- il y a 13 heures
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Elle y est née, y a fait toute sa carrière et lui dit aujourd’hui adieu. Céline Le Negaret, 55 ans, rend sa blouse violette après trente ans en tant que sage-femme à la maternité des Lilas (Seine-Saint-Denis), un lieu mythique de la lutte féministe. Témoignage.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Anaïs Godard et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
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#maternité #bebe #codesource
Elle y est née, y a fait toute sa carrière et lui dit aujourd’hui adieu. Céline Le Negaret, 55 ans, rend sa blouse violette après trente ans en tant que sage-femme à la maternité des Lilas (Seine-Saint-Denis), un lieu mythique de la lutte féministe. Témoignage.
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00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12C'était un lieu emblématique de la lutte pour les droits des femmes, en Seine-Saint-Denis, près de Paris.
00:17La maternité des Lilas a fermé ses portes le vendredi 31 octobre.
00:21Décision de l'Agence régionale de santé d'Île-de-France annoncée en juillet.
00:25Le dernier bébé né dans cette maternité est une petite fille prénommée Ada.
00:31Ouverte en 1964, la maternité des Lilas était une petite structure spécialisée dans l'accouchement dit naturel ou sans douleur,
00:38un ensemble de techniques basées sur le dialogue et l'écoute pour apaiser les angoisses des futures mères.
00:45La maternité s'était aussi battue pour le droit à l'avortement avant sa dépénalisation en 1975.
00:52Côte-Source revient sur l'histoire de la maternité des Lilas à travers le regard de l'une de ses
00:58sages-femmes,
00:59Céline Le Négaré, 55 ans.
01:01Elle y aura travaillé pendant 30 ans.
01:04Barbara Gouy est allée à sa rencontre sur place la veille de la fermeture.
01:12Je rencontre Céline Le Négaré à la maternité des Lilas.
01:17Dès que j'arrive, je vois que les placards sont ouverts, les salariés sont en plein déménagement.
01:23On est à la veille de la fermeture et ils sont en train de ranger leurs affaires.
01:28Il y a aussi des matelas par terre, plusieurs dizaines de personnes vont dormir ici pour dire au revoir à
01:34ce lieu qui leur est très cher.
01:37Céline m'emmène dans son bureau, on s'installe pour qu'elle me parle de son parcours à la maternité
01:42des Lilas
01:42et de l'histoire de ce lieu qui a marqué sa vie personnelle et professionnelle.
01:49Céline est née le 2 février 1970 à la maternité des Lilas et elle grandit en région parisienne.
01:57Au moment de choisir son orientation, Céline se renseigne pour devenir sage-femme.
02:03Ce qui m'a donné envie d'être sage-femme, c'est de découvrir l'importance pour la personne qui
02:11accouche,
02:12d'être bien accompagnée dans un moment qui va être une transformation dans sa vie.
02:17Parce qu'on peut comparer ça maintenant presque à une adolescence, c'est une transformation physique,
02:21mais c'est une transformation psychique.
02:23On n'est plus jamais la même une fois que ce bébé est né.
02:27Et ça, j'ai trouvé que c'était magique, avec évidemment ce moment qui est peut-être le plus intense
02:36en émotion
02:36que le moment de la naissance, mais c'est aussi important l'avant et l'après d'être présente dans
02:43tout ce parcours.
02:44Après le lycée, elle s'inscrit dans une école de sage-femme à Paris.
02:48Elle se sent tout de suite à sa place.
02:50L'école de sage-femme nous permettait la dernière année d'aller dans un lieu de stage qu'on avait
02:54choisi nous-mêmes.
02:56Et moi, ma mère, puisque je suis née à la maternité des Lilas, m'a dit « Mais va voir
03:00ce qui se passe au Lilas.
03:01Tu sais, c'est quand même différent de la majorité des maternités. Je te conseille d'y aller. »
03:06Et du coup, moi j'en ai parlé à mes enseignantes de mon école qui m'ont dit « Mais
03:09tu sais, au Lilas, c'est des babacools.
03:12Il n'y a pas de blues pendant les consultations. Tu te rends compte, il n'y va pas. »
03:16Enfin, elles m'ont un peu déconseillée et j'y étais quand même.
