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  • il y a 13 heures
C pas si loin propose de décrypter les enjeux contemporains en France et à l'international depuis les Outre-mer. Présenté par Karine Baste, C pas si loin explore le monde depuis les Outre-mer. Cette France des trois océans, au carrefour de frontières et d'influences croisées, répond autrement aux dynamiques économiques, écologiques, géopolitiques et culturelles. Ce magazine propose un regard singulier sur nos enjeux contemporains et la place des territoires ultramarins dans le monde. Année de Production :

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00:09Bonjour à tous, très heureuse de vous accompagner pour ce nouveau numéro de C'est pas si loin.
00:14Il a passé dix ans à la délégation interministérielle pour l'égalité des chances des Français des Outre-mer.
00:19Il est aujourd'hui le délégué de Mayotte à Paris. Faridi Atouman est notre invité aujourd'hui.
00:24Ensemble, retour sur les actualités ultramarines de la semaine, à commencer par Mayotte depuis Chido.
00:31Qu'est-ce qui a vraiment changé ? Peut-on parler de reconstruction ? Et combien de vies sont encore
00:36suspendues ?
00:37Parce qu'une actualité n'est rarement qu'un instant T. Nous vous avons proposé un droit de suite cette
00:41semaine. On y revient.
00:43Ce sont les multiples tremblements de terre qui, à Mayotte, en 2018, ont mis la puce à l'oreille des
00:47scientifiques.
00:49Un an plus tard, 2019, un nouveau volcan sous-marin était découvert sur la planète.
00:53Il naissait tout juste. Gros plan à suivre sur le Fanny Mahoré.
00:58Et puis, y aura-t-il véritablement réparation pour les enfants de la Creuse ?
01:02Une proposition de loi en ce sens a été adoptée à l'unanimité à l'Assemblée nationale fin janvier.
01:07Le texte prévoit une commission pour la mémoire, une journée nationale d'hommage et surtout une allocation pour les victimes.
01:14On entendra notre invité à ce sujet également. Bonjour Faridi Atouman.
01:19Bonjour Karine.
01:20Je suis ravie de vous accueillir sur le plateau de C'est pas si loin.
01:23Alors, vous représentez le département de Mayotte à Paris, notamment à travers la maison de Mayotte.
01:28Quelles sont exactement vos missions ?
01:31Alors, au sein de la délégation de Mayotte à Paris, nous sommes, je dirais quelque part, un poste avancé du
01:37département région ici en Hexagone.
01:40Vous savez que nous sommes situés à plus de 10 000 kilomètres de Paris.
01:43Et pour faire avancer nos sujets, on a besoin d'être là.
01:49Originellement, cette délégation qui était à l'époque maison de Mayotte avait pour mission d'accompagner les premiers cohortes d
01:57'étudiants qui arrivaient ici.
01:59Vous le savez sans doute, l'université de Mayotte de plein exercice est récente.
02:04Donc, chaque année, nous avons pratiquement plus de 4 000 jeunes qui quittent le territoire.
02:10Donc, ces premières missions consistaient à organiser l'accueil, l'installation et surtout conforter ces étudiants dans leur première démarche
02:20d'études ici en Hexagone.
02:22Et puis, avec le temps faisant, Mayotte a évolué en tant que statut, en tant que département d'outre-mer
02:29et plus récemment département région.
02:31Donc, nous avons un cœur au sein de notre travail de représenter le territoire, promouvoir l'excellence, les talents et
02:41puis surtout assurer un rôle de veille stratégique sur l'ensemble des sujets qui peuvent concerner Mayotte.
02:47Vous savez, souvent, on est aussi mieux représenté que par soi-même.
02:53Évidemment. Vous l'avez dit, Mayotte est un département français, le 101ème, depuis 2011.
02:58Toutefois, son identité, Faridia Toumane, est contestée jusque sur la scène internationale.
03:03Les Comores estiment toujours que Mayotte est comorienne.
