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  • il y a 21 heures
C'est à une belle rencontre que nous permet d'assister « Au bonheur des livres » cette semaine, en accueillant Bartabas, l'homme de scène et de chevaux qu'on ne présente plus, pour un étonnant récit intitulé Les cogne -trottoirs (Ed. Gallimard) et la jeune Pauline Peyrade, elle-même autrice de théâtre, qui publie son second roman, Les habitantes (Ed. de Minuit).Les deux invités de Claire Chazal ne sont pas de la même génération, mais ils ont en commun de suggérer un certain rapport au monde où les animaux tiennent une place essentielle. Qu'il s'agisse d'une espèce de fable joyeuse et urbaine, comme chez Bartabas qui imagine une communauté de personnages pleine de fantaisie, ou d'un univers poétique plus directement rural et relié aux éléments, comme chez Pauline Peyrade, on est emporté par la lecture de ces deux écrivains d'une grande sensibilité. L'un et l'autre nous font réfléchir, à leur manière, sur l'état contemporain de notre humanité, et c'est passionnant. Année de Production :

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00:06Musique
00:18Bienvenue dans l'émission littéraire de Public Sénat.
00:20Je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau numéro d'Au bonheur des livres.
00:23C'est notre émission hebdomadaire au cours de laquelle nous essayons modestement
00:28de vous donner tout simplement envie de lire des livres
00:31et aussi bien sûr de découvrir ou de mieux connaître leurs auteurs.
00:33Alors nos deux auteurs aujourd'hui s'adonnent à la fois au spectacle vivant et à l'écriture.
00:39Ils ont, je vais dire, ces deux casquettes, je ne dis pas casquette,
00:42mais l'un de nos invités la porte volontiers.
00:45Ils nous emmènent tous les deux à la suite d'une jeune héroïne, l'un et l'autre,
00:48donc ils forment chacune un duo, un couple avec un animal,
00:52une chienne pour l'une et un âne pour l'autre.
00:55Les deux livres sont, ils vont nous le dire, bien sûr, nos auteurs vont nous le dire,
00:59sont peut-être les fables d'un nouveau départ.
01:03Elles sont en tout cas des odes aux vivants.
01:05D'abord Pauline Perade qui publie son deuxième roman qui s'appelle
01:09Les Habitantes aux éditions de Minuit.
01:11Et puis Bartabas nous propose, alors lui, pas son premier livre bien sûr,
01:16mais son premier roman, disons pour la première fois une fiction,
01:18après donc de très nombreux récits personnels.
01:21Ça s'appelle Les Cognes Trottoirs chez Gallimard.
01:24Grâce à vous, donc, cher Bartabas, nous suivons une jeune fille, je le disais,
01:28qui a fui un drame, on va en parler,
01:31et qui, avec son âne, chemine, va partager la vie d'une troupe de forains, de saltambantes.
01:37Et là, grâce à elle et avec tous ces artistes-là, nous allons parcourir un Paris populaire
01:41dans lequel les marginaux vont d'une certaine façon défier l'ordre bourgeois.
01:45Et vous, Pauline Perade, alors là, nous ne sommes pas du tout avec ce livre dans l'univers citadin,
01:52mais à l'inverse, dans cette nature que vous aimez sûrement beaucoup,
01:56en tout cas que vous connaissez parce que vous nous la décrivez vraiment avec une grande sincérité.
02:00C'est une campagne que nous découvrons parce qu'il y a beaucoup de détails,
02:05mais aussi de poésie dans cette écriture.
02:07Vous avez écrit des pièces de théâtre, c'est pour ça que je parlais de spectacle vivant,
02:10donc tous les deux, vous aimez cela, des pièces de théâtre.
02:14Par exemple, l'une a été mise en scène par Cyril Thès, mais il y a eu bien d'autres
02:17choses.
02:17Vous avez reçu le concours du premier roman en 2023 avec L'âge de détruire.
02:22Et voici donc ce deuxième roman qui s'appelle Les habitantes.
02:26Alors, je le disais, dans ce livre, et on en parlait en antenne avec Bartabas,
02:30vous décrivez vraiment avec beaucoup de, j'allais dire, beaucoup de citations personnelles,
02:37de détails précis et beaucoup d'émotions, je trouve, assez rentrées.
02:40La nature, ses habitants, les formes du vivant, je le disais,
02:45est-ce qu'il y a quelque chose en vous de l'écologiste ?
02:50Est-ce qu'il y a déjà d'abord un amour de la nature ?
02:54Ou quand même une défense de la nature ?
02:59Je crois que ça a été le premier élan pour l'écriture de ce livre,
03:03avec tout de même en tête que je n'avais pas nécessairement le désir
03:06de faire un livre thématique, disons, sur l'écologie,
03:11qui viendrait vraiment traiter directement la question,
03:13ou parler d'une militante.
03:14Ça fait partie des questions que je me suis posées en commençant.
03:17Ce qui n'est pas le cas, effectivement.
03:18Ce n'est pas le cas du tout, il n'y a pas de théorie.
03:21Il n'y a pas de message ?
03:22Non, non, non.
03:24Mais en fait, en travaillant assez tôt dans le travail,
03:28je me suis dit, en fait, comment raconter une histoire autrement,
03:32avec un regard écologique, une forme de conscience écologique
03:35que je n'avais pas jusqu'alors, en fait, tout simplement.
03:37Je me suis dit, tiens, je n'ai pas du tout prêté attention
03:39à toute cette part du monde dans laquelle on vit.
03:42Ce n'est pas spécialement une conscience ?
03:45Non, l'éveil est arrivé, et je me suis dit,
03:48moi, mon rapport au monde passe par l'écriture, beaucoup.
