Passer au playerPasser au contenu principal
Le 1er mai, jour de manifestations syndicales, met en lumière le débat sur l'ouverture des commerces. Bernard Cohen Haddad, président de la CPME Paris, partage son analyse sur cette journée et les avancées (ou leur absence) dans la loi concernant le travail le 1er mai.

Alors que certains secteurs comme la boulangerie et la fleuristerie ont pu ouvrir, la CPME milite pour une liberté de travailler plus large pour l'ensemble des petites et moyennes entreprises. Bernard Cohen Haddad souligne l'importance d'une prise de conscience autour de ce sujet, mais déplore le manque de changement législatif concret.

Il aborde également la perception du volontariat des salariés, affirmant que le discours syndical sur la subordination est dépassé, notamment depuis la crise de la COVID-19 qui a fait évoluer la relation employeur-employé.

La question du pouvoir d'achat est centrale, touchant aussi bien les entrepreneurs que les salariés. La discussion porte sur la nécessité de libérer les salaires au-delà du SMIC pour améliorer le niveau de vie de tous.

Face aux ambiguïtés gouvernementales et aux propos forts des syndicats, Bernard Cohen Haddad appelle à un dialogue constructif et à des solutions concrètes pour les entreprises de proximité. La loi doit, selon lui, s'appliquer de manière uniforme à toutes les activités similaires.