03:05L'ONU n'a toujours pas reconnu officiellement la souveraineté française.
03:09Est-ce que vous diriez que, quelque part, votre rôle est aussi un peu diplomatique ici à Paris ?
03:15Effectivement, parce que c'est une histoire qui ne date pas d'aujourd'hui, mais je pense qu'à un
03:21moment donné, il faut effectivement accepter le choix des Mahorais.
03:25Parce qu'au-delà de cette situation, je dirais que le peuple maorais a été visionnaire.
03:32Parce que là, on remonte quand même à l'époque des indépendances.
03:34Là où certains y voyaient une opportunité d'être indépendants, les Mahorais, dès les premières démarches qui ont été…
03:44Dès les premiers référendums.
03:45Voilà, ils ont manifesté leur souhait de rester au sein de notre pays, donc la France.
03:53Vous êtes un fonctionnaire d'État, Faridia Toumane.
03:56Lorsqu'on est délégué de Mayotte à Paris, qu'on représente d'une certaine façon cette maison de Mayotte dont
04:02je parlais tout à l'heure,
04:03est-ce qu'on est davantage un acteur social, un médiateur social ou un acteur politique ?
04:10Je pense qu'il faut jouer les deux.
04:11Il faut être vraiment équilibriste à ce niveau-là, parce qu'il y a des sujets, effectivement, où il faut
04:15être un médiateur social.
04:17Il y a des sujets où il faut savoir, de temps en temps, rehausser le niveau et porter les sujets,
04:23en tout cas nos enjeux,
04:24qui sont nécessaires auprès des administrations centrales et puis, de manière générale, l'ensemble de l'écosystème gouvernemental.
04:30On va prendre la direction de Mayotte, justement, si vous le voulez bien.
04:33C'est à ce territoire que nous avions consacré le tout premier numéro de « C'est pas si loin
04:39» en janvier 2025.
04:40C'était juste après le passage du cyclone Shido.
04:42Et nous avons choisi, en ce mois de mars 2026, de retourner voir les mêmes protagonistes qu'à l'époque,
04:48aux mêmes endroits, afin de constater l'évolution plus d'un an après le cyclone.
04:52Extrait.
04:58Janvier 2025, un mois après le passage de Shido, « C'est pas si loin » consacre sa toute première
05:03émission à Mayotte.
05:05Tatiana Loubière, directrice de l'école primaire associative APEM, nous montre alors ce qu'il reste de son établissement,
05:12entièrement dévasté par le cyclone.
05:14Comme vous pouvez voir, une toiture, il n'y a plus rien en tant que parent,
05:18parce que moi-même, je suis parent d'élève avant d'être responsable de cette école.
05:24C'est un déchets, mon total, c'est le désespoir.
05:32Nous avons retrouvé Tatiana et nous sommes retournés dans l'école.
05:37Le bâtiment n'a pas été reconstruit.
05:42Revenir ici, un an après Shido, on a pillé, on a volé des matériels des élèves.
05:50Il y en a qui ont pris l'eau, il y a même des livres qu'on n'a même
05:54pas encore utilisés,
05:55qu'on n'a même pas fini de payer, qu'on a dû jeter.
05:59Les salles sont vandalisées.
06:00J'ai toujours ce sentiment de tristesse, d'incompréhension, d'impatience.
06:13Quand est-ce qu'on va retrouver notre école primaire ?
06:18Quand est-ce que les enfants, nos enfants, nos élèves vont retourner ici ?
06:25Elle est encore très compliquée la situation sur le territoire et c'est un euphémisme.
06:29Depuis Paris, de quelle façon est-ce que vous suivez la reconstruction à Mayotte ?
06:33Alors, déjà, dire combien ça me touche, parce que dans mon parcours, dans mes casquettes professionnelles,
06:41j'étais chargé de mission régionale lutte contre l'illettrisme.
