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00:00L'invité éco, Fanny Guinachet.
00:04Bonsoir à tous, bonsoir Maya Noël, merci d'être avec nous aujourd'hui.
00:08Vous êtes directrice générale de France Digitale.
00:10Alors en deux mots, France Digitale c'est une association qui regroupe plus de 2000 entreprises,
00:15start-up françaises, européennes, dans l'innovation, qui préparent l'avenir.
00:23Alors on a envie de savoir, qu'est-ce que ça pèse en France l'intelligence artificielle ?
00:29Alors il faut savoir qu'en France, on est le premier écosystème dans l'Union Européenne de l'intelligence artificielle.
00:37Donc on est en haut du podium européen.
00:39Tout à fait. Après si on se compare à l'échelle mondiale, on est dans les courses parallèles quelque part,
00:45puisqu'on est vraiment sur les Etats-Unis qui aujourd'hui sont quand même les gros acteurs dans le domaine,
00:49mais aussi la Chine que parfois on regarde assez peu, mais qui ont une capacité d'industrialisation assez phénoménale.
00:54Ce que vous nous dites c'est qu'on est des nains sur les chiquets quand même.
00:58Non, ce n'est pas ce que je veux dire. On a quand même la chance en Europe et en particulier en France d'avoir d'excellents talents
01:03qui produisent des applications autour de l'intelligence artificielle qui sont assez phénoménales.
01:08Après des applications qu'on utilise au quotidien, sans le savoir, j'imagine pour ceux qui sont dans leur voiture,
01:13qui parfois utilisent leur GPS, le fait de pouvoir obtenir le chemin le plus court pour aller à sa destination,
01:18c'est déjà de l'intelligence artificielle.
01:19Et aujourd'hui c'est vrai qu'on a des utilisations beaucoup plus sophistiquées.
01:22Je pense par exemple dans la chirurgie, on a des bras robots, je pense à une de nos start-up qui s'appelle Ganymede Robotique.
01:28Ce que vous nous dites c'est que ce qu'on utilise par exemple dans la voiture ou en chirurgie, ce sont des innovations françaises ?
01:37Oui, pour la plupart. La start-up que je viens de vous citer, ou quand vous écoutez de la musique sur Deezer,
01:42qui vous recommande des morceaux en fonction de vos goûts musicaux, ça c'est français.
01:46Et des applications qui sont diverses. J'aimerais bien m'arrêter sur la santé parce que ça est partie des secteurs où on est certainement les meilleurs,
01:52parce qu'on a une très bonne médecine. Et donc là, on a des super bons cas d'usage, des très bonnes applications de l'IA.
01:57Et c'est ça ce qu'on cherche quelque part quand on développe une technologie, c'est d'avoir les meilleurs usages possibles.
02:02Et je pense qu'en France et en Europe, on a d'excellents métiers, on a cette capacité à avoir d'excellents ingénieurs capables de le faire.
02:09Allez-y, continue.
02:10Un autre point que je voulais ajouter, c'est que l'IA, ce n'est pas simplement les usages, c'est en fait toute une infrastructure.
02:16Ce qui est assez intéressant, quand je vous disais dans votre voiture, vous utilisez l'IA, c'est qu'aujourd'hui, des voitures sont fabriquées en l'intégrant directement de l'IA.
02:23C'est comme de l'électronique ou de l'électricité. C'est toute une infrastructure.
02:26Donc l'IA, c'est à la fois des puissances de calcul à travers des cartes à puces, c'est du stockage de données.
02:33Mais ça justement, ça vient de l'étranger. Ces cartes à puces, on les fabrique très peu en Europe.
02:36On les fabrique très peu. Néanmoins, on a aujourd'hui des startups sur toutes ces couches de la chaîne de valeur de l'IA.
02:43Qu'est-ce que ça veut dire ? Effectivement, si on prend la couche des données dans le cloud, vous savez, le stockage des données,
02:5180% des parts de marché en Europe sont trustées par des Américains.
02:55Ça veut dire qu'une grosse partie de la valeur va vers les États-Unis.
02:57Ça veut dire que les données, ce sont quand même les Américains qui les détiennent.
03:00Aujourd'hui, clairement, en tout cas sur le marché européen, qui sont clairement les leaders.
03:05On a néanmoins des alternatives.
03:07Des très belles boîtes françaises comme OVH, Scaleway, qui elles aussi sont capables de stocker nos données.
03:12Néanmoins, aujourd'hui, elles n'ont pas les mêmes moyens pour se développer.
03:16Elles n'ont pas les mêmes moyens à deux égards.
03:17Parce que déjà, on est en capacité en Europe de financer sur un rapport, on va dire, de 1 à 100 par rapport aux États-Unis.
03:23Donc, on a moins d'argent en matière, ça fait une très grosse différence.
