n'étais pas préparé.
05:4217 de Laurent Ruquier.
05:43Alors là, parce que moi, Laurent Ruquier, en plus, j'admire.
05:47Parce que ma mère est fan.
05:48Ma mère, même moi, je me disais toujours,
05:50« Putain, s'il y en a un qui peut m'aider, c'est lui. »
05:52Je sentais dans son intelligence que j'allais bien m'entendre avec lui.
05:55Et il va faire un truc incroyable pour moi.
05:57C'est qu'il ne va pas seulement...
05:58Il va expliquer aux gens ce que je fais.
06:00Il va leur dire, « Est-ce que vous comprenez qu'il dénonce ça ? »
06:03Il va éduquer les gens à mon humour.
06:05Donc, c'est incroyable.
06:06Donc, comme il est malin, en gros, il dit,
06:08« Si ça vous fait rire, tant mieux.
06:10Si ça ne vous fait pas rire, comprenez ce qu'il est en train de faire. »
06:12Ce qui fait qu'il y a soit des gens que je fais rire,
06:15soit des gens juste que je ne fais pas rire,
06:16mais qui comprennent que c'est quand même bien de faire ce que je fais.
06:19À vous, Ferrari.
06:20Voici Jérémy Ferrari qu'on note.
06:22Le voici, Jérémy Ferrari.
06:23Papier, stylo, vous le notez.
06:25Et vous comparerez votre note avec les nôtres tout de suite après son sketch.
06:29Le voici, Jérémy Ferrari.
06:31Et vous devenez petit à petit l'un des piliers de l'émission
06:34avec des gens comme Arnaud Samer,
06:36à ce moment-là, vous vous dites quoi ?
06:37« Ça y est, j'y suis arrivé. »
06:39Non, pas du tout.
06:39À ce moment-là, je me dis,
06:41je ne sais pas combien de temps ce coup de chance va durer,
06:44mais il faut absolument que je mette de l'argent de côté.
06:49Donc, je pense honnêtement,
06:50je suis convaincu à ce moment-là que ça ne va pas continuer,
06:54que c'est un coup de bol.
06:55Quand même que je le mérite et tout,
06:57j'ai quand même conscience en moi,
06:58et je me dis que je travaille comme un chien tous les sketchs et tout ça.
07:01Et donc, je me dis,
07:02bon, ça va peut-être faire décoller un peu le truc dans mes salles.
07:05Donc, je me dis que potentiellement,
07:07je suis peut-être en train de vivre le début de ma carrière quand même.
07:09Mais je ne suis pas très sûr de moi encore.
07:11Ça va mettre un petit moment.
07:13Votre premier spectacle, Alléluia Bordel, arrive dans la foulée.
07:16Vous y parlez d'un des thèmes les plus difficiles pour un humoriste,
07:19la religion.
07:21Pourquoi ce choix ?
07:22Ce n'était pas un choix.
07:22En fait, je voulais étudier un peu la philosophie.
07:26Donc, j'ai commencé par Socrate, Platon, Aristote.
07:28Et en fait, ils faisaient beaucoup référence à la Bible dans ses écrits.
07:31Donc, je me suis dit, en fait, ce n'est encore pas le début.
07:33En fait, comme je n'avais pas de méthodologie,
07:35je me suis dit, je vais commencer tout ce qu'il y a à lire dans le monde.
07:37Je vais commencer par le début et je vais remonter petit à petit.
07:40Ce qui est complètement illusoire.
07:41Mais bon, à l'époque, comme je n'avais rien lu, je ne le savais pas.
07:44Je n'avais pas la culture pour le savoir.
07:46Et peut-être qu'il faut que je lise la Bible.
07:48Alors, donc, j'ai lu la Bible.
07:49Et puis, il y a plein de choses qui m'ont beaucoup fait rire.
07:51Je me suis dit, mais ce n'est pas possible, personne ne l'a lu, en fait.
07:53Puis après, j'ai dit, je vais lire la Torah.
07:56Alors là, j'ai eu une bonne nouvelle.
07:57C'est qu'on m'a dit, tu viens de la lire, en fait,
07:58parce que tu as lu l'Ancien Testament et le Nouveau.
08:00Donc, dans l'Ancien Testament, les premiers chapitres de l'Ancien Testament,
08:02c'est la Torah.
08:03Ah, j'ai eu une bonne nouvelle.
08:04Donc, il ne me manque plus que le Coran.
08:05Donc, j'ai lu le Coran.
08:06Et puis, j'ai noté tout ce qui me faisait rire.
08:09Tout ce que j'estimais être un peu absurde ou rigolo.
08:13Voilà, tout ce qui me faisait marrer, en fait.
08:15Et puis, je me suis dit, je vais faire un spectacle dessus.
08:18Donc, après, je suis allé voir des rabbins, des pasteurs, des imams,
08:21des prêtres, discuter avec eux.
08:24Je ne voulais pas dire d'ânerie.
08:26Après, mon interprétation, il est vannes.
08:27Mais je ne soumettais pas à leur avis,
08:29sinon, je n'écrivais pas de spectacle.
08:30Mais en tout cas, être sûr que je ne disais pas de bêtises.
08:32Ça, c'était très important.
08:34Et puis, voilà.
08:35Mais au début, le spectacle, elle est lui à bordel.
08:36Il ne marche pas.
08:37C'est quand je commence à passer la télé qu'il marche.
08:39Au début, je le joue, il ne marche pas trop.
08:40C'est l'effet vu à la télévision qu'il a...
08:41Non, c'est parce qu'en fait, je n'avais pas de crédibilité.
08:43C'est-à-dire qu'un mec de 20 ans, 21 ans,
08:46j'ai la Bible dans la main,
08:47les gens ne comprenaient pas trop, en fait.
08:48Est-ce que c'est vrai ce qu'il dit ?
08:50Qui est ce mec ?
08:51Le fait que je passe à la télé
08:52et que j'avais habitué les gens
08:54à traiter des sujets d'actualité,
08:56ça a commencé à donner une véracité dans mon propos.
08:57Une légitimité.
08:58Une légitimité.
08:59Et donc, du coup, ils ont commencé déjà un peu plus à rire.
09:01Mais le vrai déclic d'Alléluia Bordel,
09:03ce qui va faire le succès d'Alléluia Bordel,
09:04c'est quand je commence un jour...
09:06En fait, c'est un jour sur deux.
09:07Un jour ça rie, un jour ça rie pas.
09:09Et en fait, je me dis, putain,
09:09en fait, il y a encore des gens
09:10qui pensent que je raconte des conneries.
09:12Donc il faut que je descende dans la salle
09:13et que je leur fasse lire les extraits,
09:14qu'ils comprennent, en fait.
09:15Et c'est ce que j'ai commencé à faire.
09:17Et là, ça a été le déclic de succès d'Alléluia Bordel.
09:19Je vais m'approcher...
09:20Ah non, non, par contre,
09:21n'essaie pas d'être drôle ni rien.
09:23Non, non, vraiment, souvent,
09:24les gens après ont honte d'eux.
09:26C'est ta femme à côté ?
09:27Oui.