03:53Et donc, c'est par l'écriture que j'ai aussi commencé
03:56à me déplacer moi-même par rapport à cet enjeu-là.
04:00Vous l'avez lu comme un roman qui défend la nature,
04:03Barthabas ?
04:04Moi, ce qui m'a beaucoup surpris, j'ai beaucoup aimé ce livre.
04:07Votre livre.
04:10Ce qui est d'original, c'est vraiment
04:12traité, j'allais dire, à égalité l'humain et l'animal.
04:15Il y a autant d'importance à une écorce qui s'arrache
04:17qu'une croûte qui se décolle sur un genou.
04:19Et ça, j'ai trouvé ça très, très beau et original.
04:22Et en plus, assez rugueux.
04:24Ce n'est pas fait de façon complaisante.
04:26C'est assez sale, même.
04:28La nature n'est pas tout le temps belle.
04:30C'est ce qu'on découvre.
04:31Elle peut être douloureuse, elle peut être sale, elle peut être rugueuse.
04:33On peut tomber, on peut se faire mal dedans.
04:35C'est ce que vous dites.
04:36Ça, ça m'a bien plu.
04:37Alors justement, il y a effectivement ce duo tout de suite
04:40très attachant, Pauline Perrade,
04:42que vous décrivez.
04:43Elle s'appelle Émilie.
04:44Elle a sa chienne Loise.
04:45L-O-I-S-E.
04:47Ça se prononce Loise ?
04:48Loïse.
04:48Loïse.
04:49Loïse.
04:49On prononce ce qu'on vous voulez.
04:50Voilà, on s'interroge.
04:52Mais en tout cas, ils sont ensemble.
04:53Elles ne se quittent pas.
04:56Est-ce que ce lien avec l'animal,
04:59ça s'est imposé à vous ?
05:00C'est quelque chose de personnel ?
05:01Parce que pour Mortabas, on le sait qu'il y a un lien avec l'animal.
05:05D'ailleurs, dans son livre,
05:06ce n'est pas tout à fait l'animal qu'on le croit,
05:07mais il va nous en parler.
05:09Mais est-ce que c'était aussi quelque chose
05:12qui fait partie de votre vie ?
05:14Alors moi, je n'ai pas de chien, personnellement,
05:16mais mon petit frère en a un,
05:19qui est sous inspiration de Loïse,
05:21qui est un perjot australien qui s'appelle Saroumène.
05:23Non, non, mais en fait, le personnage d'Émilie,
05:26pour la rencontrer, pour la construire,
05:28j'ai beaucoup, beaucoup pensé à la figure d'Émilie Bronté.
05:31Elle porte son nom, d'ailleurs.
05:33Émilie s'écrit avec un Y, comme Émilie Bronté.
05:36Émilie Bronté, donc, pour cet attachement viscéral
05:39au lieu où elle vivait,
05:40donc le précipitaire de Haworth,
05:43et les Landes autour où elle se promenait tous les jours,
05:45enfin, elle avait aussi ce rapport très rituel
05:48à la nature dans laquelle elle vivait et à son lieu,
05:51qu'elle ne supportait pas de quitter,
05:52et elle avait notamment un lien très fort à son chien,
05:56Émilie Bronté.
05:57Donc, je pense que le duo est venu aussi de là,
06:01et aussi parce que, enfin, voilà,
06:03donc j'avais ce chien dans mon entourage
06:04que je pouvais observer,
06:06et parce qu'Émilie, le personnage d'habitante,
06:08est un personnage qui est très opaque,
06:10en fait, on a très peu accès à elle.
06:12On ne sait pas du tout d'où elle vient réellement.
06:14Oui, c'est ça.
06:14Elle a quitté son père, enfin,
06:16et elle est attachée à la maison de sa grand-mère,
06:18où elle a vécu ses vacances,
06:20cette maison-là, elle y est attachée, ça, on le sait.
06:21Elle y a vécu depuis ses 9 ans,
06:23enfin, son père l'a déposée un peu comme ça,
06:25on n'a pas vraiment les tenants et les aboutissants de l'histoire,
06:27elle a été élevée par sa grand-mère.
06:29Loïse, au départ, était la chienne de sa grand-mère,
06:31et puis, un peu comme...
06:33Il y a quand même pas mal de questions de port d'attache,
06:35aussi, dans ce livre,
06:36où est-ce qu'on s'ancre, auprès de qui on vit,
06:38et Loïse, comme ça, était la chienne de Moon,
06:40de la grand-mère,
06:41et puis à sa mort, voilà, la pleure,
06:43et puis va passer, va devenir compagne d'Émilie,
06:46elles vont former ce duo qu'on découvre dans le livre.
06:52Mais le personnage de Loïse m'a beaucoup renseigné sur Émilie,
06:55parce que c'est aussi une chienne qui l'observe énormément,
06:58qui réagit à ses émotions, à ses états,
07:01avant même qu'Émilie les comprenne.
07:04Oui, c'est évidemment ce qui est touchant.
07:06Alors, il y a une autre habitante non loin qui s'appelle Aude,
07:09c'est une voisine, elle a une ferme,
07:10elle aussi, elle a un chien,
07:11une chienne, d'ailleurs, qu'elle soigne,
07:13une baba.
07:14On peut dire que c'est les habitantes,
07:16c'est-à-dire le titre de votre livre,
07:18c'est à la fois les humains et les animaux,
07:20qu'est-ce qu'on peut...
07:21Exactement, c'est tous les...
07:22C'est deux filles, c'est deux femmes,
07:24et c'est deux chiennes.
07:25Exactement, et c'est...
07:28C'est tous ces êtres vivants qui habitent ce lieu
07:32et qui en partagent le sort,
07:34quelque part, le...
