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00:00:27Sous-titrage MFP.
00:00:30Sous-titrage MFP.
00:01:00La vieille Léonie est morte. Il paraît qu'on l'a tuée. On a dit que c'était mon père
00:01:05et on l'a mis en prison. Je crois qu'on l'aime pas mon père parce qu'il ne
00:01:10va ni au café ni à l'église.
00:01:13Mon père, c'est M. Gastin, le maître d'école. Et je suis son fils. C'est pas lui qui
00:01:19l'a tuée, la Léonie. Même si elle était méchante avec tout le monde.
00:01:24Avec Mandrake et Guy Léclair, vous êtes mon héros préféré. C'est pour ça que je vous écris. Je sais
00:01:30que si vous venez, ça sera pour de vrai. Alors, je vous attendrai. Voilà.
00:01:36Moi, c'est Jean-Paul Gastin. Vous me trouverez dans la maison près de l'école.
00:01:40Moi, c'est Jean-Paul.
00:02:29Vous êtes le monsieur de Paris pour la chambre ? Oui.
00:02:32Louis de Pommel, avec un P, comme Pommeau, comme Pinault, comme Pinard. C'est juste pour ce soir, la chambre
00:02:37?
00:02:37Deux ou trois jours.
00:02:39Je sais pas pourquoi je vous ai demandé ça. Vous êtes la seule et unique réservation d'année. Jusqu'à
00:02:43il y a deux ans, on avait un amiral. C'était le seul qui aimait la flotte ici.
00:02:47Je vous demande pas de remplir la petite fiche comme ça.
00:02:50Divisionnaire.
00:02:51Ça veut dire quoi, divisionnaire ?
00:02:53Ça veut dire qu'on peut enquêter sur l'ensemble du territoire.
00:02:55Eh ben, nous y sommes.
00:02:57Même pour une petite vieille comme la Léonie ?
00:02:59Ou un petit vieux ?
00:03:00Ah ben, monsieur le commissaire, les petits vieux ici, c'est Marcelin Râteau, boucherie fine, marchandeau, maréchal Ferrand,
00:03:07Félicien Cornu, facteur, toujours à pied parce qu'il n'y a plus qu'un bras,
00:03:11et Théo Goumard, adjoint au maire, sans profession,
00:03:14et monsieur Bermond, l'instituteur remplaçant.
00:03:18On peut manger quelque chose ?
00:03:19Ce que vous voulez.
00:03:21Vous avez des huîtres ?
00:03:22Ah, ça, impossible, c'est la morteau pendant 5-6 jours.
00:03:24Quand la marée est au plus faible, avec la pleine lune en plus,
00:03:27les huîtres, tous ces trucs-là, vaut mieux pas.
00:03:29Thérèse, monte la valise de monsieur le commissaire, tu veux ?
00:03:33La pleine lune, ça porte malheur.
00:03:35Même au coquillage.
00:03:38Ce soir, j'ai de la très bonne blanquette.
00:03:40Ah ben, va prendre la blanquette.
00:03:44Qu'est-ce que vous en pensez ?
00:03:47Vous l'avez déjà vu, le Gastin ?
00:03:49Ah non, pas encore.
00:03:50Drôle de famille.
00:03:52T'appelles ça une famille, toi ?
00:03:53Moi, j'ai plutôt une portée.
00:03:56De toute façon, dès qu'on franchit la Loire en direction du Nord,
00:03:59c'est des drôles de gens, hein ?
00:04:02Vous êtes d'où, vous, monsieur Bermond ?
00:04:04Du Pas-de-Calais.
00:04:06Qu'est-ce que je disais ?
00:04:17Je crois que dans l'après-midi.
00:04:19Ouais, à tout à l'heure, marchons-nous.
00:04:34Vous voulez un café ?
00:04:39Volontiers.
00:04:49Ils viennent tous les soirs, vos clients d'hier.
00:04:53Ce ne sont pas des mauvais blanquettes.
00:04:55Ils en disent plus qu'ils n'en pensent.
00:04:59Mais c'est vrai que, de son côté, monsieur Gastin,
00:05:02il n'a rien fait pour arrondir les ongles.
00:05:04Déjà qu'il venait de Paris.
00:05:07Je ne dis pas ça pour vous, monsieur le commissaire,
00:05:09mais ici, Paris, ça ne plaît pas.
00:05:12Elle, la Léonie, elle était ici, chez elle.
00:05:15Alors, il aurait pu faire un effort.
00:05:17C'était une vieille bique, d'accord, mais de là, elle a provoqué.
00:05:19Par exemple ?
00:05:21La cloche.
00:05:23Chaque récréation, chaque rentrée, chaque sortie,
00:05:25il a sonné trop fort.
00:05:26Et surtout trop longtemps.
00:05:27Exprès.
00:05:28Ça la rendait dingue.
00:05:31Et, madame Gastin ?
00:05:34Elle porte le monde sous ses épaules.
00:05:36À la voir comme ça,
00:05:37elle vous fait l'effet d'une femme sans passer.
00:05:40Et pourtant ?
00:05:41Moi, je ne me mêle jamais des affaires des autres.
00:05:46Merci, Thérèse.
00:06:12Bonjour.
00:06:13Yann Valois, commissariat de la Rochelle.
00:06:15Vous permettez ?
00:06:18Vous m'ensemblez à vos photos, monsieur le commissaire.
00:06:21C'est moi qui ai retenu votre chambre.
00:06:23Vous connaissez le pays ?
00:06:25Oh oui, j'ai connu la Rochelle il y a une dizaine d'années.
00:06:28Quand je suis arrivé ici, j'ai senti l'odeur de la mer, bien sûr,
00:06:31mais aussi celle de certains souvenirs pendant la guerre.
00:06:35Si besoin était, ce serait une autre bonne raison de ma présence ici.
00:06:40Comment est-il, le petit Gastin ?
00:06:42Ça m'a l'air d'un garçon posé, équilibré, bon élève.
00:06:46Il est en septième, à dix ans, c'est pas mal.
00:06:49Sa lettre va toucher.
00:06:50Et vous êtes venu ?
00:06:52Pourquoi pas.
00:06:55Voilà, c'est ici que ça a eu lieu.
00:06:57Ça a arrivé comment ?
00:06:58Elle passait son temps aux fenêtres,
00:06:59elle crachait son venin sur les uns et les autres.
00:07:01Même les enfants y avaient droit.
00:07:03Il y a trois jours, elle a dû y rester quelques secondes de trop.
00:07:05Elle a été tuée d'une balle de carabine
00:07:06d'une précision incroyable, diabolique.
00:07:09D'habitude, une balle de 22 ferait pas de mal à une mouche à 50 mètres.
00:07:12Sauf avec une balle longue.
00:07:13L'autopsie nous le dira.
00:07:16Vous voulez entrer ?
00:07:18Non plus tard.
00:07:22La boucherie aussi est en face ?
00:07:24Ici, tout est en face, c'est bien ça le problème.
00:07:27Il y a aussi une porte derrière, avec vue sur l'école.
00:07:31Qui est en face aussi ?
00:07:32Et réciproquement.
00:07:50Je vais demander si je peux vous l'amener
00:07:51chez sa mère, cinq minutes.
00:07:55Attends !
00:07:55J'ai mis sa culotte !
00:07:59Allez !
00:08:00Un, deux, trois.
00:08:02Un, deux, trois.
00:08:04Un, deux, trois.
00:08:06Un, deux, trois.
00:08:07Allez, je suis salue.
00:08:10Je vais gagner, c'est quoi ?
00:08:11Allez, allez !
00:08:12Allez, on va te couper.
00:08:14Allez, ici.
00:08:15Je vais te la trapper.
00:08:16Allez, on va.
00:08:20Vous êtes madame Gastin ?
00:08:22Oui, c'est moi.
00:08:25Je suis le commissaire Maigret
00:08:27de la police judiciaire de Paris.
00:08:31Paris ?
00:08:32Oui.
00:08:32C'est pour mon mari que vous venez de si loin ?
00:08:35Oui.
00:08:36Mon dieu.
00:08:37Il y avait déjà des gendarmes.
00:08:39Mais pourquoi de Paris ?
00:08:40Ça n'a rien à voir avec Paris.
00:08:47Vous avez beaucoup de monde contre mon mari.
00:08:50Pas forcément contre.
00:08:52Ma présence peut lui être utile aussi.
00:08:56Bonjour, madame Gastin.
00:08:57Excusez-moi, monsieur Bermond, l'instituteur, préfère garder Jean-Paul avec ses camarades.
00:09:01Il dit qu'à la sortie de 4 heures, ce serait préférable.
00:09:03Il a raison.
00:09:04C'est monsieur Gastin.
00:09:06Je l'avais deviné.
00:09:07Vous l'avez vu ?
00:09:08Pas encore.
00:09:10Si vous avez quelque chose à lui donner.
00:09:12Euh, oui, oui, sa veste de laine.
00:09:14Je sais qu'il fait toujours froid en prison.
00:09:17Vous pensez qu'ils vont le garder longtemps ?
00:09:21Il n'est pas coupable, vous savez.
00:09:23Nous avons été élevés dans le respect des autres.
00:09:25Jamais Lucien n'attendent pas à l'avis de qui que ce soit.
00:09:28Même pas pour défendre la mienne.
00:09:32C'était le rêve pour les Gastins à Corbevoie.
00:09:34Ils avaient été nommés ensemble à l'école communale après la naissance de leur fils.
00:09:38Ça s'est vite transformé en cauchemar par sa faute à elle.
00:09:41Elle s'est laissée séduire par un professeur d'éducation physique.
00:09:45Alain Chevasseau.
00:09:47Ça s'est terminé dans la rue avec du sang.
00:09:50Mesdames ?
00:09:51Où j'en étais ?
00:09:52Ah oui, les deux femmes en sont venues aux mains.
00:09:54La légitime de Chevasseau et Mme Gastin.
00:09:57Résultat, colonne vertébrale touchée pour Mme Chevasseau.
00:09:59Impotente pour un bon bout de temps.
00:10:01Et pour Mme Gastin, poignée brisée, en étoile.
00:10:03Et qui avait commencé ?
00:10:05L'enquête a hésité sur ce point.
00:10:06Mme Gastin héritait d'un non-lieu.
00:10:08Après le scandale, Chevasseau a quitté l'école.
00:10:10Et eux, on les a mutés ici.
00:10:12Je ne sais pas comment les gens du village ont appris l'histoire.
00:10:14L'accueil avait déjà été froid.
00:10:15Mais après, quand ils ont su, c'est devenu l'enfer.
00:10:17Une histoire de coucherie.
00:10:19Vous pensez ?
00:10:33Johnny Birard a travaillé là-dedans pendant 30 ans.
00:10:35Elle a eu le temps d'y remacheter sa bile.
00:10:38Vous croyez que c'est elle qui a raconté aux gens du village
00:10:41l'histoire des Gastins à Courbevoie ?
00:10:43En tout cas, c'est ce que Gastin a pensé.
00:10:45De là à l'accusé de vengeance.
00:10:47Cela dit, dans sa première déposition,
00:10:48il s'est emmêlé les pinceaux.
