Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 10 heures
Au terme d’une nouvelle semaine de guerre au Proche et au Moyen-Orient. Le détroit d’Ormuz est bloqué et l’Agence internationale de l’énergie a déclaré hier que les perturbations sur le marché du pétrole étaient « les pires de l’histoire ». Faut-il dès lors aider les automobilistes français ? Débat à retrouver sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-debat-economique/le-debat-eco-du-vendredi-13-mars-2026-1665430

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Thomas Porchet, Dominique Seux, bonjour messieurs.
00:02Bonjour Ali, bonjour à tous.
00:04Le débat écho du vendredi va se concentrer sur ce nouvel accès de fièvre
00:09avec un marché du pétrole qui a rebondi à près de 10%
00:13en cause ce détroit d'Hormuz que nous connaissons désormais tous
00:18avec des navires qui ont été touchés,
00:20le refus de l'administration Trump d'escorter militairement les bateaux dans le détroit
00:24tant que les gardiens, les iraniens garderont une force de frappe
00:28l'évacuation à Oman d'un terminal pétrolier
00:30et le rebond du pétrole qui provoque naturellement la rechute des indices boursiers.
00:35Mais on va s'intéresser à ce que disait l'Agence internationale de l'énergie hier.
00:39Les perturbations sur le marché du pétrole seraient les pires de l'histoire.
00:44Faut-il dès lors aider les automobilistes français ?
00:48Doit-on parler d'un nouveau chèque essence ou d'un bouclier tarifaire ?
00:51On va en débattre messieurs.
00:53Mais première question, la semaine dernière,
00:56vous n'étiez pas très inquiet sur le prix du pétrole.
00:59Que s'est-il passé depuis ?
01:01Thomas ?
01:01On était quand même un peu inquiet.
01:03Sauf que la semaine dernière, le prix du pétrole avait pris 12%
01:06et on avait bien précisé que la hausse des prix dépendait vraiment de l'intensité,
01:12de la durée du conflit.
01:13Il se trouve que dès lundi,
01:15les marchés financiers se sont dit que ça allait durer plus longtemps que prévu.
01:18Et donc les prix ont fortement augmenté avec une augmentation qu'on n'avait jamais vue.
01:22et ils sont arrivés, ils ont côtoyé les 120 dollars.
01:26Donc là, effectivement, maintenant, on sait, pour des raisons structurelles,
01:31que 20% du pétrole qui est destiné à l'export de la région
01:36est bloqué dans le détroit d'Ormouz.
01:40Et donc il y a un impact très clair sur l'offre et les prix augmentent.
01:43Voilà.
01:44Dominique ?
01:44On peut redire la même chose que la semaine dernière,
01:46ça dépend de la durée du conflit.
01:48La nouveauté par rapport à la semaine dernière,
01:52c'est que le week-end dernier, le régime terroriste,
01:55comme l'a dit excellemment Andresanché de Téhéran,
01:59le régime terroriste de Téhéran a d'abord bombardé
02:02les infrastructures énergétiques des pays du Golfe
02:04et cette semaine a officialisé le blocage du Détroit,
02:10ce qui est la stratégie du faible au fort.
02:12Mais il y a eu malgré tout...
02:14Et c'est prendre à témoin l'opinion publique mondiale
02:17pour dire, faites pression sur Washington, Paris,
02:23les pays du Golfe pour arrêter cette opération.
02:27Et l'essentiel, c'est Donald Trump qui est le maître des horloges dans le conflit.
02:30En l'occurrence, celui qui sifflera à la fin de la récréation
02:33quand les prix du pétrole augmentera pour les Américains.
02:36Alors je ne dirais pas que c'est lui qui a la clé totale de l'opération
02:40parce que c'est Téhéran en réalité qui bombarde l'ensemble des pays de la région
02:45qui ne sont pas directement impliqués.
02:47Il y a quand même eu 18 à 20 bateaux qui ont été attaqués depuis une semaine.
02:53Donc on parle de mines dans le Détroit.
02:55Donc effectivement, il y a quelque chose qui s'est passé.
02:57Moi, ce qui me frappe, c'est que l'opération de déblocage des réserves stratégiques
03:01qui a été annoncée, on entend beaucoup qu'elle n'a servi à rien.
03:05Il faut rappeler donc, c'est libérer 400 millions de barils de réserves de pétrole
03:09par l'Agence internationale de l'énergie.
03:11400 millions de barils, c'est un record en termes d'utilisation de ces réserves.
03:16Ça représente en équivalent un mois de consommation de l'Europe.
03:19400 millions, alors ils n'ont pas déjà été débloqués.
