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De nombreux blessés, des images violentes, un manifestant entre la vie et la mort… Le samedi 25 mars, des milliers de militants se sont rassemblés dans la commune de Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres, pour manifester contre le projet controversé d’installation de 16 bassines dans le département, avec le soutien de l’Etat. Pour Code source, Antoine Castagné, du service vidéo, Pascale Egré, spécialiste police justice, et Aymeric Renou, du service société, font le point.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert, Clara-Garnier Amouroux et Emma Jacob - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : Le Parisien Vidéo, Sud-Ouest, Twitter, Ligue des droits de l’Homme.

#megabassine #saintesoline

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12À Savine-le-Lac, dans les Hautes-Alpes, le jeudi 30 mars, Emmanuel Macron a présenté un plan de
00:16gestion de l'eau, avec notamment des moyens financiers supplémentaires pour les agences
00:21de l'eau et 180 millions d'euros promis pour réparer les fuites dans les canalisations de
00:26170 communes en France, identifiées comme des points noirs. Ce déplacement intervient cinq
00:31jours après une manifestation violente à Sainte-Sauline dans les Deux-Sèvres, contre une
00:35bassine, un grand réservoir d'eau destiné aux agriculteurs. Il y a eu de nombreux blessés
00:41des deux côtés. À la date du 30 mars, un manifestant qui a participé aux affrontements
00:45était encore entre la vie et la mort. Par ailleurs, quatre véhicules de gendarmerie ont été incendiés.
00:51Codesources fait le point sur ces violences aujourd'hui, avec trois journalistes du Parisien,
00:56Pascal Aigret, spécialiste police-justice, Aymeric Renoux du service Société et Antoine
01:01Castanier du service Vidéo, qui était au plus près des affrontements pour les filmer ce jour-là.
01:12Antoine Castanier, le samedi 25 mars, tôt le matin, vous roulez sur la Nationale 10, vers le
01:17sud, en direction de Sainte-Sauline dans les Deux-Sèvres et plus précisément en direction
01:22de la commune de Vanzé, où les opposants à la bassine ont installé leur camp de base.
01:26Décrivez-nous cette scène.
01:28Quand j'approche de la commune où est le rassemblement, on est déjà sur des fils de
01:32voitures qui s'entassent avant la sortie de la N10, donc des dizaines de kilomètres de
01:39bouchons créés par les manifestants.
01:41Et très vite, on arrive sur des petites routes de campagne où les gendarmes bloquent les
01:47arrivées avec contrôle d'identité, contrôle des véhicules, des coffres.
01:51Alors, il est presque impossible, même pour un journaliste comme moi, de me garer près
01:55du camp Manche, obligé de marcher au moins une vingtaine de minutes pour arriver au milieu
02:00de là où sont rassemblés les opposants.
02:03Donc il y a vraiment du monde partout ?
02:04C'est vraiment une sensation de festival, d'ailleurs c'est comme ça qu'il est pensé,
02:08c'est le festival de l'eau.
02:09On sent que ce n'est pas un petit rassemblement.
02:13Alors on va voir dans cet épisode ce qu'il s'est passé.
02:15Ensuite, on va revenir sur ces violents affrontements entre militants d'extrême-gauche et les gendarmes.
02:21Mais d'abord, vous allez nous raconter tous les trois comment on en est arrivé là.
02:26Aymeric Renou, il faut expliquer au départ, en 2018, ce projet de bassines, de grands réservoirs
02:32d'eau dans la région de Sainte-Solines.
02:34De quoi on parle concrètement ?
02:35On parle d'un grand projet agricole pour 400 agriculteurs qui se réunissent au sein
02:40d'une coopérative.
02:41Donc là, on parle des deux sèvres.
02:42Le projet, il est simple, il est de conserver de l'eau dans d'énormes bassines.
02:48On appelle ça une bassine.
02:49Eux, ils parlent de réserve d'eau, de réservoirs à ciel ouvert.
02:53L'idée, c'est de ne pas tirer d'eau quand cela est le plus tendu, c'est-à-dire
02:59en été.
03:00Et c'est à ce moment-là que les agriculteurs ont besoin d'eau pour irriguer leur culture.
03:04Et l'idée, c'est de pouvoir utiliser l'eau hivernale, le trop plein d'eau, comme ils
03:09disent, pour pouvoir l'utiliser l'été.
