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Quatre ans après le début de l’offensive russe en Ukraine, la guerre déclenchée par Vladimir Poutine s’éternise.
Notre reporter nous raconte le quotidien des Ukrainiens qui vivent dans la peur des bombardements. Récit avec Robin Korda, reporter au service international du Parisien.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Garnier-Amouroux, Anaïs Godard et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network - Photo : Olivier Corsan
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Quatre ans après le début de l’offensive russe en Ukraine, la guerre déclenchée par Vladimir Poutine s’éternise.
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00:01Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Quatre ans après le début de l'offensive russe sur l'Ukraine, le 24 février 2022,
00:17la guerre déclenchée par Vladimir Poutine pour annexer le pays s'éternise,
00:21et ce malgré les pressions de l'Europe et des Etats-Unis pour y mettre fin.
00:26Les combats ont fait des centaines de milliers de morts,
00:29les civils, quant à eux, vivent dans la peur des bombardements russes,
00:33des frappes régulières qui blessent, mutilent et tuent.
00:37Robin Cordat, reporter à la cellule internationale du Parisien,
00:42s'est rendu en Ukraine à la mi-février.
00:44Il est allé à la rencontre des Ukrainiens épuisés, blessés ou meurtris par cette guerre,
00:50et il nous raconte aujourd'hui ses reportages, parfois difficiles à écouter, dans cet épisode de Codesource.
01:02Robin Cordat, le vendredi 20 février, vous faites la rencontre d'un jeune Ukrainien de 11 ans.
01:08Il s'appelle Roman, Roman Olexif.
01:11Il a échappé de peu à la mort dans une attaque russe il y a quelques années.
01:15Est-ce que vous pouvez nous le décrire physiquement aujourd'hui ?
01:18Roman, il a un visage extrêmement marqué, il y a de grandes taches brunes autour de ses yeux.
01:26Au-dessus du crâne, il a des cheveux plaqués qui retombent sur une large partie chauve de son crâne.
01:33Il a le visage quasi intégralement brûlé, parce que Roman a été brûlé au quatrième degré il y a deux
01:41ans,
01:41et il a subi de nombreuses greffes de peau.
01:43On peut dire que Roman est un miraculé.
01:45Oui, après le bombardement, Roman est condamné en Ukraine à mourir.
01:51Et en fait, il va être transféré en Allemagne dans le cadre d'un programme de l'Organisation mondiale de
01:56la santé.
01:56Et pendant trois semaines, il va rester dans le coma.
01:59Il va rester 100 jours en soins intensifs.
02:01Et personne, à l'époque, ne peut dire s'il va survivre.
02:06Vous nous raconterez à la fin de ce podcast ce qui lui est arrivé et comment il est devenu un
02:11symbole national des souffrances,
02:13mais aussi de la résilience des Ukrainiens.
02:15Avant de nous raconter vos reportages, un petit point sur cette guerre qui a donc débuté le 24 février 2022.
02:23L'invasion de l'Ukraine par les forces russes devait, selon Vladimir Poutine, se faire en quelques jours.
02:31Quatre ans plus tard, les combats font toujours rage.
02:34Moscou n'a pas réussi à annexer l'Ukraine, mais l'armée russe contrôle aujourd'hui une partie du territoire.
02:40Oui, en fait, elle contrôle une bonne partie du territoire, environ un cinquième du territoire national,
02:45avec des régions entières passées sous son contrôle, comme la Crimée,
02:50et d'autres qui sont encore disputées dans toute la partie sud-sud-est du pays.
02:55La ligne de front, elle, qui se situe donc au sud-sud-est de l'Ukraine, ne bouge plus depuis
03:01longtemps, c'est ça ?
03:02Quasiment plus. C'est vraiment des pas de nains.
03:04On peut dire que sur les deux dernières années, la Russie, elle grignote un peu de terrain,
03:09mais au prix d'énormes sacrifices humains, c'est vraiment une boucherie.
03:13À l'échelle du pays, il y a peu d'avancées notables.