00:10:51Il a déclaré ne pas s'être absenté
00:10:53entre 10h et 10h15, heure du crime.
00:10:55En réalité, il est sorti 10 minutes.
00:10:56Le temps d'aller chez lui chercher les copies
00:10:58de la dernière rédaction qu'il avait corrigée la veille.
00:11:01Il jure n'avoir jamais quitté l'enceinte de l'école.
00:11:04Si Gastin présente qu'il n'a pas quitté le périmètre de l'école,
00:11:08comment expliquez-vous que
00:11:10le petit Célier ait pu le voir de la fenêtre de sa classe
00:11:13sortir de l'armise
00:11:14où son fils rangerait de sa carabine ?
00:11:17Et ça, juste au moment du crime.
00:11:20Comment expliquez-vous ça ?
00:11:22Ça, je ne sais pas.
00:11:23C'est pour ça que je suis content que vous soyez venus.
00:11:24Ah bon ?
00:11:25Célier.
00:11:27Plomberie, chauffage, ferblanterie.
00:11:29Madame Célier est la nièce de la victime.
00:11:31Elle hérite ?
00:11:32Il paraît que non.
00:11:33Léonie Birard l'avait déshéritée, histoire de famille.
00:11:36Et elle avait de l'argent, Léonie, à part sa maison.
00:11:39Vous savez ce qu'on dit dans la région ?
00:11:41Où il y a une vieille sorcière, il y a toujours un vieux trésor.
00:11:43Il faudra aller savoir.
00:11:50Monsieur Théo !
00:11:52Monsieur Théo !
00:12:11Mon père m'a donné ça pour vous.
00:12:13C'est pour demain, à lire avant la réunion à la mairie.
00:12:16Tu diras à ton père que je serai peut-être un peu en retard ?
00:12:18Ça, il a l'habitude.
00:12:20Bon allez, tire-toi de l'avis de fer, hein ?
00:12:43Je suis le quart de Puy-la-Rochelle, impossible de doubler.
00:12:46C'est vous que je voulais voir, commissaire.
00:12:48Dr Bressel.
00:12:50Xavier Bressel.
00:12:52Il y a les curés de campagne, puis il y a aussi les médecins de campagne.
00:12:55Ici, c'est moi, l'on est là, je...
00:12:57Je voulais absolument vous avoir à dîner.
00:12:59Pourquoi pas ce soir ?
00:13:01Ma soeur fait constamment la gueule.
00:13:02Elle a un caractère de cochon, avec une exception, bien sûr, pour le bon Dieu.
00:13:05C'est pour ça qu'elle fait bien la cuisine.
00:13:09Et dites-moi, commissaire, qu'est-ce que vous pensez de... de ce pauvre Gastin ?
00:13:13Vous croyez qu'il est coupable ?
00:13:15Non, ça t'est pas un peu paumé, mais...
00:13:17Je pense pas qu'il irait jusqu'à tuer.
00:13:19Pourquoi paumé ?
00:13:21Parce qu'il fait désespérément tout ce qu'il peut et que personne ne lui en sait gré.
00:13:24Pour moi, c'est un pauvre type.
00:13:25Oui, mais un pauvre type, c'est valable pour tout le village.
00:13:29Vous ne semblez pas les aimer beaucoup ?
00:13:31Moi aussi, je les adore.
00:13:32Ils sont crevants.
00:13:34Vous voulez que je vous les pose au bon coin ?
00:13:37Pourquoi pas ?
00:13:39Pour ce soir, je peux vous faire...
00:13:41Toujours pas d'huître ?
00:13:43Toujours pas, non.
00:13:44Ça tombe bien, je dis, une chaîne docteur Bressel.
00:13:46Oh, c'est un rigolo, celui-là.
00:13:48Pour le moral, il n'y a pas mieux, mais alors pour le physique, c'est une paire de manches.
00:13:52Oh non, merci.
00:13:54C'est la cloche de l'école ?
00:13:55Oui, de 4h30.
00:13:57Bon, à tout à l'heure. Merci pour le déjeuner.
00:13:59Je laisserai ouvert ce soir.
00:14:01Bon après-midi.
00:14:14Dis-donc, il est là, Jean-Paul Gasteur ?
00:14:16Évidemment.
00:14:17Tout ça, je ne le vois pas.
00:14:18Là-bas.
00:14:19Il reste en étude tous les soirs.
00:14:21De toute façon, il habite là.
00:14:48C'est toi, Jean-Paul Gasteur ?
00:14:49Oui.
00:14:51Je suis le commissaire Maigret.
00:14:52Le vrai ?
00:14:54Le seul.
00:14:57Excuse-toi.
00:15:00Alors, tu m'as envoyé une lettre ?
00:15:02Oui.
00:15:04Parle-le.
00:15:07La justice est la même pour tous.
00:15:09C'est votre nouveau maître qui vous donne ça à étudier ?
00:15:12Il n'a beau dire.
00:15:13Moi, je ne crois pas.
00:15:14C'est que des mensonges.
00:15:16Tu es un peu jeune pour dire des choses comme ça, non ?
00:15:20Je vois que tu es déçu.
00:15:23Tu t'attendais à voir arriver qu'il est clair.
00:15:26J'ai parlé à ton papa.
00:15:28Il t'embrasse.
00:15:29Il va bien.
00:15:31Vous l'avez dit, pour ma lettre ?
00:15:33Si, tu préfères que ça reste entre nous.
00:15:36Je ne sais pas.
00:15:38Tu vois, Jean-Paul,
00:15:40tu es toujours tout seul comme ça ?
00:15:41Tu n'as pas d'amis ?
00:15:42Pas des vrais.
00:15:43Il y a Marcel, mais c'est un mointeur.
00:15:45Ce qu'il a dit de son papa, ce n'est pas vrai.
00:15:47D'où il était, il n'a pas pu le voir.
00:15:50Et à part Marcel ?
00:15:52Il y a Joseph.
00:15:54Mais en ce moment, il n'est pas là.
00:15:56Il est blessé, il ne peut plus marcher.
00:15:58Tous les deux, il ne m'aime pas vraiment.
00:16:00Je ne suis pas d'ici et je suis le fils d'instituteur.
00:16:04Quand j'ai une mauvaise note,
00:16:05ils disent que je suis bête.
00:16:06Quand j'en ai une bonne,
00:16:07ils disent que c'est grâce à mon père.
00:16:12Celle que je préfère, c'est Louise.
00:16:17Seulement, elle préfère Marcel.
00:16:19Tu crois que tu ne lui plais pas ?
00:16:21Je ne sais pas.
00:16:22Je ne suis pas sûre.
00:16:24Dis donc,
00:16:26je ne vois pas l'armise de ton père où elle est.
00:16:28Dis si on ne peut pas la voir.
00:16:30Il faut aller de l'autre côté.
00:16:37Ah oui, maintenant je la vois.
00:16:41Ton côté est prêt, Jean-Paul.
00:16:57Si vous saviez comme je m'en veux,
00:16:58monsieur le commissaire,
00:17:01c'est moi qui suis responsable de tout.
00:17:04Moi qui ai gâché leur vie à tous les deux.
00:17:09Je ne sais pas comment cela va finir.
00:17:12Je me refuse à croire
00:17:13que les tribunaux condamnent un innocent.
00:17:20Comment vous l'avez trouvé ?
00:17:21Très bien.
00:17:22Très calme.
00:17:24On vous a dit pour...
00:17:27Pour Courbevoie ?
00:17:30Alain Chavassou.
00:17:33J'ai connu Lucien quand j'avais 15 ans.
00:17:36J'ai su tout de suite que c'est lui que j'épouserai.
00:17:40On a préparé notre vie ensemble.
00:17:42On a eu notre diplôme la même année.
00:17:44Et puis on s'est mariés.
00:17:46Et puis grâce à un cousin influent,
00:17:49on a pu être nommé à Courbevoie.
00:17:51Je ne vois vraiment pas le rapport
00:17:53avec ce qui s'est passé ici mardi.
00:17:55Sans ce qui s'est passé là-bas,
00:17:56monsieur le commissaire,
00:17:57nous ne serions jamais venus ici.
00:17:59Tout ça est totalement étranger
00:18:01avec l'affaire qui nous concerne.
00:18:06Les premières années ici,
00:18:07j'ai espéré que nous allions commencer
00:18:09une vie nouvelle.
00:18:11Les gens nous observaient avec méfiance,
00:18:12bien sûr, comme toujours dans les campagnes.
00:18:15Et puis, j'ignore comment,
00:18:17ils ont découvert l'histoire de Courbevoie.
00:18:18Alors après, ce n'était plus de la méfiance,
00:18:19c'était de la haine.
00:18:21Même les élèves,
00:18:21ils ont commencé à isoler Jean-Paul
00:18:23et à ne plus respecter son père.
00:18:26Votre mari a eu des discussions
00:18:27avec Cléonie Biran.
00:18:31C'était une femme qui créait des difficultés.
00:18:33À croire qu'elle n'était sur la terre que pour ça.
00:18:38Elle était au courant pour Courbevoie ?
00:18:41Bien sûr, comme tout le monde.
00:18:44Seulement, elle avait un mauvais fond.
00:18:45On est bien obligés de le reconnaître.
00:18:47Elle me tirait la langue,
00:18:49elle me lançait des morduriers
00:18:50quand je passais devant chez elle.
00:18:52Remarquez, quand j'étais chez moi,
00:18:53c'était pareil.
00:18:54Il suffisait que je sois à la fenêtre
00:18:56pour qu'elle se retourne
00:18:57et trousse ses jupes.
00:19:00Est-ce que je peux encore
00:19:01poser une ou deux questions à Jean-Paul ?
00:19:14Dis-donc, Jean-Paul.
00:19:18Il y a longtemps que tu l'as, ta carabine ?
00:19:21Oui, depuis Noël dernier, comme les autres.
00:19:24Vous savez, c'est comme la mode.
00:19:25Il suffit qu'un gamin désire quelque chose
00:19:26pour que les autres le veillent aussi.
00:19:28Et Marcel, il en a une aussi, deux carabines ?
00:19:30Oui.
00:19:30Et Joseph ?
00:19:31Est-ce que tu te souviens
00:19:34de ce que ton père a fait
00:19:36mardi pendant la récréation ?
00:19:39Non.
00:19:40Il surveille les élèves, non ?
00:19:43Oui.
00:19:44Alors, il était au milieu de la cour ?
00:19:46Oui, quelques fois.
00:19:48Et après, vous êtes rentré en classe.
00:19:50Il est allé au tableau ?
00:19:52Oui, je crois.
00:19:54T'as une classe de quoi ?
00:19:56De grammaire.
00:19:58Et t'as pas vu sortir ton père ?
00:20:02Écoute, quand l'instituteur quitte la classe,
00:20:05en général, les élèves, ils en profitent
00:20:07pour faire les fous.
00:20:08Alors, qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là ?
00:20:10Je ne me souviens plus.
00:20:12Il n'y en a pas un qui est allé à la fenêtre ?
00:20:15Marcel Cellier.
00:20:16Le fils du Ferblantier.