09:27Elle le sait, regarde,
09:28elle a déjà honte pour toi.
09:30Il fait ça en soirée, madame,
09:31il essaie d'être rigolo,
09:31et après les gens font...
09:40C'est pour que tout le monde t'entende bien.
09:42L'homme aux testicules écrasés.
09:45Je vous remercie.
09:47C'est un petit peu long, la lecture, hein ?
09:52Aïe, aïe, aïe.
09:54La consanguinité fait des dégâts dans la région, hein ?
09:58À ce moment-là,
09:59il y a des milliers de personnes
10:00qui découvrent votre humour très noir.
10:03Vous arrivez à dire des horreurs sur scène,
10:05mais ça passe toujours.
10:05Comment vous faites pour que les gens acceptent ça ?
10:08C'est déjà beaucoup, beaucoup, beaucoup,
10:09beaucoup, beaucoup de travail.
10:11Alors le travail, ça comprend plein de choses.
10:12Déjà, ne jamais faire gratuit,
10:13ne jamais attaquer gratuitement.
10:15C'est très important.
10:16Il faut qu'il y ait un petit sujet derrière, quoi.
10:18C'est toujours mieux.
10:19C'est bien qu'il y ait eu un événement,
10:21quelque chose qui fait que
10:22vous avez laissé traiter ce sujet.
10:24Que vous êtes en réaction
10:25et non pas en attaque, en fait.
10:28Déjà, ça change la donne depuis le départ.
10:30Si vous décidez, par exemple,
10:32de traiter, j'en sais rien, moi, du racisme,
10:34c'est bien de vous appuyer sur un acte.
10:36Surtout si vous devez jouer un raciste,
10:38c'est-à-dire que moi,
10:39moi, je fais de la caricature,
10:40donc je vais jouer un raciste.
10:41Donc c'est bien si je me réfère
10:43à un fait d'actualité,
10:44parce qu'on comprend que c'est
10:44une forme de dénonciation.
10:46Donc déjà, pas gratuit.
10:48Énormément travailler son sujet
10:49pour être extrêmement drôle.
10:51C'est-à-dire ne jamais louper sa cible.
10:54Parce qu'en gros,
10:55moi, je vous vois comme des cibles.
10:56Je dois vous faire rire.
10:57Donc il ne faut pas que je loupe.
10:59Si vous avez ri,
11:00je vous ai dans ma poche.
11:02Donc c'est si vous ne riez pas
11:03que vous pouvez m'en vouloir.
11:04Mais il faut que je vous fasse rire.
11:05Donc ça ne marche pas à tous les coups,
11:06mais il faut voir au maximum.
11:08Et puis après,
11:09honnêtement,
11:10je pense que c'est vraiment
11:10ce que vous dégagez
11:11dans votre voix,
11:12dans vos yeux.
11:13Et je pense que les gens,
11:14je pense que ça se ressent
11:16vraiment très fort,
11:17qui je suis.
11:19Et j'insulte les gens,
11:20je leur dis des choses,
11:21mais abominables.
11:22Mais vous savez,
11:23des fois, je vais descendre dans le public
11:24et les gens, ils me disent
11:24« Ah ben, tu n'as pas l'air en forme. »
11:26Des fois, je fais des conneries
11:28et la personne me dit
11:28« J'ai un cancer. »
11:29Je vous jure,
11:30je vannes la personne.
11:31Et en fait,
11:32tout le monde rit.
11:35des gens dans des salles,
11:36je pense que 99%
11:37de mes collègues humoristes
11:38se seraient juste excusés.
11:40Mais moi, je fais toujours une balle,
11:41j'aurai toujours.
11:42En fait, il y a quelque chose
11:43où on sent qu'il n'y a pas
11:44la moindre once de méchanceté
11:46dans ce que je dis.
11:47Malgré que je dise des horreurs, en fait.
11:48Et d'ailleurs,
11:48il n'y a jamais eu de polémique
11:50à Jérémy Ferrari
11:50et malgré tous les thèmes
11:52ultra sensibles que vous traitez.
11:54Contrairement à ce qu'on pense.
11:55Parce que tout le monde est convaincu
11:57qu'il y a eu plein de polémiques.
11:59Mais en fait,
11:59il n'y a jamais eu de polémique.
12:01Il y a eu des sketchs
12:01qui ont moins plu que d'autres.
12:02Oui, mais un vrai truc,
12:04un tollé,
12:05il n'y a pas eu.
12:06Après, ça ne veut pas dire
12:06qu'il n'y aura jamais.
12:07Je peux toujours écrire
12:08un mauvais sketch.
12:09Ça arrive.
12:10Mais pour l'instant,
12:10il n'y a pas eu.
12:11Et même si ça arrive,
12:13j'espère qu'on me pardonnera.
12:14Parce que ça fait quand même
12:1415 ans que je le fais.
12:16Après, on n'est pas infaillible.
12:17Je peux toujours faire un sketch
12:18qui me plaira moins qu'un autre.
12:19Je peux me tromper.
12:20Mais pour l'instant,
12:21pour l'instant, ça va.
12:22Vous jouez Alléluia Bordel
12:24jusqu'à 2014.
12:25Il y a donc la télé à côté.
12:27Donc, Laurent Ruquier sur France 2.
12:29C'est le début du succès.
12:30Vous allez monter
12:31plusieurs entreprises,
12:32des sociétés de production.
12:34Comment est-ce que vous vivez
12:35ce changement de vie,
12:36ce changement de statut social quelque part ?
12:38En fait, je ne le vis pas vraiment.
12:40C'est un peu étrange,
12:41mais je le vis à la fois bien
12:43et pas bien.
12:45C'est-à-dire qu'en fait,
12:45ce qui est très étonnant,
12:46c'est que je me suis plus réjoui
12:48des petites sommes
12:49que j'ai gagnées au début
12:50que des grosses sommes
12:51que j'ai pu gagner après.
12:53Parce que tout d'un coup,
12:54je gagnais, je ne sais pas,
12:54je touchais une SACEM,
12:55je gagnais 15 000 euros de SACEM.
12:58Au moment où je les touche,
12:59je me dis,
12:59mais ça résout
13:00tous les problèmes de ma life.
13:02C'est-à-dire que tout d'un coup,
13:03je n'ai plus d'AGO,
13:04je peux refaire des courses normalement,
13:06je peux sortir boire des verres
13:07avec mes copains,
13:08je peux inviter ma copine au restaurant,
13:10je peux donner un peu d'argent
13:12à la famille.
13:13Voilà.
13:13La deuxième étape,
13:14ça a été encore un peu plus d'argent.
13:16Là, j'ai pu acheter une maison
13:17à mes parents.
13:18Mais même moi,
13:19j'ai pris un appartement
13:20dans le 17ème mieux
13:21que celui que j'avais avant.
13:22le premier pas,
13:24il est tard.
13:25Il est tard.
13:26Et déjà,
13:26à cette époque-là,
13:27je dis,
13:27bon,
13:28déjà,
13:28j'ai mis un loyer
13:29à 2 000 euros par mois,
13:30ça me semblait,
13:31mais colossal.