07:36On entend le féminin, évidemment, dans le titre,
07:39mais pour moi, le féminin est à entendre au sens...
07:43large, en fait,
07:44ce qui va s'opposer à elle,
07:46au sens très large,
07:48donc à ses habitantes,
07:49c'est une volonté patriarcale,
07:51une volonté du père
07:53qui veut s'approprier le lieu
07:55pour en tirer profit,
07:56qui n'y vit pas,
07:57qui n'est pas là.
08:00Et voilà, une fois encore,
08:02c'est disséminé dans le livre.
08:03Pour Émilie, c'est très concret,
08:06puisque le père veut récupérer,
08:08veut vendre la maison,
08:09il en a le droit, voilà,
08:10par...
08:10C'est la sienne,
08:11il en a hérité de sa mère,
08:13et elle, elle s'accroche, au fond,
08:14à cette maison,
08:15enfin, elle est là,
08:15elle veut y vivre.
08:17Oui, c'est ça,
08:18donc elle reçoit des lettres,
08:19le père, on ne le verra pas,
08:21enfin, il n'intervient que par système,
08:23voilà, par rapport de force,
08:26par lettres,
08:26c'est son langage aussi à lui,
08:28et elle, elle n'y répond pas,
08:29elle cherche une manière
08:30de répondre à la situation
08:32qui soit sienne,
08:33mais elle ne rentre pas du tout
08:34dans ce jeu-là,
08:36du marchandage,
08:37de la menace,
08:39ou de la spéculation.
08:40Mais vous disiez tout à l'heure
08:42que le lieu aussi,
08:43le lieu s'abîme.
08:44Oui,
08:46c'est ce que disait aussi
08:47Barthomas,
08:48oui.
08:48Oui, c'est ça.
08:49Parce que c'est une campagne,
08:51il y a aussi une réflexion,
08:52bien sûr,
08:53sur,
08:54j'allais dire,
08:55la déshumanité,
08:56enfin,
08:56l'effondrement des campagnes,
08:58ou en tout cas,
08:58le changement du monde paysan,
09:00le changement des habitudes rurales,
09:02ça s'appauvrit,
09:03c'est plus difficile,
09:05on sent cette difficulté
09:06de la vie d'un adulte.
09:06Ce qui est intéressant,
09:07c'est que c'est fait par le style,
09:08c'est fait assez finement,
09:09parce qu'en fait,
09:10on pourrait avoir l'impression
09:11que là,
09:11c'est très psychologique,
09:12alors qu'il n'y a pas de psychologie,
09:14je trouve,
09:14la psychologie est traitée
09:15comme justement un végétal,
09:17tu pourrais dire,
09:17tiens,
09:18un lierre qu'on va arracher,
09:19il résiste,
09:20on tire dessus,
09:20mais il est encore là,
09:22et ça,
09:22j'ai beaucoup aimé,
09:23il y a un côté,
09:24c'est assez original en plus,
09:25c'est-à-dire de,
09:27pendant tout le récit,
09:28la nature est à égalité
09:29avec les personnages,
09:30je trouve,
09:30ils sont même traités
09:31pareil presque.
09:32C'est pour ça qu'on ne sait pas
09:33très bien
09:34ce que veut cette Émilie
09:35et d'où elle vient réellement,
09:37on a une espèce de mystère
09:38autour d'elle.
09:38Il y a aussi un mystère
09:39avec la demi-sœur,
09:40Anna,
09:41qui va apparaître,
09:42c'est une autre habitante
09:43d'une certaine façon
09:44de cette région,
09:45et là,
09:45alors là,
09:46elle va finir par s'installer,
09:47venir s'installer là,
09:48en tout cas venir la rejoindre,
09:50mais a-t-elle fui le père,
09:52il y a quelque chose
09:52d'étrange,
09:54un peu obscur,
09:56avec toujours en contrepoint
09:57le patriarcat,
09:58ou en tout cas,
09:58une forme de domination masculine ?
10:00Oui, c'est ça.
10:03Anna,
10:03c'est un peu
10:04la pièce mobile
10:05dans l'histoire,
10:06puisque c'est son,
10:07de manière très prosaïque,
10:08c'est son pourcentage
10:09qui peut faire
10:11tomber la balance,
10:12pencher la balance
10:12d'un côté.
10:13La vente de la maison.
10:14Elle,
10:14elle peut s'opposer
10:15avec Émilie,
10:16toutes les deux peuvent
10:16s'opposer à la vente
10:17de la maison
10:18contre la volonté du père,
10:20donc effectivement,
10:21mais comme le fait le livre,
10:22où il invite
10:24à voir
10:26le lieu
10:27et effectivement,
10:29je crois que la langue
10:30occupe,
10:31habite cet attachement.
10:32On fait un endroit vivant
10:34et pas seulement
10:35un endroit qu'on regarde,
10:36mais un endroit
10:36qu'on côtoie,
10:37avec lequel
10:39on interagit sensiblement.
10:41Donc Émilie invite
10:42Anna à venir voir
10:43comme seule ressource,
10:45en fait.
10:47Et voilà,
10:48Anna,
10:48elle a 18 ans,
10:49elle ne connaît pas
10:50sa demi-sœur,
10:50elle ne connaît pas
10:51à cet endroit,
10:53mais d'un seul coup,
10:54cet autre lieu
10:55est un endroit
10:55où elle est pour elle.
10:56Une brèche s'ouvre.
10:58On ne sait pas bien
10:59si elle fuit quelque chose.
11:00Exactement.
11:01C'est beau d'ailleurs,
11:02c'est ce que disait
11:03Barthabas,
11:04c'est que ces êtres humains,
11:05vous n'en fouillez pas
11:06complètement la psychologie,
11:07vous les laissez
11:08dans leur environnement
11:10naturel,
11:10faire corps
11:11avec ces êtres,
11:13ce milieu vivant-là
11:14que vous décrivez
11:15avec beaucoup de poésie.