03:27Mais pour avoir de l'argent et des capitaux, en fait, ce dont on a besoin surtout, c'est de clients.
03:31Et aujourd'hui, la commande publique et la commande privée à destination de nos start-up est beaucoup trop faible.
03:36Ce que vous voulez dire, c'est qu'aujourd'hui, finalement, les grandes entreprises ou l'État se tournent plus facilement vers des solutions,
03:43peut-être américaines ou même chinoises, asiatiques, je ne sais, et pas suffisamment vers des solutions européennes qui existent.
03:50Beaucoup vers des solutions américaines parce qu'en fait, c'est un écosystème d'innovation qui s'est développé avant l'écosystème européen,
03:57dans les années 70, là où nous, on a peut-être commencé dans les années 2000.
04:00Et on a quand même vraiment explosé, j'ai envie de dire, en France autour des années 2010-2015,
04:05où moi, pour avoir travaillé dans le recrutement, j'ai vu des profils pour qui le rêve ultime était d'aller travailler dans la Silicon Valley
04:10qui progressivement sont revenus en Europe parce qu'on a quand même de belles entreprises qui ont émergé.
04:15Mais néanmoins, elles sont plus jeunes.
04:16Et qu'est-ce qui se passe dans la tête d'un directeur IT dans un grand groupe ?
04:20Il veut des systèmes d'information qui va gérer tous ces systèmes-là.
04:25Il a envie d'avoir quelque part l'outil qui va aussi rassurer sa direction,
04:29qui sait être robuste parce qu'il a tout un historique sur le savoir-faire et les compétences.
04:34Et pas forcément la solution toute nouvelle, alternative, sur laquelle on n'a pas forcément un peu de recul.
04:39C'est vrai. Et donc en France et en Europe, on a souvent la solution challenger, l'alternative, plus jeune.
04:45Mais néanmoins...
04:46Mais il n'y a pas une prise de conscience avec la géopolitique, pardonnez-moi,
04:49mais avec l'environnement, on voit bien les difficultés aujourd'hui que l'on peut avoir avec les Etats-Unis.
04:55Est-ce qu'il n'y a pas une prise de conscience de la part de ces grands groupes ou de ces environnements aujourd'hui
05:01pour se dire finalement on va prendre une solution plus européenne ?
05:05Ça fait longtemps qu'on essaye d'animer, de faire prendre conscience à ces acteurs publics et privés qu'il faut effectivement sortir de cette dépendance.
05:14Et le contexte géopolitique actuel aide. C'est plutôt favorable.
05:18Mais en un mois, c'est beaucoup trop lent.
05:19Il y a une étude qui a été révélée par la French Tech, qui est l'administration au sein de la Direction Générale des Entreprises,
05:25qui observe ce qui se passe...
05:26Tout à fait, qui regarde ce qui se passe dans cet écosystème.
05:30Mais la commande privée à destination des startups, elle a progressé.
05:33On est passé de 1,9 à 2.
05:35C'est dans ses ordres de grandeur. C'est ridicule.
05:36Alors qu'aujourd'hui, les grands groupes, ils devraient en fait sous-traiter leur innovation pour 20-25% auprès de startups.
05:43Parce que c'est comme ça en fait.
05:44C'est à travers des nouveaux entrants qu'on arrive véritablement à créer de l'innovation.
05:49Parce qu'il y a cette compétition et cette capacité à aller vite.
05:51Parce qu'en fait, c'est ça dont on manque en Europe.
05:54C'est 1, cette capacité à aller très vite.
05:57Comme peuvent le faire les Etats-Unis parce qu'ils ont beaucoup de moyens.
05:59Ou la Chine parce qu'ils sont organisés différemment et en écosystème.
06:02Et aussi parce qu'on manque de moyens de passer à l'échelle.
06:06Le problème de la France et de l'Europe, c'est qu'on est sur un marché qui est beaucoup trop fragmenté.
06:11C'est pas très encourageant.
06:12Vous allez leur dire, mardi prochain, il y a un sommet de l'IA que vous organisez.
06:17D'ailleurs, l'IA Day.
06:18C'est ce que vous allez dire à l'écosystème.
06:20C'est-à-dire, réveillez-vous.
06:22Il faut aller beaucoup plus vite.
06:25Il faut passer plus de commandes.
06:26En même temps, on est dans un environnement où on voit qu'il y a quand même peu de moyens.
06:31Je ne pense pas qu'il faille se décourager.
06:32Au contraire, c'est un moment de prise de conscience, comme vous le disiez.
06:35Et c'est parfois dans des moments un peu de crise qu'on se réveille et qu'on arrive à sortir des choses extraordinaires.
06:41Est-ce que ces solutions sont plus chères, par exemple ?
06:43Ce que je vous ai dit, c'est que les solutions, en tout cas, elles sont là.