03:21Ils ont été débloqués petit à petit.
03:25Le prix du baril était à peu près, il y a une semaine, à 88.
03:29Il est aujourd'hui à 96 avec un pic qui est redescendu.
03:33Donc l'opération n'a pas totalement échoué.
03:37Aujourd'hui, nous ne sommes pas encore à 150 ou 200 dollars.
03:41J'ajouterais une chose, c'est que les pays du Golfe essayent de plus en plus
03:45de contourner le D3 d'Hormuz avec l'oléoduc qui va d'est en ouest en Arabie Saoudite
03:53qui arrive à faire 7 à 8 millions de barils.
03:57Il y a également la même chose aux Émirats Arabes Unis.
04:01Et il y a aussi la même chose avec un éleoduc irakien.
04:04Mais rapidement, quels sont les scénarios possibles désormais pour les prix de l'énergie
04:08et très simplement à la pompe ?
04:11On sait que les prix là, si ça continue comme ça, sont orientés à la hausse.
04:16Parce que même en débloquant les réserves stratégiques,
04:20on est grosso modo à une vingtaine de jours de consommation
04:25qui est compensé par ces réserves stratégiques.
04:27Mais si après, le conflit s'éternise sur plusieurs mois,
04:30je veux dire, un conflit, quand on l'ouvre, on ne sait jamais combien de temps ça va durer.
04:33On l'a bien vu, notamment avec le conflit entre la Russie et l'Ukraine.
04:36Si ça se poursuit, structurellement, les prix ne peuvent être qu'orientés à la hausse.
04:41Mais attention, ça ne date pas d'hier.
04:42Quand même, les prix du pétrole, souvenons-nous quand même que
04:44M. Demargerie, ancien patron de Total, avait dit en 2011
04:48qu'il fallait à un moment s'attendre à ce que les prix de l'essence valent 2 euros.
04:51C'était il y a 15 ans.
04:53Mais ce qui est frappant, c'est que nous ne sommes plus dans les années 70, Dominique.
04:57La part du pétrole dans l'économie mondiale,
05:01on découvre qu'elle reste absolument essentielle
05:03et qu'elle a une répercussion immédiate sur le pouvoir d'achat des Français.
05:07Alors, pour faire un point de croissance ou un point d'activité,
05:12nous avons besoin de moins de pétrole, beaucoup moins de pétrole que dans les années 70.
05:16En revanche, en France, la consommation de carburant a doublé depuis 1973
05:23parce qu'il y a beaucoup plus de voitures et que les Français circulent plus.
05:27Donc, nous avons besoin encore de beaucoup de pétrole.
05:30Nous n'avons pas besoin de pétrole pour produire notre électricité,
05:33mais pour nous déplacer en voiture.
05:36Dans le transport mondial, le transport mondial dépend à 90% du pétrole encore aujourd'hui.
05:40Et en France, 60%.
05:41Vous posez la question de quels sont les scénarios possibles.
05:46En fait, Donald Trump doit prendre une décision dans les heures qui viennent,
05:50c'est qu'il avance ou il recule.
05:52Soit il arrête des bombardements et il doit convaincre Israël de faire la même chose
05:59pour que le détroit d'Hormuz puisse se redébloquer.
06:02Soit il prend en chat la sécurité du détroit d'Hormuz.
06:04Il n'y a pas tellement d'autres solutions.
06:06Le scénario intéressant, c'est celui qu'a donné Olivier Blanchard,
06:10qui est l'ex-chef économiste du Fonds Monétaire International,
06:14sur la revue, le site du Grand Continent.
06:17Il dit, si dans les jours qui viennent, ça ne se débloque pas,
06:22on va vers 150 à 200 dollars.
06:25Je mets un modulo quand même important,
06:28et on peut mettre le même sur les prix des carburants à la pompe.
06:31Et je sais que les auditeurs ne vont pas être d'accord et contents de ce que je vais dire.
06:34Mais attention, 150 dollars ou 200 dollars d'aujourd'hui ne sont pas les mêmes qu'il y a 10
06:40ans.
06:412 euros le litre, ça n'est pas les mêmes qu'il y a 10 ans.
06:44Parce que les salaires ont augmenté ?
06:45Même qu'il y a 5 ans.
06:46C'est-à-dire depuis, les salaires ont augmenté, les pensions ont augmenté,
06:50et d'ailleurs, y compris les salaires des agents publics.
06:53Thomas Porchet, il y a une question qui se soulève avec cette petite musique qu'on entend.
07:00On parle à nouveau d'un chèque essence, d'un bouclier tarifaire.
