- il y a 7 semaines
Avec sa mère, elle fuit l'Iran des Mollahs lorsqu'elle avait à peine 18 mois. Exilée en France, elle s'est depuis résolument engagée contre le régime théocratique Iranien, et se bat pour soutenir le droit à la liberté d'un peuple opprimé. Depuis le mouvement « Femme, vie, liberté », cette combattante féministe est sur tous les fronts et aperçoit enfin une lueur d'espoir depuis l'intervention israélo-américaine. Comment le peuple iranien réagit-il aux récentes attaques ? Assistons-nous à la chute des gardiens de la Révolution ? Quel avenir pour ce pays détruit par la guerre et la dictature ? Et espère-t-elle un jour retourner dans son pays ? Cette semaine, Rebecca Fitoussi reçoit Mona Jafarian dans l'émission Un monde, un regard. Année de Production :
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00:03Générique
00:03...
00:22Notre invitée est une militante,
00:25je dirais même une combattante.
00:27Elle lutte avec acharnement pour les droits et les libertés des Iraniens et des Iraniennes.
00:32L'Iran, le pays qu'il a vu naître et dont les dirigeants ont tyrannisé et massacré pendant près de
00:3850 ans.
00:38Un peuple est pris de liberté, de lumière, de laïcité.
00:42Je dis bien « ont tyrannisé ».
00:45J'ose parler au passé, oui, j'ose imaginer que c'en ait fini du régime assassin des Mollah.
00:50Car nous sommes à un tournant de l'histoire de l'Iran.
00:52Un tournant pris en 2022 lorsqu'un grand mouvement de révolte est né après la mort de Massa Amini,
00:57tué pour avoir laissé dépasser une mèche de cheveux de son voile.
01:01Depuis cela, depuis « Femme vit liberté » et malgré les derniers massacres qui ont plongé tout un pays dans
01:08le deuil,
01:08l'élan de vie du peuple iranien ne s'est jamais arrêté.
01:12Qu'en est-il de cet élan après les frappes américaines et israéliennes qui ont tué les têtes du régime
01:16?
01:17Le peuple iranien est-il prêt à en prolonger les effets ?
01:20Mais comment ? Et quoi après ? Quel type de régime ? Quel dirigeant ?
01:25Posons-lui toutes ces questions.
01:26Bienvenue dans Un monde, un regard.
01:28Bienvenue à vous, Mona Jafarian.
01:29Merci d'avoir accepté notre invitation au Sénat.
01:31Vous êtes essayiste, militante, cofondatrice du collectif Femmes Azadi,
01:36autrice de Mon Combat chez Stock et de Je suis iranienne aux éditions de l'Observatoire.
01:40Ce que nous dirons aujourd'hui ne sera peut-être plus valable demain.
01:44On en a conscience.
01:45Tant les choses évoluent vite en Iran, mais à l'heure où on se parle,
01:49dans quel état d'esprit sont les Iraniens et les Iraniennes avec lesquels vous communiquez ?
01:52Ils sont conscients qu'ils sont à un moment historique de l'histoire de l'Iran.
01:56Les Iraniens, ça fait des décennies qu'ils demandent à l'Occident de cesser les négociations,
02:01de se tenir à leur côté, de faire en sorte que ce régime tombe.
02:06Après les massacres du 8 et 9 janvier, qui sont quand même les plus grands massacres
02:09de l'histoire moderne des Iraniens, après le traumatisme,
02:13parce que ça a été vraiment très difficile à vivre, c'est inimaginable ce qu'ils ont vécu,
02:18ils n'y croyaient presque plus à ce qui est en train d'arriver.
02:22Et quand ils ont vu les premières frappes, les avions arriver,
02:25il y a eu des effusions de joie, l'espoir qui revient de se dire
02:30« Là, on va se battre à armes égales, on va peut-être enfin avoir cette chance
02:35de pouvoir renverser ce régime et d'en venir à bout. »
02:38Mais est-ce qu'ils sont prêts à prendre la suite de ces frappes ?
02:41Est-ce qu'ils sont prêts ? Et d'ailleurs, quelle forme ça doit prendre ?
02:43Est-ce qu'ils doivent aller dans la rue, envahir les lieux de pouvoir ?
02:46Comment ça peut se passer ?
02:47Ils sont tellement prêts que même avant les frappes,
02:49on a vu dans les universités que les étudiants étaient déjà redescendus.
02:53Dès que les universités ont ouvert, après les massacres,
02:56ils ont recommencé à manifester, ils ont recommencé à scander leur slogan.
03:00Donc c'est vrai que, vous savez, moi je parle avec des centaines d'Iraniens tous les jours
03:03et ils sont clairs, il n'y aura aucune marche arrière possible.
03:07Déjà, il n'y en avait pas dans leur tête après la mort de Marcel Dino Hamini,
03:10mais après les massacres du 8 et 9, vous savez, ils ont cette nouvelle expression qui dit
03:15« Désormais, il y a un océan de sang entre ce régime et nous. »
03:19Donc pour eux, c'est irréconciliable.
03:21Donc ils sont prêts, eux, à retourner dans la rue.
03:23Maintenant, aujourd'hui, les instructions américaines et israéliennes sont assez claires.
03:27« Restez chez vous, restez à l'abri. Quand on en a fini et qu'on vous donnera le départ,
03:31ce sera à vous de jouer. »
03:33Il faut bien avoir conscience que les Iraniens, aujourd'hui, sont prêts à redescendre dans la rue,
03:37mais on a un facteur dans cette équation, c'est l'armée régulière iranienne,
03:41qu'on appelle Artej, qui est très différente du corps des gardiens de la Révolution islamique,
03:46qui est composée majoritairement de jeunes,
03:48parce que le service militaire est obligatoire en Iran.