03:11C'est une logique très très simple en fait.
03:13Au total, 16 bassines doivent être construites dans le secteur, dont celle de Sainte-Solines.
03:18Au départ, la Confédération Paysanne, syndicat agricole classé à gauche, favorable à une
03:23agriculture respectueuse de l'environnement, est impliquée dans ce projet.
03:27Tout à fait.
03:28Ils sont d'accord d'ailleurs parce que ces projets sont accompagnés d'un protocole
03:31très détaillé, qui prévoient que, en contrepartie de ce prélèvement d'eau, les agriculteurs
03:37engagés doivent respecter quelques normes.
03:39Planter des haies, par exemple, qui sont très utiles pour garder l'humidité à l'intérieur
03:43des terres.
03:43Utiliser jusqu'à moitié moins de produits pesticides ou herbicides chimiques.
03:48Ils ont des engagements comme ça.
03:49Mais pendant l'été 2022, la Confédération Paysanne se désolidarise de ce projet et passe
03:55dans le camp des opposants aux bassines.
03:57Pourquoi ? Qu'est-ce qui a changé entre-temps ?
03:59Ils craignent que le protocole ne soit pas respecté.
04:02Là-dessus, ils s'appuient sur des faits.
04:04C'est-à-dire qu'il y a déjà une première bassine qui est en fonctionnement à Mausée,
04:07pas très loin de Sainte-Soline.
04:08Là, les agriculteurs engagés n'ont pas encore entamé leur part de responsabilité
04:13pour, par exemple, réduire de moitié les produits phytosanitaires qu'ils emploient
04:17dans les champs.
04:18Donc, la Confédération Paysanne rejoint à ce moment-là les opposants historiques à
04:23ce type de prélèvement d'eau, des associations écologistes, comme les soulèvements
04:27de la terre, ou encore ce collectif qui s'est monté spécialement sur ce territoire
04:31de Poitou-Charentes qui s'appelle Bassine-Non-Merci.
04:33Alors, quels sont les arguments contre ces réservoirs d'eau ?
04:36Ils mettent en avant l'incohérence climatique de ce type de projet qui engage des agriculteurs
04:42sur de très longues années.
04:43Ils accusent l'accaparement d'une source commune d'eau qui doit être partagée par
04:48l'ensemble des agriculteurs au profit de seulement une poignée pour des cultures qu'ils
04:53estiment être hors du temps désormais, comme le maïs qui va servir à l'alimentation
04:58des bovins pour produire soit du lait ou de la viande.
05:01Et c'est un modèle qu'ils rejettent.
05:03Et ce qu'ils disent, c'est que ce n'est pas à l'eau de s'adapter à l
05:06'agriculture,
05:07mais à l'agriculture de s'adapter au niveau d'eau disponible.
05:10D'un mot, Emmerick Renoux, la question de la gestion de l'eau et de son utilisation
05:14par les agriculteurs est rendue cruciale par le dérèglement climatique.
05:18Et pendant l'été 2022, la France subit une sécheresse importante.
05:22Oui, déjà l'été 2022, le manque de pluie est criant et les nappes phréatiques,
05:27elles sont déjà très très basses.
05:28Et on s'inquiète de l'avenir, s'il n'y a pas beaucoup d'eau qui va arriver en
05:32hiver,
05:33qu'est-ce qu'on va faire de ces nappes phréatiques ?
05:34À la fin du mois d'octobre, le samedi 29 octobre, les opposants au projet de bassine
05:39à Sainte-Soline manifestent sur place et la journée est marquée par des violences.
05:43Oui, c'est l'acte 1 des opposants à ce projet-là.
05:47Tout droit, c'est la bassine. Elle est à 3 km. Nous, on en craque le chemin le plus court.
05:54Le chantier commence et des affrontements interviennent avec face à face
05:59des gendarmes mobiles venus en ombre et des militants écologistes.
06:08Et le bilan est déjà lourd. Une trentaine de blessés parmi les opposants
06:13et une soixantaine parmi les forces de l'ordre.
06:15Pascal Aigret, le lendemain, le dimanche 30 octobre, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin,
06:21dénonce avec fermeté ces violences.
06:23Le ministre parle en fait d'activistes fichés à l'ultra-gauche, fichés S,
06:28et évoque leur modèle opératoire en parlant d'écoterrorisme.
