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  • il y a 22 heures
Du Coca-Cola vendu comme médicament au XIXe siècle aux cigarettes recommandées par les médecins, la désinformation médicale n'a pas attendu les réseaux sociaux pour exister. Entre intérêts économiques, mensonges d'État et théories complotistes sur les vaccins, notre chroniqueur décrypte les mécanismes de ces fausses informations qui prospèrent dans le domaine de la santé. Un voyage édifiant dans l'histoire de la manipulation médicale.

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Transcription
00:04Et place au scan, Hervé, pour toi c'est évident, la désinformation médicale vient des réseaux sociaux.
00:09Alors en partie, c'est évident que c'est le plus simple, Boris en a parlé,
00:12c'est tellement simple de raconter n'importe quoi planqué derrière son écran sans contradicteur,
00:17on balance un gros truc, plus c'est gros, plus ça passe, ça me fait des followers et ça fait
00:21du buzz formidable.
00:23Mais pas que, les réseaux sociaux, on ne parle que de ça,
00:25mais je voudrais juste attirer l'attention de nos téléspectateurs sur le fait que ça a toujours existé.
00:30Oui, et aujourd'hui tu t'interroges sur l'intérêt de diffuser de fausses nouvelles.
00:33L'intérêt, alors l'intérêt, on en a un peu parlé, l'intérêt historique,
00:37pour ne pas prendre des exemples sur lesquels on pourrait attaquer des personnes encore vivantes,
00:41mais est-ce que vous vous souvenez qu'au 19e siècle, quand le Coca-Cola s'est lancé avec un
00:46argument d'autorité,
00:47un tonic fabriqué par un pharmacien avec une indication médicale,
00:52c'était on est fatigué, on a des troubles nerveux, ça marchait hyper bien, les patients étaient addicts.
00:57Pourquoi ils étaient addicts ? Déjà parce qu'il y a une addiction au sucre,
01:00il y a quand même 104 grammes par litre, donc ça, personne ne va me contredire.
01:04Puis je crois qu'il y avait aussi un peu de cocaïne et de caféine.
01:07Donc bon cocktail, et ça a évidemment pris.
01:11Et la question est pourquoi ?
01:13Vous savez le chiffre d'affaires de Coca-Cola dans le monde en 2025 ?
01:1647 milliards de dollars, ça répond à la question, non ?
01:19Alors vous en voulez un autre dans le même genre ?
01:21Autre argument d'autorité, début du XXe siècle, des médecins recommandaient le tabac.
01:27Le tabac qui avait des indications.
01:29On disait c'est bon contre l'asthme, ce qui est quand même formidable.
01:32L'asthme, le stress, l'envie, tout ça.
01:35Et en fait, les fake news de l'époque utilisaient des médecins dans les pubs.
01:39Et on avait les pubs de Lucky Strike qui disaient
01:42une population de plus de 20 000 médecins ont déclaré qu'ils préféraient les Lucky Strike
01:47parce qu'elles sont moins irritantes que les autres cigarettes.
01:49Ils n'ont jamais interviewé un médecin, quoi.
01:51Et Kamel, aux années 50, qui disait
01:53« Ma marque est plus sûre, c'est la cigarette préférée des médecins. »
01:57Et jamais un médecin n'avait donné son aval à cette connerie.
01:59Mais c'était quand même formidable.
02:00Donc c'était l'argument d'autorité.
02:01On balançait ça.
02:03Donc autre question, quelle est la taille du marché mondial des produits du tabac ?
02:071 000 milliards de dollars en 2025.
02:09Peut-être que ceci explique cela.
02:11Il y a aussi le vin à la cantine.
02:13Ah, le vin à la cantine, formidable.
02:15Je ne sais pas si vous vous souvenez qu'il a quand même fallu attendre
02:181956 pour que ça soit interdit chez les moins de 14 ans
02:20et 1980 pour que ça soit interdit aux collèges et aux lycées.
02:24Tu as 14 ans.
02:26Vin, cidre, enfin tout un tas de trucs, la bière et tout ça.
02:28Il faut dire qu'à l'époque,
02:29comme il y avait un problème d'importation de vin à partir d'autres pays,
02:33il fallait défendre le patrimoine viticole français
02:35et c'est un peu terrible, je veux dire,
02:37recruter les futurs consommateurs de demain.