03:20Et là, j'ai découvert vraiment un autre monde et je me suis dit « Mais c'est extraordinaire ce
03:25que je vois et ce qui se passe ici. »
03:27C'est comme ça que j'ai envie de travailler et d'accompagner ces couples.
03:32Et du coup, j'ai continué à faire des gardes un peu ailleurs, mais très vite, j'ai travaillé à
03:38la maternité des Lilas assez rapidement après mon diplôme.
03:43Pour Céline, c'est un coup de cœur.
03:45La maternité a une histoire forte et une réputation hors normes depuis les années 70.
03:51Ce qui fait le succès des Lilas, à première vue, une recette. Et surtout, un climat de liberté.
03:58C'est de ne pas forcer. Ça sortira petit à petit.
04:03On n'a pas assez d'un roux pour pousser comme une d'année en se disant « En une
04:07demi-heure, il faut que ce soit sorti. »
04:09On ne nous met pas dans une position d'assister.
04:11On n'est pas des gens à qui on dit « Il faut faire ça, puis il faut faire ça
04:14sans expliquer. »
04:15C'est-à-dire qu'on nous explique énormément, en particulier tout ce qui peut se passer dans notre corps.
04:19Cette maternité est connue pour s'appuyer sur la méthode d'accouchement sans douleur, moins médicalisée.
04:26L'objectif est surtout d'écouter les envies de la patiente pour réduire ses angoisses pendant l'accouchement.
04:32Elle peut par exemple accoucher dans la position qu'elle préfère, allongée, debout, sur le côté ou même dans l
04:39'eau.
04:39L'équipe médicale fait aussi un travail avec la femme enceinte en amont pendant la préparation de l'accouchement.
04:46Les sages-femmes ont donc une approche plus psychique que médicale.
04:50La péridurale n'est donc pas systématique à la maternité des Lilas.
04:55Elle est utilisée seulement si la femme enceinte le demande.
04:58Mais ce qui marque aussi Céline quand elle fait son premier stage, c'est le rapport que les autres salariés
05:04ont avec elle.
05:05À l'hôpital, quand je faisais mes stages, habituellement, c'était très hiérarchisé.
05:09C'est-à-dire qu'en tant qu'étudiant de sages-femmes, en fait, on n'était pas grand-chose.
05:13À tel point que j'ai quand même des sages-femmes qui, non seulement ne voulaient pas manger avec nous
05:18le midi,
05:19mais nous disaient, on ne mélange pas les torchons et les serviettes.
05:22Donc, on était parfois complètement transparentes.
05:25On est quand même utilisées dans un système où les étudiants, que ce soit d'ailleurs les étudiants en médecine,
05:29les étudiants infirmiers, les étudiants de sages-femmes, sont indispensables parfois aux soins,
05:33mais en même temps ne sont pas considérés.
05:35Voilà, ils sont parfois maltraités.
05:37Et du coup, ici, c'était tellement différent.
05:40Quand je suis arrivée, le chef de service s'est adressé à moi, m'a serré la main, il m
05:43'a dit,
05:43bonjour, moi je suis Gérard.
05:45Et du coup, je me suis présentée à lui.
05:47J'ai eu l'impression que, en fait, je comptais pour quelqu'un qui, dans une autre structure, ne m
05:52'aurait même pas regardée.
05:54Céline est embauchée à la maternité des Lilas en tant que sages-femmes en 1995 à 25 ans.
06:00Elle apprécie la manière dont les salariés sont traités, mais également la manière dont les patients sont traités,
06:07par rapport à ce qu'elle avait pu voir lors de ses stages précédents.
06:10On ne parlait pas encore des violences gynécologiques, mais moi j'en avais vu à l'hôpital.
06:14J'avais vu des sages-femmes être maltraitantes.
06:19Et du coup, ça, je ne l'ai jamais vu ici par mes collègues sages-femmes,
06:23parce qu'on n'était pas face à une multitude de femmes qui accouchaient,
06:28comme si les personnes n'avaient pas d'histoire, n'avaient pas d'intérêt.
06:32Je ne dis pas que c'est partout comme ça, mais c'est ce que j'avais ressenti en tant
06:36qu'élève.