03:50Donc souvent, ces jeunes qui manifestent la nuit sont les mêmes qui enfilent l'uniforme
03:54et qui vont dans les casernes la journée.
03:56Donc les Iraniens misent aussi, peut-être, sur cette aide de l'armée régulière
04:01et sur les défections au sein même du régime.
04:05Ça vous semble possible ? Vous pensez qu'une partie de cette armée
04:07pourrait se retourner et rejoindre le peuple ?
04:09C'est possible, bien sûr, et même au sein du corps des gardiens de la Révolution islamique,
04:14il y a quelques jours, juste avant les frappes,
04:17un haut responsable du corps des gardiens disait en direct à la télé,
04:21c'est un vœu de faiblesse de dire, après la guerre de 12 jours
04:24qu'Israël avait menée contre la République islamique,
04:27il y avait eu des défections, il y avait eu des moments de doute,
04:30il y avait eu des basidges qui refusaient de retourner au travail
04:34et qu'ils avaient dû en appeler des milliers, en incarcérer certains, en menacer d'autres.
04:39Donc on a vu déjà à ce moment-là, alors que c'était juste une guerre de 12 jours
04:43assez courte et assez ciblée, mais on imagine bien ce que vont donner
04:49ces frappes aujourd'hui, surtout avec la mort de Khomeini
04:52dès le premier jour des frappes, donc il est fort probable aussi
04:56qu'il y ait des brèches si puissantes à l'intérieur même du régime
04:59qu'on assiste à son effondrement.
05:02Mais ce qui est sûr, c'est que la population iranienne ne reculera pas
05:05et encore moins pour une fois qu'elle est soutenue par des puissances
05:09étrangères.
05:09– Oui, vous dites la population iranienne, et c'est vrai que vu de France,
05:11on a toujours du mal à savoir dans quelles proportions
05:14sont les pro-régimes ou les anti-régimes.
05:17Est-ce que vous, vous arrivez à chiffrer cette proportion ?
05:19– Alors c'est toujours très compliqué, les sondages indépendants
05:21qui ont été menés estiment entre 15 et 20% de la population…
05:24– Qui seraient pro-régime ?
05:27– D'accord.
05:28– Et seulement 9% qui soutiendraient Khomeini, qui n'est plus aujourd'hui.
05:31– D'accord.
05:32– Donc on voit bien que c'est une infime partie de la population.
05:36Maintenant, sur les dernières protestations des 8 et 9 janvier,
05:40on a quand même eu des images inédites de manifestations de femmes en Tchador
05:44qui scandaient mortes à Khomeini.
05:46Et donc là, on a quand même vu qu'il y a eu une bascule.
05:48On a vu aussi lors des enterrements qu'il y avait beaucoup de familles religieuses
05:52dont les enfants ont été assassinés.
05:55Donc c'est des femmes, certaines qui portaient le voile,
05:57d'autres qui portaient le Tchador, et qui sont passées outre,
06:00donc qui ont développé un nouveau deuil, c'est-à-dire pas de Coran,
06:05pas de prière islamique sur les tombes, mais on va jouer de la musique,
06:09on va applaudir, on va danser pour montrer à la République islamique
06:12que vous pouvez tuer les corps, mais pas les âmes,
06:15et surtout que l'Iran est en train de renaître.
06:17Donc on est vraiment en train d'assister à pas seulement une révolution sur le terrain,
06:21mais aussi une révolution culturelle, historique,
06:24et les Iraniens parlent de renaissance de l'Iran,
06:27et c'est des mots très forts qui sont employés aujourd'hui.
06:29Et qui sont ceux qui restent pro-régime ?
06:31Est-ce que ce sont des gens qui ont peur, qui sont menacés,
06:34qui sont payés, qui ont des intérêts ?
06:37Qui sont ces gens, malgré les massacres, qui restent pro-régime ?
06:40Alors, il y a ceux qui vivent de l'argent du régime,
06:43donc tous ces gardiens de la révolution, notamment les plus hauts placés,
06:46c'est des gens qui ont la main mise sur 60% de l'économie iranienne,
06:50et dans les barans, il y a ceux qui font ça parce qu'ils ont besoin de vivre
06:55et que le régime les paye bien.
06:57Au moment de Marsa Amini, par exemple, ils avaient doublé leur salaire,
07:01et là, pour les massacres, alors c'est absolument ridicule,
07:04ça fait à peine une centaine d'euros,
07:05mais ils ont eu une prime pour les Iraniens qu'ils avaient tués,
07:08donc dans un pays où l'économie est en ruine totale
07:11et où les gens ont faim, ça a quand même son impact.
07:13Après, ils ont cette base radicalisée, idéologiquement,
07:16qui croit encore au guide suprême,
07:18mais qui représente à peine quelques pourcents,
07:20et cette base-là, c'est celle qui va être le plus difficile à combattre.
07:25C'est vrai qu'elle est minime, on est quand même 90 millions,
07:27donc on estime qu'ils sont peut-être 150 à 200 000,
07:31mais ils sont armés, ils sont fanatisés,
07:34et puis il ne faut pas oublier que la République islamique
07:36a importé entre 5 et 7 000 miliciens étrangers
07:40d'Irak, de Syrie, du Liban, de Palestine,
07:43et que ces gens-là ont été déployés dans les rues
07:46pour tirer à balle réelle contre le peuple.
07:48Donc aujourd'hui, c'est très difficile de quantifier
07:50combien il y a de miliciens étrangers,
07:52combien il reste de basidges fidèles au régime,
07:55mais ce qui est sûr, c'est qu'en phase 2,
07:57aujourd'hui, ce ne sont plus des jeunes des armées,
07:59et c'est deux armées particulièrement puissantes
08:01qui sont là pour les renverser,
08:02donc ça change énormément de choses pour nous.