11:18Alors vous,
11:18Barthabas,
11:19on ne va pas redire
11:19que vous êtes écuyer,
11:20dresseur,
11:22metteur en scène,
11:24écrivain,
11:25voilà,
11:26vous avez fondé
11:27le théâtre équestre
11:27Zingaro en 1984,
11:29eh oui,
11:30et on ne parlera pas
11:31de l'avenir,
11:32on ne va pas dévoiler,
11:34et l'Académie de Versailles
11:35en 2003,
11:37vous avez aimé
11:38très jeune les chevaux,
11:39mais vous l'avez raconté
11:40dans de très beaux livres
11:41d'ailleurs,
11:41personnels,
11:43vous les avez souvent
11:44associés à la musique,
11:45à la danse,
11:46c'est ça ce que vous faites,
11:48c'est ce qu'on aime chez vous,
11:49c'est-à-dire au spectacle vivant,
11:50c'est ce que je disais,
11:51donc c'est ce qui vous rapproche
11:51aussi tous les deux,
11:53vous avez écrit
11:54de nombreux récits personnels,
11:55notamment un très beau livre
11:56sur Pina Bausch,
11:57avec lequel vous allez nouer
11:59une amitié
11:59qui va vous accompagner
12:01jusqu'à Aubervilliers,
12:03et voici donc
12:03Les Cognes au trottoir,
12:04alors c'est un premier roman,
12:07d'abord ce titre un peu étrange,
12:09à quoi fait-il allusion ?
12:10Aux saletins,
12:10à des forains
12:11qui étaient...
12:12Les Cognes au trottoir en argot,
12:13c'est au départ la police,
12:14les flics,
12:15et c'est aussi par déformation
12:18les acrobates de rue
12:19qui sautent,
12:20qui font des flics flaves
12:21et s'opèrent
12:21à même le macadam,
12:22sans tapis,
12:23donc on appelle ça
12:23des Cognes au trottoir,
12:24c'est un peu les banquistes,
12:26les premiers,
12:26qui travaillaient dans la rue.
12:28Dès le 19e siècle,
12:29c'est un terme un peu ancien.
12:30C'est ça qui est intéressant,
12:32c'est que c'est les origines du théâtre,
12:34après c'est le théâtre de Tréteau,
12:36c'est la notion de...
12:38qui est très importante d'ailleurs
12:39dans la Manche,
12:40dans la rue,
12:41c'est que le spectateur est debout,
12:43à l'air de rien.
12:44C'est différent, oui.
12:45Et moi j'ai beaucoup appris ça,
12:46c'est-à-dire que le spectateur
12:46peut partir à tout moment en fait,
12:48il n'a pas payé encore,
12:50et donc ça a un rapport
12:52avec le spectateur
12:53qui est assez passionnant
12:54parce qu'on ne peut pas tricher,
12:55il faut donner,
12:57et puis il faut arriver à jouer
12:59avec l'attention du spectateur,
13:01et ça je trouve que ça m'a beaucoup servi
13:03plus tard dans ma vie
13:04au théâtre de Zingaro,
13:05d'ailleurs au début,
13:06les sièges étaient même un peu durs,
13:07j'aimais bien ça,
13:08c'était bien que c'était super,
13:09mais on a un peu mal au dos.
13:10C'était assez inconfortable chez vous,
13:11oui, mais c'était un cirque d'une certaine façon,
13:14c'était un chapitre.
13:14Oui, mais c'est important
13:15que le spectateur doit garder une attention
13:18dans le spectateur vivant,
13:19il ne faut pas qu'il soit assis
13:20trop confortablement.
13:21C'est ça, bon, je ne sais pas.
13:23Alors vous aussi,
13:24vous avez une héroïne,
13:25comme Pauline qui a Émilie,
13:28alors elle, elle s'appelle Cascabelle,
13:30elle est une adolescente,
13:31elle est très jeune,
13:32ses parents sont morts
13:33et elle est partie après une sorte de drame
13:36dont on ne sait pas tout très bien.
13:38On ne va pas révéler tout.
13:39Voilà, on ne va pas tout révéler.
13:40Et là, ça arrivait bien souvent
13:41dans les campagnes à cette époque-là,
13:42parce qu'on est dans les années 70-80.
13:45Oui, oui.
13:45Donc on fait un fond des campagnes.
13:46D'ailleurs, au début, on ne sait pas.
13:47C'est-à-dire que ça commence...
13:48Non, on ne sait pas.
13:49Le roman commence comme un conte de grime, un peu.
13:51C'est une jeune fille sur un âne
13:52qui, dans la nature,
13:53essaye de survivre plus ou moins,
13:55de s'échapper.
13:56Et puis petit à petit...
13:57On découvre qu'elle est muette quand même.
13:58Voilà, elle est muette.
14:00Et ça, c'est important.
14:01Je voulais...
14:02Oui.
14:03Elle était muette pour plusieurs raisons pour moi.
14:04D'abord, parce que ça instaure un...
14:06L'animal est muet aussi.
14:08Je suis bien placé pour le savoir.
14:10Donc avec son âne,
14:10c'est des rapports plus sur le...
14:12Voilà, plus physiques, on allait dire,
14:14que par le vocabulaire.
14:17Et puis le muet, comme les animaux,
14:19d'ailleurs, pousse à la confidence.
14:21Ça m'intéresse beaucoup.
14:21On se confie à un animal
14:23parce qu'on sait qu'il ne va pas répéter ce que vous voulez.
14:24Et puis elle a une capacité d'écoute.
14:25Elle écoute bien.