06:37Et quand je suis arrivée ici, il y avait quelque chose, en fait, qui nous mettait plus dans une relation
06:43d'égalité.
06:44C'est-à-dire que, par exemple, le tutoiement, qui est très courant ici à la maternité,
06:49c'est quelque chose qui était impensable dans mes études et mes stages,
06:54on se met à égalité, dans la mesure du possible, évidemment, avec l'autre,
06:59parce qu'il est digne d'intérêt et qu'on va lui demander quels sont ses besoins et comment on
07:04peut l'accompagner.
07:06Donc, il y avait quelque chose, et il y a quelque chose comme ça que je n'avais pas trouvé
07:09ailleurs.
07:10À la maternité des Lilas, les soignants sont assez nombreux pour mettre l'accent sur l'accompagnement des familles.
07:17Cette manière de fonctionner séduit et la maternité fait face à de nombreuses demandes.
07:22Le problème, c'est qu'elle manque d'espace pour pouvoir accueillir toutes les personnes voulant être suivies ici.
07:29Le bouche-à-oreille fait de cette maternité une référence en Ile-de-France,
07:34même si elle n'est pas très reconnue dans le milieu médical.
07:40À part des milieux assez ouverts sur ces questions de ce qu'on appelait l'accouchement sans douleur,
07:47dans le monde médical plus classique, c'était une maternité considérée comme une maternité de baba-cool.
07:52Donc, bon, je ne suis pas sûre que c'était très reconnu,
07:56parce que moi, j'ai bien vu quand les enseignantes m'ont parlé de la structure,
08:00c'était un peu vu comme une structure un peu durluberlue, on va dire.
08:04En 1999, Céline est enceinte de jumelles et pour elle, c'est une évidence,
08:10elle veut accoucher à la maternité des lilas.
08:13Je savais comment ça se passait ailleurs.
08:15Un accouchement de jumeaux, c'est quand même un accouchement plus médicalisé.
08:20Moi, ma grossesse se présentait bien, il n'y a pas eu de complications pendant la grossesse.
08:24Et du coup, pour moi, c'était vraiment me sentir en sécurité que d'être avec des collègues
08:29au moment de la naissance de mes filles, c'est des copines qui m'accouchent.
08:34Donc, quel environnement on peut trouver de mieux que d'être entourée par des proches,
08:40finalement, par des amis ? C'est quelque chose qui nous permet tellement d'être en confiance,
08:45et c'est tellement important d'être en confiance au moment où on accouche.
08:48Je pense que j'ai eu une chance immense, c'est un des privilèges de Sage-Femme,
08:52de pouvoir accoucher avec des gens que je connaissais, en qui j'avais confiance,
08:56qui étaient tout à fait présents pour moi, que ce soit dans un accompagnement médical,
09:01mais dans un accompagnement aussi humain.
09:03L'accouchement de ces deux jumelles se passe bien.
09:07Céline accouche d'un troisième enfant en 2006, toujours à la maternité d'Elila.
09:12Au début de sa carrière, Céline s'occupe surtout du suivi de grossesse avec les patients.
09:18Mais après la naissance de ses filles, elle rejoint l'équipe qui s'occupe
09:22des interruptions volontaires de grossesse à la maternité.
09:25C'est aussi un autre monde qui s'est ouvert à moi,
09:28où j'ai découvert que les valeurs que je portais en moi, de justice, de respect,
09:35en fait, j'ai pu transformer ça en quelque chose de plus militant,
09:39parce qu'il y a un engagement dans cette équipe du planning familial de la maternité d'Elila,
09:45qui est concret.
09:46C'est une équipe qui est présente quand il s'agit de répondre à des manifestations
09:53ou à d'autres projets plus militants.
09:57Avant la loi Veil en 1975, la maternité d'Elila militait pour que l'IVG soit légalisée.
10:05Certains médecins en pratiquaient même clandestinement.
10:09Depuis sa création en 1964, les locaux sont les mêmes
10:13et les travaux nécessaires ne sont pas entrepris,
10:16car la maternité manque de moyens.
10:18Céline en est consciente.
10:20Alors en 2009, quand on leur promet un nouveau bâtiment d'ici fin 2012,
10:25sur un site au Lila, proche de la maternité,
10:29Céline et ses collègues voient cette nouvelle d'un bon oeil.