03:16On sait combien de soldats sont morts dans le camp ukrainien et dans le camp russe depuis le début de
03:21la guerre ?
03:22C'est plutôt un secret, parce que les états-majors des deux parties ne communiquent pas ces chiffres.
03:27Mais là, par exemple, Emmanuel Macron, pour les quatre ans de la guerre,
03:30il a donné le chiffre de 1,2 million de soldats russes qui ont été blessés ou tués sur le
03:37front.
03:37Les experts militaires, pour le côté ukrainien, ils parlent en général d'une fourchette entre 400 000 et 600 000
03:44Ukrainiens blessés ou tués.
03:46En Ukraine, la population civile, elle aussi, subit les attaques de l'armée russe, notamment par les drones, c'est
03:52ça ?
03:53Oui, alors elle subit les attaques de l'armée russe dans son quotidien, à travers d'abord les bombardements qui
03:59touchent les populations civiles, directement.
04:02Et puis aussi, plus indirectement, c'est-à-dire que l'armée russe, elle concentre des frappes sur les structures
04:08énergétiques, les centrales à électricité dans le pays.
04:12Et ça, ça crée de grandes coupures de courant, ça crée des coupures de chauffage dans un pays où il
04:19peut faire moins 20 degrés.
04:20Donc ça affecte énormément le quotidien des populations civiles.
04:27On en vient donc au reportage que vous avez fait sur place.
04:30Vous êtes arrivé en Ukraine le samedi 14 février et le lendemain avec un photographe du Parisien, Olivier Corsan.
04:38Vous vous rendez dans un immeuble d'habitation dans la capitale, Kiev, pour échanger avec ses résidents.
04:44D'abord, où se situe cet immeuble et dans quel état il se trouve ?
04:47C'est un immeuble qui se trouve plutôt à la périphérie du centre-ville.
04:51Kiev, c'est une très grande ville et là, on est au terminus de la ligne sud du métro.
04:56C'est un immeuble qui fait partie d'un grand ensemble, un peu à la soviétique, dans un état assez
05:01délabré.
05:02Donc au pied des immeubles, on voit des gravats, des fenêtres brisées ou des encadrures de fenêtres, des planches en
05:08bois.
05:08On sent que ce sont des logements plutôt modestes dans cette partie de Kiev.
05:12Il y a aussi une partie de la façade qui a été rénovée avec des grandes plaques bleues.
05:18Et ça, c'est parce que l'immeuble a été bombardé il y a deux ans.
05:21À quoi ressemble le quotidien des habitants de cet immeuble à cette période de l'année ?
05:26Le quotidien des habitants, il est vraiment marqué par le rythme de la guerre.
05:31Donc plusieurs fois par jour, il y a ces sirènes qui imposent d'aller s'abriter.
05:35Dans l'immeuble, il n'y a pas vraiment d'abri.
05:37Et puis le métro, il est quand même à 20 minutes de là.
05:40Donc souvent, ce que font les résidents, c'est se planquer dans le couloir de l'immeuble ou dans la
05:43cage d'escalier.
05:44Donc en fait, dans les parties les plus éloignées des murs extérieurs, les murs qui risquent de recevoir un missile.
05:51Puis ils n'habitent pas très loin de la défense aérienne de Kiev.
05:53Donc il y a quand même souvent le bruit des explosions.
05:57Et puis c'est un site qui lui-même peut être ciblé par l'armée russe.
06:00Donc c'est quand même une zone relativement exposée.
06:03Et au-delà de ces alertes, il y a bien sûr les coupures d'électricité dont on a parlé avant,
06:08avec les pannes de chauffage, etc.
06:11Donc il y a par exemple Alexander qui me raconte que chez lui, au premier étage, la température est tombée
06:16jusqu'à 8 degrés.
06:19Dans cet immeuble, toutes les personnes avec qui vous parlez doivent vivre avec l'absence d'un proche ou le
06:26deuil.
06:26Au quatrième étage, il y a une jeune mère qui ne sait toujours pas si son compagnon et le père
06:32de sa fille est encore en vie.
