00:01Bonsoir Bernard Cohen Haddad, vous êtes le président de la CPME Paris, c'est l'organisation patronale qui réunit les
00:09petites et les moyennes entreprises.
00:10Merci d'être sur France Info.
00:13Alors 1er mai, on a vu les syndicats défiler toute la journée pour maintenir un jour férié et chômé.
00:22Vous, vous militez pour une ouverture bien plus large des commerces, bien plus large en tout cas que les seuls
00:27fleuristes et boulangers.
00:28Mais aujourd'hui, cette année, c'était comme les années précédentes finalement. Vous êtes déçus ?
00:34Écoutez, on a une avancée qui est une prise de conscience puisque tout le monde en parle.
00:38Donc c'est déjà un point positif. C'est mieux que mettre la poussière sur le tapis et cette poussière,
00:42elle est depuis un certain nombre d'années.
00:44Puisque rappelons que nos entrepreneurs pendant des années ont été pénalisés, 750 euros, lorsqu'ils ouvraient avec leurs collaborateurs dans
00:51l'entreprise.
00:52Et je parle des indépendants, des commerçants, des artisans. Donc ça, c'est bien entendu une avancée sur le débat
00:57médiatique.
00:59Sur le plan de la loi, on n'a rien avancé. Il n'y a pas de changement. Il y
01:03a juste des belles paroles.
01:05Une loi à venir et une proposition de loi qu'on a retirée il y a quelques jours parce qu
01:10'elle dérangeait les syndicats.
01:12C'est ça la réalité. Donc, peu mieux faire.
01:14Nous nous attendons non pas deux ou trois activités qui pourraient bénéficier de ce premier mai, travailler pour leurs salariés,
01:23mais bien l'ensemble des entreprises de proximité.
01:25C'est ça la liberté de travailler. J'entendais tout à l'heure dans vos reportages les collaborateurs qui se
01:32sentaient utiles de travailler un premier mai.
01:34Écoutons ceux qui veulent travailler.
01:36Ça ne veut pas dire d'interdire aux autres de respecter ce symbole du travail et de pouvoir tout simplement
01:42défiler ou se reposer.
01:43En même temps, les syndicats disent que le volontariat, c'est un leurre.
01:47Aujourd'hui, étant donné le rapport de subordination entre l'employeur et le salarié, finalement, les salariés n'ont pas
01:56le choix.
01:57Écoutez, moi, je pense que ce discours, il est daté.
02:01C'est normal que les syndicats de salariés tiennent ce genre de discours.
02:05Ça fait partie de leur vulgate, de leur credo, montrer qu'ils sont là et qu'il n'y a
02:11personne autour de...
02:11Pourquoi c'est daté ?
02:13Pourquoi c'est daté ? C'est parce que depuis les années et des années, il y a eu la
02:18Covid-19 et depuis la Covid-19, une autre relation au travail.
02:21Et que paradonxalement, aujourd'hui, il y a une meilleure égalité entre l'employeur et le salarié.
02:27Et il y a aussi une autre façon de penser le dialogue social dans l'entreprise.
02:32Tout ça a complètement explosé.
02:33En même temps, les syndicats, ils vous disent, oui, mais cette nouvelle relation au travail, c'est de l'ubérisation,
02:39c'est justement une forme de précarité, des salaires qui n'augmentent pas ?
02:44Les salaires n'augmentent pas parce que les charges sont toujours plus importantes sur les salaires moyens.
02:49Faisons cette révolution de dé-smicardisation, on l'entend assez, un peu trop, sans que ça bouge.
02:55Faisons en sorte de libérer les salaires sur les tranches supérieures au SMIC et vous verrez qu'il y aura
03:00de collaborateurs mieux payés.
03:02Pour le coup, vous êtes d'accord là sur ce point avec, finalement, Sophie Binet ou même Marie-Lise Léon,
03:09Sophie Binet CGT, Marie-Lise Léon CFDT, qui disent qu'ils défilent dans la rue pour de meilleurs salaires ?
