00:01RTL Matin, Olivier Bois.
00:03Et à 8h17, l'interview de Céline Landreau, alors que le Charles de Gaulle a mis le cap vers la
00:07Méditerranée.
00:08Quelles vont être ses missions ?
00:10Ce matin, Céline, vous recevez un homme qui a donc passé plus de 1000 jours sur ce porte-avions Charles
00:15de Gaulle, l'amiral Jacques Mallard.
00:17Bonjour amiral.
00:18Oui, bonjour madame.
00:19Et merci d'être en direct avec nous ce matin.
00:21Près de 3 ans, oui, passé sur ce porte-avions, ce fleuron de la marine française que vous avez commandé
00:26jusqu'à l'an dernier,
00:27comme tout son groupe aéronaval d'ailleurs, la flotte qui l'entoure, des rafales, des frégates ou encore un sous
00:33-marin, on va y revenir.
00:34Le Charles de Gaulle arrivera demain en Méditerranée, la ministre des Armées l'a annoncé hier soir.
00:39Vous en avez fait, vous, des missions en Méditerranée.
00:42On se doute qu'au regard du contexte, il ne va pas s'arrêter au large de la Corse.
00:46Il peut se positionner où ?
00:48Alors c'est très variable, ça va dépendre évidemment de la situation internationale.
00:53La Méditerranée a plusieurs points d'intérêt.
00:55La Méditerranée centrale d'abord, parce que c'est les approches directes pour la protection de la France,
01:02mais aussi pour régler, observer le trafic maritime.
01:05Et ce qui est peut-être plus probable, c'est la Méditerranée orientale,
01:09c'est-à-dire toute la partie qui est entre la Turquie et l'Égypte,
01:13avec Chypre en plein milieu, Chypre qui a fait l'objet d'attaques,
01:15et pour lequel le porte-avions peut se positionner en endroit de protection,
01:21en sorte de couche de protection.
01:23Le porte-avions y a déjà été déployé à plusieurs reprises,
01:26en particulier pour mener des opérations au-dessus de la Syrie ou au-dessus de l'Irak.
01:30On parle donc de la Méditerranée orientale comme option la plus probable.
01:34Est-ce que vous imaginez, vous, qu'on lui demande ensuite, par exemple,
01:37de se rapprocher du détroit d'Hormuz pour le sécuriser ? On en parle beaucoup.
01:41Alors là, pour le coup, tout est possible. Je crois que la France est avant tout engagée à l'équilibre,
01:47éviter l'escalade. Actuellement, ce qui se passe dans la région est particulièrement sensible,
01:53et je ne suis pas certain qu'un nouvel acteur soit forcément un facteur de stabilité.
02:01En revanche, en mer Rouge, le trafic maritime est très important.
02:05Le porte-avions pourrait aussi y participer, participer à des opérations de sécurisation,
02:10et éventuellement, peut-être un peu plus tard, se déployer en océan Indien,
02:15mais à un moment où les combats auraient forcément peut-être cessé,
02:19parce que l'intention de la France n'est pas de participer à ces opérations.
02:22Et le chef de l'État l'a rappelé hier soir. On va y revenir.
02:25Amiral, revenons à bord, si vous le permettez.
02:28On sait que Charles de Gaulle fait donc route vers la Méditerranée.
02:32À quoi ressemblent les dernières heures avant d'arriver sur zone,
02:35dans un contexte pareil, sur le porte-avions ?
02:38Alors, sur le porte-avions et au sein du groupe aéronaval,
02:41parce que le porte-avions ne navigue pas tout seul.
02:45Il est escorté de frégates, de bâtiments invitailleurs,
02:48et de toute une force navale autour.
02:51Notamment un sous-marin nucléaire d'attaque qui le précède.
02:54Absolument. Il fait partie de la force navale,
02:57et il est intégré dans les opérations aéronavales
03:00qui sont menées avec cette force navale.
03:03Le principe, c'est la préparation.
03:05On travaille à 4-5 jours d'anticipation pour se projeter.
03:10Ça veut dire coordonner l'activité aérienne avec les autorités militaires,
03:15en particulier chypriotes, grecs, turcs ou égyptiennes,
03:19en fonction de l'endroit où les opérations vont se mener.
03:21Coordonner les opérations maritimes avec les autres marines,
03:25parce que tous nos partenaires, tous nos alliés de la Méditerranée
03:28naviguent aussi dans cette région.