06:33Je suis dans le salon d'Alina, il y a la petite Emma qui a 2 ans qui joue avec
06:39une peluche dans ses mains.
06:40Et sur les murs, il y a plein de photos de son père.
06:44Vladislav, il a disparu il y a 2 ans, 2 mois avant la naissance de sa fille.
06:49Son unité se battait dans le Donbass, donc dans le sud-est du pays.
06:52Et il a disparu.
06:54Donc dans le meilleur des cas, il a été capturé par l'armée russe.
06:57Et il se trouve dans une geôle, quelque part en Russie.
07:00Mais un de ses camarades affirme que Vladislav a été exécuté d'une balle dans la tête.
07:06Pendant votre séjour en Ukraine, vous vous êtes intéressé à toutes ces personnes blessées, mutilées par cette guerre.
07:13Toujours à Kiev, vous rencontrez Natalia.
07:16Alors est-ce que vous pouvez nous la présenter, Natalia, en quelques mots ?
07:19Natalia, elle a 45 ans.
07:21C'est une ancienne responsable juridique.
07:23Et en fait, elle s'est engagée dans l'armée un peu sur le tard en 2021.
07:27Donc vraiment juste avant la grande invasion russe.
07:30Et elle a laissé derrière elle son mari, sa fille de 19 ans, issus d'une première union, pour marcher
07:36sur les traces de son père, qui était lui-même vétéran.
07:39Et très vite, une fois l'invasion lancée, elle s'est retrouvée sur des grands champs de bataille en Ukraine.
07:45Donc Nikolaïv, Kherson, Zaporizhia, Donetsk.
07:49Où elle gérait en fait la partie logistique, l'approvisionnement, tout ça en première ou deuxième ligne.
07:56Natalia a subi une ablation des deux seins après des douleurs causées par son équipement.
08:01Qu'est-ce qui lui est arrivé précisément ?
08:03Un jour, il y a une alerte aérienne, elle saute d'une voiture, elle se fait un peu mal.
08:08Son gilet pare-balles heurte sa poitrine et puis elle essaye de ne pas faire attention.
08:12Alors il y a un hématome qui apparaît et puis qui reste des semaines, des mois, finalement.
08:19Des examens révèlent que son gilet pare-balles inadapté au corps des femmes a largement aggravé cette première lésion
08:27et qu'il y a une tumeur qui est apparue au niveau de sa poitrine.
08:30Et l'État ukrainien a reconnu que c'est la blessure causée par ce gilet pare-balles qui est à
08:36l'origine de cette tumeur ?
08:38Oui, l'Ukraine a reconnu pour la première fois ce type de blessure comme étant liée à la défense de
08:43la patrie.
08:44Quelque part, c'est pour ça que Natalia accepte de livrer son témoignage
08:48parce qu'il y a des dizaines de milliers de femmes qui se battent sur le front en Ukraine
08:52et qu'elles disposent d'un équipement inadapté et qui peut potentiellement les blesser.
09:01Le lundi 16 février, vous allez à la rencontre d'une lycéenne de 16 ans, Alina,
09:06qui est à ce moment-là de passage dans une clinique de Kiev.
09:10Qu'est-ce qu'elle vient faire précisément dans cette clinique ?
09:12Alina, ce jour-là, elle a un rendez-vous pour une opération au laser au niveau de son visage
09:18qui est grêlé par des éclats de projectiles qu'elle a reçus.
09:22Il a été très longtemps coloré par les projectiles qui se sont incrustés sous sa peau.
09:28Et vous assistez à cette opération, comment ça se passe ?
09:32Alors ça dure quelques minutes en fait.
09:34Il y a un médecin qui est au-dessus d'elle, qui porte une sorte de son de laser autour
09:40de son visage.
09:41Le laser, il vient détruire les petits éléments de projectiles qu'elle a sous la peau
09:46en plus petits bouts pour que son organisme ensuite puisse les rejeter de manière naturelle.
09:52Et voilà, c'est un processus qu'elle est obligée de faire régulièrement.
09:56Elle l'a fait d'abord tous les deux mois, tous les trois mois.
