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Pendant une dizaine d’années, Dominique Pélicot, un retraité de 71 ans, a livré son épouse à des inconnus après l’avoir droguée. Le procès s’est ouvert le 2 septembre dans le Vaucluse.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux, Barbara - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.

#mazan #crime #violence

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Un homme jugé pour avoir drogué son épouse régulièrement pendant une dizaine d'années
00:16afin de la soumettre sexuellement à des inconnus recrutés sur Internet.
00:21Dominique Pellicot, 71 ans, est jugée aux côtés de 50 autres accusés.
00:25Une affaire hors normes qui a permis de mettre en lumière le fléau de la soumission chimique.
00:31Le procès se déroule à Avignon devant la cour criminelle du Vaucluse.
00:35Il va durer 4 mois.
00:36Codesources vous résume aujourd'hui les deux premières semaines d'audience
00:40avec Louise Colcombé du service Police-Justice du Parisien.
00:44Louise Colcombé va couvrir tout le procès et elle a suivi l'affaire depuis le début.
00:59Louise Colcombé, on va rappeler brièvement les faits d'abord.
01:02Un retraité âgé de 71 ans est jugé pour avoir drogué sa femme avant de la livrer à des inconnus
01:08trouvés sur Internet.
01:10Des faits qui se sont déroulés dans la maison du couple à Mazan dans le Vaucluse pendant une dizaine d
01:15'années.
01:15Oui, il s'appelle Dominique Pellicot.
01:17C'est un homme, en apparence, tout ce qu'il y a de plus banal, qui a 50 ans de
01:24vie commune avec Gisèle, son épouse.
01:26Ils ont eu trois enfants, une fille et deux garçons.
01:28Ils se sont installés dans cette maison du Vaucluse pour y couler une retraite paisible après avoir vécu longtemps en
01:35région parisienne.
01:36Il a reproché à Dominique Pellicot d'avoir recruté des hommes qu'il trouvait sur Internet, sur un site qui
01:41s'appelle coco.fr.
01:42Et il leur proposait de venir chez lui pour ce qu'il présentait comme un plan libertin, mais dans lequel
01:48son épouse serait endormie,
01:50avec des anxiolytiques très forts qu'il lui mettait dans sa nourriture ou dans sa boisson.
01:55Et ces hommes venaient la nuit. Gisèle Pellicot était totalement inconsciente. Elle ne se souvient de rien.
02:01Ils abusaient d'elle et tout cela était filmé par les soins de Dominique Pellicot, qui a gardé tous ses
02:05fichiers.
02:06Et voilà, ces faits ont duré pendant dix ans et ont été découverts presque par hasard et donnent lieu aujourd
02:12'hui à ce procès hors normes,
02:14parce qu'on a réussi à identifier 51 personnes sur les 72 hommes qu'on voyait sur ces vidéos.
02:20Et on estime qu'au total, on est sur 200 à 300 viols en tout, puisque Dominique Pellicot lui-même
02:25aussi, avant et après, continuait d'abuser sa femme.
02:31En plus de Dominique Pellicot, 50 autres suspects sont jugés et il y a tous les profils, des chauffeurs routiers,
02:37des employés du bâtiment.
02:38Il y a aussi un pompier, un journaliste, un expert informaticien et il y a tous les âges.
02:44Le plus jeune a 24 ans quand les faits ont eu lieu. Aujourd'hui, le plus vieux a 74 ans.
02:50C'est une extraction, on va dire, de la France moyenne.
02:53Tous les métiers, ce sont des hommes insérés. Il y en a très peu qui ne travaillaient pas.
02:58Beaucoup avaient des femmes, ou les ont toujours d'ailleurs, tous n'ont pas été quittés, ils ont des enfants.
03:02Quand on rentre dans la salle d'audience, on ne se dit pas qu'on est face à des dangereux
03:08criminels.
03:09La victime, Gisèle Pellicot, a voulu que ce procès soit public, c'est-à-dire que des citoyens et des
03:14citoyennes puissent venir le suivre sur place, tout comme les journalistes. Expliquez-nous ça.
03:19Gisèle Pellicot, au tout départ, elle ne voulait pas que son histoire soit dévoilée, on peut la comprendre.
03:24Et elle a évolué à partir du moment où elle s'est confrontée aux images, parce qu'en fait, en
03:28garde à vue, quand on lui a expliqué qu'on avait retrouvé des images compromettantes,
03:32elle n'a vu qu'une, deux et trois photos. En fait, elle a demandé à arrêter.