14:26Voilà, donc ça développe la capacité d'écoute
14:28et donc pousse à la confidence.
14:30Ça me permet de révéler
14:31un peu les géographies
14:32de tous les personnages qu'elle va rencontrer.
14:34Et Dieu sait si elle va rencontrer.
14:35C'est ce qui fait le côté ça.
14:37Ça commence en progression.
14:38C'est quand même une galerie de portraits
14:40très étonnant.
14:41Elle est plein de reliefs.
14:43Alors, elle est accompagnée d'un âne.
14:46On parlait d'un chien tout à l'heure avec Émilie.
14:48Alors, vous n'avez pas choisi un cheval.
14:50J'attendais cette question.
14:51Pardon de cette question absolument.
14:52C'est un âne philosophe, c'est un sage.
14:54Il faut savoir que les ânes,
14:56plus que deux fois...
14:58Plus de deux fois...
14:59Deux fois plus qu'un cheval,
15:00même plus que deux fois plus qu'un cheval, en fait.
15:02Ah oui ?
15:02Et d'ailleurs, c'est pour ça
15:03qu'on dit têtu comme un âne, en fait.
15:05C'est parce que les ânes
15:06ne sont pas du tout têtu.
15:07Mais comme ils vivent très longtemps,
15:09pendant longtemps,
15:09ils pouvaient travailler
15:10pendant 20 ans, 25 ans
15:11dans une ferme avec des habitudes,
15:13toujours les mêmes gestes,
15:14avec le même maître.
15:15Et quand le maître mourra,
15:16on le mettait en vente.
15:17Il pouvait encore retravailler
15:18pendant 20 ans dans les marques.
15:20Et donc, il changeait d'habitude
15:22et donc, il avait un petit peu de...
15:24On va dire de surprise.
15:25Donc, de là venait son étonnement
15:27et on a dit têtu comme un âne.
15:28Oui, il y a une grande résistance
15:30chez l'âne, quoi.
15:31Oui, mais bon.
15:32Enfin, voilà, c'est un âne philosophe,
15:33un peu.
15:34Voilà.
15:34Alors, effectivement...
15:36Et en plus, funambule.
15:37Tous les animaux dont on parle,
15:38eux aussi, ils portent un regard
15:40sur les êtres humains,
15:41donc ils nous inspirent
15:42d'une certaine façon.
15:43Alors, elle va donc rencontrer
15:45cette troupe de saltimban
15:46qui va traverser Paris,
15:47qui va se produire, comme vous dites,
15:48les gens sont debout, regarde.
15:50Alors, elle, elle va faire
15:52des numéros d'équilibrisme
15:53avec cette âne.
15:55De funambulisme.
15:55De funambulisme.
15:59De funambulisme.
15:59Qu'on va croiser.
16:01C'est des gens
16:02que vous avez pu rencontrer ?
16:04Oui, bien sûr,
16:04c'est inspiré de plein de personnages
16:05que j'ai rencontrés à mes débuts.
16:07Enfin, bon,
16:07qui sont un peu détournés, évidemment.
16:09Mais voilà,
16:10c'est vraiment une époque
16:11où le...
16:11Ce qui n'a pas duré très longtemps,
16:13d'ailleurs,
16:13où il y a eu cette volonté
16:14de sortir dans la rue,
16:15de sortir des institutions théâtrales.
16:18Alors, ça a commencé
16:18avec le Magic Circus,
16:20le Dyntheat,
16:20il y a eu pas mal de trucs.
16:22Le Palais des Merveilles.
16:22Ariane Nushkine, après.
16:24Qui se faisait aller
16:25au contact du spectateur.
16:26Moi, j'ai connu ça,
16:27c'est ce que je voulais faire.
16:28Enfin, ma vie théâtrale
16:30a commencé comme ça.
16:30C'est sûr.
16:31J'avais le choix
16:31entre attente,
16:32prendre un téléphone
16:32ou aller dans une école
16:33ou leur dire,
16:34moi, je veux vivre d'abord
16:35avec des potes
16:36et puis on apprendra
16:37en faisant, quoi.
16:38Donc, apprendre sur le tas,
16:39on pourrait appeler ça comme ça.
16:40Et ça m'a beaucoup servi,
16:42ça m'a beaucoup appris.
16:44Je pense que c'est vraiment
16:45une très belle école
16:46et qui n'a pas duré très longtemps
16:48parce que dès que le spectacle
16:49de rue est devenu
16:49un peu à la mode,
16:51en voulant l'aider,
16:51on l'a détruit
16:52parce qu'on a fait
16:53des festivals de théâtre de rue
16:54et il n'y avait plus
16:55la notion de faire payer les gens.
16:57Tout d'un coup,
16:58tu deviens un artiste
16:58qui est payé pour animer.
17:00Ce n'est pas du tout
17:01la même chose.
17:01Ça a devenu des choses
17:02très belles d'ailleurs
17:03comme le Royale de Luxe
17:04ou des développements énormes
17:06mais qui ont perdu
17:07cette notion du regard
17:08vraiment les yeux dans les yeux
17:10avec le spectateur
17:10et de le tenir, quoi.
17:12Et ça, c'est quelque chose
17:13qui m'a beaucoup...
17:14qui, moi,
17:15m'a beaucoup influencé plus tard.
17:17C'est-à-dire de dire
17:17tu ne fais pas de compromis
17:19à ce que tu veux dire
17:19mais tu t'arranges
17:20pour que tout le monde
17:20puisse comprendre
17:21ou rentrer par sa porte
17:22ou sa fenêtre.
17:23Moi, je faisais plutôt allusion
17:24au fait qu'il s'était un peu
17:25mis en marge de la société.
17:27C'est un hommage
17:29à tous les marginaux.