06:43Et l'on sait qu'à Mayotte, c'est un sujet, la maîtrise de la langue française.
06:49Et de voir qu'effectivement, 15 mois après le passage de Cyclone,
06:53voir une école aussi dévastée avec des enfants qui, malheureusement,
06:58ne pourront pas retourner dans leur école, fait beaucoup de peine.
07:05Alors, cela montre aussi que tout n'est pas réglé encore,
07:08puisque j'aimerais dire que Shilo, en Shimaoré, signifie miroir.
07:13Et ce miroir a mis à nu les absences, je dirais, les manquements
07:21pour accompagner l'évolution de Mayotte, n'est-ce qu'est-ce qu'au niveau éducatif ?
07:25Et je trouve vraiment dommage.
07:28Je sais que l'État s'est déployé dans les urgences au lendemain du Cyclone.
07:33Moi-même, j'étais, depuis Paris, j'étais connecté avec le ministère des Outre-mer.
07:39J'avais des rencontres régulières avec les conseillers du ministre de l'époque.
07:44Mais c'est vrai qu'on constate quand même qu'il y a un retard à l'allumage.
07:49C'est terrible, je ne savais pas qu'il voulait dire miroir, ce mot Shido.
07:52Et c'est d'autant plus glaçant quand vous parlez de cette jeunesse,
07:55parce qu'on parle du territoire du département français le plus jeune
07:58et 60% de la population à moins de 25 ans.
08:01Quel avenir, du coup, pour ces dizaines de milliers de personnes
08:04sans scolarité au quotidien, sans eau au quotidien, sans sécurité au quotidien ?
08:10Ça fait partie des combats que nous menons ici, en tout cas au niveau de la délégation.
08:15On relaie les demandes qui viennent de l'exécutif et puis de la population.
08:25C'est vrai que c'est une situation qui demande quelque part, je dirais presque un plan Marshall.
08:32Parce qu'on a tendance, souvent, dès par mes observations quand j'étais au ministère des Outre-mer,
08:39de régler les problèmes de manière ponctuelle.
08:44Urgente.
08:45Urgente. On ne se projette pas vraiment dans le moyen et dans le long terme.
08:49Et là, en l'occurrence, il y a Mayotte, dès par sa démographie,
08:55dès par l'ensemble des caractéristiques que vous venez de citer,
08:59a besoin réellement d'un accompagnement d'un niveau un peu plus élevé.
09:04Je me demande à quel point la situation a véritablement empiré.
09:08C'est un territoire sur lequel vous avez vous-même étudié.
09:10Vous êtes allé au collège à Mayotte, vous avez passé le bac à Mayotte.
09:14À l'époque, à quoi ressemblait déjà votre quotidien ?
09:17La fréquence de la scolarité ? L'eau ? Les activités périscolaires, peut-être ?
09:22À quoi ressemblait votre quotidien ?
09:23Alors, Mayotte, on dit régulièrement que la scolarisation de masse a démarré dans les années 80.
09:30Et quant au dit scolarisation de masse, c'était quelques milliers de jeunes qui, effectivement, allaient à l'école.
09:35Et de mon temps, quand j'allais au collège à Zahoudi, puis plus tard au lycée de Mamoudzou,
09:41c'était… il faisait bon vivre.
09:43On n'était pas aussi impactés par ce que nous connaissons aujourd'hui.
09:48Donc, c'est la pression démographique qui a tout changé ?
09:50Absolument.
09:51La pression démographique et le fait que les politiques publiques n'ont pas suivi.
09:55On parle régulièrement, ici, du dernier kilomètre de la politique publique.
10:01Et là, à Mayotte, je ne sais pas, est-ce que c'est les 10 000 kilomètres qui nous séparent
10:05des paris
10:06qui font qu'on a du mal à les atteindre ?
10:08Mais, effectivement, il y a un enjeu terrible, ne serait-ce qu'au niveau éducatif,
10:15parce que nous avons des milliers de jeunes qui n'ont pas d'accès à l'école.