03:31Et ensuite, réfléchir aux effets qui sont les effets demandés
03:34par le Président de la République,
03:36et la façon de les remplir,
03:38en utilisant les aéronefs, bien sûr,
03:40la trentaine de rafales et les Hawkeye
03:43qui font partie du groupe aérien embarqué,
03:45mais aussi des bâtiments de combat
03:49avec une frégate de défense aérienne
03:51ou une frégate multimission.
03:52Il est envisageable d'observer,
03:56de sécuriser tout un volume,
03:59tout un espace,
04:00et ça fait partie de la façon dont la manœuvre est construite.
04:03Et est-ce que l'équipage sait déjà
04:04qu'elles seront précisément ces missions sur place ?
04:08Évidemment, ils ne communiquent pas forcément là-dessus,
04:10mais les hommes, eux, sont au courant déjà
04:12de ce qu'on va leur demander ?
04:13Ce qui est important, c'est de donner du sens à la mission
04:15et c'est toute la responsabilité
04:16de la chaîne de commandement.
04:19Je ne sais pas ce qui a été diffusé,
04:23je ne sais pas d'ailleurs quelle est la nature exacte
04:25des opérations auxquelles vont participer le porte-avions,
04:27mais la décision du président de la République du 3 mars
04:31a forcément été expliquée, annoncée
04:34et des directives ont été données
04:36pour pouvoir en fait faire corps.
04:39L'objectif est de faire en sorte
04:41que tout l'équipage travaille dans le même sens.
04:43Donc pour ça, il a besoin de comprendre la mission
04:45et je suis persuadé qu'on leur a expliqué
04:47de manière assez claire
04:48la façon dont les opérations vont se mener
04:51et en particulier combien de temps cela pourrait durer.
04:54Alors Emmanuel Macron l'a répété hier soir
04:56et vous le disiez,
04:56la France ne fait pas la guerre,
04:58ne compte pas d'ailleurs s'engager directement dans ce conflit.
05:01Est-ce qu'on peut alors, Amiral,
05:03résumer le Charles de Gaulle,
05:04et c'est déjà beaucoup,
05:06à 40 000 tonnes de diplomatie ambulante ?
05:09Alors on ne peut pas le résumer à ça
05:11parce que ça fait juste partie de ses caractéristiques
05:13et je pense que la punchline
05:15nous permet de comprendre
05:16la variété des effets
05:19que peut produire un groupe aéronaval.
05:21Ça va effectivement de la dissuasion,
05:24des opérations de projection de puissance
05:28avec des missions de bombardement
05:29ou des missions de soutien à des appuis au sol.
05:32Ça peut être la protection du trafic maritime,
05:34ça peut être la protection d'autres opérations
05:37qui ont lieu à côté des côtes,
05:39et puis ça peut être simplement la surveillance,
05:42voire juste le déploiement dissuasif,
05:45c'est-à-dire le fait d'avoir au large d'un pays
05:48amis ou compétiteurs un porte-avions,
05:52ça donne un message,
05:53un message de soutien pour nos amis.
05:56Est-ce que ça peut en faire une cible aussi ?
05:58Alors, pour l'instant,
06:00je ne crois pas qu'aucun pays
06:03n'ait déclaré son hostilité auvers la France.
06:06Le monde actuel montre que,
06:09dans les zones grises en particulier,
06:10des actions peuvent être menées,
06:13et le porte-avions est,
06:15comme tous les bateaux,
06:16qu'ils soient civils ou militaires,
06:18peut être suivi par intérêt,
06:20mais je ne vois pas de raison particulière
06:22de considérer que ça va devenir une cible.
06:24Je vous demande ça aussi,
06:25parce qu'hier soir,
06:25la télé iranienne a affirmé
06:26que des drones américains
06:27avaient touché le porte-avions américain,
06:29celui-ci, le Lincoln.
06:31Est-ce que ça vous semble vraisemblable
06:33qu'un porte-avions tel que le Lincoln
06:35puisse être touché par des drones ?
06:38Alors, physiquement,
06:40il n'y a pas de raison
06:41qu'un drone ne touche pas aucun type de bateau.
06:44Ça me semble très surprenant
06:45que les Américains,
06:46qui protègent très très bien
06:48leur porte-avions et tous leurs bateaux en général,
06:51aient laissé approcher des drones jusque-là.