10:32Cette construction leur permettrait d'avoir des locaux flambant neufs et plus d'espace.
10:41Quand on nous a promis un bâtiment sur le site d'Elila, juste à côté,
10:48et la mairie nous a soutenus à l'époque pour garder ce terrain,
10:52pour nous c'était idéal.
10:54Pour le coup c'était idéal parce qu'on a toujours eu peur
10:57de fusionner avec un autre hôpital
11:00et que cette philosophie et cet esprit qu'on souhaitait n'arrivent pas à perdurer.
11:06Donc ce projet-là, il était intéressant pour nous.
11:09Moi je me suis mobilisée, comme tous les membres de l'équipe
11:12se sont mobilisés à ce moment-là pour défendre cette structure.
11:16En 2010, l'Agence régionale de santé, l'ARS, est créée
11:21et un an après, cet organisme suspend la construction pour raisons financières.
11:26Le chantier coûte trop cher.
11:28Une solidarité se met en place chez les salariés de la maternité
11:32qui craignent une fermeture.
11:33Ils se mobilisent car tout le monde est attaché à l'ADN de ce lieu.
11:37Et un collectif de soutien se crée pour aider les soignants
11:41à garder la maternité ouverte.
11:43On avait sans arrêt des patientes et des patients qui nous disaient
11:47mais en fait on veut être avec vous dans la lutte
11:49et on les voyait dans les manifestations qui venaient,
11:52dans les marches au Lila qui nous rejoignaient.
11:55Et du coup, suite à ça, ce collectif s'est créé.
11:59Collectif composé des salariés mais également des anciens patients
12:03qui tiennent à garder cette maternité ouverte.
12:06Des personnalités publiques prennent aussi la parole pour les soutenir
12:10comme Catherine Ringer, la chanteuse des Rita Mitsuko
12:13qui a avorté et accouché dans cette maternité.
12:17Finalement, la maternité reste ouverte.
12:20Une nouvelle solution est envisagée,
12:22rattacher la maternité à un autre hôpital.
12:28Nous, c'est ce qu'on souhaitait au départ.
12:31Rattacher dans le sens où elle peut être dans un bâtiment
12:34qui est dans la même structure mais avec une autonomie.
12:37C'est-à-dire que les patientes vont arriver avec une entrée séparée,
12:42être prises en charge dans des locaux séparés
12:44et accompagnées jusqu'au bout séparé de l'équipe de l'hôpital en place.
12:50Ça, c'est ce qu'on souhaitait au départ.
12:51Après, on a eu plein de propositions où en fait, on était plus intégrés dans une équipe
12:59et du coup, on avait peur de perdre notre âme en fait.
13:04C'est ça qui était compliqué.
13:05C'est que comment continuer alors que l'équipe va être diluée
13:09avec des personnes, des soignants qui n'ont pas forcément la même façon de penser
13:13et comment faire sa place dans une fusion ou quoi.
13:16Céline et ses collègues continuent d'avoir peur que la maternité ferme.
13:20Mais le 8 mars 2012, François Hollande est en campagne pour devenir président
13:25et il se rend à la maternité des Lilas où il promet de veiller sur ce lieu et ses valeurs.
13:31Quand il est élu, pour Céline, c'est un espoir.
13:34Il nous a même signé un petit message en disant que la maternité allait perdurer.
13:41C'est un espoir, on croit au fait qu'il y a des chances que ça fonctionne.
13:47Finalement, quand il est élu, non seulement il revient pas nous voir, mais rien n'avance en fait.
13:52Céline et ses collègues restent dans le flou.
13:54L'ARS propose une nouvelle option possible qui les séduit.
13:58Déplacer la maternité des Lilas dans des locaux vides de l'hôpital André Grégoire de Montreuil.
14:04L'ARS n'avait jamais demandé à Montreuil auparavant.
14:07Donc Montreuil s'est vu imposer un projet auquel ils n'étaient pas d'accord,
14:12sachant qu'eux, ils ne souhaitaient pas particulièrement notre venue,
14:16mais ils avaient aussi en tête un autre projet qui était une maison de naissance,
14:20qui était déjà un petit peu dans les tuyaux.