08:04– J'ai un document pour vous, Mona Jaffarian,
08:06je vais le mettre entre vos mains,
08:07et je vais le décrire pour les gens qui nous écoutent,
08:09et je vais le décrire pour vous, évidemment,
08:11c'est un document délivré par nos partenaires,
08:12les archives nationales, c'est un des rituels de cette émission.
08:15Ici, c'est une photo de Mohamed Reza Pallavi,
08:17le chat d'Iran, à Paris,
08:19lors d'un déjeuner à l'Élysée
08:20avec le président Valéry Giscard d'Estaing
08:21et leurs épouses respectives, visite semi-privée.
08:24Nous sommes alors le 18 novembre 1977,
08:27le chat d'Iran revient tout juste des États-Unis,
08:29où il a eu des entretiens assez chaleureux, d'ailleurs,
08:31avec le président Carter,
08:32mais où quand même des manifestations anti-chat
08:34s'étaient déroulées,
08:36et puis ses relations avec VGE, à ce moment-là,
08:39ont déjà été entachées par plusieurs incidents,
08:41et la France laissera d'ailleurs Khomeini s'exiler
08:44dans les Yvelines
08:45et y téléguider sa révolution,
08:48alors que l'Iran bouillonne
08:49et on est à deux ans de la chute du chat d'Iran.
08:52Que vous inspire cette photo,
08:54notamment sur les relations entre la France et l'Iran ?
08:58Eh bien, si je dois être honnête avec vous,
09:02si vous demandez aux Iraniens à l'intérieur du pays
09:04ce qu'ils pensent de Valéry Giscard d'Estaing,
09:06ils vont vous dire que c'est l'un des plus grands traîtres à l'Iran,
09:09que le pays n'est jamais connu avec Carter,
09:12si vous voulez.
09:13Oui, parce que pour nous,
09:13c'est assez incompréhensible ce qui s'est passé à cette époque-là.
09:18C'est vrai que cette révolution,
09:19elle est partie d'une alliance entre les fédahines,
09:22les communistes,
09:24qui étaient à la salle de l'URSS,
09:25qui étaient financés par l'URSS à l'époque,
09:27notamment les fédahines,
09:28qui allaient s'entraîner avec les milices palestiniennes
09:31dans les camps au Liban à ce moment-là,
09:33et de l'autre côté, on avait les islamistes,
09:35donc les ultra-religieux,
09:39dont la figure était Khomeini,
09:41et c'est vrai que quand il a été accueilli en France,
09:44il a bénéficié de plus de 130 interviews en 112 jours.
09:48Il a fait la une des journaux,
09:49on a commencé à le présenter comme le nouveau Gandhi,
09:52comme le libérateur,
09:53comme le saint homme par des intellectuels français.
09:58En tant qu'Iranien, on se dit
09:59mais comment est-ce possible qu'à ce moment-là,
10:02tant de personnes se soient trompées sur Khomeini
10:05et décidées de soutenir ce régime,
10:08parce que maintenant qu'il y a énormément de choses
10:10qui ont été déclassifiées,
10:11on a accès aux archives,
10:13donc on sait que les Américains ont envoyé des émissaires
10:15pour négocier avec l'armée iranienne
10:17pour permettre à Khomeini de revenir,
10:19et puis il y a cette tâche terrible de cet avion Air France,
10:23de cette image historique qui est restée,
10:25et c'est pour ça qu'aujourd'hui,
10:27nous on est d'autant plus déçus parfois et souvent
10:29des prises de position du Quai d'Orsay
10:31et de la diplomatie française.
10:33C'est ce que j'allais vous demander,
10:34alors du coup aujourd'hui,
10:35à la lueur de ce passé entre la France et l'Iran,
10:38et de ce que je comprends comme étant une traîtrise
10:42de la part de la France vue des Iraniens,
10:43comment aujourd'hui la gestion par la France
10:45de ce tournant historique est-elle perçue en Iran ?
10:48Pas à la hauteur.
10:50Le président Macron est très critiqué à l'intérieur du pays,
10:55les Iraniens ont du mal à comprendre les positions
10:57de manière générale européennes,
10:59qui sont finalement, ce qu'on voit,
11:02c'est ce même logiciel depuis les années 80,
11:03c'est-à-dire on va miser sur des négociations,
11:06sur la désescalade.
11:07Mais comment on appelle ça alors ?
11:08De la naïveté ?
11:09On les trouve tiènes, on les trouve lâches,
11:11on les trouve intéressées ?
11:12Qu'est-ce qu'on se dit ?
11:13Lâche, c'est vraiment de la lâcheté.
11:15Et les Iraniens, ce qui ressort beaucoup,
11:17c'est nous à main nue,
11:17on va affronter l'islamisme et le terrorisme,
11:19et vous, les grandes puissances,
11:21vous continuez à courber les Chines devant ce régime.
11:24Et ce régime vous a prouvé que,
11:25quelles que soient les négociations
11:26que vous allez mener avec eux,
11:28ils n'arrêteront jamais de financer des proxys terroristes,
11:30ils n'arrêteront jamais de financer la propagande,
11:33des cyberattaques,
11:34des cellules dormantes jusque sur votre sol.
11:36Vous savez, tous les mois,
11:38il y a des tentatives d'attentats
11:39qui sont déjouées sur le sol européen.
11:40On a des cellules du Hamas, du Hezbollah,
11:43de la République, du corps des gardiens
11:44de la révolution islamique,
11:45qui sont démantelées sur le sol européen.
11:47Nous-mêmes, on dénonce des agents d'influence
11:49qui sont présents, même en France,
11:51pour radicaliser la jeunesse,
11:53pour créer le chaos,
11:54faire naître une haine anti-occidentale.
