- il y a 6 mois
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00L'invité éco, Fanny Guinachet.
00:04Bonsoir Thibaut Guilly, vous êtes le directeur de France Travail, anciennement Pôle emploi.
00:09Merci d'être avec nous ce soir.
00:11Bonsoir.
00:11Alors vous dirigez France Travail, opérateur public qui s'occupe de tous les demandeurs d'emploi
00:16et ça va de l'indemnisation de ces demandeurs d'emploi ainsi que l'accompagnement, l'aide à la reconversion.
00:23Au total vous avez près de 8 millions d'inscrits, 7,9 exactement.
00:27Si on prend toutes les catégories, parce que c'est très découpé chez vous, il y a la catégorie A, B, C, D, enfin bref.
00:34Mais si on met bout à bout, ça fait 7,9 millions d'inscrits.
00:39Ça va du RSA, de la personne au RSA au cas de sub qui cherche un emploi ou qui se reconvertit.
00:46Alors les toutes dernières statistiques sont tombées.
00:49Celles du chômage, elles ne sont pas très bonnes parce que le chômage progresse.
00:521,7% sur un an en catégorie A, c'est-à-dire les gens qui n'ont pas du tout travaillé.
00:57Avec de tels chiffres, on se dit que la promesse, l'engagement d'Emmanuel Macron d'arriver au plein emploi à la fin de son quinquennat, c'est rapé, non ?
01:07Écoutez, c'est vrai que l'année 2025 a été compliquée.
01:12Vous avez vu toutes les incertitudes géopolitiques, politiques, un peu à tous les niveaux.
01:17Et c'est sûr que ce n'est quand même pas l'environnement le plus favorable pour l'économie et donc pour l'emploi.
01:21Et pourtant, c'est vrai que le chômage a légèrement augmenté.
01:25On est quand même en train de parler de 1,6% avec des différences quand même très marquées d'un territoire à un autre ou d'un secteur à un autre.
01:32Et on est quand même aussi au taux d'emploi le plus élevé qu'on a jamais connu.
01:36Ça veut dire quoi le taux d'emploi ?
01:37Le taux d'emploi, en fait, c'est entre 15 et 64 ans, combien vous avez de personnes qui sont au travail ?
01:42On était à 64% au début du quinquennat 2017.
01:47On est aujourd'hui à 69,4%.
01:50C'est-à-dire 7 personnes sur 10 en âge de travailler entre 15 et 64 ans qui travaillent.
01:55Alors, il y a des pays qui sont à 8 sur 10, mais nous, on était partis à 6 sur 10.
02:00Donc, ça, c'est quand même aussi une vraie amélioration.
02:03Plus de gens qui travaillent, notamment d'ailleurs tirés par les personnes de plus de 50 ans.
02:06Alors, on voit qu'il y a cette amélioration.
02:07Et en même temps, on voit que ces derniers mois, vous le disiez, est-ce que c'est dû à l'instabilité conjoncturelle, l'instabilité politique ?
02:14Le chômage quand même remonte.
02:15À quoi c'est dû ?
02:18Écoutez, là, sur le dernier trimestre, par exemple, finalement, c'est assez stable.
02:23Donc, c'est quand même pas...
02:25La situation n'est pas si catastrophique compte tenu pourtant d'un contexte qui, lui, semble l'être.
02:32Moi, ce que je regarde aussi, c'est le nombre d'offres d'emploi.
02:34Il y a 25% d'offres d'emploi en plus par rapport à 2019.
02:38Donc, on a quand même encore un marché un peu dynamique.
02:41Il y a des offres d'emploi qu'on a encore du mal à pourvoir dans un certain nombre de secteurs.
02:46Une entreprise sur deux a du mal à recruter.
02:49Vous avez, dans le secteur de l'industrie, alors il y a des industries qui souffrent, comme l'automobile, par exemple, évidemment.
02:56Mais vous avez l'aéronautique, vous avez la défense, vous avez le nucléaire.
02:59Comment ça se fait qu'on n'arrive pas, justement, quand on entend qu'il y a quasiment 8 millions d'inscrits chez vous ?