00:20:21Je peux monter ?
00:20:23Oui, oui.
00:20:25Vous allez continuer à nous aider ?
00:20:27Je vais faire de mon mieux.
00:20:36Ah, il a du caractère.
00:20:38Mais garde-toi à l'intérieur.
00:20:39Je ne l'ai pas vu pleurer depuis qu'il est bébé.
00:20:42Vous n'avez pas entendu le coup de feu ?
00:20:44Non, je n'ai rien entendu.
00:20:45Les fenêtres étaient fermées.
00:20:48Vous m'avez dit que les gens d'ici n'aiment pas votre mari.
00:20:51Il y en a-t-il un au village
00:20:52qu'ils détestent particulièrement ?
00:20:59Oui, certainement.
00:21:01Théo Gouma,
00:21:02l'adjoint au maire.
00:21:04Nos jardins se touchent.
00:21:07Il commence à boire dès le matin dans son cellier.
00:21:10Et puis, vers 10 à 11h,
00:21:11il est au bon coin chez Pommel
00:21:13et il continue à boire jusqu'au soir.
00:21:15Il ne travaille pas ?
00:21:17Non, non.
00:21:18Ses parents possédaient une grosse ferme.
00:21:20Lui, il n'a jamais travaillé de sa vie.
00:21:33Un après-midi que mon mari avait emmené Jean-Paul
00:21:35à La Rochelle pour acheter des livres,
00:21:38Gouma est entré ici.
00:21:40J'étais là-haut, en train de me changer.
00:21:44J'ai entendu des palours dans l'escalier.
00:21:46C'était lui.
00:21:49Livre, naturellement.
00:21:52Il a poussé la porte
00:21:53et il s'est mis à rire.
00:21:56Son rire.
00:21:58Et puis, tout de suite,
00:21:59comme il l'aurait fait dans une maison spéciale,
00:22:04il m'a jetée sur le lit.
00:22:07Je me suis débattue.
00:22:09Je l'ai griffée au visage.
00:22:10Le sang a coulé,
00:22:11alors qu'il s'est mis à hurler,
00:22:15criant qu'une femme comme moi
00:22:16n'avait pas le droit de faire la difficile.
00:22:20Et j'ai ouvert les fenêtres,
00:22:21le menaçant d'appeler au secours.
00:22:25J'étais en combinaison.
00:22:28Et puis,
00:22:31il a fini par s'en aller.
00:22:33Surtout, je crois,
00:22:35à cause du sang qui lui collait du visage.
00:22:39Et depuis,
00:22:40il ne m'a plus jamais adressé la parole.
00:22:43Comme c'est lui qui...
00:22:45qui mène le village.
00:22:50Je...
00:22:53Qu'est-ce que vous faites, là ?
00:22:55Attention, leve-la.
00:22:56Qu'est-ce que tu fais avec ça, toi ?
00:22:58T'occupe.
00:22:59Vous êtes fou ou quoi ?
00:23:00C'est quand même pas une kérabie, non ?
00:23:02Oui, c'est pas Léonie, je vous préviens.
00:23:05Moi, je rentre.
00:23:17Sous-titrage Société Radio-Canada
00:23:56Ne vous gênez pas.
00:24:00C'est vous le commissaire de Paris ?
00:24:02À votre avis ?
00:24:04Oui.
00:24:05Et vous, c'est qui ?
00:24:07Maria.
00:24:08On m'appelle Andalouse.
00:24:10Ah, mais pourquoi ?
00:24:11Devinez.
00:24:12Je m'appelle Guardia López.
00:24:14C'est moi qui m'occupais de Madame Birard et de la maison.
00:24:19Depuis longtemps ?
00:24:20Cinq ans.
00:24:22Et vous payez régulièrement ?
00:24:24Pas beaucoup.
00:24:27Vous vous rendez compte, avant cinq ans ?
00:24:31Elle était chef postière, c'est ça ?
00:24:33Oui.
00:24:33Et son grand amusement, comme vous le voyez, c'était de cacher des lettres, de les détourner un peu au
00:24:38hasard.
00:24:39Et pour quoi faire ?
00:24:40Du mal ? Rien que du mal.
00:24:53Attention, il est fragile.
00:24:54Oui, excusez-moi.
00:24:57C'est que maintenant, tout ça, c'est à moi.
00:25:00Comment ça ?
00:25:01Elle m'accouchait sous son testament.
00:25:04Vous héritez de la maison ?
00:25:06Oui.
00:25:07Et avec tout ce qu'elle m'élevait, j'aurais le droit d'en avoir deux.
00:25:10Elle avait de l'argent, des valeurs ?
00:25:12Un trésor, comme on dit par ici ?
00:25:14S'il y en a un, je le trouverai.
00:25:16Vous n'en faites pas.
00:25:17Vous savez que tout ça, ça vous donne un mobile parfait.
00:25:21Qu'est-ce que c'est, un mobile ?
00:25:23Par exemple, quand on tue quelqu'un pour en hériter plus vite.
00:25:28Pourquoi elle vous a fait toutes ses promesses ?
00:25:30C'est pas le genre de choses qu'on lance comme ça, à la légère ?
00:25:34C'était pour faire un rachier saliès.
00:25:39Ah, madame Célier.
00:25:41Oui, c'est ça.
00:25:42Madame Bira détestait les maris, les petits marcelles, toute la famille.
00:25:46S'ils avaient eu un chien, ils auraient eu droit aussi à sa haine.
00:25:49Si je comprends bien, cette haine s'étendait à tout le village.
00:25:52Tous les villages.
00:25:54Elle était dégrossiartée à tout le monde.
00:25:56Depuis qu'elle sortait plus de ses haines, elle passait son temps à la fenêtre,
00:25:59elle déversait, elle déversait des choses.
00:26:02Quel genre de choses ?
00:26:03Tiens, des choses qu'ils avaient faites, qu'ils ne m'aient pas conçage.
00:26:08De sorte que, si elle détestait tout le monde, la réciproque était également vraie.
00:26:14C'est quoi la réciproque ?
00:26:16Votre patronne détestait tout le village et tout le village la détestait.
00:26:20Oui, c'est ça, kiff kiff.
00:26:22Et vous ?
00:26:24Vous l'aimiez, votre patronne ?
00:26:27Ça ne l'aimait pas.
00:26:41Dites-donc, j'ai trouvé tout ça chez les animés rares.
00:26:45Qu'est-ce que ça veut dire ?
00:26:47Je le savais qu'il y avait eu du courrier détourné.
00:26:50Normal.
00:26:51Les banquiers détournent des fortunes, les notaires des héritages,
00:26:54et les hommes politiques l'argent public.
00:26:56Alors, le postier détourne les lettres.
00:26:59Bravo, félicitations.
00:27:01Quand j'ai commencé comme stagiaire, elle s'amusait déjà à ça.
00:27:04Je lui en avais fait la remarque.
00:27:05Vous savez ce qu'elle m'avait dit ?
00:27:07Toi, Félicien, t'es quelqu'un d'en mon genre.
00:27:09Tu recevras jamais de lettres d'amour,
00:27:11alors tu finiras par piocher dans celles des autres.
00:27:13Comme j'avais peur d'elle à l'époque, j'ai rien dit à personne.
00:27:16Bon.
00:27:17Je vous les confie.
00:27:20Vous demanderez à vos supérieurs quoi en faire ?
00:27:22Ben, les acheminer.
00:27:23Quand même, ça va leur faire drôle.
00:27:24Je parle pas des morts, mais parmi les vivants, il va y avoir des surprises.
00:27:29Vous des regrets ?
00:27:43Santé.
00:27:44Santé.
00:27:49Dis-moi, Marcel.
00:27:53Toi, je suppose que tu ne mens pas souvent ?
00:27:55Non.
00:27:57Pas souvent.
00:27:57Tu dirais une fois tous les coups bien.
00:28:00Oh, peut-être une fois par mois.
00:28:02Je me confesse après.
00:28:03Et tes camarades, par rapport à toi, ils mentent moins, autant, davantage ?
00:28:08Autant.
00:28:09Mais eux, ils se confessent pas.
00:28:11Tu es amie avec le fils de l'instituteur ?
00:28:14Jean-Paul ?
00:28:16Non, monsieur.
00:28:17Tu joues pas avec lui ?
00:28:18Oh, le fils de Gastin ne joue avec personne.
00:28:21C'est vrai, ça ?
00:28:22Et pour quelle raison, à ton avis ?
00:28:24Je sais pas.
00:28:25Peut-être qu'il n'aime pas jouer.
00:28:26Ou parce que son père est de maître d'école.
00:28:28Oh.
00:28:30Tu te souviens bien de la matinée de mardi ?
00:28:33Oui, monsieur.
00:28:35Qu'est-ce que vous avez fait quand l'instituteur s'est absenté ?
00:28:38Ils ont chahuté.
00:28:39Ils ont mancé des gommes, des crayons, des plumiers.
00:28:42Et toi, non ? Rien de tout ça ?
00:28:43Moi, je suis allée à la fenêtre.
00:28:45Quelle fenêtre ?
00:28:46Celle par laquelle on voit les cours et les potagers.
00:28:48Toujours celle-là que j'ai regardée.
00:28:50Ah bon ?
00:28:52Et pourquoi celle-là ?
00:28:53Je sais pas.
00:28:54Parce que c'est celle qui est le plus près de mon banc.
00:28:57Ce serait pas par hasard parce que t'as pas entendu une détonation et que tu te serais précipité ?
00:29:02Non, monsieur.
00:29:05Tu as une carabine 22 ?
00:29:07Oui, je l'ai portée hier à la mairie.
00:29:09Comme un demandé à l'inspecteur.
00:29:10Non.
00:29:15Donc, tu as vu monsieur Gastin dehors, selon ce que tu as déclaré ?
00:29:19Je l'ai vu.
00:29:21Tu l'as vu se diriger vers sa remise ?
00:29:23Non, il en revenait.
00:29:24Tu l'as vu sortir de la remise ?
00:29:26Oui, je l'ai vu.
00:29:27Et Joseph l'a sûrement vu aussi.
00:29:29Qui c'est ça, Joseph ?
00:29:30C'est le fils du boucher.
00:29:32L'habitué, c'est en face de la mère Bérard.
00:29:33Il est couché en ce moment.
00:29:35Il est malade.
00:29:35Mais de son lit, il me fait des signes.
00:29:37Et j'y fais signes aussi.
00:29:38C'est bien.
00:29:39On peut se voir.
00:29:42Tu étais content que l'instituteur soit en prison ?
00:29:47Est-ce que tu te rends compte que c'est à cause de ta déposition qu'il dort en prison
00:29:50?
00:29:53Parce que si tu n'avais pas déclaré l'avoir vu sortir de sa remise, on ne l'aurait pas
00:29:57arrêté.
00:29:58Il serait toujours libre.
00:29:59Mais j'ai dit la vérité.
00:30:01Monsieur le commissaire, il vous a déjà beaucoup parlé.
00:30:06J'ai encore deux petites questions.
00:30:08Léonie Bérard, tu ne l'aimes pas beaucoup, hein ?
00:30:12Non, monsieur.