06:32Et je veux redire que cela relève de l'écoterrorisme.
06:35Il y a des gens qui, fichés S, c'est-à-dire radicalisés pour les services de renseignement français,
06:42pour l'ultra-gauche, veulent manifestement le désordre et le chaos, et nous ne pouvons l'accepter.
06:47Et la main ferme de l'État sera évidemment au rendez-vous.
06:49Pourquoi il utilise ce terme qui fait immédiatement polémique ?
06:53C'est sans doute en partie pour discréditer cette mobilisation.
06:57C'est aussi parce que l'une des hantises du pouvoir, et notamment de l'Élysée,
07:02c'est de voir ressurgir ce mouvement dit de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes,
07:06pas loin de Nantes, qui était un vaste mouvement d'opposition à un projet d'aéroport,
07:11et qui a vu se concentrer déjà des affrontements très importants entre forces de l'ordre et manifestants.
07:20Antoine Castagné, le site de Sainte-Solines, et une autre bassine dans une commune voisine
07:24sont surveillés en permanence par les forces de l'ordre, qui se relaient sur place.
07:29Et fin 2022, le 25 décembre, des manifestants organisent un faux rassemblement pour tromper les forces de l'ordre.
07:35Alors le collectif Bassines Non Merci fait fuiter une information fausse,
07:40indiquant qu'une manifestation va être organisée au pied de la bassine de Mosée.
07:45Finalement, seuls huit manifestants costumés se présentent,
07:49alors que les gendarmes, eux, ont déployé au moins 50 militaires.
07:53Antoine Castagné, on en vient à la manifestation du samedi 25 mars.
07:57D'abord, d'un mot, comment est-ce qu'elle s'organise ?
07:59Alors déjà, les collectifs écologistes, donc Bassines Non Merci et les Soulèvements de la Terre,
08:04font un appel sur les réseaux sociaux, qui est suivi par plus de 200 syndicats,
08:09les partis politiques de gauche comme Europe Écologie Les Verts, le NPA et la France Insoumise.
08:16Le point d'ordre de ce week-end, c'est cette grosse manifestation de samedi,
08:20et l'objectif affiché, c'est d'accéder à la bassine, voire de se baigner dedans.
08:24Aymeric Renoux, le contexte politique, c'est la forte mobilisation contre la réforme des retraites
08:29et dans les jours qui précèdent le samedi 25 mars,
08:32des violences qui font suite à l'adoption de la réforme à travers l'article 49.3 de la Constitution,
08:39qui permet de faire passer un projet de loi sans vote.
08:41Le tableau est très tendu, il y a des oppositions à cette réforme des retraites,
08:46avec des manifestations qui se passent plus ou moins bien dans les premiers temps.
08:50Le 49.3 arrive, et là, les violences commencent à intervenir dans les manifestations.
08:55Violence policière, mais aussi violence militante.
08:57Des deux côtés, ça s'affronte.
08:58Pascal Aigret, la manifestation du 25 mars a été interdite par la préfecture des Deux-Sèvres.
09:03L'annonce en a été faite le 17 mars,
09:06et il y a beaucoup de contrôle dans les jours et les heures qui précèdent la manifestation.
09:11Plus de 4000 véhicules vont être contrôlés,
09:14et dans certains de ces véhicules, les gendarmes ont trouvé des couteaux,
09:17des boules de pétanque, des bidons d'essence,
09:20mais aussi parfois des haches, des machettes ou des battes de baseball.
09:23Pascal Aigret, le samedi 25 mars, au lever du jour,
09:26un important dispositif est déployé sur place à Sainte-Sauline.
09:31On va mobiliser 3000 militaires de la gendarmerie,
09:34plus environ 200 policiers,
09:36à la fois des policiers du renseignement territorial et des policiers de la CRS.
09:41Il y a aussi 9 hélicoptères, 4 blindés, 4 lanceurs d'eau.
09:44Ce qu'il faut savoir, c'est que ce dispositif très important,
09:46il est aussi mobilisé sur la fois de notes de renseignement
09:49qui évoquent donc la présence parmi les manifestants
09:52de 1000 éléments radicaux et violents.
09:55Antoine Castanier, vous arrivez à 9h30 environ au camp de base des opposants,
10:00à Vanzé, à 6 km de Sainte-Sauline.