06:45Elles sont sur toute la couche de la chaîne de valeur.
06:48Et surtout, elles sont sur des cas d'usage très spécifiques, un peu comme de la haute couture, si vous voulez.
06:52Et maintenant qu'on a tous ces usages-là, on connaît les constats.
06:55On sait qu'on est moins capable d'investir dans la R&D.
06:58On sait aujourd'hui qu'il faut pouvoir gagner des parts de marché.
07:01Donc, une fois que le constat est posé, une fois qu'on a fait le diagnostic,
07:04les solutions, elles sont en face.
07:05Et il faut les mettre en place, on les connaît.
07:07Et donc, il suffit d'accélérer.
07:08Et pour ça, il faut à la fois un alignement des volontés politiques,
07:11avec une véritable politique industrielle au niveau de l'Europe,
07:14pour se dire, d'accord, on va décider d'investir massivement dans l'IA.
07:17Et vous trouvez qu'aujourd'hui, il n'y a pas assez de volontés politiques, par exemple ?
07:19Ça a commencé.
07:19Ça a été amorcé, d'ailleurs, l'année dernière, à la même date, au sommet de l'IA,
07:23quand on a annoncé plus de 100 milliards d'investissements,
07:26notamment dans les data centers en France.
07:28Des centres de données.
07:29Des centres de données.
07:30Pour justement vouloir véritablement créer tout un écosystème européen
07:33qui va être capable de faire émerger toute une nouvelle génération d'entreprises.
07:37Donc, non, les efforts d'investissement, ils sont faits.
07:39Je pense que ce qui manque en face, pour vraiment accélérer,
07:41c'est cette capacité à dire, je choisis.
07:43Je choisis de faire une préférence européenne dans mes achats technologiques.
07:47Alors, l'année...
07:48Attendez, ce n'est pas du protectionnisme,
07:50parce que ce que je suis en train de dire,
07:51c'est qu'on a juste besoin de quelque part de marché supplémentaire
07:53pour amorcer une dynamique positive.
07:56Et donc, voilà, le constat peut dire,
07:58oui, c'est vrai qu'on est en retard,
07:59mais en fait, on a tout ce qu'il faut pour rattraper notre retard.
08:01Alors, ça, ce sont pour les entreprises,
08:02mais moi, simple, particulier,
08:04qu'est-ce que je peux faire demain
08:05si je veux faire une préférence européenne, par exemple ?
08:08C'est commencer à vous dire,
08:10quand vous utilisez un logiciel,
08:13c'est-à-dire une application, par exemple,
08:14vous avez téléchargé sur votre téléphone,
08:16de vous dire, est-ce que c'est une application française ?
08:18Est-ce que c'est une application américaine ?
08:19Et comment je le sais ?
08:20Comment j'arrive à me renseigner ?
08:21Je pense qu'il faut tout simplement aller regarder les conditions générales
08:24ou vous renseigner sur Internet,
08:25vous trouverez assez facilement...
08:26Par exemple, sur les IA,
08:27les Tchad GPT, les Gemini,
08:30ce sont des IA plutôt américaines.
08:33Est-ce qu'il y en a que l'on peut...
08:36Qu'est-ce que vous nous conseillez, par exemple,
08:37dans les IA françaises ou européennes ?
08:40Alors, c'est vrai que si, c'est dans votre cadre privé,
08:43une alternative très simple à Tchad GPT,
08:45c'est tout simplement Mistral.
08:45Je pense qu'on en parle beaucoup dans les médias aujourd'hui.
08:47Ça, c'est une IA française.
08:50Est-ce que Mistral, c'est quand même pas l'arbre qui cache la clairière,
08:56finalement, assez parsemée ?
08:57Il y en a d'autres des Mistral en gestation ?
09:00Alors, Mistral, c'est un cas particulier.
09:01C'est des modèles de fondation.
09:02Je ne pense pas qu'on ait besoin d'avoir plusieurs Mistral.
09:05Mais néanmoins, des applications très concrètes du quotidien françaises,
09:09par exemple, quand vous allez chez le médecin
09:12et que vous prenez votre rendez-vous via Doctolib,
09:15il y a toute une suite d'IA derrière.
09:17D'ailleurs, ils viennent de recruter des super ingénieurs en IA
09:19venus des Etats-Unis expressement pour travailler chez eux.
09:21Voilà, il y en a des solutions françaises.
09:23Donc, je pense que oui, en tant que consommateur,
09:25on doit se poser la question de se dire,
09:26quand j'utilise quelque chose,
09:28qui est-ce qui en capte la valeur ?
09:30On a entendu.
09:31Alors, justement, cet environnement, cet écosystème,
09:35vous le connaissez bien, vous êtes presque tombé dedans
09:37quand vous étiez jeune,
09:38puisque vous avez démarré tout de suite dans ce secteur.