10:20Et puis, derrière, nous avons quand même, selon les chiffres de la Domme que nous avons,
10:25plus de 4 000 jeunes qui quittent chaque année le territoire
10:28parce que l'offre de formation universitaire n'est pas suffisante.
10:31C'est qu'ils créent d'autres problématiques à gérer une fois qu'ils arrivent ici en Exergue.
10:35La Domme étant l'agence de l'outre-mer pour la mobilité
10:37et les Mahorais étant les principaux bénéficiaires, effectivement, de cette mobilité.
10:43On va rester à Mayotte, Farid Yatouman, si vous le voulez bien.
10:45Un territoire particulièrement vulnérable, on l'a compris,
10:48mais qui n'a jamais vraiment développé une culture du risque.
10:51Et le cyclone Chido l'a donc mis en exergue.
10:53Faut-il donc se soucier désormais du Fani Mahoré ?
10:56Ce volcan sous-marin a été découvert en 2019 au moment de sa naissance, en pleine éruption.
11:01Extrait.
11:06Sous la surface aux apparences calmes,
11:09des bulles de gaz s'élèvent lentement des fonds sous-marins de Mayotte.
11:16Sur Terre, ces émanations sont connues depuis longtemps.
11:21Regardez, là c'est vraiment un mini geyser.
11:24Sous petite Terre, il y a une chambre magmatique en bas.
11:29Elle est très profonde.
11:31Il y a des failles et des fissures qui remontent jusqu'ici.
11:35À travers ces fissures, on a des sorties de gaz.
11:39Vraiment, c'est la manifestation visible de l'activité volcanique
11:42qu'il y a sous petite Terre à Mayotte.
11:50En mai 2018, cette activité a pris une autre dimension.
11:55Oh mon Dieu !
11:57L'île de l'océan Indien a été le théâtre d'une série de séismes inédits dans la région.
12:02Un an plus tard, les scientifiques découvrent l'origine de ces secousses.
12:06Une éruption volcanique sous-marine provoquée par la naissance d'un volcan baptisé depuis Fanny Mahoré.
12:13Il faut savoir qu'il y a une éruption qui est assez importante,
12:15notamment en termes de volume émis.
12:175 km3, c'est énorme en un an.
12:20On a eu des débits qui ont atteint 400 m3 par seconde.
12:22Pour comparaison, pour ceux qui connaissent le piton de la Fournaise,
12:25c'est 100 fois plus qu'une éruption classique du piton de la Fournaise.
12:30Le volcan Fanny Mahoré est situé à peu près à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Petite Terre.
12:35Le sommet de ce volcan est à 2800 mètres de profondeur.
12:38Il fait à peu près 800 mètres d'altitude.
12:41C'est un très grand volcan produit par une des plus grosses éruptions sous-marines des derniers millénaires.
12:47L'éruption du Fanny Mahoré est terminée depuis 2020.
12:50Fort heureusement, l'activité est calme depuis.
12:53Malgré tout, est-ce une chose dont les Mahorais parlent entre eux ?
12:56Que ce soit là-bas, où vous vous rendez, de temps à autre,
12:59ou ici, à Paris, au sein de la communauté mahoraise ?
13:01Est-ce que c'est un volcan qui inquiète ?
13:03Complètement.
13:05Rappelons-nous quand même que lorsque les premières secousses sont arrivées,
13:09c'était une grande frayeur.
13:11On n'est pas habitués, surtout...
13:14On a appelé à des séismes qui étaient répétitifs.
13:17Bien sûr.
13:18Donc, pendant plusieurs mois, les gens ne comprenaient pas.
13:21La nouveauté et la fréquence.
13:22Et la fréquence.
13:22Et puis surtout, le fait que nous sommes quand même dans une île avec des idées reçues.
13:28Donc, face à un phénomène comme ça, tous les commentaires, les croyances,
13:33tout est mis en ébullition.