00:30:14Et pourquoi ?
00:30:16Quand je passais à lui lancer des vilain mots.
00:30:18Comme à tout le monde, c'est de charogne.
00:30:19Je suis bien.
00:30:21Et ces vilains mots, comme tu dis, tu avais l'impression qu'elle l'écria plus à toi qu'aux
00:30:26autres.
00:30:27Ça, oui, alors.
00:30:28Et pourquoi, à ton avis ?
00:30:29Parce qu'elle en voulait à maman d'être mariée avec papa.
00:30:32Ce n'est pas juste pour la maison et pour l'argent.
00:30:35Bon, ça suffit, Marcel.
00:30:36Tu n'as pas des devoirs à finir ?
00:30:37Allez, file.
00:30:42Il disait ça comme ça, hein ?
00:30:45Vous avez un fils intelligent.
00:30:48Nous l'élevons du mieux que nous pouvons.
00:30:50Je ne pense pas qu'il arrive souvent de mentir.
00:30:55Non, merci.
00:31:15Tiens, monsieur le commissaire, vous mangez plus chez le docteur ?
00:31:19Dommage pour moi, on ne l'a pas à moutarde.
00:31:21Votre chez le docteur, c'est le seul endroit du village où on mange aussi bien qu'ici.
00:31:25Alors, c'est vous, est-ce qu'il paraît, qui allez découvrir le poteau rose ?
00:31:30Moi, depuis qu'il soigne mon fils, il ne m'a jamais invité à dîner.
00:31:34Mais je ne suis pas de Paris, moi.
00:31:35Mais comment il va, ton fils ?
00:31:37Le docteur n'arrête pas de raconter qu'il est temps qu'il marche.
00:31:40C'est facile à dire, mais mon Joseph, dès qu'il est debout, il tombe.
00:31:44Il a été renversé par la motocyclette il y a deux mois et demi, il est toujours dans le plâtre.
00:31:48Ça vous amuse, hein ?
00:31:49Quoi ? Qu'est-ce qui m'amuse ?
00:31:51De raconter tout ça.
00:31:52On dit du mal de personne.
00:31:54Vous voulez que je parle de vos petites affaires, moi ?
00:31:56Il n'y a rien à raconter, c'est juste pour la conversation.
00:31:59Bon, messieurs, je vous laisse.
00:32:01C'est parce que le docteur porte un noeud papillon, vous allez changer de cravate ?
00:32:06À la bonne heure.
00:32:07Comme ça, ça nous fera que d'Auganda à Saint-André.
00:32:28Il y avait une chance sur mille pour que la balle lui fasse du bobo.
00:32:30Ou alors, à bout portant.
00:32:33Alors là, non, je suis formel, le coup a été tiré à distance.
00:32:37À quelle distance, selon vous ?
00:32:39Disons environ entre 80 et 100 mètres.
00:32:44Ça élargit considérablement le champ des possibilités, ça.
00:32:48J'en attendais pas moins du corps médical, il complique tout.
00:32:53La balle a commencé à pénétrer l'os temporal à travers l'orbite.
00:32:58Et puis ensuite, elle a fracassé l'arrête du nez.
00:33:01Et puis, elle a fini par traverser l'orée droite.
00:33:05À ce moment-là, je pense que la birard était largement morte.
00:33:10Lèvez-vous, commissaire.
00:33:11Ça vaut bien.
00:33:13Le seigneur est à gauche et le trécuit à droite.
00:33:19On n'a jamais retrouvé la balle.
00:33:26C'est vous qui soignez le petit râteau ?
00:33:28Oui.
00:33:29Il a eu le jambe cassée, c'est ça ?
00:33:31Le fractur du pérodé, simple, propre.
00:33:34Il boitera ?
00:33:36Jamais de la vie.
00:33:40Mais il y a au moins deux mois et demi que c'est arrivé.
00:33:42Il ne marche toujours pas ?
00:33:43Eh bien, non, pas encore.
00:33:46J'espère que le chauffard a été bien assuré.
00:33:49Ah oui ?
00:33:50Justement, très bien.
00:33:51C'est pour ça que le petit ne marche toujours pas.
00:33:53Ça veut dire ?
00:33:54Ça veut dire que la boucherie râteau ne roule pas sur l'or.
00:33:57Et que le marcelain, quand il a vu l'accident de son fils,
00:33:59il a pris ça comme un don de vieux.
00:34:01Alors moi, en prolongeant les soins du petit,
00:34:06son père peut bénéficier un peu plus de l'assurance.
00:34:10Voyez-vous, commissaire,
00:34:12le médecin est parfois obligé de se montrer canaille.
00:34:17À Paris, vous connaissez ça, sûrement, hein ?
00:34:20Oh, bon, toujours dit que si je refusais d'entrer dans la combine,
00:34:25de temps en temps, monsieur le commissaire,
00:34:28je pourrais prendre mes clics et mes cloques.
00:34:32Ça s'est passé où, l'accident ?
00:34:33À côté de chez les Seilliers.
00:34:35Le petit Marcel était le seul témoin ?
00:34:37Non, non, c'est noir, et puis, il n'y a pas un chat d'or.
00:34:41Quelqu'un d'autre aurait pu y assister, depuis sa fenêtre.
00:34:46D'aller à Libira, que vous pensez, commissaire ?
00:34:48C'est parti ?
00:34:59C'est parti.
00:35:24C'est vous qu'on visait ?
00:35:26Mal, mais c'était moi.
00:35:28Ils sont partis il y a combien de temps, vos joyeux clients ?
00:35:31Vous direz avec précision, ça je ne pourrais pas.
00:35:33Théo, par exemple, il est allé dormir ailleurs.
00:35:36Il a une tendresse surroyante.
00:35:37Il a l'air agressif comme ça, mais c'est un calme.
00:35:41Non, il ne jouerait pas à ça.
00:35:43C'est quelqu'un de raisonnable.
00:35:45Et l'autre pochard, là, qui ne lâche pas le comptoir ?
00:35:48Marcel Arrato ?
00:35:49Lui, avec le nombre de pernaux qui l'écluse,
00:35:51il ne serait pas foutu de tenir une arbalète.
00:35:53Je suppose que vous allez me raconter la même chose du maréchal Ferrand ?
00:35:57Marchando ?
00:35:58Alors lui, c'est un coltron, mais alors là, un vrai.
00:36:01Il y a même des jours où il a peur de taper sur son enclume.
00:36:03Non, si je passe en vue,
00:36:05je n'en vois aucun capable de faire un coup pareil.
00:36:07Ça vient d'ailleurs.
00:36:09Vous vous foutez de ma gueule, Pommel.
00:36:12À vous entendre, ce sont des petits anges, vous abonnez de la bouteille.
00:36:17Eux, à force de boire et vous de les encourager,
00:36:19vous avez perdu tout sens moral.
00:36:22Vous baignez dans la méchanceté, le mensonge.
00:36:26Pour vous, la vie n'est qu'une mascarade imbibée d'alcool.
00:36:30Un champ de tir,
00:36:32où chacun vise n'importe qui, n'importe quoi.
00:36:38Résultat, la mort d'une malheureuse.
00:36:41Et tout le monde est content.
00:36:42Tout le monde s'en fout.
00:36:45Malheureuse, c'est elle qui rendait les gens malheureux.
00:36:47Taisez-vous.
00:36:50En temps ordinaire, j'ai besoin d'une semaine,
00:36:51mais là, dans cette affaire, en moins de deux jours,
00:36:53j'ai tous les suspects qu'il me faut.
00:36:55Vous, Pommel, et tous les autres
00:36:57responsables de la mort de Mme Birard.
00:37:01Vous l'avez rejetée, une fois pour toutes.
00:37:03Comme vous avez rejeté les époux Gastins.
00:37:05Comme vos enfants ont rejeté leur fils,
00:37:07le petit Jean-Paul.
00:37:09Vous finirez par les abattre, eux aussi.
00:37:13Ce ne sera pas avec des cailloux,
00:37:16mais avec des balles, comme Léonie.
00:37:20Vous voulez boire quelque chose ?
00:37:23Avec un petit calva.
00:37:43Vous avez investiés,
00:37:45et vous avez investié ?
00:37:47J'ai investié.
00:37:48Vous avez investié ?
00:37:48Vous avez investié ?
00:38:13Je les ai fait ramasser par les gendarmes, mais il n'y a rien à en tirer.
00:38:15Elles ne sont pas entretenues, pas identifiables, rien du tout.
00:38:17Vous vous entendez bien avec les gendarmes ?
00:38:19Vous savez, ici on a au moins une chose en commun, eux et nous, non seulement on ne confond pas
00:38:22vitesse et précipitation, mais on aime ni l'une ni l'autre.
00:38:25Alors on marche main dans la main.
00:38:26C'est plutôt rare.
00:38:28En fait, c'est plus la guerre. Ça a scellé l'union sacrée.
00:38:32À propos, vous voulez qu'ils ramassent aussi les lances-pierres ?
00:38:34Ah, bonne idée. Vous êtes passé à l'auberge ?
00:38:37Oui, ils avaient déjà changé le carreau.
00:38:40C'est la liste des habitants que je vous ai demandé ?
00:38:42Oui, j'ai ajouté quelques voisins proches, mais ceux-là ne viennent pas à l'auberge, ils ont compris.
00:38:46Je vous ai mis aussi les copies de mes derniers interrogatoires et les dépositions.
00:38:49En somme, je les connais presque tous.
00:38:52Vous voulez procéder comment ? Que je les amène ici ?
00:38:54Non, j'irai les voir.
00:38:56Chez eux, ils se montreront peut-être plus bavards, enfin espérons.
00:38:59Bon, ben je vais rentrer sur la Rochelle.
00:39:01Ah, monsieur Gastin voudrait des livres.
00:39:03C'est l'endroit idéal, la prison pour bouquiner.
00:39:05Demandez aux enfants comme ils aiment la lecture.
00:39:11Le père et la mère du bébé ont été obligés de faire un voyage d'une journée.
00:39:14Ils ont laissé leur enfant à la garde d'une femme de chambre.
00:39:18Il en rentre le soir.
00:39:19Nous avons laissé Annette à Paris pendant cette journée d'absence.
00:39:23Une excellente femme de chambre, Clémentine, qui la veut naître et qui l'adore, la gardait.
00:39:28Mais voici, 43 chez nous, Clémentine en larme, vient nous ouvrir la porte.
00:39:32Ah, madame, ah, monsieur Julien, quel malheur.
00:39:35La petite est malade, on ne sait pas ce qu'elle a.
00:39:38Mon dieu, mon dieu, quel malheur.
00:39:40Nous nous précipitions dans la chambre du bébé.
00:39:43Elle était couchée, sa petite figure sortait seule des draps.
00:39:46Une pauvre petite figure.
00:39:49Ils voudraient le relogé noir et du Sartre.
00:39:52Je ne sais pas si ça va ensemble.
00:39:54Pardon.
00:40:05Je file, je suis à votre entière disposition, s'il y a quoi que ce soit.
00:40:13Vous croyez qu'il va sortir bientôt ?
00:40:15Pour l'instant, il est mieux là où il est.
