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00:00L'invité éco, Sophie Ovigne.
00:04Bonjour Bastien Mancini.
00:06Bonjour.
00:06Vous êtes président et cofondateur de Delair.
00:09C'est une start-up française qui fabrique des drones.
00:11Elle se trouve à côté de Toulouse.
00:13Alors des drones au départ quasiment exclusivement civils, il y a 15 ans.
00:18Et puis aujourd'hui, vous produisez surtout du matériel militaire,
00:21dont d'ailleurs de véritables armes.
00:24Est-ce que vos drones sont engagés dans la guerre au Moyen-Orient
00:27qui a commencé il y a maintenant quasiment une semaine ?
00:29Alors je ne peux pas communiquer là-dessus,
00:31mais on a effectivement des drones qui sont employés au Moyen-Orient
00:35depuis déjà quelques années.
00:38Mais on a des drones qui sont employés dans le monde entier.
00:41En fait, comme vous l'avez dit, on n'est plus tout à fait une start-up.
00:44Cette année, on devient une ETI.
00:46On est 250 personnes.
00:48Delair, c'est une société qu'on a créée il y a 15 ans.
00:51C'est l'anniversaire la semaine prochaine.
00:52Au départ, pour inspecter des pipelines et des lignes électriques.
00:56Ensuite, on s'est développé sur d'autres métiers, dont la défense.
00:59Mais il y a cinq ans, nos drones, pour la défense, représentés à environ 20% de notre chiffre d
01:04'affaires.
01:04Aujourd'hui, c'est plus de 80%.
01:06Et alors, est-ce que ces drones militaires, vous savez exactement dans quelle main ils se trouvent ?
01:11Et notamment dans un conflit tel qu'on le voit au Moyen-Orient.
01:16Alors oui, nous, on le sait.
01:17Je ne peux pas, comme je vous l'ai dit, en parler plus en détail.
01:20Quel type de drone, d'ailleurs ?
01:21Quelle famille de drone vous avez exporté chez ces pays du Moyen-Orient ?
01:27De manière générale.
01:28Déjà, c'est un élément important.
01:30Les exports de matériel militaire sont soumis à un contrôle d'export très strict
01:35qui nécessite, de la part des autorités françaises, de connaître précisément l'utilisateur final.
01:40Donc, les utilisateurs finaux sont très bien connus.
01:43Donc, vous n'êtes pas le seul à savoir où ils se trouvent ?
01:45Non, bien sûr.
01:46Tout est contrôlé au niveau étatique.
01:48Et donc, évidemment, on n'envoie des drones que là où c'est contrôlé, validé par l'État.
01:53Ensuite, de l'air, on a une gamme complète de drones qui va de 1 kg à 100 kg.
01:58Donc, c'est des drones qu'on fabrique à Toulouse.
02:01On a aussi des drones sous-marins, puisqu'on a aussi un site à Grenoble et un site à Marseille.
02:05Donc, vous voyez, on est implanté sur les territoires.
02:07On a une usine à Toulouse de 2500 m2 et on est en train d'investir pour construire une nouvelle
02:13usine
02:14qui sera beaucoup plus grande pour nous permettre d'augmenter les cadences,
02:17puisque depuis quelques années, nos cadences ne font qu'augmenter.
02:19Et parce que les drones sont aujourd'hui omniprésents, en tous les cas, je reviens à ce conflit qui a
02:25démarré autour de l'Iran.
02:29On apprend d'ailleurs que l'Ukraine envoie au Moyen-Orient des experts en drones.
02:33Bref, les drones sont partout.
02:35Qu'est-ce qu'ils ont de plus, ces drones, dans ces conflits tels que l'Ukraine ou l'Iran
02:42?
02:42Alors, les drones, ces technologies qui existent quand même depuis des années.
02:45Les exégètes vous diront que depuis la Première Guerre mondiale, il y avait déjà des drones, ou en tout cas
02:50des avions télécommandés.
02:52Revenons au XXIe siècle.
02:54Mais ça s'est beaucoup démocratisé ces dernières années par la démocratisation des technologies de navigation autonome,
03:00qui sont arrivées par les semi-conducteurs, dans l'automobile, des accéléromètres pour déclencher les airbags,
03:05des centrales inertielles à bas coût.
03:09Industriellement, j'aurais tendance à dire qu'il y a 100 ans, on installait des moteurs dans tous les véhicules.
03:13Ça fait les voitures, les avions, les bateaux à moteur.
03:16Aujourd'hui, la tendance est d'installer des systèmes de navigation autonome dans tous les véhicules.
03:21C'est l'avènement de la robotique, avec des coûts qui ont été fortement baissés.
03:25Et donc ça, ça change radicalement la manière de faire les affrontements.
03:30L'Ukraine a pu s'en sortir parce qu'ils ont utilisé des drones, ils n'avaient rien d'autre.
03:35Et ça, je pense que c'est un élément important.