13:35Donc, une grande peur, mais très rapidement, effectivement,
13:40les services de l'État, en tout cas les experts, ont permis d'indiquer
13:47que c'était effectivement la naissance d'un volcan.
13:51Chose que, je dirais, sur l'ensemble de la planète,
13:54c'est la première fois que les humains vivent...
13:57Assistent à la naissance d'un volcan sous-marin.
13:59Absolument.
14:00C'est vrai qu'il y en a beaucoup sur la planète,
14:01peu sont découverts et encore moins au moment de leur naissance.
14:03Voilà, donc là, on est face à quelque chose d'exceptionnel.
14:06J'ai même une anecdote.
14:09Le monsieur qui parle, monsieur Hashim, qui parle à...
14:14J'ai échangé avec lui il n'y a pas très longtemps.
14:17Il me parlait d'un passage de l'un des milliardaires,
14:20malheureusement décédé maintenant, Paul Allen,
14:23qui, avant de sa chambre condamnée, a demandé à ses équipes
14:27de lui trouver un lieu, parce que lui, il espérait aller sur Mars,
14:32de lui trouver un lieu exceptionnel à visiter.
14:35Et une fois réunis, ses équipes lui ont dit
14:38le lieu exceptionnel à visiter sur Terre, ça serait Mayotte,
14:41parce qu'il y a la naissance de ce volcan qui est là
14:44et qui mérite effectivement d'être vu.
14:48Évidemment, c'est un phénomène exceptionnel, c'est certain.
14:50Malgré tout, le risque potentiel existe,
14:53même si à ce jour, a priori, l'activité est calme.
14:56Est-ce que vous travaillez de concert avec les autorités maoraises,
14:59peut-être ici à Paris avec le ministère des Outre-mer
15:02sur d'éventuels scénarios, si jamais le Fani Maorais devait se réveiller ?
15:06Alors, sur cette partie-là, on peut dire que le bureau, le BRGM,
15:10les services de l'État de manière générale sont mobilisés.
15:13Il y a des plans de sensibilisation qui sont mis en œuvre.
15:17Effectivement, nous sommes quand même à 50 kilomètres de la Petite Terre.
15:20Si jamais ce volcan devait se réveiller, vous l'avez entendu,
15:24l'experte disait tout à l'heure qu'en termes d'éruption,
15:27c'est 100 fois plus que ce qui se fait au niveau du piton de la fournaise,
15:33c'est quelque chose d'immense.
15:35Donc, de ce côté-là, les services sont préparés au cas où il y aurait une crise.
15:40Maintenant, au niveau de ma mission ici,
15:44je n'ai pas particulièrement de contact avec les services ici pour ce sujet-là.
15:49Est-ce que Mayotte, malgré tout, a la capacité de se protéger ?
15:54Quand on parle de cet archipel, on parle de ses vulnérabilités,
15:57de sa pauvreté, de la pression démographique.
16:00Vous y faisiez allusion vous-même tout à l'heure.
16:02Et du coup, naturellement, on se demande si une éruption pareille devait survenir.
16:06Est-ce que la population aurait la capacité de s'en protéger ?
16:10Ce n'est pas tant au niveau de la population, c'est au niveau des services.
16:13Bien sûr. Est-ce que les services auraient la capacité de protéger la population ?
16:16Quand on a un phénomène comme ça, c'est ce que je disais, effectivement,
16:18il y a un travail qui est mené dans ce sens.
16:21Au cas où ça arriverait, on ne le souhaite pas.
16:24Mais effectivement, il y a tout un travail qui est...
16:26Mais moi, ce que je voudrais, il faut toujours voir les choses dans leur côté positif.
16:29Bien sûr.
16:30C'est encore revenir sur le côté exceptionnel de la naissance de ce volcan,
16:34qui, quelque part, crée une attractivité pour Mayotte,
16:37pour de nombreux scientifiques qui s'intéressent au sujet.