09:41Non pas que vous soyez très vieille,
09:42puisque vous n'avez même pas 40 ans.
09:44Mais la question des talents,
09:45vous avez démarré dans le secteur du numérique
09:49et vous étiez chasseuse de tête, justement,
09:51en fondant une start-up spécialisée
09:54dans le recrutement de talents de ces nouvelles technologies.
09:57Vous voyez des changements aujourd'hui ?
09:58Vous voyez, par exemple, une prise de conscience
10:00chez les jeunes ou les moins jeunes
10:01et se dire, on ne va peut-être pas aller travailler
10:04comme vous le disiez tout à l'heure aux Etats-Unis,
10:06on va peut-être plutôt s'intéresser à l'Europe
10:07ou finalement, rien ne change ?
10:09C'est vrai que j'ai eu la chance d'arriver
10:10sur le marché du travail autour des années 2010
10:12où c'était vraiment l'arrivée
10:14de toutes ces nouvelles applications.
10:15Notamment, c'est le moment où on est arrivé
10:16avec des smartphones dans nos poches
10:17avec la possibilité d'avoir des applications.
10:19Donc, c'est tout un écosystème d'entreprises
10:21qui se sont notamment développées en France.
10:23Je pense à des blabla-cars,
10:25à des ventes privées,
10:26à des deezers, j'en parlais tout à l'heure.
10:28Et ces entreprises-là, je me suis dit,
10:29c'est génial, il se passe quelque chose.
10:32Elles sont ultra dynamiques,
10:33tout le monde les utilise,
10:34c'est des nouvelles marques qui donnent envie.
10:36Et c'est ce qui a pu provoquer,
10:39je pense, quelques années après,
10:40je suis tiré ça autour de 2015-2020,
10:42un véritable retour de différents ingénieurs
10:44que du coup, moi, je chassais
10:46pour qu'ils viennent travailler
10:47pour les entreprises françaises,
10:49qui avaient tous en tête ce rêve
10:50de la Silicon Valley
10:51et qui, en fait, ont assez vite revenu tout ça
10:53en se disant, en fait,
10:54il se passe vraiment quelque chose en France.
10:56Alors, justement, sur la question des emplois,
10:58quand on est aujourd'hui,
11:00on voit quand même plutôt
11:01que l'intelligence artificielle supprime des emplois.
11:03On entend tous les jours
11:04des vagues massives de suppression de postes,
11:07notamment à cause de l'IA,
11:08que ce soit dans le secteur bancaire,
11:12dans plein de secteurs.
11:13Aujourd'hui, demain,
11:15l'IA va tous nous mettre au chômage,
11:17c'est un peu la crainte ?
11:18Alors, déjà, je pense qu'il faut relativiser
11:20avec les gros titres de plans de licenciement.
11:23Je pense que, de toute façon,
11:24on est dans une période économique
11:24qui est compliquée
11:25et que peut-être que le fait de parler d'IA,
11:28c'est un peu de trouver une manière marketing
11:30d'annoncer ses plans de licenciement.
11:31Je pense qu'il est très compliqué aujourd'hui
11:33de dire concrètement
11:34combien d'emplois l'IA va créer ou détruire.
11:37Nous, dans l'étude qu'on a sortie la dernière
11:39et qu'on va renouveler la semaine prochaine,
11:40qui va sortir mardi,
11:42vous allez voir que, en fait,
11:43toutes ces entreprises que je vous cite
11:44dans l'IA en France,
11:45elles créent énormément d'emplois
11:47et qui plus est, elles continuent à créer.
11:48Vous pouvez nous dire énormément, ça veut dire ?
11:50C'est des dizaines de milliers
11:51et surtout, elles sont toutes en phase de recrutement
11:54et ça s'accélère très, très vite.
11:55Donc, c'est compliqué d'en tirer des conclusions
11:58et je vous parlais de ce moment
12:00où je suis rentrée sur le marché du travail en 2010
12:01où, pareil, en fait,
12:03c'était la révolution numérique,
12:04il y avait des nouveaux métiers de développeurs
12:05qui, quelque part,
12:07rendaient obsolètes des métiers de webmaster,
12:08mais en fait, c'est juste
12:10des renouvellements de compétences.
12:12C'est des nouveaux métiers qui apparaissent.
12:13On va suivre,
12:14on va écouter le renouvellement des compétences.
12:17C'est comme ça que vous le dites joliment
12:19pour dire qu'il y aura de l'emploi demain
12:21grâce à l'intelligence artificielle.
12:23Merci Maya Noël,
12:23directrice générale de France Digitale,
12:25d'être venue ce soir
12:26dans l'Invité Éco de France Info
12:29et puis vous allez retrouver
12:30tout de suite votre 17-20
12:32avec Jules Dequisse.
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