03:36Et puis, en arrivant vers le procès, elle a demandé à voir les vidéos avec ses avocats, elle a tout
03:39regardé, très courageusement.
03:41Elle a tout vu et là, elle a pris conscience qu'il fallait absolument qu'on dénonce ce fléau de
03:44la soumission chimique.
03:45Sa fille, Caroline, a monté une association depuis ses faits et elle s'est dit que ce n'est pas
03:52elle qui doit avoir honte, ce sont ses hommes et qu'il faut dénoncer.
03:56Elle a dit très courageusement à l'audience, si demain, il y a une femme qui ne se rappelle plus
04:01ce qu'elle a fait la veille, qui se réveille vaseuse, etc.,
04:03elle va peut-être repenser à mon témoignage et elle se dira que c'est peut-être la soumission chimique.
04:07Le procès s'est ouvert le lundi 2 septembre devant la cour criminelle du Vaucluse à Avignon.
04:12Il va durer quatre mois.
04:15Louise Colcombé, vous allez nous raconter aujourd'hui dans Code Source les deux premières semaines de cette audience.
04:19Décrivez-nous ce que vous voyez au palais de justice d'Avignon à l'ouverture du procès.
04:23Alors, il y a déjà un effet de masse.
04:25On a 51 accusés, alors beaucoup ont été libérés.
04:29Ils ont tous fait minimum un an de prison.
04:31Il y en a 18 qui sont dans le box avec Dominique Pellicot parce qu'ils ont été maintenus en
04:35détention provisoire.
04:37Donc, ceux-là, ils restent dans leur box, mais tous les autres, ils sont dans la salle, mais ils comparaissent
04:42libres.
04:43Donc, aux suspensions d'audience, on les croise, on fait la queue pour la machine à café ou les toilettes
04:48avec eux.
04:49La famille de Gisèle, ses enfants et elle, doivent se faire tout petits.
04:52Ils ont une entrée spécifique pour ne pas croiser ces hommes, comme s'ils continuaient à envahir un peu l
04:59'espace public.
05:00Et au départ, il n'y avait pas beaucoup de public.
05:01Ça m'a un peu étonnée.
05:03Et au fur et à mesure de la médiatisation de l'affaire, le public a commencé à arriver très, très,
05:07très nombreux.
05:08Et maintenant, il fait la queue tous les jours des heures pour pouvoir rentrer.
05:10En plus de la presse internationale qui aussi couvre le dossier.
05:15Presse anglaise, allemande, belge, espagnole et même le New York Times qui assiste tous les jours aux audiences.
05:23Et pour une partie d'entre eux, en tout cas, ces accusés ne semblent pas particulièrement honteux dans leur comportement.
05:27Le premier jour, c'était assez frappant. En fait, beaucoup ont été détenus ensemble, donc ils se connaissent.
05:33Et donc, c'était un peu les retrouvailles des vieux copains.
05:37Enfin, ça donnait presque cette impression. Ils se disaient bonjour, ils se saluaient par des tchèques.
05:41Ça donnait cette impression bizarre que comme ils étaient beaucoup, finalement, peut-être pour eux, ça leur semblait moins grave,
05:47comme si leur responsabilité était diluée.
05:50Au fur et à mesure, beaucoup ont commencé à se masquer le visage avec ces masques qu'on portait pendant
05:54le Covid ou à mettre des casquettes, des lunettes ou relever un peu leur col quand ils doivent sortir par
06:01peur d'être vus.
06:02Mais le premier jour, vraiment, l'impression qui se dégageait, c'était que voilà, on allait à un procès. On
06:07va à son procès où on risque 20 ans, mais assez tranquillement.
06:11Dominique Pellicot, à quoi il ressemble ?
06:13Dominique Pellicot, il ressemble à votre voisin de palier, il ressemble à un retraité. Il est assez fort de carrure,
06:20un peu bedonnant, cheveux gris, grisonnant.
06:23Il a quelques difficultés à marcher, il n'est arrivé avec une canne. Il est rasé de près, les cheveux
06:29coupés, il est arrivé de manière très présentable à l'audience.
06:33Vraiment, voilà, quelqu'un qu'on pourrait croiser dans la rue tous les jours.
06:35Et son épouse, son ex-épouse Gisèle Pellicot, le revoit pour la première fois depuis les faits ?
06:40C'est la confrontation avec sa famille pour la première fois.
06:43Il faut savoir que la façon dont est situé le box et le banc des parties civiles fait qu'ils
06:48se croisent, en fait, leurs regards se croisent, ils sont pile en face.