09:59Et là, ce lundi, elle espère que c'est son dernier rendez-vous.
10:04Alina vous raconte ce jour tragique de 2024 où tout a basculé pour elle.
10:09C'était un jour de Saint-Valentin.
10:11Oui, elle flâne avec un copain dans sa ville de Kersonne au sud du pays.
10:15Et d'ailleurs, cet ami, André, lui offre sa première carte de Saint-Valentin.
10:21Et puis, ils traînent ensemble ensuite dans une aire de jeu.
10:26Alors, il s'assoit sur une balançoire.
10:28Elle ne veut pas salir son pantalon.
10:30Elle reste à côté de lui.
10:31Et là, il y a un missile qui siffle.
10:33Elle part en courant.
10:34Elle se retourne pour voir si son ami la suit.
10:37Et là, c'est l'explosion.
10:38Et c'est parce qu'elle se tourne à ce moment-là que la moitié de son visage va recevoir
10:43des éclats d'obus.
10:44Qu'est-ce qui lui arrive ensuite ?
10:46Elle est prise en charge dans une ambulance et elle sombre dans le coma.
10:50Elle se réveille à l'hôpital.
10:52Et là, dans le miroir, elle découvre son visage.
10:55Elle me dit qu'à ce moment-là, elle se sent condamnée.
10:58Elle a vraiment la moitié gauche du visage qui est intégralement recouverte de points verts.
11:04Aussi de blessures, de plaies.
11:06Elle a la moitié de la lèvre qui est ouverte.
11:09À ce moment-là, elle se trouve affreuse et elle se dit que c'est irréparable.
11:13Et surtout, trois jours plus tard, elle apprend que son ami Andrie est mort sur le coup.
11:18Et elle ne retrouvera jamais le cadeau, cette petite carte de Saint-Valentin qu'il lui avait offerte.
11:28La chirurgie réparatrice demande un temps long et de multiples interventions.
11:34Alina doit vivre, en quelque sorte, pendant des mois avec ce visage mutilé.
11:38Et elle vous raconte qu'elle a beaucoup souffert de son apparence.
11:41Pendant longtemps, elle a essayé de masquer un peu comme elle pouvait.
11:45Elle a mis beaucoup de fond de teint.
11:46Elle a essayé divers stratagèmes pour ne pas se montrer.
11:49Mais elle est renvoyée souvent à son apparence.
11:52Elle a toujours besoin de réexpliquer son histoire.
11:55Une fois, il y a la mère d'une amie qui demande à sa fille,
11:58« Mais comment c'est possible que des parents laissent leur enfant se faire tatouer sur le visage ? »
12:03Puis voilà, il y a aussi ces cruautés qui sont fréquentes dans les lycées.
12:07À la moindre dispute, il y a des camarades qui lui disent qu'elle est moche.
12:10Elle en souffre énormément.
12:13Et en fait, quand elle quitte la clinique, je parle un peu à son médecin.
12:16Et il me dit que pour lui, ses opérations ne sont pas terminées.
12:21Et qu'il faudra qu'elles reviennent encore pour que son visage retrouve peu à peu une apparence normale.
12:26Depuis le début de la guerre en Ukraine, Robin Korda, les « gueules cassées » comme on les appelle, sont
12:31nombreuses.
12:32Je rencontre par exemple un autre homme, Sergué, qui a perdu les deux bras lors d'un exercice militaire près
12:38du front.
12:39Ça, on en voit plein dans les villes ukrainiennes, des hommes au corps mutilés,
12:42des gens qui se promènent avec des béquilles, où on voit des prothèses.
12:48Vraiment, ça commence à faire partie du paysage.
12:51Tout comme en France, après la Première Guerre mondiale, on s'est aussi habitué à voir dans les rues ces
12:56fameuses « gueules cassées ».
12:58La Première Guerre mondiale avait aussi duré quatre ans.
13:02Et par exemple, quand je parle avec Natalia, cette femme qui a subi une ablation complète des deux seins,
13:08elle me dit, en parlant d'elle-même et de tous ses vétérans,
13:11il faut que la société apprenne à regarder nos corps.