07:03Est-ce qu'il faut protéger les Français contre les hausses des prix de l'essence à la pompe ?
07:09En fait, il faut bien comprendre qu'il y a une véritable inégalité dans l'utilisation de la voiture en
07:14France.
07:14C'est-à-dire, quand vous vivez à Paris, pour les trajets domicile-travail,
07:18l'utilisation de la voiture, c'est 14%.
07:20Dès que vous allez en proche banlieue, on est à 30%.
07:23Banlieue, Grande Couronne, on est à 50%.
07:25Dans le reste de la France, on est à 80%.
07:26C'est-à-dire, 80% des Français, en dehors des centres-villes,
07:30utilisent leur voiture pour aller travailler.
07:32Et ont des distances souvent beaucoup plus longues qu'un Parisien.
07:35Donc, la dépense contrainte due au carburant...
07:39Mais est-ce à l'état de dépenser de l'argent qu'il n'a pas ?
07:41C'est ce qu'il a fait en Ukraine.
07:42C'est ce qu'il a fait au moment du conflit ukrainien,
07:44avec les remises à la pompe de 18 à 31 centimes,
07:47ensuite avec les chèques carburants.
07:48Ce qu'il faut savoir, c'est qu'en termes de perte de recettes budgétaires, c'est énorme.
07:52Chaque centime que l'on retire de taxe sur les prix du carburant,
07:56c'est plus d'un million d'euros par jour de perte dans les caisses de l'État.
08:00Donc, il y a un coût budgétaire qui est fort.
08:02Mais la question, à un moment aussi, c'est...
08:05Les gilets jaunes, pour quelques centimes, il y a eu une révolte importante.
08:09On sait très bien aujourd'hui que les Français sont très sensibles au prix du carburant.
08:12Mais ils ne se soulèvent pas pour autant.
08:13Je rajoute un élément, excusez-moi, important.
08:16C'est que vous savez, il y a un sondage qui était sorti en 2012,
08:17qui disait qu'un Français sur deux pouvait voir son vote influencer à la présidentielle
08:22en fonction des mesures prises sur les carburants.
08:24Donc, c'est quelque chose d'extrêmement inflammable.
08:26L'État doit-il protéger les Français ?
08:27Enfin, les automobilistes français.
08:29On est naturellement, et je vous dirai quelle est ma pente,
08:31mais on est naturellement partagé entre deux thèses.
08:34La première thèse, c'est de dire le sketch qui est fait depuis quelques jours,
08:37comme d'habitude et à chaque événement pétrolier,
08:41autour de faut-il aider, pas aider, convocation des distributeurs.
08:45Ce sketch paraît ridicule.
08:47Ridicule ?
08:48Non, mais complètement ridicule.
08:49C'est un sketch.
08:50Alors, on invente...
08:50Il y a eu, il y a 20 ans, la TIPP flottante.
08:53Après, on a eu...
08:54Ce n'était pas bête.
08:55Après, on a eu la crime.
08:57Maintenant, on a le plafonnement des marques.
08:58Et à la fin, on ne peut pas faire grand-chose,
09:01sauf dépenser de l'argent public.
09:02C'est ridicule.
09:03Il faut que quelqu'un absorbe...
09:05Ridicule parce que cet argent n'existe pas ?
09:07Mais cet argent n'existe pas.
09:08Et puis, on ne peut pas inventer des dispositifs.
09:10En revanche, je suis tombé cette semaine,
09:13en pianotant sur le site d'Eurostat,
09:15l'organisme statistique européen,
09:16sur une donnée qui m'a laissé stupéfait.
09:19Quelle est la proportion de Français
09:22qui n'utilisent pas une seule fois dans l'année
09:25les transports publics ?
09:2865%.
09:28Ça veut dire qu'ils utilisent leurs voitures.
09:31Les débats que nous avons dans les grandes villes,
09:34sur les tramways,
09:35les trains, évidemment, entre les villes,
09:37les métros,
09:38en fait, ça ne concerne pas l'essentiel de la population.
09:40Mais oui, c'est ce que j'ai à dire.
09:4165% des Français n'utilisent pas une seule...
09:43Pas une fois dans l'année un transport public.
09:45Parce qu'ils n'en ont pas aussi ?
09:47Parce qu'ils n'en ont pas ?
09:47Ça me paraît tellement énorme
09:50que j'ai un doute sur cette statistique
09:52qu'on va aller revérifier.
09:55Sur...
09:56Évidemment...
09:56Donc la stratégie du gouvernement,
09:57vous la critiquez,
09:58parce que mettre la pression sur le secteur,
10:00ça ne suffit pas ?