03:15Bien entendu, je ne suis pas d'accord avec elles, mais je suis d'accord sur l'amélioration des salaires.
03:20Je crois qu'il y a un vrai problème de pouvoir d'achat aujourd'hui pour nos entrepreneurs indépendants, commerçants,
03:26artisans, patrons de TPE et pour les collaborateurs.
03:29Les problèmes de fin de mois, elles sont valables pour tout le monde aujourd'hui.
03:34Ouvrons les yeux, dès le 20 du mois, beaucoup de personnes, familles monoparentales, commerçants, artisans, indépendants, n'ont plus rien
03:43sur leur compte à ce jour-là.
03:45Et ils doivent demander des avances ou tout simplement puiser dans leur trésorerie.
03:48C'est une réalité, c'est bien pour ça que nous sommes favorables à ceux qui veulent travailler plus.
03:54Si on revient à aujourd'hui, quand même, on a vu ce 1er mai, il est un peu particulier.
03:59Il y a une forme de... la loi n'est pas passée, on a des inspecteurs du travail qui verbalisent,
04:06mais un Premier ministre derrière qui dit, finalement, les amendes, elles ne vont pas être appliquées.
04:11Il y a une ambiguïté pour vous, c'est un flou qui n'est pas très confortable.
04:15Sophie Binet de la CGT dit, la cacophonie gouvernementale laisse libre cours à la délinquance patronale.
04:22Qu'est-ce que vous répondez ?
04:23Écoutez, les mots sont très forts.
04:26Madame Binet, il y a quelques semaines, disait que les patrons quittaient le navire
04:30et que pour beaucoup de grands patrons, c'était tous des pourris.
04:33Attention, n'utilisons plus ces mots-là.
04:36Ils sont trop voyants, ils ne portent rien au dialogue.
04:39Et surtout, ils ne portent rien aux solutions que nous devons avoir dans les entreprises de proximité,
04:44voire dans les branches, parce que c'est une réalité aujourd'hui.
04:48Il y a une autre façon de travailler.
04:50Et puis, ne l'oublions pas qu'il y a quand même cette liberté.
04:53Moi, je suis très attaché à la liberté des collaborateurs.
04:56Vous évoquiez tout à l'heure l'ubérisation du travail.
04:59L'ubérisation du travail n'est pas un gain sociétal, y compris pour nos entreprises.
05:03Rappelons-le.
05:04Alors, vous parlez justement des discussions dans les branches professionnelles, les secteurs.
05:08C'est ce à quoi renvoie le gouvernement en disant,
05:11pour les années prochaines et pour la construction de la loi,
05:16il va y avoir des discussions du dialogue social.
05:19Qu'est-ce qu'on peut attendre de ces discussions dans les branches professionnelles
05:25qui vont gérer ce 1er mai, que ce soit pour les métiers de bouche,
05:29pour d'autres secteurs que seuls les boulangeries et les fleuristes ?
05:34Vous savez, il y a un principe.
05:36Et ce principe, il doit faire valoir l'ensemble de nouvelles mesures.
05:41C'est tout simplement que la loi soit la même pour tous dans les activités qui se ressemblent.
05:45Et c'est ça aujourd'hui qui est important.
05:47Donc, il y a effectivement des rapprochements près des branches.
05:49C'est extrêmement important pour qu'on soit au plus près du terrain.
05:52Et aujourd'hui, il y a, c'est vrai, une instabilité.
05:56Une loi n'existe pas.
05:57Et on demande, sans vraiment le demander,
06:00à des représentants de l'État de ne pas appliquer la loi.
06:02C'est extrêmement difficile.
06:04Ça crée une instabilité.
06:05Ça crée aussi un doute, voire une insécurité pour nos entrepreneurs et pour les collaborateurs.
06:10On va beaucoup plus loin que ça.
06:12Aujourd'hui, je vais vous dire le fond de ma pensée,
06:14je ne crois pas beaucoup que ça avancera avant la présidentielle.
06:17Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas de majorité.