00:40:18C'est par moins dans l'histoire.
00:40:20Le ou les coupables sont dehors et lui, le sien, il est à l'intérieur.
00:40:25Oui, mais en cas d'orage, il est à l'abri.
00:40:27Les autres sont à découvert.
00:40:44Vous n'avez pas entendu la détonation ?
00:40:48Comment j'aurai entendu ?
00:40:49Ce que j'étais, c'est de ce jour-là, à 10h, je m'occupais du cheval du fils Pouchet.
00:40:53Ah bon ?
00:40:59Dites-moi, en tant qu'adjoint au maire, vous avez eu affaire au Gastin ?
00:41:03Quel genre de rapport vous avez avec eux ?
00:41:06Des rapports tout à fait officiels.
00:41:10Rien d'intime.
00:41:12Elle, c'est une mijorée.
00:41:15Provocante sous ses airs nigauds.
00:41:19Lui, il fait semblant de ne pas voir.
00:41:21Monsieur, madame Sainte-Nitouche.
00:41:25Ils ont regret ?
00:41:26Ah non, sans façon, merci.
00:41:29Pas si tôt.
00:41:30Comme moi, jamais avant 10h.
00:41:33Mais à 10h, tous les jours.
00:41:39Ça ne m'empêche pas de savoir ce que j'ai vu.
00:41:41Vous avez vu Gastin sortir de sa remise ?
00:41:44J'en jurerai.
00:41:45Avec une carabine à la main ?
00:41:47Pourquoi pas.
00:41:56Tiens, suive-moi.
00:42:08Les voilà.
00:42:11Au secours, au secours !
00:42:13Mon chevalier Marcel, au secours !
00:42:14J'arrive !
00:42:16Lâchez la princesse !
00:42:19En garde !
00:42:19Lâchez-moi !
00:42:22C'est déjà fini l'école ?
00:42:25Ça passe vite, hein ?
00:42:26Ça dépend des jours.
00:42:28On se connaît, toi.
00:42:31Nous deux aussi, on se connaît.
00:42:32T'es bien la fille du maire ?
00:42:34Et eux, c'est qui ?
00:42:35Ils n'habitent pas le village.
00:42:36Ils sont dans une ferme après le cimetière.
00:42:38Dites-donc, et le soir, vous avez aussi le droit de sortir ?
00:42:41Non, moi, j'ai pas le droit.
00:42:43Moi non plus.
00:42:44T'es sûr ?
00:42:47Et faites attention de ne pas vous crever les yeux avec ça.
00:42:59Ah, je cherche votre fils, le petit Joseph.
00:43:02Si oui, où il est ?
00:43:04Oh, juste lui, poser une ou deux questions.
00:43:06À propos de quoi ?
00:43:07À propos de la victime.
00:43:10Il est là-haut.
00:43:11Bah oui, justement, de là-haut, il est bien placé, pour voir les choses.
00:43:15Ah ouais, bien placé dans son lit, avec une jambe dans le plâtre.
00:43:19Il peut pas bouger d'un millimètre.
00:43:21Qu'est-ce que vous voyez qu'il voit ?
00:43:26Joseph !
00:43:27Oui ?
00:43:28Je pars livré.
00:43:29Laisse-la clé sur la porte, j'attends Marcel.
00:43:33Marcel, c'est son meilleur ami.
00:43:36Il a l'air peut-être un peu trop content de lui, mais enfin...
00:43:39Comme le mien est un peu timide, ça compense.
00:43:44Je l'ai l'air seul.
00:43:47C'est pas toujours facile, hein ?
00:43:51Sa mère est morte, il avait trois ans.
00:43:54Remarquez, c'est...
00:43:55C'est un bon garçon.
00:43:58Mais il faut pas l'embêter.
00:44:00Alors revenez plutôt un jour au chat, là.
00:44:03Hein ?
00:44:10Et celle-là ? Qu'est-ce que vous en pensez ?
00:44:13Pour un enterrement, elle est bien, non ?
00:44:15Elle est noire.
00:44:16Elle est déchirée.
00:44:17Elles sont toutes déchirées, ces robes.
00:44:19Vous n'avez toujours pas répondu à ma question.
00:44:22Bon, j'ai dit arriver vers 11h.
00:44:23Pour ça, elle me laissait un peu libre.
00:44:25Elle était pas trop exigeante.
00:44:26Puis ce qui m'a frappée, c'est d'avoir vu sa main par terre.
00:44:30Il avait un fer à cheval à côté.
00:44:31Comme s'il avait voulu le prendre.
00:44:33Puis après, j'ai vu sa tête.
00:44:36Mon Dieu.
00:44:43En fait, ils sont très bavards, nos habitués.
00:44:46Mais ça dépend avec qui.
00:44:48Si ça dépasse les limites de la commune, ils comprennent plus.
00:44:51Ou ils font semblant.
00:44:53Ils se ferment comme des huîtres.
00:44:55Pour eux, un autre département, c'est déjà une langue étrangère.
00:44:58Alors vous, l'instituteur, et même moi,
00:45:02il faudrait presque leur parler avec les mains pour les forcer à nous écouter.
00:45:06Même vous.
00:45:08Je suis de Nantes.
00:45:09C'est pourtant pas loin.
00:45:12Mais moi, j'ai préféré ici.
00:45:14Au moins, si elle a une vraie couleur.
00:45:17Et puis, il y a quand même des gens gentils.
00:45:21Le petit Jean-Paul, tiens.
00:45:22Encore un pour qui les gens d'ici parlent une autre langue.
00:45:25Il est tellement brillant comme élève à côté de ses camarades
00:45:28qu'ils considèrent tous comme un martien.
00:45:29Ils me donnent des leçons.
00:45:33Au moins, je suis sûre de pas faire de fautes quand j'écris des lettres.
00:45:35Quoique.
00:45:46Quoique.
00:45:59Quoique.
00:46:00Jean-Paul, ton copain Joseph l'accidenté, il va jamais regarder à sa fenêtre depuis qu'il est blessé ?
00:46:07Si, deux ou trois fois je l'ai vu, on s'est même fait signe.
00:46:12Maintenant il faut que j'aille, excusez-moi.
00:46:15Il habite tellement près qu'il est toujours en retard.
00:46:20Elles vont à l'enterrement ?
00:46:22Elles sont en avance, on est à des cafards.
00:46:27Je me suis souvent demandé pourquoi à la campagne on était toujours habillé en noir passé un certain âge.
00:46:32Peut-être pour passer inaperçu, s'habituer à disparaître.
00:46:37Vous alliez aller, vous, à l'enterrement ?
00:46:39Non, non, j'irai pas.
00:46:41D'abord j'ai pas de robe noire.
00:46:43Et puis nous, les étrangers, on a pas de robe bon dieu.
00:46:58Vous n'avez pas vu le commissaire ?
00:46:59Il est parti tôt ce matin.
00:47:01Il t'aimait qu'il ait été prié.
00:47:02Il a pas une tête à fréquenter le petit Jésus.
00:47:05Peut-être qu'il le suspecte aussi.
00:47:09Je sais pas pourquoi, je l'ai pas entendu arriver.
00:47:11Tu rentrais chez toi en courant, c'est ça ?
00:47:15Ben oui.
00:47:16Vous étiez ensemble.
00:47:17Tu l'as entendu arriver la moto, toi ?
00:47:19Oui, j'ai crié.
00:47:21C'est pour ça que je me suis arrêtée.
00:47:23Et que le motard m'a connu dedans.
00:47:24Ben alors, tu l'as vu arriver le motard ?
00:47:26Il faisait nuit, et puis il allait vite.
00:47:30Ses feux étaient allumés ?
00:47:32Je m'en souviens pas, monsieur.
00:47:34Il en a pris du temps pour s'arrêter.
00:47:36J'ai cru qu'il s'enfuyait.
00:47:38Pourtant, dis donc, tu gueulais comme un âne.
00:47:40J'avais mal.
00:47:42Et à cause de ça, tu peux pas te lever,
00:47:44donc tu peux pas voir ce qui se passe dehors ?
00:47:46Si, en me penchant comme ça, je pouvais voir les copains.
00:47:49Et mardi matin, à 10h, tu te souviens si tu as regardé dehors ?
00:47:54Je m'en souviens pas.
00:48:01Car derrière les apparences,
00:48:04toute une vie de fonctionnaire scrupuleuse.
00:48:07Un choix de vie qui lui autorisait une certaine exigence,
00:48:11une sévérité certaine.
00:48:13Alors, de quel d'entre nous aurait mis peur d'être plus rapprochée ?
00:48:18Faites miséricorde, Seigneur, à votre servant déclin.
00:48:25Il y a toujours une âme cachée.
00:48:28En l'occurrence, une âme attendue.
00:48:35Elle devient une sainte.
00:48:37Il y a eu des apôtres.
00:48:39La poste, chemin de l'espoir et des sentiments.
00:48:43Jamais, cher Léonie, tu n'as failli dans ton sacerdoce
00:48:46qui fut de rapprocher les uns des autres,
00:48:48de leur rendre service.
00:48:51Alors, nous allons t'accompagner jusqu'à ta dernière demeure.
00:48:57C'est loin, le cimetière.
00:49:03On était des gens de cœur.
00:49:04On apporte un verre de blanc à un sucre curé.
00:49:06Il n'a pas encore terminé ?
00:49:07Ah, que non.
00:49:07Rien que s'il lui découvre toutes les qualités du monde.
00:49:09C'est ça qui prend du temps.
00:49:11Elle n'était pas si méchante, quand même.
00:49:13Et ce n'était pas la pire de Saint-André.
00:49:15On voit bien que tu ne passais pas souvent sous ses fenêtres.
00:49:17Et de là, la couvrir de fleurs.
00:49:19Et puis, c'était quelqu'un de chez nous.
00:49:23Et puis, des générations, ça compte, ça.
00:49:26Ouais, ben justement.
00:49:27Maintenant, il va falloir se compter.
00:49:31Paix à son âme.
00:49:33Je peux vous aider.
00:49:39Pensez donc.
00:49:45Pensez donc.
00:50:21Pourquoi tu te trouves ?
00:50:23On avait fait peur.
00:50:24J'ai aucune raison.
00:50:27Allez, viens.
00:50:31Qu'est-ce que tu regardais, de là-haut ?
00:50:33Les gens.
00:50:35Tu ne peux pas regarder tout le monde en même temps.
00:50:37Qui en particulier ?
00:50:43Hein ?
00:50:44Tu cours vite, dis donc.
00:50:48Tu n'étais pas à l'église, pourquoi ?
00:50:50Mon père n'y va pas.
00:50:51Il n'y va jamais.
00:50:53Ce n'est pas comme tes camarades, hein ?
00:50:54Eux, ça, ils vont.
00:50:57C'est difficile de ne pas être comme les autres.
00:51:00Je ne suis pas comme les autres, moi.
00:51:02Je vous l'ai dit.
00:51:04Moi, si j'avais un fils,
00:51:05ses camarades diraient que c'est le fils du commissaire.
00:51:07Ils ne le traiteraient pas exactement comme les autres.