13:18On en revient au début de ce podcast et à l'histoire de Roman Olexive,
13:23un garçon de 11 ans défiguré, que vous rencontrez à l'hôpital pédiatrique de Lviv.
13:29Son cauchemar, à lui, débute le 14 juillet 2022, il y a quatre ans.
13:35Que lui arrive-t-il ce jour-là ?
13:37Alors ce jour-là, il est dans une clinique de Vinitia avec sa mère pour des examens de routine.
13:44Et une alerte aérienne retentit.
13:47Il est 10h30.
13:48Un navire russe dans la mer Noire vient de tirer trois missiles balistiques en direction de la ville.
13:53Tout prend feu, les murs s'effondrent.
13:56Roman se retrouve dans les gravats brûlants.
13:59Il voit une masse de cheveux dépasser des décombres et c'est sa mère.
14:04Il dit qu'il peut les caresser.
14:07Il lui dit au revoir et il s'enfonce dans le coma.
14:11La mère de Roman ne survit pas à cette attaque de missiles.
14:14Roman, lui, est transféré vers l'Allemagne pour être soigné.
14:19Il a de très nombreuses blessures.
14:21Oui, dans le bombardement, il a le bras cassé.
14:24Il a un muscle de la jambe qui a été arraché.
14:27Il a des éclats d'obus dans le crâne.
14:29Et surtout, il a plus de la moitié du corps très grièvement brûlé.
14:34A partir de là, il endure une très longue et difficile convalescence.
14:38Déjà, pendant plus de deux ans, Roman, il va être presque momifié vivant.
14:42Il est intégralement recouvert de bandages, y compris au niveau du visage.
14:46Il a juste quelques trous autour des yeux et de la bouche
14:50qui laissent entrevoir sa chair rose vif, vraiment avif.
14:56Parce que les soignants lui passent de la crème une heure par jour.
15:01Et le reste du temps, il faut surtout limiter au maximum l'exposition de sa peau brûlée.
15:07Il est allongé pendant des semaines.
15:11Pendant longtemps, les médecins ne savent pas s'il va pouvoir remarcher un jour.
15:14Ni même s'il va pouvoir, par exemple, replier ses doigts carbonisés.
15:18Le père de Roman, qui est à ses côtés pendant l'interview, qu'est-ce qu'il vous dit sur
15:23son fils ?
15:24Il me raconte, quelque part, la renaissance de son fils.
15:27Comment est-ce qu'il va poser le pied pour la première fois au sol ?
15:30Toutes ces petites victoires qui vont peu à peu le motiver.
15:33Un jour, il a l'idée de lui apporter un accordéon.
15:36Alors, Roman, il réapprend à bouger ses doigts sur les petites touches de cet instrument.
15:40Et puis, peu à peu, les progrès s'enchaînent.
15:45Aujourd'hui, Roman, il danse, il danse la valse, le tango.
15:49Il rêve d'en faire son métier.
15:51Quand je le vois, il gambatte devant son père dans la petite colline à côté de l'hôpital.
15:57Il a, en fait, accompli un parcours extraordinaire.
16:02Le 10 décembre 2025, Roman a témoigné de ce qu'il a vécu au Parlement européen.
16:08Cette séquence a fait de lui un symbole.
16:15Pendant qu'il parle, il est accompagné d'une traductrice ukrainienne.
16:21Et à un moment de son récit, elle s'effondre en larmes.
16:25Elle n'arrive plus à parler tellement elle est prise par l'émotion.
16:31Et c'est un autre interprète qui doit prendre le relais à ce moment-là.
16:38Globalement, l'histoire de Roman, elle a touché énormément de monde.
16:42Le président Zelensky, le président ukrainien, il l'a décoré.
16:46Roman, il a rencontré trois fois le pape François.
16:49Il y a des associations qui l'invitent partout dans le monde pour témoigner et pour raconter son histoire.
17:00Du haut de ses 11 ans, qu'est-ce qu'il vous dit, Roman, sur cette guerre qui s'éternise
17:05dans son pays ?