17:30Mais est-ce qu'on peut dire
17:31chez vous, par exemple,
17:32Pauline Perat,
17:32que ces jeunes femmes
17:34qu'on va croiser,
17:34elles sont un peu
17:35en marge du monde aussi ?
17:36Est-ce qu'on peut
17:37les appeler des marginales ?
17:39Est-ce que c'est un peu pertinent ?
17:41C'est aussi un livre
17:41sur la marge et la rupture.
17:46et des liens
17:48de sororité
17:49ou de solidarité
17:51mais complexes,
17:52une fois encore.
17:53La nature n'est pas idéale.
17:55L'entraîne non plus
17:56mais comme dans votre livre.
17:58Bien sûr, c'est la même chose.
17:59La violence est aussi là.
18:01Oui, bien sûr.
18:03C'est vraiment une ode.
18:04Moi, dans mon livre,
18:05c'est vraiment une ode aussi
18:06au compagnonnage,
18:07à l'acceptation de l'autre
18:09dans sa différence.
18:10Pour moi,
18:11c'est une notion très importante
18:12et surtout par les temps
18:13qui courent,
18:14ça ne fait pas de mal
18:14de rappeler ça.
18:16Et surtout dans un climat
18:17un peu âpre.
18:20C'était une vie assez dure
18:21comme la vie de cette époque-là.
18:23Dans les années 70-80
18:25encore à Paris,
18:26dans le Marais,
18:27un appartement sur deux
18:28n'avait pas l'eau courante.
18:29Les toilettes étaient
18:30sur le palier.
18:31On oublie ça souvent.
18:32La vie était un peu âpre.
18:35Et donc ça,
18:36ça m'a beaucoup intéressé
18:37de décrire ce palier-là
18:37qu'on ne connaît pas trop.
18:39Des années 80,
18:40on retient les bains-douches,
18:41les fêtes,
18:42le côté paillettes.
18:42On l'a connu sous Balzac,
18:44bien avant,
18:45mais au 28e siècle,
18:46on ne le connaît moins.
18:47C'est-à-dire que c'était
18:49les Halles qui partaient
18:50à Rungis.
18:51Donc tout d'un coup,
18:51tu enlevais le poumon
18:52de Paris.
18:53Et tout,
18:53Belleville,
18:54tout était détruit
18:55pour commencer
18:55à faire des petites zupes.
18:58Le Paris populaire
18:59était en train
18:59de disparaître.
19:00Mais vous,
19:02j'allais dire,
19:02de réactualiser,
19:03en tout cas,
19:03vous le faites renaître,
19:04on le découvre.
19:04Il y a même
19:05une sorte de langage
19:06un peu goyeur.
19:06Vous avez cette écriture-là.
19:09C'est ça qui m'intéresse,
19:10c'est de trouver
19:11l'évidence d'un style
19:13par rapport à ça.
19:14C'est en même temps
19:16assez dur
19:16et en même temps
19:17élégant.
19:18C'est-à-dire,
19:18c'est arrivé à trouver
19:21pas une écriture bourgeoise.
19:22Moi, je trouve
19:23qu'il y a trop d'écrivains
19:24qui sont des grands bourgeois.
19:25Je dirais que
19:25ni l'un ni l'autre
19:26n'avait dit
19:27ni l'autre
19:28d'écriture bourgeoise.
19:29Ça, je crois.
19:31C'est vrai que
19:33vous parliez de ce début
19:34aussi un peu de compte.
19:35Je sais que c'est la langue
19:36qui saute aux yeux,
19:36je trouve,
19:37qui nous prend d'abord
19:38dans les cognues trottoirs.
19:41C'est le mot
19:42qui me vient comme ça,
19:43mais je trouve
19:44que c'est une langue
19:44qui est rocailleuse aussi,
19:45qui sonne
19:46et qui coupe,
19:48qui est très, très concrète.
19:50Ce qui est très beau,
19:51c'est que cette cascabelle,
19:53elle va croiser
19:53ces personnages divers,
19:56étranges, mystérieux,
19:58et certains vont l'amener
19:59à la littérature.
20:00C'est l'histoire
20:01de deux apprentissages
20:02en parallèle.
20:04L'apprentissage
20:04de la rue,
20:06du spectacle,
20:07voire même
20:08de l'équilibrisme.
20:10Et puis,
20:11l'apprentissage
20:11de la littérature
20:12parce qu'un des personnages
20:13qui a...
20:14C'est tous des personnages
20:15un peu cabossés de la vie.
20:16Ils ont tous eu des passés.
20:17C'est un cas assez beau,
20:18je trouve.
20:19Et en même temps,
20:19ils se réunissent
20:20par une espèce
20:20d'humanité,
20:21de passion
20:22autour de l'acte théâtral.
20:24Et il y en a un
20:24qui s'appelle
20:25le baron d'Illerudy
20:26et qui va se charger
20:28un peu de sa formation
20:30littéraire,
20:30on va dire.
20:31Mais il va le faire
20:32de manière...
20:33Ça m'intéressait.
20:33Il va le faire
20:34de manière très carrée,
20:35un peu comme
20:35une formation physique
20:37d'un acrobate.
20:37D'ailleurs,
20:38moi, je trouve
20:38que la lecture,
20:40il faut s'entraîner
20:40pour la lecture.
20:42C'est-à-dire que
20:43plus tu lis,
20:43plus tu prends du souffle,
20:44comme tout exercice.
20:46C'est-à-dire,
20:46pour arriver à suivre
20:47un auteur,
20:48marcher avec un auteur,
20:49il faut un peu de souffle.
20:49Parfois, il faut beaucoup
20:50de souffle pour courir
20:51derrière lui
20:51s'il est trop intelligent.