06:19Donc ça, ça fait partie des paroles des politiques.
06:21Je les respecte, malheureusement.
06:23Vous pensez que le 1er mai 2027 sera le même que le 1er mai 2026, en quelque sorte ?
06:28Je pense que le 1er mai 2027, nous serons surtout préoccupés
06:31par l'élection présidentielle et de savoir si le président de la République
06:34qui sera élu ou la présidente de la République aura ou pas une majorité après.
06:39C'est ça l'enjeu.
06:41Aujourd'hui, vous pensez que ce texte, il n'est pas passé ?
06:44Que ce débat tourne un peu à la cacophonie ?
06:47C'est parce qu'il a été instrumentalisé ?
06:50Le sujet est instrumentalisé par les politiques ?
06:52Moi, je crois que si ce texte n'est pas passé, c'est parce qu'on n'a pas voulu
06:56aller jusqu'au bout de l'explication
06:58et que les ambitions des uns et des autres se sont annihilées.
07:02On a bien vu que certains candidats à la présidentielle et de ceux qui, aujourd'hui, gèrent le pays
07:07n'étaient pas sur la même ligne alors qu'ils appartiennent au même camp.
07:10Vous pensez à Sébastien Lecornu et Gabriel Attal qui apportaient ce texte ?
07:14Il faut comprendre, puisque retirer un texte qui est devant la commission de PIX paritaire,
07:18c'est un peu étonnant, alors que Mme Binet nous dit la veille qu'elle n'est pas d'accord
07:21au texte.
07:22Donc, il faut dépasser, vraiment, Mme Guinochet, je vous l'ai dit, il faut vraiment dépasser
07:26ces querelles de personnes parce que derrière, il y a un vrai enjeu d'une autre façon de travailler,
07:31d'une autre relation au travail et surtout d'une paupérisation de nos entreprises dans les territoires.
07:36Alors, comment faire justement sur la paupérisation ?
07:37Est-ce qu'il faut faire des augmentations de salaires ?
07:40En même temps, vous dites, bon, les entreprises, elles ont des charges,
07:42elles n'ont pas de marge de manœuvre ? Est-ce qu'il faut faire des primes ?
07:45Comment il faut procéder pour résoudre ce problème de pouvoir d'achat dans le pays ?
07:49Alors, il y a un boisseau qui a été mis, c'est la loi de simplification.
07:52Ce n'était pas celle qu'on attendait, mais elle va dans le bon sens.
07:55Simplifions la vie des entreprises, limitons le temps de décision administrative,
08:00alléchons les charges qui pèsent sur les entreprises,
08:04favorisons le partage de la valeur et l'intéressement,
08:07encourageons aussi la reprise d'entreprise.
08:09Tout ce que nous battons depuis une vingtaine d'années,
08:13qui était dans le projet de 2017,
08:15qui n'a pas été jusqu'au bout de son application,
08:18ça fait partie d'une attente des entreprises.
08:21Les entrepreneurs ne sont pas des mercenaires,
08:23ni des chercheurs de primes,
08:25ni des chasseurs de primes, ce n'est pas vrai.
08:27En revanche, aujourd'hui, on voit bien que,
08:28dans certains domaines, si on n'aide pas,
08:30on n'arrivera pas à faire évoluer nos métiers.
08:33Je parle du numérique,
08:34de l'intelligence artificielle,
08:36de la cyberprévention.
08:37On voit la difficulté aujourd'hui sur le sujet du carburant.
08:40Est-ce que vous attendez entrepreneurs des aides du gouvernement ?
08:43Écoutez, les Français attendent un geste fort,
08:46et ce n'est pas en stigmatisant un grand pétrolier
08:49qu'on réglera la situation, bien entendu,
08:51aujourd'hui, pour les entrepreneurs de proximité,
08:55les collaborateurs qui sont non sédentaires,
08:57les commerçants forains, les non sédentaires,
09:00les collaborateurs qui viennent travailler,
09:02voire les consommateurs qui viennent dans nos entreprises.
09:05Le poste essence est un poste qui est extrêmement important.
