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Buste de Cléopâtre, décret de Toutankhamon… Des pièces de très haute valeur, pillées à l’Egypte, se sont retrouvées dans les plus grands musées du monde. Derrière ce scandale : un vaste réseau de trafiquants d’art. Récit de cette affaire avec Nicolas Jacquard, grand reporter au service police justice du Parisien.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert et Anaïs Godard et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : RMC, France TV
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0:00 - Le scandale du Louvre : Martinez et Charnier mis en examen
2:49 - Point de départ : le sarcophage du Met et l’enquête américaine
5:24 - Le réseau de trafic : marchands, faux papiers, blanchiment
11:26 - Louvre Abu Dhabi : acquisitions, responsabilités et suite judiciaire
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Buste de Cléopâtre, décret de Toutankhamon… Des pièces de très haute valeur, pillées à l’Egypte, se sont retrouvées dans les plus grands musées du monde. Derrière ce scandale : un vaste réseau de trafiquants d’art. Récit de cette affaire avec Nicolas Jacquard, grand reporter au service police justice du Parisien.
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Clémentine Spiller et vous écoutez CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11En mai 2022, la mise en examen de Jean-Luc Martinez, l'ancien directeur du Louvre et de son antenne
00:17d'Abu Dhabi,
00:18fait l'effet d'une bombe dans le monde de l'art.
00:21Il est accusé, ainsi que son ancien bras droit de trafic en bandes organisées,
00:26précisément d'avoir acheté ou conseillé l'achat d'œuvres et d'objets qui avaient été pillés,
00:31dont ils n'ont pas vérifié la provenance, et qui se sont retrouvés exposés dans les prestigieuses vitrines du Louvre.
00:38Après plus de trois ans d'enquête, un tentaculaire réseau de trafiquants a été mis au jour, en partie implanté
00:45à Paris.
00:46Et le Louvre n'est pas sa seule victime.
00:48Le Metropolitan Museum de New York a dû restituer à l'Egypte un sarcophage pillé via les mêmes trafiquants,
00:55une pièce achetée pour la maudite somme de 3,5 millions d'euros.
00:59On revient sur ce scandale qui n'en finit plus de secouer le monde de l'art avec Nicolas Jacquard,
01:05grand reporter au service police-justice du Parisien.
01:17Jean-Luc Martinez a été mis en examen mercredi soir, mis en examen pour blanchiment et complicité d'escroquerie en
01:24bande organisée.
01:25Nicolas Jacquard, dès mai 2022, vous avez suivi pour le Parisien l'affaire du trafic d'antiquité au Louvre.
01:31Qu'est-ce qu'il se passe exactement en mai 2022 ?
01:34Deux personnes sont mises en examen.
01:37Il s'agit de Jean-Luc Martinez et de Jean-François Charnier, qui sont pour le premier l'ancien patron
01:42du Louvre.
01:43Pour le second, un conservateur renommé.
01:46Ce sont donc deux figures du marché de l'art qui sont impliquées dans un dossier dont on va voir
01:51qu'il est extrêmement complexe
01:52et qui implique le trafic d'œuvres d'art.
01:54Il s'agit plus précisément d'œuvres exposées au Louvre à Abu Dhabi, achetées parfois sur les conseils des équipes
02:00du Louvre parisien,
02:02qui auraient en fait été volées à l'Egypte.
02:05Nicolas Jacquard, vous écrivez à nouveau sur cette affaire dans les pages du Parisien cette semaine.
02:10Pour quelles raisons ?
02:11Cette affaire a donné lieu à plusieurs enquêtes.
02:13D'abord, on va le voir, une enquête aux Etats-Unis.
02:16Et puis, conjointement, également, une information judiciaire qui a été ouverte en France,
02:21dans le cadre de laquelle, justement, Martinez et Charnier ont été mises en examen.
02:24Et puis, cette enquête, donc, elle continue à l'heure actuelle.