#1erMai #Travail #Commerces #Entreprises

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:01Bonsoir Bernard Cohen Haddad, vous êtes le président de la CPME Paris, c'est l'organisation patronale qui réunit les
00:09petites et les moyennes entreprises.
00:10Merci d'être sur France Info.
00:13Alors 1er mai, on a vu les syndicats défiler toute la journée pour maintenir un jour férié et chômé.
00:22Vous, vous militez pour une ouverture bien plus large des commerces, bien plus large en tout cas que les seuls
00:27fleuristes et boulangers.
00:28Mais aujourd'hui, cette année, c'était comme les années précédentes finalement. Vous êtes déçus ?
00:34Écoutez, on a une avancée qui est une prise de conscience puisque tout le monde en parle.
00:38Donc c'est déjà un point positif. C'est mieux que mettre la poussière sur le tapis et cette poussière,
00:42elle est depuis un certain nombre d'années.
00:44Puisque rappelons que nos entrepreneurs pendant des années ont été pénalisés, 750 euros, lorsqu'ils ouvraient avec leurs collaborateurs dans
00:51l'entreprise.
00:52Et je parle des indépendants, des commerçants, des artisans. Donc ça, c'est bien entendu une avancée sur le débat
00:57médiatique.
00:59Sur le plan de la loi, on n'a rien avancé. Il n'y a pas de changement. Il y
01:03a juste des belles paroles.
01:05Une loi à venir et une proposition de loi qu'on a retirée il y a quelques jours parce qu
01:10'elle dérangeait les syndicats.
01:12C'est ça la réalité. Donc, peu mieux faire.
01:14Nous nous attendons non pas deux ou trois activités qui pourraient bénéficier de ce premier mai, travailler pour leurs salariés,
01:23mais bien l'ensemble des entreprises de proximité.
01:25C'est ça la liberté de travailler. J'entendais tout à l'heure dans vos reportages les collaborateurs qui se
01:32sentaient utiles de travailler un premier mai.
01:34Écoutons ceux qui veulent travailler.
01:36Ça ne veut pas dire d'interdire aux autres de respecter ce symbole du travail et de pouvoir tout simplement
01:42défiler ou se reposer.
01:43En même temps, les syndicats disent que le volontariat, c'est un leurre.
01:47Aujourd'hui, étant donné le rapport de subordination entre l'employeur et le salarié, finalement, les salariés n'ont pas
01:56le choix.
01:57Écoutez, moi, je pense que ce discours, il est daté.
02:01C'est normal que les syndicats de salariés tiennent ce genre de discours.
02:05Ça fait partie de leur vulgate, de leur credo, montrer qu'ils sont là et qu'il n'y a
02:11personne autour de...
02:11Pourquoi c'est daté ?
02:13Pourquoi c'est daté ? C'est parce que depuis les années et des années, il y a eu la
02:18Covid-19 et depuis la Covid-19, une autre relation au travail.
02:21Et que paradonxalement, aujourd'hui, il y a une meilleure égalité entre l'employeur et le salarié.
02:27Et il y a aussi une autre façon de penser le dialogue social dans l'entreprise.
02:32Tout ça a complètement explosé.
02:33En même temps, les syndicats, ils vous disent, oui, mais cette nouvelle relation au travail, c'est de l'ubérisation,
02:39c'est justement une forme de précarité, des salaires qui n'augmentent pas ?
02:44Les salaires n'augmentent pas parce que les charges sont toujours plus importantes sur les salaires moyens.
02:49Faisons cette révolution de dé-smicardisation, on l'entend assez, un peu trop, sans que ça bouge.
02:55Faisons en sorte de libérer les salaires sur les tranches supérieures au SMIC et vous verrez qu'il y aura
03:00de collaborateurs mieux payés.
03:02Pour le coup, vous êtes d'accord là sur ce point avec, finalement, Sophie Binet ou même Marie-Lise Léon,
03:09Sophie Binet CGT, Marie-Lise Léon CFDT, qui disent qu'ils défilent dans la rue pour de meilleurs salaires ?
03:15Bien entendu, je ne suis pas d'accord avec elles, mais je suis d'accord sur l'amélioration des salaires.
03:20Je crois qu'il y a un vrai problème de pouvoir d'achat aujourd'hui pour nos entrepreneurs indépendants, commerçants,
03:26artisans, patrons de TPE et pour les collaborateurs.
03:29Les problèmes de fin de mois, elles sont valables pour tout le monde aujourd'hui.
03:34Ouvrons les yeux, dès le 20 du mois, beaucoup de personnes, familles monoparentales, commerçants, artisans, indépendants, n'ont plus rien
03:43sur leur compte à ce jour-là.
03:45Et ils doivent demander des avances ou tout simplement puiser dans leur trésorerie.
03:48C'est une réalité, c'est bien pour ça que nous sommes favorables à ceux qui veulent travailler plus.
03:54Si on revient à aujourd'hui, quand même, on a vu ce 1er mai, il est un peu particulier.
03:59Il y a une forme de... la loi n'est pas passée, on a des inspecteurs du travail qui verbalisent,
04:06mais un Premier ministre derrière qui dit, finalement, les amendes, elles ne vont pas être appliquées.