09:08Bon, alors, vous êtes vigilant.
09:09Vous êtes aujourd'hui gérant de sociétés d'hôtellerie et de restauration.
09:14Vous êtes passé par l'assurance,
09:17mais vous vous définissez surtout comme un déraciné,
09:21puisque vous êtes né en Algérie,
09:23arrivé en France en 1962.
09:24Vous étiez tout petit, fils de commerçant.
09:26Votre père était déjà artisan,
09:28puisqu'il était bijoutier dans le 19e arrondissement de Paris.
09:32Vous dites que vous êtes un enfant de commerçant
09:34et que c'est beaucoup de temps à traîner dans la boutique.
09:38Aujourd'hui, ce parcours-là,
09:42vous êtes à la tête de la CPME depuis trois mandats,
09:46président du cercle de réflexion Etienne Marcel.
09:49Pourquoi cet engagement patronal ?
09:51Pourquoi défendre ces artisans ?
09:53J'ai toujours pensé et vécu que les TPE, PME
09:56et les commerçants artisans indépendants
09:58ou les professions libérales
09:59étaient les laissés pour compte des politiques publiques.
10:01C'est quelque chose qui m'a frappé dans ma vie,
10:04de voir qu'ils contribuaient aux liens sociétals,
10:07à l'enrichissement des territoires,
10:09mais que finalement, ils n'étaient considérés par rien.
10:12Alors, ils ne sont pas entendus,
10:13mais en même temps, est-ce qu'ils prennent suffisamment la parole ?
10:16Alors, justement, il faut aussi les responsabiliser.
10:18Mais vous savez, quand vous êtes un entrepreneur
10:21et que vous vous engagez,
10:23vous payez cash votre engagement,
10:24ce qui n'est pas le cas d'autres professions,
10:26je pense notamment à certains professeurs, aux fonctionnaires.
10:29Vous pouvez retrouver, quand vous êtes un entrepreneur,
10:31votre engagement, vous le payez au prix cash,
10:34y compris vis-à-vis de vos pairs.
10:35C'est une réalité.
10:36C'est pour ça, Fénégui, je sais que j'ai écrit un ouvrage
10:39qui s'appelle « L'avenir appartient aux PME »
10:40parce que je crois fondamentalement
10:42que l'avenir appartient aux petites entreprises.
10:44Alors, est-ce que justement, ces entrepreneurs,
10:46ils vont prendre position,
10:47on parlait de l'élection présidentielle,
10:49on voit par exemple le MEDEF
10:51qui rencontre le RN,
10:54RN qui aujourd'hui,
10:56que ce soit Marine Le Pen ou Jordan Bardella,
10:59qui ont fait des discours en ce 1er mai
11:01pour, excusez-moi l'expression,
11:03mais draguer les entrepreneurs.
11:05Quelle position a la CPME ?
11:06Qu'est-ce qu'il faut faire ?
11:07Ma position, tout d'abord,
11:09est déjà le parti de l'entreprise.
11:12Il y a chez nous des entrepreneurs de toutes origines,
11:16de toutes conditions, de toute activité.
11:18Mais est-ce qu'il faut rencontrer des gens du RN ?
11:20Est-ce qu'il faut les rencontrer ?
11:21Bien entendu, qu'il faut les rencontrer dans la mesure
11:22où ils respectent nos institutions républicaines.
11:24Ils sont parlementaires, ils sont au Sénat,
11:27ils sont au sein des exécutifs municipaux.
11:29Nous avons un devoir de dialoguer,
11:32voire de leur faire valoir leurs contraintes
11:36et nos contraintes de dire que nous ne partageons pas leurs idées.
11:39Ce n'est pas parce que nous rencontrons telle ou telle personnalité
11:42que nous finançons le parti
11:45ou que nous participons à leurs engagements.
11:49C'est ça le débat public.
11:50Merci beaucoup Bernard Cohen Haddad
11:52d'avoir été l'invité éco de France Info ce soir.
11:56Merci à vous.
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