03:40L'innovation, la rupture technologique arrive en fonction de la gestion du risque.
03:45Et quand on est dans un environnement confortable, on a tendance à prendre peu de risques.
03:49L'Ukraine, qui s'est retrouvée dans une situation vitale, a pris le risque d'essayer des drones.
03:54Tout le monde s'est rendu compte que ça marchait.
03:55Et depuis, il y a eu d'autres conflits aussi, ça s'est énormément développé.
03:59Mais vous évoquez l'Ukraine, vous avez été sélectionné par le ministère français des armées
04:04pour exporter, fournir aux Ukrainiens des drones.
04:09Alors cette fois, équipé de munitions pour détruire, quel type de cible ?
04:13Alors, on équipe l'Ukraine avec des drones depuis 10 ans, depuis 2016,
04:20puisque le conflit a démarré en 2014.
04:22Et dans le cadre des accords de Minsk, il fallait surveiller les frontières.
04:25À partir de 2016, nos drones ont été sélectionnés.
04:27Mais là, vous êtes passé à autre chose.
04:29Voilà, pour surveiller les frontières.
04:30Mais ça reste un élément important dans ce domaine-là.
04:32Il y avait déjà des brouillages, etc.
04:35En 2023, les Ukrainiens ont émis le souhait d'avoir nos drones.
04:39D'abord des drones d'observation.
04:41Donc on a livré en 2023 150 drones d'observation.
04:44Puis, en 2024, la France a offert à l'Ukraine des munitions téléopérées.
04:50Donc des drones équipés effectivement d'armement qui ont été livrés et qui sont utilisés en Ukraine.
04:56Pour ?
04:57Pour aller sur des cibles.
04:59Alors, dans notre cas, on ne rentre pas dans les détails.
05:02Mais c'est...
05:03Ce que je veux dire, c'est quel type de cible ?
05:05Quelle est la masse possible de destruction ?
05:08Est-ce que ce sont des bâtiments ?
05:10Est-ce que ce sont des cibles plus petites ?
05:13C'est plutôt des infrastructures télécoms, pour s'en rentrer trop dans les détails.
05:18Mais il y a quelque chose qui me paraît important.
05:20C'est que quand on parle de drone, on ne sait jamais très bien de quoi on parle.
05:24On utilise le mot drone pour désigner à la fois un jouet de 30 grammes et un bombardier de 10
05:27tonnes.
05:28Ne vous éloignez pas trop de l'Ukraine avant.
05:30On va y revenir à ce problème de vocabulaire.
05:32Mais d'abord, quel est le prix d'un drone que vous livrez à l'Ukraine ?
05:36Parce que c'est important maintenant que ces drones sont missionnés pour être des kamikazes.
05:43Donc détruire, se détruire, il ne faut pas qu'ils coûtent trop cher.
05:47C'est ce qu'on dit.
05:48Qu'est-ce que c'est le prix d'un drone ?
05:50Alors, il n'y a pas de prix public sur ce genre d'engin.
05:53Oui, j'imagine.
05:54Les drones dits kamikazes les moins chers qui sont utilisés en Ukraine sont des drones dits FPV qui valent entre
06:02500 et 1000 euros.
06:04Les drones Shahed sont estimés entre 40 000 et 100 000 euros.
06:08Et tout ça est comparé au coût des missiles qui peuvent valoir des centaines de milliers d'euros.
06:12Mais encore une fois, c'est ce que je disais, ce n'est pas comparable à un drone.
06:16C'est le même mot, mais un drone à 500 euros et un drone à 100 000 euros.
06:20Oui, il y a même des drones qu'on offre aux enfants à Noël.
06:22Donc ce problème de vocabulaire, vous pensez qu'il faut le résoudre, que c'est important ?
06:26Je pense que c'est important, mais je pense que l'usage viendra pour solutionner ça.
06:32Mais comme les Eskimos ont 30 mots pour désigner la neige, j'aimerais qu'il y ait des mots différents
06:37pour désigner ça.
06:38C'est-à-dire qu'un écrivain connu écrit « mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du
06:42monde ».
06:43Et dans ce cas précis, on ne sait plus bien de quoi on parle.
06:45Tout le monde est un peu perdu.
06:47Et je pense qu'il y a vraiment une nécessité de préciser les choses dans ce domaine.
06:50Alors Bastien Mancini, je rappelle que vous dirigez le fabricant de drones de l'air.
06:55Vous avez, on le disait au début de cette interview, quasiment abandonné les drones civils.
06:59Parce que répondre à ces marchés de guerre, vous pensez que c'est de cette manière-là que vous deviendrez
07:04le numéro 1 européen du drone ?
07:07Parce que c'est bien votre ambition pour votre entreprise.
07:11Oui, alors pas du tout.
07:13Et on n'a pas du tout abandonné les marchés civils.
07:15Pas du tout, si.
07:15Pour l'ambition, oui.
07:16Notre ambition, c'est effectivement de devenir un leader.