06:52Malgré la forêt de têtes d'avocats et d'accusés, finalement, ils se voient.
06:57Et ils ont tous ces enfants fixés, Dominique Pellicot, ils n'ont pas lâché du regard toutes les premières journées
07:03pour le harponner, quelque part, le mettre face à ses actes.
07:07Et lui-même, il avait l'air de chercher aussi beaucoup le regard de son épouse, qu'il dit encore
07:11aimé.
07:12C'est tout le paradoxe de cette histoire.
07:14Donc, il y a cette espèce de confrontation à l'intérieur de la salle qui est intéressante à voir.
07:20Le mardi 3 septembre, les dizaines de prévenus sont invités à décliner leur identité.
07:24Une prise de parole très courte, ils seront interrogés plus tard dans le procès.
07:29Très peu d'entre eux reconnaissent avoir violé Gisèle Pellicot.
07:33Voilà, ça c'est la seconde étape très formelle, c'est-à-dire qu'on demande aux accusés quelle est
07:37leur position sur les faits.
07:38Parce qu'entre-temps, ils peuvent avoir changé d'avis.
07:40Certains avaient reconnu en garde à vue, ils peuvent avoir évolué.
07:42Et d'ailleurs, certains ont évolué.
07:44Quand on leur avait dit en garde à vue, monsieur, regardez les vidéos, vous en pensez quoi ?
07:47Oui, oui, j'ai honte, je suis coupable, c'est bien un viol.
07:51Entre-temps, ils ont pris des avocats, ils ont réfléchi.
07:53Et puis, beaucoup, on a fait le décompte, 35 disent aujourd'hui, je reconnais les faits, c'est-à-dire
07:59je reconnais difficile de nier,
08:01puisque ce sont eux sur les vidéos et on les voit commettre ces actes sexuels sur Madame Pellicot.
08:07Je reconnais donc la matérialité, comme on dit en droit, mais pas l'intention.
08:10Je n'avais pas prévu de la violer, puisqu'en fait, je ne venais pas pour violer, je venais pour
08:15faire un plan à trois où, soi-disant, elle était consentante.
08:18Et ça revient à nier le viol, en termes légaux, tout simplement.
08:21Ils expliquent, effectivement, qu'ils ont vraiment cru ce que racontait Dominique Pellicot.
08:27Alors, pour beaucoup, ça va être parole contre parole, parce qu'on n'a pas les écrits.
08:30Skype, c'est un an maximum d'écrits, on ne peut pas revenir en arrière.
08:36Mais beaucoup décrivent un peu un manipulateur qui leur a servi un peu le discours qu'ils voulaient bien entendre.
08:41Pour le pompier, c'est à ma femme, justement, elle rêve de faire ça avec un pompier, etc.
08:46Ils disent qu'ils ne savaient pas forcément qu'il y avait des somnifères.
08:50Ils ne savaient pas forcément qu'elle était droguée.
08:52Et puis, il y a même plus surprenant encore, il y a un accusé qui, d'ailleurs, lui, reconnaît et
08:57s'excuse,
08:58mais dit « Mais moi, je suis désolée, je suis homosexuelle. »
09:00En fait, j'avais rendez-vous avec Dominique Pellicot pour une relation homosexuelle.
09:03Et en fait, il m'a tirée par la manche pour me dire « Occupe-toi d'abord de ma
09:07femme, et ensuite, on aura une relation. »
09:10C'est dire que se dessine quand même quelqu'un qui sait manier les autres pour les amener là où
09:15il veut.
09:15Après, le problème, ce n'est pas comment ils sont arrivés jusque dans cette chambre,
09:18c'est pourquoi ils n'en sont pas sortis plus vite.
09:21Le mercredi 4 septembre, les enquêteurs de la police judiciaire sont à la barre.
09:25Rappelez-nous d'abord comment tout a démarré.
09:28C'est le vigile d'un supermarché qui repère Dominique Pellicot en train de filmer sous les jupes de femmes
09:33dans le supermarché.
09:35Donc, il se fait attraper.
09:36Le vigile appelle la police.
09:38Il y a la conscience professionnelle de ces policiers du commissariat de Carpentras
09:42qui se disent que malgré ces airs de bon papy, on va quand même vérifier ce qu'a Dominique Pellicot
09:47dans ses affaires
09:48puisqu'on retrouve quand même dans sa sacoche des préservatifs, un appareil photo, deux téléphones, un caméscope.