13:33En vrai,
13:34l'argent que je gagne,
13:34au départ,
13:35je ne sais pas vraiment
13:35quoi en faire.
13:36Vous voyez,
13:36moi,
13:36à partir du moment
13:37où j'ai un bel appart,
13:37je peux aller en vacances,
13:39j'acheter une maison
13:40de mes parents,
13:40enfin,
13:41vous voyez,
13:42j'en fais quoi de l'argent ?
13:43Je n'ai pas les vêtements
13:44de luxe,
13:45je ne vois pas l'intérêt.
13:46Donc,
13:47c'est là où on commence
13:48à avoir envie
13:49de monter une société,
13:49on se dit,
13:50mais en fait,
13:50cet argent,
13:50on peut l'investir
13:51dans des artistes,
13:52etc.
13:53Et là,
13:54comme je dis toujours,
13:55je me lève encore
13:55dans ma maison le matin
13:56en me disant,
13:57c'est incroyable,
13:57cette maison magnifique
13:59que j'ai.
14:00Alors maintenant,
14:01ça fait 15 ans
14:02que je gagne très bien ma vie,
14:03donc je me suis habitué,
14:04évidemment,
14:05à ce train de vie,
14:06mais après,
14:06je ne suis pas dépensier.
14:07Je le dis aux cambrioleurs,
14:08je n'ai rien de valeur chez moi,
14:09je n'ai pas de tableau,
14:11je n'ai pas de montre,
14:12je n'achète rien de valeur,
14:13ça ne m'intéresse pas,
14:14en fait,
14:14je n'ai pas envie
14:15d'acheter une montre
14:16à 50 000 euros,
14:16je trouve ça débile,
14:17en fait.
14:18Quand votre carrière décolle,
14:19du coup,
14:19vous en êtes tout
14:20au niveau psychologique,
14:21au niveau de votre psychisme
14:23et au niveau de vos addictions,
14:24est-ce que c'est là
14:24que vous commencez à boire plus
14:25et de façon problématique ?
14:26Non,
14:27non,
14:27ce n'est pas du tout là,
14:29c'est bien plus tard.
14:30Non,
14:30mais je bois toujours
14:31de manière problématique,
14:32mais sauf que je ne bois pas
14:32tous les jours.
14:33Tous mes proches,
14:35pourrais vous dire,
14:35à l'époque,
14:36quand ils buvaient,
14:36c'était problématique,
14:37parce que je ne m'arrête pas
14:38de boire,
14:38c'est-à-dire que je commence
14:39à 18h,
14:39ou je peux commencer à 10h,
14:40si il y a un truc
14:41qui fait concorre à 10h,
14:42je ne m'arrête pas.
14:42C'est-à-dire que si il y a
14:43un repas de midi
14:44et que je commence à boire
14:45à 10h,
14:45je suis incapable
14:45de m'arrêter de boire.
14:46Donc là où les gens,
14:47à 15h,
14:47ils vont rentrer chez eux,
14:48moi c'est impossible,
14:49je continue de boire
14:50jusqu'à ce que je tombe
14:51le soir,
14:51à minuit ou une heure du matin.
14:52Donc je bois déjà
14:53de manière problématique,
14:53mais je ne bois pas
14:54tous les jours,
14:54je maîtrise
14:55les jours de consommation.
14:57Donc ça va,
14:58on dit juste
14:58à un bon vivant,
15:00bon voilà,
15:00les conneries qu'on dit
15:01quand il y a des gens
15:02qui boivent trop,
15:03il aime la vie,
15:04et puis que rien,
15:05bon voilà.
15:06Donc à ce moment-là,
15:07j'ai toujours
15:07mes maladies invisibles,
15:08évidemment.
15:10Donc je vis avec
15:11toutes les phases émotionnelles
15:13qui me traversent dans la tête,
15:14mais de toute façon,
15:15la vie elle est tellement
15:15déjà dure,
15:16si vous voulez,
15:17avant que ça commence
15:18à marcher,
15:19la vie est déjà tellement rude
15:20qu'en réalité,
15:21je n'ai pas trop le temps
15:22de me plaindre,
15:22j'ai évidemment
15:23des crashs émotionnels,
15:25des crises d'angoisse,
15:26des crises de parano,
15:27des crises,
15:27enfin j'ai un milliard
15:28et demi de trucs
15:29qui se passent dans ma tête,
15:30mais j'ai le quotidien
15:30à gérer qui est dur,
15:32et voilà,
15:32et je suis plus jeune,
15:33donc j'essaie
15:35de voir des spécialistes
15:35qui me disent
15:36qu'il n'y a rien qui va,
15:37évidemment dès que je bois
15:38une goûte d'alcool,
15:39j'ai envie de pleurer,
15:39j'ai envie de mourir,
15:40parce qu'il y a tout
15:41qui y ressort,
15:41je vis toute cette période-là,
15:43mais je me dis
15:44bon ça va passer,
15:45ça va passer,
15:45c'est parce que la vie
15:46elle n'est pas facile.
15:47Le 16 janvier 2016,
15:49vous participez
15:49à l'émission de Laurent Ruquier,
15:50On n'est pas couché,
15:51le premier ministre,
15:52Manuel Valls,
15:53est l'invité principal,
15:54avant ce rendez-vous,
15:55Laurent Ruquier
15:56vous conseille
15:57de rester plutôt prudent,
15:58de ne pas trop bousculer
15:59le chef du gouvernement,
16:00mais ça ne se passe pas comme ça,
16:02vous l'interpellez
16:02notamment sur la présence
16:03de l'homme fort du Gabon,
16:05Ali Bongo,
16:05au défilé en hommage
16:07aux victimes
16:07de l'attentat de Charlie Hebdo
16:08un an plus tôt,
16:09vous lui dites quoi
16:10en résumé ce soir-là ?
16:11Alors,
16:12j'aimerais revenir sur une chose
16:13parce que c'est important,
16:14quand Laurent Ruquier me dit
16:15ne bouscule pas trop
16:16le premier ministre,
16:17c'est pas pour protéger
16:18le premier ministre,
16:18c'est pour me protéger moi.
16:20Parce qu'il faut bien
16:21remettre dans le contexte,
16:21quand on démarre
16:23la promo de Vente de pièces
16:25à Véroutes,
16:25qui est un spectacle
16:26qui traite du terrorisme,
16:27il y a la tuerie du Bataclan.
16:29Tout le monde est sous le choc,
16:30tout le monde est...
16:31Voilà, évidemment
16:31les ventes de billets
16:32de spectacles s'arrêtent nettes,
16:33et moi on m'annule
16:34toutes mes promos,
16:35parce qu'un spectacle d'humour
16:37sur le terrorisme
16:38alors qu'on est encore
16:39en train d'enterrer les victimes,
16:40si vous voulez,
16:40évidemment,
16:41ça n'est pas possible.
16:42Donc voilà,
16:43et en fait il m'appelle
16:43quelques jours avant
16:44pour me dire,
16:45écoute,
16:45ta tournée est en grande difficulté
16:47puisque plus personne
16:48n'a envie d'aller au théâtre
16:49ni de dort se voir,
16:50et on va vraiment dire
16:51que le spectacle est génial
16:52et on va te mettre
16:52une belle place dans l'émission.