07:19Et je vous dirais pourquoi.
07:20Mais on n'abandonne pas du tout les marchés civils.
07:23Au contraire, on gère l'entreprise sur le long terme.
07:26C'est l'entreprise qu'on veut développer dans la durée.
07:28Effectivement, en ce moment, le marché de la défense se développe beaucoup.
07:31Mais je pense que sur le long terme, le marché civil va aussi se développer.
07:34C'est notre identité, c'est notre culture à Delers.
07:37Et c'est quelque chose sur lequel on travaille.
07:39On livre des drones et on fait du service pour la SNCF.
07:43On fait des drones qui servent à l'entretien des lignes électriques.
07:48Et donc ça, c'est quelque chose qui est encore beaucoup amené à se développer et qui est très important
07:52pour nous.
07:52Et c'est un peu le contre-pied.
07:54Alors, il y a des stratégies qui peuvent être variées.
07:56Certains disent en ce moment, il ne faut faire que des drones pour l'armée, pour le militaire.
08:00Nous, on choisit sciemment de faire des drones à la fois pour le civil et pour le militaire.
08:05Oui, certains, parce qu'il y a beaucoup de concurrents en France.
08:07Il y a quoi ? Il y a 30, 50 fabricants de drones ?
08:10Ça ne fait pas trop ?
08:12Alors, vous savez, dans l'histoire industrielle, il y avait une centaine de constructeurs automobiles il y a 100 ans.
08:16C'est normal.
08:17Ça s'est bien réduit.
08:18Après, ça se consolide.
08:20Moi, j'ai participé avec d'autres à la création de l'ADIF, l'Association des Drones de l'Industrie
08:23Française.
08:24Et déjà, ces constructeurs se structurent, échangent entre eux.
08:27Mais en fait, le vrai sujet, c'est au niveau mondial.
08:29Les leaders mondiaux du drone sont américains, israéliens, chinois.
08:33Et ils ont un autre chiffre d'affaires que le vôtre.
08:35Parce que je voudrais préciser, votre chiffre d'affaires, c'est quoi ?
08:37C'est 50 millions d'euros.
08:39Et les grands que vous évoquez, les géants américains ou chinois,
08:42j'ai pu lire que ça va de 300 millions à 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires ou
08:47de dollars.
08:47Mais de toute façon, les proportions sont totalement différentes.
08:51Exactement.
08:51Ils sont dans ces échelles-là.
08:52Et en fait, en France, on est de nombreux acteurs.
08:56On doit être un des plus gros.
08:57Il y a un tas d'autres acteurs, certains plus petits.
08:59Mais en Europe, les plus gros doivent faire autour de 150 millions de chiffre d'affaires.
09:04Et donc, moi, je pense qu'il y a vraiment quelque chose à faire autour de faire émerger un acteur,
09:09un ou deux acteurs européens de dimension internationale.
09:12Parce que si on veut imposer notre vision, notre éthique sur la robotique,
09:16il faut être puissant économiquement.
09:18Et un leader, et pourquoi pas vous, finalement ?
09:20Voilà, et en faire partie.
09:21Alors, vos drones sont français.
09:22Ils sont construits à côté de Toulouse, à Labège, précisément.
09:26Mais pour les composants, est-ce que vous avez la maîtrise de vos approvisionnements ?
09:30Oui. D'ailleurs, on fait auditer toute notre usine et nos approvisionnements.
09:36Et on a le label pour tous nos drones du fabriqué en France,
09:39qui signifie que, en gros, de manière vérifiée, de manière externe,
09:44on a un certain pourcentage de composants qui sont français.
09:46Donc, effectivement, tout est majoritairement français ou européen dans ce qu'on fait.
09:50On n'a pas des produits qui sont soumis, enfin, des appros qui sont soumis à des contrôles d'export
09:54américains,
09:55par exemple, ou ce genre de choses.
09:57Et ça, c'est quelque chose sur lequel on veille.
09:59Et pour ceux qui restent, qui n'est pas français, on travaille à le développer.
10:02Je voudrais finir sur un mot de philosophie, parce que vous avez commencé par du civil.
10:06Aujourd'hui, vous faites du militaire.
10:10Votre sentiment, et puis celui de vos salariés aussi, qui ont changé de métier,
10:16hélas, en quelques mots, parce que c'est la fin de cette interview ?
10:19Comme je vous le dis, les salariés, et le mien propre, c'est que notre identité chez De L'Air,
10:24c'est vraiment de faire des drones, des robots au service de l'humanité.
10:29Et comme je vous le disais, il faut être, à mon sens, puissant économiquement pour pouvoir imposer cette éthique.
10:33Et c'est de se développer à la fois sur les marchés civils et militaires, et dans le monde entier.
10:39Bastien Mancini, président, cofondateur de la Société De L'Air, invité éco de France Info.
10:43Merci à vous.
10:44Merci.
10:44Merci.
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