09:54Ils vont surtout trouver d'emblée une photo d'une femme endormie, allongée dans une drôle de position, dévêtue en
10:00porte-jartelle.
10:01Ça les intrigue. Et puis, ils vont trouver des conversations Skype qui sont très évocatrices puisqu'elles parlent de viols
10:09et de rapports sexuels sur quelqu'un qui serait endormi.
10:11Donc là, ils comprennent très vite qu'en réalité, ils tiennent là un potentiel criminel d'envergure.
10:15Et plus tard, dans le disque dur de Dominique Pellicot, les enquêteurs vont retrouver les vidéos des viols de son
10:21épouse.
10:22Louise Colcombé, les enquêteurs de la police judiciaire qui sont à la barre ce jour-là, racontent cette enquête particulièrement
10:28difficile.
10:29Les enquêteurs de l'APJ, en fait, ont constitué un groupe restreint avec des hommes assez solides pour pouvoir supporter
10:34ces vidéos
10:34parce que ce sont des heures et des heures à les regarder pour essayer d'identifier ces hommes.
10:39Parce que l'urgence, c'est de les arrêter et de mettre fin à tout cela.
10:44Et éventuellement, mettre fin à d'autres crimes parce que qui nous dit que ces hommes-là ne font pas
10:48la même chose sur leurs femmes ?
10:49Donc là, c'est un peu la course contre la montre.
10:51Et donc, il y a cette urgence.
10:53Et on est obligé de regarder pour prendre une bonne photo, etc.
10:56Et puis pour caractériser les faits, parce que chaque vidéo a fait l'objet d'un résumé, etc.
11:00Et on les sentait très touchés. Ils en voient des horreurs, mais celles-ci semblent les avoir particulièrement heurtées.
11:08Après avoir été arrêté pour ces faits de voyeurisme dans un supermarché de Carpentras le 12 septembre 2020,
11:14Dominique Pellicot a été laissé libre dans l'attente de son jugement.
11:18Et dans les semaines qui ont suivi, il a continué à violer son épouse.
11:22Oui, parce que Dominique Pellicot, il se doute que ça risque de très très mal tourner pour lui.
11:26On lui a saisi ses téléphones, ce n'était pas prévu.
11:29Dedans, il y a des choses, il le sait.
11:31Et en fait, il l'a dit dans l'enquête.
11:33Il voulait profiter de sa femme encore jusqu'au bout.
11:35Et il va organiser trois autres viols avant que tout s'arrête, finalement.
11:40Comme un toxicomane en manque, il lui faut sa dose.
11:42Et donc, il se dit, allons-y, voilà, c'est quasiment fini.
11:46Donc, je continue.
11:47À l'audience, le jeudi 5 septembre, la victime, Gisèle Pellicot, témoigne.
11:52Elle explique comment sa vie s'est effondrée
11:53quand les policiers lui ont appris les faits début novembre 2020.
11:57Oui, alors elle est convoquée avec son mari qui lui a avoué avoir fait une bêtise, je cite.
12:02C'est-à-dire donc avoir filmé sous les jupes de femmes au supermarché.
12:05Et pour elle, elle s'en expliquait avec lui.
12:07Elle lui dit, tu t'excuseras, tiens, avoir un psy.
12:09Et puis bon, voilà, c'est affaire réglée.
12:11Elle pense qu'elle est vraiment convoquée, elle, pour une simple formalité.
12:16Et puis, elle comprend au fur et à mesure des questions qui deviennent de plus en plus insistantes,
12:19de plus en plus intimes, qu'il y a quelque chose qui cloche.
12:21Et là, on lui montre des photos et elle ne se reconnaît pas du tout.
12:25En fait, elle ne sait pas qui est cette femme.
12:27Alors, elle va le décrire comme si ce n'était pas elle, d'ailleurs.
12:29C'est très parlant.
12:30Elle dit, c'est une femme morte, inanimée, avec des hommes autour.
12:34Donc, elle est en porte-jartel ou en lingerie fine, nue, complètement inerte.
12:39Et il y a un homme et son mari à côté en train de lui faire des choses.
12:44Franchement, elle ne comprend pas.
12:45Et elle voit une photo, deux photos et on lui dit,
12:47Madame, c'est bien votre chambre à coucher, regardez la lampe, la table de nuit.
12:52Et là, elle finit par comprendre, en fait.
12:54Et voilà, là, le monde s'écroule.