02:27Et un journaliste spécialisé dans le marché de l'art qui s'appelle Vincent Nos
02:31vient de publier un ouvrage qui s'appelle « L'or pillé des pharaons »
02:35qui revient largement et dans le détail sur cette affaire.
02:40On va revenir donc avec tous ces éléments d'enquête sur un scandale qui a ébranlé le monde de l
02:46'art
02:46et révélé un réseau de trafic tentaculaire implanté notamment à Paris.
02:50Mais d'abord, direction New York, où, contre toute attente, tout commence avec Kim Kardashian,
02:56immense star de la télé-réalité qui cumule plusieurs centaines de millions d'abonnés sur les réseaux sociaux.
03:02On a ce musée qui est l'un des plus grands du monde, qui est le Metropolitan Museum de New
03:06York,
03:06qui a exposé un sarcophage égyptien, une pièce maîtresse de l'art antique égyptien,
03:12un sarcophage d'un prêtre qui s'appelait Ned Jemang,
03:15qui a été acheté 3,5 millions d'euros par le maître.
03:19Et vous le disiez, Kim Kardashian, la grande star américaine,
03:22s'est prise en photo à côté de ce sarcophage lors d'un des galas du maître,
03:26qui est vraiment un événement majeur aux États-Unis.
03:29Et donc, ça a contribué à remettre un petit peu sur le devant de la scène ce sarcophage.
03:33Et là, on va découvrir que les enquêteurs américains spécialisés dans la lutte contre le trafic d'art
03:39avaient également eux-mêmes déjà repéré ce sarcophage,
03:42que cette pièce était problématique et que, potentiellement, elle provenait de pillages.
03:47Et donc, les policiers américains, le FBI, ont saisi cette pièce qui va être restituée à l'Égypte.
03:54À la tête de cette unité de lutte contre le trafic d'art,
03:57il y a un certain Matthew Bogdanos, un procureur new-yorkais.
04:00Qui est-il exactement ?
04:01Matthew Bogdanos, c'est vraiment un personnage,
04:04parce que, vous le disiez, il est procureur adjoint à Manhattan.
04:07Mais c'est quelqu'un qui connaît très bien le monde de l'art,
04:10le monde du trafic d'œuvres d'art,
04:12parce que, lui-même, auparavant, a été militaire.
04:15Il a été engagé en Irak en 2003, à la chute de Saddam Hussein,
04:19et il a assisté vraiment aux premières loges, au pillage des plus grands musées de Bagdad,
04:24avec toutes ces œuvres antiques qui étaient dans les musées.
04:27Et depuis cette date, en fait, il en a fait presque un combat personnel.
04:30Il a développé un réseau de sources,
04:32et c'est comme ça qu'il a appris, effectivement,
04:34que certaines œuvres étaient susceptibles d'avoir été vendues aux Métropolitanes.
04:38La cellule de Matthew Bogdanos cherche alors à savoir
04:42comment ce sarcophage a été sorti de son pays,
04:45et l'enquête conduit à un marchand d'art français qui s'appelle Christophe Kuniki.
04:50Christophe Kuniki, c'est véritablement un marchand qui a pignon sur rue à Paris,
04:55qui est reconnu, qui vend énormément de pièces,
04:58qui est marié à un certain Richard Semperre, qui travaille avec lui,
05:02et ces deux-là, pendant des années, n'ont pas régné,
05:06ce serait peut-être exagéré,
05:07mais en tout cas avoir une place extrêmement influente,
05:10et notamment sur la vente des antiquités égyptiennes.
05:13Les autorités américaines passent alors le relais à la France,
05:17qui ouvre une information judiciaire pour faire la lumière
05:20sur la branche française de ce réseau.
05:23Cette enquête, c'est l'OCBC qui s'en charge,
05:26l'Office Central de la Lutte contre le Trafic de Biens Culturels.
05:30C'est quoi exactement ?
05:31Pour résumer un petit peu dans le jargon,
05:33on dit que ce sont les flics de l'art.