04:11Il y a une ambiguïté pour vous, c'est un flou qui n'est pas très confortable.
04:15Sophie Binet de la CGT dit, la cacophonie gouvernementale laisse libre cours à la délinquance patronale.
04:22Qu'est-ce que vous répondez ?
04:23Écoutez, les mots sont très forts.
04:26Madame Binet, il y a quelques semaines, disait que les patrons quittaient le navire
04:30et que pour beaucoup de grands patrons, c'était tous des pourris.
04:33Attention, n'utilisons plus ces mots-là.
04:36Ils sont trop voyants, ils ne portent rien au dialogue.
04:39Et surtout, ils ne portent rien aux solutions que nous devons avoir dans les entreprises de proximité,
04:44voire dans les branches, parce que c'est une réalité aujourd'hui.
04:48Il y a une autre façon de travailler.
04:50Et puis, ne l'oublions pas qu'il y a quand même cette liberté.
04:53Moi, je suis très attaché à la liberté des collaborateurs.
04:56Vous évoquiez tout à l'heure l'ubérisation du travail.
04:59L'ubérisation du travail n'est pas un gain sociétal, y compris pour nos entreprises.
05:03Rappelons-le.
05:04Alors, vous parlez justement des discussions dans les branches professionnelles, les secteurs.
05:08C'est ce à quoi renvoie le gouvernement en disant,
05:11pour les années prochaines et pour la construction de la loi,
05:16il va y avoir des discussions du dialogue social.
05:19Qu'est-ce qu'on peut attendre de ces discussions dans les branches professionnelles
05:25qui vont gérer ce 1er mai, que ce soit pour les métiers de bouche,
05:29pour d'autres secteurs que seuls les boulangeries et les fleuristes ?
05:34Vous savez, il y a un principe.
05:36Et ce principe, il doit faire valoir l'ensemble de nouvelles mesures.
05:41C'est tout simplement que la loi soit la même pour tous dans les activités qui se ressemblent.
05:45Et c'est ça aujourd'hui qui est important.
05:47Donc, il y a effectivement des rapprochements près des branches.
05:49C'est extrêmement important pour qu'on soit au plus près du terrain.
05:52Et aujourd'hui, il y a, c'est vrai, une instabilité.
05:56Une loi n'existe pas.
05:57Et on demande, sans vraiment le demander,
06:00à des représentants de l'État de ne pas appliquer la loi.
06:02C'est extrêmement difficile.
06:04Ça crée une instabilité.
06:05Ça crée aussi un doute, voire une insécurité pour nos entrepreneurs et pour les collaborateurs.
06:10On va beaucoup plus loin que ça.
06:12Aujourd'hui, je vais vous dire le fond de ma pensée,
06:14je ne crois pas beaucoup que ça avancera avant la présidentielle.
06:17Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas de majorité.
06:19Donc ça, ça fait partie des paroles des politiques.
06:21Je les respecte, malheureusement.
06:23Vous pensez que le 1er mai 2027 sera le même que le 1er mai 2026, en quelque sorte ?
06:28Je pense que le 1er mai 2027, nous serons surtout préoccupés
06:31par l'élection présidentielle et de savoir si le président de la République
06:34qui sera élu ou la présidente de la République aura ou pas une majorité après.
06:39C'est ça l'enjeu.
06:41Aujourd'hui, vous pensez que ce texte, il n'est pas passé ?
06:44Que ce débat tourne un peu à la cacophonie ?
06:47C'est parce qu'il a été instrumentalisé ?
06:50Le sujet est instrumentalisé par les politiques ?
06:52Moi, je crois que si ce texte n'est pas passé, c'est parce qu'on n'a pas voulu
06:56aller jusqu'au bout de l'explication
06:58et que les ambitions des uns et des autres se sont annihilées.
07:02On a bien vu que certains candidats à la présidentielle et de ceux qui, aujourd'hui, gèrent le pays
07:07n'étaient pas sur la même ligne alors qu'ils appartiennent au même camp.
07:10Vous pensez à Sébastien Lecornu et Gabriel Attal qui apportaient ce texte ?
07:14Il faut comprendre, puisque retirer un texte qui est devant la commission de PIX paritaire,
07:18c'est un peu étonnant, alors que Mme Binet nous dit la veille qu'elle n'est pas d'accord
07:21au texte.
07:22Donc, il faut dépasser, vraiment, Mme Guinochet, je vous l'ai dit, il faut vraiment dépasser
07:26ces querelles de personnes parce que derrière, il y a un vrai enjeu d'une autre façon de travailler,
07:31d'une autre relation au travail et surtout d'une paupérisation de nos entreprises dans les territoires.
07:36Alors, comment faire justement sur la paupérisation ?
07:37Est-ce qu'il faut faire des augmentations de salaires ?
07:40En même temps, vous dites, bon, les entreprises, elles ont des charges,
07:42elles n'ont pas de marge de manœuvre ? Est-ce qu'il faut faire des primes ?
07:45Comment il faut procéder pour résoudre ce problème de pouvoir d'achat dans le pays ?
07:49Alors, il y a un boisseau qui a été mis, c'est la loi de simplification.
07:52Ce n'était pas celle qu'on attendait, mais elle va dans le bon sens.
07:55Simplifions la vie des entreprises, limitons le temps de décision administrative,