11:56Mais la France et l'Europe disent,
11:57en tout cas, défendre le droit international,
12:00ça doit compter aussi ?
12:02Alors, en tant que militante,
12:04moi, le droit international, sincèrement,
12:05je l'ai peu vu appliqué pour sauver les peuples.
12:08Donc, moi, je serais la première à vous dire,
12:10appliquons le droit international,
12:12si j'avais déjà vu ce droit international
12:14faire quelque chose de positif pour mon peuple.
12:16Mais vous voyez, on nous dit,
12:17faites appel à l'ONU.
12:18Mais quelle ONU ?
12:19Celui qui a mis la République islamique
12:21dans la commission des droits des femmes,
12:22à la tête du forum de désarmement sur le nucléaire,
12:25alors qu'il représente aujourd'hui
12:26une des plus grandes menaces nucléaires.
12:28Encore aujourd'hui,
12:28ils sont dans la commission des droits de l'homme.
12:30On a dû signer des pétitions
12:32par centaines de milliers,
12:33il y a encore deux, trois semaines,
12:34après le massacre des 8 et 9 janvier,
12:37pour empêcher la République islamique
12:39de venir parler à l'ONU.
12:40Donc, c'est quelque chose
12:41qui est inaudible pour les Iraniens.
12:42Et aujourd'hui, on voit des images
12:44et on entend des Iraniens et des Iraniennes
12:46remercier Donald Trump et Benjamin Netanyahou.
12:49Vous comprenez que, vu de France,
12:51ce soit même une situation complètement folle,
12:54tant ces deux dirigeants sont diabolisés
12:55depuis des années.
12:57C'est fou, ce paradoxe entre le peuple iranien
13:00qui remercie des dirigeants
13:02qui, ici, sont clairement diabolisés.
13:04Je pense que c'est la différence
13:05entre des gens qui vivent en démocratie
13:07et des gens qui vivent
13:07sous une république islamique barbare.
13:10C'est-à-dire que, dire,
13:13demain, je ne vais pas vous dire,
13:14Trump est un grand humaniste,
13:16Trump est magnifique pour les droits des femmes,
13:18pour les droits des minorités,
13:18c'est absolument pas ça.
13:20Mais, en l'occurrence,
13:21Trump est le président américain
13:23qui a décidé d'y aller.
13:24Et c'est tout ce que retiennent les Iraniens,
13:26c'est que là où le monde
13:27nous a toujours tourné le dos,
13:29il ne faut pas oublier
13:29qu'au moment de l'accord nucléaire
13:31que signe Obama,
13:32juste avant,
13:33les Iraniens descendent dans la rue
13:35et se font massacrer.
13:37Ils se font déjà massacrer
13:38à cette époque-là
13:38et ils envoient un message
13:39aux États-Unis
13:40pour leur dire
13:41ne négociez pas avec eux,
13:43tenez-vous à nos côtés
13:44qu'on en finisse.
13:45Et Obama va leur dire
13:46on vous a entendu,
13:47on est avec vous.
13:48Et il ira négocier
13:49son accord nucléaire
13:50en profitant de la faiblesse
13:51du régime à ce moment-là.
13:53Donc, les Iraniens ont subi,
13:54finalement,
13:55trahison sur trahison
13:56depuis des années
13:57et là,
13:58on a un président qui dit
13:59eh ben non,
14:00moi je suis venu
14:00pour renverser ce régime,
14:02je vais renverser la table,
14:03ce sera à vous de jouer.
14:04– Mais ça veut dire
14:05qu'on peut intervenir
14:05dans n'importe quel pays
14:06si on considère
14:07que c'est légitime
14:08pour le peuple ?
14:09– Alors,
14:10c'est toujours compliqué
14:12mais jusqu'où on est prêt à aller ?
14:13C'est-à-dire que les Iraniens,
14:15aujourd'hui,
14:15je ne peux même pas vous dire
14:16est-ce qu'il y en a 36 000,
14:1740 000,
14:1850 000
14:19qui ont été tués
14:19en deux nuits ?
14:20Je ne sais pas
14:21si on réalise
14:22ce que ça veut dire.
14:23Les images,
14:24et puis,
14:25on a des dizaines
14:26de milliers de jeunes
14:27dans les geôles aujourd'hui,
14:28des milliers qui risquent
14:28d'être pendus
14:29dont des enfants.
14:30On a aujourd'hui
14:31des gamines de 15 ans,
14:32des jeunes hommes
14:33de 17 ans
14:33qui ont été condamnés
14:34à mort actuellement.
14:36Donc,
14:36qu'est-ce qu'on fait
14:37en tant qu'Iranien ?
14:38Est-ce qu'on attend
14:39que le droit international
14:40se réveille ?
14:41Que l'ONU,
14:41déjà,
14:42depuis Marsa Amini,
14:43l'enquête de l'ONU
14:44est encore en cours.
14:46Donc,
14:46combien de centaines
14:47de milliers d'Iraniens
14:47devront mourir
14:48sur le chemin de la liberté
14:49avant que l'Occident se dise
14:51on ne peut pas laisser faire ?
14:52On l'a fait pour le Kosovo.
14:54Donc,
14:54il y a un moment
14:55où il faut se dire
14:55et on l'a fait sans l'ONU,
14:56on l'a fait
14:57à l'intérieur de l'OTAN
14:58en se disant
14:58c'est pas possible,
14:59on ne peut pas laisser faire
15:00un tel massacre,
15:01on parlait juste
15:01de milliers de morts.
15:02Là,
15:02on parle de dizaines
15:03et de dizaines
15:03de milliers de morts
15:04et on nous oppose
15:05le droit international
15:06en disant
15:06non,
15:06il va falloir mourir
15:07en silence,
15:08on ne peut rien faire
15:08pour vous.