16:54Donc,
16:55il y a Manuel Valls
16:56qui va venir,
16:57prends pas trop de risques,
16:58parce qu'en plus
16:58il va aller sur ce sujet-là,
17:00du Bataclan et tout ça,
17:02si tu fais un débat avec lui
17:03et que t'es pas à la hauteur
17:04du débat,
17:05tu vas te décrédibiliser
17:06parce qu'il va parler
17:07de ton sujet
17:07et ça serait dommage
17:08de gâcher ta promo
17:08et après tu fais ce que tu veux.
17:10Emmanuel Valls
17:10est Premier ministre
17:11et vous êtes face à lui.
17:12Et je suis face à lui
17:13et puis donc effectivement
17:15il va déblatérer
17:16tout un tas
17:18d'absurdités,
17:20tout est à mon sens
17:21à vomir
17:22et puis à un moment donné
17:23il y a une espèce
17:24de truc d'image,
17:25de photo
17:25où on voit François Hollande
17:26au bras d'Ali Bongo
17:28pour la marche
17:29pour la liberté d'expression
17:30et là Laurent se dit
17:32ah, peut-être
17:32je peux lui donner
17:33la parole là-dessus
17:34et donc Laurent dit
17:34qu'est-ce que vous en pensez Jérémy ?
17:36Et donc on se met
17:36à parler d'Ali Bongo.
17:37Répondez simplement
17:38à ça,
17:39comment vous expliquez
17:40qu'Ali Bongo
17:41se retrouve
17:42en première tête
17:43d'une marche
17:45pour la liberté d'expression ?
17:46Ce que je veux dire
17:46simplement c'est que
17:47on peut après rentrer
17:48dans des détails
17:48parce que c'est là
17:49où vous allez nous perdre
17:51parce que c'est ce que vous faites
17:51en fait.
17:52Vous vous posez une question
17:52et vous nous perdez.
17:53Moi je vous réponds simplement
17:55je vous assure
17:57j'ai terminé
17:58dans deux phrases.
17:59Moi ce que je vois simplement
18:00c'est que là
18:01vous êtes venu nous parler
18:01deux choses ce soir
18:03après les événements.
18:04sur vos plus beaux discours
18:05après les morts
18:06c'est formidable
18:06on trouve ça génial
18:07ça va vachement nous aider
18:08et la deuxième chose
18:09je suis désolé
18:10et la deuxième chose
18:11c'est une loi
18:11qui ne concerne personne.
18:13Sur les quatre personnes
18:14qu'on connaît
18:15les terroristes
18:16qui ont frappé
18:16il y en a un qui est concerné
18:17par cette loi
18:18vous le savez très bien.
18:19Ça vous l'aviez déjà dit
18:20Jérémy Ferrand.
18:21Je vais vous répondre
18:22d'abord laissons Ali Bongo
18:23parce que dans cette manifestation
18:25Moi je détermine Ali Bongo
18:26tout de suite dans mes mots
18:27comme étant dictateur
18:28donc je dis
18:28le dictateur Ali Bongo
18:30et je pense que Manuel Vasse
18:31a fait l'erreur
18:32c'est qu'il ne me reprend pas
18:33alors qu'en réalité
18:33tout de suite
18:34il aurait dû dire
18:35non mais je ne peux pas
18:35vous laisser dire ça
18:36il a été élu démocratiquement
18:38blablabla
18:38il ne le fait pas
18:39ce qui fait que
18:41il me laisse parler avec lui
18:42en disant dictateur
18:43donc je pense que dans son cerveau
18:44ça devient
18:45un peu banal quoi
18:47et à un moment donné
18:48dans le débat
18:49il parle d'un autre mec
18:50en disant
18:51qui lui a été élu
18:53démocratiquement
18:54et donc
18:55je remonte en disant
18:56donc on est bien d'accord
18:56que Ali Bongo
18:57n'a pas été élu
18:57et Manuel Vasse
18:58ça c'est une phrase incroyable
18:59où il dit
19:00pas comme on l'entend
19:02ce qui lui vaudra
19:03un incident diplomatique
19:05vous retenez Ali Bongo
19:06moi je retiens
19:08et le président
19:09de l'autorité palestinienne
19:10et le premier ministre israélien
19:12et surtout
19:13un autre africain
19:14élu lui
19:15Ibrahim Boubacar
19:16ah parce qu'il n'est pas élu
19:16Ali Bongo finalement
19:17non
19:18pas comme on l'entend
19:20donc il y a ce clash
19:21ensuite on va parler
19:22de ce qui s'est passé
19:23au Bataclan
19:23et là je vais rentrer
19:24en attaque très frontale
19:26envers ce gouvernement
19:27leurs décisions politiques
19:28etc etc
19:29et ce débat
19:30va tourner plutôt en ma faveur
19:31même très en ma faveur
19:33avec les maladresses
19:34que comprend ce débat
19:35c'est à dire que
19:35quand je l'ai revu
19:36moi récemment
19:36il y a 2-3 mots
19:37qui sont un peu maladroits
19:38mais tout le monde
19:39va tellement sentir
19:40que je suis sincère
19:40tout le monde comprend
19:41ce que je veux dire
19:42que ça va suffire
19:43et là dessus
19:44Manuel Valls part
19:45je m'assois
19:46et là il y a le mois
19:47que Léa Salamé
19:47et Laurent Ruquier disent
19:48tu es un génie
19:49alors forcément
19:50si vous voulez
19:51je crois qu'on a vendu
19:5355 000 places
19:54en 2 ou 3 jours
19:54enfin ça a été n'importe quoi
19:56et ça a sauvé ma tournée
19:57ça a relancé
19:59Vendepièces à Véro
19:59c'est un tournant
20:00cette émission
20:00parce qu'elle marque
20:02pour le grand public
20:03le fait que vous êtes
20:03l'humoriste qui dénonce
20:05l'humoriste qui tient la tête
20:06aux puissants
20:07et du coup
20:08c'est une marque de fabrique
20:09qui est en train de s'installer
20:10en direct à la télévision
20:10ce soir là
20:11oui c'est une marque de fabrique
20:12et elle est sincère
20:13c'est à dire que
20:14en vrai
20:15si on est totalement honnête
20:16je risque gros en faisant ça
20:17parce que derrière
20:18c'est toute ma tournée
20:19donc c'est ma carrière
20:20et c'est une jeune carrière
20:20j'ai eu qu'un seul succès
20:21c'est mon premier spectacle
20:22je suis pas encore installé
20:24et si j'avais mal géré mon débat
20:27vraiment je pense
20:27que je passais pour un idiot
20:28et que j'aurais détruit ma promo
20:31et ma tournée
20:32mais
20:34je ne pouvais pas en fait
20:35le laisser parler
20:35en me disant
20:36si je le laisse parler
20:37je vais pas arriver
20:38à me regarder dans un miroir
20:38demain matin
20:39L'autre marque de fabrique
20:40que vous montrez
20:41dans Vendepièce
20:42c'est une propension
20:44à se documenter
20:45qui est hallucinante
20:47vu que vous laissez
20:48sur les planches du théâtre
20:50la somme de documents
20:51que vous avez amassés
20:52pour construire vos spectacles
20:54faire rire
20:55c'est malgré tout
20:56une affaire très sérieuse
20:57pour vous
20:57et c'est obligatoire
20:59d'être dans la vérification
21:01en permanence
21:01avant de faire une blague ?