10:02C'est là donc que vous avez garé votre voiture.
10:04Il y a des milliers de manifestants, vous nous l'avez raconté.
10:08Quels sont d'abord leurs arguments ?
10:10Pourquoi ces hommes et ces femmes ont tenu à venir là aujourd'hui ?
10:13Alors on ressent déjà chez chacun une grande anxiété écologique.
10:17Tous se rappellent les sécheresses de l'été,
10:20la canicule, les cours d'eau asséchées.
10:24Et pour eux, l'eau, c'est le combat vraiment le plus important à mener maintenant.
10:28Ce projet, c'est la privatisation de l'eau et pour eux, c'est un affront total.
10:33Antoine Castanier, vous marchez ensuite vers le site de la bassine de Sainte-Sauline
10:36et là, vous êtes au milieu d'activistes qui sont ouvertement anti-flics, anti-forces de l'ordre.
10:41Oui, en fait, il y a trois cortèges qui se rendent à la bassine.
10:44Moi, je choisis de suivre le cortège de la Loutre.
10:47Je marche à travers champs avec eux.
10:50La plupart des manifestants, à ce moment-là, sont masqués, dissimulés derrière des cagoules.
10:55J'essaye de les interroger, mais beaucoup me disent qu'ils ne veulent pas me parler.
11:00J'ai beaucoup de personnes autour de moi qui veulent se dissimuler.
11:05Ils ont des lunettes pour se protéger des gaz lacrymogènes, des masques à gaz parfois.
11:10Et beaucoup d'entre eux portent des boucliers pour se protéger des projectiles.
11:15Certains sont faits de tôles, d'autres simplement de carton.
11:19Ils se déplacent à travers champs en portant leur bouclier à la main pour en découdre, clairement.
11:24Il y a autre chose qui vous fait dire ça ?
11:26Tout le long du trajet, certains de ces manifestants vont ramasser des pierres,
11:30des cailloux qui sont disséminés dans les champs pour les mettre dans des sacs Ikea,
11:35dans des grands sacs bleus, qui vont par la suite jeter sur les forces de l'ordre.
11:39Ils ont aussi des slogans ?
11:40Dans le cortège que je suis, je commence à entendre crier le terme Aqab,
11:46« All Cops Are Bastards », qui veut dire « Tous les flics sont des salauds ».
11:50Des mots bien connus dans les manifs, dans le but vraiment de montrer la haine
11:56qu'ils portent pour les forces de l'ordre.
11:59Vous apercevez le site de la bassine de Sainte-Solines vers midi et demi.
12:03Là, décrivez-nous ce que vous voyez.
12:04Plus j'avance vers la bassine, plus je découvre un nombre important de manifestants.
12:10Donc là, sur les chemins, c'est des milliers de personnes
12:12qui se dirigent en même temps vers le point central qui est la bassine.
12:18Donc de loin, j'ai déjà une vue sur les panaches de gaz lacrymogènes
12:22qui ont déjà été tirés au loin,
12:24puisque déjà des manifestants sont arrivés proches de la bassine.
12:28Donc l'affrontement a déjà commencé à ce moment-là.
12:30Est-ce qu'on voit cette fameuse bassine ?
12:32Alors, cette bassine, on n'en voit que les digues,
12:35puisqu'elle est creusée, elle est dans un cratère
12:38qui est derrière les forces de l'ordre.
12:40On voit essentiellement ces dunes qui paraissent inatteignables,
12:45puisqu'elles sont derrière des grandes clôtures érigées par les forces de l'ordre,
12:49avec un nombre de fourgons importants.
12:53Là, vous êtes à environ 500 mètres de la bassine.
12:56Vous faites quoi ensuite ?
12:57Alors, je me rapproche des manifestants.
12:59Par petits groupes, certains manifestants essayent d'encercler la bassine
13:02et d'attaquer les forces de l'ordre par plusieurs points.
13:05Ils avancent d'une manière très particulière.
13:07Une première ligne avance avec des parapluies en avant
13:11pour se protéger des projectiles,
13:13tandis que ceux, en deuxième ligne,
13:16lancent des projectiles en direction des forces de l'ordre.
13:24Les gendarmes commencent par lancer des grenades lacrymogènes.