15:09Comment vous voyez
15:09la suite politique
15:10en Iran ?
15:11Je crois que vous faites partie
15:12de ceux et celles
15:13qui pensent que le fils
15:14du Shah d'Iran,
15:15le prince Reza,
15:16Palavi que vous avez rencontré
15:17récemment,
15:18a la légitimité
15:19pour diriger le pays.
15:21Pourquoi aurait-il
15:26un peuple ?
15:27Aujourd'hui,
15:28quand vous regardez,
15:29quand ils sortent
15:30dans la rue,
15:33le seul nom
15:34qui est scandé,
15:35c'est son nom.
15:37Vous savez,
15:37on a des images
15:38particulièrement fortes
15:39de ces jeunes
15:39qui tiennent son portrait.
15:41Alors,
15:41ils ont le visage masqué,
15:42ils tiennent son portrait
15:43et ils sont en pleine...
15:44Il y a les balles
15:45autour d'eux qui sont...
15:46Et c'est quelqu'un,
15:47contrairement à ce qu'on
15:48entend beaucoup ici,
15:49déjà on le dit souvent
15:49c'est un pion des Américains
15:52et des Israéliens,
15:53si c'était un pion des Américains,
15:54on n'aurait pas à hurler
15:55si fort que c'est la personne
15:56que le peuple a choisie
15:57pour espérer être entendue
15:59par Donald Trump
15:59et justement qu'on ne nous mette
16:00pas des réformateurs
16:01à la tête du pays.
16:03Il faut bien avoir conscience
16:03qu'on nous parle souvent
16:04de monarchie,
16:05de royaliste,
16:05etc.
16:06Mais Rézapin-Lavie avance avec
16:08je suis là pour la phase
16:09de transition.
16:11Donc la gestion du pays
16:12pendant cette phase de transition...
16:13Il n'a pas d'ambition
16:13de long terme,
16:13c'est ce qu'il dit ?
16:14Lui, ce qu'il dit,
16:15c'est je suis là
16:16pour cette phase de transition,
16:18pour vous mener
16:19à des élections libres
16:20et pour la première fois
16:21de votre histoire,
16:22vous allez pouvoir voter
16:23pour les dirigeants
16:24que vous souhaitez
16:25et la forme de démocratie
16:26que vous souhaitez.
16:27Donc c'est quelqu'un
16:28qui est très démocrate.
16:30D'ailleurs,
16:30certains de ses opposants
16:31lui reprochaient le fait
16:32qu'il n'ait pas envie d'y aller,
16:34qu'il ne soit pas assez motivé,
16:35qu'il manque de charisme.
16:36Donc vous voyez,
16:37on dit tout et son contraire
16:38sur lui,
16:38mais moi je pars du principe
16:40que respecter le peuple iranien,
16:41c'est aussi respecter
16:42sa souveraineté
16:43et que le jour
16:44où on pourra m'apporter la preuve
16:45que d'autres noms
16:46ont été scandés dans la rue
16:47par le peuple iranien,
16:48j'accepterais,
16:49mais aujourd'hui,
16:49il n'y a que lui.
16:51C'est vrai que peut-être
16:52on pourrait avoir
16:52avec le temps,
16:53avec le recul,
16:53une tendance à idéaliser
16:54l'époque du chat d'Iran,
16:56mais c'était aussi
16:56une époque
16:57où il y avait
16:57une police politique féroce,
17:00il y avait de la répression,
17:01il y avait de l'accaparement
17:01des richesses.
17:03Attention à ne pas idéaliser,
17:04j'imagine,
17:04cette époque du chat d'Iran.
17:05Après,
17:06parler de l'époque du chat d'Iran,
17:09comme disait Reza Pahlavi,
17:10on regarde vers l'avenir
17:11et pas vers le passé,
17:11mais si on doit revenir
17:12sur cette période,
17:13est-ce qu'il y avait
17:14une liberté politique ?
17:16Non.
17:16D'accord.
17:17Bien sûr que non.
17:18Maintenant,
17:19si on retourne
17:19dans le contexte de l'époque,
17:22l'Iran est un pays
17:23qui est convoité par l'URSS,
17:25les richesses sont accaparées
17:26par les Anglais,
17:28notamment le pétrole,
17:29on a quand même
17:30cet impérialisme occidental,
17:32mais aussi soviétique
17:33qui menace le pays.
17:34À l'intérieur,
17:36vous savez,
17:36moi je dis toujours,
17:37Khamenei a quand même
17:37été arrêté et emprisonné
17:39quatre fois par la SAVAC
17:40et à chaque fois,
17:41il a été libéré.
17:42La SAVAC ?
17:42Donc, la police secrète.
17:44Donc, il y a...
17:45Pareil, quand on regarde
17:46les chiffres avec le recul,
17:48on est très loin
17:49des chiffres
17:50qui étaient donnés
17:51à l'époque
17:51parce qu'on avait besoin
17:52de reprendre
17:53les chiffres de Khamenei.
17:55Donc, non,
17:55les Iraniens ne sont pas
17:56dupes sur le fait
17:57que ce n'était pas
17:58une démocratie avant,
17:59mais ils sont aussi
18:00assez lucides
18:00pour voir ce qu'était
18:01l'Iran avant
18:02les Parlavis,
18:03au moment des Khaja,
18:05pendant les Parlavis
18:06et après les Parlavis.
18:07Mais ce que dit
18:08la jeunesse iranienne
18:09aujourd'hui,
18:10vous savez,
18:11ils scandent le nom Parlavis,
18:12il y a quand même
18:12un amour
18:13du dernier chat d'Iran,
18:14mais c'est surtout
18:15qu'ils disent
18:15nous on veut une démocratie,
18:16nous on veut la démocratie,
18:17donc que ce soit,
18:19qu'ils décident
18:20que ce soit une république
18:20ou une monarchie constitutionnelle,
18:22le choix leur appartient,
18:23moi je suis même
18:23de celles qui disent
18:24que même nous
18:25on ne devrait pas
18:25avoir le droit de voter
18:26parce qu'on a eu la chance
18:27de grandir ici.