21:02Oui c'est obligatoire
21:04parce que c'est ce que
21:04j'ai promis aux gens
21:05je promets aux gens
21:06les gens sont
21:10les gens ne croient plus
21:11dans les médias
21:12malheureusement
21:14pour survivre
21:14les journaux maintenant
21:15sont obligés
21:16d'être dans la surenchère
21:17que ce soit
21:17les chaînes de télévision
21:18les chaînes d'information
21:19la presse
21:20est obligée d'être
21:21dans la surenchère permanente
21:22et ça
21:24dilue l'information
21:25ça fait qu'il y a
21:26de la mésinformation
21:28de la désinformation
21:29de la surinformation
21:29et les gens sont perdus
21:31donc
21:33je fais des spectacles
21:34documentés
21:34de trois heures
21:35ou deux heures
21:35ou deux heures et demie
21:36en promettant aux gens
21:37de l'information
21:38donc si moi
21:39je dis des bêtises
21:40alors je perds
21:42toute crédibilité
21:43ça c'est la première chose
21:44et la deuxième chose
21:45c'est que ça s'appelle
21:46juste du respect
21:46c'est à dire que
21:47quand je promets aux gens
21:48quelque chose
21:49alors il faut tenir sa promesse
21:50donc je travaille énormément
21:51mes sources
21:51ça veut pas dire
21:52que je ne dirai jamais de bêtises
21:53mais si je dis une bêtise
21:54ça sera toujours
21:55avec un article
21:56ou deux ou trois
21:57à la clé quoi
21:57vendre de pièces à Beyrouth
21:58est un succès populaire
22:00et malgré ce succès
22:01vous vous sentez
22:02toujours très mal
22:03au fond
22:03à quoi ressemble
22:05votre vie
22:05pendant ces années-là ?
22:07je travaille
22:07alors je travaille
22:08tous les jours
22:08donc les premiers temps
22:10je ne bois que le soir
22:12par exemple
22:12donc en fait
22:13la journée
22:13je ne fais que travailler
22:14comme je fais maintenant
22:15je vais même faire du sport
22:16et sauf que
22:17quand je rentre du sport
22:17là je commence à boire
22:18des litres de rosé
22:19le soir
22:20deux bouteilles
22:20trois bouteilles
22:21quatre bouteilles
22:22et je suis jeune
22:23et j'ai une bonne constitution
22:24donc je tiens bien
22:26le choc de ça
22:26ce qui fait que le lendemain
22:27j'arrive à dormir
22:284-5h
22:29à être en forme
22:29et à recommencer
22:31donc au début
22:32c'est des journées
22:33assez normales
22:33après je suis évidemment
22:34tiraillé
22:35par mes troubles
22:36de mes maladies invisibles
22:37parce que je suis
22:38obsessionnel compulsif
22:38obsessionnel idéatif
22:40trouble de attention
22:41et hyperactivité
22:42donc je suis tiraillé
22:43mais bon si je vous raconte
22:44à ce moment-là
22:44ce qui se passe dans ma tête
22:45ça vient pour des heures
22:46mais dans les grandes lignes
22:48c'est des crises
22:49c'est-à-dire que vous êtes
22:50très de bonne humeur
22:51plus du tout de bonne humeur
22:52les rapports avec les gens
22:54sont très compliqués
22:55vous avez des crises d'angoisse
22:56des crises de parano
22:57vous ne dormez plus
22:57vous avez des crises de larmes
22:59vous avez des
22:59vous avons eu de mourir
23:00vous avez des idées noires
23:01en permanence
23:02et puis moi j'ai des obsessions
23:03donc je vois des flashs
23:04j'ai des images horribles
23:05dans ma tête tout le temps
23:06donc j'ai des parasites
23:09internes
23:09dans mon cerveau
23:10qui pourrissent ma vie
23:12mon quotidien
23:12mes pensées
23:13mes relations amoureuses
23:14mes relations amicales
23:16voilà
23:16mais dès que je travaille
23:17ça va
23:17donc je travaille tout le temps
23:19En 2016
23:19en début d'année
23:20pendant une période
23:21de plusieurs mois
23:22vous sombrez complètement
23:23dans l'alcoolisme
23:24vous ne dormez plus
23:25que quelques heures par nuit
23:26et un soir
23:27le vendredi 27 mai 2016
23:29vous êtes dans un hôtel
23:30d'Aix-en-Provence
23:31pendant votre tournée
23:32pour vent de pièces
23:33à Beyrouth
23:34le lendemain
23:35vous êtes attendu à Nice
23:36vous vous disputez
23:37avec votre compagne
23:39vous en parlez
23:39sur scène
23:40et vous racontez aussi
23:41que vous avez failli
23:42vous suicider
23:43vous êtes monté
23:44sur le rebord
23:45de la fenêtre
23:45de cet hôtel
23:46et vous avez eu
23:47envie de sauter
23:49j'avais déjà eu
23:50des moments
23:51dans ma vie
23:52en dépression
23:53avec des cachets devant moi
23:54je me dis
23:55je vais prendre des cachets
23:56je vais disparaître
23:56des trucs un peu comme ça
23:57mais l'envie n'était
23:58il y avait toujours
23:59une certaine lucidité
24:00un certain truc
24:01qui fait que je passais pas
24:02à l'acte
24:02donc j'ai jamais considéré
24:03ça comme des tentatives
24:04de suicide
24:05mais ce jour là
24:06il y a vraiment eu
24:07un décrochage
24:08de mon cerveau
24:09et j'ai regardé le vide
24:11en éprouvant énormément
24:12de joie
24:13voire d'euphorie
24:14à l'idée de sauter
24:15parce que tout un coup
24:16ça m'a semblé
24:17une porte de sortie
24:19merveilleuse
24:19et accessible
24:20immédiatement
24:21et j'ai vraiment
24:23poussé sur mes bras
24:23pour partir
24:24et c'est au moment
24:25où j'ai senti
24:26je glissais
24:26que mon instinct de survie
24:27certainement s'est réveillé
24:28et m'a rattrapé
24:30ce qui fait que
24:31j'ai compris
24:32comment les gens
24:33et pourquoi les gens
24:34qui se suicident
24:35comment ils trouvent la force
24:36vous savez parfois
24:37moi j'ai eu
24:38dans mon entourage
24:38malheureusement
24:39j'ai eu des suicides
24:40et on se demande toujours
24:41mais comment
24:42comment tu trouves la force
24:44sur ce dernier instant
24:45de la décision
24:47et en fait
24:47je crois que c'est ça
24:48quand vous évoquez sur scène
24:50cette tentative de suicide
24:51le public
24:52en salle
24:53est sidéré
24:54sous le choc
24:55est-ce que vous avez
24:56hésité à retirer
24:58ce passage du spectacle ?