00:51:10Toi, tu es le fils du maître d'école.
00:51:16T'as essayé de te faire des amis ?
00:51:18Non.
00:51:19C'est agréable d'avoir des amis.
00:51:21Pourquoi vous me posez toutes ces questions ?
00:51:24Parce que ton père est en prison
00:51:26et qu'il n'a pas, ça l'en suis persuadé,
00:51:28tiré sur les libéraux.
00:51:30Et par conséquent, c'est quelqu'un d'autre qui l'a fait.
00:51:35Marcel prétend qu'il a vu ton père sortir de la remise.
00:51:38Et toi, tu affirmes qu'il ment.
00:51:39Bon, tu n'as pas dit ça par jalousie.
00:51:43Je ne suis pas jaloux de Marcel.
00:51:46Pourtant, tu n'as pas réagi tout de suite
00:51:47quand tu as appris qu'il accusait ton père.
00:51:50Pourquoi ?
00:51:51On ne m'aurait pas cru.
00:51:53Tu as pensé que moi, je te croirais ?
00:51:56Vous, vous êtes le commissaire migré.
00:51:57Et tu t'imagines que je peux faire des miracles ?
00:52:03Tu as parlé avec Marcel ?
00:52:05Il n'écoute que Joseph.
00:52:07Le fils du boucher.
00:52:09Tu n'as pas essayé de te faire amie avec Joseph ?
00:52:12Non, enfin, c'est l'ami de Marcel.
00:52:16Écoute, je trouve que tu dis souvent
00:52:17non, je ne sais pas, j'ai oublié.
00:52:21Alors, si tu décides de changer d'attitude,
00:52:24tu me préviendras.
00:52:28Allez, on va rentrer au village.
00:52:29J'aimerais mieux rentrer tout seul.
00:52:31Tu veux partir le premier ?
00:52:33On ne dirait rien aux autres.
00:52:35Voyons à Marcel, ni à Joseph, ni à personne.
00:52:38Allez, file.
00:53:06Allez, allez, va-t'en.
00:53:07Allez, allez, va-t'en.
00:53:24Rien à dire à Gastin ?
00:53:26Dites-lui qu'il ne restera plus longtemps derrière les barreaux.
00:53:29Et du nouveau, vous avez une piste ?
00:53:31Ou pas une piste, juste une odeur.
00:53:36La vérité, c'est comme le parfum de la mer.
00:53:38Ça se respire, bien avant de l'apercevoir.
00:53:41On dirait du bois de lait.
00:53:43Tu apportes un dictionnaire pour ces mots croisés.
00:53:46Toujours à votre disposition, monsieur le commissaire.
00:53:49Santé aux serviteurs de l'ordre.
00:53:51Râteau, assieds-toi, tu vas tomber.
00:53:54Il n'y a pas de mal à la veille.
00:53:55Ah !
00:54:02Vous aviez raison de vous mettre en colère l'autre soir.
00:54:04C'est pas joli.
00:54:05Surtout que c'est tous les jours.
00:54:06Puis c'est d'abord pour son monde que c'est pas marrant.
00:54:09Tous les deux, seuls, dans cette maison.
00:54:12Les enfants ont leur univers.
00:54:14On dit qu'ils peuvent trouver des fleurs parmi les éclats d'auvue.
00:54:17Rassurez-vous, c'est pas de moi.
00:54:21Attaché, dit le loup.
00:54:22Vous ne courez donc pas où vous voulez ?
00:54:24Pas toujours, mais qu'importe.
00:54:27Il importe, si bien que de tous vos repas,
00:54:29je ne veux en aucune sorte
00:54:31et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.
00:54:34Cela dit, maître loup s'enfuit et court encore.
00:54:37Merci, Louise. Tu peux regagner ta place.
00:54:43Alors, j'étais comment ?
00:54:45Un peu.
00:55:06La fenêtre ouverte, là-bas,
00:55:08c'est bien celle de Joseph ?
00:55:10Oui.
00:55:12C'est de là-haut qu'il a l'habitude de te faire des signes ?
00:55:15Oui.
00:55:17Ça donne juste en face de chez Léonie Birard, non ?
00:55:20Ben oui.
00:55:22Et ce fameux mardi à l'inviseur ?
00:55:25Tu te rappelles si la fenêtre, elle était ouverte ?
00:55:27Je ne sais plus. Pourquoi ?
00:55:29T'aurais pu faire des signes à ton papa.
00:55:33Pas ce jour-là.
00:55:35Mardi, je n'ai pas regardé.
00:55:37Je ne regarde pas tous les jours.
00:55:40Toi aussi, tu as une cage.
00:55:41Oui, mais les gendarmes l'ont prise.
00:55:45C'est papa.
00:55:46Souvent, il fait une sieste.
00:55:48C'est fatigant, son métier.
00:55:50Tu as raison.
00:56:01Vous récupérez vite.
00:56:03Pour se démolir à l'alcool, il faut une sacrée santé.
00:56:08Qu'est-ce que vous êtes venu faire ici, vous, hein ?
00:56:10Vous êtes venu interroger le petit ?
00:56:12Je vous avais dit de ne pas venir l'embêter, quand je ne suis pas là.
00:56:16Ben, vous êtes là.
00:56:20Non, je voulais seulement m'assurer qu'il peut marcher, si nécessaire.
00:56:25C'est les assurances qu'ils vous ont demandé ?
00:56:28Qui m'ont demandé quoi ?
00:56:29Ce qu'on fait, ce n'est pas du vol, hein ?
00:56:31On profite juste un peu pour être sûr qu'il sera bien guéri.
00:56:37Et puis, il y a peu de pire.
00:56:40Mais ça, M. Râteau, ça ne m'en garde pas.
00:56:47J'ai pris un dessert pour le petit.
00:56:50Vous vous occupez aussi de M. Râteau ?
00:56:52Mais oui, notre maison, elle est calme maintenant.
00:56:55Il n'y a plus rien à y faire, alors je viens aider ici.
00:56:58Quel désordre, hein ?
00:57:01J'ai pris un dessert pour le petit.
00:57:36Je viser à M. Râle.
00:57:40Allons-y.
00:57:42Allons-y.
00:57:49Allons-y.
00:57:55Allons-y.
00:57:55...
00:57:57...
00:58:38C'est ouvert !
00:58:44Il y a la lumière chez la Nibirah.
00:58:48C'est pas son fantôme, des fois ?
00:58:49Oh, écoute. Tant que je prévenais le commissaire.
00:58:52...
00:59:11Allez, rentre vite chez toi.
00:59:19Faites le tour par derrière. Je m'occupe de la porte.
00:59:30C'est chez moi, j'ai rien fait.
00:59:33Lâchez-le, Pommel. Viens par ici, toi.
00:59:40Qu'est-ce que t'as volé d'autre ?
00:59:42J'ai rien volé. Il est à moi. Enfin, à nous.
00:59:45À nous qui ?
00:59:46Joseph et moi.
00:59:48Et qu'est-ce qu'il faisait chez la mère Birard, sa affaire à chouel ?
00:59:51Elle l'avait ramassé. Elle voulait pas nous le rendre.
00:59:54Vous y tenez tant que ça ?
00:59:56Ça porte bonheur, hein.
00:59:58Pauve Léonie.
00:59:59Tu nous expliqueras tout ça demain.
01:00:02Allez, ramenez-le chez lui.
01:00:06Tu sais que c'est un vol avec effraction ?
01:00:08Je l'ai pas volé. Il est à nous.
01:00:10Ouais.
01:00:35Quelle horreur.
01:00:36Il est même pas frais, ce café.
01:00:38Pas terrible.
01:00:41Alors, où vous en êtes ?
01:00:43Vous l'avez vu, votre fantôme ?
01:00:45Oui.
01:00:46C'est lui le coupable ?
01:00:48Non.
01:00:50C'est pas la peine de venir d'aussi loin.
01:00:53Eh bien, c'est comme ça.
01:00:55Ni coupable, ni mobile.
01:01:00Après tout, c'est peut-être un accident.
01:01:03C'est vrai, c'est quelquefois un accident.
01:01:05Une maladresse.
01:01:08Mais c'est souvent un assassin.
01:01:11J'aime pas, ce mot.
01:01:15Alors là, vous me surprenez beaucoup.
01:01:18C'est pas son genre, gamin.
01:01:20Alors, j'en ai pas encore un genre.
01:01:23Julien, il y a un monsieur qui te demande si pour son filtre à eau, une histoire de volume réglementaire.
01:01:26Je crois que je comprends pas ce qu'il fait.
01:01:29Mais comment il est entré ?
01:01:30Au cassant des carreaux.
01:01:32Mon Dieu.
01:01:34Mais il aurait pu se faire mal.
01:01:38Mais qu'il peut pas supporter la vie du sang, même que je me montre toujours comment...
01:01:41C'est possible qu'il fréquente le fils du boucher.
01:01:42Marc !
01:01:43Pourquoi un fer à cheval ?
01:01:45Marc.
01:01:46Tu peux voir, avec le père d'arrière, il aimerait qu'on coupe sa facture en trois.
01:01:50Dis-lui que tu veux bien, mais fais-toi prier qu'il comprenne que c'est la dernière fois.
01:01:54Il apporte comme les riches pour les lâcher avec un élastique.
01:02:02Qu'est-ce qu'il pouvait bien chercher chez elle ?
01:02:04C'est ce que j'expliquais à votre femme, un fer à cheval.
01:02:07Un fer à cheval ?
01:02:08Pourquoi faire ? Il y en a plein chez Marchandot, le maréchal Ferrand.
01:02:11Et même dans la rue qui mène chez lui.
01:02:14En plus, Marcel, c'est pour du tout le gamin superstitieux.
01:02:18Les pieds sur terre, hein ? Il y a que ça de vrai.
01:02:22À propos...
01:02:22D'après la rumeur,
01:02:24Mme Bira aurait déshérité sa nièce, votre femme.
01:02:29Vrai ou faux ?
01:02:30Toutes les rumeurs sont fausses, c'est bien connu.
01:02:33En manque de chance, celle-là est vraie.
01:02:35Julien, où sont les raccordements en aluminium 3 ?
01:02:42Vous vous détestiez tellement avec votre tante,
01:02:44pour qu'elle vous déshérite ?
01:02:46Elle a toujours détesté Julien.
01:02:47Quand au petit, elle lui trouvait une tête à claques.
01:02:49De toute manière, il y a des choses qu'on ne peut pas pardonner.
01:02:52J'avais cessé de l'avoir, voilà.
01:02:55J'aimerais retrouver Marcel,
01:02:57mais chez son copain Joseph, cette fois-ci.
01:03:00Après la sortie, à 4 heures.
01:03:04Les hirondelles, ça prend deux ailes.
01:03:07Surtout quand on a plusieurs.
01:03:10Sans les fils télégraphiques
01:03:12qui se déploient le long de la route,
01:03:14virgule,
01:03:15elles ont l'air de tout regarder dans la même direction.
01:03:18Point.
01:03:19Peut-être l'Afrique.
01:03:21Pourquoi t'as pas mis de majuscule Afrique ?
01:03:23Parce que sans majuscule, ça paraît moins loin.