08:00alléchons les charges qui pèsent sur les entreprises,
08:04favorisons le partage de la valeur et l'intéressement,
08:07encourageons aussi la reprise d'entreprise.
08:09Tout ce que nous battons depuis une vingtaine d'années,
08:13qui était dans le projet de 2017,
08:15qui n'a pas été jusqu'au bout de son application,
08:18ça fait partie d'une attente des entreprises.
08:21Les entrepreneurs ne sont pas des mercenaires,
08:23ni des chercheurs de primes,
08:25ni des chasseurs de primes, ce n'est pas vrai.
08:27En revanche, aujourd'hui, on voit bien que,
08:28dans certains domaines, si on n'aide pas,
08:30on n'arrivera pas à faire évoluer nos métiers.
08:33Je parle du numérique,
08:34de l'intelligence artificielle,
08:36de la cyberprévention.
08:37On voit la difficulté aujourd'hui sur le sujet du carburant.
08:40Est-ce que vous attendez entrepreneurs des aides du gouvernement ?
08:43Écoutez, les Français attendent un geste fort,
08:46et ce n'est pas en stigmatisant un grand pétrolier
08:49qu'on réglera la situation, bien entendu,
08:51aujourd'hui, pour les entrepreneurs de proximité,
08:55les collaborateurs qui sont non sédentaires,
08:57les commerçants forains, les non sédentaires,
09:00les collaborateurs qui viennent travailler,
09:02voire les consommateurs qui viennent dans nos entreprises.
09:05Le poste essence est un poste qui est extrêmement important.
09:08Bon, alors, vous êtes vigilant.
09:09Vous êtes aujourd'hui gérant de sociétés d'hôtellerie et de restauration.
09:14Vous êtes passé par l'assurance,
09:17mais vous vous définissez surtout comme un déraciné,
09:21puisque vous êtes né en Algérie,
09:23arrivé en France en 1962.
09:24Vous étiez tout petit, fils de commerçant.
09:26Votre père était déjà artisan,
09:28puisqu'il était bijoutier dans le 19e arrondissement de Paris.
09:32Vous dites que vous êtes un enfant de commerçant
09:34et que c'est beaucoup de temps à traîner dans la boutique.
09:38Aujourd'hui, ce parcours-là,
09:42vous êtes à la tête de la CPME depuis trois mandats,
09:46président du cercle de réflexion Etienne Marcel.
09:49Pourquoi cet engagement patronal ?
09:51Pourquoi défendre ces artisans ?
09:53J'ai toujours pensé et vécu que les TPE, PME
09:56et les commerçants artisans indépendants
09:58ou les professions libérales
09:59étaient les laissés pour compte des politiques publiques.
10:01C'est quelque chose qui m'a frappé dans ma vie,
10:04de voir qu'ils contribuaient aux liens sociétals,
10:07à l'enrichissement des territoires,
10:09mais que finalement, ils n'étaient considérés par rien.
10:12Alors, ils ne sont pas entendus,
10:13mais en même temps, est-ce qu'ils prennent suffisamment la parole ?
10:16Alors, justement, il faut aussi les responsabiliser.
10:18Mais vous savez, quand vous êtes un entrepreneur
10:21et que vous vous engagez,
10:23vous payez cash votre engagement,
10:24ce qui n'est pas le cas d'autres professions,
10:26je pense notamment à certains professeurs, aux fonctionnaires.
10:29Vous pouvez retrouver, quand vous êtes un entrepreneur,
10:31votre engagement, vous le payez au prix cash,
10:34y compris vis-à-vis de vos pairs.
10:35C'est une réalité.
10:36C'est pour ça, Fénégui, je sais que j'ai écrit un ouvrage
10:39qui s'appelle « L'avenir appartient aux PME »
10:40parce que je crois fondamentalement
10:42que l'avenir appartient aux petites entreprises.
10:44Alors, est-ce que justement, ces entrepreneurs,
10:46ils vont prendre position,
10:47on parlait de l'élection présidentielle,
10:49on voit par exemple le MEDEF
10:51qui rencontre le RN,
10:54RN qui aujourd'hui,
10:56que ce soit Marine Le Pen ou Jordan Bardella,
10:59qui ont fait des discours en ce 1er mai
11:01pour, excusez-moi l'expression,
11:03mais draguer les entrepreneurs.
11:05Quelle position a la CPME ?
11:06Qu'est-ce qu'il faut faire ?
11:07Ma position, tout d'abord,
11:09est déjà le parti de l'entreprise.
11:12Il y a chez nous des entrepreneurs de toutes origines,
11:16de toutes conditions, de toute activité.
11:18Mais est-ce qu'il faut rencontrer des gens du RN ?
11:20Est-ce qu'il faut les rencontrer ?
11:21Bien entendu, qu'il faut les rencontrer dans la mesure
11:22où ils respectent nos institutions républicaines.
11:24Ils sont parlementaires, ils sont au Sénat,
11:27ils sont au sein des exécutifs municipaux.
11:29Nous avons un devoir de dialoguer,
11:32voire de leur faire valoir leurs contraintes
11:36et nos contraintes de dire que nous ne partageons pas leurs idées.
11:39Ce n'est pas parce que nous rencontrons telle ou telle personnalité
11:42que nous finançons le parti
11:45ou que nous participons à leurs engagements.
11:49C'est ça le débat public.
11:50Merci beaucoup Bernard Cohen Haddad
11:52d'avoir été l'invité éco de France Info ce soir.
11:56Merci à vous.
Commentaires

Recommandations