05:35C'est un office central de la police judiciaire,
05:37qui est dirigé d'ailleurs par un gendarme,
05:40mais qui est spécialisé dans toutes les enquêtes qui concernent le marché de l'art.
05:44On parle de vols dans les musées par exemple,
05:47ce sont eux qui aujourd'hui enquêtent conjointement sur le fameux casse du Louvre.
05:52Ce sont des flics qui véritablement connaissent toutes les coulisses du marché de l'art.
06:00Il y a plusieurs maillons à la chaîne du trafic d'art.
06:03Le tout premier, ce sont les pilleurs,
06:05les petits trafiquants d'art qui vont proposer des œuvres volées à leurs contacts.
06:09Eux sont très peu payés, parfois pas du tout.
06:12Qu'en est-il des intermédiaires suivants ?
06:15Ensuite, on va avoir des intermédiaires à un niveau supérieur,
06:18et puis des grands marchands, des grands trafiquants.
06:21Et enfin, on le voit dans ce dossier, des marchands qui eux ont pignon sur eux,
06:26et puis ces grands musées qui vont acquérir les œuvres,
06:27avec à chaque fois, on le voit sur certains cas très précis,
06:30des montants qui sont absolument exponentiels,
06:33puisque vous avez certaines œuvres qui vont être achetées pour quelques milliers,
06:37voire quelques dizaines de milliers de dollars dans les pays d'origine.
06:41Et puis à chaque revente, le montant va exploser,
06:44pour finir à des millions d'euros, voire des dizaines de millions d'euros.
06:48Plus il y a d'intermédiaires, et plus la responsabilité de chacun est difficile à tracer.
06:54Surtout que les maillons les plus importants sont parfois les plus discrets.
06:58Dans l'affaire du Louvre, c'est le cas d'un certain Sérop Simonian.
07:02Et Sérop Simonian, c'est véritablement un personnage de roman.
07:06C'est un vieux monsieur, un très vieux monsieur, qui a 84 ans aujourd'hui,
07:10qui a toujours vécu en Allemagne, qui est d'origine arménienne,
07:14mais dont la famille a vraiment ses réseaux, ses antennes au caire.
07:18Et en fait, on se rend compte, à travers cette enquête,
07:20et à travers aussi ce que Vincent Noce en dit,
07:22que Sérop Simonian, en fait, pendant des décennies,
07:25a écoulé sous le manteau les plus belles pièces de l'art égyptien.
07:30On parlait donc du sarcophage, du maître,
07:31mais on va voir que d'autres maisons de vente aux enchères,
07:35d'autres grands musées ont acquis des pièces en provenance de Sérop Simonian.
07:39Et systématiquement, Sérop Simonian va rester dans l'ombre,
07:43va s'abriter derrière un certain nombre d'intermédiaires,
07:46dont son propre bras droit, qui est un Libanais,
07:48dont on verra aussi que lui-même a touché des millions sur la vente de ses objets.
07:52Et donc, assez rapidement, pour les enquêteurs américains comme français,
07:56il apparaît que Sérop Simonian est véritablement un maillon essentiel
08:01de la vente de ses objets présumés pillés.
08:04Une pièce d'antiquité exceptionnelle, dorée finement à la main.
08:09Ce sarcophage d'un grand prêtre du 1er siècle avant Jésus-Christ
08:12avait été acheté à un vendeur français
08:14par le prestigieux Metropolitan Museum à New York
08:18pour une valeur de 3,5 millions d'euros.
08:21Problème ? L'œuvre a été volée en Égypte en 2011,
08:24en plein printemps arabe.
08:26Elle va transiter des Émirats vers l'Allemagne, puis la France.
08:31À Paris, il aurait été récupéré par un vendeur
08:34figurant sur les sites d'experts de l'art.
08:36Il a une société dans le 2e arrondissement.
08:39Selon la justice, il aurait falsifié le document d'exportation
08:42pour masquer l'origine de l'objet.