14:23Et du coup, de toute façon, ils n'étaient pas du tout intéressés par la maternité des Lilas.
14:27Donc ils n'ont pas souhaité continuer ce projet malgré un peu de pression de l'ARS.
14:33Et finalement, ça n'a pas pu se faire.
14:35Céline et ses collègues enchaînent les déceptions.
14:37Elles sont dans un climat d'incertitude.
14:40Chaque solution proposée est retoquée quelques mois plus tard.
14:43Et on leur demande d'élaborer des projets pour garder cette maternité ouverte.
14:48Régulièrement, on doit se battre.
14:50Régulièrement, on nous dit que ce n'est pas possible, il faut trouver un projet.
14:53Mais nous, on travaille, ce n'est pas à nous, soignants, d'aller chercher des projets.
14:57C'est compliqué.
14:58Il y a aussi un défilé de directeurs qui met en difficulté l'équipe.
15:05Et puis aussi, dans ces dix dernières années, des médecins engagés qui partent.
15:11Sachant qu'aujourd'hui, c'est quand même difficile d'embaucher des médecins, parce qu'il n'y en a
15:15pas assez, des obstétriciens.
15:17Et qu'une maternité sans avenir, parce qu'on n'arrête pas de dire que ça va fermer, ça ne
15:25séduit pas des jeunes médecins.
15:26Face à ces difficultés, les salariés restent solidaires.
15:30Une année, les sages-femmes font un calendrier en petite tenue pour faire parler d'elles.
15:35Une autre fois, un clip parodiant la musique Papa Oute de Stromae fait parler de leur situation.
15:49L'équipe cherche toujours à trouver de nouveaux moyens d'action.
15:53Vous savez, une équipe de soignants, c'est une équipe qui se croise, parce qu'il y a des gens
15:57qui travaillent de nuit, de jour.
15:59Donc c'est plus que, comme on est quand même une petite équipe, puisque c'est quand même une petite
16:04structure,
16:05on arrive quand même à communiquer de façon informelle, régulièrement.
16:10Et on s'inquiète tous de notre avenir à ce moment-là.
16:14Et donc on se dit, qu'est-ce qu'on pourrait faire ?
16:16Et ça, c'est des réflexions qui viennent effectivement des employés, et pas du tout de la direction, pour le
16:20coup.
16:20La maternité reste ouverte aux changements, mais à chaque fois que l'ARS leur propose une nouvelle solution,
16:27leur autonomie et leurs valeurs sont mises en danger.
16:30En juillet 2025, après 15 ans de doute, l'ARS annonce la fermeture de la maternité des Lilas au 31
16:37octobre.
16:38On était en même temps presque, j'allais dire, soulagés parce que usés, de sans arrêt penser que ça n
16:48'allait pas pouvoir continuer.
16:49Et en même temps, la réalité, c'est de se dire, il y a des femmes qui ont besoin de
16:55nous dans ce département,
16:57que ce soit pour des avortements ou que ce soit pour un accompagnement d'accouchement qui leur convient
17:05et qu'elles ne trouveront pas dans des grandes structures, parce que c'est pas que les soignants ne sont
17:09pas bienveillants ailleurs,
17:10pas du tout, il y a des soignants super partout, mais que les conditions ailleurs ne leur permettent pas un
17:16accompagnement non médicalisé.
17:18Donc finalement, il y a peu de lieux qui ressemblent à la maternité des Lilas.
17:23Céline et ses collègues accompagnent les femmes dans leur recherche d'une nouvelle maternité.
17:28Mais pour eux aussi, les salariés, cela fait des années qu'ils ne savent pas ce que vont devenir leur
17:33emploi, leur avenir étant certain.
17:35C'est épuisant, d'autant plus que non seulement c'est difficile de faire des projets et de travailler sur
17:43des projets à long terme,
17:45mais en plus, personnellement, des fois on nous dit, on ne sait pas si dans trois mois on peut vous
17:50payer.
17:51Donc oui, c'est usant en fait, de travailler comme ça.
17:55C'est quoi ? Ah, c'est le rythme cardiaque du pipi !
18:02Il y a une consultation dans la salle juste à côté de nous.
18:05Une femme écoute les battements du cœur de son enfant.