24:59non j'ai pas eu envie
25:00de retirer
25:01jamais
25:02je me suis beaucoup
25:02posé la question
25:03de savoir si j'allais
25:04le raconter
25:05mais une fois que je l'ai raconté
25:06je me suis pas posé la question
25:07mais oui
25:07avant évidemment
25:08c'est la question de base
25:09comment ça va être pris
25:10est-ce que ça va aider les gens
25:12est-ce que les gens vont me juger
25:13est-ce qu'ils vont me croire
25:14est-ce qu'ils vont pas
25:14est-ce qu'on va m'accuser
25:15de raconter ça
25:16pour faire des entrées
25:17enfin voilà
25:17toutes les questions
25:18qu'on peut se poser
25:19et puis la famille aussi
25:20comment elle va le percevoir
25:20moi j'en ai parlé à ma mère quand même
25:22parce que
25:22je raconte des trucs
25:23un peu de famille
25:24dans le truc
25:25il y a pas mal de choses
25:26que je raconte de ma famille
25:27qui sont vraies
25:27alors ce que j'ai fait
25:28c'est que j'ai mélangé les histoires
25:29j'ai changé les prénoms
25:30pour pas que les gens se sentent
25:32parce que je veux pas blesser ma famille
25:33mais oui
25:34on se pose un milliard et demi de questions
25:36quand on arrive à ça
25:37quelques semaines après cette nuit
25:38vous commencez une cure
25:39de désintoxication
25:40dans un centre en Suisse
25:41et vous êtes pris en charge
25:42par des spécialistes
25:43des spécialistes
25:44qui vous comprennent
25:45qui comprennent ce que vous avez
25:46oui alors j'avais rencontré
25:47un psychiatre
25:49déjà à Paris
25:50qui lui avait démarré
25:52déjà un diagnostic
25:52et qui avait commencé à m'aider
25:54après je pars en cure
25:55et en cure là je vais rencontrer
25:56on va finir le travail
25:57mais après j'ai creusé
25:58sur scène
25:59je fais un résumé
26:00parce que j'ai pas le temps
26:00d'aller trop dans les détails
26:02mais par exemple
26:02sur les obsessions
26:03je suis allé voir des experts
26:04à Lille
26:04pour mettre un mot
26:05sur un nom
26:06sur mes obsessions
26:07donc j'ai pas eu les réponses
26:08tout de suite
26:08j'ai eu 80% des réponses
26:10en cure
26:10et le reste je l'ai trouvé
26:12au fur et à mesure
26:12aussi en cherchant
26:14parce que l'addiction
26:15par exemple en France
26:16on est vraiment à la ramasse
26:17c'est vraiment une catastrophe
26:19donc il faut pas hésiter
26:20à aller voir un peu aussi
26:21parfois du côté de la Suisse
26:22de l'Allemagne
26:23des anglo-saxons
26:24des américains
26:25voilà
26:26Poser ce diagnostic
26:27donc au potentiel intellectuel
26:29trouble de l'attention
26:30avec hyperactivité
26:31donc justement
26:32le fait de mieux
26:32vous comprendre
26:33de mieux savoir
26:33ce qui se passait
26:34en fait dans votre cerveau
26:35ça vous a permis quoi ensuite ?
26:36ça m'a permis d'aller mieux
26:37parce qu'en fait
26:38déjà vous ne vous sentez plus fou
26:41tout ce que vous ne comprenez pas
26:42dans vos réactions
26:43dans votre ressenti
26:44dans vos mots
26:45dans votre cerveau
26:46dans vos nuits
26:46dans vos cauchemars
26:47dans vos rêves
26:48dans votre relation aux autres
26:49dans votre quotidien
26:51dans vos angoisses
26:52dans vos mal-être
26:53dans vos mal-aise
26:54tout ce qui fait
26:55que le quotidien
26:55est si dur
26:56à vivre
26:57tout à coup
26:59tout est expliqué
26:59parce que
27:00est-ce que vous avez ça
27:02dans votre vie ?
27:02bah oui
27:03alors ça c'est à cause de ça
27:03ça c'est à cause de ça
27:04ça ça rentre en conflit avec ça
27:06donc c'est ça
27:06donc c'est ça
27:07donc du coup
27:08non seulement ça vous permet
27:09de mieux vivre le truc
27:11et puis ça vous permet
27:11de vous comprendre
27:12et donc
27:12de commencer à apprendre
27:14à vivre différemment
27:15déjà ça vous permet
27:16de vous pardonner aussi
27:17de vous dire
27:18bah voilà
27:18je suis pas un salopard
27:20j'étais pas bien
27:21et donc il faut que je
27:22travaille du coup là-dessus
27:24pour devenir ce que je suis
27:25moi vraiment
27:25en fait j'ai tendance
27:26à penser de manière
27:27un peu cliché
27:28mais de me dire que
27:29ça m'apporte aussi
27:30tellement de choses
27:31que j'ai pas été en rejet
27:32de ça en fait
27:33parce que je me dis
27:33c'est ce qui me permet aussi
27:34de faire tout ce que je fais
27:36je n'échangerai pas
27:37ce cerveau et ce mal-être
27:39contre une vie plus apaisée
27:41et le fait d'avoir coupé
27:42l'alcool
27:42ça a changé quoi
27:43dans votre vie au quotidien ?
27:45bah ça a surtout
27:47considérablement fait chuter
27:47le chiffre d'affaires
27:48du bar en bas de chez moi
27:51c'est surtout lui
27:52qui a eu un changement de vie
27:56moi
27:58bah moi
27:59ça m'a juste forcé
28:00à me discipliner
28:01bon après moi
28:02je faisais pas la fête
28:03j'allais boire tout seul
28:04donc j'étais pas un mec
28:06je sortais pas vraiment
28:07en boîte en soirée
28:08et tout ça m'intéressait
28:08déjà pas
28:09donc je buvais tout seul
28:10chez moi
28:10en travaillant généralement
28:11donc ça a juste changé
28:13mon humeur
28:14ma forme
28:15mon sommeil
28:16ça a juste amélioré
28:17ma vie
28:17mon rapport aux autres
28:18ça a tout stabilisé
28:20d'arrêter de boire
28:20c'est à dire que tout à coup
28:21j'ai pu voir l'état des lieux
28:23c'est à dire que
28:24tant que vous êtes sous alcool
28:26sous drogue
28:28comment vous voulez savoir
28:29ce qui est dû à quoi ?
28:30cette dépression
28:31elle est due au trop d'alcool
28:32au trop de drogue
28:33ou pas ?
28:33et le manque de sommeil
28:34qui va avec ?