20:53Il faut le relire,
20:54revenir en arrière,
20:54essayer de comprendre.
20:55Il y a ce côté...
20:56Il faut un entraînement
20:57pour plus tu lis,
20:58plus tu apprends à lire
20:59et plus tu peux lire.
21:01Comme dans tout.
21:02Et donc,
21:03elle a des exercices.
21:05Elle a un livre.
21:05Et comme elle ne parle pas,
21:06elle est ardoise
21:07et elle doit résumer.
21:09Et très vite,
21:09on s'aperçoit en fait
21:10qu'elle est très...
21:11Enfin, moi, dans ma tête...
21:12D'ailleurs, c'est étonnant.
21:13C'est la première fois
21:14que ça m'arrive.
21:14Moi, je ne pensais pas
21:15que c'était...
21:15Peut-être que tous les romanciers
21:16vont dire ça.
21:18Mais c'était mon premier roman.
21:19Et c'est vrai
21:20que c'est incroyable.
21:20Tu crées des personnages
21:21que tu inventes,
21:22même si c'est inspiré
21:24par des personnages
21:24que tu as connus.
21:25Et tout d'un coup,
21:25ils se dressent devant toi.
21:27Ils te dessaisissent
21:28vraiment de ta capacité
21:30de lire je.
21:30C'est-à-dire que c'est eux
21:31qui te prennent le récit en main.
21:32Quand on raconte ça,
21:33on dit non,
21:34c'est un peu...
21:34Mais c'est la vérité.
21:35C'est ce que vous avez ressenti aussi,
21:37Pauline.
21:37Exactement, oui.
21:38Parce que c'est Émilie.
21:39Ce personnage,
21:39par exemple, très vite,
21:40pour moi,
21:41alors que je ne l'avais pas prévu
21:42au départ,
21:43je l'ai tout de suite pensé,
21:43je l'ai dit,
21:44elle sera écrivaine,
21:45même si le récit s'arrête avant.
21:47Ça s'arrête avant,
21:48mais on imagine.
21:49Il est évident
21:49qu'elle va devenir écrivaine.
21:51Et vous aussi,
21:52vous ne saviez peut-être pas
21:52qui était cette Émilie
21:53et elle va finir
21:54par vous devancer, peut-être ?
21:56Elle l'a déjà fait.
21:58Et puis,
21:58elle est toujours mystérieuse.
22:00Elle est restée...
22:01Elle a gardé son opacité
22:03et c'est pour ça
22:04que je suis encore attachée,
22:07je crois.
22:08Et moi-même,
22:09en travaillant,
22:10je me disais
22:10mais qu'est-ce qu'elle va faire ?
22:12Le temps passe,
22:15dans quelques mois,
22:16elle sera expulsée,
22:16qu'est-ce qu'elle va faire ?
22:17Et à un moment,
22:17c'est elle qui a imposé
22:19qu'elle ne bougerait pas.
22:20Je disais,
22:20bon, ben voilà,
22:20elle ne bougera pas.
22:21C'est ce qu'on comprend.
22:22Parce qu'on ne sait pas vraiment
22:23vers quoi elle veut aller,
22:24mais on sait,
22:25la seule chose,
22:25c'est qu'elle résiste
22:26et qu'elle s'est attachée
22:27à ce lieu qu'elle veut.
22:29Et qu'elle ne bougera pas
22:30et continue à mener sa vie
22:32face à ce qui était son quotidien,
22:33en fait,
22:33devient une forme de résistance.
22:35C'est vrai,
22:35c'est une vie marginale ici.
22:36C'est une vie marginale.
22:37Mais je dirais que vous avez décrit
22:39effectivement des vies marginales,
22:41alors peut-être avec plus de couleurs
22:44chez Barthabas,
22:46et c'est sombre un peu chez vous,
22:49Pauline,
22:50et notamment cette Émilie,
22:51à un moment,
22:52elle s'empare d'un fusil,
22:53ce qu'on n'a pas dit,
22:54alors on ne sait pas très bien pourquoi,
22:56mais il y a quelque chose
22:59de l'ordre de la violence,
23:01ou en tout cas du reflet
23:02de la violence du monde,
23:03peut-être, je ne sais pas.
23:05Ah oui, oui,
23:05c'est une grande violence
23:06qu'on lui fait,
23:07c'est l'endroit où elle vit,
23:09c'est chez elle,
23:11et un bon matin,
23:13quelqu'un décide que,
23:15enfin, parce qu'un bout de papier le dit,
23:16voilà, j'ai le droit
23:17de tirer de l'argent de cet endroit,
23:19donc tu t'en vas.
23:21C'est ce que je disais tout à l'heure,
23:22elle, elle ne rentrera pas
23:24dans cet échange-là,
23:26elle ne répondra pas
23:27aux lettres du père, du notaire,
23:29tout ça,
23:30elle continuera à mener son existence,
23:32en revanche,
23:33elle cherche comment répondre
23:36à la situation,
23:37et il y a, oui,
23:38ce moment,
23:38effectivement,
23:39où elle dérobe
23:40le fusil de chasse,
23:41parce que Aude,
23:42la voisine,
23:42est chasseuse,
23:43voilà,
23:43et, bon,
23:45je ne vais pas tout révéler,
23:46non,
23:46je ne vais pas tout révéler,
23:49mais il y a quelque chose,
23:51effectivement,
23:51de comment,
23:53comment se défendre,
23:54comment peut-être combattre,
23:56en fait,
23:56ça fait partie,
23:57ça fait partie des questions.
23:58– Mais c'est le reflet
23:58un peu de votre tempérament,
24:00est-ce qu'on peut dire ça ?