01:03:26Pas bête.
01:03:40Combien de fautes t'as la dictée ?
01:03:45Comment t'as écrit, Rondelle, toi ?
01:03:47Avec deux ailes, comme tous les oiseaux.
01:03:51Putain, ben là, la commissaire, tu trouves pas ?
01:03:54Ça y est, ça recommence.
01:03:55Tu les aimes tous, hein ?
01:03:57Oh, tu exagères, j'ai jamais été aussi fidèle.
01:03:59Hum, que tu dis.
01:04:05Hum.
01:04:07Tu joues pas, Marcel ?
01:04:09Non, pas aujourd'hui.
01:04:11Tu manges pas ?
01:04:12J'ai pas faim.
01:04:21Vous commencez à quelle heure ?
01:04:23Deux heures.
01:04:24Et vous ?
01:04:25Pareil.
01:04:26Comme tous les fonctionnaires.
01:04:27Mais j'en suis, hein ?
01:04:29Contrairement à ce qu'on pense,
01:04:30une enquête, c'est se calquer sur le comportement,
01:04:32les habitudes des protagonistes.
01:04:34Leurs horaires, même.
01:04:35Alors, quand mes protagonistes déjeunent,
01:04:37moi, je déjeune aussi.
01:04:38Comme un bon fonctionnaire.
01:04:41Je peux pas rentrer chez Léonie.
01:04:42Il n'y a plus la tête sous la porte de la cuisine.
01:04:44C'est moi qui les ai.
01:04:45Vous allez y retourner tous les jours.
01:04:47Il faut que j'y aille traiter les linges.
01:04:49C'est fou ce qu'elle en avait.
01:04:50Elles sortent plus,
01:04:51mais elles se changent des fois par jour.
01:04:53J'y vais.
01:04:54Allez, moi aussi.
01:04:59Stratégiquement, vous êtes donc un peu mieux situés.
01:05:02D'ici, vous pouvez voir l'école,
01:05:04le logement des Gastins,
01:05:05leur remise,
01:05:07de ce côté, la fenêtre du petit Joseph,
01:05:10et pour finir l'arrière de chez Léonie.
01:05:13Je comprends bien, celle-là.
01:05:15C'est de la veine qu'elle a été tuée devant dans son salon.
01:05:18C'est la seule chose qu'on puisse pas voir d'ici.
01:05:20D'ailleurs, c'était déjà une chance de son vivant.
01:05:22Comme ça, elle pouvait pas m'insulter.
01:05:26Vous savez quoi ?
01:05:31Vous leur faites peur, ici.
01:05:34Je ne fais peur qu'à ceux qui ont quelque chose à cacher.
01:05:37C'est pour moi que vous dites ça ?
01:05:38Vous et tout le village.
01:05:43Et vous, monsieur le commissaire,
01:05:44vous n'avez rien à cacher ?
01:05:46Malgré votre grade,
01:05:47vous êtes un homme comme tout le monde,
01:05:49avec vos envies,
01:05:50vos petitesses, non ?
01:05:52Qu'est-ce que vous dissimulez ?
01:05:55Parce que dans la police,
01:05:56pour cacher ces turpitudes,
01:05:57il n'y a pas mieux.
01:05:59Hein ?
01:05:59Allez, tiens, ça s'arrose.
01:06:01Jamais pendant le service.
01:06:03Bon, on dit ça ?
01:06:05Moi, je le dis et je m'y tiens.
01:06:08Question de volonté et de responsabilité.
01:06:10Il est vrai que
01:06:12c'est pas ce qui vous étouffe, monsieur l'adjoint.
01:06:18J'ai sûr que je sais que le petit Joseph peut se lever.
01:06:20Je l'ai vu plusieurs fois à la fenêtre.
01:06:22Et alors ?
01:06:22Il triche ?
01:06:24C'est normal, les enfants ont peur de nous.
01:06:25Autant qu'on a peur pour eux.
01:06:27Et mardi, entre 10h et 10h15,
01:06:29vous l'avez vu ?
01:06:30Je regarde pas tout le temps.
01:06:33Et votre mari, madame Gastin,
01:06:34vous me certifiez que vous ne l'avez pas vu
01:06:36à proximité de l'armise.
01:06:38Ni lui, ni personne.
01:06:39Il est juste venu prendre les rédactions.
01:06:41Je crois qu'il est même pas passé par la cour.
01:06:45Bonjour, madame Gastin.
01:06:46Bonjour, commissaire.
01:06:46Je vous cherchais partout.
01:06:47Il y a du nouveau.
01:06:48L'examen balistique montre que la balle
01:06:49est une balle longue.
01:06:50C'est bien ce qu'on pensait.
01:06:53Probablement tirée à hauteur de la victime.
01:06:54Ou alors elle a levé la tête
01:06:55au moment du coup de feu.
01:06:56Pour quoi faire ?
01:06:58Pour regarder quelqu'un à hauteur.
01:07:04Voici le premier souvenir de ma vie.
01:07:06Et il date de loin.
01:07:08J'avais deux ans, une bonne...
01:07:11Martial, ça suffit.
01:07:14Est-ce que vous pensez qu'un enfant
01:07:15est capable de tuer pour jouer ?
01:07:18Le vouloir sûrement, le faire, je pense pas.
01:07:20Par contre, pour aider quelqu'un
01:07:22à réparer une injustice, ça, pourquoi pas ?
01:07:26Vous avez une idée derrière la tête ?
01:07:29Vous pensez quand même pas au petit Joseph.
01:07:32Marcel et Jean-Paul étaient en classe.
01:07:34Seul Joseph est susceptible de répondre
01:07:36à cette interrogation.
01:07:38Mais il est blessé, cloué à son lit.
01:07:40Oh, cloué, cloué...
01:07:42Ça n'a pas empêché de venir plusieurs fois
01:07:45coller son lit à la fenêtre ?
01:07:46Oui, mais alors le petit Marcel,
01:07:48il était à la fenêtre de la classe,
01:07:49il aurait vu tirer.
01:08:12Ça retarde un peu ici, hein ?
01:08:15Ah, ils ont pas de chance, le malheureux.
01:08:18Vous pouvez ranger vos affaires
01:08:20et vous sortez en silence.
01:08:36Ils sont là, Marcel.
01:08:40Marcel, viens voir.
01:08:43Dis-donc, Joseph, c'est bien ton meilleur ami ?
01:08:48Oui, monsieur.
01:08:50S'il avait fait quelque chose de grave,
01:08:52de très grave,
01:08:54tu le dirais, toi qui ne me demandes jamais ?
01:08:57Ça dépend.
01:08:58Ça dépend de quoi ?
01:08:59S'il me le demande.
01:09:02Et si moi je te le demande ?
01:09:06Allez voir la petite.
01:09:10Tiens.
01:09:12Assieds-toi.
01:09:17Quel âge tu as ?
01:09:188 ans.
01:09:20Moi j'ai une fille, elle a 9 ans.
01:09:22Dis donc, tu les connais bien, Marcel et Joseph ?
01:09:24Vous allez me trouver particulièrement curieux,
01:09:26mais votre fer à cheval,
01:09:29auquel tu tiens tant que toi,
01:09:30qu'est-ce qu'il faisait chez l'air d'Ibira ?
01:09:32C'est à cause de ça que j'étais blessée.
01:09:34En retraite chez Marcel,
01:09:36la vie était à la fenêtre,
01:09:37elle nous insultait avec des gros mots.
01:09:39Elle était comme folle.
01:09:41Je sais pas ce qu'il nous a pris.
01:09:42On s'est mis à lui lancer des bouts de branches,
01:09:44du gravier, des cailloux,
01:09:46tout ce qu'on pouvait trouver.
01:09:48Alors, elle a fermé sa fenêtre.
01:09:50Le fer à cheval, c'est moi qui l'ai aperçu.
01:09:52Il brillait dans l'herbe.
01:09:53Je l'ai ramassé,
01:09:54et puis je l'ai lancé.
01:09:55C'est moi qui l'ai lancé,
01:09:57en plein dans la vitre.
01:09:59Elle a hurlé,
01:10:00on a pris peur,
01:10:00et on s'est mis à courir avec chez Joseph.
01:10:03Et c'est à ce moment-là
01:10:03que le motocycliste m'a renversé.
01:10:05Et le mois qui a suivi,
01:10:07toi à cause de ta jambe cassée,
01:10:10et toi à cause de tes parents
01:10:11et l'héritage qui vous passait sous le nez,
01:10:13vous n'avez pas décoléré une minute
01:10:15et vous avez préparé votre vengeance.
01:10:18Et ce fameux mardi,
01:10:19entre 10h et 10h15,
01:10:21c'est pas M. Gastin
01:10:22que tu as vu près de sa remise,
01:10:24mais ton copain Joseph
01:10:26à sa fenêtre,
01:10:27une carabine à la main.
01:10:28J'ai rien vu du tout.
01:10:30Vous avez voulu lui faire peur.
01:10:32Vous inventez tout.
01:10:33Joseph et moi,
01:10:33on n'aurait jamais voulu viser aussi bien.
01:10:35De toute façon,
01:10:36j'étais dans la classe.
01:10:37Pas Joseph.
01:10:38Il est malade,
01:10:39il ne peut pas bouger.
01:10:40Eh ben,
01:10:41on va voir s'il ne peut pas bouger.
01:10:43Joseph,
01:10:44lève-toi.
01:10:47et va jusqu'à la fenêtre.
01:10:52On t'entend.
01:10:57Allez !
01:11:08Tu vois ?
01:11:10Il marche.
01:11:13Allez,
01:11:13finis la comédie.
01:11:14Va vite.
01:11:21Tiens,
01:11:22imagine que c'est ta carabine.
01:11:26Tu vois la fenêtre de Mme Birard,
01:11:27là-bas ?
01:11:29Eh ben,
01:11:29fais comme si tu tirais
01:11:30dans sa direction.
01:11:33C'est ça que tu as vu
01:11:34depuis ta salle de classe.
01:11:35Je n'ai jamais vu ça,
01:11:36monsieur,
01:11:36je vous promets.
01:11:38Oui,
01:11:38c'est comme pour l'instituteur.
01:11:39Tu sais,
01:11:39quand on ment une fois,
01:11:40on peut mentir
01:11:41des tas d'autres fois.
01:11:41Dis-lui que ce n'est pas vrai.
01:11:43Pourquoi ?
01:11:43Parce que ce n'est pas vrai.
01:11:48Pas exactement.
01:11:50Je n'ai jamais voulu la tuer.
01:11:53D'abord,
01:11:53je visais un oseau
01:11:54qui était là,
01:11:54sur la branche.
01:11:56Puis,
01:11:56je ne sais pas pourquoi,
01:11:58j'ai vu la fenêtre
01:11:58de Mme Birard ouverte.
01:12:00Elle,
01:12:01je ne l'ai pas vue venir.
01:12:03J'ai appuyé sur la gâchette.
01:12:06Tu te rends compte
01:12:06de ce que tu es en train
01:12:07de raconter ?
01:12:10Ce sont des choses
01:12:11qui ne s'inventent pas,
01:12:12n'est-ce pas, Marcel ?