03:04Alors, certes, ils ne sont pas tous très proches de l'emploi quand même, mais comment se fait-il qu'il y ait autant d'offres d'emploi non pourvues ?
03:10En tout cas, les patrons se plaignent souvent en disant qu'on ne comprend pas.
03:13Alors, d'abord, attention, parce que comme vous l'avez dit, d'ailleurs, derrière les 8 millions, il y en a plein qui travaillent.
03:19C'est juste qu'ils peuvent travailler pas assez longtemps ou qu'ils cherchent un emploi plus stable.
03:26Donc, nous, on accompagne vraiment tous les chercheurs d'emploi.
03:30Oui, parce qu'il faut le préciser, depuis la loi dite pleine emploi, vous accueillez tous les, par exemple, les bénéficiaires du RSA.
03:37Voilà. Et puis, de manière générale, France Travail, ce n'est plus l'agence du chômage.
03:41C'est vraiment un lieu où on accompagne vraiment tout le monde dans sa reconversion, comme vous l'avez dit,
03:46de passer d'un emploi à un autre, d'une entreprise à une autre, ce qui est de plus en plus courant de nos jours.
03:51Ensuite, il y a des offres d'emploi, vous me disiez, dans l'industrie, mais par exemple dans le service.
03:57Si vous allez sur prendresoin.fr, c'est une plateforme sur laquelle on va vous mettre à disposition tous les métiers du lien et de l'humain.
04:03Ça recrute énormément. Sur l'agriculture, on travaille avec...
04:07Avec l'agriculture, là aussi, 200 000 postes qui sont à pourvoir.
04:12Donc, maintenant, c'est comment on connecte ça ?
04:15Alors, côté chercheurs d'emploi, ce qu'il faut, c'est aussi amener les bonnes formations.
04:19J'étais ce matin, par exemple, chez un restaurateur, avec qui on travaille.
04:24France Travail Pro, main dans la main avec les restaurateurs.
04:26France Travail Pro, c'est France Travail qui accompagne, qui aide les entreprises.
04:30Parce qu'il faut bien voir que ce n'est pas si simple que ça de recruter.
04:3470% des emplois, c'est dans des petites entreprises de moins de 50 salariés.
04:38Ils n'ont pas de DRH pour...
04:39Ils ne font pas forcément appel à vous.
04:41Et ils ne font pas forcément appel à nous, ce qui est un peu dommage parce que finalement, c'est un service qui est payé d'avance.
04:47Donc, tant qu'à faire, autant l'utiliser.
04:49Avec France Travail Pro, cette année, à chaque offre d'emploi, à chaque fois, 9 fois sur 10, on a trouvé le bon candidat pour l'entreprise.
04:57Donc, on a beaucoup progressé, France Travail Pro, pour apporter la réponse aux entreprises.
05:02Maintenant, pourquoi de temps en temps, ça ne marche pas ?
05:04C'est vrai que pour ceux qui nous écoutent, on ne comprend pas.
05:07On a des chômeurs d'un côté, on a des offres d'emploi de l'autre.
05:09Il y a un problème.
05:11Un, donc côté chercheurs d'emploi, il faut aussi les accompagner parfois sur la formation.
05:15Parce qu'ils ont la motivation, mais ils n'ont pas la formation.
05:17On a fait plus de 150 000 formations pour recruter et avec 89% de taux de retour à l'emploi.
05:24Donc, ça, ça marche bien.
05:25Et puis, de l'autre côté, c'est accompagner les employeurs, France Travail Pro.
05:29Parce que la TPE, c'est comment l'aider à faire son offre d'emploi, à lui trouver des candidats, à faire du recrutement sans CV.
05:37On a innové énormément.
05:38On recrute par le sport, on fait des restaurants éphémères.
05:41Pour sortir du CV, on arrête de recruter sur le CV.
05:43On cherche la motivation et on va apporter le petit bout de formation qui va faire la différence.
05:47Ça veut dire que vous, vous accompagnez les demandeurs d'emploi, mais ça veut dire que les entreprises, elles seront trop exigeantes ?
05:53Ça veut dire qu'elles restent focalisées sur le CV ?