16:40Et puis surtout, pour nous, moi, je me bats ici pour l'accompagnement des jeunes.
16:44On en parlait tout à l'heure. Mayotte, c'est plus de 60% de la population à moins de
16:4820 ans.
16:49Donc peut-être qu'on va avoir les futurs experts volcanologues
16:52à travers ce Fanny Maoré qui est chez nous.
16:56Donc en tout cas, c'est tout ce que je souhaite.
16:58Mais j'essaye, une chose est sûre, c'est que nous avons une rencontre avec la planète.
17:04Elle est là et ça se déroule à Mayotte.
17:07C'est ce qu'on souhaite, en tout cas, pour le département, que ça puisse servir.
17:10Quel rapport entre les Maorés et leurs voisins réunionnais ?
17:14On se posera la question après notre troisième extrait de la semaine,
17:16puisque pour la première fois, un texte adopté à l'unanimité par l'Assemblée nationale
17:20prévoit de réparer les préjudices subis par les enfants de la Creuse.
17:24Ces mineurs qui, des années 60 à 80, ont été arrachés de force à leur famille
17:28afin d'aller repeupler la Creuse.
17:31Regardez.
17:33Entre 1962 et 1984, plus de 2000 enfants réunionnais ont été exilés de force en Hexagone,
17:41dans des départements dépeuplés comme la Creuse.
17:45Des bébés, des enfants, des adolescents arrachés à leur terre et leur famille
17:49au nom d'un équilibre démographique entre territoires
17:52et la promesse pour eux d'un avenir meilleur.
18:00Nicole Virginie fait partie de ses enfants déracinés.
18:04Placée avant ses deux ans dans une famille d'accueil des Deux-Sèvres,
18:07il lui a fallu plus de 20 ans pour recouper tous les fils de son histoire.
18:12Ça, c'est toutes mes recherches.
18:15Là, on peut voir que je ne m'appelle plus Nicole Virginie, mais Florence.
18:19Je n'ai plus le nom de ma mère.
18:22Il a été enlevé.
18:24Les papiers ont été falsifiés, rayés,
18:28pour ne pas que je puisse savoir qui j'étais, en fin de compte.
18:33Pour ne pas que je retrouve ma famille, pour ne pas que je connaisse mon histoire.
18:39Je suis arrivée en Hexagone le 12 juin 1975, dans les Deux-Sèvres.
18:43J'avais 23 mois.
18:45Et puis là, c'est moi, dans ma poussette, à la pouponnière.
18:50C'est une photo qui a été envoyée à mes parents adoptifs.
18:55J'ai fait trois grosses dépressions,
18:58parce que je ne savais pas qui j'étais,
19:01je ressemblais à personne.
19:03Et puis, il y avait ce côté qu'on m'avait arrachée.
19:07J'essayais de me construire, donc construire ma maison,
19:10avec juste le plafond et le sol, sans les fondations, sans les murs.
19:16Au moment des faits, Farid Diatouman,
19:18est-ce que c'est une réalité que l'on connaissait à Mayotte ?
19:22Moi, en tout cas, personnellement, je l'ai découverte.
19:25Et c'est le fait du hasard.
19:27Je prends mon poste au ministère des Outre-mer,
19:31en février 2014.
19:33Et le 18 février, on va à l'Assemblée nationale,
19:38avec la déléguée interministérielle de l'époque,
19:41Mme Sophie Éliséon.
19:44Et ce jour-là, l'Assemblée nationale adopte une résolution
19:47portée par la députée, à l'époque, Érica Barrette,
19:50qui est devenue par la suite ministère des Outre-mer,
19:53visant à reconnaître ce qui s'est passé.
19:55Bien avant, c'était un combat.
19:57C'est-à-dire qu'effectivement, ces enfants de la Creuse,
20:01ces réunionnais de la Creuse,
20:02ont dû batailler pendant de nombreuses années,
20:05puisqu'on parle quand même d'une situation qui s'est déroulée
20:08dans les années 60 jusqu'à dans les années 80.