08:45On parle donc de quelqu'un qui aurait eu accès
08:47à une immense collection de pièces pillées,
08:50mais évidemment, il explique aux marchands d'art
08:52qui les rachètent qu'elles ont été acquises légalement.
08:55Qu'est-ce qu'il leur dit ?
08:56Il explique qu'en fait, sa propre famille
08:59a toujours été liée à une autre famille,
09:01égyptienne celle-ci, une famille qui s'appelait
09:03les Kachabas et qui, au fil des décennies,
09:06a elle-même acquise, extrait
09:08parmi les plus belles pièces de l'art ancien égyptien.
09:12Et donc, Simonian va expliquer
09:14qu'en étant très proche des Kachabas,
09:16à un moment, il a été mandataire de cette collection,
09:19qu'il l'a exportée plus ou moins légalement en Allemagne,
09:22et puis qu'il l'a conservée,
09:25qu'au fil des années, il vendait des pièces de cette collection.
09:28Alors, certes, cette collection a véritablement existé,
09:32mais enfin, quand on voit la masse des pièces
09:35dont la famille Simonian était propriétaire,
09:37on a un léger doute sur la propriété légale de cette collection.
09:45À l'appui, ces robes Simonian a des documents
09:47qui prouvent l'origine légale des pièces.
09:50Dans le cas des objets pillés,
09:52ces documents sont des faux, c'est ça ?
09:54Comme dans d'autres types de trafics,
09:56en fait, il y a un moment où il faut blanchir,
09:58justement, ces pièces.
09:59En fait, ce blanchiment passe par l'établissement
10:02d'un certain nombre de documents
10:04pour ces pièces maîtresses,
10:05et notamment, on l'évoquait,
10:07des certificats d'exportation.
10:09Les trafiquants ont fini par admettre
10:11devant les policiers qu'en fait,
10:12ces certificats étaient faux.
10:14Mais alors, ils avaient vraiment développé
10:15des trésors d'ingéniosité
10:17pour essayer de blanchir ces pièces.
10:19Par exemple, ils avaient récupéré,
10:21pour certains, des documents authentiques,
10:23c'est-à-dire, voilà, des feuilles vierges,
10:25mais qui datent des années 30 en Égypte.
10:28Et ensuite, ils allaient remettre
10:29des faux tampons dessus.
10:30Donc, on ne sait pas qui, exactement,
10:33dans ce dossier, a fait quoi.
10:34Mais en tout cas, on sait que les simoniants
10:37comme Kuniki, à un moment,
10:39ont été les chevilles ouvrières, en fait,
10:42de cet établissement de faux documents
10:44pour, justement, remettre ces pièces sur le marché.
10:46Et les maisons de vente aux enchères
10:48sont aussi un maillon important
10:49qui contribue, sans le savoir,
10:51à blanchir des pièces.
10:53Christophe Kuniki, qui était un marchand très en vue,
10:56mais surtout, c'est un marchand
10:57qui vendait beaucoup de pièces
10:58avec les maisons de vente aux enchères,
11:00ce qui a contribué à établir,
11:02en quelque sorte, sa crédibilité.
11:04Il y a notamment une maison de vente aux enchères
11:06qui est la maison Pierre Berger,
11:08qui a vu passer pour des millions d'euros
11:10de pièces mises en vente
11:11par Christophe Kuniki.
11:13Et Vincent Noce estime que
11:15c'est aussi à travers ces ventes aux enchères
11:18que Christophe Kuniki a pu se faire un véritable réseau
11:21et accéder ainsi au plus grand musée du monde.
11:26C'est donc ce réseau qui a vendu le sarcophage
11:29au Metropolitan Museum de New York
11:31qui va vendre aussi des antiquités pillées au Louvre
11:35et notamment à son antenne d'Abu Dhabi.
11:38Alors d'abord, rappelez-nous,
11:39c'est quoi le Louvre Abu Dhabi ?