12:56En fait, c'est 50 ans de vie commune avec un homme en qui elle avait une absolue confiance,
13:01qu'elle l'aimait, avec qui elle a eu trois enfants, ils ont des petits-enfants,
13:04enfin, tout se passait à merveille.
13:06Et là, il n'y a plus rien, quoi.
13:07Tout est pulvérisé.
13:09Et bon, qu'est-ce que je fais ?
13:10Et d'ailleurs, elle dit, le soir même, elle a pensé à mettre fin à ses jours.
13:15Et puis, elle pense à ses enfants et ses petits-enfants.
13:17Elle se dit, non, il va falloir que, voilà, j'y vais, j'affronte.
13:20Et là, elle comprend pourquoi, à plusieurs reprises,
13:23elle avait des problèmes de santé, des problèmes de mémoire.
13:25Alors, c'est ça qui est fou.
13:26C'est que Gisèle Pédicot, elle avait des énormes problèmes de santé
13:30parce qu'il lui mettait des doses inconsidérées.
13:32Il y a des effets secondaires.
13:34Elle dormait la journée, elle ne se souvenait plus de conversations qu'elle avait eues.
13:37Elle avait des absences, des trous de mémoire.
13:39Elle ne savait plus, elle avait peur.
13:41Elle s'est dit, j'ai Alzheimer, j'ai un problème.
13:43Et puis, elle a aussi quelques problèmes gynécologiques.
13:45Et donc, elle était allée voir des neurologues.
13:47Elle n'a pas du tout laissé ça comme ça.
13:49Les neurologues n'y comprenaient rien.
13:50Elle a passé un scanner, il n'y avait rien.
13:53C'était fait une raison, elle s'est dit,
13:54de toute façon, je dois avoir quelque chose, une tumeur au cerveau.
13:56J'ai un problème, je suis condamnée.
13:58Mais jamais elle n'aurait pensé à ça.
14:00Sur ces problèmes gynécologiques, ces douleurs, son mari a ironisé une fois quand elle lui en a parlé.
14:05Oui, c'est ça aussi qui est fou quand on regarde cette histoire après coup.
14:08C'est qu'elle est en visite chez sa fille et là, elle a un problème.
14:11Elle dit, sa fille, trouve-moi vite un rendez-vous en urgence.
14:12Là, j'ai un souci.
14:13Et elle raconte ça à son mari qui trouve le moyen de lui dire en rigolant, sous-entendu, tu me
14:18trompes.
14:18Mais alors, qu'est-ce que tu fais de tes journées ?
14:21Détail ahurissant quand on voit ça aujourd'hui.
14:23À la barre, Gisèle Pellicot raconte qu'elle se souvient d'un jour où son mari lui a préparé un
14:27repas particulièrement tôt, de façon surprenante.
14:30Oui, à ce moment-là, on est dans la période, en fait, entre les deux gardes à vue.
14:34Et c'est d'ailleurs son dernier viol.
14:36A priori, elle revient de région parisienne encore parce qu'elle a été au chevet de son fils qui se
14:41faisait opérer.
14:41Elle descend du train et là, son mari la récupère et puis il s'affaire à la cuisine.
14:46Il lui fait un écrasé de pommes de terre, mais il est 18h.
14:48Elle dit, bon, dis donc, tu ne perds pas de temps.
14:50Ah oui, mais comme ça, on va bien profiter de la soirée.
14:52La réalité, c'est qu'elle va encore sombrer dans un coma, cette nuit-là, dont elle ne se souviendra
14:56pas,
14:56et qu'elle va encore subir des choses de la part d'un homme qu'elle ne connaît pas.
15:00Gisèle Pellicot revient aussi sur les mois qui ont suivi cette déflagration.
15:04Elle s'est débarrassée de tout ce qu'il a relié à son mari et violeur.
15:08Il va falloir vider la maison, donc elle jette un coup d'œil, elle regarde.
15:12Elle a acquis quasiment tout avec son mari, donc tout est souillé quelque part, symboliquement, de cette vie commune qui
15:17ne veut plus rien dire pour elle.
15:19Elle dit qu'elle va tout brader sur le bon coin.
15:21Elle dit dans son témoignage, j'ai pris mon chien de valise et c'est tout ce qui me restait
15:27de 50 ans de vie commune.
15:29Louise Colcombé, le même jour, la cour criminelle doit l'interroger sur une question délicate.
15:33Les magistrats demandent à Gisèle Pellicot de confirmer qu'elle était bien inconsciente au moment des faits.
15:39Oui, parce que pas mal d'accusés en cette ligne de dire, mais attendez, qui me dit qu'elle ne
15:44faisait pas semblant ?