18:08À ce moment-là, on est à la veille de la fermeture et l'équipe soignante continue toujours de travailler.
18:14Il reste d'ailleurs un dernier bébé dans une chambre à la maternité.
18:19Céline et son équipe se rendent compte à quel point la maternité a compté pour de nombreuses familles.
18:24Ça m'a frappée depuis une dizaine de jours, toutes ces femmes et tous ces couples qui passent,
18:30parce qu'on a annoncé la fermeture et qu'on a dit, celui est ouvert, venez si vous voulez remplir
18:35le livre d'or,
18:36si vous voulez rencontrer l'équipe.
18:37Toutes ces patientes et patients qui passent nous voir, ça nous rappelle comme on a pu compter dans leur vie,
18:45puisque c'est ce qu'ils disent.
18:46On a des personnes qui sont très émues, en pleurs de revoir et de dire,
18:52je suis autant passée pour la naissance de ma fille que pour l'IVG que j'ai fait avant ou
18:58après.
18:59Ça nous rappelle l'importance que ça a eue dans certaines vies.
19:03Nous sommes venus vous dire que nous partons, et nos sanglots nous ont bien changé.
19:16Comme a dit l'ARS, nous perderaient, nous sommes venus vous dire, c'est terminé.
19:29Barbara, pourquoi l'ARS, l'Agence Régionale de Santé d'Ile-de-France, a décidé de fermer la maternité des
19:35Lilas ?
19:36En fait, le directeur de l'ARS a expliqué que les conditions de sécurité ne sont pas optimales à la
19:41maternité,
19:42que l'activité décline et que la maternité fait face à de trop importantes difficultés financières.
19:48Officiellement, c'est donc pour ça que l'ARS a décidé de fermer la maternité.
19:52Mais d'après Céline et ses collègues, c'est plus compliqué que ça.
19:55Elles affirment que la maternité aurait pu continuer de fonctionner,
19:59et donc elles pensent que cette fermeture s'inscrit plutôt dans un projet plus global de fermeture des petites maternités.
20:05En fait, Céline, elle ne comprend pas que l'aspect financier passe au-dessus de l'aspect humain.
20:10On l'a bien compris dans ton reportage, la maternité des Lilas s'est battue pendant des décennies pour les
20:14droits des femmes.
20:15Elle s'est aussi battue, et c'est beaucoup moins connu, pour les droits des personnes transgenres.
20:19Oui, c'est ça. En 2019, il y a par exemple le premier homme français transgenre qui est tombé enceint
20:25et qui a accouché là-bas.
20:27Il s'appelle Ali et il avait donné naissance à une petite Salomé.
20:30D'ailleurs, quand je suis entrée dans la maternité, j'ai vu des affiches sur lesquelles il y avait écrit
20:34la transhobitue,
20:36ou encore ici, on sait que des hommes aussi peuvent tomber enceint.
20:39C'est un lieu refuge pour les personnes transgenres, mais aussi pour les femmes lesbiennes qui viennent accoucher.
20:44La sage-femme que tu as rencontrée, Céline Le Négaré, a un regret.
20:47Elle aurait aimé que ses filles puissent un jour accoucher, elles aussi, à la maternité des Lilas.
20:53Oui, c'est une histoire de famille pour elle.
20:55Sa mère a décidé d'accoucher à la maternité des Lilas.
20:58Puis, près de 30 ans plus tard, Céline a pris la même décision pour ses enfants.
21:02Donc, elle aurait aimé voir ses filles accoucher au même endroit pour être sûre aussi que tout se passe bien
21:08pendant l'accouchement
21:09et que les choix de ses filles soient respectés.
21:12Merci Barbara Gouy et merci à Elsa Marnette pour son aide.
21:16Cet épisode de Code Source a été produit par Anaïs Godard.
21:19Réalisation, Julien Moncouquiole.
21:21Code Source est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
21:25Si vous aimez Code Source, n'hésitez pas à vous abonner sur votre application audio pour ne rater aucun épisode.
21:31Et puis, n'oubliez pas Crime Story, chaque semaine une affaire criminelle racontée par Claudia Prolongeau
21:36avec Damien Delseny, le chef du service Police Justice du Parisien.
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