10:01Non, c'est de la communication, tout ça.
10:03Et d'ailleurs, ça a un petit peu marché,
10:04puisque Total Energy a annoncé
10:06la poursuite du plafonnement
10:08des prix du carburant,
10:10ce qu'ils feront depuis 2024, peut-être,
10:13et que les distributeurs,
10:14enfin la grande distribution,
10:16a annoncé, promis,
10:18des baisses de 30 centimes à 10 centimes.
10:22Donc ça n'est pas totalement efficace.
10:23Mais ce n'est pas l'État,
10:25avec ses petits doigts,
10:26qui va changer...
10:27Alors, je suis en désaccord.
10:28Comme apporté.
10:29Déjà, les distributeurs...
10:30Ah, enfin !
10:31Les distributeurs ont mis un prix plafond
10:32qui est au-dessus du prix moyen.
10:33Donc, on n'y est pas encore.
10:35Mais effectivement,
10:35ils font un chèque,
10:36ils font un pari sur l'avenir.
10:39Après, il faut...
10:39Mais il faut une aide pour les plus modestes ?
10:41Il faut dire aussi une chose,
10:42parce qu'il nous reste peu de temps.
10:42Il faut dire une chose,
10:43c'est que les entreprises pétrolières
10:45parfaitement intégrées comme Total
10:46vont gagner énormément d'argent
10:48avec les hausses des prix du pétrole aussi.
10:49Ça, il faut le dire.
10:51La deuxième chose qu'il faut dire,
10:52c'est que ça fait des années
10:53que le prix du pétrole augmente.
10:55Ça fait depuis 2004
10:56que le prix du pétrole augmente,
10:57que ces débats reviennent constamment,
10:59que François Hollande
11:00volaient bloquer les prix de l'essence,
11:01que Moscovici,
11:02ministre de l'économie,
11:03les abaissaient de 600 centimes
11:04avec les distributeurs
11:05et que rien n'a été fait,
11:07je veux dire,
11:08aucun débat n'a été fait
11:09pour changer la fiscalité
11:10et peut-être l'adapter un peu plus
11:12aux usages des Français,
11:13et tu l'as rappelé, Dominique,
11:15qui sont complètement inégaux
11:17puisque certains...
11:18Mais est-ce qu'il faut une aide
11:18pour les plus modestes ?
11:19Donc soit il y a une aide
11:20pour les plus modestes,
11:21soit il y a un blocage
11:22des prix temporaires,
11:25mais à un moment,
11:25il va falloir aussi protéger
11:27les Français
11:28qui sont les plus exposés
11:29à cette hausse des prix des 40 ans.
11:30Dominique,
11:30le problème,
11:31il est global,
11:32il est mondial.
11:32En l'occurrence,
11:33les États-Unis sont toujours
11:34exportateurs nets de pétrole
11:35et chez eux,
11:36la question se pose très différemment.
11:38Pour le moment,
11:38le consommateur américain,
11:39il n'a pas encore
11:41véritablement souffert
11:42en allant remplir,
11:43en allant faire son plein.
11:44Je ne suis pas du tout d'accord
11:45avec vous.
11:48Le prix du Gallon
11:49est passé quand même
11:50de 2,94 dollars
11:52à 3,60,
11:54ce qui est une hausse
11:54de 25%.
11:55C'est absolument considérable
11:57et c'est un élément
11:59déterminant
11:59dans les décisions
12:01de Donald Trump.
12:02D'ailleurs,
12:02pendant des années,
12:03il a dit
12:04que le prix du pétrole
12:05et l'inflation
12:06sont quelque chose
12:06d'épouvantable
12:07et maintenant,
12:07il dit
12:07que l'important
12:09c'est de faire reculer
12:11l'armement nucléaire
12:12de l'Iran.
12:13Donc il change
12:13à peu près de stratégie
12:14tout le temps.
12:15Est-ce qu'il faut
12:15une aide
12:16pour les plus modestes
12:17à ce stade ?
12:18Non.
12:18En revanche,
12:19le gouvernement
12:20devrait accélérer
12:23son plan
12:23de décarbonation
12:25des transports
12:26et notamment
12:26d'encouragement
12:27aux voitures
12:28autres que thermiques.
12:30Nous sommes d'accord
12:31là-dessus.
12:31Eh bien,
12:32ce sera la fin
12:32de ce débat
12:33puisque vous êtes d'accord.
12:35Je m'en réjouis.
12:36Étonnant en tout cas.
12:37Merci messieurs.
12:38C'était le débat éco.
Commentaires

Recommandations