15:45Vous avez des vidéos, vous me dites qu'elle dort, mais est-ce que ce n'était pas un jeu
15:49?
15:49Parce que c'est ça, moi, qu'on m'a vendu sur le site Coco, c'est ça qu'il
15:53présentait, disent-ils.
15:55Et donc, on est obligé, forcément, de lui demander, écoutez, madame, est-ce que oui ou non ? C'est
15:59un jeu.
16:00Le président s'excuse un peu parce que, bon, c'est délicat de lui demander, est-ce que vous n
16:03'êtes pas une menteuse, en gros ?
16:04Et puis, voilà, elle va dire, écoutez, non, mais moi, non, évidemment, je ne me souviens de rien.
16:09J'étais totalement inconsciente.
16:11Et puis, je n'ai pas non plus fait d'échangisme ni de triolisme de toute ma vie, jamais.
16:18Le vendredi 6 septembre, la fille de Dominique Pellicot, Caroline, qui avait témoigné dans Code Source,
16:23et les belles-filles de l'accusée se succèdent à la barre, les belles-filles, donc, les épouses de ses
16:28deux fils.
16:29Qu'est-ce que vous retenez du témoignage de ces femmes ?
16:31Toutes les belles-filles ont été prises en photo à leur insu, nu, dans la salle de bain.
16:37Caroline, il y a en plus des photos qu'on trouve d'elle, où elle est dans une position un
16:42peu inerte,
16:43elle ne reconnaît pas les sous-vêtements, il y a un gros plan sur ses fesses, comme si on avait
16:46tiré la couette,
16:47la lumière est allumée, c'est très étrange, très troublant, et elle, elle est persuadée qu'elle a été droguée,
16:53que ses photos ont été prises alors qu'elle était droguée.
16:56On lui a fait un prélèvement de cheveux, mais c'était trop ancien pour éventuellement mettre en évidence l'absorption
17:01d'anxiolithique.
17:02Donc Caroline, elle n'a aucune preuve et que des soupçons envers son père qui, évidemment, jure ses grands-dieux
17:07qu'il ne lui a rien fait.
17:08Et puis après, il y a les deux belles-filles qui racontent les dégâts incroyables sur les petits-enfants.
17:13Il y a des soupçons aussi sur ce que Dominique Pellicot aurait pu faire à l'un des petits-enfants,
17:17un garçon.
17:18C'est un magma de malheur et de souffrance qui touche plusieurs générations,
17:22et voilà, elles ont fait des témoignages très dignes et très émouvants.
17:29Le lundi 9 septembre, la cour doit examiner la personnalité du principal accusé.
17:33Problème, Louise Colcombé, Dominique Pellicot est malade.
17:36Oui, et d'ailleurs, personne ne va remettre en cause ça parce qu'on le voit dans le box,
17:41et clairement, il n'est pas bien.
17:43Je vais même le voir écraser une larme de douleur.
17:46Concrètement, il dit que depuis le vendredi soir, en fait, il souffre de douleurs intestinales,
17:50et puis il suspecte des coliques néphrétiques, donc un problème au niveau des reins,
17:54et peut-être même une infection urinaire.
17:56En gros, il souffre un peu le martyr, et son avocate explique qu'il a besoin de soins,
18:00ce dont personne ne doute d'ailleurs.
18:02Donc en fait, il va repartir vers la maison d'arrêt immédiatement,
18:05et on va dérouler étrangement, sans lui, toute sa vie,
18:09les expertises psychologiques et psychiatriques le concernant,
18:12et même sa sœur qui va venir témoigner ce jour-là, sans lui.
18:15L'enquêtrice de personnalité, la personne payée pour retracer le parcours de vie de l'accusé,
18:20revient sur l'enfance de Dominique Pellicot.
18:23Dominique Pellicot lui a affirmé avoir été violé quand il était enfant,
18:27quand il avait 9 ans, pendant un séjour à l'hôpital.
18:29Il l'a évoqué dans un petit livre, en fait, un peu autobiographique,
18:33qu'il avait écrit pour sa famille, dès 2012,
18:36et il raconte là-dedans que, lors de cette hospitalisation,
18:40un infirmier l'a agressé et violé,
18:43mais ça, ça dépend des versions, parce que, là, cette enquêtrice de personnalité,
18:48il va arrêter d'euphémiser, il dit carrément,
18:50« J'ai été violée de toutes les manières, j'ai vécu un enfer ».