18:28Vous en diaspora,
18:29vous voulez dire ?
18:29Et que c'est eux
18:30qui doivent,
18:30ceux qui ont risqué leur vie
18:31finalement,
18:32qui doivent décider.
18:33Donc quel que soit leur choix,
18:34faites leur confiance,
18:36cette jeunesse-là
18:37veut une démocratie
18:38et ne laissera personne
18:39leur imposer
18:40autre chose
18:40qu'une démocratie.
18:41Votre histoire à vous
18:42avec la France,
18:42elle commence très tôt,
18:43vous arrivez en région parisienne
18:44à l'âge de 18 mois
18:46avec votre toute jeune maman
18:47de 23 ans,
18:48enceinte de votre petit frère.
18:50On est au début
18:50des années 80,
18:52quelques années
18:52après la révolution islamique,
18:53votre père ne vous suit pas
18:54mais la décision
18:55de vous faire quitter l'Iran
18:56vient de lui.
18:58Il hésitait entre
18:58les Etats-Unis
18:59et la France
18:59mais comme il était amoureux
19:00de Victor Hugo,
19:02il a plutôt choisi la France.
19:03Est-ce qu'il a bien fait ?
19:06Oui, il a bien fait
19:07parce que je suis quand même
19:08très heureuse
19:09d'être venue dans ce pays
19:11et pour mon père
19:12ce qui était important
19:13c'est que c'était le pays
19:14dont les valeurs
19:15étaient les plus proches
19:16de celles des Iraniens.
19:18Pas de la République islamique
19:18mais du peuple iranien.
19:21Et c'est vrai
19:21et moi je le dis toujours
19:22je pense que
19:23la valeur française
19:25que j'aime le plus
19:25c'est cette laïcité.
19:27On est les seuls au monde
19:28à avoir cette laïcité
19:29et pour la grande athée
19:30que je suis
19:31c'est un pays formidable
19:32pour ça
19:33et c'est pour ça
19:34que je la défends aussi fort
19:35aussi ici
19:36et c'est vrai que pour mon père
19:37il avait un peu cette vision
19:39de dire
19:39les Américains sont un peu idiots
19:41c'est pas une grande culture
19:43nous il nous faut un pays
19:43de poésie
19:44de culture
19:45de lumière
19:46donc quoi de mieux
19:47que la France
19:48et oui je suis contente
19:50quand même
19:50que ce soit la France
19:51qui l'ait choisie
19:51même s'il y a une plus grosse
19:53diaspora
19:53à Los Angeles
19:55et lui il était resté en Iran
19:56parce qu'il tenait une entreprise
19:57il avait beaucoup d'entreprises
19:58il avait plusieurs entreprises
20:00en Iran
20:00et puis c'est surtout
20:01que mon père m'a eu très tard
20:03donc il avait 50 ans
20:04à ce moment-là
20:05et puis pour lui
20:06il avait vécu toute sa vie là-bas
20:07donc à 50 ans
20:08redémarrer une vie
20:10parler une langue
20:10qu'il ne maîtrisait pas du tout
20:12donc c'est pour ça
20:13que j'ai fait autant
20:13d'aller-retour
20:14dans ma vie
20:14c'est ce que j'allais dire
20:14vous alliez le retrouver
20:15pendant vos vacances
20:16ce qui vous a permis aussi
20:17de voir l'évolution du pays
20:18et de voir à quel point
20:19le sort des femmes évoluaient
20:21je crois que vous étiez obligée
20:21de vous habiller en garçon
20:23pour avoir le droit
20:24de faire du sport
20:24vous dites
20:25même dans la mer
20:26la patrouille des mœurs sévissait
20:28il y avait des rideaux
20:29sur la plage
20:30et dans l'eau
20:30des horaires pour les femmes
20:31est-ce qu'on peut dire
20:32que c'est aussi là-bas
20:33qu'est né peut-être
20:34votre engagement féministe ?