28:35pas de sport
28:36et l'alimentation pourrie
28:38qui va avec souvent
28:38les gens qui boivent trop
28:39enfin bon
28:39il n'y a rien qui va
28:40donc d'abord on s'occupe de ça
28:42et après on voit ce qui reste
28:42à partir de 2018-2019
28:44vous préparez un spectacle
28:45sur la santé
28:46qu'on a déjà évoqué
28:47et avec votre équipe
28:48vous faites un gros travail
28:49de documentation
28:49comme pour
28:50Vente de pièces à Beyrouth
28:51vous commencez à jouer
28:53ce spectacle
28:54en janvier 2020
28:55mais quelques semaines après
28:57tout s'arrête
28:57avec l'épidémie de Covid
28:58et le confinement
28:59bah ouais
29:01donc encore une fois
29:02Rebelote
29:03un événement
29:04terrible
29:06va mettre en péril
29:07ma tournée
29:08mon spectacle
29:09sur le thème de mon spectacle
29:11comme pour Vente de pièces à Beyrouth
29:13c'est un spectacle
29:13qui aurait pu finir
29:14à la poubelle le mois est fort
29:16mais c'est un spectacle
29:16qui aurait pu connaître
29:17une vie très courte
29:18évidemment
29:19puisque j'avais vendu
29:20tous les billets
29:20de ma première année de tournée
29:21avant de démarrer
29:22donc je ne sais plus
29:23combien on avait de billets
29:23à vendre
29:24100 000 je crois
29:24120 000
29:25on avait tout vendu
29:26avant de démarrer
29:27de là on joue 30 dates
29:28on arrête
29:29et là on commence
29:29à décaler les dates
29:31la majorité des artistes
29:32ont vu les gens
29:33demander des remboursements
29:34évidemment
29:34et donc les tournées
29:35se sont vidées
29:36donc il y a plein d'artistes
29:37même quand on a dit
29:38c'est bon vous pouvez retourner
29:39jouer
29:39ils ne pouvaient plus
29:40parce que les salles étaient vides
29:41donc si vous en êtes là
29:42vous n'avez plus qu'à annuler le spectacle
29:44il y a plein de gens
29:44qui ont fait ça
29:45plein de gens qui ont dû mettre
29:46le spectacle à la poubelle
29:46c'est à dire que j'aurais dû mettre
29:47le spectacle
29:48un des plus importants de ma vie
29:49à la poubelle
29:50mais ce n'est pas ce qui va se passer
29:51les gens vont conserver leurs billets
29:52et même continuer d'acheter des billets
29:54alors c'était
29:56complètement hallucinant
29:56tous les promoteurs locaux
29:57de régions m'appelaient
29:58on ne comprend pas
30:00les gens restent
30:00il n'y a pas de remboursement
30:02et quand il y a du remboursement
30:03il y a d'autres qui rachètent
30:04dans la foulée
30:05ce qui fait qu'on a pu prendre
30:06ma tournée
30:06avec tous les gens dedans
30:07décalé de deux ans
30:08et recommencer
30:09reprendre
30:09et c'est comme ça qu'on va arriver
30:10à ces deux dernières dates
30:12d'anesthésie générale
30:13les 9 et 10 mars
30:14à l'Accor Arena
30:15l'année dernière
30:16vous avez tourné un film
30:17dont vous êtes
30:18l'un des personnages principaux
30:19aux côtés de l'actrice
30:20franco-iranienne
30:21Golshifte Farhani
30:23ça s'appelle Rokia
30:24film réalisé par
30:26Saïd Beltibia
30:27membre du collectif
30:28Courtre Ajmée
30:29ce film a été produit
30:30par Lajli
30:31un film sombre
30:32ça vous fait quoi
30:33d'avoir un premier rôle au cinéma
30:35c'est un accomplissement ?
30:37c'est ce que j'ai attendu
30:38vous ne m'avez pas vu
30:39au cinéma
30:40exactement pour cette raison
30:41c'est à dire que
30:42non mais parce que
30:43j'ai pas été boudé du cinéma
30:45le cinéma il est venu
30:46me proposer plein de trucs
30:47mais c'était des trucs
30:48que je trouvais
30:50pas assez originaux
30:52ou un peu trop convenus
30:54et je savais qu'un jour
30:55on avait proposé
30:56un truc un peu différent
30:57et que c'est comme ça
30:58que je voudrais démarrer
30:59dans le cinéma
30:59et c'est arrivé
31:00alors là je voulais
31:01un truc différent
31:01je l'ai eu
31:03et je suis assez fier du résultat
31:05je pensais être
31:05très mal à l'aise
31:06en me voyant
31:06et puis finalement
31:07mais j'ai adoré
31:08c'est à dire que
31:09je savais que j'allais aimer
31:10mais je savais pas
31:11à quel point
31:11vous savez j'entendais
31:12tellement de gens dire
31:13oui mais les tournages
31:14c'est chiant
31:14c'est long
31:14on attend beaucoup
31:15pour tourner
31:16je comprends pas
31:17moi j'étais un enfant
31:18à Disneyland
31:18je voyais même le mec
31:19qui juste passait
31:2045 minutes
31:21à régler un son
31:22dans un couloir
31:22pour trouver un écho
31:23ça m'a passionné
31:24j'ai aimé attendre
31:26j'ai aimé regarder
31:26j'ai aimé écouter
31:27c'est un nouveau terrain
31:29de jeu absolument incroyable
31:30le 1er juin 2023
31:31vous avez perdu un proche
31:33votre ami humoriste
31:34Guillaume Batz
31:35il avait 36 ans
31:37Guillaume Batz
31:37qui souffrait
31:38de la maladie
31:39des eaux de verre
31:40c'est vous
31:40qui avez découvert son corps
31:42après avoir enfoncé
31:43sa porte
31:44tout le monde était inquiet
31:44de ne pas avoir
31:45de ses nouvelles
31:46Guillaume Batz
31:47vous étiez vraiment
31:48proche de lui
31:49c'était quel genre d'homme ?