17:06Roman, en fait, il veut vraiment porter la cause des enfants.
17:09Des enfants ukrainiens qui subissent la guerre.
17:12Il me dit, les enfants, ils veulent aller à l'école, ils veulent jouer, ils veulent rêver.
17:17C'est tout.
17:18Et ça, c'est vraiment très important pour lui.
17:20Robin Corda, depuis qu'il a été réélu président des Etats-Unis en 2024,
17:26Donald Trump met la pression sur l'Ukraine et sur la Russie pour mettre fin à cette guerre.
17:31Il se montre à la manœuvre, sans succès pour l'instant ?
17:35Sans succès, oui, on peut le dire, parce que Donald Trump, il promettait de proclamer la paix en 24 heures.
17:41Et plus d'un an après son investiture, la guerre suit toujours son cours.
17:44Parce qu'il se retrouve confronté à l'intransigeance de la Russie, d'abord.
17:50Qui veut des territoires, les territoires qu'elle a conquis, mais même des territoires qui sont encore disputés.
17:56C'est-à-dire des régions qu'elle occupe seulement partiellement.
17:58Du côté de l'Ukraine, les responsables politiques ne peuvent pas accepter de perdre des territoires.
18:03D'ailleurs, la constitution ukrainienne l'interdirait.
18:06Il faut comprendre que globalement, aujourd'hui, chaque camp pense que le temps joue pour lui.
18:11C'est-à-dire que la Russie pense que la population ukrainienne va fatiguer et que l'aide occidentale va
18:19se réduire.
18:20Et du côté de l'Ukraine, on pense que la guerre va peu à peu assécher l'économie russe.
18:25Et donc, Vladimir Poutine n'aura plus d'autre choix que d'arrêter la guerre.
18:33En tout cas, des Ukrainiens avec qui vous avez échangé vous disent qu'il ne faut surtout pas accepter tout
18:39de suite un accord de paix qui serait forcé.
18:42Pour quelles raisons ?
18:42D'abord, c'est vrai que là, ces derniers temps, il y a pour la première fois des bonnes nouvelles
18:46en provenance du front.
18:48Début février, les forces ukrainiennes ont repris environ 300 km² de terrain.
18:53C'est la plus grande progression depuis un an et demi.
18:58Et au-delà de cette dynamique du moment, tous les Ukrainiens que j'ai rencontrés s'accordent autour d'un
19:04consensus.
19:05C'est que s'il y a un cessez-le-feu aujourd'hui, dans cinq ans, l'armée russe, elle
19:10se sera renforcée,
19:10qu'elle attaquera de nouveau et que la guerre reprendra.
19:13Robin Korda, c'est la troisième fois que vous vous êtes rendu en Ukraine pour le Parisien.
19:18Les Ukrainiens, vous les sentez encore déterminés malgré la fatigue ?
19:22Je les sens usés mais déterminés.
19:26Déterminés à conserver leur liberté, puisque pour eux, la Russie menace cette liberté,
19:32liberté de manifester, liberté de penser, quelque part le droit à la démocratie.
19:36Ils sont déterminés aussi parce qu'ils sont persuadés d'être du côté de ce qui est juste.
19:43Et puis ils sont aussi déterminés parce que quelque part le conflit est allé trop loin pour baisser les bras
19:48maintenant.
19:55Merci à Robin Korda pour retrouver tous ses reportages en Ukraine et notamment sa série de portraits sur les gueules
20:01cassées.
20:02Rendez-vous sur leparisien.fr.
20:05Cet épisode de Code Source a été produit par Anaïs Godard, Barbara Gouilly et Clara Garnier-Amourou.
20:11Réalisation Pierre Chafanjon.
20:13Code Source, c'est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
20:17Nous publions un nouvel épisode chaque soir de la semaine, du lundi au vendredi.
20:22Et puis n'oubliez pas Crime Story, chaque samedi, notre podcast consacré aux affaires criminelles.
20:28Crime Story présenté par Claudia Prolongeau et Damien Delseny, le chef du service police-justice du Parisien.
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