20:37Oui
20:37parce que
20:38quand vous êtes enfant
20:39vous ne vous rendez pas compte
20:40encore de ce qui se passe
20:41c'est surtout
20:42quand on commence à prendre
20:43de l'âge
20:43où on peut se faire arrêter
20:46dans la rue
20:46pour un vernis à ongles
20:48j'allais à la plage
20:49alors imaginez
20:49ils bouclent tout le quartier
20:52donc plus personne
20:52ne peut circuler
20:53parce que c'est l'horaire
20:54des plages pour la femme
20:56et puis il y a encore
20:57cette police des mœurs
20:58donc c'est tous ces corbeaux
20:59avec leur tchador noir
21:00qui vous surveillent
21:01il y a des rideaux
21:02dans la mer
21:02pour vous empêcher
21:03d'être vus
21:04même au loin
21:05d'ailleurs une fois
21:06avec ma mère
21:06on a désobéi
21:07je lui dis
21:07mais c'est bon
21:08il n'y a personne
21:08allons-y
21:09on nage
21:09et puis elle me dit
21:10nageons
21:10et à peine
21:1110 minutes après
21:12il y a un tir
21:12de kalachnikov dans l'eau
21:13donc on se rend compte
21:15quand même
21:16et plus je voyais ça
21:17et plus je me disais
21:17mais c'est injuste
21:18mon frère
21:18on fait des choses
21:19que moi je ne peux pas faire ici
21:20les femmes sont opprimées
21:23et c'est pour ça
21:24que moi j'ai ce vrai féminisme
21:26en moi
21:27qui est pour la lutte
21:28de tout signe
21:28d'oppression de la femme
21:30et de toute idéologie
21:31qui ne donnerait pas
21:33les mêmes droits
21:33aux femmes qu'aux hommes
21:35et d'ailleurs
21:35le sort des femmes iraniennes
21:36sous le régime des Mollah
21:37c'est vous qui le décrivez
21:38le mieux dans ce livre
21:38je suis iranienne
21:39au travers de différents portraits
21:40Parissa
21:41violée à l'âge de 5 ans
21:43Manaz
21:43violée par des ultra-religions
21:44en pleine rue
21:45Marjan
21:46réfugiée afghane
21:46qui n'a jamais connu la liberté
21:48voile obligatoire
21:49à partir de 6 ans
21:5072 coups de fouet
21:51si vous ne le portez pas
21:52jusqu'à 10 ans de prison
21:53on peut marier
21:55en Iran
21:56une jeune fille
21:56à partir de 13 ans
21:58vous dites que
21:59toutes les iraniennes
21:59ont déjà été arrêtées
22:00à cause d'un vernis à ongles
22:02trop voyant
22:02ou d'un trait de maquillage
22:03trop prononcé
22:04c'était ça
22:06j'ai envie de dire
22:06au passé
22:07la réalité des femmes iraniennes
22:08vous pensez beaucoup à elles
22:09aujourd'hui
22:10oui je pense beaucoup à elles
22:12parce que
22:12comme toujours
22:14c'est elles qui subissent
22:16les viols collectifs
22:16là les témoignages
22:17qui arrivent d'Iran
22:18sont
22:19j'ai même du mal
22:20à les verbaliser
22:22tellement c'est affreux
22:23ce qui est en train
22:23de se passer
22:24en ce moment même
22:24et vous savez
22:25les iraniens de la diaspora
22:27ont lancé une énorme campagne
22:28qui s'appelle
22:29où sont les corps
22:29des femmes iraniennes
22:30parce qu'aujourd'hui
22:31les corps des femmes iraniennes
22:32ne sont pas rendus
22:34on sait qu'elles sont
22:35en train de subir
22:36des agressions sexuelles
22:37et des viols
22:38d'une barbarie terrible
22:41et on a un peu du mal à comprendre
22:43en fait le silence
22:44des mouvements féministes
22:45en Occident
22:45et c'est là où on voit
22:46qu'il y a cette bascule
22:47entre ce qu'on voit
22:48en Occident
22:50et ce qu'on voit nous
22:51en Iran
22:52vous voyez nous en Iran
22:52on a une jeunesse
22:54qui est en train de scander
22:55contre le terrorisme
22:56contre l'islamisme
22:57qui combat des étudiants
22:59qui combattent
22:59des tirs de Kalashnikov
23:01pour la liberté
23:02la démocratie
23:03et la laïcité
23:03et nous dans nos universités
23:05on a des mouvements
23:06ultra radicaux
23:07qui se mettent
23:07à glorifier le Hamas
23:08ou le Hezbollah
23:09qui se déguisent
23:10en combattant
23:11du Hamas
23:12et on se dit
23:13mais à quel moment
23:14vous avez basculé
23:15à quel moment
23:15vous avez oublié
23:16la chance que vous aviez
23:17de vivre dans des pays libres
23:19démocratiques et laïcs
23:20et ça, ça me fait vraiment
23:21très mal
23:22et pour mon peuple là-bas
23:23et pour mon peuple ici
23:25Avant de passer aux photos
23:26un mot quand même
23:27de ce pays
23:27l'Iran
23:28qui est aussi un beau pays
23:29et j'imagine
23:30vous avez aussi
23:31des bons souvenirs
23:32pouvez-nous le décrire
23:33ce pays ?
23:34Oui, l'Iran
23:36c'est absolument magnifique
23:38ça fait trois fois
23:39et demi la France
23:40et il y a tout
23:40il y a des déserts
23:42il y a la mer
23:42il y a des forêts
23:43il y a des montagnes
23:44vous savez quand vous êtes
23:45à Tehran
23:45à une heure
23:46vous pouvez aller skier
23:46sur les plus belles pistes
23:47de ski qui existent
23:49moi je passais mes vacances
23:50en bord de mer Caspienne
23:52et puis il y a des odeurs
23:53parfois
23:53et vous savez
23:54on a toujours
23:54cette douleur en nous
23:55parfois je marche
23:56dans la rue en France
23:57et puis il a plu
23:58il y a une odeur
23:59de gazon mouillé
24:00ou des choses comme ça
24:01et puis ça me prend
24:03parce que j'ai l'impression
24:04de sentir
24:04de sentir l'Iran
24:06c'est un peuple
24:08tellement accueillant
24:09tellement chaleureux
24:10Vous avez espoir
24:11d'y retourner ?
24:12Maintenant
24:12Bientôt ?
24:13Maintenant oui
24:14peut-être l'été prochain
24:15peut-être
24:16enfin
24:16J'ai des photos
24:17à vous proposer
24:18ça fait aussi partie
24:19des rituels
24:19de cette émission
24:23La première
24:23c'est Marzia Midi
24:25championne de taekwondo
24:26afghane
24:27née en Iran
24:27elle s'y sentait menacée
24:29parce que femme
24:29puis a vécu
24:30en Afghanistan
24:31elle fuit son pays
24:32après le retour
24:33des talibans
24:33au pouvoir en 2021
24:34elle se réfugie en France
24:36et même en France
24:37elle est menacée
24:38placée sous protection
24:39policière
24:40ça ne plaît pas
24:42à certains
24:42qu'elle dénonce
24:43l'obscurantisme islamiste
24:45vous êtes vous aussi
24:46sous protection policière
24:48pour les mêmes raisons
24:49la France n'est plus
24:50un refuge
24:50pour les opposants
24:52à l'obscurantisme ?