02:40C'était dit.
02:41Et bien, c'était à chaque fois, moi, ce qui m'intéresse,
02:42c'est-à-dire que c'est une désinformation, évidemment, médicale,
02:44mais je comprends l'objectif.
02:46Donc là, c'est clair, je ne sais pas que je cautionne, je partage.
02:49Et pourtant, certaines fake news ne profitent à personne,
02:51elles n'enrichissent personne.
02:53Alors, pourquoi tourne-t-elle ?
02:55Alors, il y en a certaines, je pense que c'est l'ego.
02:57On a vu des grands professeurs de médecine
02:59raconter n'importe quoi au moment de la pandémie Covid.
03:02Qui donc ?
03:02Je ne sais pas, un Marseillais, je crois, assez connu,
03:05qui voulait absolument prendre la lumière et devenir important.
03:08C'est sûr qu'il est passé pour un génie,
03:10pas auprès du Conseil de l'Ordre.
03:12Et donc, je parle de Didier Araux, tout le monde avait compris.
03:15Mais je pense que là, c'est de la mégalomanie.
03:16C'était le besoin d'exister dans les médias.
03:20On a parlé des vaccinosceptiques.
03:22Alors là, j'ai plus de problèmes,
03:24parce que je comprends l'émotion Big Pharma et tout ça.
03:27Ils sont vachement créatifs quand même.
03:29Pourquoi est-ce que Bill Gates irait mettre des puces dans les vaccins
03:32pour prendre le contrôle de nos cerveaux ?
03:34Non, il faut quand même le trouver.
03:35Et pourquoi les vaccins activeraient la 5G de nos téléphones ?
03:39Non, mais c'est dément, quoi.
03:40Et ça marche, moi je l'ai entendu.
03:42Qu'on dise, j'ai peur, un vaccin à l'ARN,
03:44ça va bousiller mon ADN, c'est complexe.
03:47Je peux comprendre qu'il y a une confusion.
03:49Mais voilà, c'est infini comme champ de la désinformation.
03:52Et alors, in fine, pourquoi le domaine de la santé est-il si concerné ?
03:55Boris en a parlé, c'est l'émotion.
03:57On a peur.
03:58On ne maîtrise pas la maladie, la mort et tout ça.
04:01Donc effectivement, dès qu'on nous ment pour nous faire du bien,
04:05c'est une bonne nouvelle.
04:06Et pour finir, je vous rappelle une phrase de Voltaire qui dit
04:10« J'ai décidé d'être heureux en écoutant que ce qui est bon pour ma santé ».
04:15Merci beaucoup Hervé.
04:17Boris Ancel, vous abondez.
04:18Comment est-ce que vous expliquez, comme ça,
04:20que certaines idées fausses continuent de circuler,
04:24même quand les preuves scientifiques sont claires ?
04:26Je pense que tout a été dit.
04:28Il y a l'intérêt financier et l'intérêt légal de certains.
04:33Et puis, il y a aussi, parfois, et ça on le sait moins,
04:39des sectes derrière.
04:40Ça, on le dit assez peu.
04:42Oui, c'est-à-dire ?
04:43L'émivilude, vous savez, la mission de lutte contre les dérives sectaires,
04:48quand elle regarde de très très près,
04:50on se rend compte qu'il y a des incointances
04:51entre certains influenceurs et certaines sectes.
04:54Ça, c'est beaucoup plus difficile à détecter.
04:56mais ça existe.
04:57Donc, c'est des croyances, en fait.
04:59Donc, il y a la croyance.
05:00Et puis, évidemment, derrière, il y a aussi un gourou qui se fait de l'argent.
05:02Mais je pense que l'argent pour soi, pour vendre un produit,
05:08le buzz, l'ego et les croyances, on va dire,
05:15je pense que ça explique l'essentiel de la désinformation.
05:20Merci beaucoup.
05:21Merci à vous.
05:22Merci Boris Ancel, professeur endocrinologue et nutritionniste.
05:26à l'hôpital d'Icha, cofondateur de la chaîne Pums.
05:30Merci.
05:30Avec Jean-Julien Solic et le professeur Patrick Nataf,
05:33qu'on mentionne, qui travaille avec moi.
05:35Merci beaucoup.
05:35Merci à vous.
05:36On passe à la pépite santé.
05:37Sous-titrage Société Radio-Canada
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