00:00Et votre invité Mario Lourdes ce matin est président du directoire de Selectour et président d'Avas Voyages.
00:06Bonjour Laurent Habitbol, vous êtes un grand acteur du secteur du tourisme qui est touché lui aussi par la guerre
00:12actuelle au Moyen-Orient,
00:13les Etats-Unis et Israël contre l'Iran et contre le Hezbollah au Liban, une guerre qui dure depuis presque
00:18deux semaines maintenant.
00:20Il faut préciser que les Émirats sont touchés également.
00:23Avec quelles conséquences tout ça sur le tourisme, Laurent Habitbol ? Une grande tendance d'abord.
00:27Alors déjà, oui, on a une baisse des réservations. La baisse est exactement pour la France, moi je parle de
00:342200 agents de voyage,
00:36à peu près la moitié du parc français, elle est de 20%. C'est-à-dire les prises de commandes
00:40ont baissé de 20% depuis qu'un jour.
00:43Ce qui n'est pas dramatique.
00:44Au global ou sur ces destinations-là ?
00:47Au global, mais ce ne sont pas les destinations qui sont touchées. Parce que le monde est grand.
00:51C'est pour aller dans ces destinations lointaines, on passe à 50% par Doha, par Dubaï, etc.
01:01Donc ces compagnies aériennes comme Émirats, comme Qatar, sont de grands acteurs pour les touristes français qui partent à l
01:06'étranger.
01:07Donc évidemment, quand on part en Thaïlande, quand on part à Tokyo, on passe souvent par ces acteurs-là.
01:11C'est pour ça qu'on est touchés.
01:13Alors, je vais revenir peut-être en premier lieu sur la question du rapatriement,
01:17parce que c'était votre première question au départ en tant que professionnel du tourisme.
01:21Est-ce qu'il est terminé ?
01:22Oui. Alors, l'avantage, nous nous sommes agents de voyage, nous avons 5000 agents de voyage français.
01:27Nous s'occupons des conciergeries, donc on s'occupe des clients, ce ne sont pas des sites internet.
01:30Et il y en avait 9700 qui étaient bloqués.
01:32Nous, il nous en reste vraiment, si je dis 20 ou 30, ça serait le maximum.
01:37Donc, Sayto Rava, ça a rapatrié tous ses clients.
01:39Ça, c'est clair. Voilà. Par tous nos collègues de voyage qui sont partout en France,
01:44qui gèrent du matin au soir.
01:46Ça, et je pense que c'est fini.
01:47On a l'habitude des crises. Ce n'est pas la première fois.
01:49Oui. Et ça, vous a coûté quelque chose ?
01:51Oui, évidemment. Ça coûte des rapatriements avec nos collecteurs-opérateurs.
01:58On a mis des avions en place.
02:00On a mis sur d'autres compagnies.
02:01Oui, ça coûte de l'argent.
02:02Pour Sayto Rava, ça a coûté 2 ou 3 millions d'euros.
02:05Alors, il y a les voyages qui étaient prévus et qui n'auront pas lieu.
02:10Vous observez des annulations ?
02:11Alors, ce n'est pas des annulations.
02:13C'est que les gens veulent partir.
02:14Mais s'il n'y a pas l'avion pour partir, on ne part pas.
02:16Air France a un vol par jour sur Bangkok.
02:19Les compagnies du Golfe, c'est 15 vols par jour.
02:22Donc, évidemment qu'il n'y a pas assez de place pour tout le monde.
02:24Donc, on reporte les vacances des Français.
02:27Et ça concerne quel pays, alors ?
02:29L'Asie.
02:30L'Asie.
02:30Ce n'est pas tellement Doha ou bien Douba qui se touchaient, parce qu'il y a quelques touristes,
02:34mais ce n'est pas énorme.
02:35C'est surtout l'après.
02:36On fait ce qu'à Doha, pour aller à Bangkok, à Singapour, à Tokyo, aux Maldives.
02:41C'est le problème.
02:42Au Seychelles, ce sont les problèmes.
02:44Donc, on reporte ces voyages si les vols sont annulés.
02:47Mais, Emirates a repris presque 80% de ses vols.
02:51Malgré tout ça, les avions d'Emirates volent.
02:53Sur 250 avions, on a presque 190 en l'air.
02:55Donc, ça repart quand même.
02:57Quand on dit qu'il y a des blocages à ce niveau-là,
02:59c'est valable pour le secteur du tourisme et pour les voyages d'affaires ?
03:03Alors, l'affaire n'a pas eu de baisse.
03:06Quand je dis que le tourisme est de moins 20%, l'affaire, on est même à plus 4%.
03:10Donc, l'affaire, depuis 15 jours, n'a pas été touchée.
03:13J'ai vu le chiffre d'hier.
03:15Depuis 15 jours, la hausse est de 3,4%.
03:17Donc, non, l'affaire n'a pas été touchée.
03:19Là, c'est pareil.
03:20C'est quelque chose qui pourrait coûter, puisqu'il y a des voyages qui n'ont pas lieu.
03:24Est-ce que vous avez estimé le coût de cette opération-là ?
03:29Ah oui, les départs clients annulés, c'est pour nous presque 300-400 millions d'euros.
03:37Mais attention, on a un métier très résilient.
03:40Quand ça repart, ça repart très fort.
03:42Si la fin de la guerre, c'est en 15 jours, 3 semaines, tout va être reporté.
03:45Les gens adorent voyager et depuis le Covid, le voyage est prioritaire par rapport à un achat matériel.
03:51Les gens préfèrent l'expérience d'un voyage qu'acheter une voiture, une télévision, une chose comme ça.