11:41Le Louvre Abu Dhabi, c'est véritablement
11:43un projet pharaonique, pourrait-on dire,
11:45qui est né d'une volonté de partenariat
11:48entre la France et les Émirats arabes unis.
11:51Et c'est de volonté d'établir aux Émirats arabes unis
11:54un petit frère du Louvre français.
11:56On lui donne la marque du Louvre
11:57et en échange, les Émiriens vont verser
12:01près d'un milliard d'euros
12:02pour pouvoir construire ce musée
12:04et puis surtout pour pouvoir le nourrir,
12:07en quelque sorte,
12:07et mettre des œuvres à l'intérieur.
12:09Ce projet du Louvre Abu Dhabi
12:11va longtemps stagner,
12:13rencontrer beaucoup de problèmes politiques,
12:16diplomatiques, architecturaux.
12:17Il y a beaucoup de détracteurs
12:18qui disent qu'il s'agit d'une commercialisation
12:21de l'art et de la culture.
12:23Et puis finalement,
12:24c'est quand Jean-Luc Martinez
12:25arrive à sa tête que ça prend forme.
12:27Jean-Luc Martinez,
12:28c'est l'ancien patron du Louvre parisien
12:30et il a un profil un peu atypique.
12:33Oui, Jean-Luc Martinez,
12:34c'est quelqu'un qui n'est pas du Serail,
12:36c'est quelqu'un qui vient d'un milieu populaire
12:38et qui, quand il le raconte,
12:40a découvert le Louvre lors d'une visite
12:43alors qu'il était mineur.
12:44D'ailleurs, il n'avait pas le droit
12:45de rentrer tout seul dans le musée
12:46et il est tombé vraiment en extase
12:49devant toute cette culture.
12:52C'est quelqu'un qui ensuite a été
12:53un simple professeur, pourrait-on dire,
12:55et puis qui a vraiment grimpé les échelons
12:57à travers sa compétence,
12:59à travers sa connaissance intime des œuvres.
13:02Parce que c'est quelqu'un,
13:03disent les spécialistes,
13:04qui a vraiment le sens de l'objet,
13:05de la relation avec l'objet.
13:07Et puis, on l'a dit,
13:09c'est quelqu'un qui a présidé le Louvre,
13:10qui était donc un des pontes
13:12de la muséographie française.
13:14Et quand il va se mettre sur ce projet
13:16du Louvre à Abu Dhabi,
13:17c'est véritablement à ce moment
13:18que le projet va redémarrer.
13:20Et il va choisir son bras droit
13:22un certain Jean-François Charnier.
13:24Oui, Jean-François Charnier,
13:25c'est un conservateur renommé
13:27qui lui aussi a gravi les échelons,
13:30qui a dirigé un certain nombre de musées.
13:32C'est un homme très volontaire.
13:34Et Jean-François Charnier
13:35va véritablement être le lien
13:37entre la France
13:38et les Émirats arabes unis.
13:40Et c'est véritablement le tandem
13:42entre Martinez et Charnier
13:43qui va sortir ce projet
13:45de Louvre à Abu Dhabi,
13:46des sables dans lesquels
13:47il était un petit peu enterré.
13:51L'une des difficultés
13:53pour le Louvre à Abu Dhabi
13:54à ce moment-là,
13:55c'est d'acquérir des œuvres.
13:57Pourquoi c'est compliqué ?
13:58Par définition,
13:59ces œuvres sont extrêmement rares.
14:01Et puis surtout,
14:02on a les plus grands musées du monde
14:04qui se font concurrence
14:06pour les acquérir
14:06parce que c'est à travers
14:08ces œuvres exceptionnelles
14:09que vous allez pouvoir communiquer,
14:11que vous allez pouvoir faire
14:12des expositions.
14:13Et donc,
14:14vous avez toujours
14:15les grands musées mondiaux,
14:17le Louvre,
14:18le Métropolitane
14:19qui vont chercher
14:20à acquérir des œuvres
14:22que le voisin n'aura pas.