06:54Maintenant, cette information,
06:55moi, je n'ai pas d'éléments,
06:57ça fait partie des informations protégées.
06:58Il faut savoir aussi que...
07:00Et qui n'a pas été confirmé,
07:01par ailleurs, par les Etats-Unis.
07:03Voilà, et puis le conflit se passe aussi
07:04dans nos médias,
07:05c'est-à-dire que des annonces
07:07absolument non fondées
07:09participent à une forme de guerre d'usure,
07:13c'est ce qu'on appelle l'influence,
07:15pour essayer de faire passer l'adversaire
07:19pour ce qu'il n'est pas,
07:20et d'affaiblir ses forces morales.
07:22Et je pense que ça fait forcément,
07:23très probablement,
07:24partie d'une opération de désinformation
07:26pour essayer d'atteindre
07:29les forces morales des forces américaines.
07:31Et les Iraniens avaient d'ailleurs
07:32déjà annoncé dimanche
07:33avoir touché ce porte-avions
07:34avec des missiles cette fois,
07:36ce que les Etats-Unis ont ensuite démenti.
07:38Amiral, on a du mal à se projeter
07:39sur les prochaines semaines.
07:41Donald Trump a dit s'être préparé
07:42à un conflit de 4 à 5 semaines.
07:45Quelle est l'autonomie du Charles de Gaulle ?
07:48L'équipage, il peut rester combien de temps à bord
07:50sans être ravitaillé, sans être relevé ?
07:53Alors, le cycle au sein d'une force navale
07:56est dicté, je dirais,
07:58sur un quotidien assez matériel
08:02qui consiste à ravitailler en vivres.
08:04L'autonomie d'un bateau, grosso modo,
08:06c'est entre 40 et 50 jours de vivres en permanence.
08:09Et donc, ça veut dire qu'il faut changer
08:12ses stocks assez régulièrement.
08:14Mais pour le porte-avions,
08:15le plus critique, c'est le carburéacteur,
08:17c'est-à-dire le carburant pour les avions
08:20qui, grosso modo,
08:23dure une dizaine de jours d'autonomie
08:25pour des opérations assez soutenues.
08:26Ce qui fait qu'à peu près,
08:28entre 5 et 8 jours,
08:30il y a ce qu'on appelle un ravitaillement à la mer
08:32qui permet de rajouter du carburant
08:36pour les avions
08:37et puis récupérer des vivres fraîches,
08:42ce qui permet à l'équipage
08:44de soutenir.
08:45Alors, pour ma part, personnellement,
08:46le record absolu était 70 jours d'opérations
08:49entre deux escales.
08:51Je pense qu'on n'en est pas encore là,
08:53mais ça reste dans le domaine du possible.
08:55Les Américains ont doublé,
08:57voire triplé ce record
08:59avec des opérations qui peuvent durer
09:02quasi indéfiniment
09:03à partir du moment
09:04où l'approvisionnement
09:07vient à bord du porte-avions
09:09grâce au bâtiment ravitaillé.
09:10Et les hommes sont prêts à ça ?
09:13Je pense parce que ça fait partie
09:14des objets,
09:15ça fait partie de l'objet de la mission
09:17et derrière, à partir du moment
09:18où une mission a du sens,
09:21les hommes tiennent.
09:23Ça devient effectivement difficile
09:24avec le temps,
09:25ça nécessite particulièrement
09:29de travailler l'esprit d'équipage,
09:30mais je suis persuadé
09:31que tous les marins sont prêts à ça.
09:32Et de beaucoup de pédagogie
09:33de la part des chefs,
09:35des commandants
09:35dont vous faisiez partie ?
09:37Oui, c'est ce que je vous disais,
09:39c'est-à-dire donner du sens
09:40à la mission, expliquer.
09:42Et dans le cas actuel,
09:44ce n'est pas très compliqué
09:46d'expliquer la mission.
09:47La situation est très tendue.
09:49Il y a une véritable guerre
09:51qui a lieu au Moyen-Orient.
09:54Et donc, le fait de ne pas participer
09:57à ces opérations offensives
09:58est clair.
09:59Le fait de vouloir défendre
10:01l'Union européenne,
10:02nos ressortissants et nos alliés
10:05est tout aussi clair.
10:06Merci beaucoup Amiral.
10:07Merci Jacques Mallard
10:08d'avoir répondu à nos questions ce matin.
10:09Et merci à Manon Meilleur
10:11qui était à vos côtés.
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