03:56Donc, il est vrai que dès qu'on est un peu bloqué, après, c'est énorme.
03:59Après le Covid, 22, 23, 24, 25, les meilleurs années de tourisme depuis le début du tourisme.
04:05Donc, on entend que vous essayez, en tout cas, de garder votre optimisme.
04:09Il y a la hausse des prix du pétrole aussi qui a des conséquences.
04:12Forcément, par exemple, Air France et KLM qui augmentent leur prix sur les vols longs courriers,
04:16plus 50 euros sur un aller-retour.
04:18Est-ce que de votre côté, les tarifs augmentent ?
04:20Oui, quand l'avion augmente, ça augmente.
04:22Il faut savoir quand même que les compagnies sont raisonnables,
04:24parce que 50 euros, ça ne serait pas le coût réel d'un pétrole.
04:27Le pétrole d'avion a doublé.
04:29Donc, s'il devait augmenter un billet d'avion sur Los Angeles, ça ne serait pas 50 euros,
04:33ça serait plutôt 200 euros.
04:34Mais les compagnies ont été raisonnables, donc les hausses sont très maîtrisées.
04:37Et chez vous, les hausses représentent quoi ?
04:40Pas énormes.
04:41Les mêmes hausses que les compagnies aériennes.
04:43De 10, 20, 30 euros.
04:45La Tunisie, c'est 10 euros.
04:46Vous allez à New York, 50 euros.
04:48Vous allez, par exemple, à New Maurice, avec Corsair ou Air France, c'est 60 euros.
04:53Donc, ce n'est pas énorme.
04:54Ce n'est pas énorme, c'est maîtrisé.
04:55Pour l'instant.
04:56On parlait tout à l'heure, Laurent Habitbol, de ces voyages qui sont annulés parce que Emirates,
05:02parce que l'instabilité.
05:04Mais cette hausse du pétrole et la hausse des prix, elle va aussi dissuader forcément
05:07des nouveaux clients.
05:09Est-ce que les réservations, de ce point de vue-là, sont en baisse ?
05:12Oui.
05:12Aujourd'hui, on a une baisse de 20% des réservations.
05:15Pour l'instant, ce n'est pas ça le problème.
05:17Le client, pour 20 ou 30 euros, il part quand même.
05:20Le problème, c'est que...
05:21Est-ce qu'on a l'avion pour le faire partir ?
05:23Donc, il faut vite que cette guerre s'arrête pour que toutes les compagnies reprennent du service.
05:27Parce que les compagnies européennes seulement n'ont pas cette place pour partir tous les gens d'Europe.
05:32On a besoin de ces vols-là via, parce qu'ils ont des capacités énormes, des A380 de 500 places.
05:37On a besoin de ces capacités.
05:38Et puis, parce que quand ils la conquèrent, ces prix sont moins chers aussi.
05:42Les professionnels estiment, de façon globale, les pertes du secteur à 515 millions d'euros par jour,
05:47à cause de cette guerre au Moyen-Orient.
05:49Ça vous semble réaliste, crédible comme chiffre ?
05:51Qu'est-ce qu'on appelle le tourisme ?
05:52Le tourisme total.
05:54Mon métier à moi, c'est, à mon avis, quelque chose comme 100 millions par jour.
05:58Qui est perdu.
05:59Oui, qui est perdu.
05:59100 millions de prise de commande.
06:00Mais je vous l'ai dit, on va rattraper.
06:02Par expérience, on va avoir un peu de mal pendant 15 jours à mois.
06:06Et dès que c'est fini, on va faire le double trip du chiffre d'affaires.
06:08Donc, vraiment, l'envie des Français, c'est de partir.
06:10Ils adorent les vacances.
06:11Quel beau médicament pour la vie des vacances.
06:13Et en attendant, est-ce que c'est compensé par des voyages ailleurs ?
06:17Oui, pas tout quand même.
06:19Pas tout.
06:19Alors, peut-être, on a fait une baisse de 40%.
06:21On a compensé 20%.
06:23Les gens vont plus à l'Amérique du Sud, l'Afrique, l'Afrique du Nord, l'Europe.
06:28Vous savez, l'Amérique du Nord était déjà sinistrée.
06:30Un peu l'Amérique du Nord était sinistrée.
06:31Le Canada marchait bien.
06:32En effet Trump ?
06:33Oui.
06:34On a eu une baisse avant la crise.
06:36De 30% déjà.
06:37Ça l'a fait Trump.
06:38Le Canada marchait fort.
06:39La Béritus marchait fort.
06:40L'Afrique marchait fort.
06:41Le Maroc, l'Unie n'a pas été touchée.
06:42L'Égypte n'a pas été touchée.
06:43L'Europe, la France ?
06:44Alors, nous, la France marche toujours.
06:47Mais on ne vend pas trop en France nous-mêmes à l'agent de voyages.
06:50Oui, forcément.
06:50En région étrangère.
06:51Mais disons que l'Europe va marcher.
06:53Tous les pays d'Europe vont marcher.
06:55L'Afrique du Nord aussi va marcher.
06:57Donc, vous nous dites finalement, rien de grave, si ça ne dure pas.
06:59Pour l'instant, rien de grave.
07:00Le moins 20% jouant à mettre qu'au Covid, on a eu moins 100%.
07:03Donc, moins 20%, on est presque content.
07:06Et ça repart très vite.
07:07On espère que ça s'arrête rapidement, économiquement.
07:09Après le reste, ça n'a pas de problème.
07:10Laurent Habitbol, président de Selectour et d'Avas, merci de nous avoir répondu ce matin sur France Inter.
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