20:11Donc, c'était important pour notre pays
20:14de reconnaître effectivement ces erreurs.
20:17Donc, ça reste quand même une histoire très, très douloureuse.
20:20Moi, j'ai vécu pratiquement à mon arrivée ici.
20:24Je rappelle que je vous ai posé la question
20:26de savoir si à Mayotte, on connaissait cette réalité,
20:29puisque Mayotte et l'île de la Réunion
20:30sont séparés de 1 400 kilomètres à peine dans l'océan Indien.
20:34Quelles sont les réelles relations entre ces deux îles ?
20:38Alors, moi, ce que je retiens, c'est que la Réunion,
20:41pendant de nombreuses années, a été une grande sœur pour Mayotte.
20:45Et d'ailleurs, l'est toujours, puisque la plupart des Mahorais,
20:49n'ayant pas les dispositifs de droit commun sur place,
20:54ont pu être accompagnés grâce à la Réunion.
20:57Moi, je l'ai vue, puisque à un moment donné,
20:59je travaillais dans une administration
21:01qui accompagnait les jeunes qui recherchaient une insertion,
21:05donc des jeunes diplômés,
21:06la plupart des jeunes que moi, j'ai rencontré,
21:08qui revenaient avec leur CV,
21:10c'était des jeunes qui avaient été formés à la Réunion.
21:12Donc des jeunes avec une efficacité redoutable.
21:15Ça veut dire que la Réunion, en tant qu'une grande sœur,
21:18avait su accompagner ces jeunes Mahorais.
21:20À côté de ça, nous avons une relation très proche,
21:24puisque la plupart des opérateurs économiques de la Réunion
21:27sont situés à Mayotte.
21:29Donc je dirais quelque part que c'est une relation d'entente,
21:34je dirais presque fraternelle.
21:36Après maintenant, ce qu'il faut peut-être poser les choses,
21:41dépassionner le débat,
21:42parce qu'il y a des infrastructures souvent étatiques
21:46qui sont portées sur la Réunion-Mayotte
21:50et pour lesquelles Mayotte a du mal à se retrouver.
21:53Et ça, c'est très important.
21:55Depuis quelques temps, nous avions un rectorat
21:57qui portait les deux entités,
22:00c'est-à-dire la région Réunion et Mayotte.
22:02Et grâce au combat mené par les élus,
22:05les acteurs de Mayotte,
22:06nous avons maintenant un rectorat de Mayotte.
22:09Ça a été de même pour l'ARS.
22:11Effectivement.
22:12Donc les choses évoluent dans le bon sens.
22:14Un mot rapide du texte adopté pour ces enfants de la Creuse,
22:17ces victimes de la Creuse,
22:18qui prévoient une commission pour la mémoire,
22:20une journée nationale d'hommage
22:21et surtout une allocation pour les victimes.
22:23Qu'est-ce que vous en pensez ?
22:24Ça va dans le bon sens ?
22:26Absolument.
22:26Je pense qu'à un moment donné,
22:28effectivement, après avoir déjà reconnu
22:31sa responsabilité dans cette affaire,
22:35que l'État accepte de réparer.
22:37Et je dirais quelque part que
22:40cette réparation financière
22:42ne va pas réparer les corps,
22:44ne va pas réparer les esprits.
22:46On est bien d'accord.
22:46mais symboliquement,
22:49que le fait d'arriver à ce niveau-là,
22:51c'est très rare, pour le souligner,
22:54qu'on reconnaisse ses erreurs.
22:57Et à ce niveau-là,
22:59moi, je trouve que c'est remarquable.
23:00C'est très important pour ces familles
23:01qui ont été totalement déstructurées.
23:04Évidemment.
23:05Farid Yatouman,
23:05on va terminer avec votre photo du jour.
23:07Photo que je découvre.