13:27Ensuite, c'est à ce moment-là que les manifestants les plus violents
13:31décident d'attaquer les forces de l'ordre par groupe.
13:38Leur but, c'est d'aller au contact.
13:40C'est vraiment d'accéder à la bassine
13:42et pour cela, il faut passer les forces de l'ordre.
13:44Donc, ils s'attaquent directement à eux en lançant des mortiers
13:49pendant que ceux qui sont en première ligne
13:51jettent des projectiles, des pierres
13:54et essayent de donner des coups directement aux forces de l'ordre.
13:59Vous êtes au milieu de tout ça. Qu'est-ce que vous vous dites ?
14:01Ce qui est particulièrement marquant, c'est le bruit des explosions
14:06puisque pendant des dizaines de minutes,
14:10on va avoir des éclats.
14:17C'est un mélange des tirs de mortier des manifestants
14:20et des répliques des forces de l'ordre
14:23avec des grenades de désencerclement qui explosent au sol.
14:28Quand on est en manifestation, en ville,
14:31ces grenades, finalement, explosent au sol sans trop d'effet.
14:34Quand on est dans un champ,
14:36elles créent des véritables cratères d'au moins un mètre.
14:40On se dit que si ça touchait notre pied,
14:42on se demande quels effets ça aurait.
14:44Quand on est au milieu des combats, la menace vient de partout.
14:47Il faut pouvoir éviter les grenades lancées par les forces de l'ordre
14:51et les pierres du côté des manifestants.
14:54Il y a un autre bruit, un autre son que vous entendez ?
14:56C'est ceux des manifestants qui portent leurs camarades blessés
14:59et qui appellent à l'aide.
15:00Ils vont appeler les médecins à l'aide,
15:02ils vont appeler les street médics.
15:04Tout le monde appelle ces fameux médics.
15:12Et toutes les minutes, un nouveau blessé arrive et passe devant moi.
15:16À ce moment-là, ça fait déjà plusieurs minutes
15:18que plusieurs fourgons des gendarmes ont été incendiés.
15:22C'était clairement le but des manifestants,
15:24c'était de mettre le feu à cette barrière de gendarmes.
15:29Leur technique, c'est de s'approcher au plus près,
15:31de casser les vitres des véhicules pour y introduire un cocktail Molotov.
15:35Il y avait des gendarmes dans les fourgons à ce moment-là ?
15:37Non, à ce moment-là, toutes les forces de l'ordre
15:39sont en dehors de leurs véhicules pour faire barrage aux manifestants.
15:43Après plus d'une demi-heure d'affrontement,
15:45comme vous venez de nous le décrire,
15:46des gendarmes interviennent sur des quads,
15:49ces engins tout-terrain à quatre roues.
15:50Les quads, leur objectif, c'est très clairement
15:52de surprendre les assaillants par l'arrière de leur ligne
15:56pour essayer de les désorganiser et de les surprendre.
16:04Donc sur les quads, on a deux gendarmes,
16:07un qui conduit et un qui va tirer des grenades lacrymogènes,
16:10voire des LBD, c'est-à-dire des balles de caoutchouc.
16:13Je vois qu'en mouvement, c'est très compliqué pour eux
16:16de viser les manifestants.
16:18Donc on a l'impression que ces tirs sont vraiment aléatoires
16:21et qu'ils vont tomber aléatoirement sur le terrain.
16:24Après l'intervention des quads, les assaillants battent en retraite
16:27et c'est la fin de cet épisode violent.
16:29D'après le bilan donné le dimanche en fin de journée
16:32par le procureur de New York,
16:3347 gendarmes sont blessés, dont deux gravement,
16:36mais dont le pronostic vital n'est pas engagé.
16:39Et toujours selon la justice,
16:41sept manifestants ont été pris en charge par les secours,
16:45dont trois en urgence absolue,
16:46et dont l'un qui est entre la vie et la mort.
16:48Les organisateurs de la manifestation affirment, eux,
16:52que 200 personnes ont été touchées,
16:53dont 40, je cite,
16:55avec des blessures graves profondes,
16:57comme des mutilations.
16:59Pascal Aigré, est-ce qu'on sait pourquoi il y a un tel écart dans les bilans ?
17:02Il tient sans doute en partie au fait que,
17:04d'abord certains sont blessés légèrement,
17:07ne se sont pas signalés au secours.