14:23Une agence va être créée
14:25pour aider le musée
14:26dans cette tâche,
14:27l'AFM,
14:28l'agence France Museum.
14:29Qu'est-ce que c'est ?
14:31C'est un organisme public
14:34dont Jean-Luc Martinez
14:35et Jean-François Charnier
14:36étaient les pièces maîtresses
14:38en tant que conseillers scientifiques.
14:39Mais c'est aussi cette structure
14:41qui va être plus précisément
14:43chargée des acquisitions
14:44pour le compte
14:45du Louvre à Abu Dhabi.
14:47Et il faut rappeler ici
14:48qu'en fait,
14:48c'est une structure
14:49véritablement collective.
14:50Ce ne sont pas deux personnes
14:51qui vont décider
14:52de sortir le carnet de chèques
14:54qu'on leur a attribué
14:54pour acheter des œuvres.
14:55Mais elles vont collectivement
14:57étudier ces œuvres,
14:58essayer autant que possible
14:59de vérifier leur provenance,
15:01leur authenticité,
15:02bien sûr,
15:03et puis aussi la cohérence
15:04dans les collections
15:05que ces deux personnes
15:06sont en train d'essayer
15:07de monter pour le compte
15:08du Louvre à Abu Dhabi.
15:10Le marchand d'art
15:11Christophe Kuniki
15:12dont vous parliez précédemment
15:14va donc entrer en contact
15:15avec l'AFM,
15:16c'est ça ?
15:17Alors c'est ça,
15:17on le disait,
15:18Kuniki à Pignon-sur-Rue,
15:20c'est quelqu'un
15:20qui est reconnu,
15:21qui a vendu des pièces
15:22aux Métropolitanes,
15:23qui a vendu
15:23un grand nombre de pièces
15:25pour la maison de vente
15:26aux enchères Père-Bergé.
15:27Donc il est assez logique
15:28au vu des objets
15:30que Kuniki propose à la vente,
15:32qu'il rentre en contact
15:33avec l'agence France Muséum,
15:36indirectement avec
15:37Jean-François Charnier
15:38et Jean-Luc Martinet,
15:39parce que bien sûr,
15:40il a des pièces
15:41à leur proposer
15:42et ces pièces intéressent
15:43le Louvre à Abu Dhabi.
15:44Avec son aide,
15:45le Louvre à Abu Dhabi
15:46va faire de grandes acquisitions,
15:47lesquelles par exemple ?
15:48Alors on a principalement
15:49cette pièce
15:50de très grande envergure,
15:52puisqu'elles ont été achetées
15:52au total
15:53pour 53 millions d'euros
15:55par l'agence France Muséum
15:56pour le compte
15:57de Louvre à Abu Dhabi.
15:58Et parmi ces pièces,
15:59on a notamment
16:00un magnifique buste
16:02de Cléopâtre
16:03en marbre
16:03qui à lui seul
16:04a été acheté
16:0535 millions d'euros.
16:06On a également
16:07une stèle rarissime
16:09qui date de l'ère
16:10de Toutankhamon,
16:11donc 1300 avant notre ère.
16:13Et ce pharaon
16:14a régné assez peu de temps,
16:15donc il y a assez peu
16:16d'objets qui se rattachent
16:17en fait à ce règne.
16:19Et cette stèle,
16:19elle comporte
16:20un décret
16:21du pharaon
16:22qui a été frappé
16:23en hiéroglyphe
16:24sur la pierre.
16:25Elle est même
16:26plus ancienne
16:26que la pierre de Rosette
16:28et aujourd'hui,
16:29ce qui dit
16:29toute la rareté
16:30de cette pièce,
16:30c'est qu'elle trône
16:31toujours à l'entrée
16:32d'une des ailes
16:33du Louvre à Abu Dhabi.
16:38Le Louvre à Abu Dhabi
16:39ouvre ses portes
16:40en 2017
16:41et progressivement,
16:42les années suivantes,
16:43les différents intermédiaires
16:44du réseau
16:45qu'on a décrit
16:46sont rattrapés
16:47par la justice.