23:09En même temps que nos téléspectateurs,
23:10la voici.
23:11Est-ce que vous pouvez nous la décrire ?
23:14Naturellement.
23:14Tout d'abord, dire que c'est l'accrédité.
23:18C'est une photo de mon prédécesseur,
23:20Mohamed Zouber,
23:21qui a l'habitude de communiquer
23:22tous les dimanches.
23:23Une photo du lagon de Mayotte.
23:26Et donc, j'ai voulu cette photo.
23:28Pourquoi ?
23:28Parce que lors du sommet des océans
23:31qui s'est déroulé à Nice,
23:33en juin 2025.
23:34Il y a eu une belle déclaration
23:36du gouvernement
23:37de vouloir inscrire
23:38la double barrière de corail
23:40de Mayotte
23:40au patrimoine mondial
23:42de l'UNESCO.
23:43Moi, je dis maintenant,
23:43il faut y aller.
23:45Il faut y aller.
23:45Vous voyez ce lagon
23:47qui est magnifique,
23:48qui respire la sérénité,
23:50qui respire la beauté.
23:52C'est une invitation au voyage.
23:54Donc voilà.
23:55Venez nous rendre visite à Mayotte.
23:56J'avoue que c'est magnifique
23:57et que ça fait véritablement rêver.
23:59Pour autant, Farid Yatouman,
24:01si je vous donne 30 secondes
24:02pour convaincre quelqu'un
24:04qui ne connaît pas Mayotte
24:05d'y aller,
24:06pas uniquement en touriste,
24:07mais peut-être en tant que citoyen,
24:09qu'est-ce que vous lui diriez
24:10à cette personne ?
24:13Mayotte, c'est l'île au parfum.
24:16Mayotte a la culture de l'accueil.
24:18Donc venez nous voir.
24:20Et je dirais même
24:21avant de faire 10 000 kilomètres,
24:23venez nous rendre visite
24:24à la délégation de Mayotte à Paris.
24:26Nous sommes ici situés
24:27aux 51 rues du Docteur Blanche.
24:29Pour préparer le voyage, c'est ça ?
24:31Pour préparer le voyage.
24:31Nous avons toujours un thé
24:33aux herbes de Mayotte
24:35qui vous fera déjà faire
24:36un bout du voyage.
24:37Vous avez parlé de culture mahoraise.
24:39Est-ce qu'on peut parler
24:40de culture mahoraise
24:41sans parler des Comores ?
24:44Je pense qu'il y a une proximité
24:45qui fait qu'on ne peut pas
24:48se désolidariser totalement
24:49puisque nous avons
24:52les mêmes traditions,
24:54je dirais,
24:54même au niveau des mariages.
24:55donc on retrouve les mêmes chansons,
24:59on retrouve les mêmes plats culinaires,
25:01on retrouve les mêmes danses.
25:05Donc on ne peut pas dissocier ça.
25:07Maintenant, Mayotte a son identité propre
25:10qu'on tient à préserver.
25:11Mayotte, 101ème département français,
25:14vous y retournez régulièrement d'ailleurs, vous ?
25:15Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion
25:18d'y aller,
25:19mais ça me saurait tarder.
25:21Ça me saurait tarder,
25:22on se met bien volontiers
25:23dans vos valises.
25:24Merci beaucoup,
25:25Faridia Touman,
25:25merci d'être venu sur le plateau
25:27de C'est pas si loin.
25:28Merci à vous
25:29d'être fidèle à votre rendez-vous,
25:30émission qu'évidemment,
25:31vous pouvez retrouver
25:32sur la plateforme France.tv,
25:34désormais aussi,
25:35je vous le rappelle,
25:35en podcast,
25:36sur toutes les plateformes audio.
25:37Je vous souhaite
25:38une excellente fin de journée
25:40sur France Télévisions,
25:41un très très bon week-end
25:42et je vous dis à la semaine prochaine,
25:43même lieu, même heure.
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