17:09Il tient aussi peut-être en partie à une consigne
17:12qui avait été donnée de ne pas forcément se présenter à l'hôpital,
17:18de se soigner soi-même,
17:19voire même d'aller se faire soigner dans d'autres départements.
17:23Donc c'est pour ça qu'il y a un tel écart.
17:25Deux jours après, la gendarmerie, elle,
17:27dans un bilan, parlait de 17 blessés côté manifestant,
17:30en estimant que sans doute ce nombre augmenterait à terme.
17:34Les organisateurs de la manifestation,
17:36plusieurs élus de gauche présents sur place,
17:39et la Ligue des droits de l'homme,
17:40qui avait des observateurs également,
17:42estiment que les secours ont tardé à arriver.
17:44La Ligue des droits de l'homme dénonce même
17:46une entrave au secours,
17:48je cite,
17:48et le mercredi 29 mars,
17:50nos confrères du monde
17:51publient la retranscription d'un échange téléphonique
17:54entre un médecin qui était avec des manifestants blessés
17:57et un médecin régulateur du SAMU,
17:59donc des urgences,
18:00enregistrement que le Parisien s'est ensuite procuré.
18:03On va en entendre des extraits.
18:05Pascal Aigret, le médecin régulateur,
18:07dit clairement que les forces de l'ordre
18:08ont donné l'instruction de ne pas envoyer
18:11d'hélicoptère ou d'ambulance sur place.
18:12La force de cet enregistrement qui dure 7 minutes 30,
18:16c'est qu'on entend précisément
18:17l'un des médecins bénévoles du mouvement
18:20demander au médecin régulateur du SAMU 79
18:23d'envoyer d'urgence des secours
18:25et de permettre l'accès à un hélicoptère
18:28ou à une ambulance
18:29parce qu'il sait qu'il y a une personne
18:31dont le pronostic vital est engagé.
18:33Et ce médecin régulateur du SAMU lui dit
18:36« On n'enverra pas d'hélicoptère ou de SMUR sur place
18:39parce qu'on a ordre de ne pas en envoyer
18:40par les forces de l'ordre. »
18:42« On n'enverra pas d'hélicoptère ou de moyens de SMUR sur place
18:44parce qu'on a ordre de ne pas en envoyer
18:46par les forces de l'ordre. »
18:47« Ok. Est-ce que... »
18:48« Voilà. »
18:48« Est-ce que... »
18:49« Alors moi, je suis avec des observateurs
18:51de la Ligue des droits de l'homme
18:51qui disent que les observateurs sur place
18:55disent que c'est calme depuis 30 minutes
18:56et que donc il est possible d'intervenir. »
18:58« Je suis d'accord avec vous.
18:59Vous n'êtes pas le premier à nous le dire.
19:00Le problème, c'est que c'est l'appréciation des forces de l'ordre
19:03et qu'on est sous un commandement qui n'est pas nous. »
19:06L'autre s'étonne.
19:07Il y a même une avocate de la Ligue des droits de l'homme
19:09qui intervient et qui insiste.
19:11« Qui vous a donné l'interdiction d'intervenir ? »
19:13« Est-ce que vous le confirmez ? »
19:15Le médecin régulateur du SAMU explique
19:17« Mais on n'a pas l'autorisation
19:18parce que c'est considéré comme dangereux sur place. »
19:21« Vous avez l'interdiction d'intervenir. »
19:23« Vous confirmez que vous avez l'interdiction d'intervenir. »
19:25« On n'a pas l'autorisation d'envoyer des scours sur place
19:28parce que vous les considérez comme étant dangereux sur place. »
19:31Elle continue à insister, mais elle dit « Mais qui ? Qui vous interdit ? »
19:34« Vous n'avez pas l'autorisation des forces de l'ordre ? »
19:36Et le médecin régulateur finit par répondre
19:38« On n'a pas l'autorisation de toutes les institutions sur place. »
19:41« Pour l'instant, on est sous leur commandement. »
19:44Antoine Castanier, vous qui étiez sur place le samedi,
19:47est-ce que vous comprenez cet argument
19:48de ne pas faire venir les ambulances du SAMU
19:51ou un hélicoptère pour des raisons de sécurité ?