16:48Oui, particulièrement
16:49par la justice française
16:50qui, plus encore
16:51que son homologue américaine,
16:53va être moteur
16:54dans ce dossier.
16:55Vous le disiez,
16:56on a les membres
16:58présumés
16:58de ce réseau
16:59qui vont être
17:00un à un rattrapés.
17:01C'est le cas
17:02de Serobe Simonian
17:03qui, du fait
17:04d'un mandat d'arrêt
17:05international,
17:06va être interpellé
17:08en Allemagne,
17:08va être envoyé
17:09en France
17:10où il va faire
17:10quelques mois
17:11de détention.
17:12Son bras droit
17:12libanais
17:13qui s'appelle
17:14Robin Dib
17:14également
17:15va être incarcéré.
17:17Christophe Kuniki,
17:18lui aussi,
17:19est mis en examen.
17:20Donc,
17:20les policiers
17:21de l'OCBC
17:21vont mettre à jour
17:22ce réseau présumé.
17:24Une polémique aussi
17:25qui fait grand bruit
17:26au musée du Louvre.
17:28L'ancien directeur
17:29Jean-Luc Martinez
17:30vient d'être mis en examen.
17:31Pourquoi ?
17:32Pour blanchiment
17:33et pour complicité
17:34d'escroquerie
17:35dans une affaire
17:36de trafic d'antiquité
17:37au musée
17:38d'Abu Dhabi.
17:39On en revient
17:39au début
17:40de cet épisode
17:40de Code Source,
17:41la mise en examen
17:42de Jean-Luc Martinez
17:43et Jean-François Charnier,
17:45son bras droit.
17:46C'est un choc
17:47dans le monde de l'art.
17:48Nicolas Jacquard,
17:49pourquoi ?
17:50D'abord,
17:50au regard de leur profil,
17:51on le disait,
17:52Jean-Luc Martinez,
17:53ancien président du Louvre
17:54et puis parce que
17:55ce sont deux professionnels
17:57qui sont reconnus
17:58pour leurs compétences,
17:59pour leur probité,
18:00de grands noms
18:01de la misographie française
18:03qu'on ne s'attendait pas
18:04à trouver
18:04dans un dossier
18:05tel que celui-ci.
18:06Vincent Noz,
18:07l'auteur du livre-enquête
18:09L'Orpillé des pharaons
18:10que vous avez interviewé,
18:11Nicolas Jacquard,
18:12appelle carrément
18:13l'enquête française
18:14un désastre.
18:15Selon lui,
18:16Jean-Luc Martinez
18:17et Jean-François Charnier
18:18sont avant tout
18:19des victimes
18:19qui ont été bernées
18:21par des trafiquants.
18:22Expliquez-nous ça.
18:23Vincent Noz va expliquer
18:24que ni Martinez
18:26ni Charnier
18:27n'avaient véritablement
18:28les moyens
18:29de vérifier
18:30la provenance
18:31de ces œuvres.
18:32On va aussi voir
18:33encore une fois
18:34que le processus
18:35d'acquisition
18:35était un processus
18:36éminemment collectif
18:37et puis il y a aussi
18:38un certain nombre
18:39de points
18:39qui peuvent poser question
18:40par exemple
18:41le fait que
18:42parmi les sept œuvres
18:43qu'on a évoquées
18:44il y en a certaines
18:45qui ont été acquises
18:46par le Louvre à Bouddhabi
18:47alors que la mission
18:49de Martinez
18:50et de Charnier
18:51était déjà terminée
18:52et en fait
18:52les gens
18:53qui ont présidé
18:54à ces acquisitions
18:55au Louvre à Bouddhabi
18:56eux n'ont pas du tout
18:57été ni mis en examen
18:59ni inquiétés.
18:59Où en est la procédure
19:00judiciaire aujourd'hui ?