18:53Voilà, cet épisode est un peu trouble,
18:55parce qu'on ne sait pas vraiment ce qui s'est passé.
18:58Son frère a affirmé qu'il en avait eu vent à l'époque,
19:01mais que c'était que des attouchements.
19:03Lui, il dit, « Non, j'en ai jamais parlé avant 2012,
19:05mais j'en avais parlé à mon épouse, elle-même s'en souvient pas ».
19:07Tout ça est un peu nébuleux, mais en tout cas, il y a quelque chose,
19:10il y a un trauma, quelque part, en tout cas, semble-t-il, dans l'enfance.
19:14Dominique Pellicot a grandi dans une famille au climat incestueux.
19:17Qu'est-ce qui nous fait dire ça ?
19:19Oui, Ginette, donc la demi-sœur de Dominique Pellicot,
19:21est venue raconter à 84 ans comment elle est partie le plus vite possible,
19:25à 18 ans, de cette famille qu'elle a fuit,
19:27parce que son beau-père, qui est donc aussi son oncle,
19:30avait des vues sur elle.
19:31Elle a dit qu'il voulait la mère et la fille,
19:33et donc moi, en gros, je suis partie pour échapper à ses griffes.
19:37Et par ailleurs, il y a quelque chose d'encore plus dérangeant dans cette famille,
19:42c'est que le père de Dominique Pellicot, avec son épouse,
19:46avait adopté une jeune déficiente mentale
19:48qui avait été placée sous leur toit par la DAS.
19:50Et en fait, on le soupçonne d'avoir couché avec cette jeune fille
19:53avant même que sa femme meure d'un cancer,
19:56et puis après, on le soupçonne de même s'être mis en ménage avec elle.
19:59Et visiblement, Dominique Pellicot a connu plusieurs événements traumatisants dans cette famille.
20:03Oui, il raconte aussi que son père, qui est quand même un homme très dur,
20:09très violent, visiblement avait des pratiques problématiques,
20:14parce que Dominique Pellicot a été témoin de scènes sexuelles,
20:17et notamment une qu'il raconte.
20:19Il voit sa mère qui a les mains entravées par des liens,
20:22forcée à faire une fellation à son mari,
20:24qui en même temps l'insulte.
20:26Il raconte aussi qu'à 14 ans, quand il était sur un chantier,
20:28on l'a forcé à participer à un viol collectif.
20:31Voilà, il y a quand même tout un environnement très problématique
20:35sur ces questions-là, avec lesquelles Dominique Pellicot va grandir.
20:39Et à un moment, il dit, mon père ne respectait pas sa femme.
20:41Oui, il dit même pire que cela.
20:43Il dit, contrairement à mon père, moi, j'ai toujours respecté ma femme.
20:47Les psys expliquent bien ça, en fait.
20:48Il a deux personnalités en une, ça s'appelle le clivage.
20:51En gros, un peu Dr. Jekyll et Mr. Hyde.
20:54Et il est persuadé d'être un super mari, ce qui peut être d'un côté, d'ailleurs.
20:58Et donc, quand il dit ça, il le pense.
20:59Il se dit, moi, je ne suis pas comme mon père, il ne veut jamais lui ressembler.
21:02Et en même temps, finalement, il lui fait subir des horreurs à son épouse.
21:07Louise Colcombé, le mercredi 11 septembre,
21:09une autre femme victime vient témoigner.
21:11Elle se prénomme Cilia et son mari l'a violée.
21:13en utilisant le même procédé criminel.
21:16Son mari, qui s'appelle Jean-Pierre, il a aujourd'hui 63 ans.
21:19Il l'a droguée avec des médicaments.
21:21Et il l'a violée avec le principal accusé de ce procès, Dominique Pellicot.
21:25Oui, alors c'est un peu l'affaire dans l'affaire,
21:26parce que c'est le seul homme qui n'est pas suspecté d'avoir abusé de Gisèle Pellicot.
21:31En revanche, il a bien rencontré Dominique Pellicot sur le même site, coco.fr.
21:36Ils ont discuté dans ce fameux salon de discussion à son insu.
21:39Et très clairement, ils ont évoqué ce fantasme d'abuser d'une femme endormie.
21:43Comme d'habitude, Dominique Pellicot a proposé son épouse, mais cet homme a refusé.
21:47Il raconte aux enquêteurs qu'il s'est laissé convaincre, finalement, de le faire sur son épouse,
21:52de reproduire le schéma sur son épouse avec des cachets que lui a donnés Dominique Pellicot.