05:56Non, mais vous voyez, par exemple, ce matin, chez ce restaurateur, entre recruter dans une brasserie, travailler dans une brasserie et dans un petit restaurant où on est deux ou trois,
06:03finalement, ce n'est pas tout à fait la même réalité, le même métier.
06:05Par exemple, une solution très concrète qu'on a développée à France Travail, on en a fait plus de 500 000 cette année, c'est des immersions professionnelles.
06:13C'est tout bête, mais c'est un jour, une semaine, 15 jours où on met à laisser la personne chez l'employeur.
06:20Et puis, ça permet aussi d'éviter le réflexe parfois encore trop présent en France du « Ah, trop jeune, pas assez d'expérience. »
06:27Ah ben lui, il a plus de 50 ans, trop d'expérience, pas le bon diplôme. Parfois aussi la situation dandique, il n'y a pas le bon nom, pas la bonne adresse.
06:35L'immersion professionnelle, à la fin, c'est plus de 7 personnes sur 10 qui signent le contrat. Parce que ça y est, on a essayé, on s'est connecté et ça marche.
06:42L'emploi, c'est une question de rencontre entre l'employeur et l'employé.
06:46Alors, il y a un secteur qui recrute, c'est la défense. On a entendu, c'était Jean-Pierre Farandou, le ministre du Travail, dire que vous alliez créer une structure nationale dédiée au recrutement, qui passe d'ailleurs chez vous.
07:00Comment ça va se passer ? Il va y avoir un général, une générale qui va être nommée pour chapeauter cette structure. Vous pouvez nous en dire un petit peu plus ?
07:10Oui, alors d'abord, il y a l'ensemble des équipes de France Travail, qui sont déjà mobilisées évidemment sur l'industrie de défense.
07:16Et comme vous l'avez dit, évidemment, il y a de plus en plus de commandes, il y a des énormes enjeux.
07:20Et donc, il faut qu'on accompagne les 4500 entreprises qui sont dans la base de défense à pouvoir recruter sur tous les métiers sur lesquels ils ont besoin.
07:29Quel type de métier ?
07:30Ça peut être, vous allez avoir des métiers plutôt dans la métallerie, dans la chaudronnerie, sur la fabrication de missiles ou d'armements.
07:38Mais vous avez aussi tous les enjeux cyber, donc dans le numérique. En fait, il y a une grande diversité de...
07:43Vous allez dire aux chômeurs aujourd'hui, aux demandeurs d'emploi qui sont inscrits chez vous, aller dans la défense, aller dans ces secteurs-là.
07:50Aujourd'hui, c'est un secteur d'opportunité ?
07:52Oui, c'est un secteur d'opportunité. Mais là où vous l'avez mentionné, c'est effectivement le ministre du Travail qui a donné l'impulsion avec le recrutement d'une générale, je pense.
08:00Vous allez nous dire qui c'est ?
08:02Elle est en cours de recrutement, mais ça va arriver très vite.
08:06C'est vous qui faites le recrutement ?
08:07Je vous donne... Bien sûr, c'est moi. Et puis évidemment, en lien très étroit avec le ministre, mais de façon plus importante,
08:16l'alliance entre France Travail et le fait qu'on ait quelqu'un de l'armée qui vienne nous rejoindre,
08:23c'est compliqué de recruter dans la défense, parce qu'il y a des énormes besoins dans plein d'endroits différents.
08:28Et il faut aussi garder le secret défense sur un certain nombre d'éléments.
08:31Et donc, du coup, le lien entre l'armée et la ministre Catherine Vautrin et le travail, ça va se connecter avec ce binôme France Travail et cette générale qui va nous rejoindre pour la mobilisation générale.
08:43Alors, avant de prendre la tête de France Travail, il y a deux ans, 2023, vous aviez déjà été nommé en 2020 au commissaire à l'emploi et à l'engagement des entreprises.
08:51Vous avez passé l'essentiel de votre carrière, j'ai regardé, dans l'entrepreneuriat social, l'insertion.
08:57Vraiment, l'insertion par le travail, c'est votre credo. Vous avez démarré dans le Pas-de-Calais, là où vous êtes originaire.