24:01Enfin, est-ce qu'il y a,
24:02enfin, forcément,
24:03quand on écrit,
24:04on écrit avec sa propre personnalité,
24:07mais…
24:08– Oui,
24:08ou avec ce qu'on n'est pas aussi,
24:10je pense que c'est…
24:11– Ah, bien sûr.
24:12– Après,
24:12moi, j'ai l'impression,
24:13souvent,
24:13parce que j'ai quand même
24:14beaucoup travaillé
24:16dans le roman précédent
24:17et puis dans les pièces
24:19pour le théâtre,
24:20sur la question de la violence,
24:21et notamment des rapports
24:23des femmes à la violence,
24:24la violence qu'elles subissent,
24:25ou comment elles se l'approprient,
24:27ou elles s'en emparent
24:27ou l'exercent.
24:30Et il y a quand même
24:31une différence
24:32entre l'univers,
24:34disons,
24:34le registre de la littérature
24:35et de l'imaginaire
24:36et le registre de la réalité.
24:38Et moi,
24:39j'ai souvent l'impression
24:39que pour évoquer la violence,
24:41je ne peux pas l'édulcorer
24:42dans un livre,
24:43je ne vais pas essayer
24:44de l'adoucir,
24:45de la faire passer,
24:46et que parfois,
24:46pour être à la hauteur
24:47de la violence du monde,
24:48il faut la grossir
24:49dans la fiction
24:50ou dans les motifs
24:52ou dans les symboles,
24:53et la question
24:54de se défendre,
24:55enfin, d'un seul coup,
24:56cette arme
24:57qui surgit,
25:00c'est une traduction
25:01en littérature,
25:02d'une indignation
25:05ou de la violence
25:07qui lui est faite.
25:08Mais on retrouve
25:08cette violence
25:09chez vous,
25:09parce qu'il faut bien
25:10qu'il y ait une adversité,
25:11il se batte
25:12contre cette adversité,
25:13c'est forain.
25:13Oui,
25:14parce que ce sont des gens
25:15qui vivent à la marge,
25:16donc c'est un combat
25:17de tous les jours.
25:18C'est un combat
25:18contre l'ordre et ta vie.
25:19Moi, c'est un peu ma vie,
25:20donc j'ai toujours été,
25:23par rapport au milieu
25:24en général,
25:25qu'il soit du cinéma,
25:26du théâtre,
25:26du cirque,
25:27maintenant de la littérature,
25:28il faut toujours se battre
25:29parce que tu as toujours
25:31l'impression d'être un intrus.
25:33Donc ça,
25:33ça m'amuse aussi,
25:34cette position
25:35où tu es toujours
25:35le dérangeur,
25:37celui qui...
25:37Jusqu'à devenir un peu...
25:39C'est étonnant d'ailleurs
25:40parce que Zingaro
25:40a commencé à la marge
25:42et il est devenu
25:43une institution
25:43sans le vouloir.
25:44Oui, mais c'est intéressant
25:45parce que même
25:46en étant marginal,
25:47tu peux arriver à justement...
25:48Alors, on dit ça
25:49d'une autre manière,
25:49on dirait
25:50qu'il a créé un genre
25:50qui n'existait pas avant.
25:51Mais c'est une question...
25:53C'est une manière
25:53d'être marginal aussi, quoi.
25:54C'est-à-dire,
25:54tu fais quelque chose
25:55que personne n'avait jamais fait,
25:56en fait.
25:57Alors, Les Habitantes,
25:57c'est le livre de Pauline Perrade,
25:59là, ça nous emmène
25:59dans la nature,
26:00un contact aussi des animaux
26:02et d'une vie assez rude,
26:03quand même.
26:04Et Bartabas,
26:04lui, nous emmène
26:05dans le Paris populaire
26:06avec ses cognes trottoirs.
26:08Merci beaucoup
26:09à tous les deux.
26:10Quelques coups de cœur
26:11et j'entendais d'ailleurs
26:11vous parliez
26:12d'un joli livre
26:12sur les animaux,
26:14Bartabas.
26:15C'est un livre ancien
26:16qui est extraordinaire.
26:17Oui, parce que là,
26:18on a Une forêt
26:18de Jean-Yves Jouanet.
26:20Là aussi,
26:20c'est tout à fait magnifique
26:21et il est question d'oiseaux.
26:23Donc, on le recommande.
26:24Et vous,
26:24c'était aussi pour un oiseau ?
26:25Le Pèlerin,
26:26John Baker,
26:27il n'a écrit qu'un livre
26:28dans sa vie,
26:29c'est extraordinaire.
26:30Alors, on les conseille,
26:31il peut l'être à Pauline
26:31parce que je crois
26:32que ça peut faire partie
26:34de son univers.
26:35Et puis, encore,
26:35Des animaux
26:36avec Caroline Lamarche.
26:39C'est une réédition en poche
26:40le jour du chien.
26:42Et puis, pour ma part,
26:43c'est un livre
26:43que j'ai découvert récemment
26:45alors qu'il n'est pas récent récent.
26:46L'auteur s'appelle Alain Galant
26:48et c'est très beau.
26:49Et ça aussi,
26:50ça décrit l'ourle,
26:52c'est-à-dire l'orée,
26:53le bosquet,
26:54la frontière,
26:55ce qu'on aperçoit du paysage.
26:57C'est un terme un peu ancien
26:59pour décrire la vie
27:01d'un être qui va être,
27:04j'allais dire,
27:05vivre un peu reclus
27:08et écouter la nature,
27:11ses mystères,
27:12ses choses un peu surréalistes
27:13et surtout,
27:14c'est vraiment
27:15le livre d'un poète.
27:16Voilà.
27:17Merci beaucoup
27:17à tous les deux
27:18et merci à vous
27:19de nous avoir suivis.
27:20On se retrouve très vite
27:20pour Au bonheur des livres.
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