21:57Cette femme, Cilia, est donc victime à la fois de son propre mari et de Dominique Pellicot,
22:02qui lui font ce que Dominique Pellicot fait à sa propre épouse,
22:05la droguée pour lui faire subir des actes sexuels quand elle est inconsciente.
22:09Mais le mari de Cilia lui donne des doses moins fortes,
22:12et un jour, elle se réveille et découvre dans sa chambre un homme qu'elle n'a jamais vu.
22:17C'est Dominique Pellicot.
22:18Oui, ça paraît fou rétrospectivement parce qu'elle se réveille en sursaut.
22:22Elle voit un homme en short polo turquoise qu'elle n'a jamais vu avec une lampe qui clinote dans
22:28sa chambre à coucher.
22:29Son mari est à côté et quand elle se lève, le type saute par la fenêtre, part en courant,
22:34elle essaie de le courser, ils n'arrivent pas à le rattraper.
22:36Et elle dit à son mari, mais qu'est-ce qui se passe ?
22:37Et là, il bredouille un mensonge.
22:41Il ne sait pas quoi lui dire.
22:42Il va lui inventer qu'en fait, cet homme-là, il l'a rencontré en faisant du vélo
22:46et qu'il avait envie de venir voir ses sous-vêtements.
22:48Elle ne va évidemment pas croire son mari,
22:50mais en même temps, comme elle est habillée, il ne s'est rien passé,
22:56donc elle se dit qu'ils ont dû vouloir me prendre en photo.
22:58Et puis, elle interdit à son mari de la toucher.
23:01C'est un peu coexistence pacifique sous le même toit,
23:02mais ils n'en parlent pas plus que ça.
23:04Et à ce moment-là, elle ne sait pas du tout de quoi y retourne.
23:11Le jeudi 12 septembre, l'audience a été suspendue
23:13en raison de l'état de santé de Dominique Pellicot.
23:15À ce stade, les accusés n'ont pas encore été interrogés.
23:18Ils le seront dans un second temps.
23:20On l'a déjà évoqué dans un précédent code source,
23:22Dominique Pellicot est aussi soupçonnée dans deux autres affaires.
23:26Le meurtre d'une jeune fille de 23 ans en 1991 à Paris
23:29et une tentative de viol avec carme en 1999.
23:34Dans les deux cas, les victimes étaient des agentes immobilières.
23:37Louis Scolcombet, Dominique Pellicot a reconnu la tentative de viol.
23:41Il nie être l'auteur du meurtre.
23:43Mais les enquêteurs ont des éléments concrets contre lui.
23:46Oui, en fait, ils ont son ADN.
23:48Et on va s'en rendre compte pourquoi ?
23:50Parce qu'évidemment, dans l'affaire de Mazan, on va prélever son ADN.
23:52Et là, en le passant au fichier, on va se rendre compte que ça correspond à un ADN d'une
23:57vieille affaire,
23:58donc 1999, pour lequel on n'avait pas d'auteur.
24:01En fait, l'auteur a agressé cet agente immobilière à qui il avait donné rendez-vous dans un appartement vide.
24:06Et il avait un cutter.
24:07Il s'est blessé avec et on a retrouvé des petites gouttelettes de sang sur la chaussure de cette femme.
24:12Et ensuite, à partir de ce mode opératoire,
24:15c'est là qu'ils vont faire le rapprochement avec l'affaire de 91, l'homicide,
24:18parce que c'était aussi une agente immobilière, un homme qui avait appelé pour prendre rendez-vous.
24:21Elle a fini par être violée, étranglée et tuée à coups de couteau.
24:25Les similitudes sont telles que les deux affaires ont été jointes et sont instruites désormais ensemble.
24:30Et dernier point qui jette le trouble,
24:32c'est-à-dire que la rescapée de 1999 raconte quand même que cet homme s'est jeté sur elle
24:37et lui avait placé sur la bouche un mouchoir avec un produit anesthésiant, a priori de l'éther.
24:43Elle est tombée dans les pommes et a repris ses esprits.
24:45Et c'est comme ça qu'elle se libère.
24:46Et finalement, c'est assez troublant de se dire que Dominique Pellicot a sans doute utilisé cette arme de soumission
24:51chimique dès cette époque-là.
25:05Sous-titrage Société Radio-Canada
25:23N'oubliez pas le deuxième podcast du Parisien, Crime Story.
25:26Chaque samedi, une grande affaire criminelle racontée par Claudia Prolongeau
25:29avec Damien Delsony, le chef du service pour les justices du Parisien.
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