01:12:13Vous allez le mettre en prison ?
01:12:15Je ne sais pas,
01:12:16mais votre instituteur,
01:12:17lui,
01:12:17il va en sortir.
01:12:20Et après ?
01:12:22Après,
01:12:22c'est le juge
01:12:23qui décidera.
01:12:25Et il fera la leçon
01:12:26à son père
01:12:27parce qu'en définitive,
01:12:28c'est lui le responsable.
01:12:30Pourquoi, mon père ?
01:12:31Il n'en est pour rien, lui.
01:12:32Il n'était pas là
01:12:33et jamais là
01:12:33à 10h le matin.
01:12:35Et où il était ?
01:12:36Je ne sais pas.
01:12:39Au bon coin
01:12:40ou en tournée ?
01:12:42Tu sais très bien
01:12:42que son travail
01:12:44l'a tourné
01:12:44c'est l'après-midi.
01:12:46Et le bistrot,
01:12:47c'est à l'heure
01:12:47du déjeuner.
01:12:48Alors,
01:12:49où il était ?
01:12:49Je ne sais pas.
01:12:50Ce que je sais,
01:12:51c'est qu'il n'est jamais
01:12:52loin de moi,
01:12:53même quand il n'est pas là.
01:12:54Et ce fameux mardi,
01:12:55il n'était pas là
01:12:57entre 10h
01:12:57et 10h15 ?
01:12:59Je l'aurais entendu.
01:13:01Tu ne confonds pas
01:13:02avec le lundi
01:13:03ou le mercredi,
01:13:04non ?
01:13:08C'est Maria.
01:13:09Elle vient tous les jours
01:13:10maintenant.
01:13:14Je suppose
01:13:15que tu n'as rien
01:13:16à ajouter ?
01:13:17Non.
01:13:19Vous deux,
01:13:20vous ne bougez plus
01:13:20de cette pièce.
01:13:22Je vais voir ton père.
01:13:25À propos,
01:13:27quel est le meilleur
01:13:28au lance-pierre ?
01:13:29Je ne sais pas,
01:13:29bien, monsieur.
01:13:32Évidemment.
01:13:38Bonjour.
01:13:40Bonsoir.
01:13:41Ici, après 4h,
01:13:42on dit bonsoir.
01:13:45Vous ne savez pas
01:13:46où il est, son père ?
01:13:47Devinez.
01:13:51La petite Louise,
01:13:51elle est comme ses copains.
01:13:52Ils ont l'air
01:13:52de tout savoir
01:13:53et ils ne savent rien.
01:13:54Au contraire,
01:13:55remarquez,
01:13:55c'est de l'orage,
01:13:55la mienne est pareille.
01:13:57Qu'est-ce qu'on fait ?
01:13:58J'attends un râteau.
01:14:00S'il peut revenir
01:14:01à quatre pattes ?
01:14:02Allez le chercher,
01:14:03soyez-le aussi.
01:14:06Je serai plus tranquille.
01:14:08Je trouverai bien
01:14:09un petit coup de bloc.
01:14:23Il est où,
01:14:23Marcel Arrâteau ?
01:14:25On l'a mis
01:14:26dans la petite chambre
01:14:26où il dort
01:14:26depuis le déjeuner.
01:14:29Il devrait avoir
01:14:30fini de cuver maintenant.
01:14:31Vous voulez que j'aille
01:14:32vous chercher ?
01:14:33D'abord,
01:14:33je bois un verre,
01:14:34je suis assoiffé.
01:14:36Il n'est plus franc
01:14:37que son chef, lui.
01:14:38Il ne se cache pas
01:14:38quand il a soif.
01:14:41Allez le chercher.
01:14:58Alors, ça y est,
01:15:00combien de doigts ?
01:15:02il ne faut pas croire.
01:15:04Il ne faut pas croire.
01:15:04Lucide.
01:15:05Je suis lucide.
01:15:07Je reste,
01:15:08dans toutes circonstances.
01:15:10J'ai toujours les yeux
01:15:11en face des trous.
01:15:12moi, c'est le gamin
01:15:14que vous êtes venu voir ?
01:15:15Non, vous.
01:15:17C'est vous
01:15:18que je veux embêter.
01:15:20Inspecteur,
01:15:21vous m'avez bien dit
01:15:21que le coup de carabine
01:15:23a été tiré
01:15:23à hauteur d'homme.
01:15:27Nous voilà bien avancés.
01:15:29En ce qui concerne
01:15:30votre fils, oui.
01:15:31Parce que si c'est comme ça,
01:15:32ça ne peut pas être lui.
01:15:35Vous avez soupçonné,
01:15:37mon gamin.
01:15:39Mais qu'est-ce qui se passe ici ?
01:15:41Qu'est-ce que vous l'avez fait dire ?
01:15:44Hein ?
01:15:48Joseph !
01:15:50Joseph !
01:15:52Qu'est-ce que t'as été raconté, hein ?
01:15:54Qu'est-ce que tu sais de tout ça ?
01:15:56Cloué dans ton lit.
01:15:57De quoi tu te mêles ?
01:16:03D'ailleurs, ce jour-là,
01:16:05il n'avait même pas sa carabine.
01:16:07Depuis qu'il vit à Langeu,
01:16:08je la garde avec moi en bas.
01:16:10Pour faire peur au chat.
01:16:12Je ne m'ai pas la vieille.
01:16:13Elle disait du mal de toi.
01:16:15Propre à rien.
01:16:16Mendiant sous l'art.
01:16:20Tu sais, Joseph,
01:16:21je peux me défendre tout seul.
01:16:24Il est incapable
01:16:24de faire du mal à un moineau.
01:16:28C'est pas vrai ?
01:16:30Je suis peut-être pas un bon exemple.
01:16:33Mais
01:16:35depuis ce moment,
01:16:36j'ai fait ce que je pouvais, hein ?
01:16:39Hein, fiston,
01:16:40qu'on s'entend bien tous les deux ?
01:16:44Il m'en fait voir toutes les couleurs,
01:16:45mais
01:16:47il a jamais dévié, mon Joseph.
01:16:53Moi, oui.
01:16:55Lui ?
01:16:55Jamais.
01:16:57Il y a des enfants
01:16:58qui apprennent à vivre
01:16:59plutôt que les autres.
01:17:00Vous pouvez venir avec moi,
01:17:01M. Rato.
01:17:21comme je l'ai dit.
01:17:30Bien sûr.
01:17:30J'ai du bien.
01:17:30J'ai du bien.
01:17:30Bien sûr.
01:17:31Bien sûr.
01:17:33Et ce matin-là, à 10h, vous étiez déjà ivre, M. Rathaud ?
01:17:36Non, pas vraiment.
01:17:39Ils m'ont viré du bon coin.
01:17:41Ils n'auraient pas dû.
01:17:43Et qu'est-ce que vous faites quand vous n'êtes pas en tournée ou au bon coin ?
01:17:47J'ai un oeil sur le petit.
01:17:49Il est souvent seul, c'est jamais bon pour un enfant, ça.
01:17:52Et puis, ce matin-là, j'avais envie de dormir.
01:17:56Et qu'est-ce qui vous en a empêché ?
01:18:01Léonie ?
01:18:03Elle était là, fidèle à son poste, comme d'habitude.
01:18:07Quand elle m'a vu, elle s'est mise à crier, à me tirer la langue,
01:18:11à hurler des obscénités sur la mère du petit, et à ses oreilles en plus.
01:18:18Alors, vous êtes monté chez Joseph ?
01:18:20Non.
01:18:22Pour quoi faire ?
01:18:24J'ai dû emprunter sa carabine.
01:18:26Mais qu'est-ce que vous voulez dire ?
01:18:28Juste au moment où il allait tirer.
01:18:30Vous êtes fou.
01:18:33La carabine du petit, elle est avec moi.
01:18:37Ça, c'est un aveu, M. Rathaud.
01:18:40C'est rien du tout.
01:18:42Sauf qu'elle méritait bien une leçon.
01:18:45Une bonne leçon peut-être, mais la mort, je ne pense pas.
01:18:50C'est un accident.
01:18:52Un accident, une maladresse.
01:18:54Pourquoi pas un assassinat, M. Rathaud ?
01:18:58Vous aussi, vous avez peur du mot ?
01:19:01M. Rathaud ?
01:19:05Bon, vous allez prendre quelques affaires et dire au revoir à Joseph.
01:19:08Pour aller où ?
01:19:09Racontez tout ça au juge d'instruction, y compris les faux aveux de votre fils,
01:19:13en espérant que ça le pousse à l'indulgence.
01:19:40Tu n'oublies pas ton calcium, hein ?
01:19:42Oui, bien sûr.
01:19:50Mme Lopez, vous pourrez garder le petit une partie de la journée ?
01:19:54J'ai bien peur que ce soit plus long que ça.
01:19:57Je vous ai entendu, là, dehors.
01:19:59Les râteaux, si ça ne dure pas trop, ça ne lui fera pas de mal, la prison.
01:20:03Il faut juste lui couper les vents.
01:20:05Vous n'en faites pas, pousse de sef.
01:20:07Je vais m'occuper de lui.
01:20:10Je vais attendre ce que ça va faire.
01:20:12Quand on sait pourquoi on attend, ça va, hein ?
01:20:14N'oublie pas que tu n'es pas marché.
01:20:20Merci.
01:20:44Il y a quelqu'un ?
01:20:54Ton papa va rentrer demain matin.
01:20:58Tu sais, je crois que Joseph et Marcel ont des regrets vis-à-vis de toi.
01:21:06Pour tout ce qu'ils ont dit, tout ce qu'ils t'ont fait.
01:21:09Alors, je serai toi, j'en tiendrai compte quand je les verrai.
01:21:16Ta maman est là ?
01:21:17Oui.
01:21:18Je peux lui dire au revoir ?
01:21:21Vous partez ?
01:21:23Eh oui.
01:21:31Maman !
01:21:37Vous êtes sûr que vous ne voulez pas profiter de la voiture ?
01:21:40Non, non, ne vous inquiétez pas, on vient me chercher.
01:21:41Alors, au revoir.
01:21:42Quoique, je sais bien qu'il y a peu de chances de vous revoir par ici.
01:21:45Par contre, si vous passez par Paris, vous savez où la PJ.
01:21:54T'as fini tes doigts, non, Paul ?
01:21:56Non, pas encore.
01:21:58Non, pas encore.
01:22:22Monsieur Maigret, vous avez sauvé mon père.
01:22:26Je vais lui dire quand il reviendra à la maison que c'est grâce à vous.
01:22:29J'étais sûr que vous étiez le plus fort.
01:22:31Je l'avais dit à ma mère.
01:22:32Elle m'a dit qu'elle regrettait parce qu'elle ne vous avait pas dit assez merci.
01:22:36Moi, je n'ai pas osé non plus.
01:22:37Mais je voulais vous le dire aussi.
01:22:39Et puis, que j'étais content de vous avoir vu en vrai.
01:22:42Voilà, maintenant je signe.
01:22:44Jean-Paul Gastin, Saint-André, en Charente.

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