19:53« Ça me paraît plutôt incohérent
19:54puisque les ambulances auraient très bien pu arriver
19:57par la route qui se situe
19:59à quelques centaines de mètres de la bassine
20:00et qui est encore très très loin
20:03des échauffourées. »
20:05« Finalement, l'arrière-base des ambulances
20:07des manifestants était déjà
20:09à des centaines de mètres
20:10de là où se produisaient les combats. »
20:13« Donc le SAMU serait arrivé au même endroit
20:15et aurait pu très bien prendre en charge
20:17ses blessés sans aucun risque. »
20:19Dans les jours qui suivent la manifestation,
20:21le Parisien et d'autres médias ont révélé
20:23que le manifestant
20:25qui est entre la vie et la mort,
20:26un homme prénommé Serge,
20:28âgé de 32 ans,
20:29est fiché S depuis 2017
20:32comme membre de l'ultra-gauche
20:34et qu'il a été impliqué
20:35dans plusieurs manifestations violentes,
20:37notamment pendant le mouvement
20:38des Gilets jaunes.
20:39Pascal Aigré, de son côté,
20:41la famille de cet homme porte plainte.
20:43Elle dénonce le délai très long
20:45avant sa prise en charge par les secours.
20:46« Oui, la famille a porté plainte contre X
20:48pour tentative de meurtre
20:50et entrave volontaire
20:52à l'arrivée des secours. »
20:54Cette plainte va prendre place
20:55dans l'une des nombreuses enquêtes judiciaires
20:58qui ont été ouvertes
20:59après les événements de Sainte-Soline.
21:01Et cette enquête judiciaire
21:02concerne spécifiquement
21:03les manifestants
21:05qui ont été très grièvement blessés,
21:07ne serait-ce que pour déterminer
21:08la nature et les circonstances
21:09de leurs blessures,
21:10mais aussi s'il y a eu retard
21:12dans l'acheminement des secours. »
21:16Trois jours après ces violences,
21:17le mardi 28 mars,
21:18Gérald Darmanin,
21:19le ministre de l'Intérieur,
21:20annonce à l'Assemblée
21:22qu'il va engager
21:23la dissolution
21:24de l'un des mouvements
21:25qui appelaient à manifester,
21:26mouvement baptisé
21:27« Les soulèvements de la terre »
21:29dont on parlait.
21:29« J'ai donc décidé d'engager
21:31la dissolution
21:32des soulèvements de la terre. »
21:34Emmerich Renoux,
21:35c'est quoi ce mouvement ?
21:35« Il est constitué
21:36de militants activistes
21:38dont l'objectif
21:39est de soulever la population
21:41contre des projets
21:42qui vont à l'encontre
21:44de l'urgence climatique.
21:45Impossible de connaître
21:46leur nombre,
21:46mais ce que l'on sait,
21:47c'est qu'ils sont violents,
21:49ils sont formés
21:50pour mener des attaques
21:52de sabotage
21:53comme samedi
21:54aux alentours
21:55de la bassine de Sainte-Souline
21:56où des canalisations
21:57ont été sectionnées. »
21:59Emmerich Renoux,
22:00j'imagine qu'on n'a pas fini
22:01de parler
22:01de cette bassine de Sainte-Souline ?
22:03« Non,
22:04et de toutes les autres
22:04qui sont prévues.
22:05Je rappelle que
22:06dans les seuls de Sèvres,
22:07Sainte-Souline
22:08est la deuxième bassine
22:09d'un projet
22:10qui en compte 16 au total.
22:12Et compte tenu
22:13de la détermination
22:14à la fois des associations
22:15écologistes,
22:16des partis politiques,
22:17de certains syndicats,
22:18mais aussi de ce collectif
22:19anti-bassine,
22:20je pense que l'on
22:21entendra encore parler
22:22pendant de très très
22:23longues années
22:24de ce sujet des bassines.
22:33Merci à Antoine Castanier,
22:35Pascal Aigret
22:35et Emmerich Renoux.
22:36Codesource est le podcast
22:37quotidien d'actualité
22:39du Parisien.
22:40N'oubliez pas de vous abonner
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22:43à nous écrire directement
22:44pour nous faire des retours.
22:46Codesource
22:46at leparisien.fr
22:48Cet épisode a été produit
22:49par Clara Garnier-Amourou,
22:51Thibaut Lambert
22:52et Emma Jacob.
22:53Réalisation,
22:54Julien Moncouquiol
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