31:51bah c'était
31:53bah moi c'était
31:54comme un petit frère
31:55je l'ai toujours vu
31:56comme ça
31:57j'ai démarré ma carrière
31:58en même temps que lui
31:59on a toujours été
32:01proches
32:01j'ai d'abord été
32:02son auteur
32:03et son metteur en scène
32:03ensuite son producteur
32:04et avant tout son ami
32:06le dernier nouvel an
32:07qu'il a passé
32:08c'était avec moi
32:08c'était chez moi
32:09il faisait en vacances
32:10chez moi
32:10enfin bon
32:10c'était vraiment
32:12vous avez co-écrit
32:13son dernier spectacle
32:13ouais
32:14on produisait
32:15et j'ai co-écrit
32:16effectivement son dernier spectacle
32:17qui venait de démarrer
32:19Guillaume Batz
32:20c'était un mec
32:22incroyable en fait
32:24de joie
32:24et d'agacement
32:25en même temps
32:25c'est à dire que moi
32:27nous on avait un rapport
32:28très fort
32:29parce que
32:30on se disputait beaucoup
32:31parce que
32:31parce que moi
32:32je voulais tout le temps
32:33le pousser plus
32:34pour qu'il soit meilleur
32:35sur scène
32:36lui il aimait profiter
32:36de la vie
32:37il aimait pas se prendre la tête
32:38comme il m'a dit
32:39pas très longtemps
32:39avant de mourir
32:40mais moi je t'envie pas
32:41moi j'ai pas envie
32:42d'avoir ta vie
32:43en même temps
32:44si j'ai pas ma vie
32:45je peux pas te payer
32:46c'est parce que j'ai cette vie
32:47que toi t'as la tienne
32:49donc c'était toujours
32:50des trucs entre nous
32:51je l'ai engueulé
32:541500 fois
32:54parce que
32:56on devait faire des répétitions
32:57avant les fêtes de Noël
32:58lui voulait partir en vacances
32:59de Noël
32:59j'ai dit c'est hors de question
33:00moi je pars pas en vacances
33:01pour te mettre en scène
33:02donc je vais pas t'attendre
33:03il arrivait
33:04il connaissait pas son texte
33:04ça me rendait dingue
33:05je le renvoyais chez lui
33:06en gueulant
33:07je disais
33:07retente chez toi
33:08tu reviendras quand tu sauras ton texte
33:10et donc il avait cette personnalité
33:12qui disait qu'il était toujours
33:13de bonne humeur
33:13toujours souriant
33:15toujours en train de faire le con
33:17il était très en demande
33:18tout le temps
33:19d'affection
33:21de câlins
33:22de trucs que je ne lui donnais moi pas
33:23donc c'était la grande van
33:24dans les points
33:24il me disait
33:25allez viens me faire un câlin
33:25j'ai dit non
33:26on sort de question
33:27donc c'était toujours
33:28une vanne comme ça
33:29entre nous
33:30et puis
33:30et puis c'était quelqu'un
33:31d'extrêmement talentueux
33:33j'en ai marre
33:33j'en ai marre
33:36j'en ai marre
33:37tous les gens qui me donnent des rôles
33:38dégradants et humiliants
33:39un an de blanche neige
33:41quasimodo
33:41maintenant ça
33:42j'en ai plein de teus
33:43j'en ai plein de teus
33:45ok
33:45tu sais quoi
33:46tu vas te faire au-dessus
33:47l'espèce de merde
33:51j'ai l'impression que le rôle
33:52te plaît pas
33:54non il me plaît pas
33:55j'ai aimé le rôle
33:56non
33:56alors maintenant
33:57oublie-moi une bonne fois
33:58pour toutes
33:58c'est clair
33:59je me casse
34:00ah ben c'est ça
34:01ben casse-toi
34:02t'es vraiment un sale
34:03petit âgat
34:04oui allez
34:04c'est ça
34:05allez remonte
34:06dégage
34:06on continue cette soirée
34:07je suis en lui
34:08on a pas besoin de lui
34:08on continue cette soirée
34:10dédiée aux femmes
34:11ce soir
34:11attends attends
34:12attends
34:13attends
34:14c'est un gala féminin ?
34:19oui c'est un gala féminin
34:20descendez-moi
34:22descendez-moi
34:23je suis
34:24du filo
34:25et donc c'est une perte
34:27immense
34:28d'autant que les gens
34:29les gens se disent
34:30ben oui mais
34:30vu son état
34:31de santé
34:32c'était évident
34:32qu'il allait partir vite
34:34mais pas du tout
34:34parce qu'en fait
34:35il avait une maladie récessive
34:36la forme de sa maladie
34:37était récessive
34:38donc on avait plutôt espoir
34:39que ça ne bouge plus
34:41et on avait même reçu un mail
34:42un mois ou deux avant
34:44il était content
34:44il me l'avait envoyé
34:45d'un mec qui avait la même maladie
34:46que lui
34:46qui avait 70 ans
34:47et qui lui avait écrit
34:48pour lui dire
34:48tu vois
34:49on peut vivre vieux
34:50et bon
34:52on n'imaginait pas
34:53une seule seconde
34:54qu'il allait partir là
34:55on avait un film de prévu ensemble
34:56il devait partir avec nous
34:57à la tournée du trio
34:59c'est
35:00la tournée du trio
35:01donc c'est le prochain spectacle
35:02que vous allez lancer
35:03avec Arnaud Samer
35:04et Baptiste Lecaplin
35:05on venait lui annoncer
35:06qu'il allait venir avec nous
35:08il y aura un hommage
35:09forcément
35:09il y aura forcément des hommages
35:10même là dans les duodis
35:11après c'est des hommages
35:12à notre manière
35:13je vous préviens d'avance
35:14on va pas regarder une photo
35:15en pleurant
35:16on va lui faire des vannes
35:17on va se moquer de lui
35:17comme on a toujours fait
35:18on va se moquer de sa mort
35:19on va faire ce qu'on faisait déjà
35:22quand il était vivant
35:24vos parents
35:24dont on a parlé au début
35:25du podcast
35:26à votre avis
35:27de quoi ils sont le plus fiers
35:28aujourd'hui vous concernant ?
35:29je pense que c'est
35:30d'être resté moi-même
35:32parce que
35:33ma mère a jamais vraiment eu de doute
35:34sur le fait que ça allait marcher
35:36mon père non plus
35:38je leur dis
35:38maman je fais des livres
35:39je fais des DVD
35:40j'ai monté 8 sociétés
35:41je fais des tournées
35:42je remplis des zéniths
35:43j'ai mon émission à moi
35:45je fais des films
35:47je sais pas
35:48je dis
35:48oui mais est-ce que tu veux manger du poulet
35:50ou de la blanquette
35:51il y a un truc en fait
35:53des fois j'ai l'impression
35:54qu'ils se rendent pas compte
35:56mais ils se rendent compte
35:57c'est juste qu'en fait
35:58pour eux je suis juste leur fils
36:00et je crois que
36:01ce dont ils sont vraiment
36:02le plus fiers
36:02c'est ça
36:03c'est de m'être sorti aussi
36:04de mes problèmes d'alcool
36:06ce qui me rend pas toujours facile
36:07au quotidien
36:08ce qui me rend moins festif
36:09à Noël et à Nouvel An
36:10ce qui me rend moins
36:11mais ils savent que c'est comme ça
36:13que j'ai besoin d'être aussi
36:14pour tenir
36:15ils me voient pas beaucoup
36:16c'est dur
36:17des fois le téléphone
36:17je loue les appels
36:18machin
36:19mais ils savent que je suis le même
36:21ils se disent en fait
36:22on l'a bien élevé
36:23il est resté
36:24comme on voulait qu'il soit
36:38Merci beaucoup Jérémy Ferrari
36:40les dernières d'Anesthésie Générale
36:42c'est les samedis 9 et dimanche 10 mars
36:44à l'Accor Arena
36:45le dimanche ce sera à voir en direct
36:47dans 300 salles de cinéma en France
36:49un grand merci à vous Grégory Plouvier
36:52cet épisode de Code Source
36:53a été produit par Thibaut Lambert
36:55et Barbara Gouy
36:56réalisé par Julien Moncouquiol
36:58n'oubliez pas Crime Story
36:59chaque samedi
37:00et Le Sacre
37:01nouveau podcast
37:02jusqu'à Paris 2024
37:04entre le 14 février
37:06et le 24 juillet
37:07chaque mercredi
37:08un ou une médaille d'or olympique
37:10raconte à Anne Lorbonnet
37:11son chemin vers le sacre
37:13à la fin
37:14de la fin
37:15– Sous-titrage FR 2021
Commentaires