09:04Alors, j'ai grandi dans le Pas-de-Calais, mais j'ai démarré à Bonneuil-sur-Marne, en fait, dans le Val-de-Marne et à Paris, sur l'insertion des personnes sans-abri.
09:12Et donc, au-delà de ça, ce qui a quand même accéléré votre ascension au niveau national,
09:18c'est que vous avez été un des premiers marcheurs, aux côtés d'Emmanuel Macron, en 2016.
09:23Vous êtes même présenté en 2017, dans le Pas-de-Calais, là, pour le coup.
09:29Bon, vous avez passé le premier tour, mais le second, vous l'avez perdu.
09:32Je me suis posé une question, en lisant votre parcours.
09:36La politique, vous allez y revenir, ou c'est terminé pour vous ?
09:39Non, mais pour moi, la politique, c'est la politique du concret.
09:42C'est d'ailleurs ce que je fais à France Travail.
09:44Et une des questions majeures pour les Français, c'est le travail,
09:47parce que c'est l'accès à l'autonomie, c'est l'accès à la dignité, c'est faire sa vie.
09:50Et donc, moi, je suis le plus heureux des hommes à France Travail,
09:53avec mes 55 000 collaborateurs à servir cette mission.
09:55Alors justement, vous disiez tout à l'heure, bon, quand même, il faut modérer.
09:58Ce n'est pas si noir que ça, le tableau.
10:00Mais on voit quand même quelques nuages arriver sur 2026.
10:03Comment vous allez faire face, très concrètement,
10:06à cette hausse, en tout cas que prévoit la Banque de France,
10:09un certain nombre d'organismes,
10:11cette hausse des demandeurs d'emploi qui vont arriver chez vous ?
10:13En plus, on vous a coupé quelques postes de conseillers, là, dans le budget.
10:17Comment vous allez faire ?
10:19Écoutez, d'abord, la hausse, pour le moment anticipée,
10:21est quand même vraiment très modérée.
10:23Moi, ensuite, ce que je regarde avec mes équipes,
10:26c'est comment, déjà, répondre à tous les emplois non pourvus.
10:28On a encore plus de 300 000 emplois non pourvus.
10:30Et donc, on peut continuer de faire monter le plein emploi
10:34par les actions qu'on fait auprès des entreprises.
10:36On va aller faire plus de 500 000 prospections d'entreprise
10:38pour pouvoir accompagner toutes les offres d'emploi qui existent
10:41et monter en puissance sur l'accompagnement intensif.
10:44Vous l'avez dit, effectivement,
10:45il va y avoir une baisse d'effectifs de 500 personnes.
10:49Mais de l'autre côté, on travaille sur l'efficience.
10:52Vous savez, les Français, on leur raconte depuis très longtemps
10:54qu'on va faire de la simplification.
10:56Nous, à France Travail, on est en train de la faire.
10:57Et très concrètement, en 2025, les équipes de France Travail,
11:00on a supprimé des processus et des procédures administratives
11:04et bureaucratiques inutiles.
11:05On a mis en place de l'intelligence artificielle
11:07comme jamais on digitalise.
11:09Et du coup, c'est 2300 personnes qui font moins de paperasse
11:12et qui, maintenant, sont devant des chercheurs d'emploi
11:14à faire de l'accompagnement individualisé.
11:17Ok. Et il y a une dernière question, quand même,
11:19qui est la question des contrôles, qui intéresse.
11:21Vous allez aussi augmenter vos contrôles ?
11:23Oui, les contrôles, d'ailleurs, ce n'est pas qu'on va les augmenter,
11:25c'est qu'on les a déjà augmentés en partie,
11:27puisqu'on est passé de 600 000 contrôles en 2024
11:30à 940 000 contrôles en 2025.
11:33Et on va continuer de faire un peu plus de contrôles
11:35si, évidemment, on a les moyens et les effectifs nécessaires.
11:39Pourquoi ? Parce que le contrôle, c'est la garantie
11:41que chacun respecte ses droits et ses devoirs.
11:44Le droit à un accompagnement,
11:45le devoir de rechercher un emploi.
11:46Eh bien, écoutez, merci beaucoup.
11:48On a entendu votre motivation.
11:49Merci d'être venu dans l'invité éco de France Info ce soir.
Commentaires