24:53J'étais avec Marzia
24:54hier
24:55pendant la manifestation
24:58c'est quand même
24:59un refuge
25:00dans le sens
25:00où on a quand même
25:01la chance
25:02d'être placé
25:03sous protection policière
25:04et d'ailleurs
25:05je remercie encore
25:05ces policiers
25:06qui risquent leur vie
25:07de tous les gens
25:07pour nous protéger
25:09on a quand même
25:10cette chance là
25:10mais c'est vrai
25:11que je trouve
25:11que l'exécutif
25:14devrait prendre
25:15cette menace
25:16beaucoup plus au sérieux
25:17on voit que
25:19la justice
25:19a un temps
25:20beaucoup trop long
25:22que peut-être
25:22nos lois
25:23ne sont plus adaptées
25:24pour la menace
25:24qui pèse
25:25sur notre démocratie
25:27Marzia
25:28elle est menacée
25:29par des islamistes
25:30en France
25:32par des gens
25:32qui sont en France
25:33parce qu'elle a eu
25:33le malheur
25:34de critiquer
25:34le capitaine
25:36de l'équipe
25:37de Criquet
25:37donc on se rend compte
25:39un peu
25:39de la violence
25:40de ce qu'elle est
25:40en train de subir
25:41une deuxième photo
25:42il s'agit de
25:43Jafar Panaï
25:44Palmedora Khan
25:45avec un simple accident
25:46emprisonné plusieurs fois
25:47pour avoir critiqué
25:48le régime iranien
25:49lui ou même
25:49l'actrice
25:50Golshifte Farhani
25:51qui a encore pris
25:51la parole
25:52lors de la cérémonie
25:53des Césars
25:53est-ce que ces prises
25:54de parole
25:55sont importantes
25:56et ont peut-être
25:56aidé d'ailleurs
25:57et aident
25:58le peuple iranien
25:59lorsque publiquement
26:00ils énoncent
26:02leur combat
26:03la culture
26:05l'art
26:05de manière générale
26:06les artistes
26:07sont toujours
26:07un énorme moyen
26:08de pouvoir parler
26:09d'un sujet
26:11donc ça nous aide
26:12à mettre en lumière
26:13ce qui se passe
26:14en Iran
26:16mais leur portée
26:17d'un point de vue
26:19du militantisme
26:20sont limitées
26:20parce que
26:21Golshifte Farhani
26:22ne peut pas prendre
26:23des positions géopolitiques
26:25ne peut pas prendre
26:26des positions trop militantes
26:28et par exemple
26:29là où le peuple iranien
26:30réclamait
26:31une aide américaine
26:33et israélienne
26:34pour dire
26:34venez à notre secours
26:35où on a besoin d'aide
26:35et bien forcément
26:37en tant qu'actrice
26:38elle a plus de mal
26:39à dire cette vérité
26:40qui peut être dérangeante
26:42notamment dans les milieux
26:44artistiques
26:44donc elle va plutôt
26:45venir dire
26:47le peuple iranien
26:48a besoin d'aide
26:49mais attention
26:50on a peur
26:50d'une intervention américaine
26:51on ne sait pas
26:52ce que ça va donner
26:53parce qu'elle est obligée
26:54aussi de faire preuve
26:55de retenue
26:56pour ne pas heurter
26:57ce milieu dans lequel
26:58elle travaille
26:58donc oui ça nous aide
26:59parce qu'on va parler
27:00de l'Iran
27:02mais ça ne va pas
27:03au bout
27:04des revendications
27:05du peuple iranien
27:06qui sont très fortes
27:07et qui vont peut-être
27:08à l'encontre
27:09de ce que pensent
27:10beaucoup de personnes
27:11en Occident
27:12j'ai une dernière question
27:13qui est en lien
27:14avec le décor
27:15qui nous entoure
27:15nous sommes entourés
27:17de quatre statues
27:17qui représentent
27:18chacune une vertu
27:19il y a la sagesse
27:21la prudence
27:22la justice
27:22et l'éloquence
27:23est-ce qu'il y a
27:24une de ces vertus
27:24qui vous parle aujourd'hui
27:25tout particulièrement
27:28sagesse
27:28prudence
27:29justice
27:29éloquence
27:30la justice
27:31la justice
27:31la justice
27:32parce que je pense
27:33qu'un peuple
27:34qui a été abîmé
27:35comme le mien
27:35a terriblement
27:38besoin de justice
27:39et vous savez
27:39c'est une des paroles
27:40que disait
27:40Réza Pallavi
27:41justement
27:41c'est qu'on aura
27:42aussi nos procès
27:43Nuremberg
27:43et il va falloir
27:45que ces gens
27:45soient jugés
27:46il va falloir travailler
27:47aussi sur une réconciliation
27:48nationale
27:49parce qu'il est hors de question
27:50que notre pays
27:51bascule
27:52dans une vengeance
27:53sans fin
27:54ou le sang coulera
27:56parce qu'il est temps
27:57pour 47 ans
27:58c'est long
27:5847 ans
28:00de douleurs
28:00de massacres
28:01de pendaisons
28:02de tortures
28:02et j'espère
28:04que le temps
28:04de la justice
28:05va bientôt arriver
28:06la justice
28:06ce sera votre mot
28:08de la fin
28:08merci infiniment
28:09Mauda Jaffari
28:09d'avoir participé
28:10à cette émission
28:11merci à vous
28:11de nous avoir suivis
28:13comme chaque semaine
28:13émission à retrouver
28:14en replay
28:15sur notre plateforme
28:16publique
28:16sénat.fr
28:17mais aussi en podcast
28:18à très vite
28:18merci beaucoup
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