19:01C'est une procédure
19:02qui comme beaucoup
19:03de procédures en France
19:04du fait de l'état
19:05de la justice
19:05traîne en longueur
19:06et puis aujourd'hui
19:07plus personne n'est incarcéré
19:09dans ce dossier
19:09Sérop Simonian
19:10est reparti en Allemagne
19:11il est aujourd'hui
19:12en maison de retraite
19:13donc on a l'impression
19:14que pour les magistrats
19:15instructeurs
19:16ce n'est pas un dossier
19:17qui est prioritaire
19:18quand bien même
19:19on le disait
19:19on a ces deux personnalités
19:21du monde de l'art
19:22qui sont toujours
19:22mis en examen
19:23et qui voudraient aujourd'hui
19:24que leur honneur
19:25soit en quelque sorte
19:26lavé.
19:26Et puis on a aussi
19:28une procédure
19:29au-delà du judiciaire
19:30qui est éminemment politique
19:31puisqu'on le comprend bien
19:33à travers la culture
19:34ce sont aussi des enjeux
19:35diplomatiques
19:36qui sont en cause
19:36et ce qui est assez intéressant
19:38dans ce cadre-là
19:39c'est de noter que l'Egypte
19:40au-delà du sarcophage
19:41vous le disiez
19:42du métropolitane
19:43qui est repartie
19:44dans le pays
19:44n'a pas demandé
19:45à ce que les sept oeuvres
19:47du Louvre à Abu Dhabi
19:48lui soient rendues
19:48et aujourd'hui
19:49ces oeuvres sont toujours
19:50exposées aux Émirats Arabes Unis.
19:54Est-ce qu'il y a des choses
19:55qui ont depuis été
19:56mises en place
19:57pour que les musées
19:58puissent s'assurer
19:59qu'ils ne sont pas
20:00en train d'acquérir
20:01des oeuvres
20:01ou des objets pillés ?
20:03Aujourd'hui
20:03on a le sentiment
20:04que ces grands musées
20:05essayent de faire
20:07un petit peu plus
20:07c'est par exemple
20:08le cas du Louvre
20:09qui s'est doté
20:10d'un responsable
20:11de la sécurité
20:12des acquisitions
20:13mais quelles sont
20:14les possibilités
20:15pour les conservateurs
20:17de se prémunir
20:18de ça ?
20:19C'est encore une fois
20:19très difficile
20:20quand vous avez
20:20des trafiquants
20:21qui rivalisent
20:22d'ingéniosité
20:23pour justement
20:23trafiquer
20:24les certificats
20:25d'exportation
20:26notamment.
20:27Une autre solution
20:28qui d'ailleurs
20:29est proposée
20:30par certains spécialistes
20:31du secteur
20:31c'est d'associer
20:33par exemple
20:33les policiers
20:34de l'OCBC
20:35justement
20:35à ces acquisitions
20:36pour que
20:36le volet
20:37investigation
20:38sur la provenance
20:39des oeuvres
20:40à ce moment-là
20:40soit rétrocédé
20:41en quelque sorte
20:42à la police
20:43et non plus
20:43aux conservateurs.
21:00Merci à Nicolas Jacquard
21:02grand reporter
21:02au service
21:03police-justice
21:04du Parisien
21:05cet épisode
21:06de Code Source
21:06a été produit
21:07par Thibaut Lambert
21:08et Anaïs Godard
21:09réalisation
21:10Pierre Chaffanjon
21:11N'hésitez pas
21:12à vous abonner
21:12à Code Source
21:13le podcast
21:14d'actualité
21:14du Parisien
21:15sur votre plateforme
21:16d'écoute
21:16préférée
21:17ou sur Youtube
21:18On vous invite également
21:19à écouter
21:20notre podcast
21:21entièrement consacré
21:22aux faits divers
21:23Crime Story
21:24chaque samedi
21:25une nouvelle affaire criminelle
21:26racontée par la journaliste
21:28Claudia Prolongeau
21:29avec Damien Delsenis
21:30le chef du service
21:32police-justice
21:33du Parisien
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